PREMIÈRE PARTIE (continued 2)
Reading edition
« Là-dessus, mon chéri, plus rien à te dire, excepté que j’ai été voir ta mère dimanche. La pauvre femme était fatiguée ; alors je lui ai fait son ménage à fond. Nous avons parlé de toi tout le temps. Quel bon dimanche !
« Au revoir, mon Totor, une bonne bise de ta petite fiancée.
« Rose. »
« Monsieur Hubert de Louvigny,
« Secteur Postal 322.
« D’abord que je vous rassure en vous disant que mon correspondant, pour fantasque et sauvage qu’il est, ne me déplaît pas ; et, puisque j’ai assumé la grave responsabilité de son réconfort moral, je ne m’en dédirai point.
« Parlons de la question des livres. Je suis très perplexe pour chercher ce qui pourrait vous plaire.
« Je n’aime pas la lecture et n’ai sur tout cela que des idées assez vagues.
« Soyez assez bon, monsieur le lieutenant, pour me donner sur vos goûts particuliers quelques précisions.
« Il y a, de nos jours, peu de romans que les jeunes filles puissent lire. Je pense, du reste, que les lectures d’un officier ne doivent pas ressembler aux nôtres. A tout hasard, je vous envoie : Grandeur et décadence militaires, d’Alfred de Vigny, mais vous le connaissez, sans doute ?
« Oui, je voudrais bien aussi m’intéresser à la lecture. A quoi peut penser une jeune fille qui ne lit pas, qui ne sort guère — Paris est devenu si morne ! — et qui, jusqu’ici, n’a jamais eu beaucoup de penchant pour l’amitié de ses semblables ?
« Vous parlez de solitude morale, monsieur, de la vôtre qui n’est que momentanée, sans doute, parce que vous avez quitté d’excellents amis… Mais que diriez-vous d’une solitude de cœur absolue, d’une timidité de sentiments telle que les pensées les plus délicates sont refoulées au plus profond de l’être, que lorsqu’une velléité d’épanchement vous monte aux lèvres, on se sent tout à coup glacée, morfondue, et que l’on rentre en soi-même avec le regret de ne pouvoir se faire comprendre… ou encore une autre crainte que je ne puis vous confier et qui vous empoisonne le cœur ?
« Vous voyez combien nous sommes déjà d’intimes amis, puisqu’à vous seul j’ose parler de mes tristesses.
« Il est vrai que ces aveux s’adressent à un homme que je ne connaîtrai sans doute jamais, qui m’a offert spontanément sa sympathie, mais que j’oserais à peine regarder en face s’il était devant moi.
« Ne vous connaissant pas, il me semble que j’écris un peu pour moi-même et malgré moi je me laisse entraîner.
« C’est si bon de parler sans contrainte ! D’être bien soi… sans crainte, sans arrière-pensée !
« Laissez-moi donc user de ce plaisir, à distance, monsieur mon correspondant, à une condition :
« C’est que vous me promettrez que vous ne chercherez jamais à rencontrer Rose Perrin, si vous ne voulez pas voir rompre l’enchantement qui lui permet de s’ouvrir à vous.
« Ainsi, pour la première fois de ma vie, j’aurai rencontré l’ami véritable, celui que de mesquines jalousies féminines ne pourront m’enlever, ou que des sentiments d’une autre nature que l’amitié ne pourront atteindre.
« Je veux être pour vous une Rose Perrin tout idéale, que je ne vous défends pas d’aimer, de loin, comme une sœur.
« D’après vos lettres, je vous crois capable de comprendre mon désir et d’en apprécier toute la délicatesse.
« Voulez-vous bien ?
« Vous ne me chercherez pas. Nous ne nous connaîtrons jamais !
« A cette condition, j’aurai, moi, un confident unique, et vous, monsieur le lieutenant, une amie sûre et fidèle, très discrète, à qui vous pourrez confier tout ce qu’il vous plaira.
« C’est entendu, n’est-ce pas ?
« Puisqu’il est convenu que nous jouons au petit jeu des devinettes en ce qui concerne nos caractères, je vais essayer de deviner le vôtre.
