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Souvenirs et anecdotes de l'île d'Elbe

L'ÎLE D'ELBE (continued 7)

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La Pianosa n'était pas absolument déserte; le pays de Campo y avait des pâtres pour garder quelques bestiaux. Il y avait aussi des gens pour soigner les chevaux des Polonais de la garde. Mais l'arrivée de cent cinquante hommes de guerre équivalait à l'arrivée de deux mille hommes de paix; la Pianosa fut de suite aussi mouvante qu'une île bien peuplée. Il n'y avait rien de rien pour l'établissement de la colonie militaire qui en prenait possession; aussi les premiers jours qui suivirent le débarquement furent des jours de brouhaha, et, sans qu'il y eût volonté de désobéissance, il n'y avait pas possibilité de commandement, chacun cherchait à se caser le moins mal possible dans des grottes, dans des réduits, dans des ruines, et partout où l'on pouvait trouver un abri. On avait bien apporté des tentes, mais on n'en avait pas apporté assez, et pour le logement, le droit d'être logé était un droit commun; de là des réclamations; enfin, tout le monde se colloqua. Le capitaine Pisani connaissait parfaitement l'île; aussi son expérience contribua beaucoup au contentement général.

Le lieutenant Larabit avait de suite mis la main à l'oeuvre pour exécuter promptement les ordres de l'Empereur; tout le monde travaillait, quoique l'on eût fait venir des ouvriers du continent.

J'ai dit les malheurs dont le commandant de la place Gottmann avait été une des principales causes à Longone; cet officier avait cent fois mérité qu'on le renvoyât de l'île d'Elbe; son expulsion aurait été un gage de paix donné aux Elbois. Néanmoins l'Empereur le garda à son service; il fit plus, il lui donna le commandement de la Pianosa. Cet homme, qui n'avait de militaire que l'habit, sans éducation, sans convenances, sans dignité, fit à la Pianosa ce qu'il avait fait à Longone: il mit tout sens dessus dessous, et deux jours après son apparition au milieu de la colonie, la perturbation était complète; c'était un fléau. L'ordre de l'Empereur prescrivait impérativement au lieutenant Larabit de construire immédiatement une caserne, et le lieutenant Larabit construisait immédiatement une caserne, car, sans se compromettre gravement, il ne pouvait pas construire autre chose; mais le commandant Gottmann voulait que le lieutenant Larabit cessât de construire la caserne pour lui construire une maison à lui Gottmann, et il prétendait avoir le droit de révoquer dans l'île les ordres émanés de l'Empereur. Le lieutenant Larabit était jeune, sa figure était encore plus jeune que son âge, et, confiant dans cette jeunesse, le commandant Gottmann s'était imaginé qu'il n'avait qu'à commander pour être obéi. Il s'était trompé, grandement trompé: le lieutenant Larabit avait l'énergie que le devoir inspire et que l'honneur commande; il ne craignait pas d'entrer en lutte contre un chef qui voulait le soumettre à un abus de pouvoir. Le commandant Gottmann ne parvint pas à le faire fléchir; il n'obtint rien de ce qu'il voulait en obtenir; de là des discussions incessantes. Heureusement que les deux positions empêchaient mutuellement d'en venir à la raison de l'épée.

C'est dans cet état de choses que l'Empereur arriva à la Pianosa, ainsi qu'il en avait fait la promesse au lieutenant Larabit. Il y était arrivé monté sur le brick l'Inconstant, il y était resté à peu près deux jours. L'Empereur avait avec lui le général Drouot, le fourrier du palais Baillon, et le premier officier d'ordonnance Roule. Il fut satisfait de l'état des travaux, il manifesta hautement sa satisfaction. Vinrent ensuite les plaintes; l'Empereur écouta les plaignants; il était naturel que la justice penchât en faveur de celui qui n'avait pas voulu s'écarter de la ligne légale. L'Empereur blâma le commandant Gottmann. Cependant la parole de l'Empereur ne termina pas la question. Le premier officier d'ordonnance, Roule, prit fait et cause pour le commandant Gottmann: qui se ressemble s'assemble, dit un vieux proverbe. Il y eut une vive altercation entre le lieutenant Larabit et l'officier d'ordonnance Roule; la présence de l'Empereur empêcha un duel; l'Empereur dit positivement au lieutenant Larabit: «Je vous défends de vous battre.» La preuve convaincante que l'Empereur approuvait la conduite du lieutenant Larabit, c'est que peu de temps après son retour à Porto-Ferrajo, il destitua le commandant Gottmann, et plus tard je parlerai d'une scène qui eut lieu à la suite de cette destitution.

III

BATAILLON CORSE.

Sans doute, à Porto-Ferrajo, la sécurité de l'Empereur pouvait raisonnablement être parfaite; mais quoiqu'il parût ne rien savoir des révoltes qui avant son arrivée avaient tant de fois ensanglanté le sol elbois, il était impossible qu'on ne lui en eût pas rendu compte, et alors, malgré que les circonstances eussent changé, que les anciens révoltés n'eussent maintenant rien à prétendre, la prudence voulait qu'il prît ses précautions contre la versatilité infiniment trop prouvée des populations effrénées de la partie occidentale du pays. Aussi, dès qu'il eut accompli la prise de possession de sa souveraineté, il fit venir auprès de lui trois cents hommes du bataillon franc, et personne ne fut étonné de cette mesure de prudence. La pensée de cette milice bourgeoise est qu'elle ne doit servir qu'à la garde des côtes, que tout autre service est un service extraordinaire, alors même qu'on l'élève au niveau de la troupe de ligne. Cette pensée n'est pas tout à fait erronée: l'institution du bataillon franc ne lui attribue qu'un service insulaire spécial. Mais cette spécialité doit être subordonnée aux circonstances qui par la force des choses obligent le bataillon franc à la coopération de tous les services. Ainsi lorsqu'il est le seul corps armé dans l'île, il faut qu'il soit partout à tout et que, bon gré, mal gré, il tienne garnison dans les places. C'est ce qui avait eu lieu à l'époque dont je viens de parler.

La garde impériale arriva. C'était beaucoup pour l'Empereur: c'était loin d'être assez pour occuper militairement Porto-Ferrajo et Longone. C'eût été peut-être s'exposer à des récriminations que d'ordonner au bataillon franc de s'associer rigoureusement à la tâche que la garde impériale devait remplir.

Mais les concitoyens de l'Empereur étaient là, debout, en observation. Ils considéraient l'île d'Elbe comme une succursale, comme un bien communal de la Corse: le vicaire général, le commandant de Porto-Ferrajo, le chef de la police secrète, le commandant de la police secrète, le commandant de la gendarmerie, le directeur de la poste, le capitaine de port, le lieutenant de l'Inconstant, étaient Corses, et, par l'intermédiaire de Madame Mère, toutes les avenues du pouvoir étaient corses. Cependant les Corses n'étaient pas satisfaits: il leur fallait davantage: on proposa de créer un bataillon corse. Le général Drouot n'était pas de cet avis, mais l'Empereur blâma l'opinion du général Drouot, et le bataillon corse fut créé.

Toutefois il ne suffisait pas de vouloir un bataillon pour que le bataillon existât. Il fallait des soldats, des sous-officiers, des officiers, et l'Empereur décida: 1° que les Corses militaires qui recruteraient quarante hommes seraient capitaines; 2° que ceux qui recruteraient trente hommes seraient lieutenants; 3° que ceux qui recruteraient vingt hommes seraient sous-lieutenants, et 4° que ceux qui recruteraient dix hommes seraient sergents-majors. Le recrutement eut lieu immédiatement; aucun officier ne présenta son entier contingent; néanmoins, les chasseurs Napoléon furent organisés en bataillon. De suite, l'on arma et l'on équipa les présents.

Jamais les cadres de ce bataillon ne dépassèrent le tiers de leur nombre nécessaire.

L'Empereur prit alors le parti d'utiliser ce bataillon autant qu'il était possible de l'utiliser. Il le destina à recevoir les braves qui venaient partager son ostracisme.

Malheureusement le bataillon corse eut pour commandant le plus mauvais officier de la Corse, mauvais par son incapacité autant que par la bassesse de sa conduite. Le corps dut en venir à le dénoncer comme concussionnaire. Tout le mérite de cet homme était de porter le nom de l'une des familles notables de la Corse.

Un tel corps n'était pas fait à la subordination: il fallait souvent avoir recours aux peines disciplinaires; c'était désagréable pour l'Empereur; il le disait.

Les officiers corses recruteurs en engageant pour le service de l'Empereur ne parlaient que de choses magnifiques, et ceux qui s'engageaient en partant pour l'île d'Elbe croyaient partir pour la Terre promise. Un d'entre eux disait avec une espèce de dépit: «On nous avait fait croire qu'ici les cailles tombaient toutes rôties, mais ce n'est pas cela, et il nous faut décompter.» Ce bataillon n'aurait pas fait de vieux os à l'île d'Elbe. Il se serait dissous par la désertion.

Plusieurs soldats corses avaient déserté avec armes et bagages, et pris au moment où ils cherchaient à se procurer une barque pour retourner en Corse, ils furent conduits dans les prisons de Porto-Ferrajo; un conseil de guerre les condamna à la peine de mort. Le bataillon corse fut ému de cette condamnation, il demanda la grâce des condamnés, l'Empereur la lui accorda. Cette grâce n'empêcha pas d'autres désertions; elle y excita: une de ces désertions, plus considérable que les autres, obligea l'Empereur à ordonner qu'un fort détachement se portât sur les lieux où l'on présumait que ces déserteurs devaient s'embarquer, et le détachement se mit en route. La nuit arrivée, l'officier se dirigea vers l'ermitage de la Vierge des Grâces, et il demanda à parler à l'ermite. L'ermite, craignant que ce ne fût (sic) les déserteurs, refusa d'ouvrir; l'officier qui commandait le détachement conclut que les déserteurs étaient renfermés dans l'ermitage; dans cette pensée, il se disposa à faire enfoncer la porte, et l'ermite effrayé se hâta de faire sonner la cloche de la chapelle. Or cette cloche était le tocsin nocturne de la contrée, et, dès qu'ils l'eurent entendue, les paysans accoururent à l'ermitage. Le détachement fut bientôt cerné de toutes parts; au lieu d'attaquer, il dut songer à se défendre, et peu s'en fallut que cette petite conflagration ne devînt très sanglante. Les paysans s'étaient d'autant plus facilement armés que dans la journée quelques-uns d'entre eux avaient été rançonnés par les déserteurs, et, avant la nuit, ils s'étaient réunis pour prendre des précautions de garantie mutuelle.

Nous touchions à l'époque de notre départ; sans cela le bataillon corse aurait été réorganisé; je le répète, il y avait à Porto-Ferrajo des militaires distingués, éprouvés, et sur lesquels l'Empereur pouvait compter. Le bataillon avait aussi des officiers très honorables qui auraient été des officiers distingués si l'Empereur leur avait donné un chef de haute capacité.

IV

COMPAGNIE D'ARTILLERIE.

Il m'a été impossible de me procurer le contrôle nominatif des canonniers qui composaient la compagnie d'artillerie de la garde impériale elboise. Le général Drouot ne l'avait plus, aucun des officiers ne l'avait conservé, cela m'afflige, car j'aurais voulu que la France pût connaître tous ces braves.

C'est à Fontainebleau que cette compagnie fut créée. Son berceau était un noble édifice de gloire et de dévouement. Aucun corps militaire ne méritait plus qu'elle d'être associé aux nouvelles destinées du héros qui se sacrifiait pour la patrie.

On avait demandé des canonniers de bonne volonté: aussitôt le nombre fut plus qu'au grand complet. On fit aussi un appel aux officiers d'artillerie: il en fallait quatre; dix se présentèrent. Un choix devint indispensable. Le général Drouot fut chargé de le faire. Il était beau d'accompagner l'Empereur, il était beau aussi d'être choisi par le général Drouot.

Les quatre élus furent:

MM. Cornuel, capitaine commandant; Raoul, capitaine en second; Blanc de Lacombe, lieutenant en premier; Demons, lieutenant en second.

