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Montpellier, 6-9 1924.
Monsieur,
Je suis avec intérêt le Reportage que vous avez amorcé sur la Colonie d’Eysses.
J’ai habité sept ans l’établissement. Nos fenêtres donnaient sur le quartier des punis. Je vois encore les cours triangulaires rayonnantes autour d’un petit édifice d’où le gardien surveillait les évolutions des pupilles deux fois par jour, à l’heure de la promenade, j’entends encore les chants des colons en cellule, le bruit des menottes ou des fers d’un récalcitrant acharné à frapper des poings la muraille pour se délivrer et aussi leurs cris quand le gardien irrité venait de les passer à tabac.
Il existe dans l’éducation dite pénitentiaire trois graves erreurs :
1o Pas de distinction entre ceux qu’on peut et doit sauver et les criminels invétérés.
2o L’insuffisance intellectuelle et morale du personnel de surveillance et administratif.
3o La puérilité et l’insuffisance de l’éducation donnée.
Le personnel est lamentable. Avant la guerre, ils avaient 1.100 francs et finissaient à 1.600 francs. Dans n’importe quel métier, ils auraient gagné leur vie moins péniblement et en s’exposant à moins de dangers. Ils sont souvent ignorants et j’en ai connu d’illettrés. Les colons non seulement les détestent mais aussi les méprisent. Ils les trouvent souvent trop semblables à eux-mêmes, grossiers et ignorants. Le nombre des candidatures est formidable, gardiens, agents de police et gendarmes — les candidats ne chôment pas. Informez-vous au Ministère, il y a parmi eux souvent des ivrognes. Les colons se gaussent de ces pauvres diables si près d’eux par les mœurs, si primitifs. Ils n’ont aucune autorité morale et parfois ils ont recours à la supériorité que leur donnent leurs muscles. Je ne dirai pas qu’ils ont toujours tort.
Grave défaut : Ils tutoient les colons — les administrateurs aussi — et ils perdent ainsi beaucoup de leur autorité. Un colon est un homme, taré parfois, mais un homme. Ils n’ont aucune action morale. Ils restent des heures entières figés à leur poste sans plus. Le contremaître, lui, fait œuvre utile, apprend quelque chose au pupille, s’élève au-dessus de son milieu, peut agir sur lui. Le simple surveillant est bien resté le légendaire garde-chiourme.
Le personnel administratif, celui-là ne vaut pas mieux. La majorité : de vieux sous-officiers, de vieux adjudants retraités. On leur fait un pont d’or. Outre leur retraite, ils ont un traitement de 6 à 7.000 francs, ils sont souvent logés. Ils passent un vague examen au corps. Ils font de bons commis. Ils finissent par faire des états, par comprendre le mécanisme d’une comptabilité pas très claire. De plus, ils font deux fois par jour — pendant une heure — la classe aux pupilles comme on la fait à l’école primaire. Ils s’en tirent comme ils peuvent. Leur culture, leur expérience de la vie, vous la devinez, c’est celle de la caserne. Ils sont incapables de parler à ces jeunes gens. Ils les traitent comme des gamins, alors qu’ils ont affaire à des hommes plus avertis qu’eux. Ils leur font la classe comme à l’école élémentaire. Les pupilles s’amusent de leur inexpérience pédagogique et considèrent la classe comme une séance de cinéma !
Le Directeur ? personnage falot, a passé sa vie à aligner des chiffres ou à pondre des rapports. Quelques instituteurs de l’enseignement public — qui ont oublié beaucoup et peu appris. Quelques-uns ont fait du droit — très rares ceux-là. Je connais deux directeurs intelligents, un très distingué, ayant fait de bonnes études, M. Bartlès, un autre, instituteur, licencié en droit, très fier de son autorité, M. Robert !
J’en ai connu un, ancien commis-voyageur en boutons de bottines, un autre ancien gardien, puis gardien arrivé je ne sais pas par quelles influences politiques, à l’échelon suprême. Ce sont de petits despotes, trop bien matériellement, ayant jardin, employant la main-d’œuvre des colons, même pour leurs services domestiques, ce qui est une économie. J’en connais un qui utilise la voiture de la colonie pour ses besoins personnels.
Bref, rares les gens de valeur, ayant une instruction solide et entrés dans l’administration par voie de concours.
