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Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Second

LIVe DÉPESCHE

Reading edition

—du XXVIe jour d'aoust 1569.—

(Envoyée jusques à la Court par Nicolas le chevaulcheur.)

Départ d'un grand nombre de Français et de gens de guerre pour la Rochelle, avec le conseiller Cavaignes.—Craintes que l'on doit concevoir en France de plusieurs expéditions maritimes qui se préparent à la fois.—Plaintes faites à ce sujet par l'ambassadeur au conseil qui promet d'y remédier.—Chargement de la flotte de Hambourg.—L'ambassadeur d'Espagne ne peut encore obtenir d'audience.—Satisfaction manifestée par Élisabeth des déclarations qui lui ont été remises touchant la cession, qu'aurait faite Marie Stuart de ses droits au trône d'Angleterre.—Elle se montre plus favorable à la reine d'Écosse.—Remontrance de ceux de la Rochelle au roi, pour demander un édit de pacification.—Protestation de leur dévouement au roi.—Déclaration qu'ils n'ont pris les armes que pour la défense de leur religion.—Ils offrent une soumission entière sous la seule condition que l'exercice de la religion réformée leur sera irrévocablement garanti.—Ils sollicitent la convocation d'un concile général.

Au Roy.

Sire, ceulx que j'avois secrectement envoyé pour espier le chemin que prendroient les Françoys et Flamans, qui sont naguières partys de ceste ville, m'ont raporté qu'ilz les ont layssez s'embarquant en divers portz de ce royaulme, sans avoir peu certainement aprendre où ilz vont: car les ungs parlent de faire voyle à la Rochelle; les aultres d'aller trouver le capitaine Sores[11], qu'ilz disoient estre de retour vers ceste mer estroicte avec vingt ou vingt cinq navyres bien armez; aultres d'aller avec l'homme du prince d'Orange, qui a desjà fait avaller ses ourques et aultres vaysseaulx prez de l'embouchure de cette rivière; aultres qu'ilz vont rencontrer le bastard de Briderode, lequel, ayant avec quatre bons navyres de guerre reconvoyé, de Hembourg jusques en la coste de deçà, une partie de la flotte des Anglois qui s'estoit escartée par tormente, est descendu prendre des rafreschissemens vers Aruich. Et semble à la vérité que ceste troupe faict divers chemyns, mais Cavaigne au moins avec sa compagnie prent celluy de la Rochelle, lequel Cavaignes va succéder à la charge qu'avoit le conseiller Bourg, son beau frère, qui est décédé en Angolesme le vȷe de juillet, et emporte, à ce que j'entendz, sept mille vc. {lt} esterlin, c'est vingt cinq mil escuz, qui est tout ce qu'il a peu pratiquer pour ceste foys, provenant de la vante de cinq cens miliers de métal, que les Anglois ont dernièrement aporté à leur retour de Brouage.

Et de tant qu'aulcuns ont estimé que toute ceste compaignie ensemble pourroit faire le nombre de trois mil homes de guerre, j'ay esté incontinent devers aulcuns seigneurs de ce conseil, qui d'advanture se sont trouvez en ceste ville, pour leur remonstrer que l'embarquement de tant d'hommes est chose fort contraire à la promesse, que la Royne, leur Mestresse, et eulx m'ont dernièrement faicte, et que j'ay grande occasion de ne leur donner jamais plus de foy, et d'escripre dorsenavant à Vostre Majesté et de paix et de guerre tout aultrement que je n'ay faict jusques icy.

A quoy ilz m'ont respondu qu'ilz ne peuvent croire que les choses passent aultrement que la Royne et eulx me les ont promises, et que, possible, à cause de ceste seconde flotte qui va en Hembourg, et du partement de l'homme du prince d'Orange, lequel ilz n'estiment qu'il prègne la routte de France, et aussi du partement d'aulcuns Françoys qui à la vérité passent à la Rochelle, il y peult avoir bruict et aparance d'ung plus grand embarquement qu'à la vérité il n'est; car n'estiment qu'en tout y ayt plus de deux à trois cens hommes d'effect, qui n'est nombre de quoy je doibve faire cas; et que du capitaine Sores ilz n'en ont rien entendu, ny ne croyent qu'il soit de retour; vray est qu'en ce temps ilz ne peuvent en façon du monde contenir ceulx de la nouvelle religion; toutesfoys que, sur mon advertissement, ilz mettront peyne de s'enquérir que c'est, affin d'y remédier.

