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Théologie hindoue. Le Kama soutra

TITRE I GÉNÉRALITÉS

Lamairesse translation

CHAPITRE I

Invocation.

Au commencement, le Seigneur des créatures[4] donna aux hommes et aux femmes, dans cent mille chapitres, les règles à suivre pour leur existence, en ce qui concerne:

Le Dharma ou devoir religieux[5];

L'Artha ou la richesse;

Le Kama ou l'amour.

La durée de la vie humaine, quand elle n'est point abrégée par des accidents, est d'un siècle.

On doit la partager entre le Dharma, l'Artha et le Kama, de telle sorte qu'ils n'empiètent point l'un sur l'autre; l'enfance doit être consacrée à l'étude; la jeunesse et l'âge mûr, à l'Artha et au Kama; la vieillesse, au Dharma qui procure à l'homme la délivrance finale, c'est-à-dire la fin des transmigrations.

[Note 4: Le Seigneur des créatures est une qualification souvent donnée à Siva. Vatsyayana était donc Sivaïste comme tous les brahmes de son temps.]

[Note 5: Pour les Brahmes, le Dharma est le rite religieux, le sacrifice, l'offrande, le culte, l'obéissance à la coutume. Pour les Bouddhistes, c'est la règle morale, le devoir philosophique.]

Le Dharma est l'accomplissement de certains actes, comme les sacrifices qu'on omet parce qu'on n'en aperçoit pas le résultat dans ce monde, et l'abstention de certains autres, comme de manger de la viande, que l'on accomplit parce qu'on en éprouve un bon effet.

L'Artha comprend l'industrie, l'agriculture, le commerce, les relations sociales et de famille; c'est l'économie politique que doivent apprendre les fonctionnaires et les négociants.

Le Kama est la jouissance, au moyen des cinq sens; il est enseigné par le Kama Soutra et la pratique.

Quand le Dharma, l'Artha et le Kama se présentent en concurrence, le Dharma est généralement préféré à l'Artha et l'Artha au Kama. Mais pour le roi, l'Artha occupe le premier rang, parce qu'il assure les moyens de subsistance.

Toute une école, très nombreuse, fait passer l'Artha avant tout, parce que, avant tout, il faut assurer les besoins de la vie.

En pratique, toutes les classes qui vivent de leur travail, et tous les hommes qui convoitent la richesse, suivent le sentiment de cette école.

Les Lokayatikas prétendent qu'il n'y a pas lieu d'observer le Dharma, parce qu'il n'a en vue que la vie future dans laquelle on ignore s'il portera ou non son fruit.

Selon eux, c'est sottise que de remettre en d'autres mains ce que l'on tient. En outre, il vaut mieux avoir un pigeon aujourd'hui qu'un coq de paon demain, et une pièce de cuivre que l'on donne vaut mieux qu'une pièce d'or que l'on promet.»

Réponse à l'objection:

«1° Le livre saint qui prescrit les pratiques du Dharma ne laisse place à aucun doute.

2° Nous voyons par expérience que les sacrifices offerts pour obtenir la destruction de nos ennemis ou la chute de la pluie portent leur fruit.

3° Le soleil, la lune, les étoiles et les autres corps célestes paraissent travailler avec intérêt pour le bien du monde.

4° Le monde ne se maintient que par l'observance des règles concernant les quatre castes et les quatre périodes de la vie.

5° On sème dans l'espérance de récolter.»

On ne doit point sacrifier le Kama à l'Artha parce que le plaisir est aussi nécessaire que la nourriture. Modéré et prudent, il s'associe au Dharma et à l'Artha. Celui qui pratique les trois est heureux dans cette vie et dans la vie future. Tout acte qui se lie à la fois aux trois ou seulement à deux ou même à un seul des trois peut être accompli. Tout acte qui, pour satisfaire l'un des trois, sacrifie les deux autres, doit être évité (par exemple, un homme qui se ruine par la dévotion ou le libertinage est insensé et coupable)[6].

[Note 6: Au temps de Vatsyayana, la philosophie Sankia et le Bouddhisme avaient complètement discrédité, au moins dans les hautes castes, les pratiques du Dharma brahmanique; ce n'était plus guère qu'une superstition populaire. On s'en aperçoit à la pauvreté des arguments que Vatsyayana oppose aux Lokayatikas.

On voit que le Dharma, I'Artha et le Kama avaient chacun des partisans exclusifs dont les préférences dépendaient de leur situation: quelques-uns choisissaient seulement deux de ces trois termes. Barthriari dit (Amour, stance 53): «Les hommes ont à choisir ici-bas entre deux cultes: celui des belles qui n'aspirent qu'à jeux et plaisirs toujours renouvelés, ou celui qu'on rend dans la forêt à l'Etre absolu.»]

Une partie des cent mille commandements, particulièrement ceux qui se rapportent au Dharma, forment la loi de Svayambha. Ceux relatifs à l'Artha ont été compilés par Brihaspati, et ceux qui concernent le Kama ou l'amour ont été exposés dans mille chapitres par Nandi, de la secte de Mahadéva ou Civa[7].

[Note 7: Vatsyayana, on le voit par les mots en italique, prétend qu'il se borne à reproduire des préceptes édictés par la divinité depuis l'origine des choses et par conséquent obligatoires.]

Les Kama Shastras (codes de l'amour) de Nandi furent successivement abrégés par divers auteurs, puis répartis entre six traités composés par des auteurs différents, dont l'un, Dattaka, écrivit le sien à la requête des femmes publiques de Patalipoutra; c'est le Shastra ou Catéchisme des courtisanes[8].