J’en connais un, M. Renaud, de Montpellier, bon latiniste par-dessus le marché ! mais cela se voit rarement…
Ce sont en général des administrateurs figés dans la routine, mais non éducateurs. Pour en imposer aux détenus, pour leur parler, éveiller en eux la lueur de la conscience, former l’intelligence — leur faire entrevoir une vie de dignité et de labeur — il faudrait des hommes bien différents, ayant reçu une forte culture générale et… juridique. Par un paradoxe inconcevable depuis 1910 l’administration pénitentiaire est rattachée au ministère de la Justice et jamais le procureur de la République ou les Présidents de tribunaux ne s’occupent de la façon dont la peine est appliquée et des résultats obtenus. Aucun lien entre le juge qui enferme et le pénitentiaire qui éduque ou devrait relever l’individu.
Autre tare : le gaspillage et le vol sévissent. Les administrateurs profitent du bon marché de la main-d’œuvre pénitentiaire. Meubles, souliers, vêtements même sortent des ateliers destinés à d’autres fins.
Encore si ce n’était que disposer d’une main-d’œuvre à bon marché ! Mais il y a des vols. Le magasin aux vivres ravitaille trop souvent la table de l’Économe ! Faites une expérience. Visitez à l’improviste un logement d’un vieux pénitentiaire, c’est bien extraordinaire si vous ne trouvez des chaises, des lits, des couvertures d’un type peu « pékin ».
Comment se fait-il, me direz-vous, que ces abus ne soient pas réprimés ? Il y a parfois des inspections, mais les inspecteurs des administratifs sont interchangeables. Ils passent de l’assistance aux services pénitentiaires sans avoir jamais le temps de se mettre au courant. Certains sont des fils à papa, — docteurs en droit — peut-être, mais ignorants de tout. Ils voient ce qu’on veut bien leur faire voir. Souvent ils ne savent pas faire la caisse du comptable — a fortiori ils ne peuvent débrouiller la comptabilité de l’économat. Dans une colonie industrielle comme Aniane — outre la comptabilité d’entrées de matières premières (bois, fer, drap, etc.) et de sorties (produits fabriqués dans les ateliers, outils, vêtements, souliers) il existe une comptabilité de transformation, de justification de l’emploi des matières premières. C’est là que l’abus, le gaspillage et parfois la fraude se glissent. C’est le fameux chapitre 21. Il entre 10 kilos de cuir. Il sort 3 kilos de soulier. Les 7 kilos sont mis au chapitre des déchets. Certainement il est fatal que dans une colonie qui est une sorte d’école professionnelle, d’apprentissage, il y ait de gros déchets, mais ils couvrent bien des fabrications clandestines. L’inspecteur des finances pourrait débrouiller ce maquis, mais il faut un fait grave, une dénonciation pour qu’une inspection des finances se produise. Et j’en connais une qui se termina par la révocation de l’économe. Mais ce monsieur qui avait péché par négligence — (je le crois encore) et qui ne surveillait pas assez le gardien du wagon à vivres — avait de puissants appuis. Sa révocation signée fut rapportée et il est directeur d’une grande maison centrale !
Rappelez-vous le scandale de Mme G…, femme de directeur, qui accordait, quoique mère de 8 ou 10 enfants, ses faveurs à un colon, aux Douaires, près Jaillère (Eure). Le dit pupille volait au magasin à vivres des sacs de grains ou de pommes de terre, les jetait par-dessus le mur de la colonie et de l’autre côté de la clôture, un négociant en grains de Gaillon les chargeait. Mme G… recevait quelques beaux billets en échange de ces avances. Elle fut condamnée par le tribunal de Louviers à 7 ans de prison. Son mari n’en fut pas moins nommé directeur d’un nouvel établissement fondé à Saint-A… et de là à Eysses où il mourut.
J’arrive au 3e point. Et là vous avez assez bien vu. Qu’apprend-on aux détenus ? tous les métiers et aucun qui leur permette de vivre. A Eysses on ne fabrique pas que des émouchettes. Les émouchettes 1 et 2 (je connais le jargon) sont les ateliers des punis, mais vous avez toutes sortes d’ateliers et la ferme.
A Aniane, la colonie a un vignoble (on est au pays du vin), elle a aussi une très intéressante situation industrielle.
