APPENDICE.
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Le comte Alfieri, né à Asti, en 1749, mort à Florence, en 1803, a laissé vingt-deux tragédies.
Filippo, 1789 ; scène, le palais de Madrid ;
Polinice, 1789 ; le palais royal de Thèbes ;
Antigone, représentée à Rome, en 1782 ; le palais de Thèbes ;
Virginie ; le Forum, à Rome ;
Agamemnon ; le palais d’Argos ;
Oreste ; idem ;
Rosmunda ; le palais des rois lombards, à Pavie ;
Octavie ; le palais de Néron, à Rome ;
Timoléon ; lieu de la scène, la maison de Timophane, à Corinthe ;
Mérope ; le palais de Mécène ;
Marie-Stuart ; le palais d’Édimbourg ;
La Conjuration des Pazzi ; le palais du Gouvernement, à Florence ;
Don Garcia ; le palais de Côme Ier, à Pise ;
Saül ; le camp des Israélites, à Gelboë : tragédie mêlée de musique ;
Agis ; le Forum, et ensuite la prison publique de Sparte ;
Sophonisbe ; le camp de Scipion, en Afrique ;
L’Ancien Brutus ; le Forum ;
Mirrha ; le palais de Cynire, à Chypre ;
Brutus Second ; le temple de la Concorde, et la Curie de Pompée, à Rome ;
Alceste Première, traduite du grec ;
Alceste Seconde ;
Cléopâtre, première tragédie de l’auteur, retrouvée depuis sa mort.
Comme le grand Corneille, Alfieri a fait l’examen de chacune de ses pièces. L’édition complète de ses œuvres a 39 volumes in-8o ; à Padoue, chez Bettoni.
Je supplie que l’on ne juge pas de ces chefs-d’œuvres par la traduction française qu’on vend à Paris : c’est le perruquier du coin traduisant Tacite.
Je viens de passer la soirée avec une douzaine d’enthousiastes du Dante, qui me l’ont gâté de toutes leurs petitesses. Ils voient tout dans le Dante, par exemple, une plus grande variété de caractères que dans Shakespeare. Ils criaient à tue-tête, et tous ensemble. Ici tout ce qui peut être quelque chose est imitateur du Dante. Jamais engoûment ne fut moins absurde ; mais son style sublime encourage le défaut qui corrompt toute l’Italie : une misérable enflure vide de pensée.
On voit que la même cause de décadence règne à peu près également des deux côtés des Alpes. Chez nous, l’influence tendre et niaise des souvenirs gothiques ; en Italie, l’enflure énergique et républicaine des souvenirs romains. On nous prêche les rogations et leurs touchantes processions ; en Italie, c’est la honte d’être asservi par les Barbares.
Au reste, mes Italiens m’ont fort bien prouvé que, comme style tragique, le Dante est souvent fort supérieur à Racine. — Quoi donc, on aurait eu meilleur goût à Florence, en 1300, qu’à la cour de Louis XIV, en 1660 ? — Oui, par la simple raison que Florence était vertueuse et républicaine, et qu’il fallait être spirituellement bas à la cour du grand roi[81].
— Chose évidente pour moi, les êtres qui sentent la musique sont séparés par l’immensité, de nos littérateurs élèves de l’Université de Paris.
Plus un Français est aimable, moins il sent les arts.
Manque de chaleur et affectation, voilà ce qu’on trouve en musique dès qu’on quitte l’Italie.
LE SOLDAT ITALIEN, ÉTUDE.
Je remarquai près d’Osimo un homme couvert de haillons, mais d’une taille magnifique, qui travaillait dans un champ. La fierté et la force de ses mouvemens annonçaient un militaire. En effet c’était un sergent de grenadiers du 8e d’infanterie, presque tout composé de Romains. Il était élève en sculpture ; il déserta, fut pris, et allait être condamné au boulet, lorsqu’il fut sauvé par l’intendant de la couronne, à Rome, un des hommes les plus faits pour faire chérir le nom français. Je passe cinq heures avec mon grenadier ; je voulais voir l’intérieur de ces cerveaux italiens qui ont connu la gloire, quoique fils de la superstition. Il me montre, dans sa chaumière, son uniforme entier ; il met du blanc sur sa bufleterie, tous les dimanches. Plutôt que d’user la moindre partie de son uniforme, il aime mieux paraître couvert de haillons, et les jambes nues et brûlées du soleil, comme tous les paysans italiens. J’acquiers sa confiance, en me supposant à toutes les batailles où il s’est trouvé. — Le courage français est une transformation de la vanité. Ce motif n’existant pas en Italie, il est remplacé en grande partie par la colère ; et, après le combat, ils viennent souvent jusqu’au milieu de leurs officiers égorger les prisonniers. Les blâmerai-je ? Non ; je vois seulement qu’ils n’ont eu ni Louis XIV, ni chevalerie. Du reste, un revers les irrite au lieu de les décourager. — J’ai occasion de présenter à mon grenadier un Anglais de ma connaissance. Je vois bien distinctement que le sentiment des Anglais, à notre égard, est la jalousie de l’infériorité qui se connaît. Ils méprisent souverainement les Allemands, les Italiens, les Espagnols. Au contraire, les moindres détails sur la France leur sont précieux, et ils blâment avec hypocrisie et rage concentrée les mêmes choses qu’ils portent aux nues un instant après, lorsqu’elles sont présentées en thèse générale. — Mon Anglais, par exemple, accablait les Italiens du plus outrageant mépris, parce qu’au moral ce sont les fils de la France. Il parle de leur superstition. — Ignorez-vous, monsieur, qu’à Londres il paraît vingt ouvrages de théologie par semaine ? C’est plus que dans toute l’Italie. — L’Italie a les yeux sur la France, et il sera bien difficile de l’empêcher de régler ses mouvemens sur ceux de cet heureux pays. Mon soldat me fait les questions les plus détaillées sur nos généraux.