Cependant, Sire, encor que je n'estime que cest apareil, qui sort meintennant d'icy, soit pour faire grand effect en terre, si n'ay je vollu faillir de vous en donner promptement adviz, et l'ay aussi mandé aulx gouverneurs de voz places, qui sont sur la coste de dellà, affin d'y prendre garde, et je vériffieray encores mieulx ce qui en est pour les en advertir d'heure à aultre.

La dicte flotte pour Hembourg est desjà chargée de beaulcoup plus grand nombre de draps que n'estoit la première, et sera preste de sortir de ceste rivière le dernier de ce moys, soubz la conduicte de deux grandz navyres de guerre de ceste Royne. Le bruict continue qu'il s'en prépare une aultre pour la Rochelle; dont vous suplie me mander si je offriray, de vostre part, à ceulx cy que vous les ferez fornir de vins et sel, ez aultres endroictz de vostre royaulme, à pareilles condicions qu'ilz les ont à la Rochelle, affin de leur interrompre ce traffic. L'on a divulgué par tout ce royaulme que la Royne de Navarre et monsieur le prince son filz, et ceulx de leur party, vous ont envoyé offrir une soubzmission d'obéyssance par escript, de laquelle le secrétaire Cecille m'a envoyé une coppie; et de tant qu'aulcuns des grandz m'ont mandé qu'ilz ont opinion qu'elle a esté faicte par deçà, parce qu'on l'a traduicte d'anglois en françoys, je la vous envoye affin de veoir s'ilz la publient en aultre façon qu'ilz ne l'ont faicte.

Les affaires de la Royne d'Escoce sont traversés de beaulcoup de difficultez; mais je n'espère encores que bien de la fin d'iceulx, et, possible, que les mesmes difficultez les establyront. Ceulx des Pays Bas demeurent encores en suspens, et l'audience est différée à monsieur l'ambassadeur d'Espaigne; néantmoins le desir de les accorder ne se réfroydit aulcunement, ains s'eschauffe de plus en plus des deux costez; dont ne reste que le moyen de le tretter, lequel demeure sur la réputation à qui parlera le premier. Sur ce, etc.

De Londres ce xxvȷe d'aoust 1569.

Tout présentement, le Sr. de Vassal vient d'arriver avec les deux dépesches de Vostre Majesté, du xve et xvȷe du présent, aus quelles je feray responce par mes premières.

A la Royne.

Madame, vous verrez en la lettre que j'escriptz au Roy ce que, pour ceste foys, j'ay principallement à faire entendre à Voz Majestez des choses de deçà, sinon touchant le faict de la Royne d'Escoce, qu'il me reste encores vous dire, Madame, que ceulx, qui luy sont icy bien affectionnez, estiment luy importer grandement que le desir et bonne affection, que le Roy et Vous avez à son restablissement, soyent signiffiez et bien cogneuz à la Royne d'Angleterre; dont estiment estre fort requiz qu'il vous playse tenir à son ambassadeur, Mr. Norrys, un semblable langaige que, de la part du Roy et Vostre, je luy ay tenu icy à elle, pour l'admonester de ne plus prolonger ny reffuzer son secours à ceste princesse, ou bien remectre paysiblement l'entreprinse en vostre main; et ne trouver mauvais ny prendre aulcune deffiance de Voz Majestez, quant elle verra que, du premier jour, vous l'y mettrez à bon escient, avec d'aultres particullaritez que je vous manderay par ung des miens, aussitost que j'auray receu une responce que j'attandz demain de ceste court; qui pourtant, Madame, pourrez différer de parler au dict sieur ambassadeur jusques à ma première dépesche.