[Note 8: De même que le Shastra des courtisanes de l'Inde a été écrit à leur requête, le 3e livre de l'Art d'aimer a été composé par Ovide, à la demande des femmes galantes de Rome: «Voici que les jeunes beautés, à leur tour, me prient de leur donner des leçons. Je vais apprendre aux femmes comment elles se feront aimer. L'homme trompe souvent, la femme est bien moins trompeuse. La déesse de Cythère m'a apparu et m'a dit: «Qu'ont donc fait les malheureuses femmes pour être livrées sans défense comme de faibles troupeaux à des hommes bien armés. Deux chants de tes poésies ont rendu ceux-ci habiles aux combats de l'amour. Il faut aussi que tu donnes des leçons à l'autre sexe. Tes belles écolières, comme leurs jeunes amants, inscriront sur leurs trophées: «Ovide fut notre maître.»]

Après avoir lu et médité les écrits de Babhravya et d'autres auteurs anciens, et avoir étudié les motifs des règles qu'ils ont tracées, Vatsyayana, pendant qu'il était étudiant en religion (comme en Europe étudiant en théologie), entièrement livré à la contemplation de la divinité, a composé le Kama-Sutra, résumé des six Shastra susdits, conformément aux préceptes du saint Livre, pour le bien du monde. Cet écrit n'est point destiné uniquement à servir nos désirs charnels. Celui qui possède les principes de la science du Kama et qui, en même temps, observe le Dharma et l'Artha, est sûr de maîtriser ses sens.

APPENDICE AU CHAPITRE I

Si, au lieu d'être simplement un casuiste, Vatsyayana avait eu le génie lyrique, il aurait commencé par un hymne au dieu Kama, tel que celui ci-après (traduction de M. Chezy).

HYMNE A KAMA

Quelle est cette divinité puissante qui, des bocages situés à l'Orient d'Agra, s'élance dans les airs où se répand la lumière la plus pure, tandis que de toute part les tiges languissantes des fleurs, ranimées aux premiers rayons du soleil, s'entrelacent en berceaux, doux asiles de l'harmonie, et que les zéphirs légers leur dérobent, en se jouant, les plus ravissants parfums?

Salut, puissance inconnue!… Car au seul signe de ta tête gracieuse, les vallées et les bois s'empressent de parer leurs seins odorants, et chaque fleur épanouie suspend, en souriant, à ses tresses de musc, les perles éclatantes de la rosée.

Je sens, oui, je sens ton feu divin pénétrer mon coeur, je t'adore et je baise, avec transport, tes autels.

Et pourrais-tu me méconnaître?

Non, fils de Mayâ, non, je connais tes flèches armées de fleurs, la canne redoutable qui compose ton arc, ton étendard où brillent les écailles nacrées, tes armes mystérieuses.

J'ai ressenti toutes tes peines, j'ai savouré tous tes plaisirs.

Tout-puissant Kâmâ, ou, si tu le préfères, éclatant Smara, Ananya majestueux!

Quel que soit le siège de la gloire, sous tel nom que l'on t'invoque, les mers, la terre et l'air proclament ta puissance; tous t'apportent leur tribut, tous reconnaissent en toi le roi de l'Univers.

Ta jeune compagne, la Volupté, sourit à ton côté. Elle est à peine voilée de sa robe éclatante.

A sa suite, douze jeunes filles, à la taille charmante, élancée, s'avancent avec grâce; leurs doigts délicats se promènent avec légèreté sur des cordes d'or, et leurs bras arrondis s'entrelacent dans une danse voluptueuse.

Sur leurs cous élégants, elles disposent des perles plus brillantes que les pleurs de l'aurore.

Ton étendard de pourpre, ondoyant devant elles, fait étinceler dans la voûte azurée des cieux des astres nouveaux[9].

[Note 9: Allusion aux écailles brillantes du poisson qui couronne l'étendard de l'amour indien.]

Dieu aux flèches fleuries, à l'arc plein de douceur, délices de la terre et des cieux! Ton compagnon inséparable, nommé Vasanta chez les Dieux, aimable printemps sur la terre, étend sous tes pieds délicats un doux et tendre tapis de verdure, élève sur ta tête enfantine des arceaux impénétrables aux feux brûlants du midi. C'est lui qui, pour te rafraîchir, fait descendre des nuages une rosée de parfums, qui remplit de flèches nouvelles ton carquois rendu plus redoutable, présent bien cher d'un ami plus cher encore.

A son ordre, doux et caressant, mille oiseaux amoureux, par le charme ravissant de leurs tendres modulations, arrachent à ses liens la fleur encore captive.

Sa main amicale courbe avec adresse la canne savoureuse, y dispose, pour corde, une guirlande d'abeilles dont le miel parfumé est si doux, mais dont l'aiguillon, hélas! cause de si vives douleurs.

C'est encore lui qui arme la pointe acérée de tes traits qui jamais ne reposent et blessent par tous les sens le coeur et y portent le délire de cinq fleurs:

Le Tchampaca pénétrant, semblable à l'or parfumé;

Le chaud Amra rempli d'une ambroisie céleste;

Le desséchant Késsara au feuillage argenté;

Le brûlant Kétaça qui jette le trouble dans les sens;

L'éclatant Bilva qui verse dans les veines une ardeur dévorante.

