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Théologie hindoue. Le Kama soutra

TITRE III

Lamairesse translation

DES CARESSES ET MIGNARDISES QUI PRÉCÈDENT OU ACCOMPAGNENT L'ACTE SEXUEL

CHAPITRE I

Des baisers.

On conseille de ne point, dans les premiers rendez-vous, multiplier les baisers, les étreintes et autres accessoires de l'union sexuelle; mais on pourra en être prodigue dans les rencontres qui suivront (Ap. N° 1).

On baise le front, les yeux, les joues, la gorge, la poitrine, les seins, les lèvres et l'intérieur de la bouche (Ap. N° 2).

Les habitants de l'Est baisent aussi la femme aux jointures des cuisses, sur les bras et le nombril.

Avec une jeune fille, il y a trois sortes de baisers:

Le nominal, le mouvant et le touchant.

Le nominal est le simple baiser sur la bouche, par l'apposition des lèvres des deux amants.

Dans le baiser mouvant, la jeune fille presse entre ses lèvres la lèvre inférieure de son amant; elle l'introduit dans sa bouche en lui imprimant un mouvement de succion.

Dans le baiser touchant, elle touche avec sa langue la lèvre de son amant, en fermant les yeux, et place ses deux mains dans les siennes.

Les auteurs distinguent encore quatre sortes de baisers:

Le droit, le penché, le tourné, le pressé.

Dans le baiser droit, les deux lèvres s'appliquent directement, celles de l'amant sur celles de l'amante.

Dans le baiser penché, les deux amants, la tête penchée, tendent leurs lèvres l'un vers l'autre.

Dans le baiser tourné, l'un des amants tourne vers lui, avec la main, la tête de l'autre, et, de l'autre main, lui prend le menton.

Le baiser est dit pressé lorsque l'un des deux amants presse fortement avec ses lèvres la lèvre inférieure de l'autre. Il est très pressé, lorsqu'après avoir pris la lèvre entre deux doigts on la touche avec la langue et la presse fortement avec une lèvre.

Entre amants, on parie à qui saisira le premier, avec ses lèvres, la lèvre inférieure de l'autre. Si la femme perd, elle doit crier, repousser son amant en battant des mains, le quereller et exiger un autre pari. Si elle perd une seconde fois, elle doit montrer encore plus de dépit, et saisir le moment où son amant n'est pas sur ses gardes, ou bien dort, pour prendre entre les dents sa lèvre inférieure, et la serrer assez fort pour qu'il ne puisse la dégager; cela fait, elle se met à rire, fait beaucoup de bruit et se moque de son amant; elle danse et s'agite devant lui, et lui dit, en plaisantant, tout ce qui lui passe par l'esprit; elle fronce ses sourcils en lui roulant de gros yeux.

Tels sont les jeux et les paris de deux amants à l'occasion des baisers.

Les amants très passionnés en usent de même pour les autres mignardises que nous verrons plus loin.

Quand l'homme baise la lèvre supérieure de la femme pendant que celle-ci, en retour, lui baise la lèvre inférieure, c'est là le baiser de la lèvre supérieure.

Quand l'un des amants prend avec ses lèvres les lèvres de l'autre, c'est là le baiser agrafe.

Quand, dans ce baiser, il touche avec la langue les dents et le palais de l'autre, c'est là le combat de la langue.

Le baiser doit être modéré, serré, pressé ou doux, selon la partie du corps à laquelle il est appliqué.

On peut encore ranger parmi les baisers la succion du bouton ou du mamelon des seins qui, dans les chants des Bayadères du Sud de l'Inde, est mentionnée comme un des préliminaires naturels de la connexion[23].

[Note 23: D'après le docteur Jules Guyot (Bréviaire de l'amour expérimental), cette succion doit être forte pour produire l'effet voulu (v. App.)]

Quand une femme baise au visage son amant endormi, cet appel est le baiser qui allume l'amour.

Quand une femme baise son amant qui est distrait ou affairé, ou bien le querelle, c'est le baiser qui détourne.

Quand l'amant attardé trouve l'amante couchée, et la baise dans son sommeil pour lui manifester son désir, c'est le baiser d'éveil. En pareil cas, la femme peut faire semblant de dormir à l'arrivée de son amant pour provoquer ce baiser.

Quand on baise l'image d'une personne réfléchie dans un miroir ou dans l'eau, ou bien son ombre portée sur un mur, c'est le baiser de déclaration.

Quand on baise un enfant que l'on tient sur ses genoux, ou une image, ou une statue, en présence de la personne aimée, c'est le baiser que l'on transmet.

Quand la nuit, au théâtre ou dans une assemblée d'hommes de caste, un homme s'approche d'une femme et lui baise un doigt de la main, si elle se tient debout, ou un doigt de pied, si elle est assise; ou bien quand une femme, en massant le corps de son amant, pose la figure sur sa cuisse, comme si elle voulait s'en faire un coussin pour dormir de manière à allumer son désir et lui baise la cuisse ou le gros doigt du pied, c'est le baiser de provocation.

Au sujet de ces baisers on cite les vers suivants:

«Quelque chose que l'un des amants fasse à l'autre, celui-ci doit lui rendre la pareille: baiser pour baiser, caresse pour caresse, coup pour coup.»

APPENDICE AU CHAPITRE I

N° 1.—Bharlrihari (l'Amour, stance 26). «Heureux ceux qui baisent le miel des lèvres des jeunes filles couchées dans leurs bras, la chevelure dénouée, les yeux langoureux et à demi-clos, et les joues mouillées de la sueur qu'a provoquée la fatigue des plaisirs d'amour.»

N° 2.—Les caresses et mignardises précédemment décrites sont considérées par les Hindous, par les poètes latins et par beaucoup d'auteurs modernes, comme les excitants les plus efficaces à l'amour charnel.