Or, le jour après que j'euz dernièrement parlé de cest affaire à la dicte Royne d'Angleterre, elle se fit lyre la déclaration du Roy et Vostre, celle de Monsieur filz de Vostre Majesté[12], de monsieur le Cardinal de Lorrayne et de Mr. l'Arsevesque de Glasco, touchant le tiltre de ce royaulme; lesquelles elle trouva en la forme qu'elle desiroit. Et ayant, avec loysir, pensé aulx choses que, le jour précédant, je luy avois dictes là dessus, et d'icelles conféré avec les seigneurs de son conseil, elle vollut parler, secrectement et à part, à Mr. l'évesque de Roz, pour entendre le fondz et la vérité de plusieurs raportz qu'on luy avoit faictz de la dicte Royne d'Escoce; lequel luy en dict franchement ce qui en estoit: de quoy elle demeura consolée, voyant qu'il n'y avoit rien qui tournât à son préjudice, ny qu'on eust pensé de rien entreprendre en ce faict, sans son sceu ny sans son expresse permission et volonté. Dont, considérant mon instante sollicitation au nom de Voz Majestez pour la liberté et restitution de la dicte Royne d'Escoce, elle luy a escript incontinent une bonne lettre, pleyne de consolation et de promesses, et en a escript d'aultres bien expresses au comte de Mora, telles, comme le dict sieur évesque de Roz les luy a vollu deviser; lesquelles luy ont esté desjà envoyées par ung gentilhomme escouçoys, nommé Me. Thomas Flemy. Et, dans quinze jours, nous espérons qu'il sera commancé de procéder en telle façon sur ceste matière, que nous pourrons clairement juger quelle en pourra estre la fin; et adjouxteray ce mot, que le dict affaire semble estre passé si avant que je croy que d'icelluy deppend ou le repoz, ou le grand trouble de ce royaulme. Sur ce, etc.

De Londres ce xxvȷe d'aoust 1569.

Copie d'une remonstrance, que ceulx de la Rochelle ont mandé avoyr envoyée au Roy, après l'arrivée du duc de Deux Pontz.

Au Roy.

Sire, c'est une chose merveilleusement estrange et presque incroyable qu'entre tant de subjectz, que Dieu a vollu soubzmettre soubz l'obéyssance de Vostre Majesté, et qui se vantent ordinairement d'estre tant affectionnez au bien de voz affaires et conservation de vostre couronne, il n'y en ayt néantmoins ung seul qui face seulement semblant de s'esforcer à esteindre ce feu qu'on voyt journellement embrazer, et [qui] peult consummer cestuy vostre royaulme; et que au contraire ilz s'en sont trouvez plusieurs qui ont infinyement travaillé à l'allumer et augmenter, et accroistre. Et, combien que cella deust plustost et premièrement procéder de ceulx qui, de gayeté de cueur et pour leur seul [intérest] particullier ont esmeu et sucité ces troubles, contre le gré et volonté de Vostre Majesté, et qui font la guerre ou la paix, quant il leur playt, et non pas de ceulx qui iniquement et injustement sont assailliz et poursuyviz en leurs consciences, honneurs, vies et biens, et qui n'ont aultre intention que de se deffandre et conforter contre telles injustes violences, n'ayant jamais rien tant hay que les troubles et esmotions ny tant procuré que l'entretien de la paix, toutesfoys la Royne de Navarre et Mr. le Prince, son filz, Mr. le Prince de Condé et les Seigneurs, Chevaliers, Gentishommes et aultres, qui les accompaignent, esmeuz et poussez de ceste affection et obligation naturelle qu'ilz ont à Vostre Majesté et à la conservation de vostre royaulme, n'ont peu ny vollu différer plus long temps à recercher et raporter de leur part, comme ilz ont toutjours faict, toutz les remèdes propres et convenables dont ilz ont peu adviser, pour garentyr cestuy vostre royaulme d'une ruyne et subversion dont il a esté tant de foys, comme il est encores plus que jamais, menassé; et pour restablir une paix et tranquillité publique à laquelle, pour s'estre toutjours démonstrez par trop facilles et enclins, on sçayt assés en quelz périlz et dangiers ilz ont esté prestz de tumber, si Dieu par sa saincte grâce ne les en eust, contre toute espérance et opinion humaine, garentys et préservez; tellement qu'ilz ont fort peu d'occasion d'espérer et attandre de pouvoir parvenir à ce qu'ilz desirent, si ce n'est qu'il playse à Dieu de changer du tout le cueur de leurs ennemys qui vous envyronnent, et les incliner à une paciffication; estimans plustost les dictz sieurs Princes et les Seigneurs, Chevaliers, Gentishommes et aultres, qui les accompaignent, que, au lieu de recognoistre ceste libéralle et franche volonté qui est manifeste aujourd'huy, et le debvoir auquel ilz se veulent mettre pour restablyr une parfaicte et estroicte unyon et repoz entre voz subjectz, qu'elle sera calomniée et sinistrement interprétée, comme elle a toutjours esté, par ceulx qui ne hayssent et ne craignent rien plus que de veoir ceste réconcilliation; d'aultant néantmoins que les dicts sieurs Princes, Seigneurs, Chevaliers et aultres, qui les accompaignent, n'ont jamais rien eu en plus grande recommendation que de randre toutjours de plus en plus leurs actions manifestes à Vostre Majesté, et imprimer souvant des tesmoignages du desir singulier, qu'ilz ont toutjours heu, de vivre et morir en l'estroicte obéyssance et subjection naturelle qu'ilz vous doibvent, et faire paroistre à tout le monde combien leurs cueurs et volontez sont esloignez des impostures et calompnies du cardinal de Lorrayne et aultres ses adhérans, ministres et pensionnaires des ennemys naturelz de vostre coronne.

