TITRE VI
Lamairesse translation
DES DIVERS MODES DE MARIAGE
CHAPITRE I
Préceptes généraux.
(Ces préceptes sont conformes aux lois de Manou).
On doit se marier dans sa caste, avec une vierge bien apparentée, riche, noble, belle, et qui a au moins trois ans de moins que soi.
On ne doit point rechercher en mariage une jeune fille dans les cas suivants.
C'est une amie ou une soeur plus jeune; on la tient cachée; son nom n'est pas harmonieux; elle a le nez écrasé; elle a le nombril effacé et saillant, au lieu d'être creux; elle est hermaphrodite (App. 1). Sa taille est courbée ou déformée; elle est nouée; elle a le front proéminent; elle manque de tête; elle est malpropre; elle a appartenu à un homme; elle est affectée de goitre ou d'autres glandes saillantes; elle est défigurée plus ou moins; elle a dépassé l'âge de puberté; elle transpire continuellement des mains et des pieds (App. 2).
Il faut surtout éviter les mésalliances. Celui qui entre dans une famille supérieure à la sienne n'est considéré ni de sa femme ni des parents de celle-ci. Celui qui épouse une femme de rang inférieur au sien n'obtient point pour elle, dans sa propre famille, les égards ordinaires (App. 3).
Voici quelques aphorismes au sujet du mariage.
Une jeune fille fort recherchée doit prendre pour époux l'homme qu'elle aime et qui lui paraît devoir satisfaire ses désirs de toute nature.
Si ses parents la donnent à un homme riche, uniquement à cause de sa fortune, ou à un homme qui a plusieurs femmes, elle ne s'attachera jamais à lui, quelles que soient ses qualités.
Mieux vaut un mari pauvre et de peu d'apparence, mais tout entier à elle, qu'un homme beau et attrayant qui se doit à plusieurs femmes.
Les femmes d'un homme riche, bien qu'elles jouissent de tous les avantages et plaisirs qu'elles peuvent désirer, ont toujours des amants[36].
On ne doit pas accepter pour mari un homme sans jugement ou déchu de sa position sociale[37], ou passionné pour les voyages, ou chargé de femmes et d'enfants, ou adonné au jeu.
Le véritable époux d'une jeune fille est l'homme qui a toutes les qualités qu'elle aime.
Celui-là seul a sur elle de l'ascendant et du prestige, parce qu'il est l'époux de l'amour.
[Note 36: Aujourd'hui la polygamie est très rare dans l'Inde. Tous les mariages se font par les parents, sans même que les fiancés se connaissent avant la cérémonie. Il n'en est autrement que chez les Indiens convertis et chez les Brahmanes des grandes villes anglaises qui ont eu beaucoup de rapports avec les Européens; on devrait bien répandre parmi tous les Hindous les aphorismes ci-dessus.]
[Note 37: La déchéance, c'est l'exclusion de la caste, qui est une sorte de mort civile ou d'excommunication. Une condamnation à une peine infamante (prononcée toujours par des juges européens) n'entraîne pas la déchéance aux yeux des Hindous.]
APPENDICE AU CHAPITRE I
N° 1.—Hermaphrodisme.
Les hermaphrodites femelles ou femmes à long clitoris, ou tribades, ont généralement les seins, la matrice, les ovaires très peu développés; le pubis aplati, les hanches étroites, les formes sèches, le système pileux abondant, la lèvre supérieure garnie de poils, la voix forte et tous les traits d'une virago.
Elles n'ont aucun penchant pour les hommes. La plupart recherchent, au contraire, les femmes pour les caresser virilement. Cette sorte de tribades était nombreuse à Rome[38].
[Note 38: La tribadie est le vice qui fait rechercher aux femmes leurs semblables pour se frotter l'une contre l'autre par plaisir; d'où le nom de fricatrices qui leur a été donné.]
Les tribades examinées par le docteur Martineau dans sa clinique n'ont offert rien de particulier (sauf le développement des grandes lèvres) dans la conformation de leurs organes sexuels. Les seules remarques que Roubaud ait faites sur elles est l'absence presque complète des seins et leur goût très prononcé pour l'équitation.
Martial, 67 du livre VII, a fait contre l'une d'elles l'épigramme suivante:
«La tribade Philenis sodomise de jeunes garçons; toujours en érection, jamais assouvie, jamais ne molissent, elle dévore en un jour onze jeunes filles. La robe retroussée, les membres frottés de la poudre jaune, elle lance le disque et reçoit toute souillée de boue dans la lutte les coups de fouet des lutteurs. Elle ne se met à table qu'après avoir vomi sept mesures de vin, puis elle en avale autant avec seize des pains préparés pour les athlètes. Après cela, elle plonge sa langue, non dans la bouche des hommes, mais dans les appats secrets des jeunes filles, pour faire acte de virilité.»
Hermaphrodites mâles.
Les hermaphrodites mâles ou hommes imparfaits dont les testicules sont restés dans le ventre ont une espèce de vulve, un simulacre de vagin, des mamelles quelquefois assez développées, des formes arrondies, une voix grêle, peu ou point de barbe. Ces êtres languissent dans l'impuissance jusqu'à ce qu'un effort de la nature ou un accident jette hors du ventre les testicules qui y étaient restés cachés: alors ces sujets équivoques deviennent des hommes.
Dorothée Perrin, née en Russie en 1780, réunissait complètement les deux sexes; les organes virils étaient placés au-dessus du vagin; elle aurait pu se féconder elle-même.
N° 2.—Causes d'empêchement au mariage aux yeux de l'Église.
Toutes les causes d'empêchements énumérées par Vatsyayana sont physiques ou sociales. Il n'est pas sans intérêt de les rapprocher de quelques causes d'empêchement au mariage aux yeux de l'Église.
Nous avons déjà donné, au chapitre III du titre II, les article 810, 811, 812 de la Théologie morale du P. Gury, relatifs à l'alliance. Voici, maintenant, ceux qui concernent l'impuissance.
855. «L'impuissance antécédente et perpétuelle, soit absolue, soit relative, rend le mariage non-valable, d'après le droit naturel, parce que l'objet du contrat conjugal fait absolument défaut, puisque l'union sexuelle est impossible.
«L'impuissance, connue d'une manière certaine, rend l'usage du mariage illicite, même pour un simple essai; du moment que l'union sexuelle ne peut être parfaite, la fin qui rend ce commerce licite n'existe pas.
859. «Sont réputés impuissants: les eunuques privés des deux testicules, mais non ceux qui n'en n'ont qu'un.
«Dans le doute au sujet de l'impuissance antécédente ou conséquente, on permet l'union aux époux jusqu'à ce qu'ils se soient bien assurés que leurs efforts sont restés impuissants.»
N° 3.—Croisements.
Les empêchements pour cause de mésalliance étaient évidemment motivés, chez les brahmanes, par la connaissance de l'hérédité. Cette hérédité a été reconnue de tout temps, et n'est guère contestée aujourd'hui. Les interdictions pour cause d'alliance doivent avoir été motivées par la connaissance qu'on avait déjà, du temps de Vatsyayana, de l'effet avantageux et même de la nécessité du croisement des races et des familles. Ces interdictions sont légales et absolues en Chine.
Influence du père et de la mère dans la procréation.
Le père transmet à ses filles les formes de la tête, de la charpente pectorale et des membres supérieurs, tandis que la conformation du bassin, de l'abdomen et des extrémités inférieures est transmise par la mère.
Pour les fils, c'est le contraire: d'où il résulte que les garçons procréés par des femmes intelligentes seront intelligents, que les filles procréées par des pères capables hériteront de leurs capacités.
En général, la mère transmet à ses fils ses qualités morales, et le père transmet les siennes à ses filles (docteur Debay).
