IV
Reading edition
Comment Mustapha Kémal organise des groupes de francs-tireurs contre l'armée grecque.—les "tchétés" volontaires.—Organisations secrètes de l'arrière-front.—Les guérillas en Anatolie.—Formation des corps d'armée A l'intérieur.—Au Conseil asiatique de Bakou.
Angora... octobre.
Après la dernière offensive grecque, les Kémalistes se sont mis à organiser de nouveaux corps d'armée. Un autre front de résistance a été établi et des groupe de francs-tireurs ont été constitués pour mener à bonne fin une guerre de surprise.
Tout l'arrière des lignes helléniques, y compris tous les territoires occupés avant l'offensive grecque, est divisé en districts par l'Etat-Major d'Angora, districts dont les limites sont tenues secrètes et qui sont numérotés sur des cartes spéciales que l'on donne aux chefs de bandes.
Les bandes kémalistes ou «tchétés» sont presque toujours montées et comprennent cinquante cavaliers et une mitrailleuse. Les hommes sont armés de toutes pièces et munis de grenades à main; ils connaissent admirablement le pays où ils opèrent.
Les bandes sont formées à Kutahia, Biledjik, Eski-Chéir, Afioun-Kara-Hissar et Denizli. Leurs provisions faites, elles quittent de nuit leurs bases et traversent sans être découvertes, le front grec. Les «tchétés» passent par des voies inaccessibles aux troupes d'occupation. Leur équipement et leur coiffure étant de couleur sombre, les Kémalistes se dissimulent facilement. Arrivés dans les districts désignés, les «tchétés» se divisent souvent en deux ou trois escouades et ils communiquent entre eux par des signaux nocturnes. Ils logent le plus souvent, sans que l'armée grecque le sache, dans des villages turcs éloignés, où ils arrivent à l'aube pour n'en sortir que la nuit.

L'obscurité venue, ces «tchétés» effectuent des incursions soudaines dans des camps isolés, postes hellènes parsemés dans le pays. Ce sont surtout les convois et les ponts qui sont visés. Toute attaque ne dure que quelques instants, à peine le temps de semer le désarroi chez l'adversaire surpris, ce qui abaisse le moral des troupes d'occupation.
Lorsque les «tchétés» sont à bout de ressources et rencontrent des difficultés pour se ravitailler, ils se réunissent pour repasser le front et s'approvisionner dans les lignes turques.
Après la dernière offensive hellénique, le front, ayant triplé de longueur, est plus faible et ne forme plus une ligne continue de tranchées. Aussi le va et vient à travers les lignes grecques est-il devenu relativement aisé.
Actuellement 350 «tchétés» opèrent continuellement entre le front et Smyrne.
Les nationalistes turcs travaillent à gagner du temps en menant une guerre de guérillas, afin de pouvoir organiser des corps d'armée réguliers pour une résistance plus énergique.
Le premier Congrès asiatique de Bakou a été un succès pour Mustapha Kémal, qui a insisté auprès des délégués russes sur la nécessité de créer des mouvements nationalistes en Asie avec l'aide des Soviets. La distribution des armes et des munitions la centralisation du commandement et le siège permanent d'un Conseil asiatique ont été, en outre, décidés à ce Congrès.
En un mot, l'œuvre de Mustapha Kémal se résume en ceci: organiser en Anatolie une guerre de francs-tireurs tout en constituant des forces régulières; gagner du temps et faire cause commune avec tous les Arabes et les peuples de l'Asie.
