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Au bord du Désert

LE NOMADE

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Loin des hommes, bien loin des hommes et des villes ; Loin des juifs, des marchands dont les âmes sont viles ; Loin des chrétiens, qui sont nos maîtres détestés ; Sous le désert divin des cieux illimités, Sur les plateaux des monts ou dans la plaine immense, Dans l’oasis ; dans les déserts où Dieu commence, Où finit la puissance humaine, — où le soleil S’assied comme un grand roi sur un trône vermeil, Dans le sable, qui couvre une mer inconnue, — Errants comme la vague et les vents et la nue, Comme le brin de paille au hasard emporté, — Nous vivons pauvres, seuls, riches de liberté ! Vois-tu luire là-bas, dans la plaine éclatante, Cette tente rayée, au soleil ? — c’est ma tente, Le poil de mes chameaux en a fait le tissu Blanc et noir, — par un fil des mêmes poils cousu. Là-dessous, mes enfants vivent avec mes femmes ; Là-dessus le soleil fait ruisseler ses flammes, Et l’orage ses eaux en vain ; c’est notre abri. Là, ma chèvre bêlante amène son cabri, Ma jument son poulain, dès qu’ils sentent l’orage. Je l’ai plantée hier auprès d’un pâturage : Dès qu’il sera brouté, j’arracherai les pieux, Et nous repartirons librement sous les cieux, Et nous irons, le corps refait, l’âme contente, A cheval, à chameau, portant piquets et tente, Par les femmes suivis, précédés du bétail. Repartir et marcher, c’est là tout mon travail ; Mon rêve est une source au bord d’une prairie ; Toute la solitude immense est ma patrie ; Mes ennemis sont ceux qui voudraient m’empêcher De faire aujourd’hui halte et demain de marcher… J’ai coupé ma matraque, — il sied que j’avertisse, — Aux arbres des forêts plus droits que la justice ! Je n’ai besoin que d’un peu d’eau, de quelques grains, Et c’est tout. Mes chameaux m’habillent de leurs crins : Je sais le goût du lait de mes chamelles rousses, Et du vin des palmiers chargés de dattes douces… Ah ! que d’autres, assis, couchés dans leur maison, Esclaves de la pierre, — ignorent l’horizon, Comme l’arbre dont la racine est prise en terre ! Qu’ils soient dans leur tombeau comme un mort solitaire… … Moi, j’ai des pieds ! vers l’horizon toujours nouveau Je vais ! j’irai partout où se pose l’oiseau ! Au nord, l’été ! l’hiver, au sud ! comme la caille. Pour nous la pluie est bonne et le soleil travaille ; Personne mieux que nous ne connaît les printemps ; Pas un beau ciel n’échappe à nos regards contents ; Nous jouissons de tout ce que Dieu nous envoie… Chez vous, que de beaux jours sont beaux sans qu’on les voie ! Pour vous, sur les sommets d’un feu rouge inondés, Que de couchants sont beaux sans être regardés ! Vos yeux ne savent pas où luit la Belle Étoile ! Les merveilles de Dieu, votre mur vous les voile ; La rue est un fossé de tombe, un caveau noir… Nous, nous ne laissons point passer Dieu — sans le voir !

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