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Le roman de la rose - Tome III

JEAN DE MEUNG (continued 4)

Reading edition

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Le premier qu'elle trouverait14829. Celui-là son mari serait, Pourvu qu'elle fût déliée, N'eût-elle point d'autre épiée[83b] . Et ce que de noire je dis, Et de noir, de grise et de gris, Comme de brun et de brunette, De vache et taureau le répète, Et de brebis et de mouton[84b]: Car eux aussi, bien le sait-on, Ils veulent leurs femelles toutes, Comme elles, beau cher fils, n'en doutes[85b], De leur côté, les veulent tous Et les accueillent pour époux. Il en est ainsi, sur mon âme, De tout homme et de toute femme, Quant au naturel appétit, Dont la loi les prive un petit. Un petit! Mais trop, ce me semble, Car la loi, quand les met ensemble, Veut, soit la femme ou le mari, Qu'il n'ait jamais que celle-ci, Au moins tant qu'elle sera vive, Comme elle lui, tant comme il vive; Mais l'un comme l'autre est tenté D'user de franche volonté. Mais pour qui sait le fond des choses, Par honte aucuns suivent ces clauses, Les autres par crainte d'ennui; Mais Nature leur parle ainsi Qu'à ces bêtes sans conscience. Moi-même en fis l'expérience; Car je cherchais aussi toujours De tous les hommes les amours,

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Et se ge ne doutasse honte14707. Qui refreine mainz cuers et donte, Quant par ces ruës m'en aloie, Car tous jors aler i voloie D'aornemens envelopée (Por noiant fust une popée), Ces valés qui tant me plesoient, Quant ces dous regars me faisoient, Douz Diex! quel pitié m'en prenoit, Quant cis regars à moi venoit! Tous ou plusors les recéusse, Si lor pléust et ge péusse, Tous les vosisse tire à tire, Se ge poïsse à tous soffire. Et me sembloit que s'il péussent, Volentiers tuit me recéussent, (Je n'en met hors prelaz, ne moines, Chevaliers, borjois, ne chanoines, Ne clerc, ne lai, ne fol, ne sage, Por qu'il fust de poissant aage[86]), Et de religions saillissent, S'il ne cuidassent qu'il faillissent, Quant requise d'amors m'éussent; Mais se bien mon penser séussent, Et nos conditions tretoutes Il n'en fussent pas en tex doutes; Et croi que se plusors osassent, Lor mariages en brisassent, Et de foi ne lor sovenist, Se nus à privé me tenist. Nus n'i gardast condicion, Foi, ne veu, ne religion, Se ne fust aucuns forcenés Qui fust d'amors enchifrenés,

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Et si je n'eusse craint la honte14863. Qui refrène maints cœurs et dompte, Quand par la ville m'en allais (Car toujours aller y voulais), D'atours si bien enveloppée Qu'on aurait dit une poupée, Et quand les doux yeux me faisaient Ces varlets qui tant me plaisaient (Doux Dieux, combien j'étais émue Quand ils fixaient sur moi la vue!), Tous ou plusieurs j'aurais reçu, A leur guise, si j'avais pu; Tous les aurais eus tire à tire, A tous si j'avais pu suffire, Et tous, il me semblait le voir, Auraient voulu me recevoir. Je n'excepte prélat ni moine, Chevalier, bourgeois ni chanoine, Sage, fou, laïque ni clerc, Pourvu qu'il fût encore vert[86b]; Ils auraient renié l'Église, N'était, quand ils m'auraient requise, La peur de se voir repousser. Mais s'ils avaient su mon penser, Comme celui des femmes toutes, Ils n'auraient pas eu de tels doutes. Chacun, je crois, s'il eût osé, Son mariage aurait brisé Et sa foi mise en oubliance, Pour avoir de moi jouissance, Sans respecter condition, Foi, ni vu, ni religion, Sauf peut-être quelque imbécile Affolé d'un amour servile,

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Et loialment s'amie amast.14741. Cil, espoir, quite me clamast, Et pensast à la soe avoir, Dont il ne préist nul avoir. Mès moult est poi de tex amans, Si m'aïst Diex et saint Amans, Comme ge croi certainement, S'il parlast à moi longuement, Que qu'il déist, mençonge ou voir, Tretout le féisse esmovoir, Quex qu'il fust, seculer ou d'ordre, Fust ceint de cuir roge ou de corde, Quelque chaperon qu'il portast, O moi, ce croi, se deportast, S'il cuidast que ge le vosisse, Ou que sans plus ge le soffrisse. Ainsinc Nature nous justise, Qui nos cuers à délit atise. Par quoi Venus de Mars amer A mains deservi à blasmer. Ainsinc cum en tel point estoient Mars et Venus qui s'entr'amoient, Des Diex i ot mains qui vosissent[87] Que li autres Diex se risissent En tel point cum il font de Mars. Miex vosist puis deux mile mars Avoir perdu dam Vulcanus[88] Que cest euvre séust jà nus: Car li dui qui tel honte en orent, Quant il virent que tuit le sorent, Firent dès lors à huis overt, Ce qu'il faisoient en covert,

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Qui sa mie aimât fermement.14897. Celui-là me remerciant, Retourné s'en fût à sa dame A qui toute appartient son âme; Mais il est peu de tels amants. Encor, Dieu m'aide et saint Amans, Si celui-là, j'en suis bien sûre, S'était avec moi, d'aventure, Entretenu tout à loisir, Fût-il franc, voulût-il mentir, Fût-il séculier ou d'église, Ceint de cuir rouge ou corde grise, Quelque chaperon qu'il portât, Il eût fallu qu'il succombât Et déclarât tantôt sa flamme, Soit qu'il s'aperçût que mon âme Brûlait d'un semblable désir Ou le voulût, sans plus, souffrir. Ainsi Nature nous maîtrise Qui nos cœurs au plaisir attise; Pour ce devons-nous moins blâmer Vénus, cher fils, de Mars aimer. Quand des Dieux la troupe moqueuse Vit en leur étreinte amoureuse Mars et Vénus, plus d'un aurait[87b] Aimé mieux être leur jouet Et de Mars occuper la place; Et dam Vulcain en sa disgrâce[88b] Deux mille marcs aurait donné Pour n'être pas ainsi berné. Car eux qui tel affront subirent Quand leurs amours dévoilés virent, Dès lors firent, l'huis grand ouvert, Ce qu'ils soulaient faire à couvert,

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N'onques puis du fet n'orent honte,14773. Que li Diex tindrent d'eus lor conte, Et tant publierent la fable, Qu'el fu par tout le ciel notable. S'en fu Vulcanus plus iriés, Quant fu plus li fais empiriés; N'onques puis n'i pot conseil metre, Ainsinc cum tesmoigne la letre. Miex li venist estre soffers, Qu'avoir au lit les laz offers, Et que jà ne s'en esméust; Mès fainsist que rien n'en séust, S'il vosist avoir bele chiere De Venus, que tant avoit chiere. Si se devroit cis prendre garde Qui sa fame ou s'amie garde, Et par son fol aguet tant euvre, Que provée la prent sor l'euvre: Car sache que pis en fera, Quant prise provée sera; Ne cil qui du mal felon art, Que si l'a prise par son art, Jamès n'en aura, puis la prise, Ne biau semblant, ne bon servise: Trop est fors maus que jalousie, Qui les amans art et soussie.][Voir la note 79] Mais ceste a jalousie fainte, Qui faintement fait tel complainte, Et amuse ainsinc le musart, Quant plus l'amuse, et cil plus art. Et s'il ne s'en daigne escondire, Ains die por li metre en ire, Qu'il a voirement autre amie, Gart que ne s'en corroce mie.

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Et depuis burent toute honte,14931. Et les Dieux en firent tel conte, Et le scandale devint tel Qu'il fut connu par tout le ciel, Et Vulcain s'en fut de colère D'avoir empiré son affaire; Jamais n'y put remédier, Ainsi fit-il un sot métier. Plutôt qu'en ses lacs les étreindre, Il eût dû souffrir sans se plaindre Et jamais ne s'en émouvoir, Et feindre de ne rien savoir Pour que Vénus, à lui si chère, Lui fît encore belle chère. Donc, il ne faut pas l'oublier, Nul ne devra femme épier Jusqu'à ce que par sa sottise Il l'ait en flagrant délit prise; Car pis encore elle fera Quand sur le fait prise sera, Et lui que le mal félon grise Quand par son art il l'aura prise, N'en aura plus dorénavant Nulle faveur ni beau semblant. Trop est dur mal que Jalousie Qui les amants brûle et soucie.] Mais est jalouse feintement Qui si fort tance son amant, Et s'amuse de sa sottise; Plus s'en amuse et plus l'attise. Mais si lui, sans parer les coups, Disait, pour la mettre en courroux, Qu'il a certes une autre amie, Qu'elle ne s'en courrouce mie,

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Jà soit ce que semblant en face,14807. Se cil autre amie porchace, Jà ne li soit à ung bouton De la ribaudie au glouton; Mès face tant que cil recroie, Por ce que d'amer ne recroie, Qu'el voille autre ami porchacier, Et qu'el nel' fait fors por chacier Celi dont el vuet estre estrange: Car bien est drois que s'en estrange, Et die: «Trop m'avés meffait, Vengier m'estuet de ce meffait, Puisque vous m'avés faite coupe, Ge vous ferai d'autel pain soupe.» Lors sera cil en pire point C'onques ne fu, s'il l'aime point, Ne ne s'en saura déporter; Car nus n'a pooir de porter Grant amor ardamment où pis, S'il n'a paor d'estre acoupis. Lors resaille la chamberiere, Et face paoreuse chiere, Et die: Lasse! mortes sommes, Mes sires, ou ne sai quex hommes, Est entrés dedans nostre court. Là convient que la dame court Et entrelest toute besoingne, Mès le valet ainçois repoingne En four, en estable, ou en huche, Jusqu'à tant que l'en le rehuche. Quant ele iert ariers là venuë, Cil qui désire sa venuë, Vodroit lors estre aillors, espoir, De paor et de desespoir.

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Disant qu'à l'égal d'un bouton14965. Il lui chaut que ce vil glouton, S'il veut, recherche une autre amie, Quand sait qu'il n'en a point envie; Mais lui fasse croire à son tour, Pour mieux exciter son amour, Qu'elle veut à quelque autre plaire, Uniquement pour se défaire De lui, qu'elle ne connaît plus, Et dise: «Il est juste, au surplus, Puisque m'avez faite cocue, Puisque notre amour est rompue, De vous faire, pour me venger, De même pain soupe manger.» Alors sera sa peine extrême, Comme on n'en vit oncques, s'il l'aime; Il n'aura plus aucun plaisir; Car nul n'a pouvoir de sentir En son cœur une flamme ardente, Que cocuage ne tourmente. La chambrière alors soudain Vienne le front d'angoisse plein: «Nous sommes mortes, sur mon âme, Messire ou ne sais qui, madame, Est entré dedans notre cour!» A ce cri lors la dame court, Laissant là sa besogne toute, Mais tout d'abord le varlet boute En étable, en huche ou en four, Jusqu'à tant qu'après long séjour Enfin la dame l'en retire. Et lui qui son retour désire, Voudrait sans doute ailleurs se voir, Transi de peur, de désespoir.

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Lors se c'est uns autres amis14841. Cui la dame aura terme mis, Dont el n'ara pas esté sage, Qu'el n'en port du tout le musage, Combien que de l'autre li membre, Mener le puet en quelque chambre; Face lors tout quanqu'il vorra Cil qui demorer ne porra, Dont moult aura pesance et ire; Car la dame li porra dire: «Du demorer est-ce néans, Puisque mes sires est ceans, Et quatre miens cousins germains, Si m'aïst Diex et saint Germains! Quant autre fois venir porrés, Ge ferai quanque vous vorrés; Mais soffrir vous convient atant, Ge m'en revois, car l'en m'atent.» Mès ainçois le doit hors bouter, Qu'el n'en puist huimès riens douter. Lors doit la dame retorner, Qu'ele ne face sejorner Trop longuement l'autre à mesese, Por ce que trop ne li desplese, Et que trop ne se desconfort; Si li redoint novel confort. Si convient que de prison saille, Et que couchier avec li s'aille Entre ses bras dedens sa couche, Mès gart que senz paor n'i couche. Face-li entendant et die Qu'ele est trop fole et trop hardie, Quant son mari por li deçoit, Et el méismes se deçoit,

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Lors si c'était un nouvel hôte14999. A qui la dame eût par sa faute Fixé même heure et même lieu, Que ne soit prise pour si peu. Mais laissant l'autre en sa cachette Le conduise en quelque chambrette; Or qu'il fasse ce qu'il voudra, Ce dernier rester ne pourra, Dût-il fondre de peine ou d'ire, Car la dame lui pourra dire: «Que Dieu m'assiste et saint Germains! Avecque quatre miens cousins Germains vient d'arriver messire, Céans ne puis vous introduire; Une autre fois quand vous viendrez Je ferai ce que vous voudrez; Souffrez-le pour votre maîtresse, Mais on m'attend, et je vous laisse.» Mais avant le doit hors bouter Pour n'avoir rien à redouter. Que la dame alors s'en retourne Vers l'autre, pour qu'il ne séjourne En sa cachette trop longtemps, A grand mésaise, et là-dedans Ne s'ennuie et se déconforte. Alors que de prison il sorte Et que, pour le dédommager, L'emmène avec elle héberger Entre ses bras dedans sa couche. Mais toutefois qu'il ne se couche Sans plus d'ennui tranquillement; Qu'elle lui fasse auparavant Clairement entendre et lui die Qu'elle est trop folle et trop hardie

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Et jurt que par l'ame son pere14875. L'amor de li trop chier compere, Quant se met en tel aventure, Jà soit ce qu'el soit plus séure Que ceus qui vont à lor talant Par chans et par vignes balant. Car délis en séurté pris Mains est plesant, mains a de pris. Et quant aler devront ensemble, Gart que jà cil à li n'assemble, Combien qu'il la tiengne à sejor, Por qu'ele voie cler le jor, Qu'el n'entrecloe ains les fenestres, Que si soit umbragiés li estres, Que s'ele a ne vice, ne tache Sor sa char, que jà cil nel' sache. Gart que nule ordure n'i voie Qu'il se metroit tantost à voie, Et s'enfuiroit keuë levée, S'en seroit honteuse et grevée. Et quant se seront mis en l'uevre, Chascuns d'eus si sagement uevre, Et si à point que il conviengne Que li délis ensemble viengne[89] De l'une et de l'autre partie, Ains que l'uevre soit départie; Et si se doivent entr'atendre Por ensemble à lor bone tendre. L'ung ne doit pas l'autre lessier, De nagier ne doivent cessier Jusqu'il prengnent ensemble port, Lors auront enterin deport.

