LIVRE PREMIER. (continued 3)
Reading edition
Id. » 6 4.» s. 722.10 33,5 Pur N. — 2.
Id. » 7 2.30 s. 725.39 36,4 Quelques petits cumulus N. — 2.
Id. » 8 3.» s. 726.13 37,4 Pur N.-E. — 2.
Id. » 9 2.» s. 722.68 35,7 Pur N. — 2.
Id. » 10 3.30 s. 719.32 35,9 Pur N.-E. — 2.
Id. » 11 7.» s. 718.96 28,6 Pur Nul.
Menzelet-el-Guefel 545 12 2.30 s. 721.12 36,6 Pur E. — 6.
Néchoûa’ 608 13 3.45 s. 717.68 35,7 Pur E.-N.-E. — 2.
Ghoddoua 574 14 2.45 s. 721.68 38,2 Petits cumulus isolés Nul.
Bîr-el-Moukkeni 569 15 4. 5 m. 719.10 23,8 Pur N.-E. — 2.
Et-Tolh 592 » 2.20 s. 717.60 36,3 Pur N.-N.-O. — 4 très-chaud.
Sebhâ 501 16 5.25 m. 721.63 22,8 Pur E. — 2.
Temenhent 503 17 7.10 m. 727.68 29,4 Pur S.-E. — 4.
Id. » 18 1.45 s. 722.87 36,6 Pur N. — 2.
Gourmêda (puits) 482 19 4.10 m. 724.76 20,5 Pur S. — 1.
Zîghen 531 » 7.55 s. 720.08 26,9 Pur S.-E. — 1.
Id. » 20 4.30 m. 722.44 22,5 Pur E. — 2.
Oumm-el-’Abîd 473 » 3.» s. 724.13 37,3 Couvert de cumulus à moitié N.-O. — 3 chaud.
Id. » 21 2.» s. 728.44 36,5 Petits cumulus épars N.-O. — 2.
Id. » 22 5.» m. 730.70 24,8 Horizon O. couvert E.-S.-E. puis S.-E. — 5.
El-Hafor-el-Homer 552 23 4.» m. 722.98 21,5 Horizon E. couvert N.-E. — 1.
Ouâdi-Tîn-Guezzîn 690 25 3.30 m. 709.10 21,2 Deux tiers cumulus Nul.
El-Mejnah 736 » 6.55 m. 705.48 23,6 ?
Gottefa 573 » 3.40 s. 719.07 25,5 Couvert, pluie S.-E. — 2.
Id. » 26 6.30 m. 720.98 23,4 Pur S. — 1 faible.
Bir-Ferdjân 397 27 5.» m. 735.97 20,8 Pur, nuages au S. N. — 1 faible.
Sokna 352 28 5.» m. 737.52 20,6 Pur Nul.
Id. » 30 5.45 m. 738.32 18,2 Pur E. — 1 faible.
Septemb.
Id. » 1 5.45 m. 738.02 20,6 Cumulus à l’E. E. — 1.
Id. » 2 5.15 m. 737.46 19,8 Pur Insensible.
O. Talha-boû-Tobol 322 3 7.» s. 740.49 28,0 Pur N.-E. — 3.
Id. 322 4 4.30 m. 741.60 20,3 Pur S.-O. — 2.
Ouâdi Zemam 309 5 4.30 m. 743.77 20,9 Pur O. — 2.
Ouâdi-Nina 291 6 4.30 m. 743.11 18,3 Pur Nul.
Bondjêm 138 7 2.30 s. 756.17 32,5 Pur N.-E. — 3.
Id. » 8 6.30 s. 755.50 27,7 Pur N.-E. — 5.
Oumm-el-Ghorbâl 113 10 4.20 m. 754.64 16,9 Pur Insensible.
Ouâdi-Mbellem 90 11 4.30 m. 756.10 16,3 Pur Nul.
Loummouileh 109 12 4.20 m. 753.83 18,5 Pur Nul.