Quel mortel, Dieu puissant, pourrait résister à ton pouvoir, lorsque Krischna lui-même est ton esclave? Krischna qui, sans cesse enivré de délices dans les plaines fortunées du Malhoura, fait résonner sous ses doigts divins la flûte pastorale, et aux accords mélodieux d'une céleste harmonie, forme avec le choeur des Gopis éprises de ses charmes, des danses voluptueuses à la douce clarté de Lunus, le mystérieux flambeau des nuits.

O toi, Dieu charmant! dont la naissance a précédé la création et dont la jeunesse est éternelle! Que le chant de ton brahmane asservi à tes lois puisse, à jamais, retentir sur les bords sacrés du Gange! Et à l'heure où ton oiseau favori, déployant ses ailes d'émeraude, te fait franchir l'espace dans son vol rapide; lorsqu'au milieu de la nuit silencieuse, les rayons tremblants de Ma (la lune) glissent sur la retraite mystérieuse des amants favorisés ou malheureux, que la plus douce influence soit le partage de ton chantre dévoué, et que, sans le consumer, ton feu divin échauffe voluptueusement son coeur!

Il est intéressant de rapprocher de cette invocation celle de Lucrèce à Vénus.

INVOCATION

Douce et sainte Vénus, mère de nos Romains, Suprême volupté des Dieux et des humains Qui, sous la voûte immense où dorment les étoiles, Peuples les champs féconds, l'onde où courent les voiles, Par toi tout vit, respire, éclos sous ton amour Et monte, heureux de naître, aux rivages du jour. Aussi, devant tes pas, le vent fuit; les nuages, A ta divine approche, emportent les orages; Pour toi, la terre épand ses parfums et ses fleurs; Le ciel s'épanouit et se fond en lumière. Car sitôt qu'il revêt sa splendeur printanière, Et que, par les hivers, le zéphir arrêté Reprend enfin sa course et sa fécondité, Les oiseaux, les premiers frappés par ta puissance, O charmante Déesse, annoncent ta présence; Le lourd troupeau bondit dans les prés renaissants, Et, plein de toi, se jette à travers les torrents: Sensibles à tes feux, séduites par tes grâces Ainsi des animaux les innombrables races, Dans le transport errant des amoureux ébats, Où tu veux les mener s'élancent sur tes pas. Enfin, au fond des mers, sur les rudes montagnes, Dans les fleuves fougueux, dans les jeunes campagnes, Dans les nids des oiseaux et leurs asiles verts, Soumis à ton pouvoir, tous les êtres divers, Le coeur blessé d'amour, frissonnants de caresses, Brûlent de propager leur race et leurs espèces.

L'invocation qui nous paraît avoir le plus de charme est celle de l'Art d'aimer d'Ovide.

Romains, s'il est quelqu'un parmi vous à qui l'art d'aimer soit inconnu, qu'il lise mes vers, qu'il s'instruise et qu'il aime! N'est-ce pas l'art qui fait voguer les vaisseaux rapides à l'aide de la voile et de la rame? qui guide dans la course les chars légers? L'art doit aussi gouverner l'amour.

Loin d'ici, bandelettes légères, ornement de la pudeur et vous longues robes qui descendez jusqu'aux pieds! Je chanterai les ruses et les larcins innocents d'un amour qui ne craint rien, et mes vers n'offriront rien de répréhensible.

L'auteur de la Callipèdie, poème latin du moyen âge, s'est inspiré d'Ovide dans l'invocation qui suit:

O vous, Grâces, modèles divins, et toi, Vénus, mère des amours et de tout ce qui nous charme, toi que Pâris, sur le mont Ida, a justement proclamée la plus belle, inspirez moi des chants dignes des sanctuaires d'Idalie, afin que ma muse ne dépare point un si beau sujet et apprenne à tout le genre humain un art sans prix.

CHAPITRE II

De la possession des soixante-quatre arts libéraux

Il y a soixante-quatre arts libéraux qu'il convient d'apprendre en même temps que ceux enseignés dans le Kama Soutra.

Leur liste comprend, outre les talents d'agrément, les arts utiles tels que l'architecture, les armes, la stratégie, la cuisine, le moyen de s'approprier le bien d'autrui par des mantras (prières) et des incantations, etc.; en un mot, tous les arts libéraux de l'époque.

Une courtisane qui a en partage l'esprit, la beauté et les autres attraits et qui, en outre, connaît les soixante-quatre arts libéraux, obtient le titre de Ganika ou courtisane de haut rang, et occupe une place d'honneur dans les réunions d'hommes. Les respects du roi et les louanges des savants lui sont acquis; tous recherchent sa faveur et lui rendent des hommages.

Si la fille d'un roi ou d'un ministre possède ces talents, elle est toujours la favorite, la première épouse, quand bien même son mari aurait des milliers d'autres femmes[10].

[Note 10: On voit par ce qui précède que les courtisanes et les filles des grands étaient les seules femmes auxquelles il fut permis d'acquérir des talents.]

Une femme séparée de son mari ou tombée dans le dénûment, peut vivre de ces talents, même en pays étranger.

Leur possession seule donne beaucoup d'attraits à une femme, lors même que les circonstances ne lui permettent point de les appliquer. Un homme qui en est muni et qui en même temps est éloquent et galant, fait de rapides conquêtes. En voici la nomenclature:

1. Le chant.

2. La musique instrumentale.

3. La danse.

4. L'union des trois arts précédents.

5. L'écriture et le dessin.

6. Le tatouement.

7. L'art d'habiller une idole et de l'orner avec du riz et des fleurs.

8. Étendre et arranger des lits ou couches de fleurs ou bien répandre des fleurs sur le sol.