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Quand pour lui trompe son mari15033. Et que soi-même leurre ainsi; Par l'âme de son père jure Que se mettre en telle aventure, C'est payer trop cher son amour; Malgré que soit en ce séjour Plus tranquille qu'en la prairie Ceux qui dansent de compagnie; Car plaisir en sûreté pris Moins est plaisant, moins a de prix. Et quand aller devront ensemble, Qu'avec lui jamais ne s'assemble (Quand en ses bras il la tiendrait En lieu bien sûr et bien secret) Avant d'avoir clos sa fenêtre, Pour que le jour trop ne pénètre. Qu'en l'ombre elle tienne son lit, De peur que l'autre, en leur déduit, S'elle a sur la chair quelque tache Ou quelque vice, ne le sache. Car si nulle ordure y voyait, Soudain celui-ci partirait Et s'enfuirait queue élevée, La laissant honteuse et grevée. Quand seront en l'œuvre d'amour, Que chacun d'eux et tour à tour Si bien travaille, qu'il convienne Que la jouissance leur vienne[[89b] A tous les deux au même instant, Et non quand l'autre est languissant. Car ils se doivent entre-attendre A leur but pour ensemble tendre; L'un ne doit pas l'autre laisser, De nager ne doivent cesser

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Et s'el n'i a point de délit[90],14907. Faindre doit que trop s'i délit, Et faingne et face tous les signes Qu'el set qui sunt au délit dignes, Si qu'il cuit que cele en gré prengne Ce qu'el ne prise une chatengne. Et s'il, por eus asséurer, Puet vers la dame procurer Qu'ele viengne à son propre ostel, Si rait la dame propos tel Le jor qu'el devra l'erre prendre, Qu'el se face ung petit atendre, Si que cil en ait grant desir Ains que la tiengne à son plesir. Gieus d'amors est, quant plus demore, Plus agréable qu'à droite hore: S'en sunt cil mains entalenté, Qui les ont à lor volenté. Et quant iert à l'ostel venuë, Où tant sera chiere tenuë, Lors li jurt et li face entendre Qu'au jalous se fait tant atendre, Qu'ele en fremist et tremble toute, Et que trop durement se doute D'estre ledengiée et batuë, Quant ele iert ariers revenuë; Mès comment qu'ele se demente, Combien que die voir, ou mente, Prengne en paor séurement Séurté paoreusement, Et facent en lor priveté Tretoute lor joliveté.

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Qu'ils ne touchent ensemble terre,15067. Lors jouissance auront plénière. Ne goûte-t-elle aucun plaisir[90b]? Feindre doit de trop en sentir, Et feigne et fasse tous les signes Qu'elle sait être en plaisir dignes, Et se montre heureuse du jeu, Qu'elle ne prise prou ni peu. Et s'ils sont convenus d'avance Que la dame ira, par prudence, Le trouver en son propre hôtel, Que son calcul alors soit tel, Le jour qu'elle devra s'y rendre, Que se fasse un petit attendre Pour qu'il en ait plus grand désir Avant de prendre son plaisir. Jeu d'amour qui se fait attendre Plus qu'à son heure paraît tendre, Et le cœur en est moins tenté Qui le goûte à sa volonté. Quand en l'hôtel sera venue, Où tant chère sera tenue, Qu'elle lui jure par serment Que son jaloux là-bas l'attend, Qu'elle en frémit et tremble toute Et que trop durement redoute De se voir battre et malmener Quand il lui faudra retourner; Mais comment qu'elle se lamente, Soit que vrai dise ou qu'elle mente, Qu'elle dissimule sa peur Ou sûre feigne la terreur, Pour que l'amour plus doux leur semble Quand leurs ébats prendront ensemble.

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Et s'el n'a pas loisir d'aler14939. A son hostel à li parler, Ne recevoir où sien ne l'ose, Tant la tient li jalous enclose, Lors le doit, s'el puet, enivrer, Se miex ne n'en set délivrer. Et se de vin nel' puet faire yvre, D'erbes puet avoir une livre, Ou plus ou mains, dont sans dangier Li puet faire boivre ou mangier: Lors dormira cil si formant, Qu'il li lerra faire en dormant Tretout quanque cele vorra, Car destorner ne l'en porra. De sa mesnie, s'ele-l'a, Envoit ci l'ung, et l'autre là, Ou par legiers dons les deçoive, Et son ami par eus reçoive. Ou les repuet tous abevrer, Se du secré les vuet sevrer; Ou, s'il li plest, au jalous die: Sire, ne sai quel maladie, Ou fievre, ou goute, ou apostume, Tout le corps m'embrase et alume; Si m'estuet que j'aille as estuves, Tant aions-nous ceans deus cuves, N'i vaudroit riens baing sans estuve, Por ce convient que ge m'estuve. Quant li vilains aura songié, Li donra-il, espoir, congié, Combien qu'il face lede chiere, Mès qu'ele maint sa chamberiere, Ou aucune soe voisine, Qui saura toute sa convine,

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S'elle n'a pas loisir d'aller15101. En son hôtel à lui parler Ni recevoir au sien ne l'ose, Tant la tient son jaloux enclose, Celui-ci lors doit enivrer, Si mieux ne s'en peut délivrer; Et si le vin point ne l'enivre, D'herbes qu'elle prenne une livre, Ou plus, ou moins, dont sans danger Lui fasse ou boire ou bien manger. Lors dormira si bien notre homme Qu'il la laissera dans son somme Faire tout ce qu'elle voudra, Puisqu'empêcher ne l'en pourra. Lors que des gens à son service Aussitôt elle s'affranchisse, Et, suivant ce qu'elle en aura, Ci l'un envoie et l'autre là, Ou de légers dons les déçoive Et par eux son ami reçoive. Eucor les peut-elle enivrer Si du secret les veut sevrer, Ou, s'il lui plaît, qu'au jaloux die: «Je ne sais quelle maladie, Fièvre, goutte ou sourde douleur M'embrase et le corps et le cœur. J'irai, s'il vous plaît, aux étuves, Quoique céans ayons deux cuves; Bain sans étuve n'y fait rien; Pour ce m'étuver il convient.» Lors, tout en faisant la grimace, Le vilain un moment rêvasse Et congé lui donne à la fin; Mais que sa chambrière au bain

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Et son ami, espoir, r'aura,14973. Et cele ausinc tout resaura. Lors s'en ira chez l'estuvier, Mès jà ne cuve ne cuvier Par aventure n'i querra, Mès o son ami se gerra, Se n'est, por ce que bon lor semble, Que baignier se doivent ensemble: Car il la puet ilec atendre. S'il set que cele part doit tendre. Nus ne puet metre en fame garde, S'ele-méisme ne se garde: Se c'iert Argus qui la gardast, Qui de ses cent yex l'esgardast, Dont l'une des moitiés veilloit, Et l'autre moitié sommeilloit, Quant Jupiter li fist tranchier Le chief, por Yo revenchier Qu'il avoit en vache muée, De forme humaine desnuée, (Mercurius le li trencha Quant de Juno la revencha) N'i vaudroit sa garde mès riens: Fox est qui garde tel mesriens. Mais gart que jà ne soit si sote, Por riens que clers ne lais li note, Que jà riens d'enchantement croie, Ne sorcerie, ne charroie[91], Ne Balenus[92] ne sa science, Ne magique, ne nigromance, Que par ce puist homme esmovoir A ce qu'il l'aint par estovoir,

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Elle emmène, ou quelque voisine15135. Avec qui son projet combine, Qui son ami comme elle aura Et dont tout le secret saura. Lors elle ira droit aux étuves, Mais jamais ni cuviers, ni cuves D'aventure n'y cherchera, Mais avec l'ami couchera, A moins pourtant, si bon leur semble, Qu'ils ne s'aillent baigner ensemble; Car s'il sait qu'elle doit venir, Il s'y peut en secret tenir. Nul ne peut tenir femme en garde Si soi-même elle ne se garde. Oui, fût-ce Argus qui la gardât Et de ses cent yeux regardât, Dont une moitié dormait close, L'autre veillant sur toute chose, Quand Jupiter lui fit trancher La tête, pour Io venger Qu'il avait en vache changée, De forme humaine dégagée (Mercurius la lui trancha De Junon quand il la vengea), Qu'il n'y pourrait rien; c'est sottise De garder telle marchandise. Mais qu'elle ait soin de ce noter: Pour rien que lui veuille conter Laïque ou clerc, qu'aucune histoire Elle n'aille sottement croire Ni de sorciers, ni d'enchanteurs[91b], Ni de devins, ni de charmeurs, Ni Balénus, ni sa science[92b], Soit magique, soit négromance:

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Ne que por li nule autre hée:15005. Onques ne pot tenir Medée Jason por nul enchantement; N'onc Circé ne tint ensement Ulixes qu'il ne s'enfoïst, Por nul sort que faire poïst. Si gart fame qu'à nul amant, Tant l'aille son ami clamant, Ne doingne don qui gaires vaille: Bien doint orillier ou toaille, Ou cuevrechief, ou aumosniere, Mès qu'el ne soit mie trop chiere; Aguillier, ou laz, ou ceinture, Dont poi vaille la ferréure, Ou ung biau petit coutelet, Ou de fil ung biau linsselet, Si cum font nonains par coustume: Mais fox est qui les acoustume. Miex vient fame du siecle amer, L'en ne s'en fait pas tant blasmer, Si vont miex à lor volentés: Lor maris et lor parentés Sevent bien de paroles pestre; Et jà soit (ce que ne puist estre) Que l'ung et l'autre trop ne coust, Trop sunt nonains de graindre coust, Mès hons qui bien sage seroit, Tous dons de fame douteroit: Car dons de fame, à dire voir, Ne sunt fors laz à decevoir; Et contre sa nature peche Fame qui de largesce a teche.

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Ni que femme puisse charmer15169. Et contraindre un homme à l'aimer Pour délaisser celle qu'il aime. Médée onc ne tint elle-même Jason par nul enchantement; Circé ne sut pareillement Empêcher de s'enfuir Ulysse Par nul sort, par nul maléfice. Surtout que femme à son amant, Tant l'aille son ami clamant, Ne donne rien qui trop cher vaille; Qu'oreiller ou toile lui baille, Une aumônière, un chaperon, Mais toujours un modeste don, Étui, lacet ou bien ceinture Dont moult peu coûte la ferrure, Ou un beau petit coutelet, Ou un mouchoir fin et coquet, Comme font nonnains d'ordinaire; Mais fol aux nonnains qui veut plaire. Mieux vaut femme du monde aimer, C'est un amour moins à blâmer; Car mieux leur volonté font-elles, Leur mari de paroles belles Savent paître et leur parenté. A prix égal, en vérité (Ce qui, ma foi, ne se peut guères), Nonnains sont encor les plus chères. Mais homme qui sage serait Dons de femme redouterait, Car, à vrai dire, dons de femmes Ne sont que lacs, perfides trames. Femme contre nature agit Qui par largesse homme séduit.