« Je me demande si votre sauvagerie ne cacherait pas au fond une grande sensibilité, un psychologue, un rêveur, plus qu’un homme d’action. En décrivant mon caractère, vous cherchez à me parer des dons que vous estimez le plus : artiste, sensible, poète !
« Hélas ! j’ai bien peur d’être loin de ressembler à ce portrait.
« Est-ce une cause qui doive nous empêcher de nous comprendre ?
« Non, je ne le pense pas.
« La différence des natures est au contraire un attrait. Et si je dois subir les effets de vos humeurs fantasques, je m’y résignerai… »
— Rose… une petite phrase simple pour finir ?
— Sur quoi, mademoiselle ?
— Ce que vous voudrez, quelque chose de gentil.
— Voyons… que je cherche…
« Si vous saviez quel plaisir ce sera pour votre amie de penser à vous souvent, en marchant, en travaillant, à vous qui passez votre vie à souffrir pour la France… Ainsi je me sentirai plus près de mon Totor… »
— Oh ! pardon, mademoiselle, je me trompe !
— Cela ne fait rien, Rose, c’est corrigé : « de mon ami » ; ensuite ?
— « De mon ami. A toute heure, je me dirai : A-t-il bien ce qu’il lui faut ? Mange-t-il à sa faim ? Souffre-t-il du froid ou du chaud ? Est-il en grand danger ? Et je prierai Dieu de vous préserver de tout mal ; je lui demanderai d’écarter les obus de votre route, de vous envoyer la pluie qui rafraîchit ou le soleil qui réchauffe, de vous permettre le bon sommeil qui réparera vos forces, afin de vous donner tout le bien que je vous souhaite de tout mon cœur…
« Votre amie dévouée,
« Rose Perrin. »
— Oh ! Rose ! Rose ! vous m’en faites trop dire !
— Ça n’est pas bien, mademoiselle ? Quand mademoiselle me dit de l’aider, je fais comme si je pensais tout haut… Nos pauvres soldats ! Ils font tant pour nous !
— Oui, mais… c’est peut-être même trop bien…
Enfin, c’est écrit… Savez-vous à quoi je pense, Rose, en relisant ?
— Non, mademoiselle.
— C’est que, si La Fontaine ne vous avait pas devancée en écrivant la fable des Deux pigeons, vous auriez pu l’inventer.
— Voyez-vous comme les beaux esprits se rencontrent !
Où demeure-t-il ce M. La Fontaine ?
Si mademoiselle veut me donner son adresse, j’aimerais à causer avec lui ?
— Vous auriez de la peine à le rencontrer, ma pauvre Rose, il est mort depuis plus de deux cents ans.
— Ah !… mademoiselle m’en dira tant !
« Marquise de Trivières,
« Avenue Malakoff, Paris.
« Belle amie,
« Impossible de vous donner en ce moment le conseil que vous me demandez… j’ai besoin d’y réfléchir et je suis littéralement débordé.
« Je m’excuse même de cet informe gribouillage écrit sur le coin d’une table d’auberge.
« Reçu hier une lettre de mon neveu Hubert.
« Pourquoi Diane ne lui écrit-elle pas ainsi qu’il était convenu ?… Je l’avais prévenu, il s’étonne… Il attend.
« Répondez si vous avez renoncé à notre projet, alors j’écrirais de temps à autre à ce pauvre garçon.
« J’embrasse les enfants.
« Merci à Jacques de son petit mot. Bon courage pour son examen.
« Je baise vos belles mains, chère amie.
« Agréez mes respectueux hommages.
« G. d’Antivy. »
« Mademoiselle Rose Perrin,
« rue de Longchamp, Paris.
« Savez-vous, petite amie Rose, que je dois faire sur moi-même un effort surhumain pour souscrire à la condition effrayante que vous m’imposez, et que vous me faites mériter cruellement la faveur de votre amitié ?
« Hélas ! vous connaissez trop déjà le pouvoir que vous possédez et je sens bien que je n’ai plus le choix !
« Il ne me reste qu’à obéir.
« Je mettrai cependant à cette obéissance une restriction… une seule ! que je vous supplie d’accepter.
