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Vercingétorix

NOTE II[28]

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NOTE II[28]

Bourges.

Bourges a été, sinon de toutes les villes de la Gaule, du moins de toutes celles qu’a connues César, le type le plus achevé de l’oppidum palustre, comme Paris, de l’oppidum fluvial.

En dépit des remblais que vingt siècles ont jetés sur ses abords, malgré la construction des faubourgs du Nord, il est aisé, aujourd’hui encore, de se rendre rapidement compte de l’origine et du caractère topographiques de la cité d’Avaricum. Elle est demeurée ce qu’elle était au temps de César, «une presqu’île de marécage», prope ex omnibus partibus flumine et palude circumdata[29].

On arrive d’ordinaire à Bourges par la ligne de Vierzon, en remontant l’Yèvre (la rivière, flumen, dont parle César[30]). Il n’est point rare que toute la plaine, large d’un kilomètre, qui s’étend entre la voie ferrée, le lit de l’Yèvre et le canal, soit entièrement recouverte d’eau: c’était le cas lorsque j’ai visité Bourges, au mois de mars, précisément le mois où fut assiégé Avaricum. — Aux approches de Bourges, le marécage qu’est cette plaine a été rétréci peu à peu par les progrès de la ville depuis le XIIe siècle: il n’en est pas moins fort visible. Il suffit de regarder du haut des trois levées qui portent l’avenue de la Gare (celle-ci moderne) et les deux routes d’Orléans et de Paris (et ces deux dernières sont sans doute les héritières de longi pontes antiques[31]). — Au delà vers l’Est et en amont sur l’Yèvre, les marécages s’élargissent de nouveau. Ils bloquent ainsi tout le nord de Bourges, stagnant le long de la rivière sur une étendue de plusieurs kilomètres. De là, impossibilité pour César d’investir la ville, circumvallare loci natura prohibebat[32].

C’est au nord des marécages que campa Vercingétorix, dans la direction de la vieille et célèbre route romaine de Bourges à Sancerre (chemin de Jacques Cœur[33]). Comme César campa au Sud, le roi des Arvernes fut séparé de lui par une longue et large bande de palus, et il put demeurer en relation constante, à travers elle, avec les Gaulois assiégés[34]. Ces mêmes marécages, en cas d’évacuation de la ville, permettaient aux gens d’Avaricum de gagner à temps le camp gaulois, en retardant leur poursuite immédiate: Palus, quæ perpetua intercedebat, Romanos ad insequendum tardabat[35].

À l’Ouest et au Sud-Ouest, une autre ligne de marécages se détachait de la première, obliquement, pour suivre la vallée de l’Auron. On reconnaîtra la place qu’ils occupaient, en regardant les quartiers bas du haut et à l’ouest de la place Séraucourt.

Entre ces deux lignes, s’avance et s’avançait du Sud-Est, comme un promontoire, la colline sur laquelle était bâti Avaricum. Elle ne tenait donc à la terre ferme que par l’isthme marqué aujourd’hui par la place Séraucourt et par la route de Moulins ou rue de Dun-sur-Auron: Eam partem oppidi quæ, intermissa a flumine et a paludibus, aditum angustum habebat, dit César d’une part[36], et, de l’autre: Unum habeat et perangustum aditum[37]. «Très étroit» est peut-être exagéré; «étroit» suffisait, car l’isthme ou le col devait avoir, à la base[38], environ 500 mètres, à peu près la largeur de la colline et de la ville.

⁂

Dans Bourges même, et peu de villes françaises offrent à un degré égal cet avantage historique, il est possible de reconnaître assez vite et de suivre exactement le pourtour de l’enceinte romaine du IVe siècle, lequel était sans doute, à peu de chose près, le même que celui de l’enceinte gauloise assiégée par Jules César: car l’isolement de la ville au milieu de ses marécages ne put permettre deux tracés trop différents[39].

La ligne des remparts est marquée, du côté des marais, par les rues de Bourbonnoux, Mirebeau, des Arènes et Fernault; du côté de la terre ferme, par l’esplanade Marceau (Saint-Michel): sur ce dernier point, l’oppidum gaulois commençait exactement là où commence aujourd’hui la ville proprement dite, à l’entrée de la rue Moyenne et de l’avenue Séraucourt. Le pan de mur gallo-romain, en briques et petit appareil, que l’on voit de ce côté, encastré dans la muraille de la terrasse de la Caserne, est l’héritier de la courtine de pierres et de bois décrite dans les Commentaires[40]. Et, à quelques mètres près, les entrées de ces deux rues correspondent, je crois, à deux portes de l’enceinte gauloise[41].

C’est en face de ces deux portes, c’est-à-dire de ces deux rues, que campa César, peut-être sur la hauteur du faubourg du Château, à 500 mètres environ de la vieille ville et de la rue Moyenne[42].

Il décida d’attaquer la portion du rempart que regardait son camp, c’est-à-dire celle qui longeait l’Esplanade et qui était comprise entre deux portes (entrées de la rue Moyenne et de l’avenue Séraucourt). Il ordonna d’élever, contre ce secteur, l’agger ou la terrasse d’approche. Cette terrasse devait avoir, en largeur ou en façade, 330 pieds ou 97 mètres[43]: ce qui correspond assez exactement au front de l’Esplanade, mesuré entre ces deux rues[44].