Le croisement des races, des nationalités, des tempéraments et des constitutions, est une des conditions principales de la callipédie. C'est pourquoi les régions non susceptibles d'être cultivées par des Européens sont prédestinées à être de plus en plus peuplées et dirigées par des mulâtres. De même qu'Abdel-Kader l'a observé pour la race chevaline, il a été reconnu aux colonies que, dans le croisement des races humaines, l'influence du père est prépondérante surtout pour les formes et les qualités extérieures, notamment pour la couleur.
Un fait généralement constaté, c'est l'attrait des blonds ou races blondes pour les brunes ou races de couleur. Les femmes espagnoles et arabes, et les femmes noires ou cuivrées à tous les degrés aiment les Anglais et les Français, sans doute à cause de leur fraîcheur. Le goût des blonds pour les brunes est bien moins général, aussi les croisements tendent-ils à faire prédominer et à répandre les qualités supérieures des races blondes.
L'imagination et la vue continuelle de beaux types ont une grande influence sur la callipédie. Les belles statues, les belles peintures qui autrefois remplissaient la Grèce, et remplissent encore l'Italie, jouent certainement un rôle important à ce point de vue.
Le très grand développement qu'ont pris, depuis un demi-siècle, en Europe et principalement en France, les arts du dessin, la photographie, la sculpture, etc., doit avoir eu déjà et avoir dans l'avenir une influence dans le sens de la callipédie, surtout au point de vue de l'expression de la physionomie.
N° 4.—Anomalies sexuelles.
Les anomalies sexuelles si bien étudiées déjà par le docteur Gautier pourront, par les progrès de la science, entrer de plus en plus dans le droit civil et ecclésiastique, comme empêchement au mariage.
Certaines peuplades, notamment en Afrique (Delaporte, le Voyageur français, 1872), sont signalées comme pratiquant le mariage à l'essai. C'est le seul criterium absolument complet des incompatibilités sexuelles. Le relâchement des moeurs et l'abandon croissant de l'institution de la famille en propagent l'application. Malheureusement ce remède est pire que le mal à conjurer.
CHAPITRE II
Mode de mariage ordinaire entre gens honorables.
Quand le moment est venu de marier une fille, les parents doivent la produire le plus possible; faire bon accueil à ceux qui viennent, accompagnés de leurs parents et amis, pour rechercher sa main; et, sous un prétexte quelconque, la leur présenter bien parée.
Quand la demande est faite par des intermédiaires, les parents de la jeune fille invitent ces personnes à prendre le bain et à dîner, mais ajournent leur réponse, pour ne pas paraître trop pressés.
Le prétendant doit se retirer en cas de mauvais présages; par exemple si, au moment où on présente sa demande, la jeune fille dort, crie ou est absente de la maison.
Le prétendant doit faire agir ses amis auprès des parents de la jeune fille; ils dénigrent par tous les moyens possibles ses rivaux et le louent lui-même jusqu'à l'exagération, surtout sous les rapports auxquels la mère de la jeune fille attache le plus d'importance.
L'un des amis, sous le déguisement d'un astrologue[39], pronostique la prospérité et la richesse futures du prétendant, en faisant voir les présages et les signes heureux, la bonne influence des planètes, l'entrée opportune du soleil dans le signe du zodiaque le plus favorable, les étoiles propices et les marques de bon augure sur son corps.
D'autres affidés éveillent la jalousie de la mère, en lui insinuant que le prétendant a chance de faire un mariage plus avantageux, lors même que cela ne serait pas [40].
Lorsque les parents ont consenti au mariage, celui-ci s'accomplit suivant les rites prescrits par le livre saint pour les quatre sortes de mariage (App. n° 1 et 2).
[Note (39): On voit que, déjà à cette époque, l'astrologie était un moyen de tromperie et de charlatanisme d'un usage général.]
[Note (40): Il appert de là que la supercherie et le mensonge étaient en toute occasion des moyens autorisés et même conseillés par les Brahmanes.]
APPENDICE AU CHAPITRE II
N°1.—Conventions matrimoniales.
Dans la classe riche, le père de la mariée fait tous les frais de la cérémonie, du trousseau et des cadeaux de noces; quelquefois, les dépenses sont partagées entre les deux familles. Manou défend à tous les gens honorables, même aux Soudras, de rien accepter pour eux-mêmes, de celui qui épouse.
Ils ne peuvent recevoir que des cadeaux pour leur fille.
Dans la classe peu fortunée, les parents du marié ont à faire toutes les dépenses du mariage et du trousseau, et, de plus, ils doivent payer, comme prix de la fille, à ses parents, une somme d'argent déterminée par les usages de la caste; car, dans les idées du bas peuple, prendre une femme en mariage ou l'acheter, c'est tout un.
On sait qu'il en est de même chez les Arabes de l'Algérie.
Les gens qui n'ont absolument rien, remettent leur fille, sans condition, aux parents du garçon qui règlent toutes choses comme ils l'entendent en donnant seulement ce qu'ils veulent comme prix de la fille.
N° 2.—Fêtes du mariage chez les Hindous.
Les cérémonies du mariage diffèrent peu pour les trois castes aryennes: brahmanes, nobles et vaïssias.
On se réunit sous un pandal ou salle provisoire, formée d'une légère charpente ornée de draperies. Les trois premiers jours sont consacrés à des actes préparatoires; les cinq jours suivants à la célébration du mariage. Le premier jour de la célébration est le mahourta, ou le jour de la commune assemblée, que nous allons décrire.
D'abord, on évoque et on appelle au mariage les dieux principaux et les mânes; on offre un sacrifice au dieu Pouléar (dieu du foyer domestique), et les femmes mariées parent magnifiquement les deux fiancés. Ceux-ci s'étant placés sur une estrade, on réunit l'un à l'autre, par un fil double, deux morceaux de safran sur lesquels on a prié tous les dieux de venir se fixer. L'époux fixe l'un des morceaux de safran au poignet gauche de l'épouse, et celle-ci lui attache l'autre morceau au poignet droit.
Vient alors le don de la vierge par son père; il met la main de sa fille dans celle de son époux, verse dessus un peu d'eau et lui présente du bétel en gage de donation.
On déroule devant les époux une pièce de soie qui est soutenue par douze brahmanes qui la dérobent à la vue. Les brahmanes invoquent successivement les couples des grands dieux: Brahma et Sarasvati, Vischnou et Lakshmi, Civa et Oumar, afin d'attirer leur faveur sur les nouveaux mariés. Puis, on procède à la cérémonie du Tahly ou cordon terminé par un bijou d'or que les femmes mariées portent au cou, comme signe qu'elles sont en puissance de mari. On place le Tahly sur un coco qui repose sur deux poignées de riz, placées dans un vase de métal; on lui offre un sacrifice de parfums, on le fait toucher à tous les invités hommes et femmes, qui lui donnent des bénédictions. On allume quatre grandes lampes à quatre mèches, et d'autres lampes faites avec du riz, et quatre femmes les tiennent élevées; en même temps, on en allume d'autres en grand nombre, tout autour. Alors l'époux, récitant un mantra, attache, en le nouant de trois noeuds, le Tahly au cou de sa jeune compagne qui a la face tournée vers l'Orient.
C'est l'instant solennel et l'on y fait le plus de bruit possible avec la musique et le chant des femmes. On apporte du feu dans un réchaud, le Pourohita (brahmane officiant), fait le Homan ou sacrifice au feu. Alors l'époux, tenant sa femme par la main, et suivi de tout le cortège des invités réunis par couples et magnifiquement parés, les femmes couvertes de bijoux, fait trois fois le tour du réchaud, en prenant le feu à témoin de ses serments. Puis on apporte au milieu du pandal deux bambous rapprochés; au pied de chacun d'eux on pose une corbeille de bambous dans laquelle l'un des époux se tient placé debout; on apporte deux autres corbeilles pleines de riz et les invités viennent processionnellement leur verser du riz sur la tête comme pour leur souhaiter l'abondance des biens temporels.
