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Structure de l'Algérie

LIVRE II

Reading edition

L’HISTOIRE GÉOLOGIQUE

CHAPITRE I

LES TEMPS PRIMAIRES

Sur le passé de l’Algérie les géologues ont recueilli un grand nombre de données précises. On se propose de les résumer en les rapprochant les unes des autres, en les massant.

A vrai dire on glissera très rapidement sur les temps primaires. Sur le sol Algérien proprement dit, les confins Algéro-Marocains mis à part, on n’a jamais trouvé un seul fossile primaire.

Les affleurements de cet âge ne sont pas tout à fait inexistants, mais ils sont de trop faible étendue et trop épars, pour qu’il y ait un intérêt géographique à essayer d’en reconstituer l’histoire. L’étude géologique, encore assez peu avancée pourtant, des régions voisines, le Sahara et le Maroc, fait bien entrevoir quelques traits généraux de cette histoire. Il est certain que cette portion de l’écorce terrestre, à l’époque primaire, a été plissée en une grande chaîne très importante, d’âge hercynien. Cette chaîne hercynienne avait en gros une direction subméridienne.

On a déjà dit au livre précédent combien cette direction hercynienne, qui réapparaît de façon posthume en croisée orthogonale avec les plis Alpins, est une chose importante pour la dissection et l’intelligence de l’Algérie. On n’a rien de général à ajouter sur le sujet.

On a déjà dit aussi, dans ce même livre I, que, dans la même Algérie proprement dite, les vieilles roches primaires et archéennes étaient concentrées, avec les roches éruptives, dans la zone littorale des Kabylies, où ils représentent le culot resté adhérent de la Tyrrhénide effondrée (fig. 1).

Là-dessus non plus on ne croit pas avoir à ajouter grand’chose. Sur les roches anciennes des Kabylies il y a bien eu un petit conflit d’opinions entre MM. Termier, directeur du Service de la carte géologique et Ficheur, directeur de la Subdivision algérienne du même service[26].

On ne croit pas que cette divergence d’opinion présente un intérêt au point de vue qui nous occupe.

M. Termier estime qu’en certains points on a classé dans les schistes anciens des dépôts éocènes métamorphisés. Nierait-il donc l’existence d’une Tyrrhénide constituée de schistes anciens ? Mais lui-même, d’autre part, dans une étude sur la Sardaigne, et à une époque aussi récente que 1914, insiste sur « ce massif Corso-Sarde, qui a résisté d’une façon générale au mouvement Alpin » ; aujourd’hui en grande partie ruiné et effondré sous les flots de la Méditerranée ; « entouré de tous côtés par des éléments de la chaîne tertiaire, ébranlé lui-même au crétacé, puis au tertiaire, mais n’ayant subi en somme, depuis les temps Permiens, que des contre-coups, des soubresauts, des ébranlements sans nouveaux plissements »[27].

Sur l’existence d’une Tyrrhénide effondrée, tout le monde est donc d’accord sans exception et sans restriction. C’est le seul point qui nous importe. Dans quelle mesure les vieux schistes kabyles appartiennent-ils tous au culot de cette Tyrrhénide, il est vrai que là-dessus les techniciens de la géologie ne sont pas d’accord. Mais leurs discussions ne sont pas à l’échelle du présent travail géographique.

Aux réserves près qui viennent d’être formulées, la paléogéographie de l’Algérie ne commence à nous intéresser qu’à partir de l’ère secondaire. A ce moment elle prend pour la première fois une forme qui a un rapport vraiment direct avec l’actuelle.

CHAPITRE II

L’ALGÉRIE BRAS DE MER

Au Secondaire, l’Algérie commence à être ce qu’elle est restée, la chaîne plissée de l’Atlas.

On voit apparaître les deux môles résistants du nord et du sud, le môle tyrrhénien et le saharien.

Entre ces deux mâchoires d’étau, l’Algérie tend à s’écraser. Elle devient ce que les géologues appellent un géosynclinal, une charnière de l’écorce terrestre, une ligne de moindre résistance et par conséquent de plissement.

Géosynclinal, partie déprimée de l’écorce terrestre, et par conséquent bras de mer, où les sédiments s’accumulent et par leur poids incessamment accru détruisent éternellement l’équilibre, empêchent la cicatrisation de la cassure et récréent sans cesse l’instabilité.

Un bras de mer, un détroit, avec des rivages changeants, avec des alternatives d’émersion et d’immersion partielles ou totales ; c’est une définition acceptable de l’Algérie depuis le début du secondaire à peu près.

Son histoire depuis ce temps-là est pour une bonne part (la part des immersions), l’histoire des bras de mer successifs qu’elle a été. Or ces bras de mer successifs, ou du moins beaucoup d’entre eux, les géologues les ont reconstitués et en ont tracé des cartes paléogéographiques. Les reproduire, les comparer, voir ce qui résulte de leur rapprochement, c’est l’objet du présent chapitre[28] (fig. 7 à 11).

Bras de mer crétacé. — Les étages du lias et du jurassique sont représentés en Algérie par des dépôts à tout le moins très apparents. Ce sont surtout des calcaires massifs, durs, que l’érosion accuse en relief, et qui constituent des pitons saillants, des abrupts pittoresques (le Djurdjura, les causses de Saïda). Ils tirent l’œil dans le paysage. Mais la superficie qu’ils recouvrent au total est trop faible pour qu’on puisse essayer d’imaginer ce que fut l’Algérie liasique et jurassique. A coup sûr pourtant elle fut envahie par la mer. Elle commence dès ce moment là sa carrière de bras de mer. On n’en sait pas plus long.

Sur le bras de mer crétacé nous sommes au contraire très bien documentés. L’Algérie presque tout entière est encroûtée des dépôts de cet âge d’une immense épaisseur. Ce sont eux qui prédominent largement, et qu’on a le plus de chance d’avoir sous les pieds ; ils recouvrent une superficie qui doit être supérieure à la moitié de l’Algérie.

Aussi les géologues ont-ils pu représenter, dans des cartes paléogéographiques, les états successifs du bras de mer aux différents étages du crétacé. Ces cartes ne sont pas assez différentes les unes des autres pour qu’on ait cru nécessaire à notre point de vue géographique de les donner toutes.

On a pensé qu’une suffirait, celle par exemple du crétacé inférieur[29] (fig. 7).

Ce n’est pas que les limites du bras de mer soient restés immuables à travers tout l’étage, tant s’en faut. Parfois il s’est avancé très loin sur la plate-forme saharienne, y déposant les calcaires cénomaniens et sénoniens qui constituent les plateaux du Tadmaït.

Une autre fois, à l’albien, le rivage s’est retiré assez loin pour que le coin sud-ouest de l’Algérie soit resté longtemps exondé ; les montagnes des Oulad-Naïl, le djebel Amour[30] ; l’Albien y est représenté par une formation continentale, ce sont des grès rouges de facies très uniforme, à « dragées » de quartz roulé, et à petites concrétions sphéroïdales, la roche préférée des graveurs rupestres ?

Ces grès à dragées, qui contiennent pour tout fossiles des bois silicifiés, sont une des roches algériennes les plus particulières et les mieux individualisées ; et ils sont bien une formation crétacée continentale.

Mais c’est la seule : à cet intermède près le bras de mer crétacé n’a jamais cessé de recouvrir la totalité de l’Algérie comme la carte ci-jointe en donne correctement l’idée.

Cette carte distingue, au sud, des dépôts littoraux ou de mer peu profonde, « néritiques » ; au nord, des dépôts de mer profonde, « bathyaux ». Cette distinction est valable pour tout l’étage crétacé, inférieur, moyen et supérieur ; et elle est essentielle. Tous les dépôts crétacés ont des facies différents suivant qu’on les étudie au sud ou au nord, sur les hauts plateaux ou dans le Tell. Par exemple, les grès à dragées Albiens ont pour contemporains, dans le nord : des schistes puissants, intercalés de quartzites. Le Cénomanien, depuis la limite méridionale du Tell jusqu’à In-Salah, constitue une formation très uniforme ; à la base, des marnes gypseuses ; au sommet, des calcaires durs à nombreux fossiles côtiers, Ostréa et Oursins, qui représentent le sous-étage Turonien. Dans le Tell il devient impossible d’individualiser le Turonien ; les deux étages confondus sont représentés par des marnes schisteuses à bancs de calcaires marneux, riches en céphalopodes. Le Sénonien méridional est franchement calcaire avec fossiles côtiers ; dans le nord, ce sont des masses confuses de schistes, avec petits blocs calcaires jaunâtres très particuliers, et rares inocérames. D’une façon générale toutes les formations méridionales sont des dépôts de mer peu profonde, de plages, de lagunes, voire continentaux, avec fossiles terrestres ou littoraux : les septentrionales sont surtout des schistes, avec rares fossiles pélagiques ; l’uniformité des facies dans les formations crétacées du Tell, et leur pauvreté en fossiles, font le désespoir des géologues.

Cela revient à dire que dans le bras de mer crétacé, la bande nord, à peu près correspondante à notre Tell, était le véritable géosynclinal, au sens strict du mot, la mer profonde où les dépôts « bathyaux », les argiles, les vases, s’accumulaient dans une mer au fond instable où les forces plissantes atteignaient leur intensité maximum. La charnière mobile du géosynclinal était là. Le reste, la partie méridionale, correspondant vaguement à nos hauts plateaux, participait déjà dans le bras de mer crétacé aux caractères d’un socle continental inondé, voire partiellement exondé, socle relativement rigide.

On va voir que ça n’a jamais cessé d’être ainsi jusqu’au bout, à travers toute la série des âges. La charnière du géosynclinal est restée dans le Tell. Ce trait de structure est demeuré acquis depuis le moment où nous le voyons se manifester. Et par exemple il a persisté dans le bras de mer éocène.

Fig. 7. — Mer crétacée. (Voir légende explicative des fig. 7 à 11.)

Illustration from Structure de l'Algérie

Fig. 8. — Mer des phosphates. (Voir légende explicative des fig. 7 à 11.)

Illustration from Structure de l'Algérie

Fig. 9. — Mer oligocène. (Voir légende explicative des fig. 7 à 11.)

Illustration from Structure de l'Algérie

Fig. 10. — Mer cartennienne. (Voir légende explicative des fig. 7 à 11.)

Illustration from Structure de l'Algérie

Fig. 11. — Mer sahélienne. Légende explicative des figures 7 à 11. Série de cartons paléogéographiques représentant les invasions et les retraites du bras de mer dont les dépôts émergés constituent l’Atlas. — Ce bras de mer est coincé entre deux continents, le socle Saharien au Sud, et au Nord la Tyrrhénide, dont l’effondrement a lieu seulement au début du pliocène. Il y a émersion totale du bras de mer à l’époque oligocène comme à l’époque actuelle. — A l’époque crétacée le bras de mer a sa plus grande puissance. Mais il est large et profond à l’étage des phosphates et à l’étage cartennien. Toutes les fois qu’il est normalement développé il est mer profonde, à dépôts bathyaux, dans la partie Nord, Tellienne — et socle continental inondé, à dépôts néritiques, dans la partie Sud (hauts plateaux). — A travers cette évolution 4 compartiments de l’Atlas se sont comportés différemment. — Sur les hauts plateaux le compartiment occidental (hauts plateaux oranais) est anciennement émergé sans retour oscillatoire de la mer. Il n’en est pas de même du compartiment oriental, et particulièrement du Hodna. — Dans le Tell c’est au contraire le compartiment oriental, qui a une tendance ancienne à l’émersion. Le Tell oranais, des plaines sub-littorales, est la partie où la mer a le plus longtemps séjourné, jusqu’à l’époque de beaucoup la plus récente. Noter que cela souligne l’importance de la grande dorsale Laghouat-Médéa, de part et d’autre de laquelle les compartiments de l’Atlas ont une paléogéographie différente.

