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Rapport sur une mission botanique exécutée en 1884 dans le nord, le sud et l'ouest de la Tunisie

V

Reading edition

De Gabès à Debabcha (Nefzaoua).

Après quatre journées employées à ces diverses occupations, nous prenons le 25 mai la route du Nefzaoua. Nous dépassons la zone des oasis de Menzel, et traversons la plaine aride et monotone jusqu’à un large col pierreux, entre deux collines plates garnies de quelques buissons de Zizyphus Lotus et de Nitraria tridentata. Au delà de ce passage, situé à mi-chemin entre Gabès et El-Hamma, le sol se hérisse de petites buttes de terre blanchâtres couronnées de Zizyphus Lotus et de Calycotome intermedia, au milieu desquelles apparaît sur la droite le puits nommé Bir Chenchou, entouré d’un mur. On y descend par une pente assez douce qui en permet l’accès aux troupeaux : aussi l’eau est-elle souillée d’ordures et a-t-elle contracté un goût de suint repoussant.

Pendant que l’on prépare le déjeuner, nous récoltons quelques plantes : Neurada procumbens, Euphorbia cornuta, Filago Mareotica et Thymus capitatus.

Nous reprenons notre route à travers la plaine que coupe bientôt une chaîne de hautes collines calcaires où courent des perdrix et où paît une troupe de gazelles qu’un coup de feu met en fuite. Sur les bords rocheux du sentier, nous recueillons le Reseda Arabica et le Zollikoferia quercifolia qui commencent à peine à fleurir. Nous ne tardons pas à découvrir au bas de la rampe occidentale de ce petit relèvement l’oasis d’El-Hamma des Beni-Zid, long îlot de Dattiers où se dessinent les deux villages de Debdaba et d’El-Kaçr. Nous allons camper auprès du premier, où réside le khalifa, qui doit à son titre de marabout et à son indomptable énergie une autorité incontestée.

Nos tentes une fois installées dans un jardin de Palmiers, où croît en abondance l’Atriplex dimorphostegia, un des fils du khalifa nous sert de guide et nous montre successivement les quatre sources thermales auxquelles l’oasis doit son nom. Chacune a son bassin, encadré de larges pierres taillées. Les deux principales sourdent à une température d’environ 45 degrés ; au-dessus de chacune d’elles s’élève un bâtiment construit en majeure partie avec des débris romains et renfermant de petites chambres garnies de nattes sur lesquelles les baigneurs viennent faire leur sieste. Le fond de la source est encombré de grosses pierres taillées et une espèce rare de Chauves-souris s’accroche au plafond au milieu de la vapeur chaude.

L’oasis est assez vaste et l’on y a entrepris de nouvelles plantations dans la direction de la rivière qui coule à deux kilomètres environ vers le sud-ouest. Les dattes, soumises encore à l’influence du climat marin, sont très médiocres, meilleures cependant qu’à Gabès.

En nous dirigeant vers la rivière, nous remarquons les plantes suivantes :

Ammosperma cinereum Hook.

Trigonella stellata Forsk.

Astragalus corrugatus Bert. var. tenuirugis.

Hedysarum spinosissimum L.

Neurada procumbens L.

Filago Mareotica Del.

Centaurea furfuracea Coss. et DR.

Crepis senecioides Del.

Anchusa hispida Forsk.

Marrubium deserti De Noë.

Plantago ovata Forsk.

Euphorbia cornuta Pers.

Les bords de l’oued sont presque entièrement nus : à peine si l’on y remarque quelques touffes naines de Roseaux (Arundo Phragmites) et de Zeïta (Limoniastrum Guyonianum ?).