Ces cérémonies où ne figurent que des produits de la terre, des fleurs, des fruits, des grains, du beurre, du lait, du miel, sont très gracieuses dans leur ensemble; elles sont relevées par l'éclat des parures indiennes qui, dans les hautes castes, sont très remarquables chez les femmes et les enfants, par les chants et la musique, les danses et les pantomimes des bayadères, et par le costume écarlate des Pourohitas, qui est très pittoresque.
A la cérémonie à laquelle j'ai assisté, il y avait deux Pourohitas qui employèrent tous les intermèdes de leurs fonctions à se disputer la plus grosse part des dons en nature qu'ils reçoivent pour leur office.
On fait aux pauvres de larges distributions de riz.
Ensuite on s'asseoit à un grand festin auquel les époux n'assistent pas. C'est seulement lorsqu'il est terminé que les époux prennent ensemble un repas qui leur est servi sur des feuilles de bananier. C'est la seule fois que l'époux indien fasse à sa femme l'honneur de manger avec elle.
Les quatre derniers jours se passent en cérémonies et réjouissances semblables. La fête se termine par une procession aux flambeaux dans les rues. Les époux magnifiquement parés sont assis en face l'un de l'autre, dans un superbe palanquin; quelquefois ils sont portés sur un éléphant.
Quand les familles sont très riches, rien n'égale la splendeur du cortège; la procession est féerique et coûte jusqu'à 30,000 francs et plus. Éléphants, bayadères, cavaliers, musiciens, chars richement ornés, pyramides et feux tournants s'avançant sur des chariots, rues pavoisées et jonchées de verdure, arcs de triomphe, pièces d'artifices, etc., en un mot, tout ce qui fait l'éclat des fêtes orientales s'y trouve réuni avec un goût parfait.
Les mariages des Soudras (4e caste, non-aryenne) se célèbrent avec moins de cérémonies, mais cependant avec toute la pompe qu'ils peuvent déployer.
Les dépenses que l'usage rend obligatoires pour les mariages sont la cause de la ruine de la plupart des Indiens.
Après ces fêtes, la mariée reste chez ses parents jusqu'à ce qu'elle devienne pubère. Ce moment est l'occasion de nouvelles fêtes semblables. Les Soudras font également des fêtes pour la puberté de leurs filles, lors même qu'elles ne sont pas mariées. C'est, dans ce cas, une sorte d'appel aux épouseurs.
N° 3.—Les noces chez les Romains.
Nous pourrions recourir aux érudits pour les cérémonies du mariage chez les Grecs et les Romains, nous nous bornerons à en donner un aperçu en citant l'épithalame de Manlius et de Julie par Catulle:
Collis ô Heliconis aime Cultor, Uranioe genus, Qui rapis teneram ad virum Virginem, ô hymeneæ, hymen, Hymen, ô hymeneæ.
Ad dominum dominam voca Conjugis cupidam novi Mentem amore revinciens Ut timax hoedera, hue et hue Arborem implicat errans.
«Divin habitant de l'Hélicon, fils d'Uranie, qui mets la tendre vierge aux bras de l'époux, hymen, dieu d'hymenée!
«Appelle à une nouvelle demeure dont sera la maîtresse la jeune fille qui désire un époux. Que l'amour les lie tous deux, comme le lierre timide enlace l'arbre capricieusement.
«Vos item simul integræ virgines, Virgines quibus advenit Par dies, agite in modum, Dicite: ô hymeneæ hymen Hymen ô hymeneae.
«Nil potest sine te Venus Fama quod bona comprobet Commodi capere; at potest Te volente. Quis huic deo Comparare ausit?
«Claudia pandite januæ, Virgo adest. Video ut faces Splendidas quatiunt comas Sed moraris, abiit dies Prodeas, nova nupta.
«Flere desine. Non tibi Aurunculcia periculum est, Ne qua fæmina pulchrior Clarum ab Oceano diem Viderit venientem.
«Tollite, ô pueri, faces. Flammæum video venire Ite, concinite ia modum Io hymen, hymeneæ lo, Io hymen hymeneæ.
«Sordebant tibi villuli, Concubine hodie atque heri; Nunc tuum cinerarius Toudet os miser, ah miser Concubine nuces da.
«Diceris male a tuis Unguentate glabris marite Abstinere. Sed abstine Io hymen.
«Scimus hæc tibi quæ licent Sola cognita, sed marito Ista non eadem licent. Io hymen.»
«Et vous, vierges pures qu'attend le même bonheur, chantez en cadence: «ô hymen, dieu d'hyménée! Dieu d'hyménée, hymen!
«Les plaisirs que Vénus donne sans toi entachent la bonne renommée; avec toi, ils sont légitimes. Quel dieu pourrait-on égaler à toi.
«Que les portes s'ouvrent. Voici la vierge. Les torches secouent leur brillante chevelure. Mais elle tarde et le jour fuit. Viens, nouvelle épouse!
«Sèche tes larmes; ne crains rien, car jamais une beauté plus grande n'a vu le soleil se lever sur l'Océan.
«Enfants, levez les torches. J'aperçois le flammeum (voile rouge que l'épouse portait pour la cérémonie) qui s'avance. Allez, chantez en coeur: «Io hymen, dieu d'hyménée, Io hymen.»
«Et toi, dont hier et aujourd'hui encore les joues s'ombrageaient d'un léger duvet, mignon désormais inutile, le barbier va raser ton menton. Jette des noix aux enfants.
«Et toi, époux parfumé, tu regrettes, dit-on, tes mignons. Il faut leur dire adieu pour toujours. O hymen, dieu d'hyménée!
«Ce qui t'était permis avant le mariage ne l'est plus aujourd'hui. O hymen, dieu d'hyménée!»
«Nupta, tu quoque quæ tuus Vir petit, cave ne neges; Ne petitum aliundè est; Io hymen!
«Aspice intus ut accubans Vir luus Tyrio in toro Totus immineat tibi. Io hymen!
«Mitte bracchiolum teres Prætexlate, puellulie; Jam cubile adest viri Io hymen!
«Vos bonae, senibus viris Cognitae bene feminæ Collocate puellulam. O hymen!
«Jam licet venias, marite, Uxor in thalamo est tibi Ore florido nitens; Alba Parthenia velut Luteum ve papaver.
«Laudite ut lubet et brevi Liberos date. Non decet Tam vetus sine liberis Nomen esse: sed indidem Semper ingenerari.
«Claudile ostia, virgines; Lusimus satis. At boni Conjuges, bene vivete et Munere assiduo valentem Exercete juventam.»
«Et toi, jeune épouse, ne refuse rien aux désirs de ton époux, de peur qu'il qu'il ne cherche ailleurs. Io hymen!
«Vois ton époux impatient de quitter le lit de pourpre du festin, tout entier à l'attente et au désir. Io hymen!
«Guide de la vierge, adolescent qui portes encore la prétexte, quitte son bras arrondi, car voici le lit nuptial. Io hymen!
«Et vous, matrones respectées de tous, placez-y la jeune épouse. Io hymen!
«Tu peux venir maintenant, ô époux, elle est à toi; elle est dans le lit, brillante de jeunesse, les couleurs du pavot pourpré et de la blanche pariétaire se partagent son visage pudique.
«Soyez tout à l'amour fécond: Donnez vite des rejetons à une race antique dont le nom ne doit pas périr.
