HIGH SCHOOLS
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Dans chaque centre d’une certaine importance existe une high school, elle aussi presque toujours coéducationnelle. Elle est le degré intermédiaire entre l’école primaire et l’Université. C’est là que se prépare aux carrières pratiques la majorité de la jeunesse. En général, ces écoles sont installées en pleine ville, à proximité de tous. Pas plus que l’école primaire, elles ne comportent d’internat. On y enseigne les sciences, la littérature, les arts. Le chant y tient sa place d’honneur, comme dans toutes les écoles de la République. Les bâtiments sont vastes, bien éclairés. Le long des corridors spéciaux sont suspendues une foule de photogravures excellentes, représentant les monuments de l’antiquité, les principaux chefs-d’œuvre de l’architecture en Europe, les tableaux célèbres des grands maîtres et des reproductions en plâtre des œuvres les plus remarquables de la sculpture. Parmi toutes ces choses destinées à former le goût artistique, se remarquent aussi régulièrement les portraits des grands citoyens américains, destinés à personnifier les aspirations et l’idéal du pays, à perpétuer la mémoire des grands faits historiques. Il n’est pas rare, aussi, d’y rencontrer le buste de Napoléon. Déjà je l’avais vu dans les bureaux des négociants, sur les étagères des salons et les frontons des bibliothèques. Maintenant je le retrouvais dans les cabinets des directeurs d’école et à travers les salles de classe. Décidément, il est populaire en Amérique, et il l’est principalement à titre de self-made man. On admire en lui sa prodigieuse activité, sa marche en avant à travers les obstacles, sa destinée colossale qui le mena d’une origine obscure à la situation d’arbitre du monde. Tout cela lui donne un relief extraordinaire aux yeux de ceux qui n’ont pas, comme nous, à liquider le passé néfaste que nous a légué son autoritarisme. Quand on songe quel rôle Napoléon et ses lois ont joué dans notre enseignement, et quelles traces sa main de tyran a laissées dans notre éducation secondaire masculine, on est surpris de voir sa figure dans les libres écoles d’un pays avec l’idéal duquel la férule napoléonienne présente un si terrible contraste.
A côté de la High school, l’Amérique possède une multitude d’établissements, comparables, dans leur programme, à nos lycées et collèges, mais n’en ayant en aucune façon l’organisation ni l’esprit. Ces écoles sont très souvent en dehors des villes, au bord des lacs, au penchant des collines, ou en plein bois. Elles ont des internats, mais qui n’ont pas la rigide monotonie des nôtres, ni la plupart de leurs inconvénients. Le dortoir a presque partout disparu, ainsi que les trop vastes et trop lugubres réfectoires. On préfère bâtir plusieurs maisons de dimensions ordinaires que d’édifier de massives casernes. Chambres à coucher et salles à manger ont un aspect familial. Et sitôt sorti des maisons, les élèves se trouvent au large. Point de préaux enfumés, point de murs. L’affreuse cour, pleine de poussière et garnie de gravier, où poussent quelques arbres étiques, symboles du régime, heureusement à son déclin parmi nous aussi, n’existe pas. On n’a pas l’impression de se trouver au milieu de détenus. Grilles, fenêtres garnies de barreaux, parloirs mornes, où des visiteurs viennent parler bas aux prisonniers, réglements pédants, sinistres roulements de tambour, tout cet ensemble que nous devons au grand homme dont le chapeau et la redingote sont si populaires en Amérique, n’a aucune place dans les mœurs scolaires des États-Unis. A chaque instant du jour, un élève, désireux de quitter la maison, pourrait s’échapper sans tambour ni trompette. Les récréations se prennent sur des prairies sans clôture aucune. La clef des champs est dans la poche d’un chacun. Tout cela manque absolument de contrainte, mais non de discipline et de surveillance. Le caractère et la conduite des enfants sont l’objet d’une vigilance latente, il est vrai, mais constante et effective. La pureté sexuelle des élèves et le respect de leur propre corps, la tenue consciencieuse dans le travail et la sincérité des paroles et des actes préoccupent les maîtres autant et plus que l’instruction elle-même. Si la figure d’un élève témoigne que son état réclame l’infirmerie morale, l’auscultation et la mise en observation ne se font pas attendre. Sans les persécuter, on sait les suivre. Et surtout des efforts constants sont faits pour les amener à se gouverner et se surveiller eux-mêmes. On estime, à juste titre, qu’une moralité provenant seulement de la constante présence du maître, pèche par la base et n’attend que l’occasion favorable pour devenir de l’immoralité. Que tout enfant soit quelqu’un, comprenne sa dignité, se charge de la responsabilité de ses actes et préside sa République intérieure, voilà le but vers lequel l’éducation est dirigée. C’est l’éducation pour la liberté par la discipline personnelle, l’éducation du « self control. »
Dès que le self control commence à s’exercer, la discipline devient facile. Chacun la maintient en ce qui le concerne. Les tristes moyens coërcitifs, par lesquels on affaiblit le ressort de la volonté, sont considérés comme allant complètement à l’encontre du but de l’éducation.
Chaque école a son infirmerie, presque toujours située dans un gracieux pavillon isolé. Une ou plusieurs nurses y président au soin de jeunes patients, qui n’ont pas l’air malheureux.
La mine des écoliers américains, filles et garçons, est en général prospère. On s’en rend compte surtout, lorsqu’ils sont réunis tous ensemble dans les grandes salles où se tiennent les meetings du matin. C’est un plaisir de promener son regard sur ces figures qui respirent la santé et la bonne humeur. Leur hygiène, d’ailleurs, est bien entendue. Jamais de trop longues séances sans un peu de distraction, de jeux ou de gymnastique. Lorsque se prennent les grands exercices en plein air, les enfants se douchent généralement en rentrant au logis, ce qui les empêche de s’endormir en classe ou de se refroidir. Dans les écoles, il y a souvent une interruption de cinq ou dix minutes pendant lesquelles les enfants se dégourdissent sur place. Un piano, posé dans le corridor, donne le signal des mouvements, et au même instant, dans toutes les classes et sans quitter leurs tables, les élèves exécutent, sous la direction du maître, une série de mouvements bien combinés qui rétablissent une bonne circulation, les émoustillent et leur permettent ensuite de rester tranquilles.