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Petite ville

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Reading edition

CLAUDE ANET

Petite Ville

NOUVELLE ÉDITION

PARIS BERNARD GRASSET, ÉDITEUR 61, RUE DES SAINTS-PÈRES, 61 1921

Tous droits de traduction, reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays. COPYRIGHT BY BERNARD GRASSET, 1921.

DU MÊME AUTEUR

Voyage idéal en Italie, Perrin et Cie.

Petite Ville, La Revue blanche.

Les Bergeries, Calmann-Lévy.

La Perse en automobile, Juven et Cie.

Notes sur l’Amour, Fasquelle.

La Révolution russe, 4 volumes, Payot et Cie.

Ariane, jeune fille russe, La Sirène.

Omar Khayyan (en collaboration avec Mirza Muhamed), La Sirène.

En préparation :

L’Europe nouvelle, B. Grasset.

Quand la terre trembla, roman, B. Grasset.

IL N’A ÉTÉ TIRÉ DE CETTE RÉIMPRESSION AUCUN EXEMPLAIRE DE LUXE, MAIS IL RESTE DEUX CENTS EXEMPLAIRES DE L’ÉDITION ORIGINALE (REVUE BLANCHE).

Il disait : Peut-être l’unité de lieu et celle du temps, les mêmes personnages vivant dans une même atmosphère, suffisent-elles, autant que celle d’action, à créer cet intérêt soutenu que nous avons l’habitude de demander au roman.

Lorsque j’étais petit garçon, je lisais parfois des livres dérobés dans la bibliothèque de mon père, et, comparant aux peintures enflammées des romans, la vie que je voyais autour de moi, je me félicitais dans ma candeur d’habiter une petite ville honnête, ignorée, où rien n’était digne d’attirer l’attention de ceux dont la profession est d’écrire pour amuser le monde.

Plus tard, lorsque la raison, avec le poil, me vint, mes yeux s’ouvrirent. — Faut-il l’avouer ? J’éprouvai un sentiment bizarre d’orgueil blessé. Ma petite ville était donc semblable à toutes les autres.

Ma petite ville ne compte que six mille habitants, de mœurs bourgeoises, discrètes, paisibles ; elle est presque en retraite de l’existence. Dans les statistiques judiciaires, elle doit figurer au rang le plus honorable ; les délits y sont rares, les crimes inconnus. Pourtant elle a ses drames.

Les romanciers inventent plus qu’ils n’imitent, et, tant nous sommes habitués par l’éducation de notre esprit à chercher le simple, le raisonnable, plutôt que le réel, fussent-ils plus fidèles, ils paraîtraient moins vrais.

J’aime la complexité de la vie mieux que leurs inventions.

Les romanciers cherchent le dramatique dans des actions éclatantes et rares ; mais le train ordinaire des choses est plus dramatique par sa continuité même que leurs péripéties les plus émouvantes.

Les romanciers veulent de belles fins à leurs histoires. Julien Sorel meurt sur l’échafaud ; la beauté de Valérie Marneffe est rongée par une lèpre affreuse ; Madame Bovary râle dans les affres d’un empoisonnement ; le corps délicat d’Anna Karénine est broyé par une lourde locomotive.

J’ai connu un grand nombre de vies dévoyées ; leurs fins furent moins retentissantes.

Les faits que je rapporte sont vrais. Leur réunion même n’est pas artificielle. Ils se sont passés à portée de ma vue qui n’est pas des plus longues.

Je ne suis ni un docteur, ni un avocat, ni un prêtre. Il doit y avoir bien plus de choses intéressantes dans la réalité qu’il n’en est venu à ma connaissance. Oserai-je dire pourtant que celles que j’enregistre ici suffisent à constituer un dossier à la lecture duquel l’honnête homme trouvera à réfléchir sur la misère de la condition humaine, à s’étonner aussi de la puissance et de la diversité merveilleuse des passions qui se cachent sous les apparences des vies les plus unies.

Si ces notes devaient voir le jour, il suffirait de changer les noms des lieux et des personnes. La plupart des personnages que je mets en scène sont morts ; ceux qui restent ont été transformés par le temps à ce point qu’ils en sont méconnaissables.

Je puis publier ces histoires dramatiques sans crainte de scandale. Ceux qui en ont été les acteurs, les liraient-ils, ils ne se reconnaîtraient point, car c’est le fait de peu d’hommes de percevoir le drame de leur existence...

PETITE VILLE

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