Et [d'autant] que les Françoys, qui ont esté contrainctz de s'assembler à leur très grand regrect, ne tendent que à meintenir et conserver leur religion, leurs honneurs, leurs vies et leurs biens, ilz ont estimé que telles considérations ne les pouvoient ny debvoient empescher ou retarder de poursuyvre et pourchasser, de tout leur pouvoir, l'effaict d'une tant salutaire et nécessaire paix à ce royaulme, et rendre tesmoignage de l'humillité, révérance et respect, qu'ilz portent à Vostre Majesté; ce qu'ilz eussent encores beaulcoup plustost faict, sinon qu'ilz ont toutjours estimé que leurs ennemys eussent pancé, ou pour les moins vollu faire acroyre, que c'eust esté la nécessité qui les eust induictz à cella,—veu mesmes les asseurances, que leurs dictz ennemys ont bien ozé donner à Vostre Majesté, qu'il ne s'estoit faict aulcune levée de gens de guerre en Allemaigne pour le secours des dicts sieurs Princes; et, quant bien on en auroit faict, qu'il y avoit moyen et forces suffizantes pour les empescher d'entrer en ce royaulme; et, ores qu'ilz y fussent entrez, qu'il y avoit tant de rivières et de passaiges entre eulx et les dictz sieurs Princes, qu'il seroit fort aysé de les empescher de se joindre; et quant ilz seroient joinctz, que les dictz sieurs Princes n'auroient aulcuns vivres pour les entretenir;—ayantz pour ceste cause vollu temporiser et attandre qu'ilz eussent joinctz et payés leurs dictes forces, et rassemblé les aultres qui estoient dissipées et esparces, lesquelles on sçayt estre telles qu'on ne peult nyer qu'ilz ne puyssent bien ayséement résister à leurs dictz ennemys et exécuter des mauvais dessings, s'ilz en avoient quelque mauvaise volonté, comme on a vollu dire.

Si donc, aulx premiers troubles que feu monsieur le Prince de Condé et les Seigneurs, Chevaliers, Gentishommes et aultres, qui les accompaignent, receurent et acceptèrent les condicions de la paix, concernant le seul faict de la religion et liberté de leurs consciences, incontinent après la mort de feu monsieur de Guyse et du Mareschal de Sainct André, et après avoir prins prisonnier monsieur le Connestable, qui estoient les trois principaulx chefz et conducteurs de l'armée;—si, aulx derniers troubles, incontinent qu'on offrit au dict sieur Prince et aulx Seigneurs et Gentishommes de sa compaignie, le restablissement de l'exercisse de la religion, quoy qu'ilz eussent joinctes grandes forces estrangières et qu'on fût prest de donner l'assault à la ville de Chartres, à la teste et veue du camp de l'ennemy, qui estoit la plus part desbandé, et que, à la seule démonstration de paix, qui fut faicte par ung trompète envoyé soubz le nom de Vostre Majesté, non seulement le dict sieur Prince despartit de faire donner l'assault, mais fit du tout lever le siège et retirer son armée, sans avoir néantmoins raporté d'une si prompte obéyssance que une paix sanglante et playne d'infidellité;—si, aulx mesmes troubles, le lendemain de la bataille St. Deniz, le dict sieur Prince envoya vers Vostre Majesté le Sr. de Telligny pour luy remonstrer la ruyne et désolation qui menassoit dez lors ce royaulme, si on y laissoit entrer les estrangiers qui estoient desjà sur les frontières, et pour proposer et mettre en avant les moyens et remèdes pour parvenir à une paix qui ne touchoit que le seul faict de la religion, encores que le dict sieur Prince eust [eu] du meilleur en la dicte bataille, comme on sçayt, et que monsieur le Connestable, l'ung des principaulx chefs de l'armée des ennemys, y eust esté thué;—brief, si voz éedictz ont toutjours esté faictz et la paix accordée, lorsque ceulx de la religion ont eu moyen, par les forces, de s'en faire croyre, s'ilz en eussent vollu abuser;—et qu'en toutz les propoz et traictez de paix, il n'ayt esté faict mencion que du seul faict de la religion, et que leurs ennemys n'ayent jamais esté amenez à une paciffication que par une nécessité, et lors [que] par la force ouverte ilz ne pouvoient plus rien entreprendre contre eulx;—en quelle conscience et avec quel visaige et contenance peult on dire qu'il va en ces troubles d'aultre faict que de la religion?