Le docteur Gauthier pense, au contraire, que l'homme doit agir sur le coeur et sur l'imagination bien plutôt que sur les sens pour préparer la femme à l'union ou augmenter son amour. Il a sans doute raison quand il s'agit de la généralité des femmes honnêtes; en tout cas, il est bon de ne recourir aux moyens physiques qu'après avoir épuisé tous ceux qui ménagent la pudeur et la délicatesse.

N° 3.—De tous les théologiens catholiques, les Jésuites sont, on le sait, les plus indulgents; il suffit donc de citer le P. Gury pour comparer, sur les sujets semblables, les casuistes brahmaniques et catholiques.

Théologie morale, 413.—«Les baisers et les attouchements sur les parties honnêtes ou peu honnêtes constituent des péchés mortels, si on y cherche le plaisir charnel; véniels, s'il n'y a que de la légèreté, de la plaisanterie, de la curiosité, etc.»

«Ils ne sont pas coupables, si c'est la coutume ou si l'on agit par politesse ou par bienveillance.»

415. no 4.—«Mais doivent être considérés comme péchés mortels les baisers et attouchements sur les autres parties du corps que la décence et la pudeur prescrivent de voiler; tels, par exemple, que les baisers sur les seins, surtout entre personnes de sexes différents et aussi les baisers prolongés sur la bouche, notamment si on y introduit la langue.»

416.—«Les attouchements sur les parties honteuses ou qui y confinent, même lorsqu'ils ont lieu pardessus le vêtement, constituent, en général, un péché grave, à moins qu'on ne le fasse par pétulance, par plaisanterie, par légèreté ou en passant.»

«A plus forte raison, en dehors du cas de force majeure, il y a péché mortel toutes les fois qu'on touche pour le plaisir les parties honteuses de sexes différents.»

418.—«Regarder les parties honteuses ou les parties avoisinantes d'une personne d'un autre sexe constitue un péché mortel, à moins que ce ne soit de loin ou pendant fort peu de temps.»

918 P. Gury. Théologie morale.—«Tout ce qui est nécessaire pour accomplir l'acte conjugal ou pour le rendre plus facile, plus prompt ou plus parfait, est absolument permis aux époux, parce que si l'on permet la chose principale on perme aussi la chose accessoire ou le moyen qui y conduit.

«Tout ce qui est pour la génération est permis, tout ce qui est contre est péché mortel. Tout ce qui est en dehors est péché véniel, ou bien est permis.»

919.—«Il n'y a pas faute dans les baisers honnêtes, dans les attouchements sur les parties honnêtes ou moins honnêtes destinées à montrer l'affection conjugale ou à entretenir l'amour; parce que toute marque honnête d'amour, même tendre, est permise à ceux qui, d'après le lien du mariage, ne doivent faire qu'un seul coeur, une seule chair.

«Il n'y a pas faute en principe dans les attouchements et les regards peu honnêtes s'ils visent immédiatement à l'acte sexuel.

«Il en est de même s'ils sont simplement déshonnêtes, mais nécessaires ou utiles pour exciter la nature; car alors ils sont comme une préparation à l'acte, comme des préliminaires.

«Il y a péché véniel dans les attouchements, les regards et les propos honteux qui ne visent pas immédiatement l'acte conjugal et n'ont pas pour but d'entretenir l'amour légitime d'une manière modérée et raisonnable.»

CHAPITRE II

Des embrassements ou étreintes.

Les embrassements pour se témoigner un amour réciproque, sont de quatre sortes: par le toucher, par la pénétration, par le frottement ou la friction, par la pression.

Le premier a lieu lorsqu'un homme, sous un prétexte quelconque, se place à côté ou en face d'une femme, de telle sorte que les deux corps se touchent.

L'embrassement par pénétration se produit lorsque, dans un lieu solitaire, une femme se penche pour prendre quelque objet, et pénètre, pour ainsi dire, de ses seins l'homme qui, à son tour, la saisit et la presse[24].

[Note 24: Ce passage fait supposer qu'à l'époque où écrivait Vatsyayana les femmes allaient le sein nu, comme cela a lieu encore aujourd'hui dans quelques basses castes et pour les Pariahs. Dans certaines peintures ou sculptures très anciennes, on voit les femmes, même celle du roi, avec la gorge découverte.]

Ces deux premières sortes d'embrassement se font entre personnes qui ne peuvent se voir et se parler librement.

Le troisième embrassement a lieu quand deux personnes qui se promènent lentement, dans l'obscurité, ou dans un lieu solitaire, frottent leurs corps l'un contre l'autre.

Lorsque, dans les mêmes circonstances, l'un des amants presse fortement le corps de l'autre contre un mur ou un pilier, c'est de l'embrassement par pression.

Ces deux derniers contacts se font d'un accord commun.

Dans un rendez-vous, on se livre aux embrassements partiels, visage contre visage, sein contre sein, Jadgana contre Jadgana (partie du corps comprise entre le nombril et les cuisses), cuisses contre cuisses, et aux étreintes de tout le corps, avec toutes sortes de mignardises, la femme laissant flotter ses cheveux épars.

Ces étreintes portent les noms suivants: 1° celle du lierre; 2° celle du grimpeur à l'arbre; 3° le mélange du sésame avec le riz; 4° celui du lait et de l'eau.

Dans les deux premières, l'homme se tient debout; les deux dernières font partie de la connection.

1° La femme enserre l'homme comme le lierre l'arbre; elle penche la tête sur la sienne pour le baiser en poussant de petits cris: sut, sut; elle l'enlace et le regarde amoureusement.

2° La femme met un pied sur le pied de l'homme et l'autre sur sa cuisse, elle passe un de ses bras autour de son dos et l'autre sur ses épaules, elle chante et roucoule doucement, et semble vouloir grimper pour cueillir un baiser.

3° Contact: l'homme et la femme sont couchés et s'étreignent si étroitement que les cuisses et les bras s'entrelacent comme deux lianes et se frottent pour ainsi dire.