Le capitaine commandant Cornuel était un officier accompli. Son passé et son présent semblaient être les précurseurs d'un grand avenir. Sa vie toute neuve avait déjà des faits qui la mettaient au niveau des vieilles vies. On citait de lui beaucoup de belles choses. Ses camarades l'aimaient, tout le monde l'estimait. L'Empereur l'entourait de considération. Le général Drouot avait dit aux officiers choisis: «Votre courage et votre fidélité seront plus d'une fois mis à l'épreuve.» C'était ce qu'il fallait au capitaine Cornuel. Il bravait les épreuves parce que son âme était au-dessus des épreuves. À Porto-Ferrajo, l'Empereur lui accorda, ainsi qu'au capitaine Raoul, une distinction dont aucun capitaine de la garde ne fut honoré, l'entrée libre au palais impérial, et il le nomma directeur d'artillerie, commandant de son arme dans l'île. Le capitaine Cornuel ne profitait pas beaucoup de ses grandes et de ses petites entrées auprès de l'Empereur: il aimait mieux consacrer ses heures de loisir à la princesse Pauline. Au moment où nous quittâmes l'île d'Elbe, le capitaine Cornuel était très souffrant; mais dès que le signal du départ fut donné, son énergie prit la place de sa santé, et il suivit pour la seconde fois l'Empereur; ses forces physiques se soutinrent tant qu'il crut à des périls; mais lorsque l'Empereur fut entré à Paris, qu'il n'y eut plus de dangers à craindre, le mal du capitaine Cornuel empira, et bientôt l'heure dernière de cet excellent officier se fit entendre. Il venait d'être nommé lieutenant-colonel et directeur d'artillerie. Puisse la ville de Saint-Malo avoir honoré cette belle mémoire!

Le capitaine en second Raoul était fils du général Raoul, débris de cette armée de Sambre et Meuse qui a fourni des généraux à toutes nos armées et dont (sic) on semble ne presque plus se rappeler. Le vieux général Raoul n'aimait pas l'Empereur par la seule raison que l'Empereur n'avait pas été général de Sambre et Meuse; il était courroucé de ce que son fils était allé à l'île d'Elbe. Néanmoins, au retour de l'île d'Elbe, ses sentiments paternels l'emportèrent sur tous les autres sentiments, et il se rendit à Paris. Le capitaine Raoul profita avec empressement de cette circonstance. Il présenta son père à l'Empereur; l'Empereur séduisit le général Raoul, et le général Raoul, séduit, tout fier d'être le père de son fils, pardonna à l'Empereur de n'avoir pas été général de Sambre et Meuse et devint l'un de ses partisans les plus outrés. Le général Raoul avait élevé son fils dans toutes les rigueurs militaires: le capitaine Raoul avait été soldat dès sa plus tendre enfance, il fut presque grognard en arrivant au camp. Des rapports honorables avaient signalé sa bravoure; son épée avait déjà de la valeur; on comptait sur elle. Effet incompréhensible des miracles de la guerre de France! Excepté parmi les hautes sommités de l'armée, gorgées de richesses et de grandeurs, personne ne comptait le nombre des ennemis, et les conscrits, après le baptême de feu, pouvaient de droit porter la moustache, car ils étaient capables de la défendre; il n'y avait plus de conscrits. Le capitaine Raoul appartenait à cette pépinière polytechnicienne qui entoure nos drapeaux des meilleurs officiers qu'il y ait au monde. Le caractère connu du capitaine Raoul lui mérita une mission de confiance avant que la garde impériale quittât Fontainebleau: il fut envoyé à Orléans pour prendre en consignation le trésor de la liste civile de l'Empereur et les équipages de l'Impératrice. Il devait ensuite remettre le tout sous l'escorte de la garde impériale. À Orléans, il se trouva que d'autres dispositions avaient été prises. Lorsque le capitaine Raoul arriva à Porto-Ferrajo, l'Empereur le nomma directeur du génie militaire de l'île d'Elbe, et en même temps il le chargea du service des travaux publics, moins les travaux de la campagne de Saint-Martin qui étaient spécialement confiés au lieutenant Larabit. Ses jours de l'île d'Elbe furent pleins; il peut les compter parmi ses beaux jours. L'Empereur l'entourait de confiance, il l'admettait dans son intimité. Proscrit par la Restauration, il fut d'abord au Champ d'asyle, et ensuite il commanda la division des vétérans à l'armée républicaine de Guatemala, qu'il quitta pour rentrer dans sa patrie lorsque la révolution de 1830 l'eut débarrassée des oppresseurs que l'étranger lui avait imposés. Le capitaine Raoul, de l'île d'Elbe, est aujourd'hui un de nos généraux distingués. Nous le retrouverons dans la marche immortelle du golfe Jouan à Paris.

Le lieutenant en premier Blanc de Lacombe s'était offert de bonne volonté pour partir; on comptait et l'on devait compter sur son départ. Cependant il ne partit pas: sa mère le détourna de l'engagement qu'il avait pris, quoique ce fût un engagement d'honneur. La Restauration récompensa le respect filial qui avait sacrifié la parole donnée. Du moins cet officier eut la pudeur de ne pas reprendre l'uniforme impérial pendant les Cent-Jours. On le considérait comme un bon militaire, comme un homme de bien; il est même à peu près certain qu'il n'aurait pas fait défaut à son nouveau poste si l'on n'avait pas trouvé à le remplacer. Mais il fut remplacé par un autre lieutenant en premier qui l'égalait en bravoure et le surpassait en talent: le lieutenant en premier Lanoue était digne de ses deux chefs Cornuel et Raoul. Brave comme la meilleure épée des braves, riche de savoir, d'esprit, d'amabilité, après avoir été martyrisé par les Bourbons, il a noblement rempli sa carrière, et il est mort honoré et honorable avec le grade de colonel. Je lui conserve un souvenir de sincère affection.

Le lieutenant en second Démons était un excellent officier pratique. Il fut nommé capitaine, fit tranquillement son service, et, après avoir reçu sa retraite, il s'éteignit dans la place de premier huissier de la Chambre des pairs.

La compagnie d'artillerie de la garde impériale elboise était partie de Fontainebleau avec quatre canons de huit, mais la longueur de la route, la difficulté du passage des Alpes et souvent le manque de moyens pour la traîner, décidèrent le général Cambronne à s'en séparer, et il les déposa dans une de nos forteresses.

V

L'HÔPITAL.

Le général Drouot qui présidait à toutes les prises de possession présida aussi à celle de l'hôpital militaire, et il l'inspecta dans toutes ses parties; l'Empereur l'examina également avec une attention scrupuleuse. De cette inspection et de cet examen il résulta une nouvelle organisation.

L'Empereur nomma:

MM. Squarci, médecin; Émeri, chirurgien; Gatti, pharmacien; Vivier, directeur comptable; Soumaire, garde-magasin et commis aux entrées.

Tous les employés subordonnés furent désignés à la suite de ces nominations.

L'Empereur nomma également au conseil d'administration. Le général Cambronne, M. Lacour, commissaire des guerres, M. (nom en blanc), capitaine d'infanterie de la garde, M. Lanoue, lieutenant d'artillerie de la garde, et M. le docteur Foureau de Beauregard en furent les membres titulaires; le général Cambronne était le président du conseil; le docteur Foureau de Beauregard était l'inspecteur de l'hôpital; le chirurgien du bataillon franc et celui du bataillon corse furent adjoints au chirurgien Émeri.

Le conseil d'administration se réunissait deux fois par mois, plus souvent lorsque le bien du service l'exigeait. Il se faisait sévèrement rendre un compte exact de tout ce qui se passait à l'hôpital; les employés craignaient, ils marchaient droit. Jamais les malades ne furent mieux soignés. L'Empereur les visitait souvent.

On se plaignait généralement de l'hôpital civil: l'Empereur ordonna qu'il lui fût fait un rapport sur la tenue de cet hôpital. Il crut qu'il pouvait adoucir le sort des malades, il les fit transférer à l'hôpital militaire: la translation eut lieu avec les précautions les plus délicates; les femmes eurent un local absolument séparé de celui des hommes. L'hospice civil fut supprimé.

La police reçut l'ordre d'exercer la surveillance la plus rigide sur les maladies honteuses. Cette rigidité était d'autant plus nécessaire que Livourne était pour Porto-Ferrajo une sentine constamment dangereuse à cet égard.

VI

MARINE MILITAIRE.

L'Empereur songea à organiser sa marine militaire. Il n'avait pas pourtant beaucoup de confiance en elle, et il s'en serait passé s'il lui avait été possible de s'en passer, mais des bâtiments de guerre lui étaient indispensables.

Le brick l'Inconstant était un très bon navire, très bien gréé et très bien armé; il portait en batterie dix-huit caronades de dix-huit. Il fallait chercher des hommes pour former son équipage. Rio ainsi que Marciana, les deux pays maritimes de l'île, n'en fournirent point, et l'on dut aller recruter à Capraja ou à Gênes. On eut peine à se procurer le nombre de matelots nécessaires même pour un faible armement. L'Inconstant n'eut jamais un équipage au complet: c'était un triste équipage.

L'enseigne de vaisseau Taillade, que l'Empereur avait fait lieutenant de vaisseau en lui donnant le commandement de l'Inconstant, navire amiral de la marine impériale de l'île d'Elbe, ressemblait assez à l'équipage du bâtiment qu'il montait: il n'y avait pas en lui l'étoffe d'un bon marin. Il parlait bien science navale lorsqu'il était à terre ou lorsqu'il naviguait vent arrière, bonnettes haut et bas, et les flots à peine agités. Mais lorsqu'il y avait tempête, le commandant Taillade abandonnait le commandement à ses subordonnés, et allait dans sa cabine attendre le retour du beau temps. Le commandant Taillade était loin de ressembler à un loup de mer. Ajoutons un vice que ses camarades lui reprochaient sans cesse: le commandant Taillade ne songeait qu'à lui; dans l'excès d'un égoïsme de tous les temps et de toutes les circonstances, il ne comprenait bien que le moi. L'Empereur ne fut jamais content du service de cet officier, mais il fallait avoir dix torts pour que l'Empereur se décidât à en punir un seul, et il garda le commandant Taillade jusqu'au bout.

L'Empereur avait accueilli avec empressement un aspirant de première classe qui, parti de Toulon où il avait refusé de donner son adhésion au gouvernement de la Restauration, venait lui offrir son épée et le nomma enseigne. Puis il le plaça en second à bord de l'Inconstant. On l'appelait Sarri: il était Corse; l'aspirant Sarri, devenu enseigne second sur le brick amiral, était un élève de l'École militaire de Saint-Cyr, et il comptait déjà près de six années de service maritime. Toutefois, il n'avait pas encore atteint à sa vingt-quatrième année d'âge. On le considérait comme un jeune homme capable.

Il y avait encore deux autres officiers sur l'Inconstant: l'enseigne auxiliaire Morandi, marin pratique fort recommandable; l'enseigne auxiliaire Forcioli, dont on disait du bien.

L'Inconstant se trouva organisé autant que les circonstances avaient permis de l'organiser. Chose remarquable dans la destinée du brick l'Inconstant, il avait été construit à Livourne et avec les matériaux qu'un entrepreneur de bois de construction avait par testament donnés à l'Empereur, de telle sorte que l'Empereur était doublement propriétaire de son vaisseau amiral.

L'Empereur acheta un chebec marchand, appelé l'Étoile, qu'il fit à peu près armer en guerre et dont il donna le commandement à l'enseigne auxiliaire Richon, homme de coeur et de dévouement. L'enseigne Richon n'avait pas servi dans la marine militaire, ce n'était pas un officier de théorie, mais il était parfait pour l'accomplissement des devoirs qui lui étaient imposés, et l'Empereur pouvait compter sur lui.

Le second de l'enseigne Richon, l'officier Rouverro, était un marin de confiance, et il remplissait bien sa petite tâche.

Puis venait l'espéronade la Caroline, qui avant l'arrivée de l'Empereur servait de courrier pour les communications avec la Toscane par Livourne, et à laquelle l'Empereur fit continuer le va et le vient selon l'usage adopté.

Un excellent patron de Porto-Ferrajo, Gallanti, commandait la Caroline, et le jeune Gallanti son fils lui servait de second: c'étaient de bien braves gens. Telle était l'armée navale de l'île d'Elbe.

Le brick l'Inconstant était chargé de missions importantes. Le chebec l'Étoile ne servait qu'aux besoins matériels. Ainsi ce sont les seuls voyages de l'Inconstant qu'il importe de lier à la vie de l'Empereur. Je vais donc les suivre l'un après l'autre sans désemparer.

Le brick l'Inconstant partit pour Gênes: c'était au mois de juillet. Il avait à bord le capitaine Hurault de Sorbée. Il avait aussi un valet de chambre de l'Empereur. M. Cipriani et ces deux personnes débarquèrent dès l'arrivée du brick à sa destination. Le capitaine Hurault de Sorbée allait remplir une mission auprès de l'impératrice Marie-Louise; le valet de chambre allait en courrier à Vienne. C'était du moins le mandat ostensible.