« Je consens et je vous promets de ne jamais chercher volontairement à vous voir, de ne point abuser de l’adresse que vous m’avez donnée pour me rapprocher de vous… Cependant, si, par la suite, le hasard — ou ma bonne étoile — nous mettaient en présence, si, sans l’avoir voulu, nous arrivons à nous rencontrer, alors, petite amie qui m’êtes déjà chère, promettez à votre tour que vous ne vous déroberez pas, que vous ne chercherez pas de faux-fuyants, et que, si jamais je viens à vous en disant : « Est-ce vous ? » Vous me répondrez aussitôt : « Oui, mon grand ami, c’est moi, Rose Perrin !… »
« Quelle jolie aventure ce serait de vous trouver sans vous avoir cherchée !
« Vraiment, reconnaissez que je ne suis point trop exigeant ?
« C’est entendu, n’est-ce pas ? Vous dites oui ?
« Ceci établi, je vous remercie du livre que j’ai reçu.
« Je le connaissais, mais je l’ai relu avec grand plaisir.
« Les belles choses ne vieillissent point et on ne s’en lasse jamais. Merci encore.
« J’ai relu plus de dix fois votre dernière lettre et l’impression qui m’en est restée est celle-ci :
« Vous la trouverez bizarre. C’est qu’il me semble être en présence de deux Rose, l’une très sérieuse, réfléchie, je dirai même raisonneuse, d’une intelligence subtile, avec une certaine amertume de ton qui indiquerait un cœur déjà déçu…
« L’autre Rose, petite âme toute droite, bonne, la nature même, avec un charme de simplicité naïve, qui sollicite l’affection…
« Balançant de l’une à l’autre, également séduit et attiré, je ne saurais prononcer à laquelle va le plus volontiers ma pensée…
« Une seule chose m’étonne et me déconcerte dans le portrait que vous tracez de vous-même :
« Vous n’aimez point la lecture, vous l’avouez !
« Ceci est tellement contraire à la nature de l’une et l’autre Rose !
« Quoi ! nos grands génies français : Racine, Corneille ne vous ont point émue ?
« La superbe Andromaque, la tendre Bérénice, le sublime Polyeucte ne vous ont jamais arraché des larmes ? Je voudrais avoir encore la fraîcheur de sentiment de ma première jeunesse pour retrouver, en les lisant, les mêmes émotions.
« Mais, en admettant que la grande tragédie vous soit inaccessible, petite Rose, regardez plus près de vous… lisez du Dickens par exemple ; je m’étonnerais bien si les malheurs de David Copperfield ou de la petite Dombey vous laissaient indifférente. Lisez encore cet admirable Récit d’une sœur, de Mme Craven, qui a le mérite d’être une œuvre vécue.
« Une nature aussi richement douée que la vôtre ne peut que gagner encore en se développant.
« J’ai l’air, vraiment, de vous donner des conseils.
« C’est un peu le rôle du grand ancien ami que je suppose déjà être pour vous.
« Et si vous voulez bien me permettre de compléter ces conseils par un autre, je vous dirai :
« Ne laissez jamais l’ennui pénétrer jusqu’à vous. Repoussez-le par tous les moyens…
« Que ce soit par la lecture, par la prière ou par le dévouement dont je vous crois si capable, à cause de la noblesse de votre cœur…
« Dans les temps malheureux que nous traversons, on a tant de façons de faire le bien !… et pour oublier ses soucis — croyez-m’en, petite amie, j’ai une certaine expérience de ces choses — il n’y a rien de plus efficace.
« Essayez et vous verrez que vous ne souffrirez plus autant de cette « solitude du cœur » qui vous pèse.
« Voici un sermon bien sévère pour la petite Rose, si bonne qu’elle voudrait me donner « tout le bonheur qu’elle souhaite pour moi de tout son cœur ».
« Qu’elle me le pardonne en faveur de notre pacte d’amitié et de l’intérêt très vif qu’elle a su éveiller en
« Son ami obéissant et dévoué,
« H. de L. »
« Général d’Antivy,
« G. Q. G., secteur 156.