Et affin néantmoins de convaincre toutjours davantaige le dict cardinal de Lorrayne, et aultres ses adhérans, des menteries et impostures qu'ilz publient encores toutz les jours, les dictz sieurs Princes, et les Seigneurs, Chevaliers, Gentishommes et aultres, qui les accompaignent, voulans oblyer l'infidellité, lascheté et desloyaulté, dont l'on a usé en leur endroict par le passé, déclairent et protestent aujourdhuy devant Vostre Majesté, comme devant Dieu, que quelques mauvais traitemens qu'on leur ayt faict recepvoir jusques à ceste heure, il ne leur est jamais tumbé en pensée de les inputer à Vostre Majesté, pour estre vostre naturel par tropt esloigné de telles sévéritez, rigueurs et injustices, dont vous avez par tant de fois randu de si ouvertes démonstrations qu'on n'en peult justement doubter. Et moins encores ont ilz pensé à changer, ny mesmes diminuer, tant peu que ce soit, de la volonté et affection naturelle qu'ilz ont tousjours eue à la conservation, advancement et grandeur de vostre estat; et que, si par toutz les effectz susdictz on a cogneu et veu à l'œil qu'ilz n'ont aultre fin et intention que de servir à Dieu, sellon sa vollonté et sellon qu'ilz sont instruictz par sa saincte parolle, soubz l'obéyssance, profession et authorité de voz éedictz, et d'estre maintenuz et conservez esgallement comme voz aultres subjectz en leurs honneurs, vies et biens, que meintennant ilz en veulent encores randre une preuve et tesmoignage si manifeste, que leurs ennemys mesmes ne les puyssent révoquer en doubte; non que toutes foys ilz veuillent entrer en aulcune justiffication de leurs actions passées, pour estre leurs ignocences et justice de leur cause assés cogneue de Vostre Majesté et de toutz les roys, princes et potentatz estrangiers, qui ne sont de la faction et party d'Espaigne; et moins encores veulent ilz entrer en capitullation avec Vostre Majesté, saichans bien, grâces à Dieu, quel est le debvoir d'un bon et fidelle subject envers son souverain Prince et Seigneur naturel; mais d'aultant, Sire, qu'on sçayt assés le bon marché qu'on a faict, par cy devant, de la foy et parolle de Vostre Majesté, qui doibt estre saincte, sacrée et inviolable, et avec quelle audace on a abusé de vostre nom et authorité, au péril et dangier extrême de toutz voz subjectz, qui font profession de la religion réformée; il semble bien qu'on ne doibt trouver estrange si les dictz sieurs Princes, Gentishommes et aultres, qui les accompaignent, vous suplient très humblement de vouloir déclairer vostre volonté, touchant la liberté de l'exercisse de la dicte religion, par ung éedict solempnel, perpétuel et irrévocable; affin que par icelluy ceulx qui ont esté desjà par deux foys si témérayres que d'enfraindre et violler, avec toute impunité, ceulx que vous avez faictz, soient plus retenuz par le dict troisiesme éedict.

Et, pour ce que ceulx qui n'ont jamais peu endurer l'union et repos, qui estoient meintennu entre voz subjectz par le moyen de l'observation de voz éedictz, ont prins occasion de les altérer et corrompre par nouvelles interprétations et modiffications, du tout contraires à la substance de voz éedictz et à l'intention de Vostre Majesté; et que les dictz sieurs Princes, Gentishommes et aultres, qui les accompaignent, recognoissent qu'ilz ont esté, par ung très juste jugement de Dieu, beaulcoup plus affligez en temps de paix que en temps de guerre ouverte, pour avoir trop ayséement consenty, aulx trettez de paix qui ont esté faicts, qu'on ayt faict la part à Dieu, et qu'on se soit contanté qu'il fût festé seulement en certains lieux et endroictz de ce royaulme et par certaines personnes.