9. Application de couleurs aux dents, aux habits, aux cheveux, aux ongles et au corps, c'est-à-dire y faire des mouchetures et des dessins, les teindre et les peindre.

10. Fixer les verres coloriés dans un parquet.

11. La confection des lits, des tapis et des coussins de repos.

12. Faire une musique avec des verres remplis d'eau.

13. Amasser de l'eau dans des aqueducs, des citernes et des réservoirs.

14. La peinture, l'ornementation et la décoration des coffres et des coffrets.

15. La confection des chapelets, des colliers, des guirlandes et des tresses.

16. L'arrangement des turbans, des couronnes, des aigrettes et des tresses de fleurs au sommet de la tête.

17. Les représentations théâtrales, le jeu scénique.

18. L'art de faire des ornements d'oreilles.

19. La préparation des odeurs et des parfums.

20. L'art de placer les bijoux et les ornements dans l'habillement.

21. La magie et la sorcellerie.

22. L'adresse des mains.

23. La cuisine.

24. La préparation des boissons acidulées, parfumées, des limonades, des sorbets et des extraits liquoreux et spiritueux agréables au goût et à la vue.

25. La couture et la taille des vêtements.

26. La tapisserie, la broderie en laine ou en fil, des perroquets, des fleurs; faire des aigrettes, des glands, des panaches, des bouquets, des boutons, des broderies en relief.

27. Résoudre des énigmes, des phrases à double sens, des jeux de mots et des charades.

28. Le jeu des vers; ainsi, une personne dit des vers, la suivante les continue par d'autres, qui doivent commencer par la dernière lettre du dernier vers récité; si la personne qui donne la réplique ne réussit pas, elle paie une amende ou donne un gage.

29. La mimique ou l'imitation.

30. La déclamation et la récitation.

31. La prononciation des phrases difficiles; c'est un jeu entre femmes ou enfants; quand les phrases sont répétées vite, il y a souvent des mots tronqués, transposés, mal commencés, qui prêtent à l'équivoque et au rire.

32. L'escrime aux armes, au bâton; l'exercice de l'arc en lançant des flèches sur un but mobile et immobile.

33. La dialectique.

34. L'architecture.

35. La charpente.

36. La connaissance des titres de l'or et de l'argent, des marques sur les bijoux et les pierres précieuses.

37. La chimie et la minéralogie.

38. La coloration des bijoux, des pierres précieuses et des perles.

39. L'exploitation des mines et des carrières.

40. Le jardinage, le traitement des maladies des arbres et des plantes, leur entretien et la détermination de leur âge.

41. Les combats de coqs, de cailles et de pigeons.

42. L'art d'apprendre à parler aux perroquets et aux sansonnets.

43. L'art de parfumer le corps et les cheveux, de tresser et arranger ceux-ci.

44. L'art de déchiffrer les écritures où les mots sont disposés d'une certaine manière particulière.

43. L'art de parler en changeant la forme des mots; les uns changent le commencement et la fin des mots; d'autres introduisent des lettres particulières entre les syllabes, etc.

46. Connaissance des langues et des patois.

47. L'art de faire des voitures avec des fleurs.

48. La composition des diagrammes mystiques, des sorts et des charmes, l'art d'attacher des anneaux.

49. Jeux d'esprit: comme compléter des vers et des stances inachevées ou remplir par des vers des intervalles laissés entre d'autres vers qui ne sont liés par aucun sens, de manière à donner un sens à l'ensemble; ou bien arranger les lettres d'un mot qu'on a mal écrit à dessein, en séparant les voyelles des consonnes, ou mettant ensemble toutes les voyelles; mettre en vers ou en prose des stances représentées par des lignes ou des symboles (logogriphes); et autres jeux semblables.

50. La composition des poèmes[11].

51. La composition des dictionnaires, lexiques, vocabulaires.

52. L'art de se déguiser et de déguiser les autres.

53. L'art de changer les apparences des objets, par exemple donner au carton l'apparence de la soie, faire paraître belles et précieuses des choses communes et grossières.

54. Les jeux d'argent.

55. L'art de s'emparer du bien d'autrui par des mantras et des incantations, l'insensibilisation et l'enchantement.

56. L'habileté dans les jeux et exercices d'adresse (pour les jeunes gens).

57. La connaissance du monde, des respects, égards et compliments dus à chacun selon son rang, son âge.

58. L'art de la guerre, la stratégie, le maniement des armes.

59. La gymnastique du corps.

60. L'art de reconnaître le caractère des personnes à l'inspection de leur physionomie.

61. La versification.

62. L'arithmétique et la résolution des problèmes.

63. L'art de faire des fleurs artificielles.

64. L'art de faire avec de l'argile des figures en relief, des statues (céramique).

[Note 11: A cette époque la poésie était fort en honneur à la cour des rois indiens. On payait des sommes considérables un sonnet ou épigramme qui avait plu.

(Théodore Pavie, la Renaissance du Brahmanisme. R. des Deux-Mondes). Ces épigrammes devaient surtout être fines, telle que celle adressée à Baour de Lormiau, par un académicien qu'il avait raillé lourdement sur sa florissante santé:

De gloire Baour se nourrit Aussi voyez comme il maigrit! (Baour était toujours sifflé au théâtre).]

APPENDICE AU CHAPITRE II

N° 1.—Liste des talents exigés d'un homme d'après le Lalita-Vistara.