À Gênes, le peuple en général accueillit parfaitement l'équipage de l'Inconstant, et M. de Palavicini en particulier se montra empressé de soins pour l'état-major.

L'Inconstant embarqua des moutons, des vaches, des arbres, des habillements, et il semblait que le commandant Taillade n'avait plus rien à faire, cependant il ne se disposait pas à partir: ce n'était pas sans raison. Des Milanais arrivèrent à Gênes: ils prirent passage sur l'Inconstant. L'Inconstant appareilla de suite: une fois en mer, ces passagers avouèrent, sans se contraindre le moins du monde, qu'ils étaient envoyés par les patriotes italiens pour faire des propositions à l'Empereur, et ils ne demandèrent pas qu'on leur gardât le secret. Néanmoins, une fois débarqués, ils ne se montrèrent nulle part, et l'Empereur les reçut deux fois en audience particulière. Il ne serait pas impossible que ces messagers italiens ou se disant tels ne fussent les mêmes personnages qui parlèrent à l'Empereur le jour de son entrée solennelle à Porto-Ferrajo, et qui partirent immédiatement après l'avoir entretenu.

Dès le retour du brick l'Inconstant, le bruit se répandit que, pendant son séjour à Gênes, le commandant Taillade n'avait jamais osé porter la cocarde elboise, et l'Empereur s'assura que le fait était vrai, ce qui ne l'amusa pas. C'était d'autant plus mal de la part du commandant Taillade que ses officiers lui avaient donné l'exemple de l'accomplissement de ce devoir.

L'Inconstant remit à la voile pour Civita-Vecchia. C'était en août. J'ai dit que le peuple de cette ville avait été bien pour les bâtiments de Rio, même alors que l'autorité locale avait refusé de reconnaître la nouvelle bannière de l'île d'Elbe. Il en fut autrement à l'égard du brick de l'Empereur: on insulta l'équipage, on chercha à faire émeuter la plus vile populace, et le gouverneur détourna la tête jusqu'à ce que sa responsabilité fût mise en cause par une protestation accusatrice. Ce gouverneur s'appelait Pacca. On ne pouvait guère donner suite à cette protestation, car le commandant Taillade avait comme le gouverneur laissé maltraiter ses matelots, et enveloppé dans sa redingote, le chapeau rond sur la tête, il ne s'était préoccupé que de pouvoir tranquillement retourner à bord. La course à Civita-Vecchia n'avait d'autre but que de faire parvenir avec sûreté des dépêches adressées à une personne de confiance. Le brick retourna vite à Porto-Ferrajo.

Quelques jours après son arrivée, l'Inconstant remit à la voile pour Gênes, porteur d'une autre correspondance et ayant à son bord une dame polonaise. Le séjour à Gênes ne fut pas long: le capitaine Loubert, qui, depuis quelque temps, était dans cette ville pour y faire confectionner des habillements militaires, prit passage sur le brick et revint à l'île d'Elbe. En entrant à Gênes, un vaisseau anglais qui stationnait à l'embouchure du port demanda à visiter l'Inconstant, et sur la réponse que, portant le drapeau impérial de l'île d'Elbe, bâtiment de guerre, le brick ne subirait l'humiliation d'une visite que lorsqu'il y serait contraint par la force, le commandant britannique ne poussa pas plus loin la déraison de son exigence. Néanmoins, lorsque le capitaine Taillade appareilla pour partir, le commandant anglais lui envoya un officier, et le commandant Taillade, après avoir reçu cet officier, le fit descendre dans sa chambre, et là ils restèrent ensemble plus d'une demi-heure: personne ne put savoir ce qui s'était passé entre eux. La traversée de retour fut marquée par un grand coup de vent du nord. Le commandant Taillade justifia l'opinion que l'on avait sur son compte: il resta couché pendant toute la durée du mauvais temps. Le capitaine Loubert disait en riant qu'il se croyait plus marin que lui. Il est vrai qu'il y a eu des marins qui ont navigué toute leur vie sans pouvoir parvenir à vaincre le mal de mer. Mais ces marins, lorsqu'ils étaient bons marins, supportaient leur mal sur le tillac, et ils n'allaient pas s'allonger dans leur couchette pour vider leur estomac.

L'Inconstant alla à Longone, où l'Empereur s'embarqua pour la Pianosa: le voyage dura deux jours, le vent souffla vigoureusement. Le brick dut attendre l'Empereur en louvoyant à l'abri du cap Calamita. On rentra à Porto-Ferrajo.

L'Inconstant dut retourner à Civita-Vecchia; de là, aller à Naples. Il avait à bord, recommandée par l'Empereur au commandant Taillade, Mme Blachier, fille du comte Fachinelli de Mantoue, et femme du commissaire des guerres; Mme Blachier était dame d'honneur de Madame Mère; Madame Mère l'envoyait au-devant de la princesse Pauline qui devait revenir à l'île d'Elbe montée sur l'Inconstant. Mme Blachier jouissait d'une belle réputation justement méritée: le commandant Taillade crut pouvoir impunément manquer de respect à la dame que l'Empereur avait confiée à sa délicatesse; Mme Blachier l'arrêta dès sa première hardiesse; elle en appela à l'état-major, et l'état-major veilla sur elle. Le commandant Taillade dut forcément se contraindre.

L'Inconstant resta peu à Civita-Vecchia: il n'avait qu'à remettre des dépêches. La correspondance avec Rome était active et paraissait importante. De Civita-Vecchia, le brick fit voile vers Naples. Il alla mouiller sur la rade de Baïes: il y resta vingt jours. Après, il reçut l'ordre d'aller à Portici embarquer la princesse Pauline, et le commandant Taillade obéit à cet ordre. Toutefois, il n'eut pas besoin de mouiller devant Portici; la princesse Pauline vint à sa rencontre, il la reçut en pleine mer. De Civita-Vecchia à Baïes, un convoi napolitain, poursuivi par un corsaire barbaresque, s'abrita sous la bannière elboise, et cela valut au commandant Taillade une croix du roi Murat. Le séjour prolongé de l'Inconstant sur la rade de Baïes, au lieu de le faire séjourner avec plus de sécurité et avec plus d'agrément dans le port de Naples, suivi de l'embarquement de la princesse Pauline en pleine mer, semblait cacher quelque mystère: on cherchait à éviter les regards du public. Le retour à l'île d'Elbe fut heureux. Nous étions en fin octobre.

On ébruita la conduite plus qu'inconvenante du commandant Taillade envers Mme Blachier: on crut qu'il y aurait punition. Mais l'Empereur était censé ne pas savoir ce qui s'était passé à cet égard. Le général Drouot se chargea d'infliger le blâme que le commandant Taillade avait mérité.

Dans le courant de décembre, le mois déjà avancé, l'Inconstant retourna à Civita-Vecchia pour y prendre M. Ramolini, parent de l'Empereur, et il en repartit le 4 janvier. Dans la nuit du 5 au 6, par le travers de l'île de Gianutti, l'Inconstant essuya un coup de vent épouvantable, dut mettre à la cape sous la voile de misère, et avec une mer qui déferlait de toutes parts, au milieu de périls imminents, il atteignit le golfe de Saint-Florent et mouilla à l'endroit qu'on appelle la Calcina. Trois heures après que le brick était au mouillage, le colonel Perrin, ancien émigré, aide de camp du général Brulart, accompagné du commandant de la place de Saint-Florent, M. Albertini, vint de Bastia pour savoir au nom de son général quel était le motif de la venue de l'Inconstant en Corse. La demande était oiseuse, car le mauvais temps durait encore, et d'ailleurs le délabrement du navire parlait à tous les yeux intelligents. Le commandant Taillade accueillit l'aide de camp et le commandant de place; il les engagea à descendre dans la chambre du navire. Le commandant de la place de Saint-Florent était resté Français impérial, même en servant les Bourbons: il profita du mouvement de politesse pour faire un signe significatif qui recommandait une grande réserve avec le colonel Perrin. Il resta sur le tillac avec l'enseigne Sarri, son compatriote, et, débarrassé de la présence de son compagnon, il parla librement: l'aide de camp et le commandant Taillade restèrent assez longtemps tête à tête. Les deux visiteurs retournèrent à terre. Le commandant Taillade et son second, l'enseigne Sarri, les suivirent de près pour leur rendre la visite qu'ils en avaient reçue, et ils allèrent d'abord à l'aide de camp colonel. La conversation du colonel Perrin avec le commandant Taillade dura environ trois heures; l'un et l'autre étaient Français, du moins de naissance, et pourtant sans aucun égard pour les personnes qui les entouraient, ils ne parlèrent absolument que la langue anglaise. Le vent entra dans le golfe, et son impétuosité causa beaucoup de dégâts: l'Inconstant eut une embarcation chavirée. Cet incident fit que le colonel Perrin retint à dîner le commandant Taillade et l'enseigne Sarri; après le dîner, le colonel Perrin monta à cheval pour aller rendre compte, et le commandant Taillade, ainsi que son second, retournèrent à bord.

Le lendemain matin, de très bonne heure, la frégate française (nom en blanc), commandée par le capitaine de vaisseau Duranteau, vint mouiller bord à bord de l'Inconstant, et une heure après, le capitaine de frégate (nom en blanc), officier de la garde, second du capitaine de vaisseau Duranteau, se rendit à bord du brick, et il y fut reçu comme un officier de distinction. L'enseigne Sarri alla ensuite à la frégate; le capitaine de vaisseau Duranteau l'accueillit avec beaucoup de bienveillance. Néanmoins, le voisinage de la frégate n'était pas une chose rassurante: tout l'équipage du brick fut consigné: personne ne descendit plus à terre; on travailla à réparer le mal fait par la bourrasque. Mais n'oublions pas plus longtemps M. Ramolini: M. Ramolini, malgré le changement radical de gouvernement, malgré sa parenté impériale, était encore directeur des droits réunis à Ajaccio, et il désirait conserver son emploi. Il désirait aussi voir son auguste parent, le souverain de l'île d'Elbe. Or, pour faire marcher ses affections avec ses intérêts, il se décida à partir sans en avertir personne, espérant que, puisqu'il ne disait rien à personne, personne ne saurait rien. Il ajouta à cette précaution, afin de dérouter les curieux, d'aller à Porto-Ferrajo en passant par Livourne, Florence, Rome et Civita-Vecchia. L'adresse ne put rien contre les décrets éternels: le brave homme était revenu presque à son point de départ; sa peur était extrême, il croyait toujours qu'on allait le découvrir et le pendre. Son coeur fut un peu soulagé lorsque le commandant Taillade défendit toute communication avec la terre. On mit près d'une semaine pour se réparer entièrement: cette semaine parut à M. Ramolini avoir la durée d'un siècle. Le commandant de la place, M. Albertini, pria le commandant Taillade de prendre sur le brick un cheval dont il faisait hommage à l'Empereur, et le pauvre cheval, victime d'une nouvelle tempête, périt avant d'être parvenu à sa destination. Le général Brulart avait plus d'aides de camp qu'il n'avait gagné de batailles, et pendant le séjour de l'Inconstant au golfe de Saint-Florent, l'on remit à l'enseigne Sarri, qui, comme Corse, inspirait plus de confiance que le commandant Taillade, une note dans laquelle on prévenait l'Empereur que l'un des aides de camp du général Brulart avait dit bien des fois dans un cercle légitimiste qu'il voulait tuer Bonaparte, et cet avis n'était pas sans fondement, puisque l'Empereur l'avait déjà reçu par une autre voie de grande confiance. Cet aide de camp était sans doute le même qui avait eu l'effronterie de se montrer à Porto-Ferrajo: peut-être appelle-t-il cela du courage! Cet officier, en allant à l'île d'Elbe, rendait un hommage solennel au noble caractère des compagnons de l'Empereur, et cet hommage était mérité. Le commandant Taillade ne laissa pas à Saint-Florent la réputation d'être dévoué à l'Empereur, car, en se séparant du colonel Perrin, il parlait beaucoup de la proposition qu'on lui faisait de rentrer en France, où il serait confirmé dans le grade de lieutenant de vaisseau, et il semblait n'être arrêté que par la crainte qu'on lui manquât de parole.