Le lendemain matin, nous organisons une course au Djebel Aziza dont les sommets, nettement détachés, forment une chaîne qui se soude au Djebel Tebaga et court à peu près du nord-ouest au sud-est. Après avoir franchi l’Oued El-Hammam, nous abordons une plaine argileuse couverte de Salsolacées vulgaires, de Limoniastrum et de Retama Rætam, et nous nous dirigeons vers la quatrième montagne de la chaîne qu’un col assez élevé et un ravin abrupt séparent de sa voisine du nord. Nous grimpons rapidement jusqu’au plateau rocheux qui la couronne et forme un plan incliné vers le sud-est. La pente est couverte d’Helianthemum Tunetanum, d’H. virgatum var. ciliatum, et le beau Teucrium Alopecuros qui fut découvert dans cette même localité, en 1854, par M. Kralik, y est assez fréquent. Le long des flancs et dans les fissures du plateau terminal poussent le Periploca angustifolia, l’Ephedra fragilis, le Deverra scoparia, le Capparis spinosa var. Fontanesii, le Ruta bracteosa et l’Euphorbia Bivonæ. Au milieu de l’ascension, nous sommes surpris par une averse violente qui nous force à nous réfugier dans une grotte rencontrée fort à point sur le flanc sud de la tranche rocheuse. La pluie passée, nous reprenons notre herborisation du plateau et, parvenus à la cime, nous descendons sur le col par une fissure presque impraticable où croissent le Celsia laciniata, le Ferula Vesceritensis, de belles touffes de Moricandia suffruticosa, quelques pieds de Fumaria Numidica et des rosettes d’Umbilicus horizontalis.

Pendant que mes compagnons fouillent les rochers et parviennent à capturer un gigantesque Vipera Mauritanica, je descends à grand’peine la pente ardue du ravin au nord de la montagne, qui présente quelques bonnes espèces :

Farsetia Ægyptiaca Turra.

Rapistrum bipinnatum Coss. et Kral.

Helianthemum sessiliflorum Pers. var. ellipticum.

Reseda lutea L. var. neglecta.

Erodium hirtum Willd.

E. arborescens Willd.

E. glaucophyllum Ait.

Hippocrepis bicontorta Lois.

Asteriscus pygmæus Coss. et DR.

Chlamydophora pubescens Coss. et DR.

Atractylis microcephala Coss. et DR.

Amberboa Lippii DC.

Zollikoferia angustifolia Coss. et DR.

Echium humile Desf.

Anarrhinum brevifolium Coss. et Kral.

Salvia Ægyptiaca L.

Ballota hirsuta Benth.

Rumex vesicarius L.

Aristida Adscensionis L.

Le retour s’effectue d’abord paisiblement, mais, après le passage de la rivière, l’orage se reforme ; aux premières gouttes, notre troupe prend une allure effrénée, ma mule s’emporte et, après une série d’écarts et de sauts de mouton, finit par briser les sangles et me déposer sur le sable de la route.

Le 27 mai, notre escorte de chasseurs d’Afrique et les mulets du train nous abandonnent. Nous montons des ânes, de très modestes ânes, et nos bagages sont chargés sur des chameaux. Le khalifa nous accompagne pendant une heure jusqu’à la hauteur d’un haouch qu’il possède au bord du Chott El-Fedjedj et nous laisse sous la protection de son fils Si-Ammar. Nous ne tardons pas à quitter le sol argileux de la plaine basse, délayé par les pluies de la veille, pour couper le pied des collines pierreuses qui forment la base du Djebel Tebaga. Les Salsolacées font place aux buissons de Zizyphus Lotus et de Periploca angustifolia, l’Arthratherum pungens se montre dans le fond sablonneux de petits ravins avec le Dœmia cordata. Vers dix heures, nous faisons halte au bord de l’Oued Magroun dans une dépression rocheuse. L’eau y forme des flaques où pullulent des têtards de batraciens. L’Ammosperma teretifolium atteint là des dimensions gigantesques et se mêle à de belles touffes d’Hedysarum carnosum.

Notre déjeuner est subitement interrompu par une averse qui nous force à chercher le long des rochers un abri fort insuffisant. Lorsque le nuage s’est éloigné, le feu est éteint. Il faut boire notre café froid et nous remettre en marche grelottants et déconfits. La route continue à moitié chemin entre la montagne et la sebkha, au milieu de buissons nombreux et d’une végétation herbacée vraiment luxuriante : le Linaria laxiflora s’y montre partout avec les Astragalus Kralikianus, tenuifolius, corrugatus var. tenuirugis et hamosus, le Muricaria prostrata, l’Arnebia decumbens var. macrocalyx, le Silene setacea, le Centaurea dimorpha, l’Arthratherum plumosum var. floccosum, le Danthonia Forskalei et le Sisymbrium coronopifolium var. ceratophyllum. Malheureusement la pluie recommence et nous force à nous calfeutrer étroitement dans nos burnous ou sous nos manteaux.