Autrefois, sans aucun doute, le dos d’âne marqué aujourd’hui par la rue de Dun-sur-Auron et la place Séraucourt n’existait pas, et il y avait là, tout au contraire, un col en contre-bas à la fois de la ville et du faubourg du Château[45]. Mais des amoncellements de décombres et des travaux de voirie ont exhaussé ce quartier, et l’ont mis à peu près de niveau avec le reste de la ville. Aussi, pour se figurer l’état des lieux avant l’arrivée de César, faut-il enlever par la pensée quelques mètres de profondeur au terrain situé entre la Caserne de la Ville et le faubourg du Château[46].

Mais, par là même, l’exhaussement actuel de l’Esplanade, de la place Séraucourt et de la rue de Dun-sur-Auron nous permet de comprendre ce qu’était la terrasse bâtie par César. C’était une construction compacte de bois, d’osier et de terre, qui ne devait pas différer sensiblement, comme aspect et comme forme, de la levée de terrains d’emprunt qui porte aujourd’hui ce quartier. Cette levée n’est assurément pas l’agger romain; il a disparu après le siège. Mais elle lui ressemble, et elle rend à la voirie moderne les mêmes services que la chaussée de César rendit aux assiégeants: elle met de plain-pied la ville et le faubourg du Château, Avaricum et le camp romain[47].

Représentons-nous maintenant la chaussée de César s’arrêtant là où commence aujourd’hui la ville proprement dite, à la Caserne. Elle a 330 pieds de largeur, c’est-à-dire qu’elle finit un peu à droite de la rue Moyenne, un peu à gauche de l’avenue Séraucourt[48]. En face d’elle s’élève le mur gaulois, percé de deux portes, à l’entrée de l’une et de l’autre de ces rues[49]. Chacune de ces portes est encadrée de tours, probablement plus hautes que les autres. Sur la terrasse des assiégeants, deux tours ont été élevées, faisant face chacune à une porte et aux tours de cette porte[50]. — Quand les assiégés opèrent leurs sorties, ils se répandent, en dehors de ces deux portes, sur les flancs des tours romaines: Toto muro clamore sublato, duabus portis ab utroque latere turrium eruptio fiebat[51]. Dans l’ouverture de chaque porte, des groupes d’hommes préparent et font passer les matières inflammables destinées à la tour qui leur fait face: Quidam ante portam oppidi Gallus per manus sebi ac picis traditas glebas in ignem e regione turris projiciebat[52]. — C’est une de ces deux tours romaines enfin qui, agrippant une des tours gauloises de porte, permit aux assiégeants d’aller à l’abordage et de terminer l’assaut[53].

Notes in this chapter

Note 1 · Voir p. 169 et suiv., et le plan de la p. 171.Note 2 · VII, 15, 5. Cf. p. 170.Note 3 · VII, 15, 5; 17, 1.Note 4 · Cf. Mater, Congrès archéologique de Bourges de 1898, 1900, p. 170. Il paraît probable qu’il n’y avait dans l’antiquité qu’une seule voie de Note 5 · VII, 17, 1. Cf. p. 170.Note 6 · Cf. Vallois, Mémoires de la Société des Antiquaires du Centre, 1893, p. 60.Note 7 · VII, 21, 2; 26, 2; 28, 5. Les portes (en admettant que César ne dise pas portæ pour porta, VII, 28, 3) par lesquelles s’enfuient les assiégéNote 8 · VII, 26, 2. César, prévenu à temps, put envoyer des cavaliers garder les portes du Nord (cf. la note précédente). Il est possible que ces caNote 9 · VII, 17, 1. Paludibus est la leçon des mss. α; palude, celle des mss. β, comme c’est celle de tous les mss. pour le passage VII, 15, 5: il yNote 10 · VII, 15, 5. Cf. le mot du vieil historien du Berry, Chaumeau, 1566, p. 224, disant de Bourges: «Elle n’est que d’un costé accessible, qui esNote 11 · L’Histoire de Jules César, t. II, p. 255, ne donne que 100 mètres de largeur à «l’arête de terrain formant avenue» au temps de César.Note 12 · C’est également l’opinion de Saint-Hypolite dans un très judicieux travail sur les Diverses enceintes de Bourges (Mémoires de la Société desNote 13 · VII, 23.Note 14 · Il y avait, en effet, de ce côté des remparts gaulois, deux portes, dont l’éloignement devait être égal, à peu près, à la largeur, soit 330 Note 15 · Castris ad eam partem oppidi positis; VII, 17, 1. Cf. p. 172.Note 16 · VII, 24, 1 et 2.Note 17 · Y compris la largeur des rues.Note 18 · Cf. le texte de Chaumeau, ici, p. 360, n. 2[37]. Voir aussi la vue de 1567, donnée par Raynal, Histoire du Berry, t. III.Note 19 · Devant l’Esplanade, le pied du mur gallo-romain est au moins à 3 m. 80 au-dessous du sol actuel.Note 20 · La terrasse romaine avait 80 pieds de hauteur (VII, 24, 1). Enlevez 30 ou 40 pieds correspondant à la hauteur des murs gaulois: restent 40 àNote 21 · Cf. p. 172.Note 22 · Cf. p. 361, n. 2[41].Note 23 · Le mur romain et le mur gaulois tournaient vers le Nord à 10 mètres de la rue Moyenne (vers les jardins de l’Archevêché). Peut-être est-ce àNote 24 · VII, 24, 3; cf. ici, p. 364, n. 1[52].Note 25 · VII, 25, 2. Cf. p. 181.Note 26 · VII, 27, 1. Le fait est raconté avec plus de détails par Dion Cassius, XL, 34, 4: Καὶ πύργον τινὰ παραχρῆμα... ἑλόντες, ἔπειτα καὶ τὰ λοιπὰ
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