Illustration from Structure de l'Algérie

Bras de mer éocène. — Les géologues sont d’accord pour en dresser la carte, au moins en ce qui concerne l’éocène inférieur (le suessonien), l’étage fameux en Algérie par ses phosphates.

Cette carte (voir fig. 8) dressée d’abord par M. Savornin[31], a été reproduite par M. Joleaud[32] avec quelques modifications qui portent sur des nuances. Entendons, bien entendu, nuances au point de vue qui nous occupe. Sur les traits généraux il n’y a pas le moindre désaccord.

Ces traits ressortent au premier coup d’œil sur la carte. Et d’abord le bras de mer suessonien est beaucoup plus grêle que le crétacé, très aminci. Le quart sud-ouest de l’Algérie est émergé ; c’est l’Atlas saharien à l’ouest du Hodna, le coin des grès à dragées ; notez que l’émersion est, cette fois, définitive ; la mer n’y est jamais revenue, c’est parfaitement authentique. Cette région étendue qui englobe les cuvettes des chotts oranais, tout le bloc des hauts plateaux à l’ouest du méridien d’Alger, tout cela est resté subaérien, continental, sans la moindre interruption, depuis la fin du crétacé. Dans un pays comme l’Algérie, qui est dans son ensemble un géosynclinal tertiaire, c’est une originalité puissante. On ne l’a pas assez dit, et, par exemple, on l’omet par prétérition lorsqu’on réunit dans cette même formule générale « les hauts plateaux », à la fois ceux de l’ouest, de l’Oranie, et ceux de l’est, cuvette de Hodna et hautes plaines Constantinoises.

Il est curieux de constater d’ailleurs que ces deux groupes de hauts plateaux, qui s’individualisent au Suessonien par l’immersion de l’un et l’émersion de l’autre, sont justement séparés par la grande dorsale Laghouat-Alger.

Sur leurs cartes paléogéographiques de la mer Suessonienne, comme de la mer Crétacée, les géologues distinguent soigneusement les dépôts « néritiques » et « bathyaux ». Ici la distinction n’est pas seulement d’intérêt théorique, mais aussi pratique, ainsi que MM. Jollaud et Collet le font ressortir[33]. Dans les dépôts de zone abyssale, c’est-à-dire de la zone septentrionale, Tellienne, on ne trouve pas de concrétions phosphatées, parce que « les os des animaux marins ont été dissous avant d’atteindre le fond ». Les phosphates se rencontrent dans la zone des faibles profondeurs, dans le sud par conséquent ; là en effet les cadavres « sont tombés sur le fond et s’y sont décomposés ».

Dans ce bras de mer éocène, « à une époque qu’il est difficile de préciser exactement, le géosynclinal tellien a fortement rejoué »[34]. Des plissements intenses ont beaucoup modifié le tracé des rivages. Il est certain qu’à l’éocène moyen et surtout supérieur, le bras de mer n’avait plus le même tracé. Mais les géologues ne nous disent pas avec précision lequel, ils ne se croient pas encore outillés suffisamment pour l’oser[35]. Ils affirment pourtant qu’à l’éocène supérieur toutes les hautes plaines Constantinoises étaient exondées, comme aussi l’Atlas saharien à l’est du Hodna, l’Aurès ; le bras de mer se renfermait dans les limites du Tell. Il y a déposé des roches qui sont d’une extrême importance géographique. C’est un complexe d’argiles et de grès siliceux. Certains géologues lui appliquent, par analogie avec les Alpes, le nom de « flysch », dont l’exactitude est contesté par d’autres, mais qui est commode. Ce flysch algérien a deux facies gréseux, le medjanien aux grès rougeâtres fins et durs, le numidien aux grès jaunes grossiers et assez tendres[36]. Cette formation, tout particulièrement avec son facies numidien, est associée aux boisements superbes des Kabylies, par les réserves d’eau que lui vaut la porosité des grès combinée avec l’étanchéité des argiles ; les grès attirent et groupent les arbres calcifuges et silicicoles, les chênes-lièges par exemple. Ils ont ainsi une importance immense au point de vue pittoresque et économique. Ils portent les grandes forêts aux arbres énormes, qui ont dans un pays généralement dénudé le charme de l’inattendu. C’est à eux que l’Algérie doit d’occuper un rang intéressant parmi les rares pays producteurs du liège. Et si on songe aux phosphates suessoniens il faut conclure que la Berbérie a vraiment à l’Éocène des obligations particulières.

Les géologues donnent au flysch une épaisseur totale d’environ 700 mètres ; c’est une masse puissante, dépôt d’un bras de mer encore profond, d’un géosynclinal où les plissements orogéniques se sont continués jusqu’à la fin de l’éocène.

La mer oligocène. — L’éocène, qui a vu en Europe se dresser les Pyrénées, est un âge important pour la surrection de l’Atlas. A la fin de l’éocène, c’est-à-dire à l’oligocène, l’Atlas existe déjà, ou du moins un Atlas, qui s’est depuis plus ou moins démoli et reconstruit, mais qui est constitué, tout brandi, dressé hors des eaux. La substitution de la chaîne de montagnes au géosynclinal est parachevée. Le long de cette charnière instable de l’écorce terrestre qu’est essentiellement le bras de mer algérien, la compression latérale des deux mâchoires a produit dès ce temps-là, et provisoirement, son effet normal ; elle a supprimé le bras de mer à peu près complètement, et dressé à sa place un haut-relief.

Les géologues sont d’accord pour affirmer que l’Algérie oligocène était exondée, une surface continentale. Ceci est certainement un point ferme, soustrait aux discussions, comme en témoignent les esquisses, concordantes sur l’essentiel, qu’ont publiées MM. Savornin[37], Joleaud[38], Dalloni[39]. Non seulement on a reconnu l’âge oligocène de dépôts continentaux, cailloutis torrentiels, alluvions lagunaires gypseuses, épars sur le sol de l’Algérie. Mais encore, comme contre-épreuve, on a identifié les dépôts marins de l’étage, et on a pu tracer sur la carte les rivages de ce qui subsistait sur le sol Algérien de la mer oligocène (fig. 9). C’est une obligation qu’on a particulièrement à M. Dalloni. On connaît anciennement sur le littoral de l’Algérie actuelle quelques traces de mer oiigocene, un petit golfe par exemple dans la région de Dellys. Le bras de mer oligocène subsistait donc au large des côtes actuelles dans l’Algérie occidentale. M. Dalloni[39] nous a révélé récemment que le bras de mer envoyait un autre prolongement très curieux dans cette même Algérie occidentale, mais très loin à l’intérieur des terres, depuis l’embouchure de la Tafna par Sidi-Bel-Abbès, Mascara, nord de Tiaret, Boghari, sur la lisière sud de l’Atlas. C’était un fjord, si on peut dire, long de 400 kilomètres, sans largeur et sans profondeur, un dernier rappel du géosynclinal sur l’emplacement même de sa charnière, au contact précis du Tell et des hauts plateaux. Notez que ce fjord se fermait dans la région de Boghari au passage de la grande dorsale Laghouat-Médéah, de part et d’autre de laquelle les Tells, oriental et occidental se diversifient. Un intérêt de cette carte paléogéographique est justement de faire apparaître pour la première fois l’originalité du Tell occidental, Tell Oranais. Cet Atlas d’âge pyrénéen, édifié par les plissements de l’éocène, exondé à l’oligocène, c’est dans le Tell Oranais qu’il conserve encore dans ses plis des digitations du bras de mer. Et c’est là en effet surtout que nous allons le voir aux âges suivants se démolir pour se reconstruire, s’abîmer presque tout entier sous l’eau, pour émerger de nouveau.

Bras de mer miocène inférieur. — Plusieurs géologues, MM. Savornin[40], Joleaud[41], Dalloni[42] ont tracé des bras de mer miocènes des cartes successives aux étages inférieur et moyen. Ils sont tous d’accord à des nuances près qui ne sont pas de notre ressort ici. La carte qu’on reproduit ci-joint est celle du miocène inférieur, l’étage qu’on appelle généralement cartennien, celui qui succède immédiatement à l’oligocène.

Au cartennien, l’Algérie devient de nouveau un bras de mer, large et profond, où le géosynclinal rejoue avec intensité ; et ces conditions durent à l’étage suivant l’helvétien. Des plissements d’une grande importance rajeunissent et réédifient partiellement l’Atlas, des plissements d’âge alpin cette fois. De part et d’autre de l’oligocène, grosso modo, en simplifiant, en schématisant, ce sont eux qui ont construit l’Atlas algérien. L’éocène en a fait le dessin général, que le miocène a plus ou moins complètement remanié.

Parmi les parties de l’Atlas Algérien actuel, on peut à la suite des géologues distinguer celles qui sont d’âge Pyrénéen et celles qui sont d’âge Alpin. On le peut du moins dans certains cas, dans une certaine mesure, avec beaucoup de prudence, en suivant les géologues pas à pas. Nous trouvons par la suite que cette distinction est d’une grande importance pour l’intelligence du pays, dans certains de ses coins.

Le bras de mer cartennien rappelle un peu par sa forme générale le suessonien (fig. 10). Il est d’étendue à peu près équivalente, bien plus réduit par conséquent que le bras de mer crétacé, mais il recouvre tout de même une bonne moitié de l’Algérie.

Quand on y regarde de plus près, des différences importantes apparaissent avec le bras de mer Suessonien.

Cette fois c’est le Tell Oranais qui s’est abîmé sous les flots, à peu près tout entier, sauf quelques îlots, et à de grandes profondeurs ; les dépôts cartenniens et helvétiens dans l’Algérie occidentale sont surtout des marnes et des argiles, de facies très uniformes, en masses énormes, des dépôts abyssaux.

Dans l’est, au delà de la grande dorsale de Médéa, l’allure du bras de mer cartennien est bien différente, assez exactement inverse. Le Tell oriental est resté émergé, à peu près tout entier, à sa bordure méridionale près. C’est au sud du Tell que le bras de mer cartennien s’est étalé très largement.

Il s’est répandu sur les Hauts plateaux Constantinois jusqu’en Tunisie dans une mesure encore mal précisée ; mais surtout dans la cuvette du Hodna, sur le seuil de Biskra. Là hors du géosynclinal Tellien, sur le socle inondé des hauts plateaux, il a laissé des dépôts néritiques ; des calcaires à lithotamnium, par exemple, dont la présence accuse des profondeurs maritimes d’une vingtaine de mètres au maximum.

Golfes sahélien et pliocène. — Restent enfin les mers du miocène supérieur (sahélien) et du pliocène (fig. 11). Le détroit, exondé à moitié, est devenu golfe. Les golfes sahélien et pliocène se continuent et se recouvrent l’un l’autre à peu de chose près, dans le même coin nord occidental de l’Algérie[43]. Ils y occupent toute la zone des plaines sublittorales et des Sahels, d’où le nom de Sahélien.

Celui-ci touche ou a touché aux préoccupations de l’opinion publique par certains côtés. Dans le Dahra, la « farine siliceuse » ou « kieselguhr » est un amas de diatomées, dans des dépôts sahéliens d’eau douce ou saumâtre. Et les fameuses grottes où Pélissier enfuma les Frechih sont sculptées dans une lentille de plâtre d’une formation sahélienne. L’étage pourtant est surtout représenté par des argiles, très puissantes, célèbres par leur instabilité, et qui témoignent d’une mer profonde.

C’est la mollasse pliocène qui constitue les environs d’Alger, avec leurs ravissants chemins creux, entre des murs vivants et sous des voûtes d’oliviers sauvages. Des grès pliocènes couverts de lentisques portent le tombeau de la Chrétienne et les ruines charmantes de Tipaza. La grande banlieue d’Alger, familière aux touristes est surtout pliocène. Ces formations ont beau être littorales : elles n’en intéressent pas moins une portion considérable du Tell occidental et nous verrons qu’elles ont été, au fond des mers sahéliennes et pliocènes, affectées de mouvements orogéniques très importants, jusqu’à une époque si rapprochée de nous qu’il faut déjà presque l’appeler quaternaire.