Telle est la liste officielle des soixante-quatre arts libéraux que devait posséder toute personne éminente dans la civilisation brahmanique. Ils sont mentionnés dans beaucoup de livres religieux de l'Inde, comme obligatoires pour les grands, les Gourous et pour tous les savants, notamment les Brahmanes de distinction. C'est pourquoi nous avons dû en reproduire la liste, un peu fastidieuse à cause de sa longueur, mais certainement intéressante comme document historique.

Le Lalita-Vistara donne, à l'occasion des épreuves et examens subis par le Bouddha-Gautama, pour épouser la belle Gopa, une liste semblable mais non identique.

En réunissant ces deux listes, on a une nomenclature complète de tous les arts et métiers de cette époque; chacun d'eux était l'objet de traités spéciaux.

Inutile d'ajouter que personne ne possédait sérieusement toutes ces connaissances, bien qu'elles fussent considérées comme obligatoires.

Liste d'après la traduction de M. Foucault.

Le saut, la science de l'écriture, des sceaux, du calcul, de l'arithmétique, de la lutte, de l'arc, de la course, la natation, l'art de lancer les flèches, de conduire un éléphant en montant sur son cou, l'équitation, l'art de conduire les chars; la fermeté, la force, le courage, l'effort des bras dans la conduite de l'éléphant avec le crochet, avec le lien; dans l'action de se lever, de sortir, de descendre; dans la ligature des poings, des pieds, des mèches de cheveux; dans l'action de couper, de fendre, de traverser, de secouer, de percer ce qui n'est pas entamé, de percer le joint, de percer ce qui résonne, dans l'action de frapper fortement.

L'habileté au jeu de dés, dans la poésie, la grammaire, la composition des livres, la peinture, le drame, l'action dramatique, la lecture attentive, l'entretien du feu sacré, l'art de jouer de la Vinâ, la musique instrumentale, la danse, le chant, la lecture, la déclamation, l'écriture, la plaisanterie, l'union de la danse et de la musique, la danse théâtrale, la mimique, la disposition des guirlandes, dans l'action de rafraîchir avec l'éventail, dans la teinture des pierres précieuses, la teinture des vêtements, dans l'oeuvre de la magie, l'explication des songes, celle du langage des oiseaux; l'art de connaître les signes des femmes, les signes des éléphants, des chevaux, des taureaux, des chèvres, des béliers, des chiens.

La composition des vocabulaires, l'écriture sainte, les Pouranas, les Ilihâsas, le Véda, la grammaire, le Niroukta, l'art de prononcer la poésie, les rites du sacrifice.

Dans l'astronomie, le yoga, les cérémonies religieuses, la méthode des Vaïcéchikas, la connaissance des richesses, la morale, l'état de précepteur, l'état Asoura, le langage des oiseaux et des animaux.

La science des causes, l'arrangement des filets, les ouvrages de cire, la couture, la ciselure, la découpure des feuilles, le mélange des parfums. Dans ces arts et tous ceux qui sont pratiqués dans ce monde, le Bouddha excellait.

N° 2—Quatre classes de femmes, qualités qui leur sont propres.

On peut considérer comme rentrant, mieux que les arts libéraux, dans le sujet traité par Vatsyayana, la description des qualités qui distinguent les femmes entre elles.

En général, les auteurs indiens divisent les femmes en quatre classes d'après leurs caractères physiques et moraux.

Le type parfait est la Padmini, ou la femme Lotus; il n'est sorte d'avantages qu'on ne lui attribue. En voici le résumé.

Elle est belle comme un bouton de Lotus, comme Rathi (la volupté). Sa taille svelte contraste heureusement avec l'amplitude de ses flancs; elle a le port du cygne, elle marche doucement et avec grâce.

Son corps souple et élégant a le parfum du sandal; il est naturellement droit et élancé comme l'arbre de Ciricha, lustré comme la tige du Mirobolam.

Sa peau lisse, tendre, est douce au toucher comme la trompe d'un jeune éléphant. Elle a la couleur de l'or et elle étincelle comme l'éclair.

Sa voix est le chant du Kokila mâle captivant sa femelle; sa parole est de l'ambroisie.

Sa sueur a l'odeur du musc. Elle exhale naturellement plus de parfums qu'aucune autre femme; l'abeille la suit comme une fleur au doux parfum de miel.

Ses cheveux soyeux, longs et bouclés, odorants par eux-mêmes, noirs comme les abeilles, encadrent délicieusement son visage semblable au disque de la pleine lune et retombent en torsades de jais sur ses riches épaules.

Son front est pur: ses sourcils bien arqués sont deux croissants; légèrement agités par l'émotion, ils l'emportent sur l'arc de Kama.

Ses yeux bien fendus sont brillants, doux et timides comme ceux de la gazelle et rouges aux coins. Aussi noirs que la nuit au fond de leurs orbites, leurs prunelles étincellent comme des étoiles dans un ciel sombre. Ses cils longs et soyeux donnent à son regard une douceur qui fascine.

Son nez pareil au bouton du sezame est droit, puis s'arrondit comme un bec de perroquet.

Ses lèvres voluptueuses sont roses comme un bouton de fleur qui s'épanouit ou rouges comme les fruits du bimba et le corail.

Ses dents blanches comme le jasmin d'Arabie ont l'éclat poli de l'ivoire; quand elle sourit, elles se montrent comme un chapelet de perles montées sur corail.

Son cou rond et poli ressemble à une tour d'or pur. Ses épaules s'y joignent par de fines attaches, ainsi qu'à ses bras bien modelés, semblables à la tige du manguier et qui se terminent par deux mains délicates pareilles chacune à un rameau de l'arbre Açoka.

