ÉCHAPPÉE SUR LA CAMPAGNE
Reading edition
Saturé de bruit, je fus heureux, dans l’après-midi, d’accepter une invitation de mon éditeur M. Mc Clure, pour aller passer le dimanche à sa campagne, de Homestead, située à Ardsley on Hudson.
Hudson river, avec ses horizons de collines et de montagnes, offre le plus beau caractère géographique de l’Est américain. Depuis son embouchure à New-York jusqu’à une grande distance de la mer, ce large fleuve est bordé sur la rive droite par une véritable muraille de rochers, couronnée de forêts et garnie à ses pieds de quelques grosses broussailles qui se nourrissent dans les éboulis lentement amassés par les siècles. Sur l’autre rive, une série de collines à pente douce, s’enchaînent en un ensemble très pittoresque. C’est là que, sur une longueur de plus de cent kilomètres, se suivent, sans interruption, des villages, d’agréables petites villes, des villas et des fermes où une grande partie de la population de New-York demeure en été, souvent même toute l’année.
Washington Irving a fait de ce pays, dans son Sketchbook, des descriptions délicieuses et l’a en grande partie pourvu de toute une tradition, pieusement vivante dans le souvenir de ses compatriotes.
A peine arrivés à Ardsley, Madame Mc Clure proposa une promenade en voiture qui fut dirigée précisément vers Irvington. Nous circulions sur une route large et bien construite, comme on ne les trouve que rarement en Amérique. Beaucoup de voitures légères à roues étroites, garnies de familles en villégiature ou de fournisseurs ambulants : épiciers, fruitiers, marchands de glace, mais presque pas d’automobiles. Le réseau général des routes américaines est en mauvais état. La population circule en chemin de fer et en tramways. On ne peut pas se payer, comme en France et une grande partie de l’Europe, la fantaisie d’aller en automobile d’un bout à l’autre du territoire. Leur usage est donc restreint au voisinage immédiat des villes et, proportionnellement, leur nombre est très inférieur à celui des nôtres. On ne s’en plaint pas, lorsqu’on circule sur une belle route que le trop fréquent passage de voitures à essence transformerait en un royaume de la poussière et du méphitisme pétroléen.