Ce dernier tableau s’accorde bien avec les précédents et complète la figure d’ensemble. L’histoire du bras de mer se termine dans le Tell occidental, c’est là qu’il a séjourné en dernier lieu, et qu’il a fait enfin sa retraite définitive. Le compartiment du Tell Oranais est resté mer, et mer profonde bien plus longtemps que le reste.

Conclusion. — Cette série de cartes paléogéographiques, donnant les états successifs du bras de mer algérien permet peut-être d’imaginer l’instabilité du sol. Un pays qui est tout entier et qui n’a jamais cessé d’être depuis le crétacé un géosynclinal : ce pays-là est instable par définition. L’Algérie en effet est périodiquement visitée par les tremblements de terre.

L’Atlas algérien, depuis le crétacé, n’a jamais cessé jusqu’à nos jours, jusqu’au quaternaire, d’être dans le devenir ; il est d’âge pyrénéen, alpin, post-alpin même ; il n’a jamais cessé de s’édifier, de s’écrouler et de se réédifier par quelque bout, tantôt ici et tantôt là.

On conçoit donc bien qu’il soit difficile de comprendre l’Atlas et d’en rendre compte. Dans une tentative de ce genre, à laquelle il faut bien se résoudre pourtant, une extrême prudence s’impose. Sous cette réserve il semble bien qu’on voie déjà se dégager quelques grands compartiments.

Dans l’Atlas tellien, de part et d’autre de la grande dorsale, le compartiment occidental et l’oriental ont chacun son histoire de plus en plus distincte depuis l’oligocène déjà. Dans l’Atlas saharien et la zone des plateaux la grande ligne de démarcation essentielle, c’est le seuil de Biskra ; l’importance de cette ligne de démarcation est immense depuis le cartennien, et même il faut dire depuis l’albien. Dans la série de nos cartes, et, à mon sens, dans la réalité géographique et humaine, il n’y a pas peut-être, dans toute l’Algérie, de ligne de démarcation plus importante.

Par-dessus tout, la grande division essentielle, primordiale, qui apparaît déjà, avec une netteté parfaite, sur la plus ancienne de nos cartes, celle du bras de mer crétacé, et qui se retrouve dans toutes les autres, c’est la division éternelle de l’Atlas algérien en géosynclinal tellien au nord et socle des Hauts plateaux au sud. Cette grande division est tout à fait populaire et précisément pour cela on s’en est méfié, on l’a même contestée. Il faut souligner au contraire combien elle est en accord avec le résultat des recherches géologiques les plus techniques.

CHAPITRE III

LE TRIAS

Sur le passé de l’Atlas saharien, l’étude des dépôts marins, qui conduit à l’établissement de cartes successives du bras de mer, n’est pas la source unique de renseignements. L’étude des dépôts continentaux n’est pas moins importante. Il ne doit pas y avoir beaucoup de pays au monde où les dépôts continentaux soient aussi abondants et aussi intéressants.

En première ligne vient le trias.

A la fin des temps primaires et au début des secondaires, juste avant l’établissement des conditions géosynclinales qui annoncent l’Atlas, quand, sur l’emplacement de l’Afrique du Nord, il y avait une pénéplaine hercynienne, que nous entrevoyons confusément dans le passé, il est du moins parfaitement net et certain que cette pénéplaine est restée exondée pendant des âges géologiques. L’Algérie du bras de mer a un long prologue d’émersion totale, pendant lequel elle s’est couverte de dépôts continentaux.

Les plus anciens et les moins intéressants appartiennent au permien, dernier étage du primaire ? Cet étage est représenté en Algérie par des dépôts de faible étendue ; ce sont invariablement des poudingues attestant un ruissellement subaérien. On n’en sait pas davantage. Il faut considérer surtout le trias ; premier étage du secondaire. Il est pour l’intelligence de la structure d’une importance immense, et on devra y insister longuement.

Du gypse ; du sel gemme ; des marnes bariolées de couleurs vives, dans les tons rouges et violets ; des roches éruptives du type ophitique. C’est une formation très constante dans sa variété qui a fait couler beaucoup d’encre. Pendant longtemps on y a vu une formation éruptive. Depuis 1896 on admet unanimement l’attribution au trias[44]. Mais on discute encore entre géologues sur le rôle de ce trias dans la formation des nappes. C’est le terrain d’Algérie le plus passionnant, et si on peut dire le plus retentissant.

On se gardera bien de suivre les géologues dans leurs discussions. Ce qui nous intéresse exclusivement ce sont les points sur lesquels ils sont tout à fait d’accord, soustraits définitivement à la controverse.

Il est certain que ces terrains gypso-salins sont d’âge triasique. Ils se retrouvent avec le même facies non seulement dans tout l’Atlas, de la Tunisie au Maroc, mais dans l’Andalousie, le sud-est de l’Espagne et aux Pyrénées. Il y a donc eu pendant l’âge triasique sur l’emplacement de la Berbérie et de l’Espagne un continent émergé, où régnaient des conditions de climat steppien ou désertique, parsemé de lagunes et de chotts.

Rochers de sel. — Quoique le trias algérien conserve partout son même facies remarquablement constant, caractérisé par la présence des trois éléments, sel, plâtre, argile ; cependant la proportion des trois éléments est variable.

Quand le sel prédomine le résultat est particulièrement curieux. Il y a une catégorie de dépôts triasiques que les géologues ont pris l’habitude d’appeler rochers de sel. Ce sont, au sens littéral du mot, des montagnes de sel, des reliefs considérables tout en sel gemme.

On a dressé une carte à grande échelle d’un rocher de sel, celui de Djelfa (fig. 12)[45]. Il est donc possible d’indiquer les dimensions avec une grande précision. Des falaises y ont des abrupts qui atteignent 100 mètres, exactement de la cote 922 à la cote 1022. Or, ces abrupts tout entiers, de la base au sommet, sont du sel gemme, en assises bien litées, sans intercalation d’argile. Comme on ne voit pas le substratum, l’épaisseur du sel gemme peut être beaucoup plus considérable.

Fig. 12. — Le rocher de sel de Djelfa. La figure est une réduction photographique au 20000e des courbes de la carte au 5000e publiée dans 48 (et à laquelle on renvoie pour plus de détails). Tout le centre, le dédale d’entonnoirs, est du trias, et essentiellement du sel gemme. Dans la partie gauche et centrale de la figure la haute falaise d’un seul jet, d’une centaine de mètres, est tout entière en sel gemme, pur, nu, et guilloché. Autour de ce cœur triasique et tranchant nettement avec lui court une auréole, régulièrement circulaire, à bords vivement relevés, de terrains normalement drainés. Elle serait à peu près continue sur tout le pourtour, n’était l’érosion de l’oued Melah qui en a fauché un pan au bas de la figure. L’ensemble a la forme d’une pustule au centre crevé.

Illustration from Structure de l'Algérie

Il y a aussi des argiles salées très dures, maintenues par une armature d’infiltrations et de filonnets de sel. Dans le rocher de Djelfa elles sont groupées à part, elles occupent toute la partie méridionale du rocher, en masses puissantes, pas du tout litées. On peut supposer que les bancs de sel et les argiles étaient interstratifiés au moment du dépôt ; cela paraît vraisemblable. Les formidables pressions, dont nous avons d’autres témoignages, peuvent avoir séparé mécaniquement ces deux éléments en faisant fuser l’argile. Quoi qu’il en soit cette séparation est aujourd’hui complète. Le sel forme une masse compacte d’une puissance énorme. Même dans la partie sud, où les boues salées sont presque tout ce qu’on voit en surface, il est probable qu’elles reposent partout, à une profondeur plus ou moins faible, sur des assises de sel gemme. En effet, sous la couche des boues, on voit souvent apparaître, au fond des puits, le sel massif, découpé sur les parois en tuyaux d’orgue polis. En tout cas, même dans la seule partie nord, le bloc de sel, largement étalé, est d’une puissance indéniable qui confond. Il y a là une surface d’un kilomètre carré environ, sur une épaisseur d’une centaine de mètres.

Ce n’est rien cependant à côté de ce qu’on voit à El-Outaya (station de chemin de fer entre El-Kantara et Biskra). Le rocher de sel d’El-Outaya est beaucoup plus grand ; il se trouve sur la première feuille publiée de la carte d’Algérie au 100000e[46]. On peut donc donner sur ses dimensions des chiffres précis. De la base, qui est une grande plaine d’alluvions au sud jusqu’au signal géodésique du sommet, la dénivellation est de 300 mètres. La pente extrêmement abrupte ne permet l’ascension que par un très petit nombre de sentiers difficiles. A une échelle triple, c’est un pendant exact de la grande falaise du rocher de Djelfa. Ici comme là, c’est le même sel gemme, massif sur toute l’épaisseur à ce qu’il m’a semblé, sans une seule intercalation d’argile. En plan la montagne est longue de 6 kilomètres, et large de 3, alors que, à Djelfa, le rocher de sel n’a que 1500 mètres de diamètre. Le rocher d’El-Outaya est le géant de l’espèce.

Dans la même région, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest d’El-Kantara, un autre rocher de sel, celui de Metlili, est, au contraire, beaucoup plus petit. Il a 500 mètres environ de diamètre ; mais il est, lui aussi, un relief abrupt de sel massif.

Ces rochers de sel algériens sont des individualités géographiques tout à fait à part. Leur rôle économique est médiocre. L’exploitation du sel à El-Outaya, dès le temps des Fatimides, est mentionnée, il est vrai, par El-Bekri. Et d’ailleurs tous les rochers de sel sont exploités aujourd’hui par les indigènes. Mais cela signifie que, de temps en temps, on y voit un bourriquot ou un chameau chargé de blocs de sel arrachés à coup de pioche, pour la consommation d’une famille ou l’approvisionnement d’un petit marché voisin. D’exploitation européenne il n’est encore nullement question. Dans le paysage les rochers de sel sont un coup d’œil extraordinaire. Ils sont d’une aridité absolue. On distingue de loin leur nudité claire, au milieu des verdures pourtant médiocres qui les entourent. La pauvreté végétale fait contraste avec la richesse de la faune. Il est vrai qu’il y a peu de variété. Ce qui frappe surtout, c’est la gent ailée. Il n’est pas possible de substituer à cette périphrase le mot oiseaux ; parce que la chauve-souris y tient une place, elle accumule son guano dans les galeries des avens. On voit surtout des rapaces et des pigeons en quantités incroyables. Au sommet des grands escarpements on voit certains jours autour de soi les oiseaux de proie voltiger comme des moineaux dans un jardin public parisien. Ils sont chez eux, nichent sur les aiguilles de sel et dans les anfractuosités des précipices. Les pigeons sont encore beaucoup plus nombreux ; on les voit par essaims. Ils habitent comme les chauves-souris dans les puits et les galeries d’avens dont les orifices et les longs boyaux étroits sont impassables pour les grandes ailes des rapaces.

Animés par toute cette vie, qu’on se représente ces immenses murailles et ces cirques de sel gemme rubané, décapé, verni, avec des arches, des pyramides, des guillochages ; ou même, dans les parties argileuses, ce hérissement absurde de crêtes en boue durcie grisâtre, crevée de trous, paysage lunaire. Ce sont des spectacles uniques.

Facies tellien et steppien. — Je ne connais guère que ces trois rochers de sel, Djelfa, El-Outaya, Metlili, qui méritent vraiment ce nom de rocher ; ce sont les seuls affleurements triasiques, où le sel gemme se présente en masses puissantes faisant saillie. Or tous les trois sont dans l’extrême sud ; dans l’atlas saharien. Les dépôts continentaux triasiques, comme les dépôts marins crétacés et d’ailleurs d’âges divers, ont donc un facies différent dans le nord et dans le sud ? Dans le nord, c’est le gypse et non pas le sel qui tend à prédominer.