Ne pouvant plus en saine conscience rien remettre de ce qui apartient du service de Dieu, ils suplient très humblement Vostre Majesté de vouloir ottoyer et accorder générallement à toutz voz subjectz, de quelque quallité et condicion qu'ilz soyent, libre exercisse de la dicte religion en toutes les villes, villaiges et bourgades, et toutz aultres lieux et endroictz de vostre royaulme, et pays de vostre obéyssance, sans aulcune exeption ou réservation, modiffication, ou restriction de personnes, de temps, ou des lieux, avec les seurtez nécessaires et requises; et oultre, ordonner et enjoindre à toutz vos dictz subjectz de faire profession manifeste de l'une ou l'aultre religion, affin de couper chemyn à plusieurs, lesquelz abusans de ce bénéfice, sont tumbez en athéisme et en une liberté généralle, s'estans licenciez de toute exercisse et profession de religion, ne desirans rien plus que de veoir une confuzion en ce royaulme, et tout ordre de pollice et dicipline eclésiastique renversée et oblyée, chose trop dangereuse et pernicieuse, et qui ne se doibt aulcunement tollérer.

Et d'aultant que les dictz sieurs Princes, Chevaliers, Gentishommes et aultres, qui les accompaignent, ne doubtent pour ce, que ceulx qui ont tousjours jusques à meintennant jetté le fondement de leur desseings sur les calompnies qu'ilz publient pour les randre odieulx, mesmes à l'endroict de ceulx qui sont, par la grâce de Dieu, affranchiz de la servitude et tyrannie de l'Antechrist, ne fauldront de mettre en avant qu'ilz veulent opiniastrément deffandre sans rayson ce qu'ilz ont une foys résolu de croyre touchant les articles de la religion chrestienne, [plutôt] que de se corriger et rétracter: ilz déclairent et protestent, comme ilz ont toutjours faict, que, si en quelque poinct de la confession de foy, cy devant présantée à Vostre Majesté par les esglizes réformées de vostre royaulme, on les peult enseigner, par la parolle de Dieu accompaignée de lieux conjoinctz de l'escripture saincte, qu'ilz s'esloignent de la doctrine des prophettes et apostres, que promptement ilz donneront les mains et cèderont très volontiers à ceulx qui les instruyront mieulx par la parolle de Dieu qu'ilz n'ont esté par cydevant, s'ilz errent en quelque article.

Et pour ceste cause ne desirent rien tant que la convocation d'ung concille libre et général, auquel ung chacun puysse estre ouy et desduyre ses raysons, qui seront confirmées ou convaincues par la pure parolle de Dieu, qui est le moyen duquel il a esté usé de tout temps et anciennement en pareille occasion.

Par ce moyen, Sire, il ne fault doubter que Dieu ne face la grâce à Vostre Majesté de veoir les cueurs et volontez de voz subjectz unys et réconciliez, et vostre royaulme retourner en son premier estat et esplandeur, à la honte et confuzion de voz ennemys et des nostres, lesquelz par leurs secrectes menées et très estroictes intelligences qu'ilz ont avec l'Espaignol, ont bien sceu industrieusement et subtillement divertyr l'orage et la tempeste, qui estoit ez Pays Bas, pour la faire retorner et tumber sur vostre coronne et sur vostre royaulme.

Ce qu'ilz suplient très humblement Vostre dicte Majesté vouloir bien et exactement considérer; et juger, s'il luy playt, s'il est plus à propos d'attandre des deux armées, qui sont meintennant assemblées dans vostre royaulme, une sinistre et sanglante victoire, de laquelle le vaincu raporte aultant de fruict et de gain que le vaincueur, ou bien de les employer ensemble, pour le service de Vostre Majesté et bien de voz affaires, en beaulcoup de belles occasions qui se présentent aujourduy, aultant importantes au repos de vostre royaulme et conservation de vostre coronne, que nulles aultres qui se sont offertes de nostre temps; et par ce moyen renvoyer la tempeste et l'orage aulx lieux dont ilz sont venuz:

En quoy les dictz sieurs Princes, et les Seigneurs, Chevaliers, Gentishommes et aultres, qui les accompaignent, sont déllibérez et résoluz, comme en toutes aultres choses où il yra du bien et grandeur de vostre estat, d'employer leurs personnes et biens, et toutz les moyens que Dieu leur a donnez, jusques à la dernière goutte de leur sang; ne recognoissans en ce monde aultre souverayneté ou principaulté que la vostre, en l'obéyssance et subjection de laquelle ilz veulent vivre et mourir, qui est telle et semblable que ung Prince Souverain et Seigneur naturel peult attandre et desirer de bons, fidelles et loyaulx subjectz et serviteurs.

Notes in this chapter

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