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Le roman de la rose - Tome III

JEAN DE MEUNG (continued 2)

Reading edition

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C'est une double extrémité11921. Que richesse et mendicité. Entre les deux est suffisance, Là gît des vertus l'abondance. Du reste, clairement le dit Salomon dans un sien écrit, Des Paraboles, c'est le titre, Tout droit au trentième chapitre[25b]: Dieu, garde-moi dans ta bonté De richesse et mendicité! Car le riche, quand il se laisse Enorgueillir par sa richesse, Tant il affole alors son cœur Qu'en oubli met son créateur. Celui qui pauvreté guerroie Peut-il rester en bonne voie? Force, est qu'il devienne voleur Et parjure, ou Dieu est menteur, A Salomon si fut dictée Par lui la phrase ici notée. Je puis jurer sans contredit Qu'en aucuns livres n'est écrit (Du moins ce n'est pas dans les nôtres) Que Jésus-Christ ni ses apôtres, Toute la terre parcourant, N'allassent leur pain mendiant; Bien plus, ils en faisaient défense. Ainsi le prêchaient en substance Jadis par Paris la cité Les docteurs ès-divinité. Eux pourtant, sans truanderie, Pouvaient bien demander leur vie, Qui, de par Dieu, pasteurs étaient Et des âmes la cure avaient.

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Néis après la mort lor mestre,11835. Recommencierent-il à estre Tantost laboréors de mains; De lor labor, ne plus ne mains, Recevoient lor sostenance, Et vivoient en pacience; Et se remanant en avoient, As autres povres le donnoient; N'en fondoient palès ne sales, Ains gisoient en maisons sales[27]. Puissans hons doit, bien le recors, As propres mains, au propre cors, En laborant querre son vivre, S'il n'a dont il se puisse vivre, Combien qu'il soit religieus, Ne de servir Diex curieus: Ainsinc faire le li convient, Fors ès cas dont il me sovient, Que bien raconter vous saurai, Quant tens de raconter aurai. Et encor devroit-il tout vendre, Et du labor sa vie prendre, S'il est bien parfais en bonté: Ce m'a l'Escripture conté. Car qui oiseus hante autrui table, Lobierres est, et sert de fable. N'il n'est pas, ce sachiés, raison D'escuser soi par oraison: Car il convient en toute guise Entrelessier le Diex servise Por ses autres nécessités. Mangier estuet, c'est vérités, Et dormir, et faire autre chose, Nostre oroison lors, se repose:

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Même après la mort de leur maître11955. Ils recommencèrent à être Ouvriers de leurs propres mains; De labeurs humbles et vilains Ils recevaient leur soutenance Et vivaient tous en patience, Et si de trop avaient pour eux Ils le donnaient aux malheureux, N'en fondaient ni palais ni salles Et demeuraient en maisons sales[27b]. Homme fort doit, je le soutiens, De ses labeurs quotidiens, Avec ses bras, gagner son vivre, S'il n'a de biens assez pour vivre, Combien qu'il soit religieux Et de Dieu servir envieux. Telle est la règle universelle Sauf ès-cas que je me rappelle Et que bien vous conter saurai, Plus tard, quand le temps en aurai. Et encor devrait-il tout vendre Et du travail son vivre prendre, S'il était parfait en bonté: Ce m'a l'Écriture conté. Car d'autrui qui hante la table Est un larron et sert de fable. Mauvaise encore est la raison De s'excuser par oraison. Il faut, et ce n'est que justice, Délaisser de Dieu le service Pour toute autre nécessité; Manger faut-il, en vérité, Et dormir et faire autre chose, Notre oraison lors se repose.

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Aussinc se convient-il retraire11889. D'oroison por son labor faire; Car l'Escripture s'i acorde Qui la vérité en recorde. Et si deffent Justiniens Qui fist nos livres anciens, Que nus hons, en nule maniere, Poissans de cors, son pain ne quiere, Por qu'il le truisse à gaaingnier; L'en le devroit miex mehaingnier, Ou en faire apperte justice, Que soustenir en tel malice. Ne font pas ce que faire doivent Cil qui tex aumosnes reçoivent, S'il n'en ont espoir priviliege Qui de la poine les aliege; Mais ne cuit pas qu'il soit éus Se li princes n'est décéus, Ne si ne recuit pas savoir Qu'il le puissent par droit avoir. Si ne fais-ge pas terminance Du prince ne de sa poissance, Ne par mon dit ne voil comprendre S'el se puet en tel cas estendre, De ce ne me doi entremette. Mès ge croi que selonc la letre Les aumosnes qui sont déuës As lasses gens povres et nuës, Fiebles et viez et mehaingniés, Par qui pains n'iert mes gaaingniés, Por ce qu'il n'en ont la poissance, Qui les mangüe en lor grevance, Il mangüe son dampnement, Se cil qui fist Adam ne ment.

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Aussi devons-nous oublier11989. Les oraisons pour travailler; Ainsi le comprend l'Écriture Qui enseigne vérité pure. Tel le défend Justinien Qui fit notre code ancien. Puissant de corps, dit-il, personne Ne devra demander l'aumône, Puisque son pain il peut gagner. Mieux vaut le battre et l'éloigner Ou en faire bonne justice, Que l'aider en telle malice. Ce n'est pas faire son devoir Qu'aumônes telles recevoir, A moins d'avoir un privilége Qui du châtiment vous protége. Or je ne pense pas savoir Qu'on le puisse par droit avoir; Donc il faut que soit par feintise Du roi la bonne foi surprise. Non pas qu'en rien je veuille, moi, Limiter le pouvoir du roi, Ni par ces mots faire comprendre Qu'il ne puisse à tels cas s'étendre, Car ceci discuter ne doi; Mais je pense selon la loi Que, les aumônes qui sont dues A faibles gens pauvres et nues, Vieillards infirmes, sans soutien, Qui ne peuvent gagner leur pain Parce qu'ils n'en ont la puissance, Ravir par male concurrence, C'est pourchasser son damnement, Si le père d'Adam ne ment.

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Et sachiés, là où Diex commande11923. Que li prodons quanqu'il a vende, Et doint as povres et le sive, Por ce ne vuet-il pas qu'il vive De li servir en mendience: Ce ne fu onques sa sentence; Ains entent que de ses mains euvre, Et qu'il le sive par bonne euvre. Car saint Pol commanda ovrer As apostres por recovrer Lor necessités et lor vies, Et lor deffendoit truandies, Et disoit: «De vos mains ovrés, Jà sor autrui ne recorés.» Ne voloit que riens demandassent A quelque gens qu'il préeschassent, Ne que l'évangile vendissent: Ains doutoit que s'il requéissent, Qu'il ne tosissent en requerre; Qu'il sunt maint donéor en terre Qui por ce donnent, au voir dire, Qu'il ont honte de l'escondire, Ou le requerant lor ennuie, Si li donnent por qu'il s'enfuie. Et savés que ce lor prouffite? Le don perdent et la merite. Quant les bonnes gens qui ooient Le sermon saint Pol, li prioient Por Diex qu'il vosist du lor prendre, N'i vosist-il jà la main tendre; Mès du labor des mains prenoit Ce dont sa vie sostenoit.

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Or, sachez-le, quand Dieu commande12023. Que tout son bien le sage vende Pour le suivre, ayant tout donné, Pour ce n'a-t-il pas ordonné Qu'on le servît par mendiance (Jamais ce ne fut sa sentence): Mais œuvre manuelle fît Et par bonne œuvre le suivît. Saint Paul à travailler convie Tous les apôtres, pour leur vie Soutenir avec dignité Et défend la mendicité: «Travaillez, dit-il aux apôtres, N'ayez jamais recours aux autres.» A la gent qui les écoutait, Qu'ils demandassent ne voulait, Ni que l'Évangile vendissent; Mais il redoutait qu'ils ne prissent, Bel et bien, tout en demandant. Car maints, et leurs corps défendant, Ne donnent, il faut bien le dire, Que pour la honte d'éconduire, Ou bien pour que le requérant Ennuyeux s'en aille à l'instant. L'aumône en rien ne leur profite, Car sont perdus don et mérite. Quand les bonnes gens qui venaient Saint Paul entendre le priaient, Pour Dieu, qu'il voulût du leur prendre, Onc n'y voulut-il la main tendre; Mais du labeur des mains gagnait Ce dont ses jours il soutenait.

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Amours. Di-moi donques comment puet vivre11955. Fors homs de cors qui Diex vuet sivre, Puis qu'il a tout le sien vendu, Et as povres Diex despendu, Et vuet tant solement orer Sans jamès de mains laborer. Le puet-il faire? Faux-Semblant. Oïl. Amours. Comment? Faux-Semblant. S'il entroit, selon le commant[28] Saint Augustin, en abbaie Qui fust de propre bien garnie, Si cum sunt ore cil blanc moine, Cil noir, cil reguler chanoine, Cil de l'Ospital, cil du Temple, Car bien puis faire d'eus exemple, Et i préist sa soutenance, Car là n'a point de mendiance: Neporquant maint moines laborent, Et puis au Diex service acorent; Et por ce qu'il fu grant discorde En ung tens dont ge me recorde, Sur l'estat de mendicité, Briefment vous iert ci recité

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Amours. Alors dis-moi comment peut vivre12055. Un homme fort qui Dieu veut suivre, Lorsqu'il a tout son bien vendu Et aux pauvres de Dieu rendu, Et tout entier à la prière Des mains ne veut nul travail faire. Le peut-il? Faux-Semblant. Oui. Amour. Dis-moi comment. Faux-Semblant. Comme saint Augustin l'entend[28b], En entrant dans une abbaye Qui soit de propre bien garnie, Comme chanoines séculiers, Moines blancs, noirs, hospitaliers, Ou bien encore ceux du Temple, Que puis bien prendre comme exemple. Pour vivre dans l'austérité; Ceci n'est pas mendicité. Maints moines au travail s'adonnent Néanmoins, qui Dieu n'abandonnent. Les Mendiants et leur état Furent cause d'un grand débat, En un temps dont j'ai souvenance. Je vais vous donner connaissance

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Comment puet hons mendians estre11977. Qui n'a dont il se puisse pestre. Les cas en orrés tire-à-tire, Si qu'il n'i aura que redire, Maugré les felonnesses jangles; Car vérités ne quiert nus angles, Si porrai-ge bien comparer Quant onc osai tel champ arer.

LXIII Faulx-Semblant dit cy vérité De tous cas de mendicité. L'Acteur. Vez-ci les cas especiaus; Se li hons est si bestiaus Qu'il n'ait de nul mestier science, Ne n'en desire l'ignorance, A mendiance se puet traire Tant qu'il sache aucun mestier faire Dont il puisse sans truandie Loiaument gaaingnier sa vie; Ou s'il laborer ne péust Por maladie qu'il éust, Ou por viellece, ou por enfance, Torner se puet en mendiance; Ou s'il a trop, par aventure, D'acoustumée norreture Vescu délicieusement, Les bonnes gens communément En doivent lors avoir pitié, Et souffrir le par amitié

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Comment on peut son pain quêter,12077 Quand on n'a de quoi subsister. Les cas en verrez tire à tire, Et n'y sera rien à redire, Des méchants malgré les discours, Car vérité hait les détours. Nul mieux que moi ne peut le faire, Car bien labourai cette terre.

LXIII Ci Faux-Semblant dit vérité Des cas où la mendicité Peut être seulement permise. L'Auteur. Puisqu'il faut que je les précise, Voici tous les cas spéciaux: D'abord les pauvres idiots Qui n'ont de nul métier science; Victimes de leur ignorance, Ceux-là peuvent bien mendier Jusqu'à ce qu'ils sachent métier Dont puissent sans truanderie Loyalement gagner leur vie; Tel qui travailler ne peut plus Par le mal, par les ans perclus, Ou l'enfant dans son âge tendre, Peuvent sans honte la main tendre; Tel qui trop vécut en son temps Pour son malheur, les bonnes gens, Par pitié pour son infortune, Souffrir le peuvent sans rancune

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Mendier et son pain querir,12005. Non pas lessier de fain morir. Ou s'il a d'ovrer la science, Et le voloir et la poissance, Prest de laborer bonnement, Mès ne trueve pas prestement Qui laborer faire li voille Por rien que faire puisse ou soille, Bien puet lors en mendicité Porchacier sa nécessité; Ou s'il à son labor gaaingne, Mès il ne puet de sa gaaingne Soffisamment vivre sor terre, Bien se puet lors metre à pain querre, Et d'uis en huis partout tracier Por le remenant porchacier: Ou s'il vuet por la foi deffendre Quelque chevalerie emprendre, Soit d'armes, ou de lectréure[29], Ou d'autre convenable cure, Se povreté le va grevant, Bien puet, si cum j'ai dit devant, Mendier tant qu'il puisse ovrer Por ses estovoirs recovrer, Mès qu'il ovre des mains itiex, Non pas de mains esperitiex, Mès de mains du cors proprement, Sans metre i double entendement. En tous ces cas et en semblables, Se plus en trovés raisonnables Sor ceus que ci présens vous livre. Qui de mendiance vuet vivre, Faire le puet, non autrement, Se cil de Saint-Amor ne ment,