Ses seins amples et fermes ressemblent aux fruits du Vilva; ils se dressent comme deux coupes d'or renversées et surmontées du bouton de la fleur du grenadier.

Ses reins bien cambrés ont la souplesse du serpent; ils se fondent harmonieusement avec ses fesses et ses larges hanches qui ressemblent au corsage de la colombe verte.

Sonjadgana, pur et délicatement arrondi, laisse apercevoir un ombilic profond et luisant comme une baie mure. Trois plis gracieux s'accusent à sa taille comme une ceinture au-dessus de ses hanches.

Ses fesses sont merveilleuses; c'est une Nitambini (Callipige, Sakountala était une Nitambini).

Comme le Lotus épanoui à l'ombre d'une tendre motte d'herbe Kusha (herbe sacrée par excellence), son yoni petit s'ouvre mystérieusement sous le pubis ombragé par un voile velu large de six pouces.

Sa semence d'amour est parfumée comme le lys qui vient d'éclore, ses cuisses rondes, fermes, potelées, ressemblent à la tige polie d'un jeune bananier.

Ses pieds petits et mignons se joignent finement à ses jambes, on dirait deux Lotus.

Quand elle se baigne dans un étang sacré, par toutes sortes de jeux elle réveille l'amour, les dieux se troubleraient à la voir se jouer dans l'eau.

Des perles tremblent à ses oreilles; sur son sein repose un collier de pierres précieuses; elle a, mais en petit nombre, des ornements aux bras et au bas des jambes.

Elle aime les vêtements blancs, les blanches fleurs, les beaux bijoux et les riches costumes. Elle porte un triple vêtement de mousseline rayée.

Délicate comme la feuille du béthel, elle aime les aliments doux, purs, légers; elle mange peu et dort d'un sommeil léger.

Elle connaît bien les trente-deux modes musicaux de Radha; aussi bien que l'amante de Krishna, elle chante harmonieusement en s'accompagnant de la vina qu'elle touche avec grâce de ses doigts effilés et agiles.

Quand elle danse, ses bras aux mouvements souples et harmonieux s'arrondissent en courbes gracieuses et semblent parfois vouloir dérober aux regards ses merveilleux appâts, car sa pudeur est extrême (dans I'Inde une femme danse toujours seule).

Elle a une conversation agréable, son sourire répand la béatitude; elle est espiègle et folâtre, pleine d'enjouement dans les plaisirs.

Elle excelle dans les oeuvres qui lui sont propres.

Elle fuit la société des malhonnêtes gens et accomplit scrupuleusement ses devoirs; le mensonge lui est inconnu.

Incessamment, elle vénère et adore les brahmanes, son père et les dieux; elle recherche la société et la conversation des brahmanes; elle est libérale envers eux et charitable aux pauvres. Pour ceux-ci elle épuiserait le trésor de son mari.

Elle se plaît avec son époux et sait exciter ses désirs par des caresses.

Le dieu d'amour trouverait un superbe plaisir à reposer près d'elle.

Son affection pour son époux est extrême et elle n'aura peur aucun autre une pareille tendresse. Elle est affectueuse dans toutes ses paroles et absolument dévouée à son mari. Elle est parfaite en tout point.

Ajoutez à ce portrait déjà si flatteur une foule d'exclamations que les poëtes poussent en l'honneur de la Padmini.

Trésor d'amour! tendresse sans bornes! femme qui aime et qui n'éprouve aucun désir! femme dont le bonheur est manifeste; femme pareille à Rathi (la volupté), épouse d'Ananya (l'amour), qui plies sous le poids de tes seins fermes et arrondis! femme dont l'amour enivre!

Après la Padmini, vient la Chitrini ou la femme habile.

La Chitrini a l'esprit mobile, l'humeur légère et essentiellement folâtre! son oeil ressemble au Lotus, sa gorge est ferme: ses cheveux tressés en une seule natte retombent sur ses riches épaules comme de noirs serpents; sa voix a la douceur de l'ambroisie; ses hanches sont minces, ses cuisses douces et polies ont la rondeur de la tige du bananier; sa démarche est celle d'un éléphant en gaité; elle aime le plaisir, sait le faire naître et le varier.

La Hastini (nom de la femelle de l'éléphant) occupe le troisième rang.

La Hastini a une abondante chevelure qui brille et se déroule en longues boucles soyeuses, son regard troublerait le dieu d'amour et ferait rougir les bergeronnettes. Le corps de cette femme gracieuse ressemble à une liane d'or, ses pendants d'oreilles sont garnis de pierreries et ses vêtements sont chargés de fleurs. Ses seins fermes et rebondis ressemblent à un couple de vases d'or.

Le dernier type est la Sankhini (la truie).

Ses cheveux sont nattés et roulés sur sa tête; sa face qui exprime la passion est difforme; son corps ressemble à celui d'un porc. On la dirait toujours en colère, toujours elle gronde et grogne.

Ses seins et son ventre exhalent l'odeur du poisson.

Elle est malpropre de sa personne; elle mange de tout et dort à l'excès. Ses yeux ternes sont toujours chassieux.

On a mis en regard les traits distinctifs des quatre classes dans le tableau suivant:

——————————————————————————————————— DÉSIGNATION | Padmini | Chitrini | Hastini | Sankhini | | | | FIGURE | comme la | parfaite | de lotus | d'oie | lune | | | | | | | ODEUR | du lotus | des fleurs | du vin | du poisson | | | | CHEVELURE | fine et | longue et | bouclant | comme des | soyeuse | flottante | naturellement | soies de | | | | sanglier | | | | VOIX | harmonieuse | du kokila | bramement de | croassement | comme un | | l'éléphant | du corbeau | luth | | | | | | | GOÛT | le béthel | les dons | les plaisirs | les querelles DOMINANT | | | variés | ———————————————————————————————————

Quatre sortes d'hommes correspondent comme amants ou époux à ces quatre sortes de femmes.