Cette différence de facies peut s’expliquer par les conditions différentes du dépôt, à l’âge triasique. C’est du moins ce qu’admet, à titre hypothétique, M. Joleaud[47] ; sur le continent triasique les lagunes méridionales, plus voisines du Sahara, et plus éloignées de la mer, seraient celles où le sel se déposait en plus grande abondance.

On peut imaginer une autre explication, qui n’exclut pas la première. Le climat actuel dans le sud de l’Algérie est beaucoup plus favorable à la conservation du sel que dans le nord. Qu’un rocher de sel gemme, si massif et si dur soit-il, fasse saillie, on ne conçoit pas bien que c’eût été possible sous un climat pluvieux comme celui du Tell. Puisqu’enfin le sel fond, incontestablement.

Quelle que soit l’explication le fait est curieux, il y a donc du sud au nord, dans les dépôts triasiques, une tendance à la différenciation des facies. La différence est encore plus accusée dans l’allure des affleurements.

Allure des affleurements. — Cette allure est très particulière, parce qu’elle est invariablement absurde. Le trias n’apparaît presque jamais à sa place stratigraphique, là où on l’attendrait, à la base du lias. Il voisine avec n’importe quoi, au petit bonheur, dans les associations les plus hétéroclites. A son voisinage les roches encaissantes ne sont pas seulement inattendues, elles sont toujours bouleversées, avec des allures acrobatiques, catastrophiques. C’est pour cela que, jusqu’en 1896, les affleurements gypsosalins ont été considérés comme des venues éruptives.

Aujourd’hui les géologues sont unanimes pour expliquer le phénomène. Ce terrain gypso-salin est extrêmement sensible à l’influence de l’eau, il s’y dissout. En surface, dans le paysage les marnes bariolées du trias sont toujours accusées en creux ; si accusées parfois qu’un lac s’y installe. C’est le cas d’Aïn-Ouarka (à une quarantaine de kilomètres à l’est d’Aïn-Sefra). Une source thermale très chaude et très abondante y jaillit des calcaires liasiques au contact du trias ; c’est une source vauclusienne, un véritable petit ruisseau tout formé dès sa sortie du sol. Par sa masse et sa température elle a un pouvoir de dissolution considérable. Elle l’a exercé aux dépens du sel et du gypse contenus dans les boues. Il en est résulté un lac qui a plusieurs dizaines de mètres de creux. Un véritable lac d’eau douce et vive, poissonneux, envahi aux roseaux[48]. Il faut le replacer par la pensée dans le paysage du sud, à demi désertique, pelé, déchiqueté, aux tons fauves, où les marnes bariolées mettent des tons vifs, rouges, violets, blancs, et les ophites des tons verts. Ce paysage merveilleux voisine d’assez près avec le rocher de Djelfa ; dans le même pays, sous le même climat, c’est le même terrain triasique qui a donné ces formes opposées un relief de sel gemme et un lac d’eau douce, cela souligne son instabilité absurde dès que l’eau exerce son influence. Quand les marnes bariolées sont en contact prolongé avec de l’eau, à défaut d’un lac, elles donnent souvent des fondrières susceptibles d’être dangereuses. L’oued Touil (Haut-Chéliff), tout près du point où il va sortir des montagnes pour entrer dans la plaine des Zahrez, traverse un affleurement de trias, et, pendant quelques kilomètres, cet oued à sec, subitement et absurdement, devient plus impassable qu’un grand fleuve.

D’après l’exemple précis de ces formes que prend le trias en surface on peut essayer d’imaginer comment il a dû réagir en profondeur. Dans l’épaisseur de la croûte terrestre, à travers les âges, le trias a baigné dans des nappes d’eau tiède, il y est devenu une pâte lubrifiée, molle, caverneuse. Dans cet état il a supporté le poids des roches superposées, et les formidables pressions orogéniques. Que vouliez-vous qu’il fît ? par toutes les issues, tous les décollements, toutes les fissures, il s’est insinué, il a foiré, giclé, jailli, à la manière en effet d’une roche éruptive ; souvent accompagné d’ailleurs d’une véritable roche éruptive. Ces allures, qui ont longtemps égaré les géologues, ne sont donc pas surprenantes le moins du monde, elles sont au contraire toutes naturelles.

Cette allure éruptive le trias l’a partout, à travers toute l’Algérie au sud comme au nord. Pourtant, à ce point de vue là aussi, entre le sud et le nord les géologues font une distinction importante.

Dans le nord, c’est-à-dire dans le géosynclinal tellien, les fantaisies du trias sont au maximum ; il est impossible de rien préciser, de dégager une loi. Dans le sud au contraire, dans le domaine du socle continental, le trias se montre assez régulièrement dans des conditions déterminées toujours les mêmes, au cœur d’un dôme.

Dômes évidés. — Cette structure apparaît du premier coup d’œil sur la carte du rocher de Djelfa (fig. 12). Autour du cœur troué d’avens, qui est le rocher de sel proprement dit, affleurement de trias, court un cadre régulièrement circulaire d’un terrain tout différent, de modelé normal. L’ensemble constitue un dôme régulier, au centre duquel le trias a giclé ; cela suggère l’idée d’une pustule crevée. Il y a dôme non seulement au point de vue topographique, par la retombée des pentes circulairement vers tous les points de l’horizon, mais aussi au point de vue géologique, par a plongée des couches de toutes parts vers l’extérieur.

Cette disposition n’est pas particulière au rocher de Djelfa. Elle se retrouve, exactement pareille dans les deux autres, celui d’El-Outaya et celui de Metlili. Tous trois sont construits de même. Notez qu’ils le sont avec des matériaux différents ; sauf le cœur triasique tout le reste, le pourtour de la pustule, est d’âge quelconque. A Djelfa ce pourtour est de l’oligocène et du néocomien. A El-Outaya c’est de l’oligocène encore et du miocène marin. A Metlili du cénomanien. C’est ainsi que le trias reste fidèle à ses habitudes de contact perpétuellement anormal.

Fig. 13. — Les domes Nemenchas. (Carte au 200000e, no 39.) Deux ovales réguliers, parallèles et accolés, un détail orographique étrange par sa régularité. Le centre est du trias, des argiles salées que l’érosion a accusées en creux. La parenté de forme et de structure avec la montagne de sel est évidente.

Illustration from Structure de l'Algérie

Mais si la composition varie, la structure ne change pas. Une quantité considérable de gisements triasiques, dans tout le sud algérien, ont cette allure en dôme. Flamand qui l’a observé dans les monts des Qçour l’appelle une allure de laccolithe[49]. Un dôme elliptique d’énorme diamètre, plusieurs dizaines de kilomètres, ou, si l’on préfère une boutonnière anticlinale à centre très largement évidé, comblé d’alluvions récentes, et au milieu de cette plaine un pointement triasique. C’est une forme de relief que Blayac a décrite au plateau des Nemenchas[50]. Elle est très fréquente dans le sud algérien, on en citerait des exemples par dizaines (fig. 13) si éloignée qu’elle paraisse au premier abord des rochers de sel, elle en est très voisine. Les deux structures se laissent ramener l’une à l’autre, c’est le dôme au centre crevé.

Il s’agit toujours de ce terrain triasique instable et semi-fluide. Là, où il se trouve en profondeur sous la croûte solide des formations géologiques plus récentes, il lui arrive souvent de déterminer dans cet épiderme des sortes de furoncles, au sommet et au cœur desquels il trouve une issue, si l’on peut se permettre, pour la commodité, l’emploi de cette métaphore pathologique.

Les géologues sont d’accord pour faire de cette forme de relief bien individualisée une caractéristique du socle continental. Dès qu’ils rencontrent la forme dôme, ils déclarent reconnaître à ce signe qu’ils ont franchi la limite entre les deux régions distinctes, le géosynclinal tellien et le socle continental. A propos du trias nous retrouvons cette distinction qui ressort de toutes les cartes paléogéographiques.

CHAPITRE IV

LES DÉSERTS SUCCESSIFS

Quoique le trias algérien soit apparenté plus particulièrement avec l’espagnol, le sel triasique se retrouve dans toute l’Europe, de Lorraine en Galicie ; sur une portion considérable de la planète l’époque triasique a déposé du sel ; le sel est la spécialité de cet étage, comme la houille du carboniférien.

Chez nous en Europe le trias, parmi les dépôts continentaux, est le seul qui atteste des influences désertiques. En Algérie tout au rebours la succession tout entière des dépôts continentaux semble bien montrer la pérennité d’un climat sec, désertique ou steppien, avec de rares interruptions oscillatoires.

L’albien. — On a déjà mentionné les grès albiens, la seule formation continentale crétacée. Ils contiennent pour tout fossile des bois silicifiés. Ils ont constitué une matière de choix pour les graveurs rupestres, ou peut être faut-il dire qu’ils ont, mieux que d’autres roches, conservé leur ouvrage ? On les nomme souvent grès à dragées, ou encore grès à sphéroïdes. Ils couvrent des espaces immenses dans l’Atlas saharien et d’ailleurs aussi dans le Sahara algérien. Ce sont des grès rouges, extraordinairement uniformes, comme couleur et comme texture.

Ils ont été attribués à l’albien à cause de leur situation stratigraphique à la base du cénomanien très fossilifère. Les couches de base du cénomanien sont très chargées de gypse. Au Sahara, près Temassinin[51], exactement dans le Djoua, Roche et Foureau ont signalé au-dessous du cénomanien, « des argiles rouges et vertes, quelquefois blanches, avec intercalation de bancs gypseux » ; le sol de la dépression est souvent couvert de gypse remanié. On a pris d’abord ces formations lagunaires pour du trias. Mais Foureau y a recueilli des fossiles (dinosauriens, tortues, poissons), que Haug a étudiés ; et qu’il rapporte à l’albien. Ce seraient là des raisons déjà suffisantes pour établir que le climat de l’Afrique septentrionale à l’époque albienne était steppien. Mais il y a une autre raison, plus directe.

Les grès rouges, de même facies que les grès albiens, sont très répandus au Sahara et au Soudan ; les grès dévoniens des plateaux Touaregs par exemple, les grès du Sénégal dont l’âge éocène est établi, ressemblent beaucoup aux grès albiens. Il faut en dire autant des grès de Nubie. J’ai recueilli moi-même en Égypte et rapporté à Alger des sphéroïdes, qui sont indiscernables des sphéroïdes albiennes. Or voici ce que dit du grès nubien un géologue égyptien, M. Fourtau[52]. Il constate que ces grès rouges sans fossiles ont été attribués par les différents auteurs aux étages les plus divers, albien ; sénonien, carboniférien, etc. « Tous les auteurs ont raison pour la localité qu’ils ont étudiée.... En réalité nous devons considérer la formation gréseuse qui couvre de si vastes espaces de terrain, depuis la Palestine jusqu’au Soudan égyptien, comme un véritable désert fossile semblable au désert actuel. Aujourd’hui s’il se produisait une nouvelle transgression marine, l’immense mer de sable qui arrêta Zittel et Rohlfs donnerait sans nul doute, naissance à une nouvelle bande de grès. »

Tout porte donc à croire que le grès albien de l’Atlas saharien représente un erg désertique pétrifié.

L’oligocène. — Dans l’Algérie, sur de grands espaces, on trouve en couches épaisses des dépôts continentaux qu’on a confondus longtemps sous le nom général d’oligocène. Ils ont été l’objet de vives discussions entre géologues. Une école, qu’on peut appeler parisienne, conteste l’attribution de certains dépôts à l’étage oligocène. Ce qui a été classé sous cette rubrique serait du tortonien et surtout du pontien.