La colonie produit elle-même sa lumière et sa force. Sa dynamo est actionnée par un moteur à explosion mû au gaz pauvre. Il y a un atelier de charron, de serruriers, de chaudronnerie, des tailleurs, des cordonniers, des menuisiers. On fabrique des tombereaux, des outils agricoles, des gamelles, des vêtements (vareuses, costumes civils pour libérés et placés), des brodequins — pendant la guerre des brodequins pour l’armée noire. Naturellement il y a des mécomptes. Les colons sont des apprentis peu soucieux d’apprendre, trop enclins à louper l’outil qu’ils forgent, à fausser le balancier de l’emboutisseur, à fabriquer clandestinement des briquets ou des coups de poing américains. Enfin les pupilles n’ont pas une tâche fixe.
Jetés dans la vie, aucun patron ne les gardera. A vrai dire ils ne sont pas intéressés au travail, on leur donne… des bons points, le tableau d’honneur et cela leur vaut un plat de frites, un quart de vin supplémentaire ou un pécule ridicule. Il faut les payer raisonnablement comme on le fait des apprentis dégrossis, en tenant compte des frais de leur entretien.
D’autre part on ne se soucie pas de leur apprendre complètement un métier. Si au bout de quelques mois, ils se conduisent bien, on les place. C’est une économie pour l’État, mais une économie trompeuse, car elle se retourne contre la société. C’est une faute et une mauvaise action. Une faute parce qu’on fait du pupille un déclassé. Il commençait à manier proprement la varlope ou le tranchet et on le place indifféremment chez un propriétaire-viticulteur ou dans une boulangerie. Une mauvaise action car c’est une véritable main-d’œuvre servile qu’on fournit aux civils et une concurrence déloyale à la main-d’œuvre libre.
Voici venir les vendanges. La colonie d’Aniane se vide d’une partie de ses sujets les plus dociles. Ils couchent le soir à la colonie. Le propriétaire les nourrit mais ne leur donne pas un salaire raisonnable. S’ils sont placés d’une façon définitive, il en est de même. Ils travaillent pour un salaire insuffisant qui va à leur pécule. La colonie trop souvent les chausse et les habille. Abus déplorable — car le contrat de louage porte que leur entretien est entièrement à la charge de l’employeur. D’autre part on perd tout contact avec eux, le résultat c’est qu’après quelques semaines ou quelques mois de conduite satisfaisante chez l’employeur, ils s’évadent emportant des vêtements et souvent volant le propriétaire. Les placés facilitent les évasions de leurs camarades.
Autre défaut de l’éducation pénitentiaire. Une fois leurs vingt ans révolus, ils passent au service ou bien s’ils sont libérés par mesure de faveur, ils sont renvoyés chez eux. On leur met un vêtement neuf sur le dos, un maigre pécule dans la poche, leur billet jusqu’à Marseille, Paris, etc… et à la grâce de Dieu ou du diable !
Quelques semaines après ils se font arrêter. On ne se soucie pas de les placer et surtout de les suivre, de les encourager — une fois la porte de la colonie franchie, on ne s’occupe d’eux que dans la maison centrale où ils viennent plus tard se faire héberger.
Il serait frappant d’établir une statistique des « centraux » et des « bagnards » ayant fait leur éducation à Aniane, Eysses, etc… et surtout d’indiquer en regard de leur provenance sur deux colonnes la date de sortie de la colonie et d’entrée à la maison centrale. Ce serait édifiant !
Les placer ? oui ! il existe bien des patronages. C’est la plus grande fumisterie qui existe. Ce sont des officines dont les dirigeants se font décorer pour des services inexistants. Quelle confiance pouvez-vous inspirer à un industriel en lui recommandant chaleureusement un ex-pupille d’Eysses ou d’Aniane. C’est déjà la suspicion jetée sur le malheureux, même s’il s’est amendé !
Faute plus grave. Vous renvoyez un jeune homme cloîtré dans Paris, désireux de profiter de sa liberté, dans le milieu même où il s’est fait pincer. Il y retrouvera la même atmosphère de misère et de vice, les mêmes tentations et les mêmes amitiés dangereuses. Il n’a pas un métier en mains ou celui qu’il a appris, il le possède mal. Il n’a pas une avance suffisante pour attendre un emploi. Résultat : il redevient le souteneur de jadis et il est de nouveau perdu.