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Mendier et son pain quérir12105. Sans le laisser de faim mourir; Tel qui d'un travail a science Et le vouloir et la puissance, Prêt à travailler bonnement, Mais ne trouve, pour le moment, De ce qu'il sait faire, personne Un peu d'ouvrage qui lui donne, Peut aussi par mendicité Combattre la nécessité; Encor l'ouvrier qui se livre Au travail, mais sans pouvoir vivre, En suffisance, de son gain, Peut certes mendier son pain, Pour le reste, de porte en porte, Quérir, tant qu'aux siens le rapporte; Celui qui, la foi défendant, Noble mission entreprend Ou autre glorieuse cure, Chevalier d'arme ou de lecture[29b], Si pauvreté le va grevant, Peut aussi, comme ai dit devant, Mendier jusqu'à ce qu'il puisse Travail trouver qui le nourrisse, Mais je dis labeurs manuels Et non travaux spirituels, Des mains de son corps, pour mieux dire, Sans autre entendement déduire. En mendiant qui vivre veut En ces cas et d'autre le peut, Que mes exemples ne prévoient, En tant que raisonnables soient; Mais il ne le peut autrement, Si le bon Saint-Amour ne ment,

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Qui desputer soloit et lire,12039. Et préeschier ceste matire A Paris, avec les devins: Jà ne m'aïst ne pains ne vins, S'il n'avoit en sa vérité L'acord de l'Université Et du pueple communément, Qui ooient son preschement. Nus prodons de ce refuser Vers Diex ne se puet escuser. Qui grocier en vodra, si grouce, Qui correcier, si s'en corrouce, Car ge ne m'en teroie mie Se perdre en devoie la vie, Ou estre mis, contre droiture, Comme saint Pol, en chartre oscure, Ou estre bannis du roiaume A tort, cum fu mestre Guillaume[30] De Saint-Amor, qu'Ypocrisie Fist essilier, par grant envie. Ma mere en essil le chaça; Le vaillant homme tant braça Por Vérité qu'il soustenoit; Vers ma mere trop mesprenoit, Por ce qu'il fist ung novel livre Où sa vie fist toute escrivre, Et voloit que je renoiasse. Mendicité et laborasse, Se ge n'avoie de quoi vivre; Bien me voloit tenir por ivre, Car laborer ne me puet plaire, De laborer n'ai-ge que faire: Trop a grant paine en laborer; J'aim miex devant les gens orer,

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Qui discuter cette matière12139. Savait, lire et prêcher en chaire Avec les docteurs de Paris. Pain et vin me soient interdits, S'il ne convainquit tout le monde Par son éloquence profonde, Et n'acquit en sa vérité L'accord de l'Université. Nul qui cet accord lui refuse N'aura par devant Dieu d'excuse; En grogne, ma foi, qui voudra Et s'en courrouce à qui plaira; Pour moi je ne m'en tairai mie, En dussé-je perdre la vie Ou contre droiture me voir, Comme saint Paul, en cachot noir Plonger, ou bien de ce royaume A tort bannir comme Guillaume[30b] De Saint-Amour, qu'exiler fit Ma mère par trop grand dépit. Tant fit ma mère Hypocrisie Au vaillant homme d'avanie, Pour Vérité qu'il soutenait, Qu'il fut chassé; car il avait Trop dévoilé d'Hypocrisie Dans un nouveau livre la vie, Et me voulait voir renier Mendicité pour travailler, Si je n'avais pas de quoi vivre. Il me prenait, certes, pour ivre, Car le travail ne me plaît point Et de travail n'ai nul besoin. J'aime mieux draper ma rouerie Du manteau de Papelardie,

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Et affubler ma renardie12073. Du mantel de Papelardie. Le Dieu d'Amours. Qu'est-ce, diable! quiex sunt ti dit? Qu'est-ce que tu as ici dit? Faux-Semblant. Quoi? Amours. Grans desloiautés apertes. Donc ne criens-tu pas Diex? Faux-Semblant. Non, certes, Qu'envis puet à grant chose ataindre En ce siecle, qui Diex vuet craindre: Car li bon qui le mal eschivent, Et loiaument du lor se vivent, Et qui selonc Diex se maintiennent, Envis de pain à autre viennent. Tex gens boivent trop de mesaise: N'est vie qui tant me desplaise. Mès esgardés cum de deniers Ont usurier en lor greniers, Faussonnier et terminéours[31] Baillif, prevoz, bediaus, maiours, Tuit vivent presque de rapine, Li menus pueple les encline, Et cil comme leus les deveurent; Tretuit sor les povres gens queurent: N'est nus qui despoillier nes vueille, Tuit s'afublent de lor despueille,

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Et devant le monde prier,12173. Car c'est trop dur de travailler. Le Dieu d'Amours. Que nous dis-tu là, vilain diable, Avec ta morale exécrable? Faux-Semblant. Quoi donc? Amours. Impudence sans nom! Ne crains-tu pas Dieu? Faux-Semblant. Certes, non. Nul ne peut à grand' chose atteindre En ce monde qui Dieu veut craindre; Car ceux qui ne font que le bien, Qui loyaux vivent de leur bien Et qui selon Dieu se maintiennent, Bien vite au pain des autres viennent, Boivent trop de fiel, de douleur, Et j'ai telle vie en horreur. Mais voyez comme l'or en foule Aux greniers des usuriers coule. Faux monnayeurs, banqueroutiers[31b], Archers, prévôts, baillis, guerriers, Tous presque vivent de rapine, Et le peuple à leurs pieds s'incline. Eux le dévorent comme loups, Sur pauvres gens se jettent tous, Sans échauder tout vifs les plument, Tretous de leur substance hument,

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Tretuit de lor sustances hument,12097. Sans eschauder tous viz les plument. Li plus fors le plus fiéble robe: Mès ge qui vest ma simple robe, Lobans lobés et lobéors, Robe robés et robéors. Par ma lobe entasse et amasse Grans tresors en tas et en masse, Qui ne puet por riens afunder; Car, se g'en fais palais funder, Et acomplis tous mes déliz De compaignies en délitz, De tables plaines d'entremez, (Car ne voil autre vie mès), Recroist mes argens et mes ors: Car, ains que soit vuis mes tresors, Deniers me viennent à resours: Ne fais-ge bien tumber mes hours? En aquerre est toute m'entente, Miex vaut mes porchas que ma rente. S'en me devoit tuer ou batre, Si me voil-ge par tout embatre. Amours. Tu sembles sains hons. Faux-Semblant. Certes voire. Ordener me fis à provoire, Sui le curé de tout le monde Si cum il dure à la réonde. Par tout vois les ames curer, Nulz ne puet mès sans moi durer,

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Ne cherchent qu'à les dépouiller12197. Et des dépouilles s'affubler. Le plus fort le faible dérobe, Mais moi qui vêts ma simple robe, Trompant et trompés et trompeurs, Je vole et volés et voleurs. Par ma fourbe j'amasse, entasse Grands trésors en tas et en masse Qui ne sauraient s'évanouir, Car j'en fais des palais bâtir Et satisfais mes fantaisies, Vidant en belles compagnies Tables couvertes d'entremets; Je n'aurai vie autre jamais. Mes ors et mes argents pullulent, Toujours mes deniers s'acccumulent, Jamais n'est vide mon trésor. Me sais-je faire un heureux sort? Acquérir est ma seule entente, Et mieux vaut mon gain que ma rente. Dût-on me battre ou me tuer, Je veux partout m'insinuer. Amour. Tu sembles un saint homme! Faux-Semblant. Oui, maître, Car je me fis ordonner prêtre; Partout vais les âmes curer Et nul sans moi ne peut durer. Je suis curé de tout le monde, Et tous m'accueillent à la ronde;

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Et préeschier et conseillier,12125. Sans jamès de mains traveillier; De l'Apostole en ai la bule Qui ne me tient pas por entule. Si ne querroie jà cessier Ou d'empereors confessier, Ou rois, ou dux, ou bers, ou contes, Mès de povres gens est-ce hontes. Je n'aim pas tel confession, Se n'est par autre occasion; Ge n'ai cure de povre gent, Lor estât n'est ne bel, ne gent. Ces empereris, ces duchesses, Ces roïnes, et ces contesses, Ces hautes dames palasines, Ces abéesses, ces béguines[32], Ces baillives, ces chevalieres, Ces borgoises cointes et fieres, Ces nonains et ces damoiseles, Por que soient riches ou beles, Soient nuës ou bien parées, Jà ne s'en iront esgarées. Et por le sauvement des ames J'enquiers des seignors et des dames, Et de trestoutes lor mesnies, Les propriétés et les vies, Et lor fais croire et metz ès testes Que lor prestres curez sunt bestes Envers moi et mes compaignons, Dont j'ai moult de mauvès gaignons[33] A qui ge suel, sans rien celer, Les secrés des gens réveler; Et eus ausinc tout me revelent, Que riens du monde ne me celent.

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On me voit prêcher, conseiller,12225. Sans jamais des mains travailler, Car du pape, qui, le crédule, M'estime fort, j'ai bonne bulle. Partout je cherche sans cesser Un empereur à confesser, Un roi, duc ou baron ou comte, Mais pauvres gens, c'est une honte! Point n'aime leur confession, A moins de rare occasion, Car je n'ai des pauvres gens cure. Leur état n'est, je vous assure, Ni beau, ni gai, ni séduisant; Mais je n'en dirai pas autant Des impératrices, duchesses, Reines, baronnes et comtesses Et grandes dames de palais. Abbesses, béguines, jamais[32b], Ni ballives, ni chevalières, Ni bourgeoises coquettes, fières, Belles et riches, ni nonnains, Ni damoiselles, de nos mains, Ou sans chemise ou moult parées, Ne sauraient sortir égarées. Et pour leur salut je m'enquiers Des dames et des chevaliers Et de toute leur compagnie, Quels sont leurs biens, quelle est leur vie, Et leur fais croire, tant leur dis, Qu'au prix de moi, de mes amis, Leurs curés ne sont que des bêtes. Mes amis sont gens fort honnêtes[33b] A qui je vais, sans rien céler, Les secrets des gens révéler;

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Et por les felons aparçoivre12159. Qui ne cessent des gens déçoivre, Paroles vous dirai jà ci Que nous lisons de saint Maci, C'est assavoir l'evangelistre, Au vingt et troisième chapistre[34]; Sor la chaiere Moysi, Car la glose l'espont ainsi, C'est le testament ancien, Sistrent Scribe et Pharisien, (Ce sunt les fauces gens maudites Que la letre apele ypocrites), Faites ce qu'il sermonneront, Ne faites pas ce qu'il feront. De bien dire n'ierent jà lent, Mès de faire n'ont-il talent. Il lient as gens décevables Griés faiz qui ne sunt pas portables, Et sor lor espaules lor posent, Mais o lor doi movoir nes osent. Amours. Porquoi non? Faux-Semblant. Par foi, qu'il ne vuelent, Car les espaules sovent suelent As portéors des faiz doloir, Por ce fuient-il tel voloir. S'il font euvres qui bonnes soient, C'est por ce que les gens les voient.

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Eux d'autre part tout me révèlent12259. Et rien au monde ne me cèlent. Pour les félons apercevoir Toujours prêts aux gens décevoir, Oyez la parole subtile Qu'en son vingt-troisième évangile[34b]; Écrivit le grand saint Matthieu. Ainsi parle l'homme de Dieu: «Las! sur la chaire de Moïse (Telle est sa parole précise Dans le Testament ancien), Siégent Scribe et Pharisien (Ce sont les fausses gens maudites Qu'il désigne par hypocrites); Faites, dit-il, ce qu'ils diront; Ne faites pas ce qu'ils feront. Des lèvres moult bien vous enseignent, Mais leurs dits pratiquer ne daignent: Ils attachent les pauvres gens A des fardeaux par trop pesants, Et sur leurs épaules les posent, Eux qui du doigt les toucher n'osent. Amour. Pourquoi non? Faux-Semblant. Ils ne veulent pas; Car aux porteurs souvent les bras Sous un tel faix de douleur plient, C'est pourquoi telle peine ils fuient. S'ils font œuvre qui bonne soit, Ce n'est que parce qu'on les voit,

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Lor philateres eslargissent[35],12185. Et lor fimbries agrandissent, Et des sieges aiment as tables Les plus haus, les plus honorables, Et les premiers es sinagogues, Cum fiers et orguilleus et rogues, Et ament que l'en les salue Quant il trespassent par la rue, Et vuelent estre apelé mestre, Ce qu'il ne devroient pas estre: Car l'évangile vet encontre, Qui lor déloiauté démonstre. Une autre coustume ravons Sor ceus que contre nous savons; Trop les volons forment haïr, Et tuit par accort envaïr. Ce que l'ung het, li autres héent, Tretuit à confondre le béent, Se nous véons qu'il puist conquerre Par quelque engin honor en terre, Provendes ou possessions, A savoir nous estudions Par quele eschiele il puet monter; Et por li miex prendre et donter, Par traïsons le diffamons Vers ceus, puis que nous ne l'amons. De s'eschiele les eschilons Ainsinc copons, et l'essillons De ses amis, qu'il n'en saura Jà mot, que perdus les aura. Car s'en apert les grevions, Espoir blasmés en serions, Et si faudrions à nostre esme; Car se nostre entencion pesme