D’autre part il y a tel gisement, que j’ai vu[53], récemment décrit[54] avec beaucoup de détails, où l’âge pré-miocène et par conséquent oligocène de la formation ne peut pas être sérieusement mis en doute (figure 30). Il ne s’agit pas de suivre dans le détail une argumentation sur des points contestés : on désire ne s’appuyer que sur le consensus des géologues. Il est facile à propos d’oligocène, de dégager les points sur lesquels ce consensus est réalisé. L’école algérienne, opposée à la parisienne, maintient, en général, l’existence de l’oligocène. Mais dans certains cas, dans un cas bien déterminé au moins (au polygone de Constantine), elle ne conteste pas que des couches faussement attribuées à l’oligocène soient en réalité tortoniennes et pontiennes. Qu’on emploie donc le mot oligocène ou celui de pontien, avec tous les points d’interrogation qu’on voudra, il est entendu que ces dénominations s’appliquent à des dépôts continentaux, d’âges mal déterminés, mais certainement postérieurs au trias, certainement divers, et de facies assez uniformes. S’ils avaient été nettement contrastés on ne les aurait pas confondus dans une dénomination commune.

Or ce qui apparente leur facies ce sont des caractères qui semblent se référer à un climat sec, désertique ou steppien. L’oligocène (?) est généralement composé de couches rouges ; souvent ce sont des argiles interstratifiées de gypse, et la présence de gypse est significative : d’autres fois ce sont des cailloutis sans presque aucun mélange de terre, et cela aussi est significatif ; le cailloutis pur, croulant sous les pieds, vanné par l’action prolongée du vent, est une formation désertique bien connue.

Là-dessus les géologues des deux écoles sont d’accord. D’après Savornin[55] « la grande épaisseur des dépôts torrentiels n’est conciliable qu’avec un climat subdésertique.... »

Les couches rouges fréquemment gypsifères sont un « véritable dépôt de sebkha ». Aussi « une grande partie du sol était occupée, jusqu’assez près du littoral actuel, par des bassins fermés plus ou moins distincts ». Et M. Savornin, d’accord avec M. Ficheur, retrouve l’emplacement de ces vieux chotts oligocènes (?) : « Médéa, Hodna-nord, chotts sétifiens, région constantinoise, etc. » Cette disposition hydrographique offrait d’étroites analogies avec le régime actuel.

M. Joleaud, de l’école parisienne dit absolument la même chose. Il analyse les poudingues rouges et les argiles à gypse du polygone auprès de Constantine, ces couches même qui, classées jadis oligocènes, sont aujourd’hui pontiennes de l’avis général. Il y trouve des fossiles (hélices) « d’un caractère franchement halophile. Ces mollusques habitaient certainement le bord de grandes lagunes, de véritables chotts probablement très étendus. Ce milieu devait ressembler beaucoup à celui des steppes de l’Algérie actuelle[56]. »

Et plus loin à propos de fossiles trouvés à Smendou (ligne de Constantine à Philippeville) ; « la présence des Cytherea et des Melania indique un milieu laguno-saumâtre. Les cours d’eau tributaires de ces chotts pontiens[57], etc. » Entre les deux écoles de géologues il n’y a donc sur ce point aucune discordance. Que les couches rouges soient oligocènes ou pontiennes elles se sont déposées en tout cas sous un climat steppien.

Notez d’ailleurs que M. Joleaud qui traite un peu l’oligocène en ennemi personnel a publié une carte paléogéographique de cet étage où il a fait figurer des chotts sur l’emplacement du Hodna[58]. Il tient à ce que les vieux dépôts de chott au voisinage de Constantine soient restitués au pontien. Mais que d’autres vieux dépôts de chotts, en d’autres parties de l’Algérie continuent à être attribués à l’oligocène il ne semble pas s’y opposer. D’autre part dans sa carte paléogéographique du tortonien[59] il fait aussi une part importante aux formations lagunaires.

Sans prendre parti le moins du monde, dans les discussions entre géologues sur l’attribution de telle couche à tel étage, il semble donc qu’on ait le droit de dire avec l’assentiment universel : aux étages oligocène, tortonien, pontien, exactement comme au trias, l’Algérie dans ses parties émergées était un pays de chotts.

Pliocène. — Au pliocène aussi elle a un climat désertique. Localement, il y a des cailloutis et des poudingues attribués au pliocène ; auprès de Beni-Ounif, par exemple, s’étend une mer de cailloux plus ou moins roulés, croulant sous le pied, que les géologues attribuent au pliocène, indice d’un climat sec aux orages rares et torrentiels, sur des pentes dénudées. Ce qui est surtout caractéristique de l’étage ce sont les dépôts calcaires continentaux ; dans cette même région de Beni-Ounif (Figuig), un peu plus à l’ouest, vers Bou-Aiech, le cailloutis pliocène, cimenté par du calcaire, fait un poudingue sur lequel les marteaux se brisent. Les calcaires pliocènes sont parfois lacustres (région de Constantine), attestant de grandes étendues d’eaux tranquilles, stagnantes, soumises à une forte évaporation.

Ce qui donne plus particulièrement à l’étage son cachet calcaire, ce sont les encroûtements. Ils sont immensément développés sur les versants de l’atlas saharien, sur le versant sud, en particulier ; la carapace des hammadas recouvre à peu près tout ; pratiquement continue sur une superficie qui a des centaines de kilomètres de diamètre en tout sens, et pourtant d’une épaisseur insignifiante de 1 à 10 mètres. Cette formation si particulière a été beaucoup étudiée par Flamand ; il y a trouvé des fossiles, étudiés par Depéret, qui en affirme l’âge pliocène[60]. Pomel a le premier décrit cette carapace, et il a fourni de sa formation une explication qui, reste incontestée. « Elle résulte d’une sorte d’incrustation stalagmitique superficielle par suite de l’évaporation des eaux plus ou moins salées et séléniteuses qui remontent par capillarité[61]. » La croûte calcaire continue à se former de même sous nos yeux, dans maintes régions de l’Algérie, et même dans les parties sèches du Tell, dans le Chéliff, par exemple, où elle a été étudiée par Brives. Elle fait le désespoir des agriculteurs, parce qu’il faut la briser et que la charrue y parvient à peine. Dans cette Afrique du Nord où le sous-sol perce partout au soleil, à travers des lambeaux insuffisants de sol, la croûte calcaire est une des rares catégories existantes de sol, une catégorie fâcheuse. Par la croûte calcaire le climat pliocène s’apparente à l’actuel. La formation n’est possible que dans un pays très sec, où l’évaporation est intense.

Voici d’autre part ce qu’écrit Joleaud comme conclusion d’une étude sur le pliocène continental de Constantine. « Vers la fin du pliocène, les dépressions existant aux environs de Constantine constituaient des bassins fermés, et leurs eaux se concentraient en des lacs où vivaient des hippopotames, tandis que des chevaux, des antilopes, etc., habitaient les steppes voisines[62] »

Bassins fermés, steppes, et cela jusque dans le nord de Constantine, c’est bien toujours la même note. Sur la nature du climat pliocène le consensus des géologues est réalisé.

Voilà une belle série : trias, albien, oligocène, tortonien, pontien, pliocène, autant de moments du passé où il est établi sans contestation que l’Algérie fut désertique ou steppienne, domaine de chotts, de bassins fermés. Il faut insister là-dessus parce qu’il y a une bonne raison pour qu’on l’oublie. A la période qui a précédé immédiatement la nôtre, au quaternaire, il s’est produit une oscillation du climat dans le sens de l’humidité. Ce passé immédiat qui est très connu, très apparent, risque de nous voiler le passé plus lointain.

Quaternaire. — Le quaternaire ne mérite pas en Berbérie, comme en Europe, le nom d’époque glaciaire. Mais ç’a été, ici comme là, un climat beaucoup plus humide que l’actuel. Au sud de l’Algérie de très grands fleuves l’Igharghar, le Tafassasset, la Saoura, établissaient une communication avec l’Afrique tropicale. Dans les bihour de l’oued R’ir et du Zab, aux portes de Biskra, on retrouve aujourd’hui des poissons soudanais et nilotiques, des chromys, et des « silures[63] ». On les retrouve conservés par miracle et atrophiés dans des conditions qui attestent leur caractère de faune résiduelle. Le représentant le plus miraculeux de cette faune résiduelle est le crocodile de l’oued Mihero, qui subsiste péniblement dans quelques trous d’eau des plateaux Touaregs ; on sait qu’Erwin de Bary avait vu ses empreintes, et que le capitaine Nieger, des Méharistes sahariens, en a rapporté un échantillon à la Faculté des Sciences d’Alger[64]. De pareils faits n’établissent pas seulement l’existence d’une communication par eau à travers le Sahara quaternaire ; ils attestent que cette communication a dû se maintenir jusqu’à une époque rapprochée de nous.

Par cette voie l’Algérie quaternaire a été peuplée d’une faune quaternaire, éléphants, rhinocéros, etc., que les paléontologistes ont étudiée, et que M. Boule appelle « Faune du Zambèze[65] ».

Là-dessus d’ailleurs nous n’en sommes pas réduits au seul témoignage des paléontologistes. Il faut invoquer celui des gravures rupestres. Sur des parois de grès albien, dans l’Atlas saharien, on trouve profondément gravées des figures assez parlantes, représentant des échantillons de la « faune du Zambèze » : des éléphants, en particulier, et de grands buffles aux cornes immenses (bubalus antiquus[66]).

Il faut aller encore plus loin et invoquer le témoignage des historiens. Il est bien établi que l’éléphant Carthaginois vivait en liberté dans ce même atlas saharien où on retrouve son effigie gravée. C’est là que les chasseurs venaient le capturer pour l’enrôler dans les armées carthaginoises. Il fut jusqu’à l’Empire romain la plus grosse pièce de la faune résiduelle[67].

L’évidence d’un climat quaternaire beaucoup plus humide que l’actuel s’impose à l’attention en Algérie. Il faut être en garde contre des conclusions hâtives et incomplètes. En disant que le climat désertique actuel a succédé à une ère pluvieuse on ne dit rien que d’exact, mais on est extrêmement éloigné de rendre un compte complet du passé connu. Le climat quaternaire lui-même, en Algérie, diffère de l’actuel en degré, mais non pas en essence. Il ne s’est pas tout à fait dégagé des influences steppiennes. Pour cette mise au point il faut rappeler quelques faits dûment établis.

L’expression « faune du Zambèze » a été choisie parce qu’elle s’applique à une faune mixte, comprenant à côté d’espèces tropicales comme l’éléphant, des bêtes steppiennes comme la girafe. Le quaternaire algérien a des autruches et des chameaux.

Pour nous mettre en état d’imaginer ce climat quaternaire le fait le plus net, tout à fait probant, est celui-ci. L’oued Igharghar, qui descend du Hoggar aboutit à la cuvette des grands chotts sud-tunisiens. C’est là qu’il finit. D’une part aucune mer quaternaire ou néogène n’a jamais pénétré dans cette cuvette, qui est restée domaine continental au moins depuis la fin de l’éocène. D’autre part cette cuvette est actuellement séparée de la mer par le seuil de Gabès. Or on a établi après étude minutieuse qu’à travers ce seuil, qui eût été la seule voie possible, la cuvette quaternaire ne s’est jamais vidée dans la mer[68]. A propos de cette région, partiellement située au-dessous du niveau de la mer, on a rêvé de mer saharienne à créer industriellement ; la mission Choisy y a fait des travaux topographiques de détail, préparatoires de projets éventuels. Ce pays qui excite l’imagination et qui est à portée immédiate de la Tunisie a tenté d’autres travailleurs[69]. Il est tout à fait certain que l’Igharghar, même en son plus beau temps, celui des silures et des crocodiles, n’a jamais atteint la mer. Il se terminait entre Biskra et Gabès dans une cuvette fermée. En ce temps, c’était apparemment l’affluent d’un lac Tchad immense dont les chotts actuels sont un pauvre reliquat. Autour de ce Tchad nous sommes à l’aise pour imaginer, comme autour de l’autre, du véritable, une faune soudanaise et zambézienne. Entre un Tchad et un chapelet de chotts il y a une immense différence de degré, bien entendu, mais essentiellement l’un et l’autre sont la même chose, la zone d’épandage d’un bassin fermé.