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Lessier devons largesce as hommes:15037. Car quant nous fames larges sommes, C'est grant meschéance et grant vices. Déables nous ont fait si nices! Mès ne m'en chaut; il n'en est guieres Qui de don soient coustumieres. De tiex dons cum j'ai dit devant, Mès que ce soit en decevant, Biau filz, poés-vous bien user Por les musars miex amuser: Et gardés quanque l'en vous donne; Et vous soviengne de la bonne Où tretoute jonesce tent, Se chascun pooit vivre tant: C'est de viellesce qui ne cesse, Qui chacun jor de nous s'apresse, Si que quant là serés venus, Ne soiés pas por fox tenus, Mès soiés d'avoir si garni, Que point ne soiés escharni: Car aquerre, s'il n'i a garde, Ne vaut pas ung grain de mostarde. Ha, lasse! ainsinc n'ai-ge pas fait, Or sui povre par mon fol fait. Les grans dons que cil me donnoient Qui tuit à moi s'abandonnoient, Au miex amé abandonnoie. L'en me donnoit, et ge donnoie, Si que n'en ai riens retenu. Donner m'a mise au pain menu: Ne me sovenoit de viellesce Qui or m'a mise en tel destresce. De povreté ne me tenoit; Le tens ainsinc cum il venoit

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Laisser devons largesse aux hommes;15203. Car nous, femmes, quand larges sommes, C'est grand malheur et grand défaut. Diable nous fit le cœur si sot! Mais je m'en moque, il n'en est guères Qui de donner soient coutumières. Pour les musards mieux amuser, Beau fils, vous pouvez donc user Des dons que vous m'avez ouïe Nombrer, ce n'est que duperie. Tout ce qu'on vous donne gardez, Et toujours le but regardez Où tend tretoute la jeunesse, C'est à vieillesse qui ne cesse Chaque jour à nous de venir; Mais tous n'y peuvent parvenir. Ayez donc bourse bien garnie Pour éviter toute avanie, Afin, quand serez là venu, Que ne soyez pour fol tenu. Acquérir, pour qui rien ne garde, Ne vaut pas un grain de moutarde. Ha! sotte, ainsi n'ai-je pas fait, Et je suis pauvre par mon fait. Toutes les marques de tendresse Que je reçus dans ma jeunesse Au mieux aimé j'abandonnais; L'on me donnait, et je donnais. De tous ceux qui m'avaient aimée, Les dons sont partis en fumée, Si bien que n'ai rien retenu; Donner m'a mise au pain menu. J'avais oublié la vieillesse Qui m'a mise en telle détresse.

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Lessoie aler, sans prendre cure15071. De despens faire par mesure. Se ge fuisse sage, par m'ame! Trop éusse esté riche dame: Car de trop grans gens fui acointe, Quant g'iere jà mignote et cointe, Et bien en tenoie aucuns pris; Mès quant j'avoie des uns pris, Foi que doi Diex et saint Tibaut, Tretout donnoie à ung ribaut Qui trop de honte me faisoit, Mès c'iert cis qui plus me plaisoit. Li autres tous amis clamoie[93], Mès li tant solement amoie; Mès sachiés qu'il ne me prisoit Ung pois, et bien me le disoit. Mauvès iert, onques ne vis pire, Onc ne me cessa de despire: Putain commune me clamoit Li ribaus qui point ne m'amoit. Fame a trop povre jugement, Et ge fui fame droitement. Onc n'amai homme qui m'amast; Mès se cil ribaut m'entamast L'espaule, ou ma teste éust quasse, Sachiés que ge l'en merciasse. Il ne me séust jà tant batre, Que sor moi nel' féisse embatre; Qu'il savoit trop bien sa pez faire, Jà tant ne m'éust fait contraire, Ne jà tant m'éust mal menée, Ne batuë, ne traïnée, Ne mon vis blecié, ne nerci, Qu'ainçois ne me criast merci

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Pauvreté ne m'inquiétait,15237. Le temps ainsi comme il venait Laissais aller sans mettre cure De dépens faire avec mesure. Quand j'étais belle, en ce beau temps, L'idole fus de tant de gens, Que j'eusse été trop riche dame Si sage fusse, sur mon âme, Car plus d'un en mes lacs fut pris. Mais ce que l'un m'avait remis, Par saint Thibaud, par Dieu mon maître, Tretout le donnais à un traître Qui trop de honte me faisait; Mais plus que tous il me plaisait. Mon ami j'appelais maint autre, Mais seul j'aimais ce bon apôtre Qui, sachez-le, ne me prisait Un pois et bien me le disait. Oncques ne vis canaille pire, Car patiente en mon martyre, Putain commune me clamait Ce ribaud qui point ne m'aimait. Femme est de pauvre intelligence, Et je fus femme sans doutance. Nul homme qui m'aimât n'aimai; Mais il m'eût, le monstre, entamé L'épaule ou la tête cassée, J'aurais, je crois, sa main baisée. En vain me faisait-il souffrir, Je le faisais sur moi venir; Il savait si bien sa paix faire! Oui, tant m'eût-il fait de misère, Tout mon corps eût-il malmené, Battu, noirci de coups, traîné,

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Que de la place se méust,15105. Jà tant dit honte ne m'éust, Que de pex ne m'amonestast[94], Et que lors ne me rafaitast, Si r'avions et pez et concorde. Ainsinc m'avoit prise à sa corde, Car trop estoit fiers rafaitierres Li faus, li traïstres, li lierres. Sans celi ne poïsse vivre, Celi vosisse tous jors sivre: S'il foïst, bien l'alasse querre Jusqu'à Londres en Angleterre. Tant me plut et tant m'abeli, Qu'à honte me mist, et je li: Car il menoit les grans aviaus Des dons qu'il ot de moi tant biaus: Ne n'en metoit nus en espernes, Tout jooit as dez en tavernes; N'onques n'aprist autre mestier, N'il ne l'en iert lors nul mestier, Car tant li livroie à despendre, Et ge l'avoie bien où prendre Tous li mondes iert mes rentiers, Et il despendoit volentiers, Et tous jors ert en ribaudie, Tretout frioit de lecherie: Tant par avoit la bouche tendre, C'onc ne volt à nul bien entendre; N'onc vivre ne li abelit Fors en oiseuse et en délit. En la fin l'en vi mal-bailli, Quant li dons me furent failli: Povres devint et pain querant, Et ge n'oi vaillant ung seran.

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Tant m'eût-il lacéré la face,15271. Qu'avant d'abandonner la place Il lui fallait crier merci. De ses injures tout marri, Pour obtenir paix et concorde, Lui qui me tenait à sa corde Si bien pourtant, il suppliait[94] Et d'amour me rassasiait; Car il était à ce jeu maître, Le fourbe, le larron, le traître! Je ne pouvais vivre sans lui, Et partout je l'aurais suivi, S'il eût fui, par toute la terre, Jusqu'à Londres en Angleterre. Tant il me plut, tant il m'aima, Que l'un l'autre à honte mena, Car il faisait grande bombance De ce qu'avais en abondance; Rien en épargne ne mettait Et tout aux tavernes jouait. Il ne voulut jamais apprendre D'autre métier, car, à bien prendre, Oncques n'en sentit le besoin, Car moi-même je prenais soin De subvenir à sa dépense. J'avais où puiser d'assurance, Tout le monde était mes rentiers, Et lui dépensait volontiers, Et tout friand de lécherie En débauches passait sa vie. Il ne voulait vivre et mourir Qu'en la paresse et le plaisir, Et tant avait la bouche tendre Qu'au bien oncques ne sut entendre.

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N'onques n'oi seignor espousé15139. Lors m'en vins, si cum dit vous é, Par ces buissons gratant mes temples. Cist miens estaz vous soit exemples, Biau douz filz, et le retenez; Si sagement vous demenez, Que miex vous soit de ma mestrie: Car quant vostre Rose iert flestrie, Et les chanes vous assaudront, Certainement li don faudront. L'Acteur. Ainsinc la Vielle a sermonné: Bel-Acueil, qui mot n'a sonné, Très-volentiers tout escouta. De la Vielle mains se douta Qu'il n'avoit onques fait devant, Et bien se vet aparcevant Que, se ne fust por Jalousie Et ses portiers où tant se fie, Au mains les trois qui li demorent, Qui tous jors par le chastel corent Tuit forcené por le défendre, Legier fust le chastel à prendre: Mès jà n'iert pris si cum il cuide, Tant i metent cil grant estuide. De Male-Bouche qui mors iere, Ne faisoit nus d'eus lede chiere,

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On le vit enfin malheureux,15305. Les dons nous manquant à tous deux, Chercher son pain à toute enseigne, Car je n'avais vaillant un peigne Et n'avais personne épousé. Lors m'en vins, comme dit vous ai, En ces lieux me grattant l'oreille. Que mon exemple vous conseille, Retenez-le bien, mon enfant. Conduisez-vous si sagement Qu'au moins ma longue expérience Vous soit utile en votre enfance; Car lorsque vos cheveux un jour Blanchiront, et lorsqu'à son tour Votre Rose sera flétrie, Les dons fuiront, n'en doutez mie. L'Auteur. Ainsi la Vieille a sermonné. Bel-Accueil, qui mot n'a sonné, Très-volontiers fut tout oreille, Moins se méfia de la Vieille Dès lors qu'il n'avait fait devant, Et bien alla s'apercevant Que, n'était cette Jalousie Et ses portiers où tant se fie (Au moins les trois encor vivants, Toujours par le castel courants Tout forcenés pour le défendre), Ce castel fut facile à prendre; Mais jamais il ne sera pris, Tant veillent tous, à son avis. Nul d'eux certes au cœur ne touche La mort du vilain Malebouche;

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Qu'il n'iere point leans amés;15165. Tous jors les avoit diffamés Vers Jalousie, et tous traïs, Si qu'il ert si forment haïs, Qu'il ne fust pas d'ung ail raiens De nus qui demorast laiens, Se n'iert, espoir, de Jalousie: Cele amoit trop sa janglerie, Volentiers li prestoit l'oreille, Si r'iert-ele triste à merveille; Quant li lerres chalemeloit, Qui nule riens ne li celoit Dont il li poïst sovenir, Por quoi maus en déust venir. Mès de ce trop grant tort avoit Qu'il disoit plus qu'il ne savoit, Et tous jors par ses flateries Ajoustoit as choses oies: Tous jors acroissoit les noveles, Quant el n'ierent bonnes ne beles, Et les bonnes apetissoit. Ainsinc Jalousie atisoit, Comme cil qui toute sa vie Usoit en jangle et en envie. N'onques messe chanter n'en firent, Tant furent liez quant mort le virent: Riens n'ont perdu, si cum lor semble; Car, quant mis se seront ensemble, Garder cuident si la porprise, Qu'el n'aura garde d'estre prise, S'il i venoit cinq cens mil hommes. Les trois portiers. Certes, font-il, poi poissant sommes,

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Céans personne ne l'aimait,15337. Car trahis tous il les avait Et diffamés vers Jalousie. Tant leur haine était endurcie Que nul ne l'eût un ail vaillant Racheté, céans demeurant, Si ce n'est pourtant Jalousie. Trop elle aimait sa fourberie Et moult volontiers l'écoutait, En sa tristesse se plaisait, Quand le larron flûtait sa glose. Il ne lui celait nulle chose Dont il lui pouvait souvenir, Pourvu que mal en pût venir. Mais trop grande était sa rouerie, Car toujours en sa flatterie, Pour dire plus qu'il n'en savait, Aux racontars il ajoutait, Toujours grossissait les nouvelles Quand les savait bonnes ni belles, Et les bonnes rapetissait; Ainsi Jalousie attisait En homme que toute sa vie Rongeait et la haine et l'envie. Nul pour lui messe ne chanta, Tant sa mort tous les enchanta. Rien n'ont perdu, comme leur semble, Car en se concertant ensemble Ils pensent garder le pourpris Si bien, qu'il ne puisse être pris, S'il y venait cinq cent mille hommes. Les trois portiers. Certes, font-ils, peu puissants sommes,

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Se sans ce larron ne savons15197. Garder tout quanque nous avons, Ce faus traïtre, ce truant; Aut s'ame où feu d'enfer puant Qui la puist ardoir et destruire! Onques ne fist céans fors nuire. L'Acteur. Ce vont li trois Portiers disant; Mès que qu'il aillent devisant, Forment en sunt afébloié. Quant la Vielle ot tant fabloié, Bel-Acueil reprent la parole, A tart commence et poi parole, Et dist comme bien enseigniés. Bel-Acueil. Madame, quand vous m'enseigniés Vostre art si debonnairement, Je vous en merci bonement; Mès quant parlé m'avés d'amer, Des dous maus où tant a d'amer, Ce m'est trop estrange matire. Riens n'en sçai fors par oir dire, Ne jamès n'en quier plus savoir. Quant vous me reparlés d'avoir Qui soit par moi grans amassés, Ce que j'ai me soffist assés; D'avoir bele maniere et gente, Là voil-ge bien metre m'entente. De magique, l'art au déable, Je n'en croi riens, soit voir ou fable; Mès du valet que vous me dites, Où tant a bontés et merites,