Que faudrait-il ?
Sélectionner dès l’arrivée, petits bougres malheureux et non coupables, dégénérés, et criminels ou apaches déjà éprouvés, les isoler et pour chacun un régime spécial.
Relever le niveau intellectuel et moral des gardiens, faire leur éducation, leur montrer leur rôle d’éducateurs, les associer à l’œuvre commune. Ils ne sont pas tous des brutes. Il y a des pères de famille, de braves gens « dans le civil » parmi eux qui élèvent leurs enfants. Ils comprendraient.
Exiger du personnel administratif une forte culture générale et juridique. Exiger la licence en droit, et un certificat d’études pénales et ne recruter qu’au concours. Éliminer tous les vieux sous-officiers.
Établir la liaison avec le Procureur général et de la République et les Présidents des tribunaux.
Donner aux pupilles à côté de l’éducation physique, non pas une instruction élémentaire seulement mais un enseignement postscolaire bien compris — les intéresser par des conférences avec projections aux découvertes scientifiques, aux grands faits de l’histoire générale, les initier à l’Art — enfin en leur parlant comme à des hommes élever leur esprit et leur cœur.
Nantes, 13 octobre.
Monsieur Roubaud,
Permettez à celui qui vous parle de conserver l’anonymat restreint et pour cause. — Je suis le No matricule 2206 de la colonie de Belle-Ile, j’ai passé 5 ans — j’ai souffert… Nous étions six chez nous, un jour pour manger j’ai volé, j’avais 14 ans, j’ai été pris, condamné jusqu’à ma majorité. Je me suis engagé, la guerre est venue. Blessé trois fois. Les galons de capitaine. La croix de la Légion d’honneur. Actuellement j’occupe la place de Directeur Commercial dans une des plus importantes industries de Nantes. Voilà ce qui m’oblige à vous taire mon nom. Mais par mon passé, je suis à même de pouvoir parler sur ces « Bagnes d’Enfants ».
Tout de suite, aucune réforme d’aucun enfant n’est possible avec le système actuel pénitentiaire. Pourquoi ?… parce qu’il n’y a personne pour garder ces enfants… personne pour leur dire ce qui est bien, ce qui est mal… Personne pour leur parler de l’avenir… Personne pour les préparer à la vie d’hommes sains et honnêtes…
Et croyez-moi… que d’enfants, en leur caractère rebelle, se laisseraient doucement gagner s’ils avaient la perspective d’être le jour de leur sortie, heureux dans le travail…
Mais non ! Pendant leur séjour là-bas des « gardiens » (oh ! sinistre nom… pour des enfants), des gardiens… sans intelligence, des brutes, il faut le dire, leur rappellent sans cesse par leurs propos, leurs actes que quoiqu’ils fassent ces enfants seront toujours des parias, des maudits. Et voilà ce qui aigrit l’enfant, voilà ce qui tue les bons sentiments : la mentalité actuelle du gardien.
Croyez-moi, Monsieur, tout est là : la réforme morale du gardien.
Qu’on place dans ces endroits, des éducateurs, des hommes de cœur qui savent gagner ces enfants. Combien seraient au bout de peu de temps sauvés pour toujours.
Il y a bien des instituteurs, mais accablés dans la journée par leurs travaux… Que voulez-vous qu’ils fassent le soir en une heure ou deux ! Ce qu’il faut pour des enfants, c’est un guide sûr et résolu à les sauver, c’est un apôtre. Quel beau travail serait le sien.
Vous avez été à Belle-Ile, Monsieur, et personne ne vous a parlé du père Guérin… Oh ! je vous en prie, parlez-en dans un de vos articles ! Qu’était le père Guérin : le chef de musique de la Colonie. Jamais personne ne l’a appelé sous d’autres noms que Père Guérin.
C’était lui aussi un « gardien », mais il avait un cœur, il avait la bonté, il avait l’intelligence. Pour nous il était devenu le père.
Son œuvre méconnue fut immense. Que d’enfants, en sa longue carrière de 25 années et plus, lui passèrent entre les mains !
A tous, sans exception, il sut par sa bonté, par son caractère, insuffler le désir d’être un jour un homme. Sa bonté avait le don d’éveiller en nos cœurs d’enfants les plus doux espoirs :
— Un musicien, nous disait-il, trouve sa place à tous les échelons de la vie.