«Jeunes filles, fermez la chambre nuptiale et vous, couple charmant, vivez heureux; que votre vaillante jeunesse ne fasse jamais trêve aux amoureux ébats.»
Cet épithalame est complété par un choeur de jeunes gens et de jeunes filles dont nous donnerons seulement une strophe (voir pour le latin, Catulle, LXII, le chant entier):
«La vigne née solitaire dans un champ nu ne s'élève point et ne porte point de doux raisins; elle retombe de son poids et confond ses rameaux avec ses racines. Jamais le vigneron ne s'arrête près d'elle. Mais si elle s'accouple à l'orme tutélaire, elle devient aussitôt l'objet de soins empressés. Ainsi, la jeune fille qui vît sans époux vieillit délaissée. Celle au contraire qui contracte une union opportune, obtient à la fois l'amour d'un époux et une affection plus vive de ses parents satisfaits.»
CHAPITRE III
La lune de miel.
Lorsque les fêtes et les cérémonies du mariage sont terminées (après la puberté), dans la nuit du dixième jour seulement, le mari reste seul avec sa femme; il lui adresse de tendres paroles, l'attire à lui et la presse doucement sur son sein, d'abord de la manière que la jeune fille aime le mieux, et chaque fois pendant quelques instants seulement.
Ensuite, il procède aux attouchements et commence d'abord par le haut du corps, parce que c'est plus aisé et plus simple.
Si la jeune fille est timide et complètement ignorante, et s'il n'est pas encore familiarisé avec elle, il essaiera ses premières caresses dans l'obscurité. Si elle se laisse faire, il lui mettra dans la bouche une bamboula (noix et feuille de bétel); il usera de toute son éloquence pour la lui faire accepter; au besoin, il s'agenouillera devant elle; car on sait qu'une femme, quelle que soit sa timidité ou sa colère, ne repousse jamais l'homme qui est suppliant à ses pieds.
Tout en lui donnant la bamboula, il la baisera sur la bouche doucement et gentiment. Puis il la fera causer, en lui adressant des questions sur des choses qu'il dira ne pas connaître et qu'elle pourra expliquer en quelques mots. Si elle ne répond pas, il ne la brusquera pas; il répètera ses questions avec douceur, et la pressera de répondre en la flattant; car, dit Govakamoukka, «les jeunes filles écoutent tout des hommes, mais sans mot dire.»
A force d'instance, il obtiendra qu'elle réponde, au moins par des signes de tête. Quand il lui demandera si elle l'aime, si elle le désire, longtemps elle gardera le silence; puis, enfin, à force d'être pressée, elle finira par approuver de la tête.
Une amie, présente pour la circonstance, pourra répondre pour elle, et même lui fera dire plus qu'elle n'a dit, ce dont la jeune fille la grondera en souriant, et tout en jetant à son mari un regard d'acquiescement.
Si la jeune fille est familière avec son mari, elle lui mettra au cou une guirlande de fleurs, suivant le désir qu'il lui en aura exprimé; il profitera de ce moment pour lui toucher les seins et les chatouiller avec les doigts. Si elle l'en empêche, il lui dira: Je ne recommencerai plus, mais à la condition que vous me tiendrez embrassé.
Quand elle sera dans cette position, il lui passera la main à plusieurs reprises sur le cou et tout autour. De temps à autre, il la placera sur ses genoux, la pressera sur son sein, et s'efforcera d'obtenir son consentement à l'union. Si elle ne veut pas céder, il la menacera de faire sur elle et sur lui-même des marques aux bras et aux seins avec les ongles et les dents, et de dire ensuite que c'est elle qui les lui a faites.
Les deux nuits suivantes, comme la jeune fille se confie et s'abandonne davantage, il la caressera par tout le corps avec les mains et la couvrira partout de baisers; il lui placera les mains sur les cuisses et les palpera doucement. De là, il passera aux aînes; si elle écarte ses mains, il lui dira: quel mal y a-t-il à cela? et la décidera à le laisser faire.
Cette faveur obtenue, il lui touchera les parties sexuelles, il détachera sa ceinture et le noeud qui retient son vêtement inférieur, et massera le haut de ses cuisses mises à nu. Tout cela se fera sous divers prétextes, mais sans commencer l'union. Puis il lui enseignera les soixante-quatre manières du Kama, en lui exprimant tout son amour et tout ce qu'il espère d'elle. Il lui promettra fidélité pour toujours, et l'assurera qu'elle sera sans rivale.
Enfin, après avoir vaincu sa timidité, il consommera l'union et jouira d'elle sans l'effrayer.
En agissant ainsi, suivant les dispositions d'une jeune fille, l'homme gagne son amour et sa confiance.
On ne réussit ni par une soumission absolue ni par une violence brutale faite à la volonté de la femme; la prude méprise, comme ne connaissant rien au coeur des femmes, l'homme qui tient trop de compte de ses refus; et d'un autre côté, la jeune fille violentée prend en haine celui qui a manqué de ménagements pour elle [41].
[Note 41: Les Pariahs livrent leurs filles à peine nubiles, afin que leur virginité soit matériellement démontrée.
Il en est de même des Arabes de l'Algérie.
Dans ces conditions, la consommation du mariage est un véritable viol.
Le mariage avant l'entier développement, joint a l'excès du travail, fait que les femmes arabes sont petites et chétives pendant que les hommes sont grands et forts.]
APPENDICE AU CHAPITRE III
N° 1.—Conseils d'Ovide.
Ovide, Art d'aimer, livre I. «Quel amant un peu habile ne joint point aux tendres propos de doux baisers? Si on ne lui en donne point, qu'il s'en prenne à lui-même. D'abord la belle l'appellera méchant, mais en résistant elle désire sa défaite.
«Prenez garde seulement de blesser par de brusques caresses ses lèvres délicates. Après un baiser pris, si vous ne prenez pas tout le reste, vous méritez qu'on vous refuse même les faveurs qu'on vous a accordées; car une sotte timidité a pu seule vous arrêter.
«La violence plaît aux belles. Ce qu'elles veulent donner, elles aiment qu'on le leur ravisse. Toute femme prise de force, dans un mouvement passionné, s'en réjouit et rien ne lui est plus doux.
«Mais si, lorsque vous pouvez la prendre d'assaut, vous la laissez se retirer intacte du combat, son visage en exprimera la joie, mais la tristesse sera dans son coeur. Quand la force triomphe d'une belle, c'est qu'elle l'a bien voulu.»
N° 2.—Le docteur J. Guyot.
VIIIe méditation. «La meilleure condition pour le mariage, c'est l'amour réciproque.
«S'il n'existe pas chez la femme, l'homme pourra le créer par l'art qu'il apportera dans ses caresses.
«La femme, dans la première jeunesse, est toujours moins ardente et plus faible que l'homme; les apparences contraires viennent, le plus souvent, de ce que la fonction sensoriale reste inachevée chez la première.
«La lune de miel est un temps d'ivresse donné par la nature aux époux pour se comprendre et s'accorder sur la satisfaction normale et complète des besoins du sens génésique.
«La volupté a cela de particulier qu'elle résulte, pour chacun des deux époux, principalement de celle qui est éprouvée par l'autre.
«Quand on lui a donné sa direction naturelle, l'exercice régulier et normal du sens génésique devient un besoin fonctionnel essentiel à la liberté du cerveau, à la paix du coeur, à la santé du corps.»
CHAPITRE IV
Séduction d'une jeune fille en vue du mariage
(Voir App. 1).
Un homme pauvre mais de bonnes qualités (caste, beauté, science), un homme de famille infime et n'ayant que des qualités médiocres, un riche voisin, un jeune homme sous la tutelle de son père, de sa mère ou de ses soeurs, ne peuvent se marier qu'avec une jeune fille dont ils se sont efforcés de gagner le coeur, depuis son enfance.
