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Au bord du Désert

BAB’AZOUN

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Bab’Azoun est poète et nègre. Il danse en donnant de la voix ; Et la musique n’est pas aigre, Qui sort de sa lyre de bois. Elle est grave et sourde au contraire. O Bab’Azoun, mon cher confrère, Je t’admire et t’envie un peu : Je voudrais être noir… ou bleu ! Je voudrais être en bois d’ébène, Sinon en lapis-lazuli… Mais j’y perds mon temps et ma peine : Je reste blanc, — et pas joli… Personne ne dit le contraire, O Bab’Azoun, mon cher confrère ! Je t’admire et t’envie un peu : Je voudrais être noir… ou bleu ! Ta lyre, vieille calebasse, Moitié guitare et violon, N’a qu’une unique corde, basse, Un archet court, un manche long, Et ça suffit à te distraire, O Bab’Azoun, mon cher confrère… Je t’admire et t’envie un peu : Je voudrais être noir… ou bleu ! La lune te plaît comme un rêve, Le soleil comme un bon vivant ! Qu’un chrétien meure ou qu’un chien crève, Tu ne t’attristes pas souvent ! On est noir, mais pas funéraire ! O Bab’Azoun, mon cher confrère, Je t’admire et t’envie un peu : Je voudrais être noir… ou bleu ! Ce que tu chantes, je l’ignore, Sans doute que, comme nous tous, Tu redis le ciel et l’aurore, L’amour, les fleurs… et le couscous ! Mais tu t’édites sans libraire. O Bab’Azoun, mon cher confrère, Je t’admire et t’envie un peu : Je voudrais être noir… ou bleu ! Tu n’es pas propre et l’on s’en doute ; Tu t’es fait de vilains bas blancs Avec la poudre de la route, Mais — ô jours troublés et troublants ! — La saleté, c’est littéraire ! O Bab’Azoun, mon cher confrère, Je t’admire et t’envie un peu : Je voudrais être noir… ou bleu ! Ce que dit Sarcey, le critique, Tu t’en moques comme de ça, Et je crois ton rire sceptique Quand tu dis : « Joli, moi, Moussa ! » Tu crois qu’un âne est fait pour braire !… O Bab’Azoun, mon cher confrère, Je t’admire, — et t’envie un peu : Je voudrais être noir… ou bleu ! Bab’Azoun, quelle est ton histoire ? Elle a donc voulu le désert Entre elle et toi, la vierge noire Par qui ton cœur nègre a souffert ? Tu n’es qu’amoureux honoraire, O Bab’Azoun, mon cher confrère ! Je t’admire et t’envie un peu : Je voudrais être noir… ou bleu ! Va, la peau ne fait pas le moine ! Tout cheval, même de labour, A son moment d’orge ou d’avoine… Retiens donc ce conseil d’amour : Pour être heureux, sois téméraire ! O Bab’Azoun, mon cher confrère, Je t’admire et t’envie un peu : Je voudrais être noir… ou bleu ! Tu quittas le Soudan barbare Respecté des Touaregs hardis Parce qu’ils aimaient ta guitare ? Tu crois ça, toi ? mais moi je dis : Parce que noir sans numéraire, O Bab’Azoun, mon cher confrère ! Je t’admire et t’envie un peu : Je voudrais être noir… ou bleu ! Tiens, Bab’Azoun, j’ai de la peine ! Partons, frère, pour Tombouctou, Retrouver ta vierge d’ébène ! Marche ! et je te suivrai partout Pour te chanter et te pourctraire, O Bab’Azoun, mon cher confrère ! Je t’admire et t’envie un peu : Car je ne suis ni noir… ni bleu.

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