Quel courage, quelle ardeur, quelles espérances et combien les résultats de sa façon de faire furent profitables à la société ! Que d’enfants lui doivent aujourd’hui leur situation. Quelle statistique éloquente que celle de ces centaines d’enfants éduqués par lui et qui aujourd’hui, pères de famille, occupent un rang normal dans la société. Des milliers d’autres qui ont subi le joug du gardien végètent misérablement ou peuplent les prisons et les vrais bagnes !
Le père Guérin fut un apôtre. Personnellement, si je suis arrivé à me créer une place dans l’armée et dans la vie, c’est au père Guérin que je le dois.
Il faut parler de lui, Monsieur, il le mérite, il faut le donner en exemple.
Croyez-moi, Monsieur, voilà la seule façon de donner à la société non plus des aigris, des incapables, des révoltés, mais des hommes : Chasser même les « Gardiens » et les remplacer par des éducateurs.
Puisse votre parole être entendue. Puisse la grande voix du Quotidien faire arriver ce résultat.
Faites tel usage que vous trouverez utile de ma lettre y compris de mon No 2206 qui suffira je pense.
COMPOSITION FRANÇAISE A DOULLENS
Vendredi 13 avril 1923.
PLAN
Certaines de vos compagnes ont fait de la peine à votre Directeur, depuis plusieurs jours vous n’avez pas eu sa visite et vous craignez qu’il vous abandonne. Vous lui écrivez ?
DÉVELOPPEMENT
Mon Directeur,
J’ai l’honneur de vous écrire pour vous dire combien mes compagnes et moi, nous avons de peine à penser, que certaines d’entre nous, vous ont fait du chagrin. Mais maintenant elles le regrette bien. Car ce qui avait été dit, n’avais pas été pris en mal. Elles savent aussi, combien c’est dure de ne plus avoir votre visite, qui nous est si chère.
Si par hasard nous vous rencontrons, c’est avec peine que l’on s’arrête et vous salue, on préférerais avant, pouvoir courir au-devant de vous, et, vous dire : « Bonjour mon Directeur ! » Nous avons aussi remarqué que vous étiez triste, et, tout cela à cause de nous.
Oh ! mon Directeur, accordez-nous votre pardon. Nous nous repentons bien. Nous vous demandons de ne pas nous abandonner. Que ferions-nous sans vous, presque toutes et pour mieux dire, toutes, nous ne pouvons pas compter sur nos parents, et notre père c’est vous.
Mon Directeur, nous faisons tout ce qui peut racheter notre faute, et, nous continurons après avoir eu votre pardon. A l’atelier nous ne parlons plus, nous travaillons de notre mieux, et partout où nous allons nous sommes disciplinées. Oh ! mon Directeur, revenez-nous ! Ne nous abandonnez pas. Nous ne vous demandons pas d’enlever la discipline, mais seulement de revenir parmi nous. Ah ! quelle joie le jour où vous nous aurez accordé votre pardon, et nous vous en serons reconnaissantes, car nous saurons que vous ne souffrez plus à cause de nous. Nous ferons notre possible, et nous y arriverons, pour devenir de bonnes filles qui ne savent pas faire de peine à leur Directeur qu’elles aiment plus qu’un père.
Recevez, mon Directeur, nos remerciements anticipés et nos salutations respectueuses.
Vos pupilles,
Les Petites.
CORRESPONDANCE CLANDESTINE DE CLERMONT
Ma Nenette jolie,
Encore un petit bifton pour te prouver que ta Gigèle t’aime toujours. Oui, ma mignonne, je t’aime et je pense bien des fois à toi malgré que je ne le fais pas voir.
Tu ne veux pas me croire, cependant ce n’est que réalité. C’est toi la seule femme qui me plaît au quartier, car vois ma petite môme aimée, tu as su captiver mon cœur par un regard de tes beaux yeux noirs que j’aime follement.
Oh, ma petite gosse aimée, comme je voudrais pouvoir te câliner dans mes bras et te griser de caresses. Petite poupée d’amour comme il est doux pour moi de songer à ce bonheur, mais hélas, je n’ose y croire et cependant, ce serait mon plus grand désir.