On mit à la voile par un temps favorable. L'Inconstant n'était vraiment pas heureux dans ses traversées: à peine eut-il repris la pleine mer, que le vent passa au sud-ouest grand frais et qu'il fallut diminuer de voiles. Le commandant Taillade se dirigea sur Porto-Ferrajo. Il faisait nuit, mais le phare du port brillait: cependant l'on avoisina tellement la côte que l'on dût forcément passer entre l'île et un rocher appelé Scoglietto, détroit très dangereux, et dont, même de jour, les plus petits bâtiments du pays ne profitent qu'à la dernière extrémité. Il paraît qu'on ne s'était pas rappelé cet écueil, de telle sorte que le brick aurait pu facilement aller s'y briser. Échappé à ce risque, au lieu de ranger le plus possible à tribord pour aller prendre le bon mouillage, le commandant Taillade poussa à pleine voile dans la rade, et lorsqu'il s'aperçut qu'il était sous le vent du meilleur poste, il voulut essayer de faire une bordée afin de regagner ce qu'il avait perdu; malheureusement, le brick refusa de virer de bord. Alors force fut de mouiller les deux ancres; ces deux ancres auraient dû être pennelées; on ne prit pas cette précaution essentielle; il devint impossible d'avoir recours à l'ancre d'espérance. Le vent était entré furieux, le brick passa la nuit sur les ancres; on cala les mâts; on descendit les vergues: tout cela n'empêcha pas les ancres de déraper. On tira le canon de détresse; à la pointe du jour, le danger était imminent. Les vagues jetaient le brick sur les rochers de Bagnajo où tout le monde aurait pu périr, et, dans cette situation horrible, saisissant le moyen qui seul semblait offrir une planche de salut, on coupa les câbles pour aller échouer sur le rivage de la baie voisine. Le brick échoua. Personne ne périt. La mort du cheval fut la seule qui marqua cette catastrophe. M. Ramolini ne mourut pas, mais il se crut tout près de sa dernière heure, et lorsqu'il eut le pied sur le rivage, sa première pensée fut de se mettre à genoux pour remercier Dieu de l'avoir sauvé.

Le naufrage de l'Inconstant devint la triste nouvelle de l'île d'Elbe. Le commandant Taillade n'était pas aimé: on critiqua tout ce qu'il avait fait comme ce qu'il n'avait pas fait. Le blâme fut universel, il y eut exagération. Un navire étranger avait mouillé peu après le brick l'Inconstant, mais il avait mouillé au bon mouillage, et il ne lui était rien arrivé de sinistre, fait duquel on tirait des conséquences contre le commandant Taillade. On lui reprochait de n'être pas descendu le dernier à terre, d'y être descendu avec sa cassette à la main. S'il avait été aimé, on n'aurait songé qu'à le plaindre, et tout le monde se serait fait un devoir de le consoler.

Au premier coup de canon de détresse, l'Empereur sauta de son lit, et, cinq minutes après, il était à cheval. Il mit bien peu de temps pour franchir l'espace qui le séparait de la baie de Bagnajo. Un triste spectacle s'offrit à ses regards: le brick l'Inconstant n'ayant que le grand mât, le mât de misaine, le mât de beaupré, tous trois confusément couverts des manoeuvres courantes de la mâture générale, gisait sur le rivage et était abattu du côté de terre. Le foc, qui avait heureusement servi à la dernière manoeuvre, semblait insulter aux vents et les flagellait de ses lambeaux; les vagues se brisaient avec fureur sur les flancs du navire naufragé. L'Inconstant était menacé d'être bientôt réduit en pièces: l'équipage, presque nu malgré la rigueur de la saison, se livrait avec zèle à l'oeuvre du sauvetage et ne songeait même pas à se plaindre.

L'Empereur me fit appeler: j'étais en route pour me rendre auprès de lui. Je le trouvai profondément ému, il me dit seulement: «Venez vous pénétrer de ce triste tableau.» Un temps infini s'écoula sans qu'il m'adressât encore la parole. Enfin, il me demanda si l'on avait eu soin des matelots. Il me demanda aussi si l'on avait fait l'appel pour s'assurer que personne n'avait péri. L'Empereur évitait avec intention d'entretenir le commandant Taillade, mais lorsqu'il lui parlait, c'était sans amertume. Le commandant Taillade ne paraissait pas même ressentir une légère douleur d'épiderme moral; l'enseigne Sarri était attristé.

Durant la matinée, on pouvait craindre que la continuation du mauvais temps n'empêchât de remettre l'Inconstant à flot, mais le vent se calma, la mer fit comme le vent. On remarqua que l'Empereur avait quitté silencieusement le lieu du désastre. Dès que cela fut possible, on releva le brick, on le remorqua dans le port, l'on s'occupa avec empressement de le réparer. Vingt jours après, il était de nouveau à même de remettre en mer.

La loi maritime de tous les pays qui ont une marine militaire prescrit la mise en jugement de tous les commandants de bâtiments de guerre qui font naufrage, et cette loi, sauvegarde des intérêts de l'État comme de l'honneur des officiers, est ordinairement exécutée avec ponctualité. À l'île d'Elbe, il n'y avait aucun moyen de constituer un conseil de guerre composé d'officiers de marine, et cette impossibilité empêcha l'Empereur de faire juger le commandant Taillade. À défaut, l'Empereur ordonna une enquête sur le naufrage du brick l'Inconstant, et le général Drouot en fut chargé. À la suite de cette enquête, l'Empereur ôta le commandement du brick à M. Taillade, et il le conserva cependant lieutenant de vaisseau en activité de service. Personne ne trouva qu'il y avait de la rigueur dans cette décision impériale. Des officiers de l'Inconstant assurèrent même qu'elle n'était pas assez sévère; ils prétendaient que le commandant Taillade n'était monté sur le pont qu'à la dernière des extrémités.

Il y avait alors environ un mois qu'un officier de marine venu de Toulon était arrivé à l'île d'Elbe pour offrir ses services à l'Empereur, et que l'Empereur lui avait donné de l'emploi. Cet officier se nommait Chautard, il se disait lieutenant de vaisseau ou capitaine de frégate, et l'Empereur ne lui demanda pas la preuve officielle du titre qu'il prenait. Ce M. Chautard était un ancien pilote de la marine royale; il avait émigré avec la masse des Toulonnais en 1793; plusieurs années après, le général Brune, ensuite le général Joubert, lui confièrent le commandement de la division navale attachée spécialement à l'armée d'Italie, et il dut faire sa résidence à Peschiera sur le lac de Guarda pour être personnellement à la tête de l'importante flottille qu'il y avait sur ce lac; il se fit destituer. Je fus chargé de le remplacer. M. Chautard avait une réputation de savoir, mais il paraît que l'émigration l'avait extrêmement usé, et s'il pouvait être vrai que, dans un temps déjà reculé, il eût eu réellement du talent, il n'en avait presque pas gardé le souvenir. M. Chautard n'avait alors rien qui l'élevât au-dessus d'un homme ordinaire. C'est cependant lui que l'Empereur nomma en remplacement de M. Taillade. L'un ne valait pas plus que l'autre; aucun des deux ne pouvait convenir et ne convenait à l'Empereur; l'Empereur les subissait. Toutefois, il est vrai de dire que, malgré sa suffisance vaniteuse, le lieutenant Taillade représentait mieux que le commandant Chautard, et que, dans un cercle étranger à la marine, il aurait par la parole vingt fois écrasé son successeur au commandement du brick. Le commandant Chautard avait les qualités de camarade que le lieutenant Taillade n'avait pas.

Le lieutenant de vaisseau Taillade n'était pas au bout de son rôle. Il était hardi de langage jusqu'à l'effronterie; rien ne pouvait lui faire baisser les yeux. Son malheureux naufrage n'avait apporté aucune modification à son malheureux caractère; il était plus osé que jamais. Sans doute la perte de son commandement devait lui être pénible; mais il brisa toutes les barrières de la prudence, et dans une fièvre d'amour-propre blessé il s'appliqua à vomir des milliers d'infamies contre l'Empereur. Ses calomnies allèrent si loin, furent si éhontées, si publiques, qu'il y eut plusieurs rapports adressés à l'Empereur: un de ces rapports conseillait à l'Empereur de renvoyer M. Taillade de l'île. L'Empereur répondit: «Cet officier est marié dans l'île; le renvoyer, ce serait renvoyer sa femme, et la mesure produirait un très mauvais effet; il vaut encore mieux lui laisser épuiser le fiel de sa destitution.» Néanmoins, le général Drouot fut chargé de lui recommander d'être plus circonspect à l'avenir. Mais M. Taillade ne tint aucun compte de cette recommandation, et il continua à vociférer. Cela en vint au point que le plus indulgent de tous les hommes, le général Drouot, dans une indignation profonde, alla une seconde fois trouver M. Taillade, et lui déclara sévèrement que ce serait lui, lui général Drouot, qui, en sa qualité de gouverneur général de l'île, le renverrait sur le continent, s'il continuait à se dégrader. M. Taillade comprit qu'il devait changer de conduite, du moins publiquement. L'Empereur ne voulait sans doute pas porter la perturbation dans la famille adoptive de M. Taillade, mais, il faut le dire, ce n'était pas la seule chose qui l'empêchait d'infliger une punition parfaitement méritée. Il craignait les bruits que M. Taillade pourrait répandre en France, et il avait raison. Nous touchions au départ de l'île d'Elbe.

L'Empereur ne se hasarda plus à donner des missions maritimes. Il avait bientôt apprécié le commandant Chautard; il voyait que le commandement de l'Inconstant n'était pas en bonnes mains. L'enseigne de vaisseau Sarri lui aurait mieux convenu; mais cet officier était encore fort jeune, et sa jeunesse ne permettait pas qu'on lui confiât des missions auxquelles mille circonstances imprévues pouvaient donner une importance grave et compliquée.

J'ai dit le bien que je pensais de l'enseigne Richon. L'enseigne Richon pouvait avoir des prétentions au commandement du brick l'Inconstant. L'Empereur eut même un moment l'intention de le lui confier, et une sage réflexion l'arrêta. L'enseigne de vaisseau Richon avait passé sa vie dans la marine marchande; l'habitude militaire lui manquait: elle était absolument indispensable pour le commandement d'un bâtiment de guerre dont l'équipage, appartenant à plusieurs nations, avait sans cesse besoin d'être contenu par une discipline sévère. M. Richon était beaucoup mieux à sa place dans le commandement du chebec l'Étoile, d'armement mixte, et aussi il n'y eut jamais aucun reproche contre lui. Il avait trouvé l'heureux secret de se faire généralement aimer.

CHAPITRE VIII

L'IDÉE DU RETOUR EN FRANCE.

I.--Les trois lettres.--Lettre de Masséna.--Lettre de Cambon.--Pourquoi Cambon ne fut pas ministre de l'Empire.--Une lettre anonyme de la direction de la police.

II.--Une lettre de Verdun.--L'opinion populaire.--Le plan de campagne d'un caporal marseillais.

III.--Départ de l'île d'Elbe.--Projet de transport de Napoléon à Sainte-Hélène.--Inexécution du traité de Paris.--Projets ou tentatives d'assassinat.--Formation d'une flottille expéditionnaire.--Provocations.--Circulation de la flotte marchande elboise.--Lucien Bonaparte.--Visite de Mme Walewska.--Fleury de Chaboulon.--Les jardins de la garde.--Le jour du départ.--Le gouverneur général de l'île d'Elbe.--L'embarquement.

I

LES TROIS LETTRES.

J'avais reçu trois lettres qui, sans être d'une haute importance, avaient chacune un caractère remarquable et fort piquant pour la position dans laquelle je me trouvais. Le général Drouot était chez moi lorsqu'on me remit mon courrier. Je n'avais rien de mystérieux dans ma conduite; je lus devant le général Drouot.

La première de ces lettres était une réponse affectueuse du maréchal Masséna. Elle ne contenait qu'une chose qui pût prêter à des commentaires; le maréchal Masséna me disait: «Vous êtes heureux de pouvoir vivre tranquille.»

La seconde était une lettre de patriotisme et d'amitié écrite par Cambon, le républicain le plus pur de la Convention nationale.

La troisième était anonyme. Encore brouillé avec l'Empereur, j'avais écrit au général Dalesme pour lui confier mes sujets de plainte, et ma lettre était déjà vieille. Je n'en attendais plus de réponse, cependant j'en reçus une; elle était timbrée de Paris et faite par un employé de la police générale. J'avais parlé allégoriquement à mon ami, je lui avais dit «que le berger ne ménageait pas les vieux moutons, et que les vieux moutons finiraient par quitter le troupeau». Ma fiction n'était pas bien difficile à deviner. M. l'employé de la police me donnait des leçons: c'était un impérial de bon aloi; il m'engageait dans mon propre intérêt à ne plus me plaindre du héros, et surtout à ne plus confier mes plaintes à la poste. La mercuriale partait du cabinet même du préfet de police; ce qui prouvait que l'Empereur avait encore des partisans zélés dans cet antre de Cacus.