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Leurs philatères élargissent[35b]12287. Et les franges en agrandissent, A table ils prennent les tréteaux Les plus marquants et les plus hauts, Et les premiers aux synagogues Marchent fiers, orgueilleux et rogues, Et dans la rue ils sont contents Lorsque s'inclinent les passants Devant eux et leur disent: maître? Ce qui ne devrait pas être, Car l'Évangile le défend Qui leur déloyauté reprend. Voici ce que nous soulons faire Encor contre notre adversaire. Nous ne songeons qu'à le haïr, Et tous ensemble l'assaillir; Car ce qu'un hait, tous le haïssent Et pour le confondre s'unissent. Si nous voyons par quel moyen Il peut avoir honneur, soutien, Rentes, possessions, hautesse, Nous nous étudions sans cesse Par quelle échelle il peut monter, Et pour mieux l'abattre et dompter, Voilons nos passions haineuses Par nos manœuvres ténébreuses. De l'échelle les échelons Ainsi coupons et l'isolons De ses amis, sans qu'il s'en doute; Tous les perdra sans y voir goutte. Car face à face l'attaquer Serait nous faire critiquer Et manquer notre but sans doute; Voyant notre manœuvre toute,

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Savoir cil, il s'en deffendroit,12219. Si que l'en nous en reprendroit. Grant bien se l'ung de nous a fait, Par nous tous le tenons à fait, Voire par Diex s'il le faignoit, Ou sans plus vanter s'en daignoit D'avoir avanciés aucuns hommes, Tuit du fait parçoniers nous sommes, Et disons, bien savoir devés, Que tex est par nous eslevés. Et por avoir des gens loenges, Des riches hommes, par losenges, Empetrons que letres nous doignent Qui la bonté de nous tesmoignent, Si que l'en croie par le munde Que vertu toute en nous habunde; Et tous jors povres nous faignons, Mès comment que nous nous plaignons, Nous sommes, ce vous fais savoir, Cil qui tout ont sans riens avoir. Ge m'entremet de corretages, Ge faiz pais, ge joing mariages, Sor moi preng execucions, Et vois en procuracions: Messagiers sui et fais enquestes Qui ne me sunt pas moult honestes, Les autrui besoignes traitier Ce m'est ung trop plesant mestier; Et se vous avés riens à faire Vers ceus entor qui ge repaire, Dites-le moi, c'est chose faite, Si-tost cum la m'aurés retraite, Por quoi vous m'aiés bien servi, Mon service avés deservi.

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Notre ennemi s'en défendrait,12321. Et chacun nous en reprendrait. Si l'un de nous fit oeuvre pie, Par nous bien vite elle est grossie; Voire, par Dieu, s'il la feignait, Ou, sans plus, vanter se daignait D'avoir obligé quelques hommes, Tous ses associés nous sommes, Et crions, comme vous savez, Que tels furent par nous sauvés; Et pour capter la confiance Des grands, à force d'insistance, Nous obtenons bons parchemins Qui font de nous autant de saints, Si bien qu'on croit parmi le monde Que vertu toute en nous abonde; Toujours pauvres nous nous feignons, Mais combien que tous nous ayons Ainsi coutume de nous plaindre, A ne pas la vérité feindre, Nous sommes, vous le fais savoir, Gens qui tout ont sans rien avoir. Puis je me mêle de courtages, Raccommodements, mariages, Sur moi prends exécutions Et vais en procurations; Messager suis et fais enquêtes Le plus souvent rien moins qu'honnêtes; J'éprouve un bonheur inouï A voir aux besognes d'autrui; Enfin, si vous avez affaire Auprès des gens chez qui j'opère, Parlez; sitôt dit, sitôt fait, Vous serez servis à souhait,

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Mès qui chastier me vodroit,12253. Tantost ma grace se todroit: Je n'aim pas homme ne ne pris Par qui ge sui de riens repris. Les autres voil-ge tous reprendre, Mès ne voil lor reprise entendre: Car ge qui les autres chasti, N'ai mestier d'estrange chasti. Si n'ai mès cure d'ermitages: J'ai laissié desers et bocages, Et quit à saint Jehan-Baptiste Du desert, et manoir et giste. Trop par estoie loing gités. Es bors, ès chastiaus, ès cités Fais mes sales et mes palès, Où l'en puet corre à plains eslès; Et di que ge sui hors du monde, Mès ge m'i plonge et m'i afonde, Et m'i aése, et baigne et noë Miex que nus poissons de sa noë. Ge sui des valez Antecrist, Des larrons dont il est escript Qu'il ont habiz de saintéé, Et vivent en tel faintéé; Dehors semblons aigniaus pitables, Dedens sommes leus ravissables, Si avirons-nous mer et terre, A tout le monde avons pris guerre, Et voulons du tout ordener Quel vie l'en i doit mener. S'il i a chastel ne cité Où bogres soient récité, Néis s'il ierent de Melan, Car aussinc les en blasme-l'en:

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Car moult votre service prise,12355. Mon amitié vous est acquise. Mais qui me corriger voudrait Mes faveurs s'aliénerait, Tous les autres je veux reprendre Sans oncques nul reproche entendre, Car si d'en faire j'ai pouvoir, Point n'ai besoin d'en recevoir. J'ai peu de goût pour les bocages, Les déserts et les hermitages, Je laisse à saint Jean ses déserts, Ses rochers et ses gîtes verts, C'est par trop loin chercher son gîte. En châteaux et cités j'habite, J'y fais des salles, des palais, A l'aise où l'on circule en paix; Je dis qu'au monde je renonce, Et je m'y plonge et m'y enfonce, J'y nage et plonge de nouveau, Plus heureux que poisson dans l'eau. De l'Antechrist valet parjure, C'est de moi que dit l'Écriture: «Il a l'habit de sainteté, Mais ne vit que d'iniquité.» Dehors nous semblons agneaux doux, Dedans nous sommes d'affreux loups, Nous parcourons et mer et terre, Partout à tous faisons la guerre, Et voulons de tout ordonner Quelle vie on y doit mener. Ainsi lorsqu'en castel habite, Ou cité, quelque sodomite (Fut-il encore de Milan Où fleurit ce joli talent),

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Ou se nus homme oultre mesure12287. Vent à terme ou preste à usure, Tant iert d'aquerre curieus, Ou s'il iert trop luxurieus, Ou lerres, ou simoniaus, Soit prevost ou officiaus, Ou prélas de jolive vie, Ou prestres qui tiengne s'amie, Ou vielles putains hostelieres, Ou maqueriaus ou bordelieres, Ou repris de quiexconques vice Dont l'en devroit faire justice: Par tretous les sainz que l'en proie, S'il ne se deffent de lamproie, De lus, de saumon ou d'anguile, S'en le puet trover en la vile, Ou de tartes, ou de flaons, Ou de fromages en glaons, Qu'ausinc est-ce moult bel joel; Ou la poire de cailloel, Ou d'oisons gras, ou de chapons Dont par les geules nous frapons; Ou s'il ne fait venir en haste Chevriaus, connis lardés en paste, Ou de porc au mains une longe, Il aura de corde une longe A quoi l'en le menra bruler, Si que l'en l'orra bien uler D'une grant liue tout entor: Ou sera pris et mis en tor, Por estre à tous jors enmurés, S'il ne nous a bien procurés, Ou sera pugni du meffait, Plus espoir qu'il n'aura meffait.

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Ou si quelqu'un outre mesure12389. Vend à terme ou prête à usure, Tant est d'acquérir curieux, Ou s'il est trop luxurieux, Ou prélat de joyeuse vie, Prêtre qui vive avec sa mie, Prévôt ou juge official Qui soit voleur ou déloyal, Ou vieille putain hôtelière Ou maquerele ou bordelière, Ou vaurien de vices souillé Qui devrait être châtié: Oui, par tous les saints que l'on prie! S'il ne sait défendre sa vie A grand renfort de brocheton, De lamproie, anguille ou saumon (Si l'on en peut trouver en ville), Tartes, flans, ou gâteaux par mille, Ou fromages de crême blancs En leurs paniers si séduisants, Ou s'il ne fait venir en hâte Chevreaux, lapins lardés en pâte, Poulardes grasses et chapons, Que par la gueule nous passons, Ou la poire de cailloèle, Ou de porc large tranche et belle, La corde au col on l'enverra Brûler, si bien qu'on l'entendra Hurler une lieue à la ronde, Ou bien en cellule profonde, Dans une tour, pour y mourir, S'il ne songe à nous bien garnir; De notre haine ainsi victime Plus que ne méritait son crime.

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Mais cil, se tant d'engin avoit12321. Qu'une grant tor faire saurait[36], Ne li chausist jà de quel pierre, Fust sans compas, ou sans esquierre, Néis de motes ou de fust, Ou d'autre-riens queque ce fust, Mès qu'il éust léans assés De biens temporex amassés, Et dreçast sus une perriere Qui lançast devant et derriere, Et des deus costés ensement Encontre nous espessement, Tex cailloz cum m'oés nomer, Por soi faire bien renomer, Et gitast à grans mangoniaus Vins en bariz ou en tonniaus, Ou grans sas de centaine livre, Tost se porroit véoir délivre; Et s'il ne trueve tex pitances, Estudit en équipolances, Et lest ester leus et fallaces, S'il n'en cuide aquerre nos graces; Ou tel tesmoing li porterons, Que tout vif ardoir le ferons, Ou li donrons tel pénitence Qui vaudra pis que la pitance[37]. Jà ne les congnoistrés as robes[38] Voire la note. Les faus traistres plains de lobes: Lor faiz vous estuet regarder, Se vous volés d'eus bien garder; Et se ne fust la bonne garde De l'Université qui garde

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Mais si tant d'esprit il avait12423. Que grande tour faire saurait, Et de n'importe quelle pierre, Sans compas même et sans équerre, Fût-ce de mottes ou de bois Ou d'autres choses à son choix, Et de temporelle chevance Bien la garnît en abondance, Et dessus un pierrier dressât Qui derrière et devant lançât Et par côtés, de cent manières, Sur nous une grêle des pierres Que m'avez entendu nommer, Pour se bien faire renommer, Et jetât du haut des murailles Gros sacs d'écus, vins en futailles, A grands coups de ses mangonneaux, Il pourrait braver nos assauts; Mais s'il n'a pas telle pitance, Que l'équivalent il nous lance S'il veut nos grâces acquérir, Et point n'essaie à nous servir De lieux communs et verbiages, Ou contre lui tels témoignages Un beau jour nous déposerons Que brûler tout vif le ferons, Ou lui donnerons pénitence Qui vaudra pis que la pitance[37b]. A l'habit ne reconnaîtrez[38b] Jamais ces traîtres exécrés; A leurs lacs qui se veut soustraire Leur actes seuls qu'il considère; Car si n'eût l'Université, Gardienne de la Chrétienté,

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La clef de la Crestienté,12353. Tout éust esté tormenté, Quant par mauvese entencion, En l'an de l'incarnacion Mil et deus cens cinc et cinquante, (N'est hons vivant qui m'en démente) Fut baillé, c'est bien chose voire, Por prendre commun exemploire Ung livre de par le Déable, C'est l'Evangile pardurable[39], Que li sainz Esperiz menistre, Si cum il aparoit au tistre; Ainsinc est-il entitulé, Bien est digne d'estre brulé. A Paris n'ot homme ne fame Où parvis, devant Nostre-Dame[40], Qui lors avoir ne le péust A transcrire, s'il li pléust: Là trovast par grant mesprison Mainte tele comparaison. Autant cum par sa grant valor Soit de clarté, soit de chalor, Sormonte li solaus la lune Qui trop est plus troble et plus brune, Et li noiaus des nois la coque: (Ne cuidiés pas que ge vous moque, Sor m'ame, le vous di sans guile): Tant sormonte ceste Evangile Ceus que li quatre evangelistres Jhesu-Crist firent à lor tistres. De tex comparoisons grant masse I trovast-l'en, que ge trespasse. L'Université, qui lors iere Endormie, leva la chiere;

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Tant fait bonne garde naguère,12457. Ils eussent tous défait sur terre, Quand par mauvaise intention, En l'an de l'Incarnation Mille deux cent cinq et cinquante (Nul homme n'est qui me démente), Chacun le sait, fut exposé, Pour être par tous copié, Un livre dicté par le diable. C'est l'Évangile pardurable[39b] Que, soi-disant, le Saint-Esprit Inspira, le titre le dit Tout au long sur le frontispice; Le brûler eût été justice. Alors à Paris qui voulut Pour le transcrire avoir le put, Devant l'église Notre-Dame[40b], Sur le parvis, soit homme ou femme. Dans ce livre, à grand' méprison, Mainte horrible comparaison On pouvait lire: «Autant la lune Près du soleil est pâle et brune, Autant il la passe en valeur, Soit de clarté, soit de chaleur, Et le noyau des noix la coque (Ne croyez pas que je vous moque, Sur mon âme, j'y lus ceci), Autant cet Évangile-ci Surpasse en valeur les quatre autres, Ceux qu'écrivirent les apôtres.» Que je meure si n'y trouvons Quantité de telles raisons. L'Université stupéfaite, Qui dormait lors, leva la tête,

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Du bruit du livre s'esveilla,12387. N'onc puis gaires ne someilla; Ains s'arma por aller encontre, Quant el vit cel horrible monstre, Toute preste de bataillier, Et du livre as juges baillier. Mès cil qui là le livre mistrent, Saillirent sus et le repristrent, Et se hasterent d'el repondre Car il ne savoient respondre Par espondre, ne par gloser A ce qu'en voloit oposer Contre les paroles maldites Qui en ce livre sunt escriptes. Or ne sai qu'il en avendra, Ne quel chief cis livres tendra; Mès encor lor convient atendre Tant qu'il le puissent miex deffendre. Ainsinc Ante-crist atendrons, Tuit ensemble à li nous rendrons: Cil qui ne s'i vodront aerdre, La vie lor convendra perdre. Les gens encontre eus esmovrons Par les baraz que nous covrons, Et les ferons desglavier, Ou par autre mort devier, Puisqu'il ne nous vodront ensivre, Qu'il est ainsinc escript où livre Qui ce raconte et segnefie: Tant cum Pierres ait seignorie, Ne puet Jehans monstrer sa force. Or vous ai dit du sens l'escorce Qui fait l'entencion repondre: Or vous en voil la moele espondre.