Ainsi, un jeune garçon qui vit chez son oncle essaiera de s'attacher la fille de cet oncle, ou quelqu'autre jeune fille dans la maison ou dans les maisons qu'il fréquente, quand bien même elle aurait été promise à un autre.
«Cette conduite, dit Gopotamoukkà, est légitime dans tous les cas; car elle conduit toujours à l'accomplissement du Dharma (le devoir religieux).»
Quand un jeune garçon aura ainsi jeté son dévolu ou son amour sur une jeune fille, il s'efforcera constamment de lui plaire par tous les moyens en son pouvoir.
Quand il s'aperçoit qu'elle l'aime, il se consacre tout entier à satisfaire tous ses goûts et à lui procurer tous les plaisirs qu'elle recherche. Quand elle revient des fêtes, il lui offre des bouquets, des guirlandes pour la tête, des ornements et des anneaux pour les oreilles.
Tout d'abord, il a soin de mettre dans ses intérêts la soeur de lait de la jeune fille; puis il lui enseigne les soixante-quatre moyens de jouissance sexuelle employés par les hommes, et lui vante ses talents en ce genre.
Il est toujours bien habillé et paré et fait aussi bonne figure que possible; car les jeunes filles s'éprennent des hommes de leur intimité qui sont beaux, de bonne mine et toujours bien parés [42].
[Note 42: Voir au n° 8 de l'Appendice: «les Conseils d'Ovide.»]
Une jeune fille trahit toujours son amour par quelques signes ou actes tels que les suivants. Elle ne regarde jamais l'homme en face et éprouve de la gêne et de la honte quand il la regarde (App.2). Sous quelque prétexte, elle lui montre ses membres; elle le regarde furtivement quand il s'éloigne d'elle, baisse la tête quand il lui adresse quelque question et lui répond avec trouble et par des phrases inachevées; elle aime à rester longtemps dans sa compagnie, parle à ses suivantes sur un ton particulier, afin d'attirer son attention lorsqu'il est à une certaine distance, tient à ne point s'éloigner du lieu où il se trouve, prend quelque prétexte pour lui faire regarder différents objets, lui conte lentement des anecdotes pour prolonger la conversation avec lui; elle baise et presse un enfant qu'elle tient assis sur ses genoux, fait des gestes gracieux ou drôles lorsque ses soubrettes lui tiennent des propos plaisants devant l'homme qui la captive, montre à ses amis de la confiance, du respect et de la déférence, témoigne de la bonté à ses serviteurs, les écoute attentivement lorsqu'ils lui parlent, ou parlent à quelqu'autre de leur maître, se rend chez lui quand elle y est engagée par sa soeur de lait ou par quelque avis de ses domestiques, pour converser et jouer avec lui; elle évite d'être vue de lui en négligé, lui fait remettre par quelque amie ses ornements d'oreilles, anneaux et guirlandes de fleurs qu'il a demandé à voir; elle porte constamment tous les objets dont il lui a fait présent, se montre désolée quand ses parents lui parlent de tout autre prétendant, et se fâche contre quiconque appuie un rival.
Voici quelques vers sur ce sujet:
«Celui qui a reconnu à des signes extérieurs les sentiments qu'une jeune fille a pour lui, doit faire tout ce qu'il faut pour s'unir à elle. Il captivera une toute jeune fille par des jeux enfantins; une grande demoiselle, par ses talents (dans le Kama sans doute), et une personne qui l'aime, par le moyen d'intermédiaires dans lesquelles elle ait confiance.»
Quand l'amant possède le coeur de la jeune fille, il achève de la séduire par divers moyens, tels que ceux-ci.
Quand il est avec elle, à quelque jeu ou quelqu'exercice, il lui prend les mains avec une intention marquée; il pratique sur elle les divers embrassements décrits dans le Soutra.
Parfois, il lui montre une découpure faite dans la feuille d'un arbre et figurant deux amants accouplés; il s'extasie à la vue des nouveaux boutons des fleurs et des feuilles nouvelles de la poussée de la sève, à l'époque du renouveau (App. 2).
Il lui décrit ses tourments, lui raconte un beau rêve qu'il a fait au sujet d'autres femmes.
Aux assemblées de la caste, il se place près d'elle, et, sous quelque prétexte, il la touche, place son pied sur le sien, lui touche doucement et progressivement les doigts d'un pied avec les siens et les presse avec le bout de ses ongles.
S'il n'est point repoussé, il prendra ensuite ses pieds avec la main et les serrera délicatement. Il lui pressera aussi un doigt de la main entre ses doigts de pied, quand il lui arrivera de se lever; toutes les fois qu'il recevra d'elle ou lui donnera quelque objet, il lui manifestera, par ses manières et l'expression de ses regards, tout l'amour qu'il ressent pour elle. Il jettera sur elle l'eau qu'on lui aura apportée pour se rincer la bouche (App. 4).
Quand il se trouvera avec elle dans un lieu isolé, il lui fera des caresses amoureuses en lui peignant sa passion, sans cependant la troubler ou la blesser en quoi que ce soit.
Toutes les fois qu'il sera assis à côté d'elle sur le même banc ou le même lit, il l'emmènera à l'écart en lui disant qu'il a besoin de l'entretenir en particulier, et alors il lui exprimera tout son amour par des signes plutôt qu'avec des paroles. Il lui prendra la main et la placera sur son front; si elle est chez lui, il l'y retiendra sous prétexte de préparer pour lui-même quelque médication qui ne peut être efficace que si elle-même y met aussi la main.
Quand elle s'en ira, il la priera instamment de revenir le voir, et lorsque, devenue familière, elle le visitera souvent, il aura avec elle de longues conversations; «car, dit Gothakamouka, quel que soit l'amour d'un homme pour une femme, il ne réussit auprès d'elle qu'à force de lui parler (App. 5).
Enfin, quand il voit que la jeune fille est complètement subjuguée, il peut commencer à en jouir.
Quand un homme ne pourra à lui seul atteindre ce résultat, il emploiera la soeur de lait de la jeune fille (App. 6).
Celle-ci la décidera à venir le voir chez lui et tout se passera alors comme il vient d'être dit.
A défaut de soeur de lait, il enverra vers elle une de ses servantes qui se fera l'amie de la jeune fille et travaillera pour lui.
Il fera en sorte de se rencontrer avec elle dans toutes les réunions publiques et privées, et quand il se trouvera en tête-à-tête avec elle, il en jouira. «Car, dit Vatsyayana, en temps et lieu propices, la femme ne résiste point à celui qu'elle aime (App. 7).
APPENDICE AU CHAPITRE IV
N° 1.—Séduction.
Les agissements préconisés sous ce titre sont, pour la plupart, malhonnêtes, contraires à la sincérité, aux droits des parents et autres, à la parole donnée et aussi à la moralité de la jeunesse.
Ils sont autorisés et même prescrits ici, en vertu de ce principe établi par Manou et reproduit dans le Kama Soutra: que le mode de mariage des Gandharvas, c'est-à-dire par consentement mutuel, prime les trois autres modes, d'où l'on conclut que tout est permis à qui s'efforce de réaliser un mariage par ce mode.
Le poète Kalidaça l'a rendu célèbre dans son beau drame de Sakountala, si poétiquement traduit par M. de Chesy.
C'est le mode de mariage des musiciens et des apsaras du paradis d'Indra, mythe atmosphérique qui personnifie le phénomène des vapeurs légères s'unissant pour former des nuages.
N° 2.—Afflux du sang au visage.