Le général Drouot avait parlé de mon courrier à l'Empereur. L'Empereur me demanda si je voulais le lui communiquer, et je fus de suite le lui chercher.

L'Empereur allait donc savoir comme quoi je l'avais accusé, mais il y aurait eu de la lâcheté à me désavouer; et avec la lettre de la police, je pris copie de la mienne au général Dalesme. Je trouvai le général Drouot qui venait m'engager à ne pas mettre de côté la lettre anonyme, et je fus bien aise d'avoir prévenu son conseil.

J'arrivai chez l'Empereur, mon courrier à la main, et l'Empereur prit d'abord la lettre du maréchal Masséna. Cette lettre avait été décachetée: je le fis observer à l'Empereur, cela ne l'étonna pas; je crus et je crois encore qu'il l'avait lue avant moi. Toutefois, il l'examina avec beaucoup d'attention; après l'avoir bien examinée, il me la rendit en me disant: «Le prince d'Essling n'est pas content, en voilà la preuve», et il m'indiqua du doigt le point d'admiration qui couronnait ces paroles: «Vous êtes heureux de pouvoir vivre tranquille!» J'avoue que je n'avais pas eu la pénétration de l'Empereur. L'Empereur me parla beaucoup du maréchal Masséna: aucun mot ne lui échappa à l'égard de leur brouillerie. J'ai retenu ces paroles qu'il prononça d'effusion: «Rien n'est plus martial que sa figure dans un moment de danger.»

La lettre de Cambon me parut frapper l'Empereur. Il la parcourut d'abord avec rapidité, puis il la lut en la méditant. Cambon s'épanchait dans le sein de l'amitié: il parlait avec son âme de feu. Ses opinions politiques étaient diamétralement opposées au système impérial. Toutefois, il n'insultait pas à la grande chute de l'Empereur, loin de là: «Il professait beaucoup de respect pour cette immense infortune.» Ce sont ses paroles. Mais après le sentiment venait le pays: Cambon me disait que «l'Empereur ne serait pas tombé s'il avait eu autant d'amour pour la liberté qu'il en avait eu pour la patrie...; que l'Empereur s'était fait une fausse patrie, une patrie de grandeur monarchique au lieu de se faire une patrie de grandeur plébéienne; que maintenant il devait bien se repentir d'avoir échangé son faisceau pour un sceptre, qu'il était bien plus grand comme consul que comme empereur». Mais dans cette noble expansion rien ne portait l'empreinte de l'amertume; Cambon me disait: «Je ne suis pas fâché que tu sois auprès de lui, parce que je suis sûr que tu seras toujours toi.» Ensuite, il tombait sur les Bourbons: «Nous les avions expulsés de notre pays de France; maintenant ils s'expulsent eux-mêmes du coeur des Français. Ce sont des esclaves de l'Angleterre, ils n'ont de vie que par et pour l'Angleterre. Cela ne peut pas durer.»

Je ne cite de cette lettre, type épuré de civisme, que les choses qui peuvent le plus exciter l'attention de mes lecteurs. En ce qui le concernait, l'Empereur se borna à m'observer que «Cambon pouvait avoir raison de son point de vue particulier, mais non pas du point de vue général, et que, d'ailleurs, celui qui tenait la queue de la poêle était toujours le plus embarrassé». Je dis à l'Empereur qu'il me semblait, au contraire, que Cambon ne parlait qu'en principe: il me laissa dire sans me répondre. Lorsqu'il en fut aux Bourbons, l'Empereur trouva que Cambon était plein de pénétration, que c'était un homme d'expérience qui avait mis la main à la pâte et dont les paroles devaient être prises en grande considération. Le Cela ne peut pas durer lui parut une prophétie. Il trouva que je devais être fier d'avoir un tel ami.

Puis l'Empereur me dit à propos de Cambon: «Avant d'appeler Gaudin au ministère des finances, je l'avais consulté et je lui avais confié mes idées financières. Je fus fort étonné lorsque Gaudin m'assura que Cambon était l'homme qui convenait le plus à mes projets. Je croyais à la loyauté de Gaudin; je le chargeai d'écrire à Cambon. Il écrivit, Cambon lui répondit: «Ton patron ne veut qu'un commis, je ne puis pas lui convenir.» Ce qui n'était pas fort poli.» L'Empereur fut ébahi lorsque je lui appris que c'était Cambacérès et non pas Gaudin qui avait écrit à Cambon, que Cambon lui avait répondu: «Les finances de l'État marchent forcément selon les principes du chef de l'État, les principes du chef de l'État ne sont pas les miens. Nous ne serions pas plus d'accord en finances qu'en politique. Merci donc de ton souvenir et de ta bonne opinion.» D'ailleurs, Cambacérès n'avait pas offert positivement le ministère. Il paraît qu'on n'avait pas tout dit au premier consul. Cambon aimait beaucoup Gaudin, il aurait peut-être suivi les conseils que Gaudin lui aurait donnés; c'étaient deux hommes faits pour s'estimer réciproquement: Cambon avait été la pureté des finances de la République, Gaudin fut la pureté des finances de l'Empire. Tous deux ont bien mérité de la nation française.

Venait la réponse de la police: je priai l'Empereur de lire d'abord ma lettre que je lui remis; il me sut gré de cela et il me rendit la lettre qui n'était qu'une copie sans même l'avoir regardée. Il ne me dit pas un seul mot de mes plaintes. Il pensa comme moi que cette réponse sortait du cabinet du préfet de police. Il prononça ces mots avec une espèce d'énergie de conviction: «J'ai des partisans partout où il y a des gens de bien. Car j'ai toujours été leur protecteur.»

Je puis me tromper,--mais si je me trompe, je ne me trompe guère,--et d'ailleurs mon opinion toute personnelle ne peut en aucune manière faire le moindre mal à qui que ce puisse être: c'est du Cela ne peut pas durer de Cambon, que s'échappe la première pensée du départ de l'île d'Elbe.

II

L'OPINION PUBLIQUE.

Après ces lettres graves il en arriva une autre adressée à un grenadier de la garde, et qui, malgré son langage un peu burlesque, disait cependant des choses d'une haute gravité. Cette lettre portait le timbre de Verdun. C'était une mère qui répondait à son fils. Je copie littéralement:

«Je t'aimons ben plus, depuis que je te savons auprès de not' fidèle empereur. C'est comme ça que les honnêtes gens font. Je te croyons bien qu'on vient des quatre coins du monde pour le voir, car ici l'on est venu des quatre coins de la ville pour lire ta lettre, et qu'un chacun disiont que t'es un homme d'honneur. Les Bourbons ne sont pas au bout et nous n'aimons pas ces messieurs. Le Marmont a été tué en duel par un des nôtres, et la France l'a divorcé. Je n'avons rien à t'apprendre, sinon que je prions Dieu et que je faisons prier ta soeur pour l'Empereur et Roi.»

Cette lettre fut lue et relue dans les casernes et hors des casernes: elle eut les honneurs de la renommée. L'Empereur voulut la connaître; il la fit demander. Lorsqu'on la lui présenta, il était dans son parterre, et plusieurs personnes l'entouraient. Le brave capitaine Raoul lut à haute voix, l'Empereur le fit répéter, tout le monde riait. L'Empereur était le seul qui ne riait pas. Lorsque la seconde lecture fut terminée, l'Empereur prit la parole et dit: «Cette lettre n'est pas risible, quoiqu'elle ne soit pas écrite en style d'accadémie (sic), et elle m'en apprend plus que les journaux.»

Puis l'Empereur fit appeler le grognard, il le reçut avec affection, et, en lui donnant quelques napoléons, il lui adressa ces paroles: «Tu diras à ta mère que je la remercie de ses bons sentiments pour moi.»

Je ne crois pas que l'Empereur ait jamais appelé un soldat sans lui donner quelque chose; il avait souvent la main à la poche, et sa poche était toujours en mesure de parer à l'imprévu. Néanmoins il n'en appelait pas souvent, sans doute pour ne pas les habituer à compter trop facilement sur sa bourse; il voulait que le soldat pût être fier du motif qui l'avait fait appeler. Ordinairement ce que l'Empereur donnait à l'un devenait à table le partage de tous.

Presque immédiatement après le grognard de la lettre de Verdun, l'Empereur put se procurer quelques nouveaux moments de jouissance en parlant à un autre grognard.

J'ai dit que sur la porte de mer il y avait une grande terrasse qui avait servi à la garde impériale pour donner son banquet. J'ai dit aussi que, pour l'agrément de ma famille, le général Drouot, du consentement de l'Empereur, m'avait permis d'ouvrir une porte qui donnait sur le chemin de ronde, et que je pouvais ainsi faire à volonté le tour des remparts. Nous faisions ordinairement notre promenade de la soirée sur la terrasse de la porte de mer. Il y avait à cette porte un poste de la garde sur lequel nous planions et dont nous pouvions entendre toutes les conversations: je ne m'en faisais pas faute. Rien n'était plus divertissant que les récits de ces braves; ils faisaient une géographie à leur convenance, mais ils s'égaraient beaucoup moins lorsqu'ils parlaient stratégie. Plus d'une fois ils disaient d'excellentes choses; ils jugeaient parfaitement les généraux. Leurs biographies auraient été de fort bons matériaux pour l'histoire militaire de l'Empire. Tous voulaient que l'action principale des affaires auxquelles ils avaient pris part se fût passée sur le point où ils se trouvaient. Dès qu'il y avait controverse, un brouhaha assourdissant commençait, et de ces débats de corps de garde s'échappaient des étincelles de vérité que l'on aurait peut-être cherchées en vain dans les discussions des régions sociales les plus élevées. C'était plus particulièrement un caporal marseillais qui pérorait; lorsqu'il était de garde, je me passais du théâtre et je n'y perdais pas. Un jour il parla du retour en France: c'était la première fois que j'entendais manifester une opinion à cet égard. Je fus fort étonné: j'écoutai avec une grande attention. Il y avait vingt projets en délibération, mais il n'y en avait aucun pour traverser la Provence. La Provence était un pays de répulsion pour la garde, même de la part des Provençaux qui en faisaient partie. C'est que le souvenir des dangers qui avaient menacé l'Empereur faisait encore palpiter tous les coeurs. Le caporal marseillais tenait le haut bout, il avait une réponse prête pour chaque objection. Enfin, il l'emporta. Voici son plan:

«L'Empereur fait courir le bruit qu'il veut reprendre l'Égypte. Ceux qui sont aux Tuileries sont contents de notre éloignement; ils en rient: c'est bon. On donne le signal du départ; nous mettons à la voile: c'est bon. L'Empereur ne s'est pas endormi; tout est préparé pour nous recevoir, pour nous seconder: c'est bon. Nous nous ravitaillons à Malte, nous y prenons des galères si nous en avons besoin: c'est bon. Nous débarquons sur les bords du Danube, un peu plus haut ou un peu plus bas: c'est bon. Constantinople est dans le secret, il ferme les yeux, on dirait qu'il ne voit pas, qu'il ne sait rien: c'est bon. Alors nous marchons en avant, drapeau déployé, en colonne serrée: c'est bon. Les Grecs viennent nous joindre, les Moldaves et les Serviens aussi: c'est bon. Nous prenons Belgrade s'il le faut, nous nous y reposons: c'est bon. Les Hongrois nous attendaient pour s'insurger contre les Autrichiens; ils se sont insurgés, ils marchent sous nos drapeaux, car les Hongrois et les Autrichiens, c'est comme l'eau et le feu: c'est bon. Notre armée a grossi, nous remontons le Danube: c'est bon. Mais ce n'est pas tout. Une armée polonaise s'est mise en route de Varsovie, pour venir à notre rencontre; cette armée est la soeur de notre armée, vous savez, et au signal, nous nous trouvons ensemble sous les murs de Vienne: c'est bon. Vienne est cernée: elle met le pouce, et voilà qu'elle est encore à nous: c'est bon. De la capitale de l'Autriche à notre capitale nous connaissons la route et nous la faisons les yeux bandés: c'est bon. Nous voilà de retour à Paris, ceux des Tuileries ont filé, et les Parisiens crient: «Vive l'Empereur!» C'est bon!»