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Si sans ce larron ne savons15369. Garder tout ce que nous avons. Ce faux traître, cette canaille, Que son âme au feu d'enfer aille Brûler en d'éternels tourments, Lui qui ne sut que nuire aux gens. L'Auteur. Ainsi les trois portiers devisent. Mais cependant, quoi qu'ils en disent, En sont durement affaiblis. La Vieille, ses propos finis, La parole à Bel-Accueil laisse. En peu de mots, sans nulle presse, Il dit comme bien enseigné: Bel-Accueil. Dame, puisque m'avez daigné Instruire en toute courtoisie, De bon cœur vous en remercie. Mais quand m'avez parlé d'aimer Ce doux mal parfois tant amer, Pour moi c'était énigme lire. Rien n'en sais, sinon par oui-dire, Ni jamais n'en veux plus savoir. Quand vous m'avez parlé d'avoir Que je puis amasser sans blâme, Ce que j'ai me suffit, ma dame; De maintien bel et gent avoir J'essaierai de tout mon pouvoir; De la magie ou l'art au diable Je n'en crois rien, soit vrai, soit fable; Et quant au varlet maintenant, Si gentil et si méritant

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Que toutes graces li acorent,15227. S'il a graces, si li demorent. Ge ne bé pas que soient moies, Ains les li quit; mès toutevoies Nel' hé-ge pas certainement; Ne ne l'aim pas si finement, Tout aie-ge pris son chapel, Que por ce mon ami l'apel, Se n'est de parole commune, Si cum chascuns dist à chascune: «Bien puissiés-vous venir, amie, Amis, et Diex vous benéie;» Ne que ge l'aime, ne honor, Se n'est par bien et par honor. Mès puisqu'il le m'a presenté, Et recéu son présent é, Ge me doit bien plaire et séoir: S'il puet, si me viengne véoir, S'il a de moi véoir talent; Il ne me trovera jà lent Que nel' reçoive volentiers, Mès que ce soit endementiers Que Jalousie iert hors de vile, Qui forment le het et avile; Si dout-ge, comment qu'il aviengne, S'il vient céans qu'el n'i sorviengne: Car puis qu'ele a fait emmaller Tout son hernois por hors aler, Et de remaindre ai-ge congié, Quant sor son chemin a songié, Sovent à mi-voie retorne, Et tous nous tempeste et bestorne; Et s'el i vient par aventure, Tant est vers moi crueuse et dure,

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Qu'abonde en lui tretoute grâce,15399. S'il en a tant, grand bien lui fasse, Et bien loin d'en être jaloux, Je les lui souhaite; entre nous Je ne le hais point; mais quand même D'assez fine amour je ne l'aime, Tout en prenant son chapelet, Pour mon cher ami l'appeler Sinon de parole commune Comme chacun dit à chacune: «Portez-vous bien, chère, aujourd'hui,» Ou bien: «Dieu vous bénisse, ami.» Si je l'aime et si je l'honore, C'est tout bien, tout honneur encore. Mais du moment où j'acceptai Le chapel qu'il m'a présenté, Il ne peut plus ne pas me plaire. Qu'il vienne donc, s'il le peut faire, Puisqu'il tient si fort à me voir, Je suis prêt à le recevoir Avec plaisir, je ne le nie. Mais que ce soit quand Jalousie, Qui le hait et méprise tant, Hors la ville ira cependant. Or je tremble, quoi qu'il advienne, Lui céans, qu'elle ne survienne; Car lorsqu'elle fait emballer Tout son harnais pour s'en aller Et que seul d'ennui je me ronge, Souvent sur la route elle songe, Retourne à mi-voie, et tretous Lors nous met sens dessus dessous. Tant est vers moi cruelle et dure Que, retournant par aventure,

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S'ele le puet ceans trover,15261. N'en puist-ele jà plus prover, Se sa cruauté remembrés, Ge serai tous vif desmembrés. L'Acteur. Et la Vielle moult l'asséure. La Vieille. Sor moi, dist-ele, soit la cure, De li trover est-ce néans, Et fust Jalousie céans: Car ge sai tant de repostaille, Que plustost en ung tas de paille, Si m'aïst Diex et saint Remi, Troveroit un œf de frémi, Que celi, quant repost l'auroie, Si bien repondre le sauroie. Bel-Acueil. Dont voil-ge bien, dist-il, qu'il viengne, Mès que sagement se contiengne, Si qu'il se gart de tous outrages. La Vieille. Par la char Diex, tu dis que sages, Cum preux et cum bien apensés, Filz, qui tant vaut et qui tant sés. L'Acteur. Lor parole atant faillirent[95], D'ilec adonc se départirent.

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Si le pouvait céans trouver, 15433. Rien ne pût-elle plus prouver, Tout vif me démembrerait-elle, Car vous connaissez la cruelle. L'Auteur. Lors la Vieille le rassurant: La Vieille. Pour le trouver ici, néant. Laissez-moi faire, je vous prie. Céans fût-elle, Jalousie, M'assiste Dieu et saint Rémi! Trouverait un œuf de fourmi Plutôt dedans un tas de paille Que notre ami, si j'y travaille; Car cent cachettes je connais, Et trop bien cacher le saurais. Bel-Accueil. Or, dit-il, je veux bien qu'il vienne; Mais que sagement il se tienne Et se garde de tout excès. La Vieille. Par la chair Dieu! c'est ou jamais, Beau doux fils, parler comme un sage, Ton sens j'admire et ton courage. L'Auteur. Lors ils se taisent, et sans plus Tous deux se quittent là-dessus.

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Bel-Acueil en sa chambre va, 15283. Et la Vielle ausinc se leva Por besoingner par la meson. Quant vint leu, et tens et seson Que la Vielle peut sol choisir Bel-Acueil, si que par loisir Péust-l'en bien à li parler, Les degrés prent à devaler, Tant que de la tor est issuë: N'onques ne cessa puis l'issuë Jusqu'à mon hostel de troter, Por moi la besoingne noter; Vint-s'en à moi lasse et tagans. La Vieille. Viens-ge, dist-ele, à point as gans[96], Se ge vous di bonnes noveles Toutes fresches, toutes noveles? L'Amant. As gans! Dame, ains vous di sans lobe, Que vous aurés mantel et robe, Et chaperon à penne grise, Et botes à vostre devise, Se me dites chose qui vaille. Lors me dist la Vielle que j'aille Sus au chastel, où l'en m'atent: Ne s'en volt pas partir atant, Ains m'aprist d'entrer la maniere.

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Bel-Accueil va dans sa chambrette, 15455. Tandis que la Vieille s'apprête A besogner par la maison. Or, quand vint lieu, temps et saison, Voyant Bel-Accueil seul, la Vieille, Jugeant l'heure belle à merveille Pour tout à loisir lui parler, Les degrés prend à dévaler Et de la tour est descendue, Et ne cesse depuis l'issue Jusqu'à mon logis de trotter Pour la besogne me noter. Lasse elle arrive et solennelle: La Vieille. A propos viens-je, me dit-elle[96b], Si bonnes nouvelles vous di Fraîches et belles, mon ami? L'Amant. A propos! oui, Dieu me pardonne, Car robe et manteau je vous donne, Et de drap gris un chaperon, Et bottines et cotillon Si me dites chose qui vaille. Lors me dit la Vieille que j'aille Sus au castel où l'on m'attend. Mais toutefois elle m'apprend, Avant de partir la première, D'entrer au castel la manière.

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LXXVI 15308. Comment la Vieille la maniere D'entrer au Fort par l'huys derriere Enseigna l'Amant à bas ton, Par ses promesses, sans nul don; Et l'instruisit si sagement, Qu'il y entra secretement. Vous enterrés par l'uis derriere, Dist-ele, et gel' vous vois ovrir Por mieux la besoingne covrir. Cist passages est moult covers, Sachiés cis huis ne fu overs Plus a de deus mois et demi. L'Amant. Dame, fis-ge, par saint Remi! Coust l'aune dix livres ou vint, (Car moult bien d'Amis me souvint Qui me dist que bien proméisse, Néis se rendre ne poïsse), Bon drap aurés, ou pers, ou vert, Se ge puis trover l'uis ouvert. La Vielle atant de moi se part. Ge m'en revois de l'autre part A l'uis derriere où dit m'avoit, Priant Diex qu'à bon port m'avoit. A l'uis m'en vins sans dire mot, Que la Vielle deffermé m'ot, Et le tint encor entreclos: Quant me fui mis ens, si le clos,

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LXXVI 15481. Comment la Vieille la manière D'entrer au castel par derrière Enseigne à l'Amant à bas ton, Par ses promesses, sans nul don. Et si sagement l'endoctrine Qu'il y pénètre à la sourdine. Pour mieux la besogne couvrir, Dit-elle, je vais vous ouvrir, Et pour ce je pars la première. C'est par la porte de derrière; Moult est ce passage couvert, Car onques il ne fut ouvert Depuis trois grands mois, sur mon âme. L'Amant. Par saint Remi, lui dis-je, dame, Dût l'aune dix livres ou vingt Coûter (car d'Ami me souvint, Qui dit: promettre il faut sans cesse, Dût-on violer sa promesse), Beau drap bleu vous aurez ou vert Si je peux trouver l'huis ouvert. Elle part sur cette parole. A l'huis, qu'elle m'a dit, je vole Aussitôt, priant en mon for Dieu de me conduire à bon port. Sans dire mot, lors je m'empresse A l'huis que, selon sa promesse, La Vieille tenait demi-clos. Une fois entré, je le clos,

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15335. Si fui mès plus séurement, Et ge de ce méismement Que ge soi Male-Bouche mort; Onques si liez ne fui de mort. Ilec vi la porte cassée: Ge ne l'oi pas plustost passée, Qu'Amors trovai dedens la porte, Et son ost qui confort m'aporte. Diex! quel avantage me firent Li vassal qui la desconfirent! De Diex et de saint Benéoist Puissent-il estre benéoist! Ce fut Faus-Semblant li traïstres, Le fils Barat, li faus menistres Dame Ypocrisie sa mere, Qui tant est as vertus amere, Et dame Astenance-Contrainte, Qui de Faus-Semblant est enceinte, Preste d'enfanter Antecrist, Si cum ge truis où livre escrit. Cil là desconfirent sans faille; Si pri por eus vaille que vaille. Seignor qui velt traïstres estre, Face de Faus-Semblant son mestre, Et Contrainte-Astenance prengne, Double soit, et sangle se faingne. Quant cele porte que j'ai dite, Vi ainsinc prise et desconfite, L'ost trovai aüné léans, Prest d'assaillir, mes iex véans. Si j'oi joie, nul nel' demant: Lors pensai moult parfondement

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15509. Et plus à mon aise respire, Ayant naguère entendu dire Que Malebouche gisait mort. Onc tel plaisir n'eus d'une mort. Là je vis la porte cassée; Je ne l'eus pas plutôt passée due je trouvai le Dieu d'Amours Menant son ost à mon secours. Dieu! quel service me rendirent Ces amis qui la déconfirent! Que de Dieu et de saint Benoît Ils soient bénis pour leur exploit! C'était Faux-Semblant, fils sinistre D'Hypocrisie et faux ministre, Dont le père Mensonge était Qui tant vertu combat et hait, Puis dame Abstinence-Contrainte Des uvres de Semblant enceinte, Prête d'enfanter Antechrist, Comme au saint livre il est écrit. Adonc pour eux, vaillent que vaillent, Prière fais, puisqu'ils bataillent Et la porte ont brisée pour moi. Celui qui veut, traître et sans foi, Tromper les gens et parjure être, De Faux-Semblant fasse son maître, D'Abstinence suive la loi, Simple se feigne et double soit. Quand cette porte que j'ai dite Vis ainsi prise et déconfite, L'ost trouvai rassemblé céans Prêt à l'assaut, mes yeux voyants. Si ma félicité fut grande, Doux Dieu! que nul ne le demande!

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15367. Comment j'auroie Douz-Regart. Estes-le vous, que Diex le gart! Qu'Amors par confort le m'envoie, Trop grant piece perdu l'avoie. Quant gel' vi, tant m'en esjoï, Qu'à poi ne m'en esvanoï: Moult refu liez de ma venuë Douz-Regard, quant il l'ot véuë, Tantost à Bel-Acueil me monstre, Qui saut sus et me vient encontre, Comme cortois et bien apris, Si cum sa mere l'ot apris.

LXXVII Comment l'Amant en la chambrette De la tour, qui estoit secrette, Trouva par Semblant Bel-Acueil Tout prest d'acomplir tout son vueil. Enclins le salu de venuë Et il ausinc me resaluë, Et de son chapel me mercie. Sire, fis-ge, ne vous poist mie, Ne m'en devés pas mercier; Mès ge vous doi regracier Cent mile fois quant me féistes Tant d'onor que vous le préistes. Et sachiés que s'il vous plaisoit, Ge n'ai riens qui vostre ne soit Por faire tout vostre voloir, Qui qu'en déust rire ou doloir.

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15543. Lors me pris à penser à part Comment retrouver Doux-Regard. Mais le voilà! Dieu le bénisse! Amour pour finir mon supplice M'envoie, hélas! ce doux ami Qui me fut si longtemps ravi; Tel fut mon bonheur, à sa vue, Que fuyait mon âme éperdue. Alors Doux-Regard, moi venu, Tout joyeux sitôt qu'il m'a vu, Du doigt à Bel-Accueil me montre, Qui d'un bond vient à ma rencontre Comme courtois et bien appris, De sa mère il l'avait appris.