En Europe, la honte fait monter le sang à la face et l'on dit que la personne rougit. Dans l'Inde, il faut dire: elle blêmit; tel est l'effet que produit chez les Hindous, qui sont noirs, l'afflux du sang au visage.
N° 3.—Le renouveau.
Tous les poètes de l'Inde célèbrent le renouveau et la grande fête du printemps. Tous les poètes de l'antiquité ont chanté le réveil de la nature et les amours printaniers.
N° 4.—Singulière politesse chez les Hindous.
Jeter de l'eau à la figure d'une personne est, dans l'Inde, une politesse de la part de celui à qui cette eau a servi pour sa toilette.
N° 5.—Liberté des jeunes filles au temps de Vatsyayana.
Tous ces détails indiquent que, du temps de Valsyayana, les jeunes filles jouissaient d'une liberté très grande dans l'Inde, ce qu'il faut sans doute attribuer à l'influence du Bouddhisme à cette époque. Cette liberté n'existe plus aujourd'hui.
N° 6.—La soeur de lait.
Il est souvent parlé, dans le Soutra, de la soeur de lait; cela prouve que, du temps de Vatsyayana, les dames Hindoues quelque peu aisées ne nourrissaient point elles-mêmes leurs enfants et que les soeurs de lait étaient élevées dans la maison.
Il en était de même chez les Romains sous les Césars. On voit dans les poètes que toutes les dames romaines gardaient près d'elles leur nourrice qui devenait pour elles une confidente dévouée.
N° 7.—Motifs de la préférence donnée par Manou au mode de mariage des Gandarvas.
La préférence donnée par Manou au mariage par consentement mutuel, sans l'intervention des parents, malgré les indélicatesses de toutes sortes qu'à nos yeux il entraîne, pourrait avoir son excuse si elle était fondée sur le droit qu'a chaque partie de disposer de soi, ou sur la considération du bonheur futur des deux époux. Mais, pour qui a étudié le livre de Manou et l'Inde, la raison de cette préférence est que les mariages d'amour réciproque sont les plus féconds; le législateur n'avait en vue que l'accroissement de la population, but unique des règles qu'il a tracées pour les rapports entre les deux sexes.
L'idée du plaisir naturel devait même être écartée lorsqu'un frère était appelé à donner un fils au frère décédé sans enfants, en s'unissant une fois avec sa veuve.
Au point de vue social, le motif du législateur hindou a certainement sa valeur; mais il ne doit pas primer la justice, ni dispenser de la loyauté.
N° 8.—Conseils d'Ovide pour la séduction.
Ces conseils pour la séduction d'une jeune fille ressemblent fort, d'ailleurs, à ceux qu'Ovide donne pour faire la conquête d'une belle.
«Si votre belle, dit-il, n'a pour vous que des rigueurs, ne perdez pas courage elle s'adoucira. Cédez d'abord pour vaincre ensuite.
«Quelqu'office qu'elle exige, remplissez-le promptement; blâmez ce qu'elle blâme, approuvez ce qu'elle approuve, assurez ce qu'elle assure, niez ce qu'elle nie, riez ou pleurez avec elle, composez votre visage sur le sien; si elle veut manier le dévidoir, son coup joué, manquez le vôtre exprès et passez-lui la main.
«Tenez vous-même le parasol déployé sur sa tête, frayez-lui le chemin à travers la foule; approchez avec empressement le marchepied de son lit; mettez ou ôtez la chaussure de ses pieds.
«Fussiez-vous transi de froid, réchauffez dans votre sein ses mains glacées; n'ayez pas honte de tenir le miroir devant elle, le plaisir vous dédommagera de cet office servile.
«La nuit, quand elle reviendra chez elle au sortir d'un souper, mettez-vous à sa disposition si elle demande quelqu'un.
«Si votre belle vous ordonne de vous trouver quelque part, soyez-y avant l'heure prescrite; si elle vous appelle de la campagne, volez chez elle; qu'aucun obstacle ne vous arrête.
«Si vous ne pouvez faire à votre maîtresse que de légers présents, ayez soin de les bien choisir et de les offrir à propos.
«Quand vous serez décidé à faire quelque chose que vous croirez utile, faites en sorte que votre amie l'ait demandé.
«Vous voulez donner la liberté à un esclave, qu'il la fasse solliciter par elle; vous voulez accorder à un autre la grâce d'un châtiment, qu'elle vous en ait l'obligation; en agissant ainsi elle s'imaginera qu'elle a tout pouvoir sur vous.
«Faites-lui croire que vous êtes ravi de ses parures et de ses charmes. Admirez ses bras quand elle danse, sa voix quand elle chante et, quand elle a cessé, regrettez qu'elle ait sitôt fini.
«Exprimez d'une voix tremblante de plaisir le ravissement de ses caresses; surtout sachez dissimuler avec adresse; que votre visage ne démente jamais vos paroles et que votre maîtresse ne puisse jamais soupçonner votre sincérité.
«Tâchez, au prix même de tous les ennuis, de vous attacher son coeur par l'habitude, le plus puissant des liens. Qu'elle vous voie, qu'elle vous entende sans cesse; soyez nuit et jour près d'elle. Mais quand vous serez bien sûr qu'elle peut vous regretter, éloignez-vous pour qu'elle sente le vide. Le repos, d'ailleurs, vous sera utile: un champ reposé rend la semence avec usure. Mais ne prolongez pas trop votre absence. Car le temps dissipe les inquiétudes et les regrets; l'amant qu'on ne voit plus est bientôt oublié et sera vite remplacé.»
CHAPITRE V
De la jeune fille qui fait la conquête d'un époux.
Quand une jeune fille pourvue de bonnes qualités, d'une bonne éducation, appartient à une famille sans position, et, pour ce motif, n'est point recherchée en mariage par les membres de sa caste; ou bien quand une jeune fille qui observe les règles de de sa famille et de sa caste, est orpheline et sans parents qui s'occupent d'elle, elle doit chercher elle-même à se marier quand le moment est venu.
Elle s'efforcera de faire la conquête d'un jeune homme vigoureux et de bonne mine, ou bien d'un homme que, par sa faiblesse d'esprit, elle espère décider à se marier avec elle, même sans le consentement des parents du jeune homme.
Elle emploiera tous les moyens pour le captiver et le verra et l'entretiendra fréquemment. Sa mère aussi se servira de ses amies et de sa soeur de lait pour amener de fréquentes rencontres, soit chez ses amies, soit ailleurs, avec le mari convoité. La jeune fille, de son côté, tâchera de se trouver seule avec lui, en lieu sûr et non troublé, et, de temps en temps, lui fera des présents de fleurs, de parfums et de noix et de feuilles de bétel.
Elle lui montrera les talents qu'elle possède, tels que ceux de masser, d'égratigner et de presser avec les ongles; causera avec lui des choses qui lui plaisent ou l'intéressent, et même discutera avec lui les voies, et moyens pour gagner le coeur d'une jeune fille. Les anciens auteurs sont d'avis que la jeune fille, même quand elle aime, ne doit point faire les premières avances; elle doit seulement encourager l'homme qui la recherche, lui permettre quelques privautés et recevoir les manifestations de son amour sans paraître s'apercevoir de sa passion.
Quand il essaiera de prendre des baisers, elle ne s'y prêtera pas tout d'abord; quand il lui demandera l'union, elle n'y consentira pas; elle lui permettra seulement, tout en faisant beaucoup de difficultés, des attouchements à ses parties cachées, et résistera à toute autre tentative.
C'est seulement lorsqu'elle sera bien certaine de son amour et de sa constance à toute épreuve qu'elle consentira à se donner à lui s'il est décidé à se marier de suite avec elle (App. 1).
Quand elle aura ainsi perdu sa virginité, elle en fera la confidence à ses amies[43].