Je pris tant de plaisir à entendre ce caporal que je l'aurais écouté toute la nuit. J'écrivis de suite le résumé de ce qu'il avait dit, et le lendemain bon matin, je portai ce résumé à l'Empereur.

L'Empereur le lut avec avidité. Lorsqu'il eut fini de le lire, il s'écria: «C'est bon!» et, m'adressant la parole, il me remercia de cette communication et il me dit: «Il n'y a vraiment que des soldats français capables d'une telle imagination.» Il ajouta: «Je devine l'auteur de ce plan. C'est un Provençal qu'on appelle le lettré. Je l'enverrai chercher.» Je parlai à l'Empereur de mes jouissances de la Porte de terre. Il me fit longuement répéter tout ce que j'avais retenu: cela ne m'étonna pas. Ce langage libre de camarade à camarade l'initiait à la pensée de ses braves, et il savait à quoi s'en tenir sur leur compte. Il fit venir le caporal marseillais. Ce Carnot improvisé faisait tinter l'intérieur de son gousset en sortant de chez l'Empereur. Le général Drouot m'assura que cette petite anecdote avait extrêmement amusé l'Empereur. Quelques jours après, l'Empereur, en dînant, parla beaucoup de ce plan, et il n'en oublia pas un seul mot.

III

DÉPART DE L'ÎLE D'ELBE.

L'île d'Elbe jouissait de sa félicité présente, des espérances d'une plus grande félicité future: tout lui souriait, et elle touchait au veuvage de son bonheur.

Le fatal congrès de Vienne, tandis qu'il faisait la traite des peuples, avait à l'instigation de l'Angleterre et des agents des Bourbons agité la question d'envoyer l'empereur Napoléon à Sainte-Hélène, et l'Empereur n'avait pas tardé à être instruit de cette infamie.

La nouvelle avait transpiré: les Elbois en étaient bouleversés, on aurait dit qu'ils voulaient de suite marcher à l'ennemi. L'Empereur paraissait calme, mais ce calme était silencieux, et cela seul prouvait qu'il n'était qu'apparent.

Enlever l'Empereur de l'île d'Elbe n'était pas une entreprise sans danger, et la Sainte-Alliance aurait eu peine à y parvenir par la force. La garde impériale était dévouée, le peuple elbois ne le lui cédait point: ils formaient un rempart presque indestructible.

L'administrateur général des mines s'était rendu auprès de l'Empereur, et, avec une profonde émotion, il lui avait demandé si ce qu'on disait des grandes puissances avait quelque fondement. Sa Majesté lui avait répondu en l'interrompant: «Elles ne le feront pas. Sainte-Hélène est trop près des Indes.» Ensuite, prenant cet air des champs de bataille qui tant de fois avait imposé des lois à la victoire, il avait ajouté: «Et d'ailleurs, nous pouvons ici nous défendre pendant deux ans.»

À dater de cette époque, la conduite de l'Empereur prit une autre direction, et en l'observant il était permis de penser que Sa Majesté ne se croyait plus liée par le traité de Paris qui le reconnaissait souverain de l'île d'Elbe. Sa Majesté avait raison: en effet, la Restauration n'exécutait du traité de Paris que les clauses et conditions qui lui étaient avantageuses, et elle repoussait celles qui avaient été stipulées en faveur de l'empereur Napoléon.

Ainsi la Restauration refusait de payer les subsides auxquels ce traité donnait un droit incontestable. Dès lors, l'empereur Napoléon ne pouvait pas se maintenir dans l'état social que le traité de Paris avait voulu lui constituer. L'engagement des subsides détruit, tous les engagements étaient détruits, et dans cette position insoutenable il fallait nécessairement en revenir au droit du plus fort.

Mais il y avait encore autre chose: la vie de l'Empereur était ou semblait être sans cesse menacée. C'était en vain que Sa Majesté affectait de ne pas croire aux tentatives d'assassinat; son incrédulité ne faisait pas des incrédules.

L'Empereur n'était pas seulement tracassé dans la possession souveraine de l'île d'Elbe, mais il l'était encore dans ses proches dont on séquestrait les propriétés, dans ses amis dont on faisait des parias, et dans ses affections les plus chères dont on punissait les sympathies.

L'Empereur était surtout affligé de ce que la Restauration se prêtait complaisamment à ce que la France fût traitée comme une colonie anglaise, russe, autrichienne, prussienne, et dans sa douleur il répétait: «Il n'y a plus de sang français dans les Bourbons.» Sa Majesté répétait également: «On me reproche d'avoir abandonné la patrie. On a peut-être raison.»

Dans cet ensemble de choses graves, il y avait plus de motifs qu'il n'en était nécessaire pour en appeler à la décision suprême de la nation française, et c'est à quoi l'Empereur se décida.

L'Empereur ne rompait pas de ban en quittant l'île d'Elbe: il était souverain, et rien ne limitait les droits de sa souveraineté; il pouvait faire la paix et la guerre; il pouvait surtout prendre les armes contre ceux qui tentaient de détruire son existence, et, assassinats à part, c'était détruire son existence que de refuser l'exécution du traité de Paris.

En fait, comme en droit, par la non-exécution du traité de Paris, le roi de France rétablissait l'empereur des Français, et en le rétablissant il se mettait en état d'hostilité contre lui.

C'était le roi Louis XVIII qui déclarait la guerre à l'empereur Napoléon. D'un côté était le pouvoir national, de l'autre les baïonnettes étrangères.

L'empereur Napoléon, convaincu que l'on ne lui payerait pas les subsides qui étaient une des conditions expresses de son abdication, convaincu qu'il y avait le projet de le faire assassiner, convaincu qu'à défaut d'assassinat les grandes puissances poussées par les Anglais et par les Bourbons voulaient aggraver son sort, et par-dessus tout convaincu que la France était antipathique à la prétendue Restauration, décida cette marche immortelle qui, dans quelques jours, le fit passer du trône elbois au trône français.

Dès que Sa Majesté fut décidée à cette vaste entreprise, elle se fit un plan de conduite, et, tout en ne paraissant occupée que de se consolider à l'île d'Elbe, elle préparait ce qui était nécessaire pour faire voile vers la terre sacrée.

L'Empereur accordait sa confiance à l'administrateur général des mines; le moment était venu où Sa Majesté devait lui en donner une grande preuve. Ce fonctionnaire avait été marin: l'Empereur lui adressa directement et confidentiellement une lettre dans laquelle il le chargeait de lui faire un rapport «sur les moyens d'organiser une flottille expéditionnaire». L'administrateur général pouvait être étonné de ce que Sa Majesté s'adressait plutôt à lui pour cet objet tout spécial qu'aux officiers de marine qui l'entouraient, et néanmoins il fit le rapport.

Une «flottille expéditionnaire»! c'était dire: «Je veux partir!» L'administrateur général des mines le comprit ainsi, et, entraîné par cette pensée, il mit dans son rapport cette phrase hasardée: «Et si le ciel enfin plus juste conduisait Votre Majesté à de nouvelles destinées, sans doute nous débarquerions sur un rivage ami»; phrase que l'Empereur laissa passer sans faire aucune observation, quoiqu'elle lui fût la preuve caractérisée que l'administrateur général des mines avait pénétré le secret du départ. Seulement Sa Majesté lui recommanda un silence absolu.

Ce premier projet de flottille expéditionnaire resta sans exécution.

On n'avait pas fait cesser les travaux: toutefois, on ne faisait que des travaux lents, surtout peu coûteux, et qui par leur fracas pouvaient occuper les regards inexpérimentés de la multitude. Les étrangers devaient surtout y être trompés.

Ensuite l'Empereur faisait résonner à toutes les oreilles le mot «économie», et il prêchait d'exemple. Il avait réduit sa table, la table de la cour, et tout ce qui n'était pas absolument indispensable à son système de représentation auquel il tenait ou semblait tenir.

Jusque-là les journaux français n'étaient pas répandus dans l'île, l'on y connaissait tard les nouvelles publiques; mais alors les journaux circulèrent, on sut régulièrement ce qui se passait sur le continent. L'Empereur parlait sans gêne de la situation de la France, des fautes que faisait la Restauration, de l'abaissement auquel on réduisait la nation française. Il s'indignait surtout de ce que Louis XVIII avait reconnu tenir sa couronne d'un prince anglais. Sa Majesté Impériale connaissait bien le caractère personnel de tous les princes de la branche aînée des Bourbons, l'esprit sans coeur de Louis XVIII, le coeur sans esprit du comte d'Artois, la bonhomie inoffensive du duc d'Angoulême et les emportements soldatesques du duc de Berry. Elle connaissait aussi la branche cadette...

Toutes les prédictions de l'Empereur se sont accomplies.

L'empereur Napoléon ne parlait des Bourbons que d'une manière digne. Jamais une parole déplacée n'échappait à son langage le plus animé. Pourtant il connaissait tous les propos désordonnés que l'on se permettait aux Tuileries.

Un sot se présenta à Porto-Ferrajo, et ce sot portait à sa boutonnière un lys qu'il paraissait afficher avec une ostentation insultante. L'inconvenance provocatrice était au moins grossière. Ce chevalier du lys fut bientôt appelé au champ d'honneur: il paraîtrait que sa bravoure n'était pas égale à son étourderie,--on le disait du moins. L'Empereur interposa son autorité pour qu'on ne tirât pas l'épée. Sa Majesté blâma les susceptibilités qui s'étaient trop facilement irritées. Cependant, le malencontreux porteur du lys dut partir.

L'Empereur dit à l'occasion de ce petit événement: «La France de la Restauration est à la France de l'Empire ce que le Lys est à la croix de la Légion d'honneur.» Et cette comparaison fit une grande impression. Alors la croix de la Légion d'honneur était encore vierge de ces distributions honteuses et multipliées qui l'ont ensuite jetée sur des poitrines où elle n'aurait jamais dû se trouver.

Les correspondances particulières occupaient aussi l'esprit de l'Empereur: il témoignait le désir qu'on lui communiquât ce qu'il y avait de relatif aux affaires du temps. Quelquefois il y trouvait des paroles de blâme; alors il discutait pour se défendre. Mais la correspondance générale lui garantissait les sympathies et les voeux de la France pour son retour. Les lettres aux grognards faisaient souvent rire beaucoup de monde, et c'étaient ces lettres dont Sa Majesté se plaisait à commenter le langage.

Les bâtiments de transport attachés aux mines de Rio étaient aussi un grand moyen de relation intime avec le continent italien, et par l'intermédiaire de l'administrateur général, l'Empereur en profitait. Les mines elboises fournissaient le minerai à toutes les usines qui fabriquent le fer dans les États napolitains, dans la Romagne, dans la Toscane, dans la Ligurie, et des bâtiments riais étaient sans cesse à Naples, à Civita-Vecchia, à Livourne, à Gênes, ainsi que dans les ports intermédiaires entre ces villes maritimes.

Le pavillon elbois était un objet d'extrême curiosité pour tous les peuples. Partout l'on accourait pour le voir, pour parler à des gens qui avaient pu approcher l'Empereur. Les capitaines de navires avaient ordre de tout observer.

Lucien Bonaparte était propriétaire de grands fourneaux. Les capitaines riais rendaient compte que c'était chez lui où l'on trouvait les ennemis les plus implacables de l'empereur Napoléon. Lucien Bonaparte!... républicain démocrate en France, prince despote à Canino, et qui, tour à tour législateur, ministre, ambassadeur, poète, historien, ne put jamais, malgré l'influence de son nom, s'élever en rien au-dessus des médiocrités de son époque.

L'empereur Napoléon serait mort sur le trône s'il n'avait pas eu des frères et des soeurs... Cependant, nous faisons une honorable exception en faveur de la princesse Pauline. Le dévouement de cette princesse fut toujours exemplaire. Nous en disons autant de Madame Mère; elle se montra digne de son auguste fils.

La princesse Pauline avait opéré un rapprochement entre l'empereur Napoléon et le roi Murat. Il paraîtrait que de ce rapprochement était résulté un traité d'alliance offensive et défensive d'après lequel l'île d'Elbe était cédée aux Deux-Siciles. Nous avons été possesseur d'une lettre du roi de Naples écrite de sa main, dans laquelle ce prince rapportait les clauses et conditions de cette cession.

Les agents allaient et venaient de Porto-Ferrajo à Naples. L'Empereur jetait un voile sur les négociations: le voile était transparent.

L'administrateur général des mines avait été deux fois envoyé en Toscane. Ensuite l'Empereur lui avait dit de se «préparer à faire le voyage de Vienne».

Le brick l'Inconstant et l'aviso l'Étoile étaient presque toujours à la voile.