A la Padmini, l'homme lièvre, c'est-à-dire actif, vif et éveillé.

A la Chitrini, l'homme cerf, celui qui recherche l'affection dans le commerce amoureux.

A la Hastini, l'homme taureau, c'est-à-dire qui a la force et le tempérament de cet animal.

A la Sankhini, l'homme cheval, celui qui a la vigueur et la fougue de l'étalon.

Il existe, disent les poëtes, une Padmini sur dix millions de femmes, une Chitrini sur dix mille, une Hastini sur mille; la Sankhini se trouve partout.

Cette proportion n'est point flatteuse pour le beau sexe dans l'Inde; heureusement, elle n'est point exacte. En général les Hindous, hommes et femmes, même dans les castes serviles, ont de très grands soins de propreté. La femme malpropre, la Sankhini, ne se trouve que dans la classe infime et hors caste, et chez les Pariahs des campagnes.

CHAPITRE III

De la possession des soixante-quatre talents ou arts de volupté enseignés par le Kama Soutra.

L'homme doit étudier le Kama Soutra après le Dharma et l'Artha, et la jeune fille elle-même doit en apprendre les pratiques; d'abord avant son mariage, et, ensuite, après, avec la permission de son mari[12].

[Note 12: Dans les pays musulmans, les femmes sont éduquées en vue d'exciter les sens par la danse et la mimique, etc.]

On objecte à cela que les femmes, n'ayant point à étudier les sciences, ne doivent point non plus étudier le Kama Soutra.

A cela, Vatsyayana répond: Que les femmes peuvent, sans étudier le traité et ses explications, en connaître la pratique, puisqu'elle est tirée du Kama-Schastra (ou les Règles de l'Amour) qu'on apprend expérimentalement, soit par soi-même, soit par des intimes. C'est ainsi que le Kama-Schastra est familier à un certain nombre de femmes, telles que les filles des princes et de leurs ministres.

Il convient donc qu'une jaune fille soit initiée aux principes du Kama Soutra par une femme mariée, par exemple sa soeur de lait, ou bien une amie de la maison éprouvée sous tous les rapports, où une tante, une vieille servante, ou une mendiante qui a vécu autrefois dans la famille, ou une soeur (voir Appendice, n° 1 et 2).

Ces pratiques du Kama-Soutra sont empruntées à la partie du Kama-Shastra qui a rapport à l'union sexuelle, et que Babhravia intitule aussi les soixante-quatre arts, comme les soixante-quatre arts libéraux dont la nomenclature a été donnée ci-dessus.

Pour arriver à ce nombre de (soixante-quatre), on a divisé ce qui a rapport au rapprochement des sexes, c'est-à-dire le Kama-Shastra, en huit parties ou sujets; et dans chaque partie on a fait huit subdivisions principales. Il en a été de même dans le Kama-Soutra[13].

[Note 13: Évidemment, pour les divisions, le chiffre de soixante-quatre est cher aux écrivains de l'époque; selon les anciens commentateurs, il est consacré par les Védas.]

L'homme auquel sont familiers les (soixante-quatre) moyens de plaisir indiqués par Babhravya, atteint le but de son désir, et possède la femme la plus enviable.

Celui qui parle bien sur les autres sujets, mais ne connaît pas les (soixante-quatre) voluptés du Kama-Soutra, n'est point écouté avec faveur dans une réunion de savants.

Celui qui, au contraire, les possède toutes, quoique n'ayant pas d'autre science, prend la tête de la conversation dans toutes les sociétés d'hommes et de femmes.

En raison de leur prestige et de leur charme, les Acharyas, ou auteurs anciens, les plus recommandables, qualifient de chers aux femmes les soixante-quatre talents voluptueux.

L'homme, en effet, qui y est exercé, gagne le coeur de sa propre femme et celui des femmes des autres hommes et des courtisanes.

APPENDICE AU CHAPITRE III

N° 1.—Il y a dans le Kama-Soutra mille choses qui peuvent dépraver une jeune fille, et que, conséquemment, elle doit ignorer, lors même qu'elle est mariée aussitôt qu'elle a atteint l'âge de puberté, comme il est d'usage dans l'Inde.

Dans cette contrée, tout est fait pour provoquer les désirs charnels, même chez les jeunes enfants des deux sexes.

Les chars sacrés sur lesquels on promène les images des Dieux, dans les grandes fêtes publiques, sont chargés de peintures et de sculptures d'une obscénité indescriptible, publiquement exposées à tous les regards, sans que personne songe à en éloigner les enfants.

A la jeune fille indienne s'appliquent pleinement les vers d'Horace:

«…….Incestos amores A tenere meditatur ungui.»

Dès la plus tendre enfance, elle rêve d'impudiques amours.

N° 2.—Sauf quelques sculptures d'un naturalisme naïf dans des cathédrales du moyen âge et quelques pratiques équivoques, restes du paganisme qui lui ont survécu, on ne trouve rien de pareil chez les chrétiens d'aucune confession.

On lit dans le P. Gury (traduction P. Bert):

«417.—Les regards jetés sans raison sur des choses honteuses constituent des péchés graves ou légers, suivant l'intention de la personne, le degré de turpitude et le danger de consentement à la débauche.