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Du bruit du livre s'éveilla12491. Et depuis lors ne sommeilla, Mais, prenant les armes, terrible Marcha contre ce monstre horrible Qui l'osait ainsi batailler, Pour le livre aux juges bailler; Mais ceux qui le livre là mirent Sautèrent sus et le reprirent Pour le cacher hâtivement, Car jamais n'eussent su comment Soutenir les raisons maudites Qui dans ce livre sont écrites. Or ne sais ce qu'il adviendra Ni quelle fin ce livre aura, Mais ils jugent prudent d'attendre Tant qu'ils le puissent mieux défendre. Ainsi l'Antechrist attendrons; Tous ensemble à lui nous rendrons; A ceux qui ne voudront le suivre Il faudra renoncer à vivre, Car nous soulèverons contre eux Tous les gens superstitieux Par notre insigne fourberie Et leur arracherons la vie Soit par le fer, soit autrement, Pourvu qu'ils meurent, simplement Pour n'avoir pas voulu nous suivre. Car voici ce que dit ce livre Qui nous explique tout cela: «Tant que Pierre dominera Ne peut Jehan montrer sa force.» Ceci n'est que du sens l'écorce

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Par Pierre voil le Pape entendre,12421. Et les clers seculiers comprendre Qui la loi Jhesu-Crist tendront, Et garderont et deffendront Contre tretous empeschéors: Et par Jehan les preschéors: Qui diront qu'il n'est loi tenable Fors l'Evangile pardurable, Que li Sains-Esperiz envoie Por metre gens en bonne voie. Par la force Jehan entent La grace dont se va vantant Qui vuet peschéors convertir Por eus faire à Dieu revertir. Moult i a d'autres déablies Commandées et establies En ce livre que ge vous nomme, Qui sunt contre la loi de Romme, Et se tiennent à Ante-Crist, Si cum ge truis où livre escript. Lors commanderont à occierre Tous ceus de la partie Pierre; Mès jà n'auront pooir d'abatre, Ne por occirre, ne por batre La loi Pierres, ce vous plevis, Qu'il n'en démore assés de vis Qui tous jors si la maintendront, Que tuit en la fin i vendront. Et sera la loi confonduë Qui par Jehan est entenduë. Mès or ne vous en voil plus dire, Que trop i a longue matire;

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Qui fait l'intention cacher;12523. Or j'en vais la moelle arracher. Par Pierre, il faut le Pape entendre, Et les clercs séculiers comprendre De la loi du Christ défenseurs, Et par Jehan tous les prêcheurs Qui diront qu'il n'est loi tenable Fors l'Évangile pardurable Que nous envoya l'Esprit-Saint Pour mettre gens en droit chemin. La force de Jehan veut dire La grâce que ce livre inspire A qui veut pécheurs convertir Pour les faire à Dieu revenir. En ce livre que je vous nomme, Contre la sainte loi de Rome Sont bien d'autres commandements Du diable hideux instruments Et qui tous l'Antechrist soutiennent, Comme en ce livre ils en conviennent. Lors diront d'occire céans De Pierre tous les partisans; Mais ils auront beau tuer, battre, Jamais ils ne pourront abattre La loi de Pierre; malgré tout Bien assez resteront debout, Et sera la loi confondue Qui par Jehan est entendue; Car ceux-là tant se maintiendront Qu'à leurs fins toujours ils viendront Or sur ce point dois-je me taire, Car trop longue en est la matière; Mais si ce livre fût passé, Au faîte je serais placé,

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Mès se cis livres fust passés,12453. En greignor estat fusse assés; S'ai-ge jà de moult grans amis Qui en grant estat m'ont jà mis. De tout le monde est empereres Baras mes sires et mes peres; Ma mere en est empereris. Maugré qu'en ait Sains-Esperis, Nostre poissant lignage regne: Nous regnons ore en chascun regne, Et bien est drois que nous regnons, Que trestout le monde fesnons, Et savons si les gens déçoivre, Que nus ne s'en set aparçoivre; Ou qui le set aparcevoir, N'en ose-il descovrir le voir. Mès cil en l'ire Diex se boute, Quant plus de Diex mes freres doute; N'est pas en foi bons champions Qui crient tex simulacions, Ne qui vuet poine refuser Qui puist venir d'eus encuser. Tex hons ne vuet entendre à voir, Ne Diex devant ses yex avoir; Si l'en pugnira Diex sans faille. Mès ne m'en chaut comment qu'il aille, Puisque l'amor avons des hommes; Por si bonnes gens tenus sommes, Que de reprendre avons le pris, Sans estre de nulli repris. Quex gens doit-l'en donc honorer, Fors nous qui ne cessons d'orer Devant les gens apertement, Tout soit-il darriers autrement?

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Car j'ai déjà d'amis grand' foule12557. D'où mon puissant état découle. De tout le monde est empereur Mensonge mon père et seigneur, L'impératrice c'est ma mère. Quoique l'Esprit-Saint puisse faire, Sur tous les royaumes s'étend Notre lignage omnipotent, Et ce n'est vraiment que justice, Puisqu'au gré de notre caprice Si bien savons gens décevoir Que nul n'y sut jamais rien voir, Ou s'il le voit, se tait et n'ose Au grand jour dévoiler la chose. Mais Dieu méprise le cœur vain Qui plus que Dieu mes frères craint; De la foi champion indigne, Sous un tel joug qui se résigne, Et qui, pouvant les accuser Et les punir, s'ose excuser. Sa voix de Dieu n'est entendue, Il détourne de lui sa vue, Et certe un jour le punira. Au fait, arrive que pourra, Puisque l'amour avons des hommes, Puisque pour si bons tenus sommes Que de reprendre avons le droit Sans que nul nous touche du doigt! A qui doit-on honneur, largesse, Fors à nous qui prions sans cesse Devant les gens ouvertement, Derrière en fût-il autrement?

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Est-il greignor forsenerie12487. Que d'essaucier chevalerie, Et d'amer gens nobles et cointes Qui robes ont gentes et jointes? S'il sunt tex gens cum il aperent, Si net cum netement se perent, Que lor diz s'acort à lor fais, N'est-ce grant duel et grans sorfais, S'il ne vuelent estre ypocrite? Tel gens puist estre la maudite! Jà certes tiex gens n'amerons, Mès Beguins à grans chaperons[41] As chieres pasles et alises, Qui ont ces larges robes grises Toutes fretelèes de crotes, Hosiaus froncis et larges botes Qui resemblent borce à caillier: A ceux doivent princes baillier A governer eus et lor terre, Ou soit par pais, ou soit par guerre. A ceus se doit princes tenir Qui vuet à grant honor venir; Et s'il sunt autres qu'il ne semblent, Qu'ainsinc la grâce du monde emblent, Là me voil embatre et fichier, Por décevoir et por trichier. [Si ne voil-ge pas por ce dire[42] Que l'en doie humble habit despire, Por quoi dessous orgoil n'abit: Nus ne doit haïr por l'abit Le povre qui s'en est vestus; Mès Diex nel' prise deus festus, S'il dist qu'il a lessié le monde, Et de gloire mondaine habonde,

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Est-il pire forcennerie12589. Que d'exalter chevalerie Et d'aimer ces nobles, ces grands Aux habits coquets et brillants? Si tels ils sont comme ils paraissent Et nobles comme ils le professent, Leurs dits si confirment leurs faits, N'est-ce grand deuil et grand excès? Si telle engeance être hypocrite Ne daigne, qu'elle soit maudite! Jamais telle gent n'aimerons; Mais Béguins à grands chaperons[41b] Que l'on voit partout sur la terre Cheminer le visage austère Et plat, les traits longs, amaigris Et drapés dans leur manteau gris Haché de vermine et de crottes, Chausses tombant dessus leurs bottes Ainsi que filets à cailler. A ceux-là doit prince bailler A gouverner toute sa terre Et lui, soit en paix, soit en guerre, A eux se doit prince tenir Qui veut à grand honneur venir. Ils sont tout autres qu'on ne pense; Mais des gens ont la confiance, Donc avec eux me veux ficher Pour mieux décevoir et tricher. [Je ne veux pas par là vous dire[42b] Que l'on doive humble habit proscrire S'il ne couvre un cœur orgueilleux. On ne doit pas le malheureux Mépriser pour sa pauvre mise; Mais Dieu deux fétus ne le prise

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Et de delices vuet user.12521. Qui puet tel beguin escuser, Tel papelart, quant il se rent, Puis va mondains déliz querant, Et dist que tous les a lessiés, S'il en vuet puis estre engressiés? C'est li mâtins qui gloutement Retorne à son vomissement.] Mès à vous n'osé-ge mentir, Car se ge péusse sentir Que vous ne l'aparcéussiés, Là menchoigne où poing éussiés, Certainement ge vous boulasse: Jà por pechié ne le lessasse; Si vous poré-ge bien faillir, S'ous m'en deviés mal baillir[43]. L'Acteur. Le Diex sorrist de la merveille, Chascuns s'en rist et s'en merveille, Et dient: Ci a biau sergent, Où bien se doivent fier gent. Le Dieu d'Amours. Faulx-Semblant, dist Amors, di-moi. Puisque de moi tant t'aprimoi, Qu'en ma cort si grant pooir as, Que rois des ribaus i seras, Me tendras-tu ma convenance?

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S'il dit que le monde a quitté,12623. Et poursuit d'une autre côté Délices et gloire mondaine. Quand il se fait moine, sans peine Pour des plaisirs mondains jouir, Quand il dit qu'il les veut tous fuir Et pourtant nul ne se refuse, Tel papelard n'a pas d'excuse. C'est le chien qui gloutonnement Retourne à son vomissement.] Ne croyez pas que vous je leurre; Car si j'avais pu croire une heure Que vous n'eussiez rien aperçu, Vous auriez les poings dans ma glu Déjà, je vous le certifie; Pour rien mon rôle je n'oublie. Aussi de moi gardez-vous bien, Traître suis, je vous en prévien[43b]. L'Auteur. Le Dieu sourit de la merveille; Chacun s'en rit, s'en émerveille Et dit: Vrai, c'est un beau sergent En qui peut se fier la gent. Le Dieu d'Amour. Faux-Semblant, dit Amour, de grâce Puisque t'ai mis en telle place Et qu'en ma cour tel pouvoir as Que chef des troupes y seras Me tiendras-tu ma convenance?

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Faux-Semblant. Oïl, gel' vous jure et fiance;12546. N'onc n'orent sergent plus leal Vostre pere ne vostre eal. Amours. Comment! c'est contre ta nature. Faux-Semblant. Metés-vous en à l'aventure; Car se pleges en requerés, Jà plus aséur n'en serés, Non voir, se g'en bailloie ostages, Ou letres, ou tesmoings, ou gages. Car, à tesmoing vous en apel, L'en ne puet oster de sa pel Le leu, tant qu'il soit escorchiés, Jà tant n'iert batu ne torchiés. Cuidiés-vous que ne triche et lobe, Por ce se ge vest simple robe, Sous qui j'ai maint grant mal ovré? Ja par Diex mon cuer n'en movré; Et se j'ai simple chiere et coie, Que de mal faire me recroie? M'amie Contrainte-Astenance A mestier de ma porvéance: Pieçà fust morte et mal-baillie, S'el ne m'éust en sa baillie; Lessiés-nous li et moi chevir.

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Faux-Semblant. Oui, je vous jure obéissance,12650. Et votre père n'eut féal, Ni vos aïeux, aussi loyal. Amour. Comment? c'est contre ta nature. Faux-Semblant. Mettez-vous-en à l'aventure; Car si caution requerez, Jamais plus certain n'en serez Quand je vous baillerais otage, Voire écrit, ou témoin, ou gage. On peut gratter, battre, hacher Un loup, à moins de l'écorcher, A vous-même je m'en rapporte, De sa peau croyez-vous qu'il sorte? Parce que simple habit je vêts Sous lequel j'ai fait maint excès, Croyez-vous que tromper je cesse, Que, par Dieu, mon cœur je redresse, Et sous mon air patriarchal Je renonce à faire le mal? Ma chère Contrainte-Abstinence A besoin de ma prévoyance; Elle fût morte dès longtemps, La malheureuse, je le sens, Si je n'avais toujours près d'elle Été son pourvoyeur fidèle. Elle et moi laissez-nous agir.