N'oublions pas que l'Empereur avait précédemment chargé l'administrateur général des mines de lui faire un rapport sur l'organisation d'une flottille expéditionnaire, que ce projet n'avait pas eu de suites. Mais tout ce que l'Empereur faisait depuis lors se rattachait plus ou moins à la pensée qui avait voulu préparer les bâtiments légers pour exécuter ce qu'on appela vulgairement un coup de main.

L'administrateur général des mines était prêt à partir dès qu'il lui serait ordonné de se rendre en Autriche, quand l'Empereur, se confiant entièrement à lui, lui dit qu'il était question d'un tout autre voyage, et, sans réticence, il lui demanda s'il ne serait pas possible d'avoir constamment en disponibilité quatre bâtiments riais dont on pourrait se servir à tout moment. L'administrateur général répondit que «oui». Après avoir beaucoup étudié, beaucoup médité, rien n'a pu nous donner le moindre indice que, pour les préparatifs matériels de son retour en France, l'Empereur se fût adressé à toute autre personne qu'à l'administrateur général des mines: distinction honorable dont il est permis de se glorifier à tout jamais!

Et tandis que les instructions données par l'Empereur étaient religieusement exécutées, que Sa Majesté touchait au grand événement qui devait étonner le monde, une visite extraordinaire vint pendant quelques moments jeter la confusion dans Porto-Ferrajo.

L'Empereur était depuis deux jours à Marciana. Sa Majesté avait pris peu de suite.

Un bâtiment arriva à Porto-Ferrajo après le soleil couché, et, contre l'usage, il fut admis à libre pratique. Ce bâtiment avait à bord une dame polonaise, mère d'un enfant de l'Empereur, et cette dame débarqua aussitôt. La dame polonaise portait dans ses bras un enfant charmant, et cet enfant, costumé comme le roi de Rome, répétait facilement les paroles que déjà l'opinion avait attribuées au roi de Rome. Bientôt, pour la garde impériale comme pour les habitants de l'île d'Elbe, la mère et l'enfant furent l'impératrice Marie-Louise et le roi de Rome. Personne ne doutait de cela, pas même les personnes qui avaient vécu aux Tuileries.

Le nouvel hôte voulut sur-le-champ se rendre auprès de l'Empereur, il partit de suite. Cette dame avait facilement deviné l'erreur dont elle était l'objet; elle ne se prêtait pas directement à la nourrir, elle ne faisait rien pour la détruire. Ainsi, elle ne disait pas qu'elle était l'Impératrice, mais, après avoir dit «le fils de l'Empereur», elle ajoutait «mon fils», et il n'en fallait pas davantage pour faire croire que l'Empereur avait retrouvé sa compagne. La chose était d'autant plus probable que maintes et maintes fois l'on avait annoncé l'arrivée prochaine de Marie-Louise.

La dame polonaise resta trente-six heures avec l'Empereur: pendant ce temps l'Empereur ne voulut recevoir personne, et l'isolement fut absolu. Mais après trente-six heures la dame alla s'embarquer à Longone pour retourner sur le continent, et elle partit par un coup de vent tel que les marins craignaient avec raison qu'il n'y eût danger imminent pour elle. Elle ne voulut écouter aucune représentation: l'Empereur envoya un officier d'ordonnance pour faire retarder le départ de l'intrépide voyageuse; elle était en pleine mer. On fut dans l'anxiété jusqu'à ce que l'on eut appris son arrivée à bon port.

La beauté de la dame polonaise était allée droit au coeur du colonel Campbell: l'envoyé anglais soupirait et faisait assidûment parler ses soupirs. Ce fait n'est pas aussi futile qu'on pourrait d'abord le penser: il eut beaucoup d'influence sur le relâchement de la surveillance britannique. Nous croyons que l'Empereur lui avait donné une place dans sa combinaison.

À peu près à la même époque, plus tard cependant, l'Empereur eut également la visite de M. Fleury de Chaboulon, qui dans le temps avait été attaché au secrétariat impérial et que Sa Majesté revit avec intérêt. On a cru que M. Fleury de Chaboulon avait décidé le départ de l'île d'Elbe: on s'est trompé, beaucoup trompé. Cet ancien employé impérial était parti de Paris au commencement de novembre, il arrivait à Porto-Ferrajo vers la fin de février: c'était près de quatre mois qu'il avait mis en route. Quatre mois, dans un temps de fièvre politique, quand chaque jour les hommes et les choses recevaient de nouvelles impulsions, équivalaient à quatre siècles, et lorsqu'il aborda l'Empereur, M. Fleury de Chaboulon ne pouvait lui apprendre que des vieilleries, il ne savait rien de ce qui se passait alors en France. L'Empereur était bien mieux instruit que lui. M. Fleury de Chaboulon a écrit longuement à cet égard: ce n'est ici ni le temps ni le lieu de commenter un ouvrage que l'Empereur a blâmé. Peut-être que M. Fleury de Chaboulon ne fut pas le maître de dire toute la vérité; il l'aurait dite plus tard, nous en sommes convaincu. Mais nous devons assurer que lorsque M. Fleury de Chaboulon arriva à Porto-Ferrajo, l'expédition était prête, et que ce n'est pas lui qui fit hâter la mise en mer.

L'Empereur fit partir M. Fleury de Chaboulon pour Naples: un bâtiment riais fut mis à sa disposition.

Le même jour, Sa Majesté envoyait M. J... en France. M. J... était Corse, mais infiniment moins que ne le sont ordinairement ses compatriotes; il n'arriva à Paris qu'après l'Empereur, et il était permis de penser que son retard avait été volontaire.

L'heure du départ allait sonner... Et l'Empereur venait d'assigner un terrain inculte à chaque compagnie de la garde pour que la compagnie le cultivât, l'embellît et lui donnât son nom! Et les grognards rivalisaient de zèle, de goût, allant partout quêter des arbres et des fleurs qu'on se plaisait à leur prodiguer, faisaient des merveilles que Le Nôtre n'aurait pas désavouées! Et les Elbois qui se pâmaient d'aise en voyant les miracles des soldats agriculteurs! Et la princesse Pauline qui allait encourager et récompenser les braves! Les terrains étaient contigus; leur ensemble devait former un parterre impérial.

Les bâtiments riais destinés à faire partie de l'expédition étaient à Longone où ils chargeaient des munitions et des approvisionnements de guerre, et l'administrateur général des mines avait reçu l'ordre de les faire rentrer à Porto-Ferrajo. Mais au moment où ces bâtiments sortaient du port, la frégate anglaise, sur laquelle était le colonel Campbell, débouchait à l'est du canal de Piombino, ayant le cap sur le mont Argental, et l'Empereur instruit de ce contretemps prescrivait à l'administrateur général des mines de faire retourner les bâtiments riais à Longone, ce qui n'était plus possible sans s'exposer aux soupçons de l'Argus britannique. L'administrateur prit un autre parti: il écrivit au colonel Campbell «pour l'inviter à un grand dîner qu'il devait donner la semaine suivante». Une embarcation fut dépêchée pour porter l'invitation confiée à un employé intelligent; le colonel demanda où allaient les bâtiments qui étaient à la voile. L'administrateur avait prévu cette demande: l'employé répondit que ces bâtiments allaient charger du minerai pour la Romagne. Plus ne fut dit, la frégate anglaise continua sa route, les bâtiments riais suivirent la leur.

La frégate anglaise ne pouvait pas empêcher le départ si elle venait mouiller sur la rade de Porto-Ferrajo (car alors on l'aurait certainement faite prisonnière), mais elle pouvait attendre en pleine mer, et, dans ce cas, malgré que tout le monde fût bien décidé à se sacrifier, l'expédition n'était pas de force à surmonter un pareil obstacle. De toutes les manières possibles, c'eût été une perturbation effroyable, et le sang aurait coulé en abondance.

Le 25 février, l'ordre fut donné de réunir par compagnie les effets de campement, et, cet ordre ayant été mal compris, les effets de campement furent portés à la caserne. Cette disposition ne troubla pas la qui étude des esprits qui comptaient sur un long repos. Les soldats croyaient que l'Empereur voulait seulement les arracher à l'oisiveté, les faire «trotter» dans l'île; on le croyait comme eux. Cependant l'on était désireux de savoir ce qui allait se passer.

Mais qui dira la journée qui va suivre? Quelle plume assez éloquente en reproduira les émotions? Ah! nous, témoin de ce qui s'est passé; nous, honoré de la confiance de l'Empereur, initié dans ses projets; nous, qui sur les lieux avons éprouvé tous les sentiments qu'un si grand événement inspirait, après vingt années, nous osons à peine prendre le crayon pour en esquisser le souvenir! Et nous sommes peut-être le seul qui puisse en parler avec certitude.

C'était un dimanche, le 26 février. Le soleil s'était levé pur; l'horizon était étendu, le ciel était sans nuage; la brise, prématurément printanière, portait dans la cité le parfum suave des plantes odoriférantes dont le sol de l'île d'Elbe abonde: tout annonçait un beau jour. On avait quitté le foyer avant l'heure ordinaire, on se rapprochait plus facilement, on s'affectionnait davantage. C'était ce certain je ne sais quoi qu'il est impossible de définir.

Toutes les personnes qui avaient le droit d'assister au lever de l'Empereur s'y étaient rendues, et il y en avait même de celles que rien n'autorisait à s'y trouver. L'étiquette subissait aussi l'influence du moment.

L'Empereur parut: on aurait cru qu'on le voyait pour la première fois. Sa Majesté avait beaucoup veillé; ses traits se ressentaient de la fatigue. Son air était grave, mais calme, et sa parole, émue, allait à l'âme. D'abord, l'Empereur, suivant son usage dans ces sortes de cérémonies, commença par des questions oiseuses, et tout à coup, se laissant aller à l'émotion qui le maîtrisait, il annonça son départ. Ce n'était pas la foudre qui venait de tomber; mais on avait cru l'entendre, et la stupeur était profonde. L'Empereur rentra dans son cabinet; l'assemblée se sépara; aussitôt le cri général fut: «L'Empereur s'en va!» Mais où allait-il, cet Empereur? C'est ce que Sa Majesté avait laissé couvert d'un voile mystérieux. Et chacun de faire son plan: l'extravagance avait un air de raison, la raison ressemblait à de l'extravagance. Une armée de 673 hommes marchant à la rencontre de toutes les armées de l'Europe! Toutefois, l'opinion n'était pas inquiète. La garde impériale faisait éclater sa joie. Une foule d'Elbois se décidaient à suivre l'homme du destin.

Porto-Ferrajo offrait alors un coup d'oeil dont l'imagination la plus ardente ne pourrait pas même se faire une idée.

L'Empereur nomma un gouverneur général de l'île d'Elbe. L'élu était Porto-Ferrajais, étranger à l'art militaire, et peu au niveau de la tâche qui lui était imposée. Précédemment il n'avait pas pu parvenir à se faire confirmer dans la sous-préfecture de l'île qu'il avait administrée par intérim. Mais c'était le plus influent des Elbois, et il commandait la garde nationale. C'est ce qui avait déterminé la décision de Sa Majesté.

Sa Majesté nomma aussi une junte gouvernementale pour l'île de Corse. Cette junte dut partir en même temps que l'expédition impériale. Les membres qui la composaient étaient tous Corses.

Les adieux commencèrent. Tous les compagnons de l'Empereur allèrent prendre congé de Madame Mère et de la princesse Pauline. Madame Mère était parfaite de noble résignation.

Les plus rudes moustaches ne pouvaient point retenir leurs larmes en entendant les touchantes recommandations que la princesse Pauline leur adressait en faveur de son auguste frère. Il n'y a qu'une soeur bien aimante et bien-aimée qui puisse parler ainsi: nous aurons à citer une foule de paroles remarquables.

Le mouvement était général.

L'embarquement des troupes, des armes, des chevaux, des munitions, des approvisionnements, tout se faisait en même temps avec rapidité, et l'obéissance prévenait le commandement. Mais à mesure que les heures avançaient, Porto-Ferrajo prenait une teinte douloureuse, et c'est facile à concevoir. L'Empereur allait partir, les jeunes gens des meilleures familles s'embarquaient avec lui.... Les pères, les mères, les parent, les amis! Il y avait une part pour chacun dans la séparation qui allait s'opérer. Toutes les émotions du coeur et tous les sentiments de l'âme étaient en présence; on lisait sur toutes les figures, dans tous les yeux; le stoïcisme était impossible, les natures les plus froides se laissaient aller à une sensibilité d'imitation. On ne pleurait pas; on ne riait pas.... Ce n'était ni de la peine ni du plaisir, ni de la joie ni de la douleur, ni de la crainte ni de l'espérance; c'était cette disposition inexplicable de l'esprit qui fait aller au-devant de toutes les impressions, qui donne un empire absolu à chaque impression.