Des chameaux aperçus au pied du Tebaga causent une fausse alerte à Si-Ammar qui va les reconnaître au galop. Enfin, au coucher du soleil, nous arrivons au campement de Fratis, au pied d’une longue colline, près de petites cavités sablonneuses que les derniers orages ont remplies d’eau, et pendant qu’on fait sauter un lièvre qu’un de nos cavaliers a pris vivant au gîte, je visite d’anciennes cultures toutes pleines d’Allium Cupani et de Tribulus terrestris. Remarqué dans la broussaille de belles touffes d’Atriplex mollis.

Le lendemain, 28 mai, le soleil brille et nous repartons pleins d’ardeur. Le relief du terrain s’accentue un peu et nous nous rapprochons du Tebaga ; bientôt nous traversons des collines aux roches d’un brun noirâtre, comme brûlées, et nous franchissons des flaques d’eau saumâtre et amère qui proviennent de l’Aïn Oumm-el-Aousen ou Oumm-el-Ousen. Nous constatons encore sur ce point l’abondance de l’Atriplex mollis qui, avec le Retama Rætam, constitue presque uniquement la végétation frutescente. Un peu plus loin, le chemin traverse une zone de sables où nous retrouvons naturellement le Drin (Arthratherum pungens), Graminée encore plus arénicole que saharienne. Nous y constatons le Malcolmia Ægyptiaca, le Senecio coronopifolius, le Phelipæa lavandulacea, l’Asphodelus viscidulus et le Trisetum pumilum. Poussés par la soif, nous ne tardons pas à atteindre Nebech-ed-Dib, où un bouquet de palmiers bas et touffus recouvre et cache un petit bassin rempli de conferves. C’est la station ordinaire des caravanes et des voyageurs isolés : aussi cette source est-elle fréquemment visitée par les maraudeurs et les djich des insurgés tunisiens. L’eau est d’ailleurs fort médiocre. Nous nous hâtons donc de déjeuner et de remonter sur nos ânes, avec le dessein de gagner Kebilli dans la même journée. Fol espoir ! bientôt nous comprenons, à l’allure ralentie et morne de nos bêtes, que nous pourrons à grand’peine atteindre Limaguès (ou mieux El-Imaguès, dont le nom, d’après certains auteurs, ne serait qu’une corruption de celui des Maxyes que l’histoire ancienne place dans ces régions). Après un repos dans le lit desséché d’un oued où abondent l’Arthratherum pungens et le Retama Rætam, nous montons avec une lenteur trop majestueuse une rampe interminable au sommet de laquelle nous apercevons de très loin les bâtiments ruinés d’une zaouïa, les cimes des palmiers et, sur la gauche, des taches verdâtres qui annoncent un marais et par conséquent la source qui a donné naissance à l’oasis. Au coucher du soleil, à pied et poussant nos ânes fourbus, nous arrivons enfin au sommet de la colline, au-dessus d’un large entonnoir où les eaux font bouillonner le sable. Elles s’échappent par des canaux encombrés de Joncs, de Roseaux et de Sonchus maritimus, et vont irriguer les vergers de la zaouïa, bien déchue aujourd’hui de son antique splendeur.

Nous citerons, parmi les plantes recueillies dans la dernière partie du trajet : Erucaria Ægiceras, Reseda Arabica, Haplophyllum tuberculatum, Astragalus corrugatus var. tenuirugis, Anethum graveolens, Carduncellus eriocephalus, Kœlpinia linearis et Euphorbia cornuta.

Nous signalerons l’abondance du Rhanterium suaveolens que nous retrouvons partout.

Le 29 mai, après notre course de la veille, la route de Limaguès à Kebilli n’est guère qu’une promenade. Nous piquons d’abord au sud à travers une plaine monotone qui ne nous présente à noter que l’extrême fréquence de l’Helianthemum Tunetanum et qui se termine au pied d’une chaîne de collines formée par le dédoublement du Djebel Tebaga, dont la branche méridionale prend le nom de Djebel Nefzaoua. Un col très court nous conduit au bassin sec et pierreux qui sépare les deux chaînes. Nous y sommes accostés par le potentat du Nefzaoua, le Kiaya Ahmed-bel-Hammadi, ancien chaouch du Bey et protégé du Bardo, qui tient le Nefzaoua courbé sous sa dure autorité. Après les compliments d’usage, nous nous engageons dans une gorge étroite et longue. Ce défilé est dominé par des collines arides et coiffées uniformément d’une bande rocheuse formant un plateau légèrement incliné. Au sortir de la gorge s’étend un terrain sablonneux semé de petits monticules de terre blanchâtre et dont la végétation se compose surtout de Zeïta, de Salsolacées ligneuses, de Retama Rætam et de l’Arthratherum pungens qui prend ici le nom de Çiboth ou de Çibodh[21]. Sur toute la ligne d’horizon se montrent de nombreuses taches obscures : ce sont des oasis et, à mesure que nous avançons vers le sud, on voit se détacher de la masse la silhouette des plus hauts Palmiers.