Pour interpréter la signification des atterrissements quaternaires il faut noter un dernier trait, leur immensité ; sur la carte géologique ils tiennent un bon tiers de toute la carte. Elle a vieilli sans doute et, depuis sa publication, nombre de dépôts continentaux, classés jadis quaternaires, ont été restitués à des étages plus anciens, pliocène, pontien. La part du quaternaire demeure pourtant immense, à confondre l’imagination, comme disait Pomel, notre imagination dressée par l’exemple de la France, où la carte géologique ne montre rien de pareil. C’est une preuve nouvelle d’un climat insuffisamment humide. Dans un pays à climat normal et régulièrement drainé, comme la France, les alluvions sont, pour la plupart, entraînées à la mer ; mais dans les cuvettes fermées, les alluvions se juxtaposent et s’entassent en masses énormes, parce qu’elles y restent toutes. L’immensité des atterrissements quaternaires suffirait à établir, à elle seule, que la période quaternaire a connu, comme les précédentes, ce régime steppien de bassins fermés, qu’elle a transmis à l’actuelle.

CHAPITRE V

LA MÉDITERRANÉE SUBSTITUÉE A LA TYRRHÉNIDE

L’effondrement. — Cependant entre l’Algérie actuelle ou quaternaire d’une part, et d’autre part une Algérie plus ancienne, celle des bras de mer, il s’est produit un événement de conséquence considérable, l’effondrement de la Tyrrhénide.

A partir du moment où la mâchoire septentrionale de l’étau s’est écroulée, il n’y a plus étau. L’Algérie que nous avons décrite, l’Algérie géosynclinale des bras de mer n’existe plus à proprement parler. Une période tout à fait nouvelle commence.

Voici quelle en est la caractéristique essentielle. Une mer très creuse, et très brusquement abyssale, la Méditerranée, a pris la place exacte qu’occupait une surface continentale, la Tyrrhénide. Naturellement c’est un événement immense.

L’Algérie des bras de mer, si, pour mieux se la représenter par l’imagination, on lui cherche un pendant sur la planète actuelle, se laisserait peut-être comparer avec la mer Rouge. L’une et l’autre sont ou furent une mer longue, étroite et creuse ; un détroit, éventuellement avorté en cul-de-sac, en golfe, entre de grandes étendues continentales arides. Il n’y a pas besoin de souligner le contraste avec l’Algérie actuelle.

Un secret qui est enfoui sous 4000 mètres d’épaisseur d’eau salée, est nécessairement bien gardé. On a précisé pourtant la date de cette grande catastrophe. M. Joleaud place au début du pliocène « l’effondrement définitif du continent ancien[70].

Pour le général de Lamothe la formation de ces abîmes paraît postérieure au pliocène ancien »[71].

En gros, tous les géologues sont d’accord là-dessus, le phénomène est d’hier, à l’échelle de la chronologie géologique. La zone méditerranéenne a le privilège des grands effondrements récents, elle a vu celui du continent Égéen, celui de l’Atlantide. C’est précisément dans cette catégorie-là que rentre approximativement l’effondrement de la Tyrrhénide.

Les conséquences. — Les conséquences n’ont pas pu manquer d’être considérables. Là-dessus les botanistes auraient eu peut-être leur mot à dire. Il y aurait dans la flore de l’Afrique septentrionale beaucoup d’espèces résiduelles qui sont un héritage du tertiaire.

Et par exemple le cèdre. C’est un arbre de sommets. Il témoigne que l’Algérie tertiaire était déjà montagneuse. On sait que dans l’Algérie actuelle il est en recul, il se défend mal. Il y a dans l’Aurès des forêts mortes où les grands cèdres au bois incorruptible sont des squelettes debout enracinés.

On cite aussi l’arganier. Chassé du reste de la Berbérie par la concurrence vitale il est réfugié aujourd’hui dans un coin du Maroc. Il s’y maintient à la faveur d’un climat assez particulier. La chaleur est forte, correspondante à une latitude déjà quasi tropicale ; les pluies sont rares, on est à l’orée du désert ; en revanche, au contact de l’océan, l’air est constamment chargé de vapeur d’eau. C’est là un climat qui aurait des rapports, du moins théoriques, avec celui de la mer Rouge actuelle, où l’humidité de l’air fait un contraste violent avec la sécheresse du sol. Faut-il imaginer qu’il pourrait en avoir avec le climat de l’Algérie des bras de mer ?

Ce sont là des idées qu’un botaniste, M. Maire, exprimait oralement, en passant, d’une manière tout à fait fugitive. Il y aurait là peut-être le programme de recherches possibles qui n’ont pas été faites.

Un événement comme l’effondrement de la Tyrrhénide ne peut pas être resté tout à fait sans conséquences climatiques, au moins dans des nuances importantes, dont un changement de végétation aurait enregistré les traces. On sait en effet déjà que la révolution n’a pas été radicale. Le voisinage plus ou moins proche d’une surface continentale immense et plus ou moins aride, notre Sahara, n’a jamais cessé de faire sentir son influence plus ou moins directe.

Là où les conséquences du grand effondrement se laissent directement constater et mesurer c’est dans le modelé. Il y a là une matière qui a bien un rapport avec le climat ; mais elle en a surtout avec l’apparition toute nouvelle d’un niveau de base marin général au nord de l’Algérie. Les conditions de l’érosion s’en sont trouvées bouleversées de fond en comble.

Les torrents méditerranéens, nés de la catastrophe, ont poussé leur érosion de tête dans le vieux domaine des bassins fermés, suivant une progression que les géologues ont cherché à préciser tout particulièrement dans la province de Constantine.

D’après Joleaud « la région constantinoise formait certainement, au début de la période quaternaire, un bassin fermé plus ou moins semblable au bassin actuel du chott el-Hodna[72]. Graduellement, à commencer par les plus voisins du littoral, les bassins fermés furent captés par des cours d’eau tributaires de la mer, si bien qu’aujourd’hui non seulement tout l’Atlas tellien, mais encore une partie des hautes plaines, a été incorporée au bassin méditerranéen[73]. » Alexandre Joly a mis en relief, à différentes reprises, cette idée que, si on observe la ligne de partage des eaux entre les bassins fermés et le bassin méditerranéen, les phénomènes de capture qui ont déplacé cette limite, l’ont toujours fait dans le même sens, « au profit de la Méditerranée et aux dépens des bassins fermés[74] ». Rien de plus normal d’ailleurs, c’est exactement ce qu’on pouvait attendre.

A ces idées de géologues, par des méthodes purement géographiques, on peut apporter une confirmation, qui en est en même temps l’illustration graphique.

Profils longitudinaux. — On a dressé le profil longitudinal de quatre oueds, le Chéliff, le Bou-Sellam, la Seybouse et le Rummel (fig. 14 à 19). Tous les quatre ont leur cours inférieur dans le Tell, et leur cours supérieur sur les Hauts plateaux ; ce sont les seuls fleuves d’Algérie qui soient franchement dans ce cas.

A différentes autres reprises, dans les chapitres suivants, on aura recours à cette méthode des profils longitudinaux ; et il faut donner ici, d’entrée de jeu, une fois pour toutes, quelques explications sur les règles uniformes qu’on s’est imposées dans l’établissement des profils longitudinaux.

Bien entendu il n’existe pas de profils techniques des rivières algériennes, établis par le nivellement direct des berges. Il faut se borner aux renseignements fournis par la carte de l’état-major. La carte au 50000e donne les courbes de niveau de 10 mètres en 10 mètres. Mais on ne se sent pas moralement certain que le cartographe, sur le terrain, forcé d’aboutir dans un temps limité, ait pu établir partout sa cote avec une exactitude suffisante à 10 mètres près. Vouloir à toute force utiliser toutes les courbes de la carte au 50000e eût été peut-être faire un travail d’une fausse précision. En revanche, avec les courbes maîtresses (lorsqu’elles sont accusées par un trait fort) : avec les cotes en chiffres, qui sont assez nombreuses, et avec le contrôle de la carte au 200000e, on arrive à déterminer avec certitude où passent les courbes de 50 mètres en 50 mètres ; l’équidistance de 50 mètres est d’ailleurs celle de la carte au 200000e ; seul document que nous possédions pour une partie de l’Algérie. C’était une raison de plus pour s’y tenir partout.

C’est donc sur ces bases qu’on a établi, avec tout le soin possible, les profils de quelques fleuves algériens. Il est évident que ces profils ne serrent pas la vérité de très près. Beaucoup de petites irrégularités y sont nécessairement masquées. Du moins, dans les limites des données, on espère qu’ils sont exacts ; et, ces données ayant été les mêmes pour tous, ils sont comparables entre eux.

Pour que ces profils aient quelque précision, malgré la petitesse de l’échelle et pour qu’ils soient plus aisément contrôlables, on y a joint, autant que possible, dans le dessin même, l’indication en chiffres des éléments avec lesquels ils ont été construits. Pour chaque tronçon du profil, des chiffres, disposés dans le sens des lignes verticales, se rapportent au nombre de kilomètres qui correspond à une dénivellation de 50 mètres, exception faite pourtant des tronçons trop courts où la pente est très rapide : la place y manquait pour inscrire des chiffres, et il était d’ailleurs moins essentiel de les donner avec précision, puisque entre ces chiffres très faibles (2 ou 3 kilomètres, par exemple) il ne peut y avoir que des différences encore plus faibles, négligeables à l’échelle employée.

Il faut ajouter encore une observation préliminaire. Dans le chevelu des branches supérieures il était indispensable et intéressant de choisir celle qui serait considérée comme maîtresse. On n’est pas guidé, comme en France, par l’onomastique et la tradition. Toutes les différentes branches d’un cours d’eau portent ici un nom différent ; les oueds n’ont pas d’état civil et ne naissent pas officiellement en un point précis, comme la Loire au mont Gerbier-des-Joncs. Comme critérium unique on a donc adopté la longueur ; il était impossible d’en trouver un autre ; sur le débit, les renseignements que nous possédons sont lacunaires et incertains. Par cette méthode on a donc dressé le profil longitudinal du Chéliff, du Bou-Sellam, de la Seybouse et du Rummel. Ces quatre profils sont étroitement apparentés, on le constate d’un coup d’œil ; chacun d’eux est rompu en son milieu, il est composé de deux concavités assez régulières, raccordées par une convexité plus ou moins angulaire. Ce parallélisme ne peut être fortuit. Et d’ailleurs il est d’interprétation très simple. Il y a nécessairement, pour chaque profil, deux rivières primitivement indépendantes (les concavités) raccordées par une capture récente (la convexité).

Voyons les cas particuliers.

Chéliff. — Le Chéliff, fig. 14 et 15, a 700 kilomètres de long, et il est le seul fleuve algérien qui, ayant pris sa source dans l’Atlas saharien, atteigne la mer. C’est le géant des Oueds algériens. Il est composé de deux oueds mis bout à bout, dont l’indépendance apparaît sur le profil, sur la carte, et jusque dans la nomenclature indigène. En amont l’oued Touil traverse les hauts plateaux dans une direction sud-ouest-nord-est, en aval le Chéliff proprement dit traverse le Tell du sud-est au nord-ouest, presque d’est en ouest. Le coude de capture est extrêmement marqué. Il est à Boghari, et c’est là aussi, bien entendu, que le profil accuse une rupture de pente extrêmement nette. En amont, dans la plaine marécageuse de Bou-Ghzoul, qui a 47 kilomètres de diamètre, la pente est seulement de 1,6 p. 1000. En aval, dans les gorges de l’Atlas, elle s’accélère du double, et, jusqu’à Amoura, pendant 80 kilomètres, elle est de 3 m. 2.