« Je commence par vous dire, bon ami, que votre neveu est un étourneau qui ne sait ni ce qu’il fait, ni ce qu’il dit… ou encore que vous-même êtes si occupé que vous ne vous souvenez plus de ce qu’on vous écrit !
« Il est tout à fait inexact que Diane n’écrive point au lieutenant de Louvigny.
« J’ai vu — de mes yeux vu — une enveloppe de lettre à son nom prête à mettre à la poste et que ma fille a écrite devant moi.
« Que vous faut-il de plus pour être convaincu ?
« Et je vous avouerai même que je me sens un peu inquiète de la tournure que prend cette correspondance !
« Une drôle d’idée, vraiment, que vous avez eue là, général !
« Je suis forcée de reconnaître que vous ne vous trompiez pas en prédisant que ma petite cachottière de fille ne me ferait part de ses lettres que jusqu’à un certain point… Vous entendiez par là le moment où l’amour commencerait à montrer le bout de ses ailes dans la correspondance de nos jeunes gens.
« Eh bien ! cher ami, ce moment a dû venir très vite, car je n’ai pas vu une seule des lettres de Diane et pas seulement aperçu la couleur de l’écriture de M. Hubert.
« Voilà où ils en sont après six semaines d’un échange de lettres assidu !
« Oh ! oui ! cela va bien… trop bien !
« Sentimental bon ami, vous avez placé ces enfants sur la pente et moi j’assiste, sans pouvoir l’arrêter, dans les limites que les convenances de notre monde devraient leur imposer, au déroulement du petit roman que vous avez combiné… J’en reste confondue, effrayée, tandis que vous, qui avez mis le feu aux poudres, vous vous en tirez en disant : Arrangez-vous !
« Ah ! vraiment, je me demande si vous n’êtes pas encore le plus jeune de nous tous !
« Mais l’étonnant de l’aventure, ce sont les transformations que ses nouvelles idées produisent tous les jours dans les manières et les habitudes de Diane…
« Volontairement elle a renoncé à aller dans le monde et au théâtre pour la raison, me dit-elle, qu’il lui paraît choquant de penser au plaisir alors que tant des nôtres tombent à chaque instant… Cette chère enfant, elle m’a plongée, bien malgré moi, dans un abîme de réflexions. Je ne puis que l’approuver et trouver qu’elle a raison ; aussi, depuis quinze jours, je refuse toute invitation ; nous menons ici une vraie vie de cénobites !
« Diane a fixé l’emploi de son temps heure par heure, ayant découvert un beau jour qu’elle avait une maladie nommée l’ennui et que, pour la combattre, il lui fallait réformer de fond en comble son existence… et la mienne ! Eh ! mon Dieu, vous trouveriez, mon bon ami, que votre pupille prend de plus en plus vos idées et sans nul doute vous seriez enchanté de la voir chaque matin partir à la messe de huit heures, puis, avec une liste des malheureux du quartier, aller dans les rues les plus pauvres distribuer elle-même ses aumônes.
« C’est l’abbé Grenet, l’ancien directeur de ses catéchismes, qui la guide et la conseille. Et elle me revient de ses courses fraîche et rose, avec un appétit dévorant et une physionomie animée que vous ne lui avez jamais vue. Diane se transforme et, vous avouerai-je, cher ami, qu’à part quelques exagérations, son changement me rend bien heureuse ?
« Elle a pris goût au travail ; en ces derniers temps une fringale de lecture l’a prise. Cela a commencé par les œuvres de Racine, où elle s’est jetée à corps perdu, si bien qu’un jour, en lui voyant à déjeuner l’air préoccupé, je lui demandai : « A quoi penses-tu, chérie ? » Elle me répondit : « A Polyeucte ! La première fois qu’on reprendra Polyeucte au Français, vous m’y conduirez… Que ce doit être beau de l’entendre répéter son : Je suis chrétien ! » Je cite textuellement, vous pourriez croire que j’invente. Et notez que la veille, elle avait refusé d’aller à un petit théâtre où l’on joue en ce moment une pièce à la mode.
