LA DANSE DE L’ABEILLE
Reading edition
Prise, par une abeille, Pour un rosier en fleur, Merveille De grâce et de couleur, Zorah danse, et, du voile, La chasse, — et son regard D’étoile La poursuit au hasard. Et l’abeille chantante Dit : « Ce rosier fleuri Me tente ! » Et Zorah pousse un cri ! Une rose, l’oreille De la belle Zorah ! L’abeille, Chassée, y reviendra. Le voile aussi voltige ! Et l’abeille poursuit La tige De son rosier qui fuit ! Où s’est-elle posée ? La danseuse se sent Baisée Sur sa lèvre de sang ! Une rose, sa bouche Que mouille une eau du ciel ! La mouche Y vient chercher son miel ! Le voile qu’on lui lance Manque l’insecte ailé !… Silence !… Où s’est-il envolé ? « Ah ! c’est dans ma poitrine ! » On dirait qu’un essaim Butine Les deux roses du sein ! Et Zorah, qui s’arrache Du cou ses sequins d’or, Se fâche, Se sent piquée encor ! Zorah jette sa veste ! Même elle ôte, en dansant, Le reste, Car l’abeille descend ! Zorah, la belle fille, Qu’un pantalon plissé Habille, Sur ses pieds l’a glissé ! Et l’abeille en maraude Ne cherche plus ailleurs, Et rôde Sur la reine des fleurs ! Zorah gardant les poses D’un effroi gracieux, Ses roses Nous enchantent les yeux. On comprend qu’une abeille L’ait pu trouver un jour Pareille Au rosier de l’amour !