Alexandre Joly a décrit l’instabilité de la rivière, la progression phagédénique de l’érosion au voisinage de Boghari et de Bou-Guezoul. Il a recueilli des traditions indigènes, confirmées par l’aspect du terrain, sur des plaines jadis marécageuses et couvertes de roseaux, où le Chéliff actuel est encaissé de plusieurs mètres. « En une vingtaine d’années un canal d’arrosage, profond de quelques centimètres, a transformé son lit en un canal large de plus de 2 mètres, profond de plus de 3 mètres ; dans un seul hiver il a approfondi son lit de plus de 1 m. 30. » D’après les conducteurs des ponts et chaussées, qui ont à défendre leurs ponts et leurs cassis contre la rivière, « il semble certain que, depuis une dizaine d’années, le Chéliff a approfondi annuellement son lit de près de 6 et 8 centimètres au voisinage de Boghari[75] ». Tous ces ravinements sont en coup de scie, des fossés à pic profonds de plusieurs mètres. Il n’y a rien là que de très naturel, comme le montre un coup d’œil sur le profil, Boghari est précisément le point de rupture de pente atteint par l’érosion régressive. C’est là qu’est concentré tout l’effort de la rivière pour régulariser son nouveau profil d’ensemble. Cette érosion si active s’exerce aux dépens d’une grande plaine d’alluvions, semée de marais dont le drainage n’est pas encore achevé ; il en reste les dayas de Bou-Guezoul visitées en hiver par les canards sauvages.

Fig. 14. — Profil en long du Chéliff. Le profil en long du Chéliff montre deux courbes concaves, qui se rejoignent à Boghari. Chacune d’elles correspond à un système fluvial jadis indépendant : en amont l’oued Touil (oued Nahr Ouassel), qui a été capturé par l’oued d’aval le Chéliff. On verra le coude de capture sur n’importe quelle carte générale de l’Algérie (voir même sur les fig. 7 et suivantes). L’angle est à peu près droit.

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Fig 15. — La région de Boghari. (Emprunté au 200000e du Service géographique, feuille 24.) La figure 15 représente au 200000e le point précis où s’est fait la capture, la région de Boghari. Le bas Nahr Ouassel (oued Touil), à bout de course, stagne dans des marais (les daïas de Bou-Guezoul) : puis brusquement il devient le Chéliff et il s’ouvre un chemin d’aspect héroïque à travers l’Atlas de Boghari.

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Il y a donc bien deux oueds, l’oued Touil d’une part, et le Chéliff proprement dit de l’autre, qui ont évolué à part chacun pour soi pendant des âges, et qui ont été rattachés bout à bout par une capture récente.

Pour mettre en valeur l’autonomie ancienne de l’oued Touil, il faut le comparer à son affluent le Nahr Ouassel ; qui prend sa source auprès de Tiaret et qui rejoint l’oued Touil un peu en amont de Boghari. Dans l’état actuel du climat et de l’hydrographie ce serait le nahr Ouassel qui serait la véritable tête du Chéliff et non pas l’oued Touil. Il est beaucoup plus court, il est vrai, et nous n’avons pas de chiffres précis sur son débit. Mais nous sommes certains du moins que c’est une rivière pérenne, au rebours de l’oued Touil qui est à sec. On a profilé le nahr Ouassel à côté de l’oued Touil sur la figure, et la comparaison est instructive. Le profil du nahr Ouassel est en dents de scie ; au contraire celui de l’oued Touil est très régulier ; il n’accuse un crochet insignifiant qu’en un point, aux environs de Taguin (le Taguin où la Smala fut prise ; il y a là de très grosses sources en relation avec une faille). Des deux rivières d’ailleurs c’est l’oued de beaucoup qui a la moindre pente, et qui coule à l’altitude la plus basse, c’est-à-dire dont l’œuvre totale d’érosion a été la plus considérable. C’est lui qui a les caractères non seulement d’une artère maîtresse, mais encore d’un vieux fleuve.

Qu’était-il, ce vieux fleuve, avant d’être devenu par capture la branche supérieure du Chéliff ? Sur la carte et sur le terrain il est impossible de trouver trace d’un lit antérieur par lequel l’oued Touil puisse s’être prolongé dans une direction générale autre que l’actuelle. La plaine de Bou Guezoul est une grande cuvette fermée de tous les côtés ; le fond marécageux de la cuvette est à 630 mètres d’altitude ; abstraction faite de l’étroite coupure, par où la rivière s’échappe aujourd’hui, la cuvette est régulièrement encerclée de tous les côtés par la courbe de 700 mètres ; que cette cuvette, toute tapissée de dépôts continentaux, ait été une sebkha sans écoulement, zone d’épandage de l’oued Touil, c’est l’hypothèse qui s’impose.

Oued Bou-Sellam. — L’oued Bou-Sellam est bien plus humble que le Chéliff. Ce n’est même pas un fleuve indépendant, c’est un simple affluent de l’oued Sahel ; on peut même constater sur son profil que le raccord de sa vallée avec celle de l’oued Sahel, en amont d’Akbou, n’est pas encore tout à fait régularisé. Pourtant les 270 kilomètres de long du Bou-Sellam, s’ils le laissent loin derrière le Chéliff, lui donnent encore un rang honorable parmi les rivières d’Algérie.

Fig. 16. — Profil en long du Bou-Sellam. Le profil accuse une double concavité. La pointe de la partie convexe est en amont des gorges du Guergour, à la limite de l’Atlas Tellien et de la haute plaine (Sétif).

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Quoi qu’il en soit le Bou-Sellam est un pendant exact du Chéliff, à une échelle réduite (fig. 16 et 17).

Son profil aussi est nettement cassé en deux par une bosse convexe, séparant deux guirlandes concaves. La rupture de pente est au Guergour. Tandis que, en amont, dans la plaine de Sétif l’oued coule assez lentement, avec une pente de 3,1 p. 1000, dans les gorges très encaissées du Guergour la pente triple, et atteint 12,5. C’est le point où la capture s’est produite, et où l’érosion de tête de l’oued conquérant conserve sa violence ?

Au crochet du profil longitudinal correspond sur la carte un coude de capture très accusé. Le Bou-Sellam prend sa source au djebel Megriss et il coule d’abord nord sud, ce qui l’amène rapidement sur les hauts plateaux de Sétif, il y conserve d’abord sa direction méridionale, vers le Hodna ; puis, après quelques hésitations, il vire brusquement cap pour cap, prend franchement le chemin du nord, rentre dans le Tell et aboutit à Bougie.

Les deux sections ainsi raccordées ont des profils très différents. La section amont, celle de Sétif, est évidemment de beaucoup la plus vieille et la plus évoluée ; son profil est une concavité très accusée et très régulière. La section aval au contraire a un profil à peine concave et en crémaillère ; c’est un profil de jeune torrent. Ce contraste suffirait à lui seul à établir l’indépendance ancienne des deux sections. Ce sont deux oueds restés longtemps distincts, deux individualités.

Fig. 17. — Le coude de capture du Bou-Sellam. (Carton emprunté à la carte au 200000e, no 16. Sétif.) Sur la figure 17 on voit le Bou-Sellam prendre sa source sur le versant Sud de l’Atlas Tellien, en amont de Sétif. Il se dirige d’abord droit au Sud et arrive dans un bas-fond marécageux. Là il tourne brusquement cap pour cap, et prend le chemin du Nord celui des montagnes natales. Il les traverse aux gorges profondes du Guergour (à une dizaine de kilomètres en aval hors de la figure). Aujourd’hui les marais du Bou-Sellam ne communiquent plus avec le Chott el-Malah, dont ils ne sont séparés par aucun obstacle. La capture est évidente.

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La carte laisse deviner de quelles façons a pu finir l’oued d’amont, avant la capture. En aval de Sétif, la région, où le Bou-Sellam, après des tergiversations, retourne décidément en arrière, est le fond marécageux d’une très grande cuvette. Un coin du marais porte sur la carte le nom de chott el-Malah, toute la région inscrite dans la boucle de l’oued porte aussi sur la carte ce nom de Malah, qui signifie « sel », et qui suggère donc l’idée d’un ancien bassin fermé encore insuffisamment traîné. On conçoit aisément que ce chott el-Malah ait pu être, dans la période antérieure à l’actuelle, zone d’épandage du haut Bou-Sellam. Pourtant dans la prolongation exacte de sa vallée au sud une longue et large trouée d’érosion coupe en deux les montagnes du Hodna. Le village de Colbert s’y trouve. Cette grande vallée est aujourd’hui parcourue par deux oueds, qui coulent en sens inverse : au nord, l’oued Melah va rejoindre le Bou-Sellam, il a très peu de pente et il est semé de fondrières ; au sud, l’oued Soubilla se précipite brusquement vers le Hodna par des gorges très profondes. Le seuil de séparation entre ces deux oueds est à une centaine de mètres au-dessus de la vallée actuelle du Bou-Sellam. Par cette grande vallée de Colbert on peut concevoir que, à un moment donné du passé, le Bou-Sellam prenait le chemin du Hodna. Il est vrai que le seuil est encore moins élevé (une cinquantaine de mètres) entre la cuvette de Sétif et la région des Sebkhas (Sebkhas avoisinant le village d’Ampère, chott el-Beida).

Pour concevoir le passé du Bou-Sellam avant la capture on a donc l’embarras du choix, entre hypothèses qui peuvent avoir été réalisées successivement ou alternativement. Mais ces hypothèses ont toutes un point commun, et se ramènent au fait suivant : Le Bou-Sellam aboutissait dans une cuvette fermée, quelle qu’elle fût, jusqu’au moment assez proche de nous où il fut capturé par l’érosion de tête d’un torrent tellien.

C’est donc bien un pendant du Chéliff.

La Seybouse. — C’en est un aussi de la Seybouse (fig. 18), qui est un oued classé par son débit puissant au premier rang des rivières algériennes, mais non par la longueur de son cours. Elle a 223 kilomètres de long entre son embouchure, qui est à Bône, et sa source qu’elle prend, sous le nom d’oued Cherf, auprès d’Aïn-Beïda.

Fig. 18. — Profil en long de la Seybouse.

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Fig. 19. — Profil en long du Rummel.

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La Seybouse est le fleuve qui a son embouchure à Bône. Le Rummel est le fleuve de Constantine.

Les deux profils ont une parenté évidente entre soi et avec les figures 14 et 16. Il faut considérer l’ensemble de ces quatre figures, en se souvenant que les quatre fleuves profilés sont les seuls oueds Telliens, prenant leur source sur les hauts plateaux. C’est donc une règle sans exception que les fleuves de cette catégorie sont composés de deux oueds, réunis en un seul par une capture. L’oued d’amont a longtemps appartenu a un bassin fermé, son profil régulier atteste la maturité. L’oued d’aval est un jeune torrent Tellien à profil heurté.

Les quatre figures sont donc une illustration graphique du grand fait que voici. Depuis l’effondrement de la Tyrrhénide les oueds Telliens, ayant désormais la mer comme niveau de base, sont des agents d’érosion puissants. Ils n’ont pas cessé d’étendre leurs conquêtes au détriment de la zone antique des bassins fermés.

L’oued Cherf coule donc sur les Hauts Plateaux et la Seybouse dans le Tell ; le profil suggère que les deux oueds (Cherf et Seybouse) ont été longtemps distincts, et que le premier a été capturé par le second. En amont de Guelma ils sont réunis par des rapides où la pente atteint 25 p. 1000. Les Hauts Plateaux dans le bassin de l’oued Cherf sont naturellement tapissés des atterrissements continentaux gypso-salins habituels.