Les rues étaient encombrées. Chaque voyageur partant qui fendait la foule pour se rendre à son poste était moralement brisé par les embrassements, par les adieux, et ces scènes étaient incessantes.

C'est en cet état de choses que l'empereur Napoléon quitta la demeure impériale pour se rendre à bord du brick l'Inconstant.

Il était sept heures du soir: toutes les maisons étaient éclairées; on ne se doutait pas qu'il faisait nuit. L'Empereur monta en calèche découverte; le grand maréchal était à côté de lui. Sa Majesté se dirigea vers le port où le canot impérial des marins de la garde l'attendait. À l'approche de l'Empereur, tout le monde se découvrit, et comme si l'on s'était entendu à cet égard, la population resta un moment silencieuse. Il semblait qu'elle venait d'être frappée de stupéfaction. Mais bientôt une voix fit entendre le mot d'«adieu», et toutes les voix répétèrent: «Adieu»; mais une mère pleura et toutes les mères pleurèrent; et le charme qui avait enchaîné la parole fut rompu, et tout le monde parla à Napoléon. «Sire, mon fils vous accompagne.--Sire, les Elbois sont vos enfants.--Ne nous oubliez pas.--Ici, tout le monde vous aime.--Sire, nous serons toujours prêts à verser notre sang pour vous.--Sire, que le ciel vous accompagne!» Alors l'Empereur était peuple; il comprenait le peuple, et son langage faisait vibrer son coeur. Personne n'était plus touché que lui.

La voiture atteignit lentement à l'embarcadère. Les autorités y étaient réunies depuis longtemps; le maire de Porto-Ferrajo voulut haranguer l'Empereur; les sanglots l'empêchèrent de prononcer un seul mot; alors les sanglots furent universels. Sa Majesté était troublée; cependant elle dit: «Bons Elbois, adieu! je vous confie ma mère et ma soeur... Adieu, mes amis, vous êtes les braves de la Toscane!» Et faisant un effort sur elle-même, elle se jeta presque machinalement dans le canot.

Toutes les embarcations du pays suivirent jusqu'au brick. Le brick appareilla immédiatement; la flottille était déjà sous voile. C'est ainsi que finit le règne impérial de l'île d'Elbe.

Le pinceau historique de M. Baume vient de reproduire d'une manière fort remarquable la scène imposante du départ de l'île d'Elbe, et nous en félicitons bien sincèrement cet artiste.

UN COMPAGNON D'INFORTUNE DE L'EMPEREUR NAPOLÉON

FIN.

NOTES

Notes in this chapter

Note 1 · Note 1: (retour) Aujourd'hui conservés à la bibliothèque de Carcassonne, où ils forment la meilleure part du fonds Peyrusse. Voir le CatalogNote 2 · Note 2: (retour) Voir Correspondance de Napoléon Ier, t. XXVII, et ma publication signalée plus haut.Note 3 · Note 3: (retour) Marcellin PELLET, Napoléon à l'Île d'Elbe, un vol. in-12. Paris, Charpentier, 1889.Note 4 · Note 4: (retour) Les Souvenirs de Foresi ont été publiés par son petit-fils. J'ai publié les notes de Rebuffat (adressées à Pons) sur Porto-Note 5 · Note 5: (retour) Henry HOUSSAYE, 1815, p. 193. Pons, dans son Mémoire aux puissances alliées, parle du «landau impérial».Note 6 · Note 6: (retour) En 1809.Note 7 · Note 7: (retour) «Pons à Barras.»Note 8 · Note 8: (retour) «De la bataille et de la capitulation de Paris, extrait d'un Essai historique sur le règne de l'empereur Napoléon, suivi deNote 9 · Note 9: (retour) Sur M. Cornet Peyrusse on trouvera des renseignements utiles dans un rapport sur la Bibliothèque municipale de Carcassonne,Note 10 · Note 10: (retour) On peut supposer qu'il le sut par les Cormenin, alliés à la famille de G. Peyrusse.Note 11 · Note 11: (retour) La lettre d'envoi est conservée avec les autres papiers de Pons.Note 12 · Note 12: (retour) Aujourd'hui dans la collection d'autographes de la même bibliothèque.Note 13 · Note 13: (retour) C'est par une singulière erreur qu'ils ont été classés dans le fonds Mahul, où Cadier les a laissés.Note 14 · Note 14: (retour) J'en ai publié quelques fragments, les moins dénués d'intérêt, dans diverses revues italiennes.Note 15 · Note 15: (retour) Dans la collection de la Société d'histoire contemporaine.Note 16 · Note 16: (retour) Voir ci-dessous, chapitre XI.Note 17 · Note 17: (retour) Voici la version sacrifiée par Pons: «L'Empereur avait l'air riant:--Vous commentez Télémaque?--Non, Sire, mais je l'expliNote 18 · Note 18: (retour) Voir ci-dessous, deuxième partie, chapitre premier, sous-chapitre V.Note 19 · Note 19: (retour) «Dès qu'il y eut mis pied à terre, le temps devint orageux, si orageux que le brick ne put plus s'approcher de l'embarcadèNote 20 · Note 20: (retour) «L'île d'Elbe au début du dix-neuvième siècle», dans le Bulletin de la Société languedocienne de géographie, 1896 et 1897;Note 21 · Note 21: (retour) Outre l'introduction, Pons a donné aussi dans un des fragments supprimés une sorte de plan général de son ouvrage, qui monNote 22 · Note 22: (retour) Quelques titres et l'arrangement matériel de ces petits cahiers de notes sont dus à M. Cornet-Peyrusse.Note 23 · Note 23: (retour) J'en ai publié quelques-uns il y a plusieurs années dans la Revue rétrospective de M. Cottin.Note 24 · Note 24: (retour) Il doit y avoir là un rapprochement forcé; il est probable que ce n'est qu'après 1815 que Drouot a pu corriger quelques paNote 25 · Note 25: (retour) Les fragments ci-dessous, par exemple, donneront une idée de ces invectives dont j'ai coupé la plus grande partie: «Sans dNote 26 · Note 26: (retour) Voir Revue rétrospective, Documents sur le séjour de Napoléon Ier à l'île d'Elbe.Note 27 · Note 27: (retour) Qu'entendait-il par trois gros volumes? Son manuscrit est sur feuilles séparées; leur masse pouvait à ses yeux représenterNote 28 · Note 28: (retour) Il raconte avec attendrissement, dans son Voyage en Italie, comment il retrouva à Sienne, en 1841, Mlle Enrichetta VantiniNote 29 · Note 29: (retour) Voir ci-dessous, deuxième partie, chapitre premier, sous-chapitre III.Note 30 · Note 30: (retour) Une fois même, soixante-douze heures dans son cabinet, à la préfecture de Lyon, pendant les Cent-Jours.Note 31 · Note 31: (retour) Sur les divers voyages de l'Inconstant, Pons avait eu des notes de l'enseigne Sarri.Note 32 · Note 32: (retour) Biographie des hommes du jour, par Germain Sarrut et B. Saint-Edme, Paris, Henri Krabbe, 1836; extrait avec le titre «PonsNote 33 · Note 33: (retour) La famille de Pons de l'Hérault a aujourd'hui pour chef son petit-neveu, M. Masson, employé de la Compagnie P.-L.-M., à CeNote 34 · Note 34: (retour) Voir ce qu'il en dit ci-dessous, page 221.Note 35 · Note 35: (retour) Il critique assez vivement celle-ci dans son Mémoire aux puissances alliées.Note 36 · Note 36: (retour) Voici ce qu'il dit, dans un fragment inédit, de ses trois Devanciers: «Il y a cependant un Voyage à l'île d'Elbe, par ArseNote 37 · Note 37: (retour) Publié dans la Revue rétrospective.Note 38 · Note 38: (retour) Inédite.Note 39 · Note 39: (retour) Il semble d'ailleurs, à son insistance même, qu'il n'a pas obtenu satisfaction sur ce point. Peyrusse n'avait pas d'ailleuNote 40 · Note 40: (retour) Les uns et les autres n'ont été publiés que tout récemment dans la Revue hebdomadaire et dans la Revue bleue.Note 41 · Note 41: (retour) M. Marcellin Pellet l'a déjà dit. M. Capelletti a bien voulu s'en assurer de nouveau pour moi.Note 42 · Note 42: (retour) Mon ami M. Casanova, archiviste à l'Archivio di Stato, de Florence, y a cependant fait pour moi quelques recherches dont lNote 43 · Note 43: (retour) Cette, Archives municipales. Il ne reste que quelques volumes épars et fragmentaires de ces registres. M. Mouret, archivisNote 44 · Note 44: (retour) Il y a des différences dans les noms propres. Pons appelle Rohan-Mignac la même dame que Mariotti appelle Renard de PolignNote 45 · Note 45: (retour) On ne trouvera ici qu'une allusion à ce fait, qui est raconté tout au long dans l'Ile d'Elbe pendant la Révolution et l'EmNote 46 · Note 46: (retour) Quoique ami du colonel Vincent, Pons s'exprime sur lui avec la plus âpre sévérité: «L'Empereur eut le malheur de trouver àNote 47 · Note 47: (retour) Il refusa toujours de porter le titre de comte de Rio que Napoléon lui avait donné à Paris en 1815 avant de l'envoyer admiNote 48 · Note 48: (retour) Le dernier historien de Cambronne, M. Brunschwig, ne les a pas tous connus.Note 49 · Note 49: (retour) Pons en trace dans le fragment suivant un assez long tableau: «L'organisation générale, civile et militaire était accompliNote 50 · Note 50: (retour) Pons a fait deux fois le tableau des relations de Napoléon avec ces princesses. On n'a pas à attendre de lui de confidenceNote 51 · Note 51: (retour) Mais il fait ici une restriction notable: «Napoléon ne demandait jamais deux fois la même chose, lorsque, après une premièNote 52 · Note 52: (retour) Pons fait retomber sur le colonel Vincent une partie de ces choix malheureux: «Sa Majesté, dit-il, le prit pour son princiNote 53 · Note 53: (retour) Henri HOUSSAYE, 1815, p. 144 et suivantes.Note 54 · Note 54: (retour) «L'idée d'avoir l'Impératrice avec lui à l'île d'Elbe n'était sans doute pas pour l'Empereur une idée de stabilité indéfinNote 55 · Note 55: (retour) «Je m'empare de tout ce qui peut tendre à prouver moralement que les méfaits de la Sainte-Alliance ont fait partir l'EmperNote 56 · Note 56: (retour) Rien ne confirme la fameuse invention des fromages évidés dans l'intérieur desquels auraient circulé, de Marseille à PortoNote 57 · Note 57: (retour) Il faut cependant observer qu'il dit le dimanche 6 février, et que le 6 février de l'année 1815 n'était pas un dimanche, mNote 58 · Note 58: (retour) Comme nous l'avons déjà dit, Sa Majesté avait déjà décidé que le drapeau serait blanc, traversé diagonalement d'une bande Note 59 · Note 59: (retour) Plusieurs de ces embarcations étaient remplies de musiciens qui jouaient des airs analogues à la circonstance. On remarquaNote 60 · Note 60: (retour) Comme le prouve entre autres choses la lettre que je transcris ici. J'avais dû faire deux rapports financiers à l'EmpereurNote 61 · Note 61: (retour) M. Vauthier, employé à Florence dans l'administration militaire, sous les ordres de l'ordonnateur Mazade, se rendit à l'îlNote 62 · Note 62: (retour) Il y avait quelque chose tout à la fois d'admirable et d'incompréhensible dans les discussions que l'Empereur soulevait; iNote 63 · Note 63: (retour) Le jour du départ de l'île d'Elbe, M. Noisot était commissaire pour le bal qui devait avoir lieu chez l'Empereur le jour mNote 64 · Note 64: (retour) Le capitaine Mompez voulait quitter l'île et avait déjà pris congé de ses camarades, par la raison que l'Empereur n'avait Note 65 · Note 65: (retour) Ces paroles de l'Empereur lui étaient dictées par les prétentions d'un grand nombre des officiers ou des personnages corseNote 66 · Ce fut encore un événement fâcheux pour l'Empereur. Lorsqu'on lui en fit le rapport, il dit avec un sentiment d'amertume: «Il vaudrait encor
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