4° L'homme et la femme oublient tout dans leur transport; ils ne craignent et ne sentent ni douleur, ni blessures; se pénétrant mutuellement, ils ne forment plus qu'un seul corps, une seule chair, soit que l'homme tienne la femme assise sur ses genoux, ou de côté, ou en face, ou bien sur un lit.

Un poëte a formulé cet aphorisme sur le sujet:

«Il est bon de s'instruire et de converser sur les embrassements, car c'est un moyen de faire naître le désir; mais, dans la connexion, il faut se livrer même à ceux que le Kama Shastra ne mentionne pas, s'ils accroissent l'amour et la passion.»

On observe les règles du Shastra tant que la passion est modérée; mais quand une fois la roue de l'amour tourne, il n'y a plus ni Shastra ni ordre à suivre.

CHAPITRE III

Des pressions et frictions (App 1), égratignures, marques faites avec les ongles.

Généralement, les marques avec les ongles s'impriment sur les aisselles, la gorge, les seins, les lèvres, le Djadgana ou milieu du corps, et les cuisses.

Ce sont, aussi bien que les morsures, des témoignages d'amour singuliers, souvent affectés, entre amants très passionnés; ils se les donnent au premier rendez-vous, au départ pour un voyage, au retour, lors d'une réconciliation, enfin quand la femme est dans une ivresse quelconque.

On fait avec les ongles huit marques, par égratignures ou pressions: la sonore, la demi-lune, le cercle, le trait de l'ongle ou la griffe du tigre, la patte de paon, le saut du lièvre, la feuille de lotus bleu.

La sonore se fait en pressant le menton, les seins, la lèvre inférieure ou le Djadgana, assez doucement pour ne faire aucune marque ou égratignure, et seulement pour que les poils se hérissent au contact des ongles dont on entend le grattement.

Un amant en use ainsi avec une jeune fille, lorsqu'il la masse ou lui égratigne légèrement la tête et s'amuse à la troubler en l'effrayant.

La demi-lune: la courbe d'un seul ongle que l'on imprime sur le cou ou les seins.

Le cercle: l'ensemble de deux demi-lunes opposées. Cette marque se fait ordinairement sur le nombril, dans les petits creux qui se forment autour des fesses dans la station droite, aux aînes.

Le trait: un petit trait d'ongle que l'on imprime sur une partie quelconque du corps.

La griffe de tigre: ligne courbe tracée sur le sein.

La patte de paon: courbe semblablement tracée sur le sein avec les cinq ongles; celui qui la réussit est considéré comme un artiste.

Le saut du lièvre: la marque des cinq ongles est faite près d'un bouton du sein.

La feuille de lotus bleu: marques faites sur les seins ou les hanches en forme de feuilles de lotus.

Il existe encore d'autres marques et même en nombre illimité; car, dit un auteur ancien: «l'art d'imprimer les marques d'amour est familier à tous.» (App. n°2).

Vatsyayana ajoute: «De même que la variété est nécessaire dans l'amour, la variété, à son tour, engendre l'amour.

C'est pourquoi les courtisanes, qui n'ignorent rien de ce qui concerne l'amour, sont si désirables.

On ne fait point de marques avec les ongles sur les femmes mariées; mais on peut faire des marques particulières sur les parties cachées de leur corps, comme souvenir et pour accroître l'amour.

Les marques des ongles même anciennes et presque effacées rappellent à une femme et réveillent son amour qui, sans cela, pourrait se perdre tout à fait.

Une jeune femme sur les seins de laquelle apparaissent ces empreintes impressionne même un étranger qui les aperçoit à distance.

Un homme qui porte des marques d'ongles et de dents réussit auprès des femmes, même celles qui sont rebelles à l'amour.

APPENDICE AU CHAPITRE III

N° 1. Ovide, Art d'aimer, liv. II.—«Au lit, les amants ne garderont pas leurs mains immobiles; leurs doigts sauront s'exercer dans le mystérieux asile où l'amour aime à pénétrer en secret.

«Quand vous aurez trouvé ces endroits qu'une femme aime à sentir toucher, qu'une sotte pudeur ne vous empêche pas d'y porter la main.

«Vous verrez briller dans ses yeux une mobile clarté, comme les rayons du soleil se réfléchissent dans l'onde limpide.

«Elle fera entendre des plaintes, d'agréables paroles, des soupirs d'amour, de tendres gémissements.»

N° 2.—«Les égratignures avec les ongles sont choses malsaines, surtout dans les pays très chauds, comme l'Inde, où les plaies se guérissent difficilement. On sait que l'acide unguique contenu dans la corne de l'ongle est un poison des plus violents. Il suffit de râper l'ongle à forte dose, dans une boisson, pour qu'elle devienne mortelle. Selon quelques auteurs, ce fut ainsi que Thémistocle exilé se donna la mort.

CHAPITRE IV

Des morsures.

On peut mordre toutes les parties du corps que l'on baise, excepté la lèvre inférieure, l'intérieur de la bouche et les yeux.

Les qualités des dents sont: l'éclat, l'égalité entre elles, les proportions convenables, l'acuité aux extrémités.

Leurs défauts sont d'être rudes, molles, grandes et branlantes.

On distingue plusieurs sortes de morsures: celles non apparentes, ne laissant sur la peau qu'une rougeur momentanée;

La morsure gonflée: la peau a été saisie et tirée comme avec une tenaille;

Le point: une très petite portion de peau a été saisie par deux dents seulement;

Corail et joyau: la peau est pressée à la fois par les dents (les bijoux) et les lèvres (le corail);

La ligne de joyaux: la morsure est faite avec toutes les dents;

Le nuage brisé: ligne brisée formée de points sortant et rentrant par rapport à un arc de courbe, à cause de l'intervalle entre les dents;

La morsure du verrat: sur les seins et les épaules, deux lignes de dents marquées les unes au-dessus des autres, avec un intervalle rouge.