[Note 43: Sans doute pour notifier son mariage. Dans ce cas, comme dans tous les autres, l'union sexuelle précède la consécration religieuse; le véritable sacrement pour les Hindous paraît être la promesse du mariage cimentée par l'union sexuelle qui est nécessaire et suffisante pour assurer l'exécution de la promesse.]
APPENDICE AU CHAPITRE V
N°1.—Fleurtage dans les chants des Bayadères.
Tout le manège de la jeune fille est figuré très exactement dans un chant des Bayadères intitulé: Entretien d'un homme et d'une femme en route (voir les Chants des Bayadères, traduit du tamoul, par M. Lamairesse).
Entretien d'un homme et d'une femme en route.
1. L'HOMME.—Toi qui es belle comme une paonne et qui portes des bijoux des neuf espèces de pierres précieuses, où vas-tu avec les lèvres de corail et tes yeux bleus comme la fleur Nilopalam?
6. LA FEMME.—Je m'appelle Poulocadi (nymphe terrestre) et je vais puiser de l'eau.
7. L'HOMME.—Je te suis pour remplir ta cruche et ensuite pour te la placer sur la tête.
10. LA FEMME.—Je sais ce que tu veux de moi. Les hommes doivent-ils se permettre de suivre les femmes en route?
15. L'HOMME.—Je suis venu mettre à tes pieds toutes mes richesses, quand je t'ai vue passer seule si légèrement.
16. LA FEMME.—Je ne te comprends pas; tu n'as aucun droit de me suivre, tu feras bien de t'en retourner.
21. L'HOMME.—J'ai couru après toi, sans reprendre haleine; prends pitié de mon tourment.
26. LA FEMME.—Tu me parles sans retenue, veux-tu aussi m'insulter en tirant ma pagne? N'es-tu pas honteux de mes refus?
33. L'HOMME.—Il n'est point de rebuts ni de honte pour les amoureux. Si tu le veux, je te remettrai une promesse de mariage par écrit.
34. LA FEMME.—Puisque tu prends cet engagement, je t'avouerai que je me suis prise d'amour, malgré moi, sur le chemin.
34. L'HOMME.—Si tu y consens de bon coeur, je te ferai goûter le plaisir charnel.
38. LA FEMME.—Fais-le sans plus discourir et tes traits ne sortiront jamais de mon coeur.
39. L'HOMME.—Tu me promets de ne jamais m'oublier et moi je te dis que tu as une habileté que n'aura jamais aucune fille, fût-elle venue au monde sept fois.
40. LA FEMME.—Les filles possèdent l'habileté; elles ne déclarent jamais les premières leur amour. Mais cesse de parler. Occupe-toi aux oeuvres du livre des sciences d'amour (Kamasoutra).
42. LA FEMME.—Presse d'abord mes seins, ô mon bien-aimé, en regardant ma figure et en suçant mes lèvres.
46. LA FEMME.—Pénètre-moi, membre contre membre, et en serrant mes cuisses. Donne-moi toute ta vie.
49. L'HOMME.—Je t'étreins si amoureusement dans mes transports, que les perroquets et les coucous chantent.
54. LA FEMME.—Tu pars déjà. Arrête-toi et dis-moi si tu es satisfait, car tu me laisseras ainsi la joie au coeur.
55. L'HOMME.—Je m'en vais chez moi et je t'enverrai mon frère aîné pour consommer notre union.
56. LA FEMME.—Que pourrai-je faire si tu me trompes en me promettant de m'épouser? Personne ne nous a vus ici.
57. L'HOMME.—Ne crains rien, je prends à témoins le ciel et la terre, le soleil et la lune.
58.—LA FEMME.—C'est assez, je t'en remercie, mon amant; tu peux te retirer, je m'en vais aussi chez moi.
N° 2.—Fleurtage chez les Chinois.
Il est intéressant de rapprocher du fleurtage hindou, si passionné, le fleurtage chinois si formaliste.
La jeune chinoise qui se marie elle-même (Jules Arène, La Chine familière et galante).
«LA JEUNE FILLE.—Triste, les sourcils froncés, je brode pour tuer le temps; de mes manches j'essuie mes larmes; je n'ai pas le courage de me coiffer près de la fenêtre et je m'en veux à moi-même; la destinée des jolies femmes, c'est chose connue, est mauvaise! Je m'appelle Sou-yu-Tchiaou, ma mère est veuve, notre avoir est mince. J'ai aujourd'hui dix-huit ans et n'ai point de mari. Ma mère est toute confite en dévotion et néglige les affaires de la maison.
«LA MÈRE.—J'ai appris l'arrivée d'un bonze pèlerin qui fait des conférences dans la pagode Poutousse, et je me suis levée de bonne heure pour l'entendre; je vais sortir, applique-toi à broder jusqu'à mon retour; à midi je préparerai de quoi apaiser notre faim.
«LA JEUNE FILLE (elle chante).—Toute seule enfermée dans la chambre intérieure. Toute seule! seule je m'assieds, seule je me couche! Pauvres jolies femmes, quelle est votre destinée? Beaucoup de tristesses, beaucoup de larmes.
«(Elle parle).—Pourquoi la porte de notre maison reste-t-elle close? Si j'allais l'entrebâiller et me distraire un peu? Je sais bien qu'il ne convient pas à une jeune fille comme moi de se tenir à la porte. Mais, pour un instant!… Je crois qu'il ne se passera rien d'extraordinaire.
«LE JEUNE HOMME (il chante).—Je me promène pour me distraire. Passons devant la porte de la famille Soun:—j'aperçois une charmante créature, aussi belle que Tchango (la déesse de la lune), j'aperçois son joli visage si tendre qu'un souffle le déchirerait. A sa vue, j'ai perdu l'âme et l'esprit.
«Attention! ce doit être la fille de la veuve Shen, la plus belle fille de tout l'empire. En faire ma femme serait le comble de tous mes voeux. Je voudrais causer avec elle; malheureusement les rites le lui défendent. De plus, je n'ai rien de commun avec elle. Je suis un fils de famille et j'ai l'orgueil de mon rang. J'hésite et mon coeur est en feu. Laisserai-je passer l'occasion qui est si favorable aujourd'hui? Je vais feindre de perdre un objet; c'est un bon moyen d'arriver au mariage.
«Une question, s'il vous plaît, Mademoiselle; c'est ici la porte ou demeure de madame Soun; maman Soun est-elle chez elle?
«LA JEUNE FILLE.—Ma mère n'est pas à la maison.
«LE JEUNE HOMME.—Ah, vous êtes alors mademoiselle Soun? je vous salue.
«LA JEUNE FILLE.—Je vous salue. Une question, Monsieur; quel est votre haut nom? Quels sont vos riches prénoms? pour quelle affaire me demandez-vous si ma mère est chez elle?
«LE JEUNE HOMME.—Mon nom est Phon, mon prénom est Pang, mon nom de fantaisie Yun Tchang. J'ai appris que dans votre demeure vous éleviez bien les coqs: je veux en acheter une paire.
«LA JEUNE FILLE.—Nous avons, en effet, des coqs; mais en l'absence de ma mère, il m'est difficile de les vendre.
«LE JEUNE HOMME.—Alors je prends la liberté de me retirer. (A part) J'enlève mon bracelet, je veux qu'il devienne le gage de mes fiançailles. Je vais le laisser tomber de ma manche en saluant. Si elle le ramasse, il y a huit ou neuf chances sur dix pour que le mariage se fasse. Je vais de ce pas prier ma mère de chercher une tierce personne pour arranger l'affaire.