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Amours. Or soit: ge t'en croi sans plevir.12570. L'Acteur. Et li lerres ens en la place, Qui de traïson ot la face Blanche dehors, dedans nercie, Si s'agenouille et l'en mercie. Donc n'i a fors de l'atorner: Or à l'assaut sans séjorner, Ce dist Amors apertement. Dont s'arment tuit communément De tex armes cum armer durent. Armé sunt: et quant armé furent, Si saillent sus tuit abrivé. Au fort chastel sunt arrivé, Dont jà ne béent à partir Tant que tuit i soient martir, Ou qu'il soit pris ains qu'il s'en partent, Lor batailles en quatre partent: Si s'en vont as quatre parties Si cum lor gens orent parties, Por assaillir les quatre portes Dont les gardes n'ierent pas mortes, Ne malades, ne pareceuses, Ains erent fors et viguereuses.

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Amour. Or soit, fais selon ton désir.12676. L'Auteur. Et le larron reste en la place. Il avait d'un traître la face Noire dedans, blanche dehors. Faux-Semblant à genoux alors Se prosterne et l'en remercie. Or donc, sans plus de causerie, Dit Amour, sus, préparons-nous A l'assaut! Et sur l'heure tous De s'armer comme s'armer durent. Armés sont. Et quand armés furent, Se sont, en bataille pressés, Jusqu'au fort castel avancés, Et s'en retourner ne désirent jusqu'à ce qu'en luttant expirent, Ou qu'il tombe sous leurs efforts. Se partageant en quatre corps, Chacun marche vers la partie Qui fut à ses gens répartie, Les quatre portes assaillir, Dont les gardes n'ont de mourir Envie et ne sont paresseuses, Mais moult fortes et vigoureuses.

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LXIV Comment Faulx-Semblant cy sermone12593. De ses habitz, et puis s'en torne, Luy et Abstinence-Contrainte, Vers Male-Bouche, tout par feinte. Or vous dirai la contenance De Faus-Semblant et d'Astenance, Qui contre Male-Bouche vindrent. Entr'eus deus un parlement tindrent Comment contenir se devroient, Et se congnoistre se feroient, Ou s'il iroient déguisié. Si ont par acort devisié Qu'il s'en iront en tapinage Ausinc cum en pelerinage, Cum bonne gent piteuse et sainte. Tantost Astenance-Contrainte Vest une robe cameline[44]. Et s'atorne comme beguine, Et ot d'ung large cuevrechief, Et d'ung blanc drap covert le chief: Son psaltier mie n'oblia. Unes patenostres i a A ung blanc laz de fil penduës Qui ne li furent pas venduës: Données les li ot uns freres Qu'ele disoit qu'il ert ses peres, Et le visitoit moult sovent Plus que nul autre du covent; Et il sovent la visitoit, Maint biau sermon li recitoit.

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LXIV Comment s'affuble Faux-Semblant12699. Et s'en retourne incontinent Avec Abstinence-Contrainte Vers Malebouche tout par feinte. Or vous dirai l'agissement D'Abstinence et de Faux-Semblant, Qui contre Malebouche vinrent. Entre eux deux un conseil ils tinrent Comme il leur convenait se mettre, Savoir s'ils se feraient connaître Ou bien s'ils iraient déguisés. D'accord ils se sont avisés De s'en aller en tapinage, Comme gens en pèlerinage, L'air doucereux, humble et dévot. Contrainte-Abstinence aussitôt S'atourna comme une béguine; Elle prit robe cameline[44b], Et puis d'un large couvre-chef Et d'un blanc drap couvrit son chef, Et son psaultier n'oublia mie. Un chapelet de comédie Avait à blanc cordon pendu, Qui ne lui fut oncques vendu; Le lui donna jadis un frère, Qu'elle disait être son père, Et qu'elle visitait souvent Plus que nul autre du couvent. De son côté, brûlant de zèle. Il visitait souvent la belle

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Jà por Faus-Semblant ne lessast12623. Que sovent ne la confessast; Et par si grant dévocion Faisoient lor confession, Que deus testes avoit ensemble En ung chaperon, ce me semble. De bele taille la devis, Mès ung poi fu pale de vis; El resembloit, la pute lisse, Le cheval de l'Apocalypse, Qui senefie la gent male D'ypocrisie tainte et pale: Car ce cheval sor soi ne porte Nule color, fors pale et morte. D'itel color enlangorée Iert Astenance colorée; De son estat se repentoit, Si cum ses vis representoit. De larrecin ot ung bordon[45] Qu'el reçut de Barat por don, De triste pensée roussi: Escharpe ot plaine de soussi. Quant el fu preste, si s'en torne Faus-Semblant, qui bien se ratorne, Et aussi cum por essoier, Vestuz les dras frere Sohier. La chiere ot moult simple et piteuse, Ne regardéure orguilleuse N'ot-il pas, mès douce et peisible: A son col porroit une bible. Après s'en va sans escuier, Mès por ses membres apuier

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Et lui faisait maint beau sermon.12729. Que Faux-Semblant en fût ou non Content, toute était son entente A confesser sa pénitente, Et par si grand' dévotion Ils faisaient leur confession, Que deux têtes avaient ensemble En un chaperon, ce me semble. De belle taille je la vis, Mais un peu pâle à mon avis; Elle semblait, la chaude lice, Le cheval de l'Apocalypse, Symbole de tous ces cafards Aux visages teints et blafards; Car ce cheval sur soi ne porte Nulle couleur fors pâle et morte. Ce langoureux et morne fond Teignait son visage et son front, Et cette créature blême Semblait honteuse d'elle-même. De larcin était son bourdon[45b], Que lui donna Mensonge en don, Plein de tristes pensers, de peine, A l'écharpe de soucis pleine. Ailleurs, comme pour essayer La robe de frère Soyer, Faux-Semblant s'en vêt et s'atourne, Et vers Abstinence retourne. Il a les traits humbles, piteux; Son regard n'est point orgueilleux, Mais doux au contraire et paisible, Et pend à son col une bible. Seul il s'en va sans écuyer, Mais, pour ses membres appuyer,

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Ot ausinc cum par impotence12655. De traïson une potence; Et fist en sa manche glacier Ung bien tranchant rasoer d'acier, Qu'il fist forgier à une forge Que l'en apele cope-gorge, Tant va chascun et tant s'aprouche, Qu'il sunt venu à Male-Bouche Qui à sa porte se séoit. Tretous les trespassans véoit, Les pelerins choisist qui viennent, Qui moult humblement se contiennent.

LXV Com Faulx-Semblant et Abstinence Pour l'Amant s'en vont sans doubtance Saluer le faulx Male-Bouche Qui des bons souvent dit reprouche. Encliné l'ont moult humblement; Astenance premierement Le salue, et de li va près; Faus-Semblant le saluë après, Et cil eus: mès onc ne se mut, Qu'il nes douta, ne ne cremut: Car quant véus les ot où vis, Bien les congnut. Ce li fu vis Qu'il congnoissoit bien Astenance, Mès n'i sot riens de contraignance, Ne savoit pas que fust contrainte Sa laronnesse vie fainte;

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Il tient, comme par impotence,12763. De trahison une potence, Et dans sa manche il a glissé Un rasoir d'acier aiguisé, Qu'il fit forger en une forge Que l'on appelle coupe-gorge. Ainsi, tous deux clopin-clopant, Ils s'en allèrent cheminant, Tant que du castel s'approchèrent, Et Malebouche rencontrèrent Qui sur sa porte se tenait Et tous les passants regardait. Il voit nos pèlerins qui viennent, Qui moult benoîtement se tiennent.

LXV Comme Abstinence et Faux-Semblant S'en vont, pour le bien de l'Amant, Saluer le faux Malebouche Si traître aux bons et si farouche. Salué l'ont moult humblement; Abstinence premièrement Lui souhaite la bienvenue, Faux-Semblant après le salue. Il leur rendit tôt leur salut; Mais confiant point ne se mut, Car de prime abord leur figure Lui revint; il crut d'aventure Qu'Abstinence il connaissait bien Et de suspect n'aperçut rien, Ignorant qu'à ce point fût feinte Sa contenance douce et sainte,

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Ains cuidoit qu'el venist de gré;12683. Mès el venoit d'autre degré, Et s'ele de gré commença, Failli li gré dès lors en ça. Semblant ravoit-il moult véu, Mais faus ne l'ot pas congnéu: Faus iert-il, mès de fausseté Ne l'éust-il jamais reté: Car li Semblant si fort ovroit, Que la fausseté li covroit; Mès s'avant le congnéussiés, Qu'en ses dras véu l'éussiés, Bien jurissiés le Roi celestre Que cil qui devant soloit estre De la dance li biaus Robins, Or est devenus Jacobins. Mès sans faille, c'en est la somme, Li Jacobin sunt tuit prodomme: Mauvesement l'ordre tendroient, Se tel menesterel estoient[46]; Si sunt cordelier et barré[47], Tout soient-il gros et quarré, Et sachent tuit li autres freres[48], N'i a cel qui prodons n'apere. Mès jà ne verrés d'aparence Conclurre bonne conséquence, En nul argument que l'en face, Se default existence efface: Tous jors i troverés sophime Qui la conséquence envenime, Se vous avés sotilité D'entendre la duplicité.

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Croyant en toute bonne foi12793. Cet appareil de bon aloi. Mais ce n'était que comédie; S'elle fut sincère en sa vie, Jadis lorsqu'elle commença, Sa vertu guère ne dura. Moult souvent il avait vu l'autre; Pour lui, c'était un bon apôtre, Et jamais il n'eût soupçonné Ce papelard de fausseté, Qui si bien fardait sa figure Que le masquait son imposture. Mais qui, avant de l'avoir vu Sous ce costume, l'eût connu, Bien jurerait, par Dieu le maître, Que ce roué qui soulait être De la danse le beau Robin, Était devenu Jacobin. Car, il faut l'avouer, en somme, Tout Jacobin est honnête homme; Leur saint ordre ils rabaisseraient Si tels charlatans se montraient[46b]. De même Cordeliers et Carmes[47b] Ventrus, carrés et pleins de charmes Dont nul n'y a, chacun le sait[48b], Qui d'un saint l'apparence n'ait. Mais oncques ne doit l'apparence Conclure à bonne conséquence. Si vous avez subtilité D'entendre la duplicité, Pour nul argument que l'on fasse, Sans s'arrêter à la surface, Cherchez quelque défaut voilé; Toujours votre esprit ébranlé

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Quant li pèlerins venu furent12715. A Male-Bouche où venir durent, Tout lor hernois moult près d'eus mistrent, Delez Male-Bouche s'assistrent, Qui lor a dit: Or ça venés, De vos noveles m'aprenés, Et me dites quel achoison Vous amaine en ceste maison. Abstinence-Contrainte. Sire, dist Contrainte-Astenence, Por faire nostre pénitence De fin cuer net et enterin Sommes ci venu pelerin: Presque tous jors à pié alons, Moult avons poudreus les talons; Si sommes endui envoié Parmi cest pueple dévoié Donner exemple et préeschier Por les péchéors péeschier; Autre peschaille ne volons, Et por Diex, si cum nous solons, L'ostel vous volons demander; Et por vostre vie amander, Mès qu'il ne vous déust desplaire, Nous vous vodrions ci retraire Ung bon sermon à brief parole. L'Acteur. Adonc Male-Bouche parole:

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En tirera la conséquence12827. Qu'il faut mépriser l'apparence. C'est Malebouche qu'ils cherchaient; Voyant qu'à leur but ils touchaient, Tout leur harnais près d'eux ils mirent Et tôt à ses côtés s'assirent. Lors il leur dit: «Or çà, venez, De vos nouvelles m'apprenez, A quelle heureuse circonstance Dois-je donc votre connaissance?» Contrainte-Abstinence. Vous voyez ci deux pèlerins Voyageants, cœurs loyaux et fins, Pour faire notre pénitence, Répondit Contrainte-Abstinence. A pied presque toujours allons Et moult poudreux sont nos talons. En ce pays Dieu nous envoie Vers ce peuple qui se dévoie, Pour l'exemple offrir et prêcher Et tous les pécheurs repêcher, Nous ne cherchons point d'autre pêche. Au nom de Dieu, qui nous dépêche, Le logis venons demander Et votre existence amender; Mais voudrions céans vous faire, Certains de ne pas vous déplaire, En peu de mots un bon sermon. L'Auteur. Adonc Malebouche répond:

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Male-Bouche. L'ostel, dist-il, tel cum véés,12741. Prenés, jà ne vous iert nées, Et dites quanqu'il vous plaira, G'escouterai que ce sera. Abstinence-Contrainte. Grant merci, Sire. L'Acteur. Adonc commence Premierement dame Astenence:

LXVI Comment Abstinence reprouche Les paroles à Male-Bouche. Sire, la vertu premeraine, La plus grant, la plus soveraine Que nus hons mortiex puisse avoir Par science ne par avoir, C'est de sa langue refrener. A ce se doit chascun pener, Qu'adès vient-il miex qu'en se taise Que dire parole mauvaise; Et cil qui volentiers l'escoute, N'est pas prodoms, ne Diex ne doute. Sire, sor tous autres pechiés De cestui estes entechiés. Une trufle pieçà déistes, Dont trop malement mespréistes,

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Malebouche. Notre maison, dit-il, est vôtre,12855. Prenez-la, n'en cherchez point d'autre, Et parlez tant qu'il vous plaira, J'écouterai ce que sera. Contrainte-Abstinence. Grand merci, sire. L'Auteur. Alors commence La première dame Abstinence:

LXVI Comment Abstinence reprend Malebouche le médisant. Sire, la vertu primeraine La plus grand', la plus souveraine Qu'ici-bas mortel puisse avoir Ou par science ou par avoir, Est à qui sa langue refrène. Que vers ce but chacun se peine, Car se taire vaut cent fois mieux Que dire un mot pernicieux, Et tel qui volontiers l'écoute N'est pas sage et Dieu ne redoute. Plus que pas un de ce péché, Sire, vous êtes entaché; Or naguère un mensonge dîtes, Par quoi trop malement honnîtes

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D'ung varlet, qui ci repairoit;12763. Vous déistes qu'il ne queroit Fors que Bel-Acuel décevoir; Ne déistes pas de ce voir, Ains en mentistes, se Dé vient, N'il ne va mès ci, ne ne vient, N'espoir jamès ne l'i verrés. Bel-Acueil en rest enserrés, Qui avec vous ci se jooit Des plus biaux geus que il pooit, Le plus des jors de la semaine, Sans nule pensée vilaine. Or ne s'ose mès solacier, Le varlet avés fait chacier, Qui se venoit ici déduire. Qui vous esmut à li tant nuire, Fors que vostre male pensée Qui mainte mençonge a pensée? Ce mut vostre fole loquence Qui bret et crie, et noise et tence, Et les blasmes as gens eslieve, Et les desonore et les grieve Por chose qui n'a point de prueve, Fors d'aparence, ou de contrueve. Dire vous os tout en apert Qu'il n'est pas voir quanqu'il apert. Si rest pechiés de controver Chose qui fait à réprover; Vous méismes bien le savés, Por quoi plus grant tort en avés; Et neporquant il n'i fait force, Il n'i donroit pas une escorce De chesne, comment qu'il en soit: Sachiés que mal n'i pensoit,

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Un varlet qui ci demeurait.12877. Vous avez dit qu'il ne cherchait Hormis qu'à Bel-Accueil séduire; Ce n'était pas vérité, sire. Par Dieu, vous en avez menti, Car onc ne va ni vient ici, Jamais ne l'y verrez du reste, Et Bel-Accueil en prison reste Qui avec vous ci se jouait Des plus gentils jeux qu'il pouvait, Tretous les jours de la semaine, Sans nulle intention vilaine. Or il n'ose plus s'amuser; Le varlet avez fait chasser Qui se venait ici déduire. Qui donc vous poussait à lui nuire, Sinon votre mauvais instinct Qui a brassé mensonge maint? Maudit votre fol bavardage, Qui brait et crie et tance et rage, Et ne songe qu'aux gens honnir, Les déshonorer, les salir, Prônant comme chose accomplie L'apparence ou la calomnie! Or je le dis et le soutien L'apparence ne prouve rien; C'est donc grand péché que de dire Chose qui puisse aux autres nuire, Et vous-même bien le savez, Partant plus grand tort en avez. Et néanmoins il n'y fait force, Et ne donnerait une écorce Pour qu'il en fût différemment. Nul mal il n'y pensait vraiment,

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Car il i alast et venist,12797. Nule essoigne ne le tenist. Or n'i vient mès, n'il n'en a cure, Se n'est par aucune aventure, En trespassant, mains que li autre, Et vous gaitiés lance sus fautre A ceste porte sans sejor; Là muse musart toute jor. Par nuit et par jor i veilliés, Par droit néant vous traveilliés. Jalousie, qui s'en atent A vous, ne vous vaudra jà tant; Si rest de Bel-Acueil damages, Qui sans riens acroire est en gages, Sans forfait en prison demore: Là languist li chetis, et plore. Se vous n'aviés plus meffait Où monde que cestui forfait, Vous déust-l'en, ne vous poist mie, Bouter hors de ceste baillie, Metre en chartre, ou lier en fer, Vous en irez où puis d'enfer, Se vous ne vous en repentés. Malle-Bouche. Certes, dist-il, vous i mentés; Mal soiés-vous ores venu. Vous ai-ge por ce retenu, Por moi dire honte et ledure? Par vostre grant malaventure Me tenissiés-vous por bergier; Or alés aillors herbergier,

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Mais allait, venait d'ordinaire12911. Sans plus songer à nulle affaire. Plus n'y vient, si ce n'est, je crois, Par hasard encor quelquefois, En passant et moins que personne. Aussi, franchement, je m'étonne Comment sans cesse l'œil au guet Vous attendez lance en arrêt Tretout le monde en cette place (Dieu sait pourtant ce qu'il en passe!) Jour et nuit ainsi vous veillez Et pour rien vous vous fatiguez. Jamais ne paiera Jalousie Pour son bien telle frénésie. Mais triste est de Bel-Accueil voir En gage pris sans rien devoir; L'innocent en prison demeure, Là languit le chétif et pleure. Plût à Dieu que n'eussiez méfait Au monde plus que ce forfait! On vous devrait, ne vous déplaise, Décharger du soin qui vous pèse, Mettre en prison, charger de fers, Car vous irez au puits d'enfers Si ne venez à repentance. Malebouche. Vous mentez, dit-il, d'assurance; Mal soyez-vous ici venus! Vous ai-je pour ce retenus, Pour me faire une telle injure? A votre grand' malaventure Vous m'avez pris pour un berger, Or allez ailleurs héberger.

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Qui m'apelés ci mentéor:12827. Vous estes dui enchantéor Que m'estes ci venu blasmer, Et por voir dire, mesamer. Alés-vous ore ce querant? A tous les déables me rent, Et vous, biau Diex, me confondés, S'ains que cis chastiaus fust fondés, Ne passerent jor plus de dis Qu'en le me dist, et gel' redis, Et que cil la Rose besa, Ne sai se plus s'en aésa; Porquoi me féist-l'en acroire La chose, s'el ne fust voire? Par Diex, ge dis et redirai, Et croi que jà n'eu mentirai, Et cornerai à mes buisines, Et as voisins et as voisines, Comment par ci vint et par là. L'Acteur. Adonques Faus-Semblant parla:

LXVII Comment Malle-Bouche escouta Faux-Semblant, qui tost le mata. Sire, tout n'est pas évangile Quanque l'en dit aval la vile: Or n'aiés mie oreilles sordes, Et ge vous pruef que ce sunt bordes[49]. Vous savés bien certainement Que nus n'aime enterinement,

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Vous qui me venez à cette heure12943. Honnir jusque dans ma demeure, Voire me traiter de menteur, Vous faites métier d'enchanteur. Au fait, que voulez-vous prétendre? A tous les diables me veux rendre, Et vous, beau Dieu, me confondez, Si, avant tous ces murs fondés, Ne passa plus d'une semaine Que j'appris de façon certaine Qu'un baiser de la Rose il prit; Ne sais si plus il en jouit. Pourquoi me l'eût-on fait accroire Si le fait n'eût été notoire? Par Dieu, je dis et cornerai (Et ce faisant ne mentirai), A grand bruit, non pas en sourdine, A chacun voisin et voisine, Comment il vint par ci par là. L'Auteur, Lors ainsi Faux-Semblant parla:

LXVII Comment Malebouche écouta Faux-Semblant qui tôt le mata. Sire, tout n'est pas évangile Ce qu'on dit en bas par la ville, Ce sont bourdes pures; ouvrez. Sans plus l'oreille et le verrez. Est-il besoin que je le die? Vous le savez, nul n'aime mie

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Por tant qu'il le puisse savoir,12855. Tant ait en li poi de savoir, Homme qui mesdie de lui. Et si rest voirs, s'onques le lui, Tuit amant volentiers visitent Les leus où lor amors habitent; Cis vous honore, cis vous aime, Cis son très-cher ami vous claime: Cis par-tout là où vous encontre, Belle chiere et lie vous monstre, Et de vous saluer ne cesse. Si ne vous fait pas ci grant presse, N'estes pas trop par lui lassés; Li autre i viennent plus assés. Sachiés, se ses cuers l'en pressast, A la Rose, il s'en apressat, Et ci sovent le véissiés, Voire prové le préissiés, Qu'il ne s'en péust pas garder, S'en le déust tout vif larder: Il ne fust or mie en ce point. Donc sachiés qu'il n'i bée point; Non fait Bel-Acueil vraiement, Tant en ait-il mal paiement. Par Diex, s'andui bien le vosissent, Maugré vous la Rose coillissent. Quant du valet mesdit avés Qui vous aime, bien le savés, Sachiés, s'il i éust béance, Jà n'en soiés en mescreance, Jamès nul jor ne vous amast, Ne ses amis ne vous clamast; Et vosist penser et veillier Au chastel prendre et essillier,

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L'homme qui dit du mal de lui,12971. S'il advient qu'il en soit instruit, Tant peu qu'il ait d'intelligence. Puis d'avoir lu j'ai souvenance Qu'amoureux visitent toujours Les lieux où gîtent leurs amours. Or lui, partout où vous rencontre, Visage aimable et gai vous montre, Vous honore et vous aime aussi, Vous nomme son très-cher ami Et de vous saluer ne cesse. Il ne vous fait pas grande presse Et ne vous a jamais lassé, D'autres y viennent plus assé. Si son cœur battait pour la Rose, Il y viendrait bien, je suppose, Et souvent ici le verriez, Voire prouvé le prendriez; Dût-il brûler tout vif, quand même Il voudrait voir l'objet qu'il aime. En vint-il jamais en ce point? Nenni; donc il n'y songe point Et Bel-Accueil pas davantage, A qui par grand deuil et dommage Vous le faites trop cher payer. Par Dieu, s'ils voulaient essayer, Tous deux auraient, n'en doutez mie, Malgré vous la Rose cueillie. Quand du varlet médit avez Qui vous aime, bien le savez, Jamais, ayez-en l'assurance, Si telle fût son espérance, Nul jour il ne vous eût aimé, Ni son ami partout clamé.

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S'il fust voirs, car il le séust,12889. Qui que soit dit le li éust. De soi le pooit-il savoir, Puis qu'accès n'i poïst avoir Si cum avant avoit éu? Tan tost l'éust aparcéu. Or le fait-il tout autrement, Donc avés-vous outréement La mort d'enfer bien deservie, Qui tel gent avés aservie. L'Acteur. Faus-Semblant ainsinc le li prueve. Cil ne set respondre à la prueve, Et voit toutevois aparance, Près qu'il n'en chiet en repentance, Et lor dit: Malle-Bouche. Par Diex, bien puet estre: Semblant, ge vous tiens à bon mestre, Et Astenance moult à sage: Bien semblés estre d'ung corage. Que me loés-vous que je face? Faux-Semblant. Confez serés en ceste place, Et ce pechié sans plus dirés, De cestui vous repentirés; Car ge sui d'Ordre, et si sui prestre, De confessier le plus haut mestre

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Il n'eût songé qu'au castel prendre,13005. Démolir et réduire en cendre, Si c'était vrai, car il l'apprit, Qui que ce soit qui le lui dît. C'était du reste assez visible, Puisqu'est céans inaccessible Le lieu qu'il visitait avant, Bien l'eût-il aperçu partant. Or il fait juste le contraire. La mort d'enfer, male vipère, Vous avez donc bien mérité Pour l'avoir tant persécuté. L'Auteur. Faux-Semblant ainsi le lui prouve, Et lui qui réponse ne trouve A l'évidence alors se rend, Si bien que déjà se repent Et dit: Malebouche. Par Dieu, c'est vrai peut-être; Semblant, je vous tiens pour bon maître Et Abstinence votre sœur Pour sage; on dirait un seul cœur. Voyons, que faut-il que je fasse? Faux-Semblant. Confessez-vous en cette place; Ce péché sans plus me direz Et puis vous en repentirez. Car moi, je suis ordonné prêtre, Des confesseurs le plus haut maître

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Qui soit, tant cum li mondes dure;12913. J'ai de tout le monde la cure. Ce n'ot onques prestres curés, Tant fust à s'eglise jurés; Et si ai, par la haute Dame, Cent tans plus pitié de vostre ame, Que vos prestres parochiaus, Jà tant n'iert vostre especiaus. Si rai-ge ung moult grant avantage, Prélat ne sunt mie si sage Ne si letré de trop com gié. J'ai de divinité congié, Voire par Diex, pieçà l'éu, Por confessier m'ont esléu Li meillor qu'en puisse savoir Par mon sens et par mon savoir. Se vous volés ci confessier, Et ce pechié sans plus lessier, Sans faire-en jamès mencion, Vous aurés m'asolucion.

LXVIII Comment la langue fut coupée, D'un rasouer, non pas d'une espée, Par Faulx-Semblant à Male-Bouche, Dont il cheut mort comme une souche. L'Acteur. Male-Bouche tantost s'abesse, Si s'agenoille et se confesse,

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Qui soit dans l'univers entier;13031. Sur tout le monde dois veiller. Ce ne sont pas, quoi qu'on en dise, Voués tant soient-ils à l'Église Par serment, vos pauvres curés Qui sont de tels droits honorés; Et j'ai, par notre sainte Dame, Cent fois plus pitié de votre âme Que ces chétifs paroissiens, Leurs pouvoirs ne valent les miens. Et j'ai sur eux grand avantage, Car il n'est de prélat si sage Ni si lettré comme je suis. Docteur de l'Église depuis Moult longtemps, à me reconnaître On se plaît pour le plus grand maître A confesser qu'on puisse voir, Pour mon grand sens et mon savoir. Ouvrez-moi votre conscience; Repentez-vous de votre offense, Et plus n'en sera mention Après mon absolution.