LXXVII Ci l'Amant trouve en la chambrette De la tour, qui était secrète, Bel-Accueil tous ses vux s'offrant A combler, grâce à Faux-Semblant. Lors je m'incline à sa venue, Et lui aussi me resalue Du chapel me remerciant: «Sire, lui dis-je, tel présent Ne vaut pas qu'on me remercie; Mais mille grâces, sur ma vie, Vous dois, pour m'avoir fait l'honneur De l'accepter de si grand cœur: Et s'il vous plaît, j'ose le dire, Rien n'ai qui ne soit vôtre, sire, Pour faire tout votre vouloir, En dût-on rire ou bien douloir.

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15395. Tout me voil à vous aservir Por vous honorer et servir, S'ous me volés riens commander, Ou sans commandemens mander; Ou s'autrement le puis savoir, G'i metrai le cors et l'avoir, Voire certes l'ame en balance[97], Sans nul remors de conscience: Et que plus certains en soiés, Ge vous pri que vous l'essaiés;. Et se g'en fail, jà n'aie joie De cors, ne de chose que j'oie. Bel-Acueil. Vostre merci, dist-il, biau Sire: Ge vous revoil bien ausinc dire Que se j'ai chose qui vous plese, Bien voil que vous en aiés ese: Prenés en néis sans congié, Par bien et par honor cum gié. L'Amant. Sire, fis-ge, vostre merci, Cent mile fois vous en merci, Quant ainsinc puis vos choses prendre, Dont n'i quier-ge jà plus atendre, Quant ci avés la chose preste, Dont mes cuers fera gregnor feste Que de tretout l'or d'Alixandre. Lors m'avançai por les mains tendre A la Rose que tant désir, Por acomplir tout mon désir:

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15573. Que votre volonté commande Ou que sans ordonner demande, Tout me veux à vous asservir Pour vous honorer et servir; Que vos désirs sans plus je pense, Je mettrai tout en la balance[97b] Pour les combler, avoir et corps, Voire l'âme sans nul remords. Et si vous en doutez, sur l'heure Essayez-en, et que je meure Ou que je ne goûte jamais Bonheur de rien, si j'y manquais! Bel-Accueil. Grâces vous rends, dit-il, beau Sire, Et de même je veux vous dire: Si j'ai rien que vous désiriez, Je veux aussi qu'aise en ayez, Tout bien, tout honneur, tire à tire, Comme-moi prenez-en donc, sire. L'Amant. Je vous rends grâces, fis-ge, aussi, Cent mille fois vous dis merci D'ainsi pouvoir vos choses prendre. Je n'osais de vous plus prétendre, Car la chose avez prête là, Dont mon cœur grand' fête fera Plus que de tout l'or d'Alexandre.» Lors m'avançai pour les mains tendre A cette Rose que mon cœur Désirait avec tant d'ardeur,

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15423. Si cuidai bien à nos paroles Qui tant ierent douces et moles, Et à nos plesans acointances, Plaines de beles contenances, Que trop fust fait legierement; Mès il m'avint tout autrement.

LXXVIII Comment l'Amant se voulut joindre Au Rosier pour la Rose attaindre; Mais Dangier, qui bien l'espia Lourdement et hault s'escria. Moult remaint de ce que fox pense: Trop i trovai cruel deffense, Car si cum cele part tendi, Dangier le pas me deffendi. Li vilains, que maus leus estrangle! Il s'estoit repost en ung angle Par derriers et nous aguetoit, Et mot à mot toutes metoit Nos paroles en son escrit; Lors n'atent plus qu'il ne m'escrit: Dangier parle à l'Amant. Fuiés, vassal, fuiés, fuiés, Fuiés de ci, trop m'ennuiés: Déables vous ont ramené, Li maléoit, li forcené, Qui à ce biau servise partent, Et tout prengnent ains qu'il s'en partent:

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15601. Pensant voir en toute assurance Combler enfin mon espérance; Je me flattais à nos discours Si doux, si pleins de nos amours, A nos plaisantes accointances Pleines de belles contenances, Qu'à mes fins viendrais aisément; Mais il en fut tout autrement.

LXXVIII Comment l'Amant se voulut joindre Au Rosier pour la Rose atteindre; Mais Danger, qui bien l'épia, Lourdement et haut s'écria. Qu'il s'en perd de ce que fol pense! Trop cruelle y trouvai défense. Car comme j'y tendais la main, Danger me barra le chemin. Le vilain, méchant loup l'étrangle! Il s'était caché dans un angle Par derrière, et nous aguettait, Et de nous mot à mot mettait En écrit ce qu'il put entendre. Lors s'écria sans plus attendre: Danger à l'Amant. Fuyez, vassal, fuyez, fuyez, Fuyez d'ici, trop m'ennuyez. C'est le diable qui vous ramène; Le maudit, forcené de haine, A ce haut fait veut prendre part, Pour tout ravir à son départ.

[p.332]

15449. Jà n'i viengne-il sainte, ne saint, Vassal, vassal, se Diex me saint, A poi que ge ne vous affronte. L'Amant. Lors saut Paor, lors acort Honte, Quant oïrent le païsant, Fuiés, fuiés, fuiés disant. N'encor pas à tant ne s'en tut, Mais le déable i amentut, Et sainz et saintes en osta. Hé Diex! cum ci felon oste a! Si s'en corrocent et forsennent, Tuit trois par ung acort me prennent, Si me boutent arrier mes mains. «Jà n'en aurés, font-il, més mains, Ne plus que vous éu avés: Malement entendre savés Ce que Bel-Acueil vous offri, Quant parler à li vous soffri. Ses biens vous offri liement, Mès que ce fust honestement: D'onesteté cure n'éustes, Mès l'offre simple recéustes, Non pas où sens qu'en la doit prendre: Car sans dire est-il à entendre, Quant prodoms offre son servise, Que ce n'est fors en bonne guise, Qu'ainsinc l'entent li prometierres. Mès or nous dites, dans trichierres, Quant ces paroles apréistes, Où droit sens pourquoi nes préistes?

[p.333] 15629.

Quand à mon aide saint ni sainte Ne viendrait, de lui je n'ai crainte; Vassal, vassal, si Dieu m'entend, Je ne sais certes pas comment Je ne vous casse pas la tète. L'Amant. Lors Honte accourt et Peur se jette, Quand ouïrent le paysan, Fuyez, fuyez, fuyez disant. S'il eût à ce borné sa fable! Mais c'est lui qui mena le diable, Et saints et saintes en chassa; Quel perfide hôte avons-nous là! Lors se courroucent et forcennent Et d'un commun accord me prennent Tous trois et repoussent les poings: «Vous n'en aurez, font-ils, ni moins Ni plus que ce qu'avez pu prendre; Malement vous savez entendre Ce que Bel-Accueil vous offrit, Quand lui parler il vous souffrit. Gaîment il vous offrit sa chose, Mais honnêtement, je suppose. Sans souci de l'honnêteté, L'offre simple avez accepté, Non pas au sens qu'on la doit prendre, Car voici comme il faut l'entendre. Pour prud'homme, service offrir, Ce n'est certes pour mal agir, Je n'entends pas d'autre service. Mais dam tricheur, sans artifice, Pourquoi ses discours, dites-nous, Dans le droit sens ne prenez-vous?

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15479. Prendre les si vilainement Vous vint de rude entendement, Ou vous avés apris d'usage A contrefaire le fol sage. Il ne vous offri pas la Rose, Car ce n'est mie honeste chose, Ne que requerre li doiés, Ne que sans requerre l'aiés, Et quant vos choses li offristes, Cele offre, comment l'entendistes? Fu-ce por li venir lober, Ou por li sa robe rober? Bien le traïssiés et boulés, Qui servir ainsinc le voulés, Por estre privés anemis: Jà n'ert-il riens en livre mis Qui tant puist nuire, ne grever; Se de duel deviés crever, Si nel' devons-nous pas cuidier, Ce porpris vous convient vuidier. Maufez vous i font revenir; Car bien vous déust sovenir Qu'autrefois en fustes chaciés: Or tost aillors vous porchaciés. Sachiés cele ne fu pas sage Qui quist a tel musart passage; Mès ne sot pas vostre pensée, Ne la traïson porpensée: Car jà quis ne le vous éust, Se tel desloiauté séust. Moult refu certes decéus Bel-Acueil li desporvéus. Quant vous reçut en sa porprise, Il vous cuidoit faire servise,

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15661. Où vous avez appris l'usage De faire le fol, quoique sage, Ou comprendre si vilement Vous vient de dur entendement. Il ne vous offrit pas la Rose; Car ce n'est mie honnête chose Que telle grâce requérir Ou sans demander obtenir. Et comment donc l'offre entendîtes, Lorsque vos choses lui offrîtes? Était-ce donc pour l'enjôler Ou pour sa robe lui voler? Par trahison et par malice Vous offriez votre service Sous le masque de l'amitié! Jamais livre n'a publié Maxime plus abominable. Quand de deuil, et c'est peu probable, Vous en devriez là crever, Ce pourpris il vous faut vider, Dont je vous ai chassé naguère. Ailleurs, vous dis-je, allez, arrière! Car il vous en doit souvenir, Le diable vous fit revenir! Guère ne fut la Vieille sage D'ouvrir à tel sot le passage, Car ouvert onques ne vous l'eût Si telle déloyauté sût; Mais ne savait votre pensée Ni la trahison pourchassée. Moult fut certainement déçu Bel-Accueil pris au dépourvu Quand au pourpris fut vous attendre; Il croyait service vous rendre

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15513. Et vous tendes à son damage; Par foi tant en a chien qui nage, Quant est arrivés, s'il aboie. Or querés aillors vostre proie, Et hors de ce porpris alés. Nos degrés tantost avalés Debonnairement et de gré, Ou jà n'i conterés degré; Car tiex porroit tost ci venir, S'il vous puet bailler et tenir, Qui les vous fera mesconter, S'il vous i devoit afronter. Sire fox! sire outrecuidiés, De toutes loiautés vuidiés, Bel-Acueil que vous a forfait? Por quel pechié, por quel forfait L'avés si-tost pris à haïr Qui le volés ainsinc trahir? Et maintenant li offriés Tretout quanque vous aviés: Est-ce por ce qu'il vous reçut, Et nous et li por vous déçut, Et vous offrit li damoisiaus[98] Tantost ses chiens et ses oisiaus? Sache-il folement se mena, Et de tant cum il fait en a, Et por ore, et por autrefois, Si nous gart Diex et sainte Fois, Jà sera mis en tel prison, C'onc en si fort n'entra pris hon: En tex aniaus sera rivés, Que jamès jor que vous vivés Ne le verrés aler par voie, Quant ainsinc nous trouble et desvoie;

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Et son dommage vous voulez! A chien nageant vous ressemblez Et qui, touchant la rive, aboie. Or cherchez ailleurs votre proie, Dehors de ce pourpris allez, Et nos degrés tôt dévalez De bon gré, d'une fuite prompte, Ou n'en saurez jamais le compte; Car tel pourrait bientôt venir, Et qui, s'il vous pouvait tenir, Les ferait compter quatre à quatre, S'il vous voyait céans ébattre. Sire fou, sire outrecuidé, De toute loyauté vidé, Qu'a donc pu Bel-Acueil vous faire? Quel forfait, quelle peine amère Vous le fit donc sitôt haïr Que le vouliez ainsi trahir? Et lorsque votre chose toute Vous lui veniez offrir, sans doute C'était afin qu'il vous reçût, Et pour vous nous et lui déçût, Vous laissant, le damoisel tendre[98b], Jusqu'à ses chiens, ses oiseaux prendre? Oui, follement il s'est conduit Et, Dieu nous garde! tant nous fit Tout à l'heure et jadis d'injure, Que, par sainte Foi, je vous jure, En prison telle on le mettra Qu'onc en si dure homme n'entra: Et d'une chaîne si jolie Rivé sera, que de la vie Ne le verrez par voie aller Pour nous tromper et nous troubler.

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15547. Mar l'éussiés-vous tant véu, Par li sommes tuit decéu. L'Acteur. Lors le prennent et tant le batent, Que fuiant en la tor l'embatent, Où l'ont, après tant de ledures, A trois paires de serréures, Sans plus metre n'en fers, n'en clos, Sous trois paires de clez enclos. A cele fois plus nel' greverent, Mès c'iert por ce qu'il se hasterent, Si li promistrent de pis faire, Quant se seront mis au repaire.

LXXIX Comment Paour, Honte et Dangier Prindrent l'Amant à ledengier, Et le batirent rudement, Leur criant merci humblement. Ne se sunt pas à tant tenu, Sor moi sunt tuit trois revenu, Qui dehors iere demorés, Tristes, dolens, mas, emplourés, Si me rassaillent et tormentent: Or doint Diex qu'encor s'en repentent Du grant outrage qu'il me font: Près que mes cuers de duel ne font; Car ge me voloie bien rendre, Mès vif ne me voloient prendre. D'avoir lor pez moult m'entremis, Et vosisse bien estre mis

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15729. Vous l'avez vu pour votre perte, Oui, tous il nous a trompés certe.» L'Auteur. Lors le prennent, le battent tant, Qu'en la tour l'enferment fuyant, Où l'ont, après tant de laidures, A trois grand' paires de serrures, Sans plus chercher fers ni cachots, Sous trois paires de clés enclos. Cette fois plus ne le grevèrent, Ce fut pour ce qu'ils se hâtèrent, Lui promettant pis à venir, Sitôt qu'ils pourraient revenir.