LA SOCIÉTÉ, A ROME.
J’ai passé la soirée du jeudi avec le C** N***. C’est un homme très-pieux et d’infiniment d’esprit. Il me dit qu’il n’a plus retrouvé la Rome de sa jeunesse.
Il paraît que, sous Pie VI, qui, à la cruauté près[82], a été le Louis XIV de ce pays-ci, on s’amusait beaucoup. La converzazione de la princesse Santa-Croce, connue à Paris par ses diamans, et celle de notre aimable cardinal de Bernis étaient des centres d’activité. Les Romains sont bien loin de cet heureux temps.
La société est une fleur de plaisir qui ne peut naître que lorsque l’eau de la source, troublée par la tempête des révolutions, a déposé le limon de l’esprit de parti, et repris peu à peu sa première transparence. Le Pape a hérité de l’excellente armée de N***. Les officiers, fiers des grandes choses qu’ils ont vues, n’ont plus ce respect servile pour le moindre Monsignore. Les princesses romaines préfèrent un colonel à un C***. Les sarcasmes des philosophes donnent des mœurs à ceux-ci. Leurs maîtresses ne sont plus citées dans la Gazette à la main[83]. Le peuple n’a plus cette aveugle soumission, parce qu’il n’y a plus de faste. Deux mauvais chevaux attelés à un carrosse à train rouge, voilà le luxe d’un cardinal[84] ; autrefois leurs maisons effaçaient celles des princes.
Le Cardinal N*** m’a invité à une cérémonie qui m’a fort amusé. Le jeune prince Rus***, âgé de vingt-deux ans, ancien aide-de-camp de Joachim a été touché de la grâce, s’est fait prêtre, et j’ai assisté à sa première messe, après laquelle son père et sa mère ont été admis à l’honneur de lui baiser la main. Cette affaire a étonné. La révolution des mœurs dure encore à Rome ; on ne sait pas trop ce qu’on fera[85]. En attendant, la défiance ferme toutes les maisons, et il y a moins de société, infiniment moins qu’à Padoue. Sans les jolis bals de Milady ***, les étrangers auraient été réduits à faire des whists entre eux. Le banquier Torlonia, duc de Bracciano, a bien donné quelques fêtes ; mais l’escompte des billets de Banque a paru cher à plusieurs Anglais, et rien ne ressemblait moins aux converzazioni du cardinal de Bernis. Dans la bourgeoisie, certains espions volontaires glacent tout. Il y a un cabinet littéraire chez l’imprimeur Cracas, au Cours. C’est là que nous nous donnions rendez-vous. Mais nos amis romains, quoique brûlant de lire la Gazette de Lugano, et le Constitutionnel, n’osaient s’y hasarder. Le Gouvernement approuve cet établissement : on dit même qu’il l’a conseillé ; mais certaines gens qu’on m’a fait voir, s’y rendent assidûment, et prennent des notes sur les personnes qui viennent, pour les dénoncer dans un meilleur temps. J’ai vu un Romain se faire apporter les Gazettes le soir ; son domestique allait les prendre dans une rue écartée, et ce descendant des Fabius mettait le plus grand soin à ce qu’on ne découvrît pas son stratagème.
A Naples il y a aussi un cabinet littéraire Cda San Giacomo ; mais l’abbé Taddei, qui fait la Gazette du pays, et qui prouve trois fois par mois, que nous sommes tous des Marat et des Robespierre, a été offensé, dit-on, des répliques du Journal des Débats, qu’il calomnie, et dont il obtient la suppression comme trop libéral, quatre fois la semaine.
Il est vrai que ledit abbé laisse venir la Gazette de Lausanne. Je n’ai pas besoin de dire quels livres j’ai vus chez les libraires. Les préparations à la mort y sont en abondance. Parmi les 340 mille habitans de Naples, il peut y avoir trente penseurs de la force de l’abbé Galiani ; mais ils se rappellent la fin de Cirillo.
Je n’ai plus que deux idées. — J’allais supprimer plusieurs expressions dures envers l’Italie, lorsque je me suis souvenu du Misogallo, et des injures que les journaux littéraires prodiguent à la nation des scimiotigres.
Dans cette petite brochure, tous les noms sont changés, les dates bouleversées de manière à ne compromettre personne.
J’apprends que la belle manufacture de M. Taissaire, à Troies, dont les métiers avaient été brisés, s’est relevée plus florissante que jamais, et donne maintenant du travail à plus de huit cents ouvriers. Ainsi, ce beau pays de France, respirant des folies du despotisme sous l’égide du plus sage des rois, fait des pas rapides dans la carrière du bonheur. La France étonne ses voisins ; elle va bientôt surpasser l’Angleterre en prospérité. Depuis trente ans nous avons gagné de la gloire et une constitution : l’Angleterre a gagné des dettes, et perdu son Habeas corpus. Une seule des lois que nous devons à la fermeté de notre monarque, arrêterait la chute de l’Angleterre, qui se précipite rapidement vers l’abîme d’une révolution.
FIN DE L’APPENDICE.