PRÉFACE
Paulin Paris translation
DE LA SECONDE ÉDITION.
Tous mes amis, lettrés ou non, m'ont conjuré de ne point publier cette satire avec mon nom. Si j'étais susceptible d'être détourné du chemin que je me suis tracé, par des sophismes et les boulettes de papier de l'imagination, je me serais rendu à leur désir; mais je ne suis point homme à me laisser effrayer par des injures, ou à trembler devant des journalistes armés ou sans armes. Je puis dire, en conscience, que je n'ai attaqué personnellement aucun homme qui n'ait auparavant pris l'offensive contre moi. Les ouvrages des auteurs sont la propriété du public; celui qui achète a le droit de juger et de publier son opinion, si cela lui convient, et les auteurs dont j'ai parlé peuvent en user à mon égard comme je l'ai fait au leur: ils réussiront mieux, j'en suis sûr, à prouver que mes ouvrages sont mauvais, qu'à corriger leurs propres productions; et mon intention n'a pas été de prouver que j'écrivisse bien, mais de forcer les autres à écrire mieux, s'il est possible.
Ce poème ayant réussi au-delà de mes espérances, je me suis efforcé de faire dans cette édition quelques additions et quelques corrections pour le rendre moins indigne du public.
Dans la première édition de cette satire, publiée sans nom d'auteur, j'avais, au sujet du Pope de Bowles, inséré quatorze vers d'un homme d'esprit de mes amis, qui a maintenant sous presse un volume de poésies. Ces quatorze vers ont été effacés et remplacés, dans cette nouvelle édition, par d'autres de mon propre crû; ma seule raison en cela, et j'espère que chacun penserait de même en pareil cas, c'est que je suis déterminé à ne rien publier avec mon nom qui ne soit entièrement et exclusivement de ma composition.
Quant aux talens réels des poètes dont les ouvrages sont cités, ou auxquels il est fait allusion dans les pages suivantes, l'auteur espère qu'il sera généralement d'accord avec la majorité du public éclairé, quoique, comme d'autres sectaires, chacun de ces écrivains ait son petit cercle de prosélytes qui exagèrent son mérite, dissimulent ses défauts et reçoivent sans examen, avec un empressement respectueux, tout ce qui tombe de sa plume. Mais le génie dont sont incontestablement doués quelques-uns des écrivains censurés ici ne fait que rendre plus déplorable la prostitution de leur beau talent. On doit avoir pitié de la sottise impuissante, on peut tout au plus en rire avant que de l'oublier, mais de grandes et réelles facultés dont on abuse doivent être décidément gourmandées. Personne plus que l'auteur n'eût désiré voir quelque écrivain habile et connu se charger de les exposer à la vindicte publique; mais Gifford consacre tous ses momens à son édition de Massinger, et, en l'absence d'un médecin véritable, un chirurgien de campagne peut donner une ordonnance pour empêcher la propagation d'une épidémie dangereuse, pourvu; toutefois, qu'il n'ait point recours au charlatanisme. Nous offrons ici un caustique, car il ne faut pas moins qu'une cautérisation vive pour sauver tant de patiens atteints de la déplorable rage de rimer. Quant aux journalistes de la Revue d'Édimbourg, il faudrait un autre Hercule pour triompher de cette hydre nouvelle, et l'auteur, dût-il s'en écorcher un peu la main, sortirait content du combat, s'il parvenait simplement à briser une des têtes du serpent.