LXXIX Comment Peur, Honte et Danger firent Noise à l'Amant et l'assaillirent Et le battirent rudement, Merci leur criant humblement. Aux paroles ils ne s'en tinrent, Mais tôt sur moi tous trois revinrent, Qui dehors étais demeuré Triste, dolent, sombre, éploré, Et me rassaillent et tourmentent. Dieu veuille un jour qu'ils se repentent Du grand outrage qu'ils me font! De deuil mon cœur presque se fond. Je ne demandais qu'à me rendre, Mais vif ils ne me voulaient prendre. Lors, pour les apaiser, j'offris D'être avecque Bel-Accueil mis

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15575. Avec Bel-Acueil en prison. Dangier, fis-ge, biau gentiz hon, Franc de cuer et vaillans de cors, Piteus plus que ge ne recors, Et vous Honte et Paor les beles, Sages, franches, nobles puceles, En faiz, en diz bien ordenées, Et du lignage Raison nées, Soffrés que vostre sers deviengne, Par tel convent que prison tiengne Avecques Bel-Acueil laiens, Sans estre nul jor mès raiens; Et loiaument vous vuel prometre, Se me volés en prison metre, Que ge vous ferai tel servise Qui vous plera bien à devise. Par foi, se g'estoie ore lierres, Ou traïstres, ou ravissierres, Ou d'aucun murdre achoisonnés, Ne vosisse estre emprisonnés: Por quoi la prison requéisse? Ne cuit-ge pas que g'i fausisse. Voire par Diex et sans requerre Me metroit-l'en en quelque serre, Par quoi l'en me péust baillier; S'en me devoit tout détaillier, Ne me leroit-l'en eschaper, Se l'en me pooit entraper. La prison por Diex vous demant Avec li pardurablemeut; Et se tex puis estre trovés, Ou soit sans prueve, ou pris provés, Que de bien servir i défaille, Hors de prison à tous jors aille.

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15757. En prison céans; voici comme: Danger, fis-je, beau gentilhomme, Vaillant de corps et franc de cœur, Car onc n'en connus de meilleur, Et vous, Peur et Honte les belles, Sages, franches, nobles pucelles, Au sens si droit, au cœur si bon, Les dignes filles de Raison, Adonc souffrez que je devienne Votre serf et que prison tienne Avec Bel-Accueil dans la tour, Sans qu'on m'en délivre à nul jour; Loyalement vous veux promettre Si me voulez en prison mettre Que tel service vous ferai Qu'il sera tout à votre gré. Par ma foi, si je pouvais être Larron, ou ravisseur, ou traître, Ou d'aucun meurtre soupçonné, Ne voudrais être emprisonné; Car sans le demander en grâce Je ne crois pas que j'y manquasse. Voire bon gré, mal gré, par Dieu, On me saurait mettre en bon lieu Pour s'assurer de ma capture; Me dût-il hacher, je vous jure, Nul, s'il me pouvait attraper, Ne me laisserait échapper. Emprisonnez-moi, je vous prie, Avec lui pour toute ma vie, Et si tel puis être trouvé, Ou soit sans preuve, ou pris prouvé, Qu'à bien servir jamais défaille, Hors de prison qu'à toujours aille.

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15609. Si n'est-il pas hons qui ne faut; Mais s'il i a par moi defaut. Faites-moi trosser mes peniaus Et saillir hors de vos aniaus: Et se ge jamès vous corrous, Punis vuel estre du corrous; Vous méismes en soiés juge, Mais que nus fors vous ne me juge. Haut et bas sor vous m'en metroi[99], Mès que vous n'i soiés que troi, Et soit avec vous Bel-Acueil, Car celi por le quart acueil. Le fait li porrés recorder, Et se ne poés acorder, Au mains soffrés qu'il vous acort, Et vous tenés à son acort: Car por batre, ne por tuer, Ne m'en verrés jà remuer. Dangier. Tantost Dangier se rescria: Hé Diex! quel requeste ci a! Metre vous en prison o li, Qui tant avés le cuer joli, Et il le ra tant débonnaire, Ne seroit autre chose faire, Fors que par amoretes fines Metre renart o les gelines. Or tost aillors vous porchaciés, Bien savons que vous ne traciés Fors nous faire honte et laidure. N'avons de tel servise cure: Si restes bien de sens vuidiés, Quant juge faire le cuidiés.

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15791. Nul n'est infaillible ici-bas; Mais si loyal ne vous sers pas, Tôt faites-moi trousser mes hardes Ou chasser dehors par vos gardes, Et si jamais vous courrouçais, D'être puni j'accepterais. Mais que nul, fors vous, ne me juge, Je ne connais de meilleur juge. Pour haut et bas je vous reçois[99b]; Mais jamais n'y soyez que trois Avec Bel-Accueil quatrième, Qu'il soit notre juge suprême. Si ne pouvez vous accorder, Vous lui pourrez le fait conter; Souffrez qu'il tienne la balance, Et tenez-vous à sa sentence; Car dût-on me battre ou tuer, Je ne voudrais m'en écarter. Danger. Aussitôt Danger se récrie: Ah Dieu! la requête est jolie! Vous mettre en prison avec lui, Qui tant avez le cœur joli, Et lui qui l'a si débonnaire, Ne serait autre chose faire Que mettre, pour s'aimer en paix, Le renard avec les poulets. Sauf pour faire honte et laidure (Service dont nous n'avons cure), Vous ne venez, nous le savons; Or tôt d'ici partez, allons! Il faut être fou, ma parole, Pour faire un juge de ce drôle.

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15641. Juge! par le biau roi célestre! Comment puet jamès juges estre, Ne prendre sor soi nule juise Personne jà jugiée et prise? Bel-Acueil est pris et jugiés, Et tel digneté li jugiés Qu'il poïst estre arbitre et juge! Ains sera venu li déluge, Qu'il isse mès de nostre tour, Et sera destruis au retour, Car il l'a moult bien deservi, Por ce, sans plus, qu'il s'aservi De tant qu'il vous offri ses choses. Par li pert-l'en toutes les Roses: Chascuns musars les vuet coillir, Quant il se voit bel acoillir[100]; Mès qui bien le tendroit en cage, Nus n'i feroit jamès damage, Ne n'emporteroit hons vivant, Pas tant cum emporte li vent, S'il n'est tex que tant mespréist Que vilene force i féist; Et si porroit bien tant mesprendre, Qu'il s'en ferait banir ou pendre. L'Amant. Certes, dis-ge, moult se meffait Qui destruit homme sans meffait, Et qui sans raison l'emprisonne; Et quant vous si vaillant personne Com Bel-Acueil, et si honeste, Qui fait à tout le monde feste, Por ce qu'il me fist bele chiere, Et qu'il ot m'acointance chiere,

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15823. Juge, par le beau roi du ciel! On n'en eût oncques vu de tel. Comment, pour la justice rendre, On irait un condamné prendre! Bel-Accueil est pris et jugé, Et par nous il serait chargé D'être à la fois arbitre et juge! Reviendra certes le déluge Avant qu'il sorte de la tour. Nous le punirons au retour Pour vous avoir offert ses choses; Par lui perd-on toutes les Roses. Tout libertin les veut cueillir Quand il se voit bel-accueillir[100b]. Or pour éviter tout dommage Bien les faut-il tenir en cage; N'en aura lors homme vivant Pas tant qu'en emporte le vent, A moins qu'il n'ait telle puissance Qu'il les prenne par violence; Mais à ce jeu plus d'un pourrait Trouver l'exil ou le gibet. L'Amant. Vous faites, fis-je, crime pire, Quand l'innocent voulez détruire Et l'emprisonnez sans raison, Et quand un si vaillant garçon Que Bel-Accueil et si honnête, Qui fait à tout le monde fête, Si malement entreprenez Et sans autre motif tenez,

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15673. Sans autre ochoison pris tenés, Malement vers li mesprenés; Car par raison estre déust Hors de prison, s'il vous pléust. Si vous pri donques qu'il en isse, Et de la besoingne chevisse; Trop avés vers li jà mespris; Gardés qu'il ne soit jamès pris. Dangier, Paour, et Honte. Par foi, font-il, cis fox nous trufe. Bien nous vet or pestre de trufe, Quant si le vuet desprisonner, Et nous traïr par sermonner. Il requiert ce qui ne puet estre: Jamès par huis, ne par fenestre Ne metra hors néis le chief. L'Amant. Lors m'assaillent tuit de rechief; Chascun à hors bouter me tent: Il ne me grevast mie tant Qui me vosist crucefier. Ge qui lors commence à crier Merci, non pas à trop haut cri, A ma vois basse à l'assaut cri Vers cil qui secorre me durent, Tant que les guetes m'aparçurent, Qui l'ost durent eschargaitier. Quant m'oïrent si mal traitier:

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15853. Hormis qu'il me fit belle chère Et tint mon accointance chère; Car, s'il vous plaît, hors de prison Devrait-il être avec raison. Qu'il sorte, je vous en conjure, Et mettez fin à sa torture; Vous l'avez trop persécuté, Rendez-lui donc sa liberté. Danger, Peur et Honte. Ma foi, font-ils, ce fou se moque Et par ses contes nous provoque, Quand il le veut déprisonner, Pour nous trahir et nous berner. Il requiert ce qui ne peut être: Jamais par porte ni fenêtre Hors ne mettra même le chef. L'Amant. Lors m'assaillent tous déréchef, Chacun veut me mettre à la porte; Ne me grèverait de la sorte Qui me voulût crucifier. Moi qui lors commence à crier Merci, mais sans trop de furie, A voix basse à l'assaut je crie Vers ceux qui m'amenaient renfort. Les sentinelles tout d'abord Qui là faisaient le guet me virent, Et quand ainsi battre m'ouïrent:

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LXXX 15699. Comment tous les barons de l'ost Si vindrent secourir tantost L'Amant, que les Portiers battoyent Si fort, qu'irés ils l'estrangloyent. Or sus, or sus, font-il, barons: Se tantost armé n'aparons Por secorre ce fin Amant, Perdus est se Diex ne l'amant. Li Portiers l'estranglent ou lient, Batent, fustent, ou crucefient; Devant eus brait à vois serie, A si bas cri merci lor crie, Qu'envis puet-l'en oïr le brait; Car si bassement crie et brait, Qu'avis vous ert, se vous l'oés, Ou que de braire est enroés, Ou que la gorge li estraingnent, Si qu'il l'estranglent ou estaingnent. Jà li ont si la vois enclose, Que haut crier ne puet ou n'ose: Ne savons qu'il béent à faire, Mès il li font trop de contraire: Mors est se tantost n'a secors. Foïs s'en est trestout le cors Bel-Acueil, qui le confortoit: Or convient qu'autre confort oit, Tant qu'il puist celi recovrer; Dès or estuet d'armes ovrer.

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LXXX 15879. Comment tous les barons de l'ost S'en viennent secourir tantôt L'Amant que les trois portiers battent Tant, qu'ils l'étranglent et l'abattent. Or sus, or sus, font-ils, barons! Vite aux armes, vite courons! Les portiers l'étranglent ou lient, Battent, bâtonnent, crucifient. Il est perdu, ce fin Amant, Si Dieu n'y pourvoit à l'instant. Devant eux brait à voix faillie, D'un ton si bas merci leur crie, Qu'on peut à peine ouïr ses cris, Si bas, que sera votre avis Quand l'ouïrez, s'il se peut faire, Ou qu'il est enroué de braire, Ou qu'ils lui serrent le gosier A l'étrangler, à l'étouffer. Déjà tant sa voix ont enclose Que haut crier ne peut ou n'ose; Ne savons ce qu'ils font de lui. Mais ils lui causent trop d'ennui, Mort est si n'a secours bien vite. Au grand galop a pris la fuite Bel-Accueil qui le confortait; Or faut-il qu'autre confort ait Pour que Bel-Accueil lui revienne, Que chacun donc les armes prenne.

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L'Amant. 15727. Et cil sans faille mort m'éussent, Se cil de l'ost venu n'i fussent. Li barons as armes saillirent, Quant oïrent, sorent et virent Que j'oi perdu joie et solaz. Ge qui estoie pris où laz Où Amors les amans enlace, Sans moi remuer de la place Regardai le tornoiement Qui commença trop asprement: Car si-tost cum li Portiers sorent Que si grant ost encontre eus orent, Ensemble tretuit trois s'alient, Et s'entrejurent et affient, Qu'à lor pooir s'entr'aideront, Ne jà ne s'entrelesseront Jor de lor vie à nule fin. Et ge qui d'esgarder ne fin Lor semblant et lor contenance, Fui moult dolent de l'aliance: Et cil de l'ost, quant il revirent Que cil tel aliance firent, Si s'assemblent et s'entrejoignent , N'ont mès talent qu'il s'entr'esloignent, Ains jurent que tant i feront, Que mors en la place gerront, Ou desconfis seront et pris, Ou de l'estor auront le pris, Tant sunt erragiés de combatre Por l'orguel des Portiers abatre. Dès or venrons à la bataille, S'orrés comment chascuns bataille.