Les trois premières morsures se font sur la lèvre inférieure; la ligne de points et celle des joyaux, sur la gorge, la fossette du cou et aux aînes.

La ligne de points seule s'imprime sur le front et les cuisses.

La morsure gonflée, et celle dite corail et joyau, se font toujours sur la joue gauche dont les traces d'ongles et de dents sont considérées comme les ornements.

On témoigne à une femme qu'on la désire en faisant, avec les ongles et les dents, des marques sur les objets suivants qu'elle porte ou qui lui appartiennent: un ornement du front ou des oreilles, un bouquet de fleurs, une feuille de béthel ou de tamala.

Voici à ce sujet quelques vers:

«Quand un amant mord bien fort sa maîtresse, celle-ci doit, d'une feinte colère, le mordre deux fois plus fort.»

Ainsi, pour un point, elle rendra une ligne de points; pour une ligne de points, un nuage brisé.

Si elle est très exaltée, et si, dans l'exaltation de ses transports passionnés, elle engage une sorte de combat, alors elle prend son amant par les cheveux, attire à elle sa tête, lui baise la lèvre inférieure; puis, dans son délire, elle le mord par tout le corps, en fermant les yeux.

Et même le jour et en public, quand son amant lui montre quelque marque qu'elle lui a faite, elle doit sourire à cette vue, tourner la tête de son côté comme si elle voulait le gronder, lui montre à son tour, d'un air irrité, les marques que lui-même lui a faites.

Quand deux amants en usent ainsi, leur passion dure des siècles sans diminuer.

APPENDICE AU CHAPITRE IV

Ovide ne parle guère des mignardises que dans la XIVe Élégie du livre III, Des Amours.

«Non, je ne te défends pas quelques faiblesses, puisque tu es belle.

«Il est un lieu fait pour la débauche; là, ne rougis point de te dépouiller de la tunique légère qui voile tes charmes et de soutenir sur ta cuisse celle de ton amant; là, qu'il glisse entre tes lèvres de rose, sa langue jusqu'au fond de ta bouche, et que l'amour varie en mille manières les jeux de Vénus. Là, n'épargne ni les douces paroles, ni les caresses provocantes, et fais trembler ta couche par des mouvements lascifs. Mais fais au moins que je l'ignore; que je ne voie pas tes cheveux en désordre et la trace d'une dent marquée sur ton cou.

«Si je venais à te surprendre nue dans les bras d'un autre, j'en croirais plutôt la bouche que mes yeux.»

Properce, livre III, Élégie VIII.

Morsures entre amants.

«Quelle douce querelle tu me fis hier aux flambeaux! Avec quel plaisir j'ai vu tes éclats, entendu tes malédictions!

«Échauffée par le vin, tu repousses ta table et tu me lances, d'une main égarée, des coupes encore pleines. Eh bien, poursuis, saisis mes cheveux, déchire ma figure, menace mes yeux, arrache mes vêtements et mets à nu ma poitrine, voilà des marques certaines de tendresse.

«Jamais de colère furieuse chez une femme sans un violent amour.

«Quand une belle s'emporte aux amours, qu'elle parcourt les rues comme une bacchante, que de vains songes l'épouvantent souvent ou qu'elle s'émeut à la vue d'une jeune fille, ces marques trahissent un amour réel; pour croire à la fidélité, il faut qu'elle se montre par des injures.

«Dieu de Cythère, donne à mes ennemis une amante insensible.

«Que mes rivaux comptent sur mon sein les dents de ma maîtresse.

«Que des traces bleuâtres montrent à tous que je l'aime près de moi.

«Je veux me plaindre d'elle ou entendre ses plaintes.

«Je serai, ô Cynthie, toujours en guerre avec toi ou pour toi avec mes rivaux.

«Je t'aime trop pour vouloir quelque trêve; jouis du plaisir de n'avoir point d'égale en beauté.

CHAPITRE V

Des diverses manières de frapper et des petits cris qui leur répondent.

Les coups sont une sorte de mignardise.

On assimile l'union sexuelle à une dispute, à cause des mille contrariétés qui surgissent entre amants et de leur disposition à se quereller.

Les parties du corps que l'on frappe par passion sont: les épaules, la tête, la poitrine entre les seins, le dos, le Jadgana, les hanches et les flancs.

On frappe avec le dos de la main, avec les doigts réunis en tampon, avec la paume de la main, le poing.

Lorsque la femme reçoit un coup, elle fait entendre divers sifflements et huit sortes de petits cris:

Phra! Phat! Sout et Plat; le cri tonnant, le roucoulant, le pleureur.

Le son Phat imite le son du bambou que l'on fend.

Le son Phut, celui que fait un objet qui tombe dans l'eau.

Les femmes prononcent aussi certains mots, tels que:

Mère, Père, etc.

Quelquefois ce sont des cris ou des paroles qui expriment la défense, le désir de la séparation, la douleur ou l'approbation.

On peut ajouter à ces exclamations diverses l'imitation du bourdonnement des abeilles, le roucoulement de la colombe et du coucou, le cri du perroquet, le piaillement du moineau, le sifflement du canard, la cascadette de la caille et le gloussement du paon.

Les coups de poing se donnent sur le dos de la femme pendant qu'elle est assise sur les genoux de l'homme; elle doit riposter en feignant d'être fâchée et en poussant le cri roucoulant et le pleureur.

Pendant la connexion, on donne entre les deux seins, avec le revers de la main, des petits coups qui vont en se multipliant et s'accélérant à mesure que l'excitation augmente, jusqu'à la fin de l'union; à ce moment on prononce le son Hin répété, ou d'autres alternativement, ou ceux que l'on préfère dans ce cas.

Quand l'homme frappe la tête de la femme avec le bout de ses doigts réunis, il prononce le son Phat et la femme le son roucoulant, et ceux Phat et Phut.

Quand on commence les baisers et autres mignardises, la femme doit toujours siffler.