« Ces petites filles !… Comme tous les jours elles deviennent plus compliquées !
« Vraiment, bon ami, vous qui me reprochiez de ne pas élever Diane assez sérieusement, que pensez-vous du résultat ?
« Je commence à croire que cette vertu à laquelle vous donniez le nom de « sens de la guerre » l’a touchée de sa grâce : peut-être bien aussi que les lettres de son prétendu filleul ont contribué à la lui inculquer.
« Car, non seulement il écrit, mais ce doit être des volumes, à en juger d’après l’épaisseur des enveloppes que mademoiselle ma fille escamote sous mes yeux et emporte dans sa chambre d’un pas léger et avec un air tout nouveau aussi…
« Les vacances de Pâques vont commencer. Je n’en suis point fâchée pour Jacques, que ses études fatiguent.
« Vous savez que nous allons chaque année faire un petit voyage à cette époque.
« Hier, j’émettais l’idée d’aller en Suisse, puisque c’est l’un des rares pays neutres où nous pouvons mettre le pied. Diane s’est arrachée à une lecture qui la captive : le Récit d’une sœur, livre d’une tristesse noire dont je n’ai pu lire dix pages sans pleurer, et elle m’a annoncé son intention de rester à Paris jusqu’à notre grand départ pour Vauclair, sous prétexte que Paris est charmant à cette époque, le Bois délicieux, surtout depuis qu’on n’y rencontre personne… que c’est le moment ou jamais d’en profiter, etc.
« A-t-elle peur que ses précieuses lettres ne soient égarées en route ?
« Bref, Jacques m’a priée aussi de le laisser à Paris : il désire prendre pendant ses vacances quelques répétitions de mathématiques.
« J’ai cédé ; comme toujours je me sacrifierai et je partirai seule pour Montreux, puisque ces méchants enfants ne veulent point m’accompagner. Ma santé exige absolument un changement d’air à cette époque.
« Voici, cher ami, une bien longue lettre en réponse à votre petit mot. Aurez-vous seulement le temps de me lire ?
« Ne vous fatiguez pas trop, n’abusez pas de vos forces et n’oubliez point votre régime !
« Vous savez combien votre santé nous est précieuse et, en dépit de nos petites escarmouches, j’espère que vous ne doutez point de ma sincère affection.
« Hermine de Trivières. »
« Marquise de Trivières,
« Avenue Malakoff, Paris,
« Mille grâces pour votre charmante lettre et pour les excellentes nouvelles que vous me donnez.
« Je vois, d’après ce que vous me dites, que ce scélérat d’Hubert veut jouer au plus fin avec son vieil oncle. Enchanté de l’apprendre !
« Puisqu’il ne veut rien dire, je n’aurai pas l’indiscrétion de l’ennuyer de mes questions.
« Si vous m’en croyez, marquise, faites comme moi, ne nous en mêlons ni l’un ni l’autre ; laissons l’amour faire nos affaires en s’occupant de nos enfants… Nous interviendrons quand il en sera temps…
« Ma tournée menace de se prolonger et je crains bien de ne pouvoir me rendre à Vauclair cet été, ainsi que je le fais chaque année.
« Je vous baise les mains… Souvenirs à vos enfants.
« Votre respectueusement dévoué,
« G. d’Antivy. »
« Mademoiselle Rose Perrin,
« 189, rue de Longchamp, Paris.
« Mademoiselle,
« Avant son transfert dans un hôpital de l’intérieur, votre correspondant m’a chargé de vous avertir qu’il avait été évacué pour une blessure au bras droit, heureusement légère, mais qui le met pour quelques semaines dans l’impossibilité de tenir une plume. Il a, de plus, subi un commencement d’asphyxie par les gaz.
« II vous fait toutes ses excuses d’être obligé d’interrompre votre correspondance, mais il espère qu’après sa guérison, vous voudrez bien vous souvenir de lui et la reprendre.
« Il vous adresse, mademoiselle, ses plus respectueux hommages.
« Recevez, mademoiselle, l’expression de mes sentiments respectueux.
« P. Jacquet, « Sous-lieutenant au 10e d’Infanterie. »