LXVIII Comment d'un rasoir Faux-Semblant, Et non d'un glaive, prestement Coupe la langue à Malebouche Qui tombe mort comme une souche. L'Auteur. Lors Malebouche se baissa, A deux genoux se confessa

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Car verais repentans ja iert,12939. Et cil par la gorge l'aiert, A deus poins l'estraint, si l'estrangle Si li a toluë la jangle; La langue à son rasoer li oste. Ainsinc chevirent de lor oste, Ne l'ont autrement enossé, Puis le tumbent en ung fossé; Sans deffense la porte quassent, Quassée l'ont, outre s'en passent. Si troverent leans dormans Trestous les sodoiers Normans, Tant orent béu à guersai[50]. Du vin que ge pas ne versai: Eus méismes l'orent versé Tant que tuit furent enversé: Ivres et dormans les estranglent, Jà ne seront mès tex qu'il janglent.

LXIX Comment Faulx-Semblant, qui conforte: Maint Amant, passa tost la porte Du chastel, avecques sa mie, Aussi Largesse et Courtoisie. Ez-vous Cortoisie et Largece La porte passent sans parece: Si sunt là tuit quatre assemblé, Repostement et en emblé. La vielle qui ne s'en gardoit, Qui Bel-Acueil pieça gardoit, Ont tuit quatre ensemble véuë: De la tor estoit descenduë,

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Vraiment repentant de sa faute.13059. Semblant à la gorge lui saute, Son caquet rabat à deux poings En l'étranglant, ni plus ni moins, Et sa langue du rasoir ôte. Après avoir ainsi leur hôte Sans plus de façon terrassé, Ils le jettent dans le fossé, Sans défense la porte cassent Et, quand fut cassée, outrepassent. Tretous étaient léans dormants Ivres-morts les soudards normands; A tire-larigot tant burent[50b]. De vin, que tous renversés furent; Ce n'est pas moi qui leur versai, Eux-mêmes se l'étaient versé. En leur sommeil il les égorgent, Crainte n'est que mensonges forgent.

LXIX Comment avecque son amie Et puis Largesse et Courtoisie, Passe la porte Faux-Semblant Qui reconforte maint amant. Soudain Courtoisie et Largesse La porte passent sans paresse; Ils se sont tous quatre assemblés, Puis en silence faufilés. Ensemble ils ont la Vieille vue Du haut de sa tour descendue, Qui Bel-Accueil léans gardait. De rien elle ne se doutait

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Si s'esbatoit parmi le baile;12969. D'un chaperon en leu de vaile, Sor sa guimple ot covert sa teste. Contre li corurent en heste, Si la vous assallent tuit quatre. El ne se volt pas faire batre, Quant les vit tous quatre assemblés: La Vieille. Par foi, dist-ele, vous semblés Bonne gent, vaillant et cortoise: Or me dites, sans faire noise, Si ne me tiens-ge pas por prise, Que querez en ceste porprise. Les quatre respondent: Por prise, douce mere tendre! Nous ne venons pas por vous prendre, Mès solement por vous véoir; Et s'il vous puet plaire et séoir, Nos cors offrir tout plenement A vostre douz commandement, Et quanque nous avons vaillant, Sans estre à nul jor deffaillant: Et s'il vous plesoit, douce mere, Qui ne fustes onques amere, Requerre vous qu'il vous pléust, Sans ce que nul mal i éust, Que plus laiens ne languissist Bel-Acuel, ainçois s'en issist O nous ung petitet joer, Sans ses pieds gaires emboer;

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Et s'ébattait en la clôture,13089. Portant pardessus sa coiffure Au lieu de voile un chaperon. Courant sus à la laideron, Ils vous l'assaillent tous les quatre. Ne voulant pas se faire battre, Quand les vit tous quatre assemblés: La Vieille. Ma foi, dit-elle, vous semblez Bonne gent vaillante et courtoise. Or dites-moi, sans faire noise (Car pour prise à vous ne me rends), Ce que venez chercher céans. Les quatre répondent. Pour prise, douce mère tendre! Nous ne venons pas pour vous prendre, Mais pour vous voir tout à loisir, Et, si tel est votre plaisir, Nos cœurs offrir sans artifice Tout entiers à votre service Et tout ce que nous possédons, Jamais nous ne vous trahirons: Et, s'il vous plaisait, douce mère Qui jamais ne fûtes amère, Humbles venons vous requérir, Sans qu'il vous pût mal advenir, Que plus en la tour ne languisse Bel-Accueil, mais descendre puisse Un petitet se réjouir Avec nous sans ses pieds salir.

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Ou voilliés au mains qu'il parole12997. A ce valet une parole, Et que li uns l'autre confort, Ce lor sera moult grant confort, Ne gaires ne vous coustera; Et cil vostre homs-lige sera, Neis vostre serf, dont vous porrés Faire tout quanque vous vorrés, Ou vendre, ou pendre, ou mehaignier. Bon fait ung ami gaaigner, Et vez ci de ses joélés; Cest fermail et ces anelés Vous donne, voire ung garnement Vous donra-il prochainement. Moult a franc cuer, cortois et large, Et si ne vous fait pas grant charge: De li estes forment amée, Et si n'en serez jà blasmée, Qu'il est moult sages et celés. Si prions que vous le celés Ou qu'il i aut sans vilenie, Si li aurés rendu la vie. Et maintenant ce chapelet De par li de flors novelet, S'il vous plest, Bel-Acueil portés, Et de par li le confortés, Et l'estrenés d'ung biau salu: Ce li aura cent mars va lu. La Vieille respond. Se Dieu m'aïst, s'estre péust Que Jalousie nel' séust,

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Or daignez qu'au moins à sa guise13117. Un mot à ce varlet il dise; L'un l'autre ils se conforteront, Et grand bonheur ils goûteront Sans qu'il vous coûte rien. Que dis-je? Il sera, lui, votre homme-lige Et votre serf, dont vous pourrez Faire tout ce que vous voudrez, Ou vendre, ou maltraitrer, ou pendre. Bon fait gagner un ami tendre. Tenez, voici de ses joyaux, Un beau fermail et des anneaux; Bientôt encore une parure Il vous donnera, soyez sûre. Franc cœur, généreux, obligeant, Pour vous il n'est guère exigeant, Car vous en êtes bien aimée Et de ce ne serez blâmée, Car il est moult sage et discret. Guidez donc ses pas en secret, Ou qu'il entre sans vilenie, Vous lui aurez rendu la vie. De fraîches fleurs ce chapelet Maintenant, au nom du varlet, A Bel-Accueil portez, ma chère, Consolez sa douleur amère Et l'étrennez d'un beau salut. Plus heureux sera que s'il eût Cent marcs trouvés, je vous le jure. La Vieille répond. Dieu m'assiste! si d'aventure, Mes bons amis, possible fût, Dit la Vieille, que ne le sût

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Et que jà blasme n'en oïsse,13027. Dist la vielle, bien le féisse; Mais trop est malement janglerres Male-Bouche li fléutieres. Jalousie l'a fait sa gaite, C'est cil qui trestous nous agaite: Cil bret et crie sans deffense Quanqu'il set, voire quanqu'il pense, Et contrueve néis matire, Quant il ne set de qui mesdire. S'il en devoit estre pendus, N'en seroit-il jà deffendus. S'il le disoit à Jalousie, Li lerres, il m'auroit honnie. Les quatre respondent. De ce, font-il, n'estuet douter, Jamès n'en puet rien escouter, Ne véoir en nule maniere; Mors gist là hors en leu de biere En ces fossés gole baée. Sachiés, se n'est chose faée[51], Jamès d'eus deus ne janglera, Car il ne resuscitera, Se déables n'i font miracles Ou par venins ou par triacles; Jamès ne les puet encuser. La Vieille respond: Donc ne quiers-ge jà refuser, Dist la vielle, vostre requeste, Mès dites-li que il se heste.

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Jamais la fière Jalousie13149. Et que point n'eusse d'avanie, Bien le ferais; mais j'ai trop peur De Malebouche le flûteur. C'est l'espion de Jalousie, C'est lui, qui tretous nous épie, Tout à son aise chante et brait Ou ce qu'il pense pu ce qu'il sait; Il invente même ses dire Quand il ne sait de qui médire. Par moi, dût-il être pendu, Certe il ne serait défendu. Mais, s'il le dit à Jalousie, Le larron, je serai honnie. Les quatre répondent. Ceci n'est point à redouter, Font-ils; plus ne peut écouter Ni rien voir en nulle manière; Car il gît mort, au lieu de bière, Gueule béante, en ce fossé. S'il n'est sorcier et renforcé[51b], Et si diables n'y font miracles Ou par venins ou thériacles, Jamais plus il ne médira; Car il ne ressuscitera. Ne craignez point qu'il vous accuse. La Vieille répond: S'il est ainsi, plus ne refuse, A vos prières je me rends. Mais qu'il, ne perde pas de temps,

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Ge li troveré bien passage,13055. Mès n'i parost mie à outrage, Ne n'i demeurt pas longuement Et viengne trop celéement, Quant ge le li ferai savoir; Et gart sor cors et sor avoir Que nus hons ne s'en aparçoive, Ne riens n'i face qu'il ne doive, Bien die sa volenté toute. Les quatre. Dame, ainsi fera-il, sans doute, Font cil. L'Acteur. Et chascuns l'en mercie: Ainsinc ont ceste euvre bâtie. Mès comment que la chose soit, Faus-Semblant qui aillors pensoit, Dist à voiz basse à soi méisme: Faux-Semblant. Se cil por qui nous empréismes, Ceste euvre, de riens me créust, Puisque d'amer ne recréust, S'ous ne vous i acordissiés, Jà gueres n'y gaaingnissiés[52] Au loing aler, mien escient, Qu'il i entrast en espiant, S'il en éust et tens et leu. L'en ne voit pas tous jors le leu,

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Je lui trouverai bien passage.13177. Mais qu'en paroles il soit sage Et n'y demeure longuement. Qu'il vienne donc discrètement Sitôt que je lui ferai dire L'heure où doit finir son martyre. Mais, par Dieu, s'il tient à ses jours, A son avoir, à ses amours, Qu'il ne fasse rien qu'il ne doive, Surtout que nul ne l'aperçoive. Qu'il ordonne, on obéira. Les quatre répondent. Dame, ainsi sans doute il fera, Font-ils. L'Auteur. Chacun l'en remercie. Ainsi fut leur œuvre bâtie. Mais quoi qu'il en fût, Faux-Semblant, Dont les pensers allaient trottant, Se dit en lui-même à voix basse: Faux-Semblant. Puisque d'aimer il ne se lasse, Si celui pour qui nous avons Entrepris l'œuvre, mes leçons Écoutait, vous auriez beau faire, Certes vous n'attendriez guère, Si je m'y connais bien, avant Qu'il n'y entrât en épiant, S'il en eût temps et lieu, ma vieille. Combien qu'au pâturage on veille,

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Ains prent bien où tart la berbis,13079. Tout la gart-l'en par les herbis. Une hore alissiés au mostier, Vous i demorastes moult yer; Jalousie qui si le guile, Ralast espoir hors de la vile; Où que soit convient-il qu'il aille, Il venist lors en ripostaille, Ou par nuit devers les cortiz[53] Seus, sans chandele et sans tortiz; Se n'iert d'amis qui le guetast, Espoir si l'en amonestast; Par confort tost le conduisist, Mès que la lune ne luisist: Car la lune, par son cler luire, Seult as amans mainte fois nuire. Ou il entrast par les fenestres, Qu'il set bien de l'ostel les estres, Par une corde s'avalast, Ainsinc i venist et alast. Bel-Acueil, espoir, descendist Es cortiz où cil l'atendist, Ou s'enfoïst hors du porpris Où tenu l'avés maint jor pris, Et venist au valet parler, S'il à li ne poïst aler; Ou quant endormis vous séust, Se tens et leu avoir péust, Les huis entr'overs li lessast: Ainsinc du bouton s'apressast Li fins Amans qui tant i pense, Et le coillist lors sans deffence; S'il poïst par nule manire. Les autres portiers descomfire.