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L'Amant. 15907. Ceux-là m'eussent sans faute occis Sans le secours de mes amis. Les barons aux armes coururent Quand ouïrent, virent et surent Qu'avais perdu joie et soulas. Moi qui pris étais dans les lacs Où les amants Amour enlace Sans pouvoir remuer de place, Je fus spectateur du combat Qui trop âprement commença. Car sitôt que les portiers voient Que si grand' gens contre eux guerroient, Ensemble ils se liguent tous trois Et s'entre-jurent à la fois, Sans que l'un l'autre oncques ne laisse, Jusqu'à la mort, sans nulle cesse, De s'aider de tout leur pouvoir: Et moi qui peux à l'aise voir Leur semblant et leur contenance, Moult dolent suis de l'alliance. Or ceux de l'ost voyant ceux-ci S'allier et s'unir ainsi, Lors s'assemblent et s'entre-joignent L'un de l'autre ne s'entre-éloignent, Mais jurent que tant y feront Que morts en la place giront, Tant sont enragés de combattre Pour l'orgueil des portiers abattre, Ou déconfits seront et pris, Ou du combat auront le prix. Nous voici donc à la bataille, Oyez comme chacun bataille.

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LXXXI 15759. Comment l'Acteur muë propos Pour son honneur et son bon loz, Garder, en priant qu'il soit quictes Des paroles qu'il a cy dictes. Or entendés, loial Amant, Que li diex d'Amors vous amant Et doint de vos amors joïr! En ce bois-ci porrés oïr Les chiens glatir, se m'entendés, Au connin prendre où vous tendés[101], Et le furet qui, sans faillir, Le doit faire ès resiaus saillir. Notés ce que ci vois disant, D'amors aurés art soffisant; Et se vous i trovés riens troble, J'esclarcirai ce qui vous troble; Quant le songe m'orrés espondre, Bien saurés lors d'amors respondre, S'il est qui en sache oposer, Quant le texte m'orrés gloser; Et saurés lors par cest escrit Quanque j'aurai devant escrit, Et quanque ge bée à escrire. Mès ains que plus m'en oiés dire, Aillors voil ung petit entendre Por moi de male gent deffendre; Non pas pour vous faire muser, Mès por moi contre eus escuser.

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LXXXI 15939. Ci l'auteur change de propos Pour son honneur et son bon los Garder, en priant qu'il soit quitte De toute parole ici dite. Or entendez, loyaux amants (Que le Dieu d'Amours en tout temps Sur vous tous veille d'un il tendre!), En ce bois-ci pourrez entendre Les chiens japer, si m'écoutez, Au lapin que vous poursuivez[101b], Et le furet dont la poursuite Le fera choir aux lacs ensuite. Notez ce que je vais disant, D'Amour aurez art suffisant; Et si rien y voyez de trouble, J'éclaircirai ce qui vous trouble; Quand vous m'ouïrez exposer Le songe et le texte gloser, Bien saurez-vous d'amour répondre Si quelqu'un voulait vous confondre, Et saurez lors par cet écrit Ce que j'ai ci-devant écrit Et ce qu'après je vais écrire. Mais avant de plus vous en dire, Je veux, non pour vous abuser, Doux amis, mais pour m'excuser Et de male gent me défendre, Ailleurs un petitet m'étendre.

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LXXXII 15787. Cy dit par bonne entencion L'Acteur son excusacion. Si vos pri, seignors amoreus Par les gieus d'amors savoreus, Que se vous i trovés paroles Semblans trop baudes ou trop foles, Por quoi saillent li mesdisant, Qui de nous aillent mesdisant, Des choses à dire, ou des dites, Que cortoisement les desdites; Et quant vous les aurés des diz Repris, retardés ou desdiz, Se mi diz sunt de tel maniere Qu'il soit droit que pardon en quiere, Pri vous que le me pardonnés, Et de par moi lor responnés[102] Que ce requeroit la matire Qui vers tex paroles me tire Par les propriétés de soi, Et por ce tex paroles oi: Car chose est droiturière et juste, Selonc l'autorité Saluste, Qui nous dit par sentence voire, Tout ne soit-il semblable gloire De celi qui la chose fait, Et de l'escrivain qui le fait Vuet metre proprement en livre, Por miex la vérité descrivre, Si n'est-ce pas chose legiere, Ains est de moult fort grant maniere

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LXXXII 15967. Ici par intention bonne L'Auteur son excuse nous donne. Par les jeux d'Amour savoureux, Croyez-moi, seigneurs amoureux, Si vous trouvez quelques paroles Un peu trop gaillardes et folles, Dont s'emparent les médisants Pour nous tous aller méprisants, Sur les choses à dire ou dites, Courtoisement les contredites; Et quand vous les aurez repris Et combattus et contredits, Si lors sont de telle manière Mes dits, que pardon j'en requière, Sans doute me pardonnerez Et de ma part leur répondrez Qu'ainsi l'exigeait la matière; Car ne me laissait de choix guère La propriété du sujet Qui ces paroles me tirait. Une chose est, selon Saluste, Avant tout droiturière et juste: «Semblable gloire, en vérité, Nous dit-il, si n'a mérité, Comme celui qui fit la chose, L'écrivain qui le fait expose En un livre savant, pour mieux La vérité produire aux yeux, Ce n'est pourtant chose légère, Mais moult belle et grande au contraire

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15817. Metre bien les fais en escrit: Car quiconques la chose escrit, Se du voir ne vous vuet embler, Li dis doit le fait resembler; Car les vois as choses voisines Doivent estre à lor faiz cousines. Si me convient ainsinc parler, Se par le droit m'en voil aler.

LXXXIII Comment l'Acteur moult humblement S'excuse aux dames du Rommant. Si vous pri toutes, vaillans fames, Soiés damoiseles ou dames, Amoreuses ou sans amis, Que se moz i trovés jà mis Qui semblent mordans ou chenins Encontre les meurs femenins, Que ne m'en voilliés pas blasmer, Ne m'escriture diffamer Qui tout est por enseignement. Onc n'i dis rien certainement, Ne volenté n'ai pas de dire, Ne par yvresce, ne par ire, Par haïne, ne par envie, Contre fame qui soit en vie. Car nus ne doit fame despire, S'il n'a cuer des mauvès le pire; Mès por ce en escrit li méismes, Que nous et vous de nous méismes Poïssions congnoissance avoir, Car il fait bon de tout savoir.

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15997. Que bien les faits mettre en écrit. Car celui qui livres écrit, S'ils ne sont menteurs et frivoles, Doit accorder faits et paroles; Car les mots aux choses voisins Doivent être à leurs faits cousins. Ainsi dus-je parler, sans doute, Pour aller par la droite route.

LXXXIII Comment l'Auteur moult humblement S'excuse aux dames du Roman. Toutes aussi, vaillantes femmes, Daignez, damoiselles et dames, Amoureuses ou sans amis, Si mots y trouvés déjà mis Qui vous semblent mordants, infâmes, Ou pis contre les moeurs des femmes, Daignez ne pas trop m'en blâmer Ni mon livre trop diffamer Qui tout est fait pour vous instruire; Car oncques n'eus vouloir de dire, Et rien n'y dis par passion, Colère, ivresse ou déraison, Ni par haine, ni par envie, Contre femme qui soit en vie. Nul ne doit médire de vous, S'il n'a cœur le pire de tous. Si tels mots sont en mon poème, C'est pour que chacun de soi-même Puisse la connaissance avoir, Car il fait bon de tout savoir.

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15847. D'autre part, dames honorables, S'il vous semble que ge di fables, Por mentéor ne m'en tenés, Mès as Auctors vous en prenés, Qui en lor livres ont escrites Les paroles que g'en ai dites, Et ceus avec que g'en dirai[103], Que jà de riens n'en mentirai, Se li prodomme n'en mentirent, Qui les anciens livres firent; Et tuit à ma raison s'acordent, Quant les meurs femenins recordent; Ne ne furent ne fol ne yvres, Quant il les mistrent en lor livres. Cil les meurs femenins savoient, Car tous esprovés les avoient, Et tiex ès fames les troverent, Que par divers tens esproverent; Par quoi miex m'en devés quiter: Ge n'i fais riens fors reciter, Se par mon gieu qui poi vous couste, Quelque parole n'i ajouste, Si cum font entr'eus li poëte, Quant chascuns la matire traite Dont il li plest à entremetre: Car, si cum tesmoigne la letre, Profit et delectacion[104] C'est toute lor entencion. Et se gens encontre moi groucent, Et se troblent et se corroucent, Qui sentent que ge les remorde Par ce chapitre où ge recorde Les paroles de Faus-Semblant, Et por ce s'aillent assemblant,

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16027. D'autre part, dames honorables, Si vous croyez que ce soit fables, Pour un menteur ne me tenez, Mais aux auteurs vous en prenez Par qui furent jadis écrites Les paroles que j'en ai dites. Et quand d'autres je vous dirai[103b], Jamais non plus ne mentirai, Si tous ces sages ne mentirent Quand les anciens livres ils firent; A moi s'accordent ces auteurs Quand des femmes peignent les murs. Ils n'étaient fous ni certes ivres Quand ils les mirent dans leurs livres; Ils les connaissaient mieux que nous, Leurs murs ayant éprouvé tous, Puisque telles ils les trouvèrent De tout temps, quand les éprouvèrent. Aussi devez-vous m'acquitter, Car je ne fais que réciter, Sauf parfois, pour l'art, quand j'ajoute Un mot innocent, somme toute, Comme chacun poète fait Quand il veut traiter un sujet Et quelque peu du sien y mettre. Ainsi le témoigne la lettre, Profit et délectation[104b], C'est toute leur intention. Et si contre moi se trémoussent, Tonnent, grondent et se courroucent Par ci, par là, quelques grincheux, Parce qu'ils sentent que sur eux Durement parfois ma dent porte, En ce chapitre où je rapporte

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15881. Que blasmer ou pugnir me voillent, Por ce que de mon dit se doillent; Ge fais bien protestacion C'oncques ne fu m'entencion De parler contre homme vivant Sainte religion sivant, Ne qui sa vie use en bonne euvre, De quelque robe qu'il se cueuvre. Ains prins mon arc, et l'entesoie, Quiexque peschierres que ge soie, Si fis ma sajete voler Generaument por afoler: Por afoler! mès por congnoistre, Fussent seculer ou de cloistre, Les desloiaus gens, les maldites, Que Jhesus apele ypocrites; Dont maint, por sembler plus honeste, Lessent à mangier char de beste Tous tens en non de penitence; Et font ainsinc lor astenence, Si cum nous en karesme fomes[105], Mès tous vis menguent les homes O les dens de detraccion. Par venimeuse entencion. Onc d'autre saing ne fis bersaut, Là vois, et voil que mon fer aut. Si trais sor eus à la volée, Et se, por avoir la colée, Avient que desous la sajete Aucuns hons de son gré se mete, Qui por orgoil si se deçoive, Que dessus soi le cop reçoive,

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16061. Les paroles de Faux-Semblant, Et dès lors vont se rassemblant Pour me châtier et maudire, Chagrinés qu'ils sont de mon dire: Je fais ci protestation Qu'oncques je n'eus l'intention De parler contre homme qui vive, S'il est tel que le bien poursuive (Quel que soit son habit), selon Notre sainte religion. Mais je prends mon arc et le ploie, Tout pécheur, las! que je me voie, Et fais ma sagette voler Pour blesser et pour affoler Ces déloyales gens maudites Que Jésus appelle hypocrites, Et de leur masque dépouiller Ces monstres, moine ou séculier, Qui, pour paraître plus honnêtes, N'oseraient manger chair de bêtes, Par pénitence, au nom de Dieu, Et font abstinence en tout lieu, Comme nous faisons en carême, Mais mangent vif l'homme lui-même Des dents de la détraction, Par venimeuse intention. Voilà quel est mon point de mire, Et ceux-là seuls mon fer déchire. Sur ceux-là je tire au hasard; Mais s'il advient, quand le coup part, Que de plein gré quelqu'un se mette Droit au devant de ma sagette, Et qu'égaré par son orgueil Le coup reçoive et dans son deuil

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15913. Puis se plaint que ge l'ai navré, Corpe n'en ai, ne jà n'auré, Néis s'il en devoit perir; Car ge ne puis nuli ferir, Qui du cop se voille garder, S'il set son estat regarder. Néis cil qui navré se sent Par le fer que ge li présent, Gart que plus ne soit ypocrites, Si sera de la plaie quites. Et neporquant qui que s'en plaingne, Combien que prodomme se faingne. Onc riens n'en dis, mien esciant, Combien qu'il m'aut contrariant, Qui ne soit en escrit trové, Et par experiment prové, Ou par raison au mains provable A qui que soit desagréable. Et s'il i a nule parole Que sainte Église tiengne à fole, Prest sui qu'à son voloir l'amende, Se ge puis soffire à l'amende.

LXXXIV Cy reprent son propos sans faille L'Acteur, et vient à la bataille Où dame Franchise combat Contre Dangier qui fort la bat. Franchise vint premierement Contre Dangier moult humblement, Qui trop ert fiers et courageus, Par semblant fel et outrageus.

