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Missions au Sahara, tome 1

APPENDICE III

Reading edition

TRADUCTION D’UN MANUSCRIT ARABE CONCERNANT LA MINE DE CUIVRE DE TAMEGROUN

Je dois la communication de ce manuscrit à M. le capitaine Martin, chef d’annexe de Beni Abbès ; il est à la bibliothèque de Guerzim.

Voici comment M. Stackler, interprète militaire, le décrit :

Ce manuscrit, qui semble avoir un siècle et demi d’existence, contient beaucoup de mots qui sont à peu près ou tout à fait illisibles ; il y a même un morceau qui, à force d’avoir été plié et déplié a fini par se déchirer entièrement et a disparu.

Voici la traduction que M. Stackler a bien voulu en faire.

Louange à Dieu seul !

Que le salut soit sur son envoyé et sur son serviteur.

Renseignements sur un endroit appelé tel et tel. — « Lorsqu’on arrive à cet endroit, on demande où se trouve la colline qui a tel nom, puis on la monte jusqu’à son sommet, on s’y assied avant le lever du soleil, et on regardé du côté du sud. Cela doit se passer pendant les saisons d’été et d’automne.

« En se levant le soleil donne sur trois trous rangés l’un à côté de l’autre ; il faut aborder celui du milieu, on y trouve une caverne étroite, qu’il faut suivre jusqu’à ce qu’on arrive à deux trous situés l’un à droite, l’autre à gauche.

« Celui de droite renferme de la terre verdâtre comme du sulfate de cuivre ; c’est du minerai d’or, qui ne perd que le quart de son poids. Celui de gauche contient de la terre jaune et rouge : c’est aussi du minerai d’or qui diminue du tiers de son poids. Le trou de droite renferme également un coffre contenant moitié perles et moitié argent. Le deuxième trou, celui de gauche, contient de la terre qui semble enduite d’huile ; c’est du minerai d’or qui ne diminue que très peu ; une livre de minerai donne à peu près une livre d’or. Ce dernier minerai n’a pas besoin d’être soumis à l’action du feu, on le passe simplement dans de l’eau vinaigrée. A l’ouest de la colline en question se trouvent trois redjems, et les ateliers de ceux qui extraient le métal. Il faut aborder le redjem du milieu, qui est le plus grand. En enlevant ses pierres on trouvera un morceau de tronc de palmier bouchant l’entrée d’une caverne. Il faut l’enlever et descendre jusqu’au fond de ce gouffre où l’on rencontre une porte. En ouvrant cette porte, on trouve un puits surmonté d’un pont en tronc de palmier mis en mouvement par l’influence d’un « djin ».

« Il faut égorger sur ce pont un hibou, le battre avec une tige de fenouil, et après avoir coloré cette tige du sang de l’oiseau, écrire la formule suivante : Si nous avons dicté ce Coran.... etc..., puis toujours sur le pont en question, on lit la sourate du tonnerre.

« Le pont reste immobile ; en le traversant, on trouve une maison composée de quatre chambres garnies d’or, d’argent, d’armes et de chevaux. Il faut se garder de parler. On prend alors ce qu’on veut.

« Si l’on est plusieurs, il faut entrer séparément.

« Le jour favorable pour cela est le samedi.

« Au sein du gouffre se trouvent encore deux « redjems » entre lesquels existe un trou. On y entre, et l’on trouve au fond, une terre ressemblant à des écailles de poisson. En faisant fondre une livre de cette terre on obtient une livre d’émeraudes.

« A droite de ce trou se trouve un autre trou contenant une mine de pierres de cristal et Dieu est le plus instruit.

« Le minerai d’argent est lourd et blanc, lorsqu’on en jette une partie dans un feu ardent, il fond mais il ne se sépare pas de ses impuretés. Voici cependant la manière dont on le rend pur : On le réduit en poussière, on le lave avec de l’eau et du sel, on le fait sécher et on le soumet à l’action du feu, sur du charbon, on le saupoudre enfin d’un peu (d’ahlidj ?) et le minerai se sépare de ses impuretés, coule et se réunit seul.

« Autre espèce de minerai. — Il est noir, tacheté de blanc, il tire sur le bleu. Lorsqu’on en soumet une partie à l’action du feu, la substance précieuse ne se sépare pas de ses impuretés, il faut pour l’épurer, le réduire en une poussière qu’on jette sur un brasier et qu’on arrose avec du goudron tiré du laurier-rose. Alors l’argent se sépare de ses impuretés coule au milieu des charbons et se réunit tout seul.

« Espèce de minerai d’argent. — C’est une pierre bleue, lourde, tirant sur le vert, couverte de points blancs et facile à pulvériser. Pour séparer la matière précieuse de ses impuretés, on réduit ce minerai en poussière, on le met ensuite sur un feu formé de charbons ardents, et alors, ô chercheur, lorsqu’on aperçoit une étincelle rouge qui s’en échappe, mêlée à de la fumée noire, il faut le mélanger avec du sesquicarbonate de soude et du sublimé corrosif. Le minerai se sépare alors de ses impuretés et coule en bas.

« Espèce de minerai d’or. — C’est une pierre de couleur verte, tirant sur le jaune ; elle est très lourde et renferme du soufre. Lorsqu’on la met sur le feu, elle fond et le soufre brûle. Pour la séparer de ses impuretés et pour pouvoir l’utiliser, il faut la laver avec de l’eau et du sel. L’or se détache alors de ses impuretés.

« Espèce de minerai d’or. — Il renferme des racines semblables à des racines de palmier, il est formé d’une terre rouge, comme la terre dont on fait les marmites. Lorsqu’on en met sur la langue, on la trouve amère.

« On trouve également des pierres semblables à des œufs de poule dans le milieu desquels est le minerai. On le prend, on l’enduit de vinaigre et d’huile, on le fait chauffer à la vapeur, comme on fait pour le couscous, on l’étend pour le faire refroidir puis on prend un creuset ayant un bec comme un tuyau, on place un autre creuset sous le premier, de manière que le métal une fois fondu tombe dedans, on le couvre enfin de fiente de pigeon sauvage et on souffle dessus jusqu’à ce qu’il fonde. On termine en frappant trois fois dessus, avec des ossements d’un être humain mort depuis longtemps. Le minerai se purifie alors, et l’on aperçoit l’or sur la surface de l’argent. Dieu le très haut est le plus instruit de tout cela. »

Je crains bien que ce document ne soit tout à fait dépourvu d’intérêt. Ce doit être un démarquage de quelque formulaire marocain de sorcellerie métallurgique. Il faut pourtant noter deux choses.

1o Sid el Bedri ben el Meki, marabout de Guerzim, propriétaire de ce manuscrit, qui a de la littérature, le sens des affaires, la figure et la réputation d’un homme très supérieur à la moyenne des indigènes attribue à son manuscrit la plus grande importance pratique.

2o Il y a réellement à Tamegroun un bel affleurement de cuivre, et l’on y voit des traces incontestables d’anciens travaux.

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