POST-SCRIPTUM
Paulin Paris translation
AJOUTÉ LORS DE LA DEUXIÈME ÉDITION.
Depuis que cette seconde édition est sous presse, j'ai appris que mes fidèles et bien aimés cousins de la Revue d'Édimbourg préparent une critique véhémente contre ma faible, ma douce, mon inoffensive muse, qui n'avait déjà que trop à se plaindre de leurs outrages.
Tanto ene animis cælestibus iræ?
Je suppose qu'il me faudra dire de Jeffrey ce que sir Andrew Aguecheek dit de son adversaire: «Si j'avais su qu'il fût aussi fort sous les armes, je l'aurais envoyé à tous les diables, plutôt que de me battre avec lui.» Quelle pitié, que je doive être de l'autre côté du Bosphore avant que le prochain numéro n'ait passé la Tweed! Mais j'espère toutefois en allumer ma pipe en Perse.
Mes amis du septentrion m'accusent avec justice de personnalités envers leur grand anthropophage littéraire, Jeffrey; mais quelle autre conduite pouvais-je tenir envers lui et sa meute méprisable, qui se nourrit de mensonges et de calomnies, et étanche sa soif dans des flots de médisances? J'ai cité des faits déjà connus, j'ai exprimé librement ma façon de penser sur l'ame de Jeffrey, et je ne sache pas qu'il lui en soit résulté aucun malheur; a-t-on jamais sali un boueur en le jetant dans la boue? On pourra dire que je quitte l'Angleterre parce que j'y ai insulté des personnes d'honneur et d'esprit; mais je reviendrai, et elles pourront bien entretenir la chaleur de leur ressentiment jusqu'à mon retour. Ceux qui me connaissent peuvent affirmer que rien n'est plus étranger aux motifs qui me font quitter l'Angleterre, que des craintes comme écrivain ou comme homme: ceux qui ne me connaissent pas pourront s'en convaincre. Depuis la publication de cette satire, je n'ai jamais caché mon nom, j'ai presque toujours habité Londres, prêt à répondre à ceux que j'ai attaqués, m'attendant journellement à recevoir quelque petit cartel; mais, hélas! le tems de la chevalerie est passé, ou, pour parler plus vulgairement, il n'y a plus de courage aujourd'hui.
«Je leur souhaite, à tous et chacun d'eux, une bonne nuit, un sommeil léger et des rêves couleur de rose.»
M. Fitzgérald ayant écrit les vers suivans sur un exemplaire de la satire précédente:
«Je vois que Lord Byron méprise ma muse; notre sort diffère en cela: ses vers sont en sûreté, je ne saurais critiquer des vers que je n'ai jamais lus;»
Ce même exemplaire tomba par hasard entre les mains de Byron, qui y ajouta immédiatement cette réponse mordante:
FIN DES POÈTES ANGLAIS.