Enfin, ma jolie brunette adorée, j’espère que tu ne feras pas souffrir ta Gigèle, car si tu veux, nous serons heureuses toutes les deux. Je ne sais pas si tu te mettras avec moi, je te réclame de me faire réponse à ce sujet et dis-moi ce que tu penses. Enfin, si tu veux être en relations avec moi, je veux bien malgré que j’aimerais mieux être mariée avec toi.
Enfin, pourvu que tu me parles, c’est tout ce que je demande.
Enfin, mon aimée, j’espère que tu me donneras une bonne réponse et que tu seras ma poupée d’amour, car je ne te dirai jamais assez combien je t’aime, ma Nénette jolie.
Je vais te quitter ma mignonne petite môme chérie, en t’embrassant longuement sur ta petite bouche rose et te couvrant de bien doux bécots et de mes folles caresses. Je te donne mon cœur dans un brûlant baiser d’amour.
Celle qui t’aime.
Fais bien ton petit dodo, ma jolie brunette.
Angèle.
CORRESPONDANCE CLANDESTINE DE CLERMONT ET DE RENNES
Ma petite Nana,
Tu vois que je ne t’oublie pas comme tu le penses.
Ah non, ma Nana, je t’aime toujours malgré que je ne suis pas souvent près de toi.
Je ne veux pas que tu dises que je te délaisse. Tu me fais de la peine, et puis tu sais bien que ta Vayaux ne t’oublie pas.
Je sais que tu dois trouver drôle que je suis toujours avec Maria, mais tu sais, il y a longtemps que je n’ai pas parlé d’amour.
Je t’avoue que je sens que je l’aime mais je doute d’elle. Je crois qu’elle aime T.
Enfin Vayaux chérie, surtout je serai près de toi. Je vais demander à aller au ménage.
Je te quitte en t’embrassant bien tendrement.
Vayaux.
P. M. V.
Sais-tu ma petite mauviette chérie, que je suis remise avec ma Maria. Fais bien attention à elle avec T.
Je n’ai pas longtemps à faire et j’aurai bien de la peine le jour de partir en te laissant dans cette maison à souffrir.
Bonne et heureuse année, ma fille aimée. Malgré toutes les peines endurées pour toi, je viens en ce jour t’offrir mes plus doux vœux de bonne et heureuse année. Oh oui, mauviette, reçois de ta petite mère qui t’aime toujours mille vœux de bonheur.
Je pense que bientôt nous serons dehors, que nous ne souffrirons plus dans cette maudite maison. Toi, ma gosse, tu peux le dire que tu en avais ici… mais ta Vomette te rendra heureuse et te donnera le bonheur car, crois-moi, mignonne, je tiendrai ma promesse pour tout ce que je t’ai dit, car pour cela, moi je t’aime de trop. Après avoir fait ce que nous avons fait toutes deux.
Oui, tu as été ma première femme que jamais je n’oublierai. Avant je ne savais pas ce que c’était qu’une femme, et maintenant je le sais. La preuve, car je t’aime.
Vomette.
Je ne sais si Madame vient te donner ton petit œuf que je lui ai donné pour toi. Je l’ai pris et je lui ai dit : cela sera pour mon petit Totor qui est bien malade.
Tu vois que ta Riri pense à toi souvent.
Je te remercie de ton petit bif que j’ai reçu et qui me fait grand plaisir petite môme que tu es. Comme une sainte, pauvre mignonne, tu en auras vu de la souffrance dans ta vie. Moi j’ai souffert. C’était la misère, quand j’étais jeune, qu’il fallait la nuit, aller coucher dans les couloirs et qu’il ne faisait pas trop chaud.
Enfin, ma jolie petite femme, à notre sortie, on sera toutes deux bien heureuses, surtout avec toi que nous avons souffert ensemble et je serai avec toi sans rien qui nous sépare comme dans cette maudite maison.
Dire qu’il a fallu venir ici pour être ensemble, passer une bonne nuit enlacées. Pourtant on était bien fatiguées de notre voyage, et là, je me suis donnée par une nuit d’amour ainsi que toi. C’est une chose que jamais je ne pourrai oublier car pour moi, c’est mon seul grand souvenir.
Je serais si heureuse ainsi que maman à qui j’ai fait tant de peine. Pauvre femme, si elle savait à ma sortie que je la quitterai encore une fois. Quel chagrin ce serait pour elle !
Riri.