Pendant l'excitation, quand la femme n'est pas habituée aux coups, elle prononce continuellement les mots: assez, assez, finissez et aussi ceux de père, mère, mêlés de cris et de gémissements, les sons tonnants et pleureurs.

Vers la fin de l'union, on presse fortement avec la paume des mains les seins, le Jadgana ou les flancs de la femme et celle-ci fait entendre alors le sifflement de l'oie, ou la cascadette de la caille.

On peut compter parmi les modes de frapper l'usage de quelques instruments particuliers à certaines contrées de l'Inde, principalement à celles du sud:

Le coin entre les seins, les ciseaux pour la tête, les perçoirs des joues (sans doute des aiguilles très fines). Vatsyayana condamne cet usage comme barbare et dangereux, et il cite des accidents graves et même mortels qu'il a occasionnés.

APPENDICE AU CHAPITRE V

N° 1. Contenance des femmes pendant l'union.

Toutes ces pratiques et mignardises sont plutôt de convention que naturelles, comme tout ce que font les Hindous.

Une Bayadère égarée dans Paris et qui en voudrait faire usage, serait une curiosité si extraordinaire qu'elle aurait certainement un succès de vogue pour rire.

La contenance que les femmes d'Europe ont naturellement, ou prennent pendant l'union, est très variable; les trois types les plus saillants sont: celles qui gardent le silence et ferment les yeux;

Celles qui font beaucoup d'exclamations et de démonstrations;

Enfin, celles qui, comme prises d'attaques de nerfs, se pâment ou s'évanouissent.

N° 2.—A Rome, les coups entre amants n'étaient pas seulement des mignardises, bien qu'ils pussent être du goût des belles, comme ils l'étaient de celui de la ménagère de Colin, chantée par Béranger, et de la fille de faubourgs de Jules Barbier, qui voulait un amant:

«Qui la batte et la fouaille depuis le soir jusqu'au matin.»

Tous les poètes élégiaques latins se reprochent d'avoir battu et maltraité leurs maîtresses, ou se louent d'avoir été frappés par elles.

Ovide, _Les Amours, _livre I, Elégie VII.

«Ma maîtresse pleure des coups que je lui ai donnés dans mon délire. N'était-ce point assez de l'intimider par mes cris, par mes menaces, de lui arracher ses vêtements jusqu'à la ceinture! J'ai eu la cruauté de la traîner par les cheveux et de lui sillonner les joues de mes ongles.

«Puis, honteux de ma stupide barbarie, j'ai imploré son pardon. Ne crains pas, lui disais-je, d'imprimer tes ongles sur mon visage, n'épargne ni mes yeux ni ma chevelure, que la colère aide tes faibles mains.»

Tibulle, livre I, Élégie X.

«La guerre s'allume entre les amants; la jeune fille accable de reproches le cruel qui a enfoncé sa porte et lui a arraché les cheveux. Ses joues meurtries sont baignées de larmes; mais le vainqueur pleure à son tour de ce que son bras a trop bien servi sa colère.

«Il faut être de pierre ou d'acier pour frapper la beauté qu'on aime.

«C'est assez de déchirer sa tunique légère, de briser les liens qui retiennent ses cheveux, de faire couler ses larmes.

«Heureux celui qui, dans sa colère, peut voir pleurer une jeune fille; mais celui qui frappe n'est bon qu'à porter le bouclier et le pieu; qu'il s'éloigne de la douce Vénus.»

Les jeux des filles de Sparte.

Les jeux des filles de Sparte qui avaient un but sérieux au temps de l'indépendance de cette République, n'étaient plus, après son asservissement, qu'un spectacle licencieux que Properce a décrit dans l'Élégie XIV du livre III.

«Heureuse Lacédémone, nous admirons les jeux où se forment les jeunes filles. Sans honte, elles paraissent nues au milieu des lutteurs. Tour à tour, on les voit, couvertes de poussière, attendre l'heure de la lice et recevoir les rudes coups du pancrace.

«Elles attachent le ceste à leurs bras, lancent le disque, ou bien elles font décrire un cercle à un coursier rapide, ceignent d'un glaive leurs flancs d'albâtre et couvrent d'un casque leur tête virginale.

«D'autres fois, les cheveux couverts de frimas, elles pressent sur les longs sommets du Taygète le chien de Laconie.»

La loi de Sparte défend le mystère aux amants et on peut se montrer partout en public aux côtés de la femme qu'on aime. On n'a point à redouter la vengeance d'un mari, on n'emploie pas d'intermédiaire pour déclarer ses feux, et si l'on est repoussé, on n'a point à subir de longs délais. Le regard errant à l'aventure n'est point trompé par la pourpre de Tyr, ou intercepté par un nombreux cortège d'esclaves.

La description que, dans son chapitre XLII, Lucien donne de la lutte amoureuse entre Lucius et Palestra lui a peut-être été suggérée par les jeux de Sparte:

«Nue et droite Palestra commande:

«Frotte-toi d'huile, embrasse ton adversaire, renverse-le d'un croc en jambe, tiens-le sous toi, glisse; un écart, qu'on se fende, serre bien; prépare ton arme en avant; frappe, blesse, pénètre jusqu'à ce que tu sois las. De la force dans les reins! allonge maintenant ton arme, pousse-là par en bas; de la vigueur; vise au mur, frappe; dès que tu sens mollir, vite un dégagement et une étreinte; tiens ferme, pas tant de précipitation; un temps d'arrêt! Allons! au but! Te voilà quitte.

«Une pose, maintenant, dit Palestra, la lutte à genoux! et elle tombe-sur ses genoux au milieu du lit. Te voilà au milieu, beau lutteur! serre ton adversaire comme un noeud; penche-le ensuite et fonds sur lui avec ton trait acéré, saisis-le de près et ne laisse aucun intervalle entre vous. S'il commence à lâcher prise, enlève-le sans perdre un instant, tiens-le en l'air, frappe-le en dessous et ne recule pas sans en avoir reçu l'ordre; fais-le coucher, contiens-le, donne-lui de nouveau un croc-en-jambe afin qu'il ne t'échappe pas; tiens-le bien et presse ton mouvement; lâche-le, le voilà terrassé, il est tout en nage.»

