LES PLAISIRS DE L'ILE ENCHANTÉE (continued 5)
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Et les femmes entonnèrent un chant:
LE CHŒUR. Oh! écoutez! Le flot pleure sous la rame, Le chat-huant, dans les bois, veille tout seul. Appelez, appelez, à voix haute, notre dame, Dites-lui de revêtir son linceul! PREMIÈRE VOIX. Sur les corolles, Les oiseaux descendent du soleil... Puis ils s'envolent!
LE CHŒUR. Vous possédiez bien des palais, bien des rentes; Votre longueur de cercueil vous suffira. C'est ici la paix pour vous, âmes souffrantes! C'est le grand port où toute barque humaine va! DEUXIÈME VOIX. Les fleurs des tombes, Les fleurs rayonnent, dans l'air vermeil... Puis elles tombent! LE CHŒUR. Ah! pauvres fous, quels vains trésors on amasse! L'enfant grandit, las! il est déjà vieillard. La Mort promène, infatigable, sa faux rapace. Nous ne vivons qu'à tâtons, dans un brouillard. DEUX VOIX A L'UNISSON. Voici le flot, entre le jour et les ténèbres. Sur le divin crucifix posez vos lèvres!
Les voix allaient en s'éteignant. Un nuage, dans le ciel brumeux, couvrit de nouveau le soleil. Puis, un profond silence régna.
—La Grande-Duchesse est morte! dit Manès.
Alors, une rumeur lointaine s'éleva, perçant les murailles. On entendit des voix, des clameurs, des coups de fusil qui se rapprochaient, tout un joyeux tumulte aux abords du pavillon. C'étaient les vainqueurs qui s'en revenaient, ivres de fureur et de carnage.
—Victoire! victoire! crièrent-ils... Vive la Grande-Duchesse!
Une tête, celle d'Ourosch, lancée par un bras vigoureux, passa par-dessus la colonnade, et vint rouler dans le jardin, devant le seuil même de la chapelle.