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16095. Amèrement me le reproche, Je n'en accepte le reproche Quand même il en devrait périr; Car personne ne puis férir, Qui de ma flèche ne se garde Pour peu que son état regarde. Tel même qui se sent blessé Par le trait que j'aurai lancé, N'a qu'à cesser d'être hypocrite Et de sa plaie il sera quitte. Et pourtant, à mon escient, Combien qu'ils m'aillent décriant, Combien qu'honnêtes gens se feignent, Je ne dis rien, quoiqu'ils s'en plaignent, Qui ne soit en écrits trouvé, Par expérience prouvé, Ou par raison au moins prouvable; Tant pis s'ils ne l'ont agréable. Enfin si nul mot s'y trouvait Que sainte Église à fol tiendrait, Prêt suis qu'à son vouloir l'amende Si je puis suffire à l'amende.

LXXXIV Ici l'Auteur reprend son conte Et la bataille nous raconte Où dame Franchise combat Contre Danger qui fort la bat. Franchise, en main sa forte lance, D'abord contre Danger s'avance Qui trop est fier et courageux, A l'air félon et outrageux.

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15943. En son poing tint une maçuë[106], Fierement la paumoie, et ruë Entor soi cop si perilleus, Qu'escus, s'il n'est trop merveilleus, Ne puet tenir qu'il nel' porfende, Et que cis vaincus ne se rende, Qui contre li se met en place, S'il est bien atains de la mace, Ou qu'il nel' confonde ou escache, S'il n'est tex que trop d'armes sache. Il la prist où bois de Refus, Li lez vilain que ge refus; Sa targe fut d'estoutoier, Bordée de gens viltoier. Franchise, refu bien armée, Moult seroit envis entamée, Por qu'el se séust bien covrir. Franchise, por la porte ovrir, Contre Dangier avant se lance, En sa main tint une fort lance Qu'ele aporta bele et polie De la forest de Chuërie. Il n'en croist nule tele en Biere[107]. Li fers fu de douce priere; Si r'ot par grant dévocion De toute suplicacion Escu, c'onques ne fu de mains Bordé; de jointures de mains, De promesses, de convenances, Par seremens et par fiances, Colorés trop mignotement. Vous déissiés certainement Que Largesce le li bailla, Et qu'el le paint et entailla,

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16125. Au poing il tient une massue[106b], Fièrement la manie, et rue Entour soi coups si périlleux Qu'écu, s'il n'est trop merveilleux, N'y peut tenir qu'il ne pourfende, Et qu'à lui vaincu ne se rende Celui qui l'affronter ne craint De la masse s'il est atteint, Ou qu'il n'assomme ou ne confonde, S'il n'est le plus vaillant du monde. Il la prit au bois de Refus, Legs que jamais accepté n'eus; Son bouclier était de noises Bordé de fables discourtoises. Franchise, pour la porte ouvrir, Je vis contre Danger courir. Franchise était si bien armée Qu'arme ne l'eût oncque entamée, Si trop bien se couvrir savait. Forte lance en sa main tenait, Qu'elle apporta belle et polie De la forêt de Flatterie, Comme on n'en voit croître chez nous[107] Le fer était de parler doux; Son écu de douce prière, Comme on n'en borde point sur terre, Était tout de compliments fins Bordé; de jointures de mains, De promesses et d'assurances, De serments et de confidences Coloré trop mignotement, Vous eussiez dit certainement Que c'était œuvre de Largesse, Tant il était de grand' richesse

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15977. Tant sembloit bien estre de s'uevre. Et Franchise qui bien s'en cuevre, Brandist la hante de sa lance, Et contre le vilain la lance Qui n'avoit pas cuer de coart, Ains sembloit estre Renoart[108] Au Tinel, qui fust revescus. Tout fu porfendus ses escus, Més tant ert fors à desmesure, Qu'il ne cremoit nule arméure, Si que du cop si se covri, Qu'onques sa panse n'en ovri. Li fers de la lance brisa, Par quoi le cop mains en prisa. Si r'iert moult d'armes engorsés Li vilains fel et aorsés: La lance prent, si la depiece A sa maçuë piece à piece, Puis esma ung cop grant et fier: Dangier à Franchise. Qui me tient que ge ne te fier, Dist-il, orde garce ribaude? Comment as-tu esté si baude Qu'ung prodomme osas assaillir? L'Amant. Sus son escu fiert sans faillir, La preus, la bele, la cortoise, Bien la fait saillir une toise D'angoisse, et à genoux l'abat, Moult la ledenge, moult la bat,

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16159. Pour la sculpture et les décors. Franchise s'en couvre le corps, Brandit la hampe de sa lance Et contre le vilain la lance, Qui n'avait pas cœur de couard, Mais semblait être Renouard[108b] Au Tinel, déréchef en vie. Son écu par si grand' furie Fut pourfendu; mais il était Si fort, qu'armure il ne craignait; Si bien se couvrit, que la lance Oncques ne put ouvrir sa panse, Et le fer du coup se brisa, Ce qui soudain le rassura. Embarrassé dans son armure Un instant, et par la rupture Ébranlé, le vilain félon Soudain se redresse, et d'un bond La lance prend et la dépèce Avec sa masse, pièce à pièce, Et médite un coup furieux: Danger à Franchise. Quoi donc retient mon bras, grands Dieux! Dit-il, sale garce, maraude, Comment donc as-tu pu, ribaude, Oser un prudhomme assaillir? L'Amant. Lors il la frappe sans faillir, Et fait la belle, la courtoise, Reculer de plus d'une toise D'angoisse, et à genoux l'abat, Et moult l'insulte et moult la bat.

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16005. Et croi qu'à ce cop morte fust, S'ele éust fait escu de fust. Dangier à Franchise. Autreffois vous ai-ge créuë, Dame orde, garce recréuë, Dist-il, n'onc bien ne m'en chaï, Vostre losange m'a traï. Par vous soffri-ge le baisier Por le ribaudel aaisier: Bien me trova fol debonnaire, Déables le me firent faire. Par la char Diex mal i venistes, Quant nostre chastel assaillistes! Ci vous estuet perdre la vie. L'Acteur. Et la bele merci li crie, Por Diex, que pas ne l'acravant, Quant el ne puet mès en avant: Et li vilains crole la hure, Et se forcene, et sor sains jure Qu'il l'occira sans nul respit. Moult en ot Pitié grant despit, Qui, por sa compaigne rescorre, Au vilain se hastoit de corre. Pitié, qui à tout bien s'acorde, Tenoit une misericorde En leu d'espée, en tretous termes, Decorant de plors et de lermes, Ceste, se li Actor ne ment, Perceroit pierre d'aïment,

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16189. Il l'eût certe occise sans peine Si l'écu fût de simple chêne. Danger à Franchise. Je vous crus, dit-il, autrefois, Et mal m'en échut, je le vois, Sale dame, garce avérée, Ribaude à la langue dorée. Par vous j'ai souffert le baiser Pour le libertin apaiser; Fol je fus d'être débonnaire, Le diable seul me le fit faire. Par la chair Dieu! mal vous a pris D'avoir tel assaut entrepris, Car vous allez perdre la vie.16159. L'Auteur. Et la belle merci lui crie, Pour Dieu, qu'il l'épargne un instant, Puisque ne peut aller avant. Et le vilain branle la hure, Tempête et par tous les saints jure Qu'il l'occira sans nul répit. Moult en a Pitié grand dépit, Et pour secourir son amie Au vilain court toute transie. Pitié, au cœur doux et bénin, En guise d'épée, à la main Tenait une miséricorde Qui toujours de larmes déborde. Ce glaive, si l'auteur ne ment, Percerait la pierre d'aimant[109]

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16033. Por qu'ele fust bien de li pointe, Car ele a trop aguë pointe; Ses escus ert d'alegement, Tous bordés de gemissement, Plains de sopirs et de complaintes. Pitié, qui plorait lermes maintes, Point le vilain de toutes pars, Qui se deffent comme liépars. Mès quant ele ot bien arousé De lermes l'ort vilain housé, Si le convint amoloier: Vis li fu qu'il déust noier En ung fleuve tous estordis. Onques mès par faiz ne par dis Ne lu si durement hurtés; Du tout defailloit sa durtés, Fiébles et vains tremble et chancele, Foïr s'en volt, Honte l'apele. Honte. Dangier, Dangier, vilains provés, Se recréans estes trovés, Que Bel-Acueil puist eschaper, Vous nous ferés tous atraper; Qu'il baillera tantost la Rose Que nous tenons céans enclose; Et tant vous di-ge bien sans faille, S'il as gloutons la Rose baille, Sachiés qu'ele en porra tost estre Blesmie ou pâle, ou mole ou flestre. Et si me repuis bien vanter, Tex vent porroit céans venter, Se l'entrée trovoit overte, Dont aurions damage et perte;

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16217. Pour peu qu'elle en fût effleurée, Tant la pointe en est acérée, Écu portait d'allégements Tout bordé de gémissements, Plein de soupirs et de complaintes. Pitié, qui pleurait larmes maintes, Perce le fol de part en part Qui se défend en léopard. Mais du vilain botté les armes Quand elle eut baigné de ses larmes, Il sentit son cœur délayer Et pensa qu'il s'allait noyer, Tout étourdi, dedans un fleuve. Onc il ne fut à telle épreuve Ni tant par dits et faits heurté, Tout défaillait sa dureté. Faible et vain, il tremble et chancelle, Et veut s'enfuir. Honte l'appelle. Honte. Danger, Danger, vilain prouvé, Je ne vous ai jamais trouvé Si lâche, il faut que je le dise; Or si par votre couardise Bel-Accueil se peut échapper Vous nous ferez tous attraper, Car il emportera la Rose Que nous tenons céans enclose Et aux gloutons la baillera, Qui tantôt s'étiolera, Et tretoute pâle et blémie Se flétrira, n'en doutez mie. Or je prévois, sans me vanter, Que tel vent peut céans venter,

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16065. Ou que trop la graine esmovroit, Ou qu'autre graine i aplovroit Dont la Rose seroit chargiée. Dieu doint que tel graine n'i chiée! Trop nous en pourroit meschéoir: Car, ains qu'ele en poïst chéoir, Tost en porroit, sans resortir, La Rose du tout amortir; Ou se d'amortir eschapoit, Et li vens tex cops i frapoit Que les graines s'entremellassent, Que de lor fez la flor grevassent, Que des foilles, en son descendre, Féist aucune où que soit fendre, Et par la fente de la foille (Laquel chose jà Diex ne voille!) Parust desous li vers boutons[110], L'en diroit par tout que gloutons L'auroient tenuë en saisine. Nous en aurions la haïne Jalousie qui le sauroit, Qui du savoir tel duel auroit Qu'à mort en serions livré; Maufez vous ont si enivré. L'Acteur. Dangier crie: Secors! secors! Atant es-vous Honte le cors Vient à Pitié, si la menace, Qui trop redoute sa menace.

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16249. Dont nous aurons dommage et perte, Si notre porte il trouve ouverte; Car trop la graine secoûra Ou d'autre graine y sèmera, Qui trop surchargera la Rose. Dieu nous garde de telle chose! Trop de mal nous pourrait échoir, Car cette graine, avant de choir, Sans sortir même de la Rose, Pourrait de sa mort être cause. Et quand la mort l'épargnerait, Si le vent tels coups y frappait Que les graines s'entremêlassent Et de leur faix la fleur grevassent, Ou faisait du choc, par hasard, Fendre une feuille quelque part: S'il advenait (Dieu ne le veuille!), Que par la fente de la feuille Apparût le vermeil bouton[110b], On dirait partout que glouton L'aurait possédée et flétrie. Nous en aurions de Jalousie La haine, qui bien le saurait Et tel deuil en ressentirait, Qu'il nous faudrait cesser de vivre. C'est le diable qui vous enivre! L'Auteur. Secours! secours! hurle Danger. Honte alors de Pitié charger En toute hâte, la menace Et l'effrayant de sa menace:

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Honte. 16093. Trop avés, dist-ele, vescu, Ge vous froisserai cest escu, Vous en gerrés encui par terre: Mal empréistes ceste guerre. L'Acteur. Honte porte une grant espée Clere, bien faite et bien trempée, Qu'ele forgea douteusement De soussi, d'aparçoivement. Fort targe avoit qui fu nommée Doute de male-renommée: De tel fust l'avoit-ele faite, Mainte langue ot au bort portraite. Pitié fiert si que trop la ruse, Près que ne la rendi confuse; Atant i est venus Deliz[111], Biaus bachelers frans et esliz[112]. Cil fist à Honte une envaïe; Espée avoit de plesant vie, Escu d'aise (dont point n'avoie), Bordé de solas et de joie. Honte fiert; mès ele se targe Si resnablement de sa targe, Conques li cops ne li greva, Et Honte requerre le va, Si fiert Délit par tel angoisse, Que sor le chief l'escu li froisse, Et l'abat jus tout estendu. Jusqu'as dens l'éust porfendu, Quant Diex amene ung bacheler Que l'en apele Bien-Celer.

Notes in this chapter

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