CHAPITRE VI

Querelles entre amants.

On peut considérer les querelles entre amants comme une sorte de mignardise ou de moyen d'excitation.

Une femme qui aime beaucoup un homme ne souffre pas qu'il parle devant elle d'une rivale, ni que, par mégarde, il l'appelle du nom d'une autre femme. Quand cela arrive, il en résulte une grosse querelle; la femme se fâche, crie, dénoue ses cheveux et les laisse tomber en désordre, se jette à bas de son lit ou de son siège, lance loin d'elle ses guirlandes, ses ornements et se roule à terre.

L'amant s'efforce alors de l'apaiser par de bonnes paroles; il la relève et la replace avec précaution sur son lit ou siège; mais elle, sans rien répondre, se fâche plus fort encore et le repousse; le tirant par les cheveux, elle lui abaisse la tête, puis elle lui donne des coups de pied dans les jambes, dans la poitrine et dans le dos; elle se dirige vers la porte de la chambre comme pour sortir, mais elle ne sort pas; elle s'arrête près de la porte et fond en larmes.

Au bout de quelques moments, quand elle juge que son amant a fait par ses paroles et ses actes tout ce qu'il pouvait pour se réconcilier, elle doit se montrer satisfaite en le serrant dans ses bras et en lui témoignant son désir de s'unir à lui pour tout oublier; alors la réconciliation est parfaite.

Quand la femme a sa demeure séparée et que les deux amants se sont quittés en querelle, la femme signifie à son amant que tout est rompu entre eux; alors celui-ci envoie successivement vers elle, pour l'apaiser: le Pitkamarda, le Vita et le Vidashaka.

Elle se rend enfin, elle revient chez son amant et passe la nuit avec lui.

Voici deux aphorismes au sujet des mignardises qui accompagnent l'union.

Lorsque la connexion est commencée, la passion détermine seule tous les actes des deux amants.

Toutefois l'homme doit s'étudier, pour reconnaître la manière de procéder qui lui donne le plus de ressources dans la connection.

Il doit aussi étudier la femme avec laquelle il a des rapports suivis pour se comporter avec elle de la façon qui lui procure le plus de plaisir.

La femme doit aussi faire sur elle-même et sur son amant les mêmes observations, afin de pouvoir seconder son bon vouloir dans la connection.

Le propre de l'homme est la rudesse et l'impétuosité, celui de la femme, la délicatesse, la tendresse, l'impressionnabilité, la répugnance pour les choses naturellement déplaisantes.

L'excitation et l'habitude peuvent produire des effets contraires à la nature de chaque sexe; mais ils ne sont que passagers, et celle-ci revient toujours.

APPENDICE AU CHAPITRE VI

Art d'aimer (Ovide, livre II).

«Je ne vous condamne pas à la fidélité, mais tenez secrets vos larcins d'amour.

Ne faites point à une femme de présents qui puissent être reconnus par un autre [25].

[Note 25: Le général Lecourbe s'amusa à faire cadeau du même costume pour la fête patronale à une douzaine de paysannes qu'il avait pour maîtresses dans le bourg qu'il habitait dans le département de l'Ain; ce n'est pas là le plus beau de ses exploits.]

«Si votre maîtresse découvre une infidélité, ne craignez pas de nier; n'en soyez ni plus soumis, ni plus caressant que de coutume; ce serait vous avouer coupable, mais prouvez lui par votre vigueur que vous êtes tout à elle.

«Mais si votre, amante se refroidit, laissez-lui croire à une infidélité. Heureux celui dont la maîtresse offensée s'évanouit, à qui elle arrache les cheveux, meurtrit le visage de ses ongles, qu'elle ne voit qu'en versant des larmes, et sans lequel elle voudrait, mais ne peut vivre.

«Hâtez-vous toutefois de mettre fin à sa désolation, sa colère pourrait s'aigrir en se prolongeant.

«Signez la paix dans son lit: c'est là que naquirent ces deux jumeaux, le pardon et la réconciliation.

«Voyez ces colombes qui viennent de se battre, elles se béquètent tendrement, elles se caressent et s'expriment leur amour par de doux roucoulements.

L'Infidélité (Properce, livre IV, Élégie VIII).

La querelle de Properce avec Cynthie est le modèle du genre.

«Un élégant attelage avait conduit à Lavinium ma Cynthie pour y faire à Vénus quelques sacrifices.

«Irrité de ses infidélités, je voulus changer de couche. J'invite une certaine Phillis peu séduisante à jeun, mais en qui tout plaît quand elle est ivre; et, avec elle Théia, femme aimable, mais à qui, dans le vin, un seul homme ne suffit pas.

«Je voulais passer la nuit avec elles, pour oublier mes chagrins et réveiller mes sens par la nouveauté.

«Un seul lit fut dressé pour nous trois, sur un gazon à l'écart.

«J'étais entre Théia et Phillis, Lydgamus nous versait à boire un vin grec de Métymne le plus exquis.

«Un égyptien jouait de la flûte, Phillis des castagnettes, et la rose pleuvait au hasard sur nos têtes, tandis qu'un nain ramassé dans sa courte grosseur agitait ses petits bras au son des instruments.

«Cependant nos lampes épuisées ne donnaient qu'une faible lueur. La table s'était renversée; les dés ne m'apportaient que des coups du plus triste augure.

«En vain Théia et Phillis chantaient et se découvraient le sein; j'étais sourd et aveugle, ou plutôt j'étais tout seul aux portes de Lanuvium.

«Soudain, ma porte crie sur ses gonds et j'entends à l'entrée un léger bruit.

«Bientôt, Cynthie rejette le battant avec violence; son regard nous foudroie; c'est toute la fureur d'une femme; c'est le spectacle d'une ville prise d'assaut.