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On ne voit pas toujours le loup,13203. C'est sur le tard qu'il fait son coup. Quelque jour irez à l'église, Je vous y vis hier assise, Ou Jalousie, un beau moment, Qui lui cause si dur tourment, Sortira dehors de la ville. Il faudra lors qu'il se faufile Par les derrières et sans bruit, Ou bien en tapinois la nuit, Tout seul, sans torche ni chandelle; A moins que n'aille en sentinelle Se mettre un ami pour guetter, Qui se veuille au projet prêter, Et qui droit au but le conduise. Mais que la lune point ne luise, Car la lune par sa clarté A maint amant déconcerté. Lors entrerait par les fenêtres, Connaissant de l'hôtel les êtres, Puis d'une corde descendrait Et partout irait et viendrait. Ou bien il s'en irait attendre Au courtil Bel-Accueil descendre, Qui sortirait lors du pourpris, Où l'avez tenu maint jour pris, Pour le varlet voir et entendre Qui près de lui ne peut se rendre. Ou bien encore Bel-Accueil, Sitôt que vous auriez clos l'œil, Saisirait le moment propice Et vitement à son complice La porte ouverte laisserait. Lors du bouton s'approcherait

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L'Amant. Et ge qui gueres loing n'estoie,13113. Me pensai qu'ainsinc le feroie, Se la Vielle me vuet conduire, Ce ne me doit grever ne nuire; Et s'el ne vuet, g'i enterrai Par là où miex mon point verrai, Si cum Faus-Semblant l'ot pensé: Du tout m'en tieng à son pensé. L'Acteur. La Vielle illec plus ne sejorne, Le trot à Bel-Acueil retorne, Qui la tor outre son gré garde, Car bien se soffrist de tel garde. Tant va, qu'ele vient à l'entrée De la tor, où tost est entrée. Les degrés monte liement, Au plus qu'el pot hativement, Si li trembloient tuit li membre: Bel-Acueil quiert de chambre en chambre, Qui s'iert as karniaus apuiés De la prison, tous ennuiés; Pensif le trueve et triste et morne, De li réconforter s'atorne. La Vieille. Biaus filz, dist-ele, moult m'esmoî Quant vous truis en si grant esmoi:

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Le fin amant, qui tant y pense,13237. Et le cueillerait sans défense, S'il pouvait par aucuns moyens Déjouer les autres gardiens. L'Amant. Quant à moi qui loin n'étais guère, Je pensai qu'ainsi pourrais faire Si la Vieille me conduisait, Ce qui point ne me grèverait; Ou sinon j'entrerai quand même, Usant de quelque stratagême, Comme Faux-Semblant l'a pensé, Car je le tiens pour moult sensé. L'auteur. La Vieille là plus ne séjourne, Le trot à Bel-Accueil retourne, Car la tour garde à contre-cœur, Et trop lui pèse ce labeur. Tant va, qu'elle arrive à l'entrée De la tour où elle est entrée. Les degrés monte allègrement, Le plus qu'elle peut vitement, Tant que lui tremble chaque membre, Et Bel-Accueil de chambre en chambre Cherche en vain, qui tout ennuyé Sur les crénéaux s'est appuyé Morne et pensif, l'âme abattue. De l'égayer lors s'évertue: La Vieille. Beau fils, dit-elle, quand vous voi Si triste, suis en grand émoi.

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Dites-moi quiex sunt cil pensé,13137. Car se conseillier vous en sé, Jà ne m'en verrés nul jor faindre. L'Acteur. Bel-Acueil ne s'ose complaindre, Ne dire li quoi ne comment, Qu'il ne set s'el dit voir ou ment. Tretout son penser li nia, Que point de séurté n'i a; De riens en li ne se fioit, Néis ses cuers la deffioit, Qu'il ot paoreux et tremblant, Mès n'en osoit monstrer semblant, Tant l'avoit tous jors redotée, La pute vielle radotée. Garder se volt de mesprison, Qu'il a paor de traïson; Ne li desclot pas sa mesaise, En soi méismes se rapaise, Par semblant li fait lie chiere. Bel-Acueil. Certes, fait-il, ma dame chiere, Combien que mis sus le m'aiés, Ge ne sui de riens esmaiés, Fors sans plus de vostre demore; Sans vous envis ceans demore, Car en vous trop grant amor é. Où avés-vous tant demoré? La Vieille. Où? par mon chief, tost le saurés, Et du savoir grant joie aurés,

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Dites-moi quelle est votre peine13265. Et si je puis, rien n'est qui tienne, Tout ferai pour vous conforter. L'Auteur. Bel-Accueil n'ose l'écouter Et ne sait quoi ni comment faire, Ni s'elle est menteuse ou sincère. Donc tout son penser lui nia Car nulle sûreté n'y a Et point en elle ne se fie. Voire son cœur moult s'en défie; Mais il n'ose en montrer semblant Et reste peureux et tremblant, Tant lui fut toujours redoutée La vieille pute radotée. Garder s'en veut de tout soupçon, Car il a peur de trahison; Il lui cache son grand mésaise; Puis en soi-même se rapaise Et bon visage lui faisant: Bel-Accueil. Dame chère, dit-il, vraiment, Malgré ce que votre cœur pense, Je ne suis que de votre absence En ce moment triste et confus; Contrit suis quand ne vous vois plus Car trop vous aime d'amour tendre. Mais pourquoi tant vous faire attendre? La Vieille. Pourquoi? Par Dieu, votre le sauréz Et grand plaisir vous en aurez,

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LXX Comment la Vieille à Bel-Acueil,13165. Pour le consoler en son dueil, Luy dist de l'Amant tout le fait, Et le grant dueil que pour luy fait. Se proz estes, vaillans et sages, Car en leu d'estranges messages, Le plus cortois valés du monde, Qui de toutes graces habonde, Qui plus de mil fois vous saluë, Car gel' vi ore en cele ruë, Si cum il trespassoit la voie, Par moi ce chapel vous envoie: Volentiers, ce dit, vous verroit, Jamès plus vivre ne querroit, N'avoir ung seul jor de santé, Se n'iert par vostre volenté, Se le gart Diex et sainte Fois, Mès qu'une toute seule fois Parler à vous, ce dist, péust A loisir, mès qu'il vous pléust. Por vous sans plus aime-il sa vie, Tous nus vodroit estre à Pavie, Par tel convent qu'il séust faire Chose qui bien vous péust plaire; Ne li chaudroit qu'il devenist, Mès que près de li vous tenist. L'Auteur. Bel-Acueil enquiert toutevoie Qui cil est qui ce li envoie,

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LXX Comment la Vieille à Bel-Accueil,13293. Pour le consoler en son deuil, De l'Amant tout le fait lui conte Et le deuil qui pour lui le dompte. Si vous êtes sage et vaillant; Car par mes soins en cet instant Le plus courtois varlet du monde Et chez qui toute grâce abonde, Qui vous fait mille beaux saluts (Car en chemin je l'aperçus Comme il passait en cette voie), Ce gentil chapel vous envoie: «Volontiers, dit-il, vous verrait, Jamais vivre plus ne voudrait Si ce n'est pour tout le jour faire Chose qui moult vous pourrait plaire, Et n'avoir nul jour de santé, Sinon par votre volonté. Pour vous sans plus aime la vie, Tout nu voudrait être à Pavie; Mais qu'une toute seule fois, Si Dieu le garde et sainte Fois, Vous parler il puisse à son aise. M'a-t-il dit, pourvu qu'il vous plaise, Et peu lui chaut que devenir S'il peut près de lui vous tenir.» L'Auteur. Bel-Accueil toutefois demande De qui lui vient si belle offrande;

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Ains qu'il reçoive le present,13193. Por ce que doutable le sent, Qu'il péust de tel leu venir Qu'il nel' vosist pas retenir. Et la Vielle, sans autre conte, Toute la vérité li conte. La Vieille. C'est le valés que vous savés, Dont tant oï parler avés, Por qui pieçà tant vous greva, Quant le blasme vous aleva Feu Male-Bouche de jadis: Jà n'aille s'ame en paradis! Maint prodomme a desconforté, Or l'en ont déables porté, Qu'il est mors, eschapés li sommes, Ne pris mès sa jangle deus pommes; A tous jors en sommes délivre; Et s'il pooit ores revivre, Ne vous porroit-il pas grever, Tant vous séust blasme eslever: Car ge sai plus qu'il ne fist onques. Or me créés, et prenés donques Cest chapel, et si le portés; De tant au mains le confortés. Qu'il vous aime, n'en doutés mie, De bonne amor sans vilenie; Et s'il à autre chose tent, Ne m'en desclot-il mie tant, Mès bien vous i poés fier. Vous li resaurez bien nier, S'il requiert, chose qu'il ne doive. S'il fait folie, si la boive;

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Car de tel lieu pourrait venir13323. Qu'il ne la pût bien accueillir, Et la Vieille sans autre conte Toute la vérité lui conte. La Vieille. C'est du varlet que vous savez Dont tant ouï parler avez, Pour qui vous fit tant de misère, Quand vous eut déclaré la guerre, Feu Malebouche de jadis. Son âme n'aille en paradis! Il a décrié maints prud'hommes; Mais ses dits ne prise deux pommes, Car les diables l'ont emporté. Il est mort, pour l'éternité, Nous pouvons braver sa colère; Car s'il revenait sur la terre, Il ne pourrait plus vous grever, Ni contre vous blâme élever, Car j'en sais plus-qu'il n'en sut oncques. Or me croyez et prenez doncques Ce chapelet et le portez, Et de si peu le confortez. Il vous aime, n'en doutez mie, De bonne amour sans vilenie. S'il pense autre chose obtenir, Il n'osa son cœur m'en ouvrir; Or s'il veut chose qu'il ne doive, S'il fait sottise, qu'il la boive, Car bien sauriez lui dénier; Mais en lui pouvez vous fier.

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Si n'est-il pas fox, mès est sages,13225. C'onc par li ne fu fais outrages, Dont ge le pris miex et si l'ains, N'il ne sera jà si vilains Qu'il de chose vous requéist Qui à requierre ne féist. Loiaus est sor tous ceus qui vivent; Cil qui sa compaignie sivent, L'en ont tous jors porté tesmoing: Et ge méismes le tesmoing. Moult est de meurs bien ordenés, Onc ne fut homs de mere nés Qui de li nul mal entendist, Fors tant cum Male-Bouche en dist. S'a-l'en jà tout mis en oubli, Ge méismes par poi l'obli, Ne me sovient plus des paroles, Fors qu'els furent fauces et foles, Et li lerres les controva, Qui onques bien ne se prova. Certes bien sai que mort l'éust Li valés, se riens en séust, Qu'il est preus et hardis, sans faille: En cest païs n'a qui le vaille, Tant a le cuer plain de noblece; Il sormonteroit de largece Le roi Artus, voire Alixandre, S'il éust autant à despendre D'or et d'argent comme cil orent, Onques cil tant donner ne sorent, Que cil cent tans plus ne donnast; Par dons tout le monde estonnast, Se d'avoir éust tel planté, Tant a bon cuer en soi planté;

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Il n'est pas fou, mais il est sage,13351. Par lui ne fut fait nul outrage; C'est pourquoi tant je l'aime enfin. Il ne sera pas si vilain Que d'oser faire une prière Qu'honnête homme ne puisse faire; Car nul n'est plus loyal que lui, Moi-même en témoigne aujourd'hui, Et tretous ceux qui le connaissent Le témoignent et le confessent. Il est de murs bien ordonné, Et nul homme de mère né N'entendit sur lui rien de louche, Fors ce qu'en a dit Malebouche Que tout le monde a oublié; Et moi-même plus d'à moitié Ne me souviens de ses paroles, Sauf qu'elles sont fausses et folles, Car le larron les controuva Qui jamais bon ne se prouva. S'il en avait eu connaissance, Le varlet l'aurait, sans doutance, Mis à mort, car plus preux ne vis Ni plus hardi dans le pays, Tant a le cœur plein de noblesse. Il surmonterait en largesse Le roi Artus, voire le grand Alexandre, s'il avait tant D'or et d'argent comme ils en eurent. Oncques tant donner ils ne surent Que lui cent fois plus n'en donnât Et par dons le monde étonnât, S'il eût d'avoir telle abondance, Tant son cœur a de bienveillance;

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Nel' puet nus de largece aprendre.13259. Or vous lo ce chapel à prendre, Les flors en olent miex que basme. L'Acteur. Par foi, g'en craindroie avoir blasme, Dist Bel-Acueil qui tout fremist, Et tremble, et tressaut, et gemist, Rougist, palist, pert contenance; Et la Vielle es poins le li lance, Et li vuet faire à force prendre, Car cil n'i osoit la main tendre, Ains dist por soi miex escuser, Que miex li vient à refuser. Si le vosist-il jà tenir, Que qu'il en déust avenir. Bel-Acueil. Moult est biaus, fait-il, li chapiaus, Mès miex me vendroit mes drapiaus Avoir tous ars et mis en cendre, Que de par li l'osasse prendre. Mès or soit posé que gel' praingne, A Jalousie la grifaingne Que porrions-nous ore dire? Bien sai qu'ele esrageroit d'ire, Et sor mon chief le descirra Pièce à pièce, et puis m'occirra, S'el set qu'il soit de-là venus. Or serai pris, et pis tenus Qu'onques en ma vie ne fui; Ou se ge li eschappe et fui, Quel part m'en porrai-ge foïr? Tout vif me verrés enfoïr,

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Nul ne l'égale sur ce point.13385. Ce chapel ne refusez point, Les fleurs sentent mieux que dictame. L'Auteur. Non, car j'en craindrais avoir blâme, Dit Bel-Accueil, qui tout frémit Et tremble, et tressaille, et gémit, Rougit, pâlit, perd contenance; Et la Vieille aux poings le lui lance Et veut de force lui donner, Car la main il n'ose y tourner, Et répond, cherchant une excuse: «Il vaut mieux que je le refuse.» Mais le voudrait déjà tenir, Quoiqu'il en dût puis advenir. Bel-Accueil. Moult est beau, fait-il, sur mon âme, Le chapel; mais pour moi, dame, Mieux vaudrait avoir mes habits Tretous brûlés que l'avoir pris. Car soit posé que je le prenne, Que dirons-nous à la vilaine Jalousie? Elle enragera Et d'ire le déchirera Sur mon chef, bien sûr, pièce à pièce; Et puis m'occira, la traîtresse, Sachant qu'il m'est de là venu, Ou serai pris et plus tenu Que ne fus oncques en ma vie: Soit posé que m'échappe et fuie En quel lieu pourrai-je m'enfuir? Tout vif me verrez enfouir

Notes in this chapter

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