Oued Rummel. — Le Rummel (fig. 19) (oued el-Kebir dans la partie inférieure de son cours) appartient à la même catégorie. Il rappelle plus particulièrement le Bou-Sellam par le crochet aigu de son coude de capture. Comme le Bou-Sellam il prend sa source dans l’Atlas tellien, coule d’abord au sud, puis à l’est sur les Hauts Plateaux jusqu’à Constantine. C’est là que se fait dans les gorges fameuses du Rummel entre l’oued d’amont et l’oued d’aval un raccord dont le profil accuse l’extrême brutalité ; l’oued tombe d’une centaine de mètres à la traversée de la ville (sa chute alimente les moulins Lavie). De part et d’autre de Constantine les profils des deux oueds sont extrêmement contrastés. L’oued d’aval a un profil en crémaillère de torrent jeune et conquérant. Et c’est lui d’ailleurs dont M. Joleaud a retracé les conquêtes.

Fig. 20. — L’oued Bou-Merzoug et l’oued Chott-Saboun. Le chemin de fer entre Constantine et Batna longe successivement deux oueds, le Bou-Merzoug affluent du Rummel, et l’oued Chott-Saboun (bassin fermé). On a imaginé (hypothèse A. Grund) que ces deux oueds seraient les débris aujourd’hui distincts, d’un système fluvial continu, que le progrès du climat désertique aurait tronçonné.

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Fig. 21. — Profil en long de l’oued Bou-Merzoug prolongé. Sur la figure 21, la courbe si concave et si régulière de l’oued Chott-Saboun atteste l’isolement ancien de la vallée, qui a évolué pour son compte jusqu’à la sénilité. Le Bou-Merzoug, l’une des têtes d’un torrent Tellien, dans un avenir indéterminé, si les circonstances actuelles persistent assez longtemps, pourra capturer l’oued Chott-Saboun et constituer avec lui un système fluvial du type Chéliff, Bou-Sellam, etc. Les figures 20 et 21 sont comme une contre-épreuve des précédentes, conduisant aux mêmes conclusions.

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Bou-Merzoug. — En amont de Constantine le Rummel reçoit un affluent, le Bou-Merzoug, qui était considéré dans l’antiquité comme l’artère maîtresse, la tête du fleuve ; les Romains l’appelaient Ampsagas. Si on admet ce point de vue, et si on établit le profil en long de l’oued Bou-Merzoug (fig. 20 et 21) on obtient un résultat curieux, à condition de le prolonger par le profil de l’oued Chott-Saboun (source à Lambèse dans l’Aurès). Le Chott-Saboun (Sebkha Zmoul) qui est la zone d’épandage de l’oued Chott-Saboun, est séparé de la haute vallée du Bou-Merzoug par un seuil insignifiant, une ondulation de la haute plaine. Actuellement encore ce oued est une artère de bassin fermé, ayant évolué à part pendant des âges, avec le chott Saboun comme niveau de base, puisque la concavité très accusée de son profil semble bien avoir atteint l’équilibre. Le long du Bou-Merzoug cependant l’érosion régressive, déterminée par le rattachement du Rummel au bassin méditerranéen, est parvenue actuellement jusqu’à El-Guerra, ou plus précisément Aïn-Mlila. Si les conditions actuelles persistent pendant des siècles encore, il est manifeste que l’érosion régressive finira par rattacher l’oued Chott-Saboun au bassin du Rummel, c’est-à-dire à la Méditerranée. Le complexe oued Chott-Saboun-oued Bou-Merzoug est un Chéliff en voie de réalisation, un Chéliff futur. Le profil de cet oued imaginaire rapproché des quatre autres qui s’appliquent à des oueds réels, est une contre-épreuve intéressante.

Conclusions. — L’étude du modelé nous conduit donc à des conclusions qui sont nettement celles des géologues.

Le domaine des bassins fermés est en régression plus ou moins rapide depuis que les relations actuelles existent entre la terre et la mer, depuis que la Méditerranée a pris la place de la Tyrrhénide effondrée, c’est-à-dire apparemment le pliocène. Depuis ce temps-là les oueds telliens, avec la mer comme niveau de base, ont été alimentés par des pluies dont l’importance absolue a beaucoup varié, mais qui sont demeurées relativement beaucoup plus abondantes sur le versant nord méditerranéen de l’Atlas que sur le versant sud. Ces oueds telliens ont donc été conquérants sans interruption, ils le sont encore sous nos yeux. Du grand effondrement tyrrhénien ç’a été la conséquence la plus importante, celle du moins qui saute davantage aux yeux, qui se laisse mesurer. Et ce n’est rien moins d’ailleurs que la différenciation du Tell, quelque chose de considérable.

CHAPITRE VI

CONCLUSIONS DU LIVRE

On a réuni dans ce livre II les données actuellement acquises sur l’histoire géologique de l’Algérie.

Il faut affirmer que ces données sont acquises, il s’agit de faits solides, sur lesquels est réalisé le consensus de tous les observateurs. On n’a pas le moins du monde développé une thèse qui soit particulière à l’auteur.

L’affirmation n’est pas inutile parce que l’ancienneté du climat désertique ou steppien en Algérie est un fait incontesté, il est vrai, mais en revanche assez généralement ignoré. De cette ignorance il a été fourni des preuves récentes. Et par exemple un géographe autrichien, M. A. Grund, à la suite d’un voyage rapide en Algérie, s’est imaginé que l’oued Chott-Saboun était l’ancienne tête du Bou-Merzoug séparée du tronc par les progrès du climat désertique depuis le quaternaire[76]. Cette erreur est très naturelle chez un voyageur qui met la tête à la portière dans le train de Constantine-Batna. Mais l’extraordinaire c’est que la théorie Grund ait été accueillie avec quelque faveur dans les cercles géographiques français. Les géologues algériens aux prises avec une besogne immense ont publié des études fragmentaires, qu’aucune exposition d’ensemble n’a mis encore à la portée du public scientifique métropolitain. Ces études existent pourtant, leurs conclusions sont unanimes et formelles.

On a vu qu’une analyse du modelé par la méthode des profils longitudinaux conduit à une conclusion qui est rigoureusement celle des géologues, puisqu’enfin ces chotts, dont le climat actuel tend à restreindre le domaine, lui sont nécessairement antérieurs.

Il faut donc souligner ce fait sur lequel il apparaît que l’attention n’a pas été assez attirée. L’Algérie est encroûtée de dépôts continentaux qui se sont accumulés dans des bassins fermés depuis l’oligocène.

Le régime des chotts est aussi vieux que l’Algérie continentale ; la malédiction des pays de sel est sur ce pays depuis le commencement des âges ; toutes les fois où nous voyons, dans le passé géologique, le bras de mer algérien s’assécher, ç’à été pour se couvrir de chotts. Il y a un lien entre la répartition des déserts à la surface de la planète et la latitude. Faut-il admettre que la latitude de l’Algérie n’ait pas changé depuis le crétacé, ce qui signifie l’immobilité du pôle ? La répartition circumpolaire de la houille suggère déjà cette immobilité. Mais quoi qu’il en soit de ces considérations trop générales, l’ancienneté d’un climat aride en Algérie est un fait précis.

Les faits précis de cet ordre, ceux qui sont exposés dans le livre II, comme d’ailleurs ceux qui ont trouvé place au livre I, sont des directives, des leitmotive ; il faudra les avoir présents à l’esprit pour analyser la structure du pays dans ses détails, dans ses parties.

D’ores et déjà une grande division ressort à travers toutes les cartes paléogéographiques : l’Atlas tellien et le groupe Atlas saharien-Hauts Plateaux nous sont apparus déjà comme distincts. L’un est le domaine du géosynclinal profond, du géosynclinal proprement dit ; et l’autre du socle continental. L’étude des dépôts continentaux nous a conduits d’autre part à la discrimination des deux mêmes zones sur des principes tout autres. Tandis que tout le sud reste le domaine des bassins fermés, le Tell est le domaine des oueds méditerranéens conquérants ; il leur doit un modelé d’érosion avec la mer comme niveau de base, un décapage avancé, une dissection profonde. Les deux zones, Tell et Hauts Plateaux ; ont, l’une vis-à-vis de l’autre, une originalité de modelé comme ils en ont une de contexture profonde.

Cette distinction à laquelle nous aboutissons de deux côtés différents est fondamentale, il faut s’y tenir. Les noms de Tell et Hauts Plateaux sont consacrés par l’usage, on peut les dire des appellations populaires. Ils en ont les inconvénients comme les avantages. Naturellement ils manquent de précision. Dans le détail, quand il s’agira de délimiter, on trouvera que les limites du socle continental sont loin de coïncider exactement avec celles de la zone où l’encroûtement de bassin fermé est encore intact. Mais en gros la division très générale de l’Algérie en Tell et Hauts Plateaux est très commode ; on l’adoptera, au moins comme cadre de travail, provisoirement.

Notes in this chapter

Note 1 · No 117, p. 130 et no 37, p. 407.Note 2 · No 119, p. 43 et 56.Note 3 · Les premières en date, qui sont, de M. Savornin, ont été publiées dans un article de E.-F. Gautier. Cf. nos 113 et 46.Note 4 · No 26, p. 248 et no 70, p. 189. Les réserves formulées par M. Savornin, no 115, p. 409, ne sont pas à l’échelle de notre travail géographiquNote 5 · No 26, p. 286, fig. 43.Note 6 · No 46, p. 90, fig. 23 et no 115, p. 417, fig. 90.Note 7 · No 70, p. 213, fig. III.Note 8 · No 70, p. 222.Note 9 · No 26, p. 399.Note 10 · Voir pourtant Savornin, no 115, p. 418, fig. 91.Note 11 · Cf. no 70, p. 198.Note 12 · No 115, p. 419, fig. 92.Note 13 · No 70, p. 279, fig. IV.Note 14 · No 31, p. 107, fig. 1.Note 15 · No 46, p. 92, fig. 24 et no 115, p. 421, fig. 93.Note 16 · No 70, p. 280, fig. V.Note 17 · No 30, p. 434, fig. 1.Note 18 · No 70, p. 285, fig. VII et p. 288, fig. VIII ; No 30, p. 447, fig. 2.Note 19 · Voir l’histoire de cette discussion dans Blayac. No 26, p. 71 et suiv.Note 20 · No 48.Note 21 · No 5, feuille de Mrhaier.Note 22 · No 70, p. 86.Note 23 · No 41, p. 298, fig. 29.Note 24 · No 41, p. 367.Note 25 · No 26, p. 116, 119, fig. 22, 23, 24.Note 26 · No 66, p. 814.Note 27 · No 42.Note 28 · No 45, p. 246, fig. 1.Note 29 · No 38 passim. Voir bibliographie du sujet dans Dalloni, no 31.Note 30 · No 111.Note 31 · No 70, p. 245.Note 32 · No 70, p. 254.Note 33 · No 70, p. 279.Note 34 · No 70, p. 283.Note 35 · No 41, p. 695.Note 36 · No 87, p. 193.Note 37 · No 70, p. 319.Note 38 · No 28, p. 102.Note 39 · 82 bis et ter.Note 40 · Voir la bibliographie no 64, t. I, p. 100 et suiv.Note 41 · No 63, t. I, p. 44, fig. 11.Note 42 · No 64, t. I, p. 74 et 108.Note 43 · No 81, p. 70, 86 et 222.Note 44 · No 83, p. 21 et suiv.Note 45 · No 70, p. 287.Note 46 · No 80, p. 244.Note 47 · No 69.Note 48 · No 70, p. 319.Note 49 · Nos 76 et 74.Note 50 · No 75, p. 510 et no 76, p. 9.Note 51 · No 47, p. 443.
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