«Dans son courroux, Cynthie jette ses ongles au visage de Phillis; et Théia, saisie d'effroi, appelle au feu le voisinage qui s'éveille, et les lumières brillent; dans la rue, s'élève un affreux tumulte; les deux femmes, les cheveux épars, se réfugient dans la première taverne qui s'ouvre.

«Cynthie, toute fière de sa victoire, revient alors près de moi, me frappe, au visage sans pitié, imprime ses ongles dans ma poitrine, me mord et veut m'aveugler.

«Lasse enfin de me frapper, elle saisit Lygdamus, caché dans la ruelle du lit et qui implore à genoux ma protection.

«Enfin, moi-même j'implore mon pardon à ses pieds; si tu veux, dit-elle, que j'oublie ta faute, jamais à l'avenir n'étale une vaine parure, ni au portique de Pompée, ni aux yeux licencieux du Forum; tu ne t'arrêteras jamais devant une litière entr'ouverte.

«J'accuse surtout Lygdamus de mes chagrins; qu'il soit vendu, et qu'il traîne à ses pieds une double chaîne.

«Ensuite, elle purifie la place que Phillis et Théia avaient touchée; elle me fait changer complètement de vêtements; et trois fois elle promène au bord de ma tête le souffle enflammé; après qu'on eut échangé le lin de ma couche, nous cimentâmes la paix par d'ardentes caresses.

CHAPITRE VII

Des goûts sexuels des femmes des diverses régions de l'Inde.

L'auteur donne sur les femmes des différentes contrées de l'Inde des renseignements qu'il destine aux hommes pour qu'au besoin ils sachent en faire usage.

Les femmes du centre, entre le Gange et la Jumma, ont des sentiments élevés et ne se laissent point faire de marques avec les ongles ni avec les dents.

Les femmes d'Avantika ont le goût des plaisirs bas et des manières grossières.

Les femmes du Maharashtra aiment les soixante-quatre sortes de voluptés. Elles se plaisent aux propos obscènes et sont ardentes au plaisir.

Les femmes de Patalipoutra (aujourd'hui Pathna) ont les mêmes ardeurs que les précédentes, mais ne les manifestent point publiquement.

Les femmes Dravidiennes, malgré les caresses de toutes sortes, s'échauffent difficilement et n'arrivent que lentement au spasme génésique.

Les femmes de Vanavasi sont assez froides et peu sensibles aux caresses et aux attouchements et ne souffrent point de propos obscènes.

Les femmes d'Avanti aiment l'union sous toutes ses formes, mais à l'exclusion des caresses accessoires.

Les femmes de Malva aiment les baisers, les embrassements et surtout les coups, mais non les égratignures et les morsures.

Les femmes de Punjab sont folles de l'auparishtaka (caresses avec la langue, plaisir lesbien)[26].

[Note 26: Plaisir lesbien ou saphisme, titillation ou succion du clitoris ou de la vulve ou de tous les deux avec la langue. Aujourd'hui le saphisme a remplacé généralement la tribadie.]

Les femmes d'Aparatika et de Lat sont très passionnées et poussent doucement le cri: Sit!

Les femmes de l'Oude ont les désirs les plus impétueux, leur semence coule avec abondance et elles y aident par des médicaments.

Les femmes du pays d'Audhra ont des membres délicats et sont très voluptueuses.

Les femmes de Ganda sont douces de corps et de langage.

APPENDICE AU CHAPITRE VII

Note I.—Les femmes du centre et du nord-ouest de l'Inde sont grandes et fortes, mais beaucoup moins délicates que celles du sud.

Ces dernières, d'une taille plutôt au-dessous qu'au-dessus de la moyenne, ont les membres très délicats et les attaches très fines. Elles ont toutes de belles dents, de beaux yeux et de beaux cheveux très noirs et très lisses, qu'elles ont soin d'oindre fréquemment d'huile; elles les roulent par derrière, en un chignon fixé à côté de l'oreille droite; elles les ornent de fleurs jaunes, et, quand elles le peuvent, elles y ajoutent des bijoux d'or placés au sommet de la tête ou à l'extrémité du chignon.

Les indiennes recherchées dans leur toilette se jaunissent, avec du safran, toutes les parties du corps qui se laissent voir, et se noircissent, avec une solution d'antimoine, le bord des paupières.

Selon leurs moyens, elles se parent de bracelets d'or, d'argent ou de cuivre. Celles qui sont riches se couvrent de bijoux.

La parure d'argent se porte aux jambes et aux pieds, quelquefois aux bras.

Chaque doigt de pied a son anneau particulier.

Enfin, elles portent au nez un anneau en or très mince, d'un décimètre de diamètre, de la même manière que nos femmes portent des boucles d'oreilles.

Les bijoux étant les seuls ornements des femmes indiennes, elles les gardent constamment, même lorsqu'elles vaquent aux soins domestiques dont aucune n'est dispensée, pas même les brahmines. Dans l'Inde, toutes les femmes se font épiler tout le corps.

Les femmes de l'Inde sont naturellement d'une très grande douceur.

Note 2.—Goûts sexuels des dames romaines sous les Césars.

Citons comme toujours les poètes:

Juvénal, Satire VI, Les femmes.

«Quelle femme peux-tu épouser sans crainte? à voir l'acteur Bathyle danse mollement la Léda, Tuccia se pâme; Appulla, comme aux bras d'un amant, roucoule de petits cris. Telle est folle d'un comédien qui la ruine; telle a tué la voix d'un ténor. Hispulla adore un tragédien.

Épouse donc et tes enfants naîtront d'une lyre, d'une flûte, d'Echion, de Glaphyre, d'Embroise.

Hippia, femme d'un sénateur, suit en Égypte un gladiateur.

Agrippine quitte la couche de Claude et court au lupanar chaud d'une vapeur fétide, où l'attend sa loge vide; nue, une résille d'or sur les seins, sous le nom de Lycisca, elle montre à qui veut s'en repaître les flancs qui ont porté Britannicus.

