LXVIe DÉPESCHE
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—du XVIIIe jour d'octobre 1569.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan de Bouloigne.)
Procédure criminelle contre le duc de Norfolk, les comtes d'Arundel et de Pembroke, et lord Lumley.—Arrestation de sir Trokmorton et du sieur Ridolfy.—Commissaires établis pour conduire le procès.—Le comte de Leicester refuse de prendre part à la procédure.—Constance que montre Marie Stuart dans son malheur.—Première nouvelle encore incertaine de la victoire de Moncontour.—Arrivée des commissaires espagnols à Calais.—Bruit d'une entreprise projetée sur le Croisic en Bretagne.—La peste, qui est à Londres, sert de nouveau prétexte à la reine pour différer l'audience à l'ambassadeur.—Espoir que la victoire annoncée, si elle se confirme, sera d'un grand secours pour rétablir les affaires de la reine d'Écosse et assurer le succès de toutes les négociations commencées.
Au Roy.
Sire, ayant, le xııȷe du présent, receu les lettres de Voz Majestez du dernier du passé, j'ay estimé vous en debvoir donner adviz, et vous dire par mesme moyen, Sire, qu'encor que ceulx cy ayent, du commancement, quant ilz sont tumbez en ceste grande souspeçon et deffiance du duc de Norfolc, exécuté plusieurs choses assés violentement, ilz se sont néantmoins despuys ung peu modérez, de sorte que les pacquetz se conduysent assés seurement. Et ceulx de ce conseil monstrent, à ceste heure que le dict duc est dans la Tour, procéder par quelque ordre et forme de justice à luy faire son procès, et semble qu'on n'a encores trouvé sur les comtes d'Arondel, de Pembrot, ny sur millord de Lomelley, de quoy les envoyer à la dicte Tour; tant y a qu'on les tient soubz estroicte garde, et a l'on envoyé le dict [millord] de Lomelley en une mayson forte prez de Vuyndesor, et miz le dict comte d'Arondel dans le colliège du dict Vuyndesor, et icelluy [comte] de Pembrot, pour estre vieulx et impotant, demeure resserré en son logis; et d'abondant l'on a arresté prisonniers le Sr. de Trokmarthon et le Sr. Roberto Ridolfy; et se dict qu'on a mandé le comte de Sussex comme souspeçonné de ces affaires et pareillement le millord Scrup, beau frère et inthime amy du dict duc, et plusieurs aultres seigneurs du quartier du Nort; mais l'on ne sçait encores s'ilz viendront.
Les commissaires à faire ce procès sont:—le millord Quiper, garde des sceaux, le marquis de Norampton, le comte de Betfort, mestre Quenolles, ser Raf Sadeler, ser Vuater Mildmey et le secrétaire Cecille,—lesquelz, parce qu'ilz sont toutz personnaiges triez et choysiz protestans, et fort affectionnez à ceulx de la Rochelle, je crains leur présente authorité, mesmement que ceulx là ny sont plus, qui sembloient tenir la main à l'entretennement de la paix entre ces deux royaulmes.—Le comte de Lestre n'assiste plus à leur procédure, ains sort du conseil aussi tost qu'on vient à toucher le faict de ces seigneurs.
Il y a quelque aparance que la Royne d'Escoce sera encores remuée en ung aultre lieu, et pense l'on que ce sera à Quilingourt, qui est ung chasteau du comte de Lestre. Elle se monstre magnanime et d'ung cueur grand et vertueulx en ceste sienne tant malle et adversaire fortune; en quoy nous luy assistons d'icy à luy donner toute la consolation par lettres que nous pouvons, et à procurer l'expédition de ses affaires comme il vous a pleu me le commander.
Ceste nouvelle, qui a desjà couru jusques par deçà, d'une grand victoire[18] que Monsieur, frère de Vostre Majesté, vous a aquise contre ceulx de la Rochelle la resjouyra grandement, ainsy que plusieurs icy très affectionnez à Vostre Majesté s'en rejouyssent oultre mesure, et attandent en grand dévotion que j'en aye la confirmation par voz lettres, avec les particullaritez de ce qui y aura succédé. Dieu veuille que le tout soit sellon le bien et honneur de vostre coronne, et au proffict et repos de voz bons subjectz.
J'ay envoyé aussi resjouyr la dicte Royne d'Escoce du contenu au postille de voz dictes dernières, parce que la dicte Dame en estoit en grand soucy et le besoing s'en monstroit si pressé qu'il ne s'y pouvoit plus souffrir aulcun temporisement.
Le Sr. Chapin Vitel et aultres commissaires de Flandres sont desjà arrivez à Callais, et monsieur l'ambassadeur d'Espaigne est après pour avoir une nouvelle et plus ample permission pour leur passaige de deçà. Sur ce, etc.
De Londres ce xvııȷe d'octobre 1569.
L'on me vient d'advertyr que ceulx de la nouvelle religion, qui sont icy, parlent d'une entreprinse sur le Croysic en Bretaigne. Il sera bon, Sire, qu'en faciez donner adviz à Mr. de Martigues ou à Mr. de Bouillé affin d'y prendre garde.
A la Royne.
Madame, ce peu que j'escriptz présentement en la lettre du Roy des choses de deçà, après la dépesche que naguyères j'ay envoyé par le Sr. de La Croix, fera assés veoir à Vostre Majesté quel progrez elles continuent de prendre; dont bientost je vous en pourray faire sçavoir davantaige, mais [il faut] que j'aye parlé à la Royne d'Angleterre laquelle, pour l'aparance de peste, qu'il y a encores en ceste ville, d'où je n'ay bougé, elle m'a mandé que j'aille estre quelque peu de jours à Coulbronc, qui est ung lieu prez de Vuyndesor, pour prandre l'air, et que, puys après, je la pourray aller trouver.
Je suys très ayse qu'ayez parlé à Mr. Norrys, son ambassadeur, et, bien que ce ayt esté ainsy réservéement, comme avez estimé convenir à voz présentz affaires, j'espère que cella encores servira beaulcoup à ceulx de la Royne d'Escoce, ausquelz j'adjouxteray l'instante sollicitation que m'avez commandé envers ceste Royne, sa cousine, et verray si, par quelque rayson et pacience, je pourray tirer d'elle aulcune bonne provision pour iceulx; bien que, si une bonne confirmation me vient par voz lettres que Monseigneur vostre filz ayt gaigné la victoire contre ceulx de la Rochelle, comme on le publie par deçà, je ne fais doubte qu'on ne procède icy plus gracieusement et en meilleur façon au faict de la dicte Royne d'Escoce, et aultres affaires qui concernent vostre service, qu'on n'a faict jusques à présent; dont je suplie Nostre Seigneur assister toutjour voz justes et vertueuses entreprinses, et qu'il vous doinct, etc.
De Londres ce xvııȷe d'octobre 1569.