En arrivant en face de Kebilli, nous remarquons quelques champs cultivés au pied d’un mamelon que couronne un bâtiment carré à fenêtres grillagées, le Bordj Djedid que le Kiaya achève de faire bâtir et dans lequel il nous installe.

On ne tarde pas à nous servir une diffa irréprochable avec abondance de lagmi (vin de Dattier).

La rapidité de notre marche, depuis notre rencontre avec le Kiaya, ne nous avait permis de faire aucune récolte. Après le repas, nous nous empressons de diriger notre exploration au nord : c’est du reste de ce côté que jaillissent les sources qui, par leur réunion, forment un ruisseau et servent, en se répandant dans de nombreux canaux, à l’irrigation de l’oasis [22].

Pendant cette promenade, nous recueillons dans les champs nouvellement défrichés au pied du Bordj Djedid le Malcolmia Africana (Chartam ou Chartem), le Zygophyllum cornutum, l’Atriplex dimorphostegia, et l’Euphorbia Guyoniana.

J’avais formé le projet de visiter la chaîne du Nefzaoua que je m’apprêtais à escalader la veille, lors de l’arrivée du Kiaya. Nous retraversons donc le 30 mai la zone sablonneuse bosselée de petits monticules et nous prenons un défilé à l’est de la passe que nous avions franchie. Nous visitons successivement deux collines surmontées de leur tranche inclinée de calcaires nummulitiques. Le plateau et ses flancs sont également arides ; l’Helianthemum Tunetanum seul y pullule. Dans les fissures de la roche brunâtre et sonore poussent des touffes rares des Celsia laciniata, Capparis spinosa var. coriacea, Globularia Alypum avec quelques pieds de Reseda Alphonsi. Dans le défilé, nous voyons : Helianthemum Cahiricum, Erodium hirtum, Pyrethrum fuscatum, Moricandia suffruticosa et Evax argyrolepis Lange ?.

Dans l’après-midi, visite à l’oasis en passant par les jardins du Kiaya, bordés de Rosiers aux feuilles rouillées par une Urédinée. Un grand Mûrier (Morus nigra) se dresse isolément au milieu des carrés envahis par le Lepturus filiformis. Nous traversons des vergers où, à l’ombre des Dattiers, des Figuiers et des Abricotiers, poussent, sur le bord des rigoles, un beau Glaïeul (Gladiolus Byzantinus), des pariétaires, le Datura Stramonium qui prend ici le nom de Sikran (l’enivrant), réservé en Algérie aux Jusquiames, et de jeunes pieds de Xanthium antiquorum. Un terrain bas et inculte est complètement envahi par deux grands Statice, le S. delicatula et l’espèce déjà signalée dont les hautes tiges sont encore dépourvues de fleurs.

Nous atteignons enfin, après maints détours, le village de Kebilli entouré d’un fossé peu profond, aux eaux sales et infectes, et défendu par un mur en terre de piètre apparence. Les maisons d’habitation sont presque toutes bâties en pisé et en moellons disposés par assises entre lesquelles sont intercalés des troncs de palmier et quelquefois des pierres de taille romaines. Les terrasses sont formées par de semblables poutres chargées d’un lit d’argile. Les écuries, les magasins et les côtés des cours ont pour murailles des troncs de palmier refendus. La mosquée, d’une construction assez ancienne, est surmontée d’un minaret carré percé de meurtrières qui a été récemment reconstruit, sans doute à la suite de la rébellion qui amena le siège et la prise de Kebilli peu de temps avant le voyage de Guérin.