Elle attire ceux qui entrent, perçoit l'argent, assouvit la passion d'un grand nombre d'hommes qui se succèdent sans relâche. Quand le patron renvoie ses nymphes, elle sort, mais la dernière et malgré elle. Dévorée d'ardents prurits, les sens et les organes en feu, palpitante, rompue par les assauts soutenus, mais non rassasiée, elle porte au chevet des Césars l'âcre parfum du lupanar.»

Le lupanar où se rendait Messaline ne gardait, on le voit, les femmes que la nuit; c'était sans doute le cas général.

Le lupanar de Pompéï se compose de petites cellules disposées autour d'une cour rectangulaire. Sur la clef de voûte en relief de la porte d'entrée sur la rue, et comme pour servir d'enseigne, sont sculptés des organes virils de dimensions colossales.

Juvénal, Mystères de la bonne déesse.

Les membres rougis de vin, elles luttent aux joutes de Vénus. La tribade Lanfulla défie les filles des lupanars. Insatiable et infatigable, elle les force à demander merci sous ses caresses. Puis elle se livre elle-même à la tribade Mesulline qu'elle adore et qui s'attache à ses flancs.

De toutes les parties de l'antre s'élève un même cri:

«Des hommes! des hommes!» c'est le moment. Chaque matrone fait courir après son amant. S'il est au lit, qu'il se couvre seulement d'un manteau et qu'il vole!

Si les amants sont absents, qu'on prenne pour les suppléer les esclaves de la maison. Si ceux-ci ont fui, redoutant les mystères, qu'on loue à tout prix des porteurs d'eau. Faute d'homme, la femme non pourvue accepte un âne.

On sait que les dames romaines se rendaient, sous un déguisement, aux lieux où les gladiateurs s'exerçaient nus par des combats préparatoires. Cachées dans une loge, elles assistaient à leurs luttes, faisaient leur choix et ensuite se faisaient amener ceux qui pouvaient le mieux les satisfaire.

Juvénal, Sat. VI.—«Il est des femmes qui aiment les timides eunuques, leurs baisers sans fougue, leurs figures imberbes. Avec eux, elles n'auront pas besoin de recourir à l'avortement, et malgré cela elles jouiront à souhait. Car elles prendront soin que leur futur gardien ne soit fait eunuque qu'après le développement complet de sa virilité. Pour les dimensions, son pieu ferait envie à Priape. Il est remarqué et universellement connu dans les bains publics. Qu'il dorme donc près de la femme de son maître; mais, ô Posthume, garde-toi de lui donner ton mignon à raser ou à épiler.»

N° 3.—Cruauté des dames Romaines, comparée à la douceur des Indiennes. Ovide, Art d'aimer, livre III.

«J'aime à assister à votre toilette, à voir vos cheveux dénoués sur vos blanches épaules. Mais je ne puis souffrir que vous déchiriez avec vos ongles le visage de votre femme de chambre ou que vous lui meurtrissiez le bras[27], et qu'elle mouille votre chevelure de ses pleurs et de son sang.»

[Note 27: On voit dans les musées d'antiquités une sorte de pinces qui servaient aux dames Romaines pour stimuler ou punir leurs esclaves; très acérées, elles déchiraient la chair et faisaient venir le sang.]

Martial, dans son épigramme 46, maudit Lalegée qui a maltraité cruellement sa femme de chambre pour une maladresse en la coiffant. Mais rien n'égale les traits de Juvénal, toujours dans la Satyre VI.

«Si la nuit le mari a tourné le dos à sa moitié, l'intendante est perdue; on dépouille nue la coiffeuse. Si le liburnien s'est fait attendre, on le punira du sommeil de son maître.

«Les férules éclatent par la violence des coups, le sang jaillit sous les fouets et les verges.

«On a des bourreaux à l'année. Ils frappent; l'illustre épouse se farde le visage. Ils frappent; elle tient cercle avec ses amies, elle admire les dessins d'une robe brochée d'or. Ils continuent; elle parcourt les longues colonnes d'un journal. Enfin, las de frapper, les bourreaux demandent trêve.—Sortez, crie-t-elle alors, justice est faite.

«—En croix l'esclave!—Mais quel crime a-t-il commis? demande le mari, où sont le délateur et les témoins? Qu'on entende la cause! Il n'est jamais trop tard pour faire mourir un homme.

«—Imbécile! un esclave est-il un homme? Coupable ou non, il mourra, je le veux.»

Lorsqu'un gladiateur vaincu dans l'arène attendait son sort de la décision des spectateurs, on sait que les femmes étaient toujours les plus impitoyables.

N° 4.—Ce qui, en Europe, plaît aux femmes selon leur nationalité.

En Europe, la conduite à tenir avec les femmes pour leur plaire dépend de leur caractère.

On admet généralement qu'il faut, pour les Françaises, la jovialité; avec les Anglaises, l'originalité; avec les Allemandes, le sentiment ou la sentimentalité; avec les Italiennes, la tendresse; avec les Espagnoles, la passion.

On cite les Viennoises pour leur amabilité. L'aventure de deux grandes dames de la cour, une princesse polonaise et la femme du ministre de la guerre, a couru toute l'Allemagne, il y a un demi-siècle.

Dans un pari, comme deux déesses, elles se disputèrent le prix de la beauté et prirent pour juge le public.

Fut reconnue la plus belle celle qui, dans un nombre d'heures déterminé, se fit suivre dans un lieu intime, par le plus grand nombre de jeunes gens racollés sur le trottoir du boulevard.

Lord Byron et avec lui tous les voyageurs ne tarissent pas d'admiration pour la jeune fille de Cadix. Martial dit d'elle, livre XIV, 203: «Elle a des mouvements si brusques, elle est si lascive et si voluptueuse qu'elle eût fait se masturber Hippolyte lui-même.»

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