«LA JEUNE FILLE (elle chante).—En me quittant, il souriait, il m'a saluée, et c'est exprès qu'il a laissé tomber ce bracelet de jade. Pourquoi ne deviendrions-nous pas mari et femme? pourquoi n'imiterions-nous pas les couples de canards-mandarins qui s'ébattent au milieu des nénuphars? J'aurais ainsi jusqu'à ma mort quelqu'un sur qui m'appuyer.
«UNE ENTREMETTEUSE (qui l'a vue de loin ramasser le bracelet).—Ces deux personnes se souriaient, leur passion est brûlante: il ne manque qu'un tiers pour régler le mariage. Le courtage de cette affaire ne m'échappera pas. Ce jeune roué connaît très bien son affaire.
(A la jeune fille qui considère le bracelet de jade en soupirant ):
«—Mademoiselle, je vous l'amènerai et vous causerez à votre aise, cela vous convient-il?
«LA JEUNE FILLE.—Madame, nous sommes bien pauvres, je n'ai pas de gage à lui envoyer.
«L'ENTREMETTEUSE.—En échange du bracelet, des pantoufles brodées suffiront.
«LA JEUNE FILLE.—Maman, des pantoufles brodées de mes mains, je peux donc les envoyer?
«L'ENTREMETTEUSE.—Parfaitement, vous le pouvez.
«LA JEUNE FILLE.—En voici une paire.
«L'ENTREMETTEUSE.—Mademoiselle, dans trois jours je viendrai vous rapporter une réponse.
«LA JEUNE FILLE.—Maman, cette aventure, vous seule la connaissez. Attention à ne rien en dire. Je vous prie de choisir un jour pour me l'amener. Je vous devrai la même reconnaissance qu'à la mère qui m'a donné le jour. Même n'étant que la deuxième femme, je vivrai heureuse avec lui et il me fermera les yeux.
«L'ENTREMETTEUSE.—Il faut patienter trois jours dans l'attente du moment heureux. Je me retire.
«LA JEUNE FILLE.—Je remonte la mèche de la lampe et j'attends le phénix.
«L'ENTREMETTEUSE.—C'est mon affaire, je me charge de faire entrer le papillon dans le jardin.
«LA JEUNE FILLE.—Je ne vous ai pas traitée avec assez d'égards.
«L'ENTREMETTEUSE.—C'est moi qui vous ai dérangée.»
CHAPITRE VI
Formes du mariage.
1° Quand la jeune fille qu'un jeune homme a séduite est entièrement à lui, il se comporte publiquement avec elle comme avec une épouse; il fait apporter de la maison d'un brahmane le feu consacré, répand sur la terre l'herbe Kousha, fait une oblation au feu et se marie selon les prescriptions religieuses relatives à ce genre de mariage, sans témoin.
Après la cérémonie, le jeune homme informe les parents de la jeune fille du fait accompli. D'après les anciens auteurs, le mariage contracté en présence du feu est indissoluble. On en fait part aussi à tous les parents des conjoints, et on s'efforce d'obtenir leur assentiment.
Tel est le mariage selon le mode des Gandharvas.
Lorsqu'une jeune fille ne peut suivre ou ne veut pas déclarer son intention de se marier avec lui, l'amant l'obtiendra de l'une des manières suivantes.
Par le moyen d'un intermédiaire il attirera la jeune fille chez lui sous quelque prétexte, et lorsqu'elle sera venue, il fera apporter de la maison d'un brahmane le feu consacré et procédera au mariage comme il est dit plus haut.
Lorsque la jeune fille qu'il désire doit en épouser un autre prochainement, il perdra son rival dans l'esprit de la mère, et, de connivence avec celle-ci, il fera venir la fille dans une maison du voisinage où il aura fait apporter le feu consacré, et procèdera à son mariage comme il est dit plus haut.
Ou bien il opérera de la même manière avec la connivence du frère de la jeune fille, qu'il aura mis dans ses intérêts par tous les moyens possibles.
(Ces cas peuvent se rattacher au mode des Gandharvas; le consentement de la jeune fille est supposé exister tacitement).
2° Avec la connivence de la soeur de lait de la jeune fille, il fait endormir ou enivrer celle-ci, et l'amène dans quelque endroit sûr, et là il en jouit. A son réveil, il accomplit la cérémonie religieuse (c'est là le mode dit des Vampires, de Manou).
3° Quand la jeune fille se rend à un jardin public ou à un village du voisinage, l'amant tombe sur les hommes qui la gardent, les met en fuite ou les tue, puis il enlève la jeune fille et procède ensuite au mariage.
C'est le mode dit des géants; d'après Manou, celui des Ksha tryas ou guerriers; il rappelle l'enlèvement des Sabines et celui des nobles Damoiselles, au moyen âge [44].
La conclusion de Vatsyayana, conforme à la loi de Manou, est que chacun des divers modes de mariages ci-dessus mentionnés est préférable à tous ceux qui viennent après dans l'ordre suivi.
On ne doit recourir à l'un d'eux que quand tous ceux qui le précèdent dans l'énumération donnée sont d'une application impossible.
[Note 44: Il est à remarquer que, parmi ces modes de mariage décrits par le Kama Soutra, il n'en est pas un seul qui ne renferme quelque chose de malhonnête. Le P. Gury, Th. mle. 837, dit:
«L'enlèvement consiste à emmener par violence une femme d'un lieu dans un autre où elle est au pouvoir du ravisseur pour cause de mariage.
«L'enlèvement annule le mariage entre le ravisseur, c'est-à-dire celui pour lequel on enlève la femme, et la femme enlevée.»]
APPENDICE AU CHAPITRE VI
N° 1.—Ce qui constitue le lien ou le sacrement d'après les Brahmes et d'après l'Église.
Un rapprochement entre la doctrine brahmanique sur le mariage, et celle de l'Église, peut présenter un certain intérêt, au moins de curiosité.
Le P. Gury, Théologie morale:
763. «La matière éloignée du sacrement de mariage est le corps des fiancés qu'ils se livrent réciproquement dans le contrat. La matière prochaine est la remise même du corps qui se fait par des paroles ou des signes exprimant le consentement.
766. «La forme consiste dans l'acceptation réciproque des contractants, exprimée par des paroles ou des signes.»
D'après cet alinéa, le sacrement est tout entier dans le consentement mutuel des contractants, d'où beaucoup d'anciens docteurs concluaient que l'absence des formalités religieuses, quoique pouvant constituer un péché en soi, n'annulait pas le mariage, même au point de vue religieux; mais le Concile de Trente a décidé (P. Gury):
837. «Ceux qui essaieront de contracter mariage autrement qu'en la présence du curé, ou d'un autre prêtre avec la permission du curé ou de l'évêque, et de deux ou trois témoins, ceux-là, le saint Synode les déclare absolument incapables de contracter mariage, et annule le contrat.»
852. «La présence du curé à la déclaration du consentement mutuel valide le mariage, lors même qu'il serait contraint par la violence ou par la crainte; il suffit qu'il sache, soit de bon, soit de mauvais gré, ce qui se fait, même s'il affecte de ne pas comprendre, par exemple en fermant les yeux et se bouchant les oreilles.»
Remarquons que cela peut se faire dans un lieu quelconque et sans aucune cérémonie accessoire.
La doctrine des anciens casuistes aurait aujourd'hui l'avantage de supprimer la question du mariage purement civil et de son insuffisance religieuse.
Chez les Bouddhistes, il n'y a point de cérémonie religieuse pour le mariage ni la naissance, attendu que la naissance est considérée par eux comme un mal et conséquemment le mariage.
Cependant on ne peut méconnaître la bonne impression que peut faire sur les époux le mariage chrétien, surtout quand il est accompagné de conseils éloquents. Nous avons entendu des prêtres catholiques et des ministres protestants parler avec beaucoup d'âme dans ces occasions.