«En pratique, on excuserait difficilement d'un péché mortel un homme qui regarderait les parties honteuses d'une femme peinte, parce qu'il ne pourrait guère éviter d'y prendre un plaisir.

«420.—1° C'est un péché grave, en général, de parler, même par légèreté, de l'acte conjugal, de ce qui est permis ou défendu entre époux, des moyens d'empêcher la conception, de procurer la pollution; surtout, si c'est entre jeunes gens de sexes différents.

«2° Il y a grave péché à dire des choses honteuses par le seul plaisir qu'on trouve à y penser.

«Le confesseur ne recommande à de jeunes époux que l'abstention de ce qui pourrait aller contre le but du mariage, la procréation.»

Ainsi, la morale chrétienne est très sévère pour tout ce qui concerne la pureté.

N° 3.—L'éducation des belles par Ovide.

Les listes des (soixante-quatre) arts libéraux et des (soixante-quatre) talents de voluptés, avec les portraits de la Padmini et de la Citrini, nous donnent l'idée de l'éducation féminine dans l'Inde à l'époque de Vatsyayana; il est très intéressant de la rapprocher de celle qu'Ovide trace pour les Romaines dans son Art d'aimer, livre III.

«O femmes! ne négligez aucun soin de votre personne!

«La figure s'embellit si on la soigne; sans soins, le plus beau visage perd sa fraîcheur, fût-il comparable à celui de la déesse du mont Ida.

«Ne chargez point vos oreilles de perles de grand prix, et votre corps de vêtements tout pesants d'or. Une élégante propreté nous charme bien davantage. Choisissez la manière d'arranger votre chevelure qui vous sied le mieux. Un visage un peu allongé demande de simples bandeaux; une figure arrondie un noeud léger sur le sommet de la tête et qui laisse les oreilles découvertes.

«Celle-ci laissera flotter ses cheveux sur ses deux épaules; celle-là les relèvera à la manière de Diane chasseresse.

«Tandis que vous travaillez à votre toilette, laissez croire que vous êtes encore au lit; vous paraîtrez avec plus d'avantages quand vous y aurez mis la dernière main. Vous pouvez toutefois faire peigner vos cheveux devant nous.

«Apprenez à rire avec grâce. Ouvrez modérément la bouche; formez sur l'une et l'autre joue deux petites fossettes et couvrez avec la lèvre inférieure l'extrémité des dents supérieures. Ne vous fatiguez point les flancs par des éclats continuels, que votre rire ait quelque chose de doux et d'agréable à l'oreille.

«Les femmes apprennent aussi à pleurer d'une manière à la fois gracieuse et intéressante; elles pleurent quand elles veulent.

«Apprenez également à marcher, la démarche séduit ou fait fuir un homme qui ne vous connaît pas.

«Il est des femmes qui, par un mouvement de hanches étudié, font flotter leur robe au gré des vents; elles s'avancent fièrement d'un pas majestueux. D'autres marchent à grands pas et d'un air effronté. Évitez que la première de ces démarches soit prétentieuse et que la dernière soit rustique. Cependant, laissez à découvert l'avant-bras depuis le coude jusqu'au poignet, si vous avez la peau d'une blancheur sans tache. Combien de fois j'ai été tenté de baiser un bras d'albâtre!

«Que les jeunes filles apprennent à chanter. Plusieurs ont trouvé dans leur voix un dédommagement à leur figure.

«La femme qui veut plaire doit s'appliquer à manier l'archet de la main droite et à pincer de la harpe de la main gauche.

«Apprenez par coeur Sapho; rien de plus voluptueux que ses vers; lisez les poésies du tendre Properce et celles de mon cher Tibulle, l'Eneïde et même mes Amours.

«Je voudrais encore qu'une belle sût danser (on ne dansait à Rome qu'au théâtre), qu'elle fut habile aussi aux jeux des osselets, des dés et des échecs. Apprenez mille jeux; souvent, à la faveur du jeu, l'amour se glisse dans les coeurs.

Qu'une belle s'occupe de tout ce qui peut augmenter ses charmes; qu'elle se donne en spectacle à la foule; que partout elle soit empressée de plaire; qu'elle ait toujours l'hameçon prêt; dans l'endroit qu'elle soupçonne le moins, elle trouvera du poisson qui viendra y mordre.

«Les funérailles d'un époux sont souvent une occasion d'en trouver un autre. Il convient alors de paraître échevelée et de donner un libre cours à vos pleurs.

«Pour garder la pureté de vos traits, évitez la colère, partage farouche des bêtes féroces; elle enfle le visage et fait noircir les veines où le sang s'accumule.

«Évitez aussi un air de fierté. Un regard doux et gracieux captive l'amour. Nous haïssons aussi la tristesse; c'est la gaieté qui nous charme dans une femme.

«Ne venez aux festins que tard, lorsque les flambeaux sont allumés, vous paraîtrez toujours belle aux yeux troublés par le vin et la nuit voilera vos imperfections.

«Prenez les mets du bout des doigts (les Romains d'alors, comme aujourd'hui encore les Indiens, mangeaient avec les doigts); n'allez pas porter à votre bouche une main mal assurée; ne vous gorgez pas de mets pour les vomir chez vous (usage des Romains), et mangez un peu moins que votre appétit. Il sied mieux qu'une jeune belle se permette quelques excès dans le boire. Toutefois ne vous laissez point à table aller à l'ivresse ou au sommeil, qui vous livreraient sans défense à toutes les entreprises des pires débauchés.»

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