Le lendemain, 31 mai, nous quittions le Bordj Djedid pour continuer notre route vers le Chott El-Djerid. Nous traversons une nouvelle zone de terrain blanchâtre à petites buttes pour gagner l’oasis de Mansoura, et nous y faisons halte au bord d’un bassin d’où les eaux s’échappent par un canal bordé encore çà et là de pierres de taille antiques. Dans ce bassin, de même que dans les sources supérieures, le sable est remué par la force ascendante de l’eau qui sort d’un canal naturel souterrain d’une profondeur inconnue : des Roseaux croissent sur les bords, et de toutes parts frétillent des Barbeaux d’un jaune d’or et des troupes de Chromis Nilotica. Sur l’invitation du Cheikh, des jeunes gens ôtent leur gandoura, se jettent à l’eau et, à l’aide d’un long haïk, poussent devant eux les poissons qu’ils acculent à la berge. Le haïk est alors adroitement et brusquement relevé le long du bord et, si une partie de la troupe réussit à s’échapper, ce n’est qu’en laissant aux mains des pêcheurs de nombreux prisonniers dont une partie passe sans transition des eaux natales dans la poêle à frire.

Après le déjeuner, nous nous enfonçons dans des sentiers ravissants, au milieu de vergers verdoyants et fleuris, et passons, sans nous en apercevoir, de l’oasis de Mansoura dans celle de Rabta dont nous contournons le village. Au delà s’étend une plaine argileuse et salée bornée au nord par la chaîne abaissée du Nefzaoua et au sud par la rive plate du grand Chott, sur laquelle se détachent quelques relèvements couverts de Dattiers, dont le plus voisin est Tombar. Devant nous grandissent peu à peu les palmiers d’El-Goléa et nous arrivons d’assez bonne heure au village bâti entre l’oasis et le pied des collines. Nous campons au bord d’une tranchée qui va chercher l’eau près d’un col voisin de Menchia, village considérable dont les maisons et les Dattiers s’élèvent sur le versant nord de la chaîne. La source est alimentée par une nappe qui semble presque horizontale, et dans le bassin exigu nagent quelques petits poissons qui, à notre aspect, se réfugient dans des anfractuosités souterraines. Le col est traversé par d’autres tranchées profondes qui vont puiser, sans doute à la même nappe, les eaux qu’elles conduisent à Menchia. Cette promiscuité de prise d’eau soulève entre les habitants des deux villages d’interminables querelles.

A gauche du col se dresse un mamelon pierreux et aride que surmonte un signal trigonométrique, d’où la vue s’étend au nord jusqu’au delà du Chott El-Fedjedj et n’est arrêtée que par la longue muraille du Djebel Cherb. La tranche calcaire qui forme le sommet et qui s’abaisse comme un toit du nord-est au sud-ouest ne présente comme végétation que des tiges rabougries et mutilées de Peganum Harmala, de Zygophyllum cornutum et de Reaumuria vermiculata. Ce n’est qu’aux abords de notre campement et sur la lisière de l’oasis que se rencontrent quelques plantes annuelles : Ammosperma cinereum, Malcolmia Africana, Koniga Libyca, Trigonella stellata, Neurada procumbens, Ifloga Fontanesii, Arnebia decumbens var. macrocalyx, Lippia nodiflora, Plantago ciliata, Dactyloctenium Ægyptiacum.

1er juin. Nous partons tard, et après avoir longé au sud le pied des collines, nous franchissons un col coupé comme celui d’El-Goléa par de profondes tranchées, en partie souterraines, qui servent à l’alimentation de Bou-Abdallah, village du versant nord que nous traversons pour revenir au sud par un autre col. Nous poussons ensuite droit à l’ouest en laissant à notre droite une oasis, moins considérable que ses voisines. Les collines rocheuses qui formaient l’arête et comme l’ossature du Nefzaoua s’abaissent graduellement et finissent par disparaître en faisant place à un simple relief aplati, de quelques mètres de hauteur. Une nappe souterraine doit couler à une faible profondeur, car, outre les petits bassins marécageux qui se présentent le long de la route et dont l’un nourrit des poissons et des mollusques, on rencontre de nombreuses touffes de Dattiers non irrigués qui nous rappellent les Djali de l’Oued Mïa, près d’Ouargla ; à leur ombre nous cueillons l’Asphodelus viscidulus, l’Heliotropium undulatum et le Lotus pusillus. Nous allons camper près de la pointe du Nefzaoua, entre les petits villages de Fetnasa et de Debabcha. Là nous ne trouvons plus de vrais jardins, mais des bouquets de Dattiers disséminés et entourés de leurs rejetons.

A deux pas de nos tentes, je découvre dans un fourré une mare pleine de Chara où vivent plusieurs espèces de Mollusques.

Le reste de la journée est consacré au repos, car nous devons partir dans la nuit pour affronter la traversée de la Sebkha.

Notes in this chapter

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