Ouâdi-Mîmoûn 234 13 4.» m. 749.54 16,0 Quelques nimbus N.-O. Nul.
Plateau au Nord de Chaábet-el-Halma 235 14 6.10 m. 740.13 22,8 Horizon N. nuageux N.-E. — 2.
Melgha 372 15 6.» s. 733.49 24,4 Pur E. — 1.
El-Menchîya (Tripoli), villa de M. Botta 31 19 1.45 766.39 26,4 Petits cirrhus Insensible.
El-Menchîya (Tripoli), villa de M. Botta » 20 1.10 764.63 26,9 Petits cirrho-cumulus à l’horizon N. — 2.
NOTA. — Cette série de tableaux a été dressée principalement en vue de mettre sous les yeux du lecteur les éléments d’après lesquels les altitudes ont été déterminées.
M. O. Mac Carthy, dont la précision comme météorologue est justement appréciée, a bien voulu mettre à ma disposition ses observations correspondantes au niveau de la mer à Alger. On peut donc considérer l’ensemble des altitudes comme aussi exactes que possible, au moyen d’observations barométriques.
Quant aux détails qui vont suivre sur la température, l’hygrométrie, la pression atmosphérique, les vents, la lumière, l’electricité, ils ont été empruntés à l’ensemble de mes observations météorologiques.
En général, excepté dans les marches ou dans le cas de maladie, j’ai fait quatre observations, souvent cinq, par jour : une avant le lever du soleil, une après son coucher, et deux ou trois dans la journée.
J’ai toujours veillé au bon fonctionnement de mes instruments, et toutes les observations que je livre à la publicité sont ramenées à zéro et corrigées des erreurs des instruments.
Températures.
Instruments employés : Les divers thermomètres dont j’ai fait usage sont :
Des thermomètres Baudin : no 204, no 329, no 660, no 663 ; no 665 pour les minima, et no 662 pour les maxima ;
Des thermomètres Salleron : nos 300 et 302 ;
Un thermomètre Fastré, qui m’a été envoyé par M. Mac Carthy avec la note très-bon.
En voyage, le 18 décembre 1860, à Timelloûlen, j’ai pu contrôler la marche de ces divers instruments au moyen de la glace fondante. De plus, j’ai comparé tous mes thermomètres avec l’étalon Baudin, une première fois à Tougourt, le 29 février 1860, et une seconde fois à Serdélès, le 2 mai 1861.
Température de l’air : L’ensemble de mes observations sur la température de l’air donne les constatations suivantes :
Marche diurne : Dans la journée, le plus grand abaissement de la température a lieu le matin avant le lever du soleil, et la plus grande élévation entre deux et trois heures de l’après-midi.
Un tableau, ci-après (voir le § Pression atmosphérique, page 121), indique la marche des différents thermomètres, de 15 en 15 minutes, entre le lever et le coucher du soleil. Il peut être considéré comme donnant approximativement la marche diurne moyenne.
Variations suivant les saisons : Quelles que soient la latitude et l’altitude, dans tout le Sahara, du moins sur le versant Nord du plateau central, les températures les plus basses sont obtenues de décembre à mars, et les plus hautes de juin à septembre. C’est ce que démontre le journal météorologique de mon voyage, complété par celui que tient M. J. Auer à Tougourt.
Influences : L’altitude et l’éloignement de la mer, bien plus que la latitude, exercent une influence sur le thermomètre.
Si l’on compare la température du plateau du Tasîli des Azdjer, d’un degré et quart au Nord du tropique du Cancer, avec celle de Tougourt, ville située à huit degrés plus au Nord, et sous l’influence probable de la Méditerranée, on trouve rarement chez les Azdjer les fortes chaleurs de l’Ouâd-Rîgh, mais, en revanche, on constate même dans les vallées abritées du Tasîli des gelées inconnues ou exceptionnelles dans l’Ouâd-Rîgh.
Chez les Touâreg même, suivant l’altitude des lieux, il y a de grandes différences : entre la température du Ahaggâr, où les neiges persistent pendant trois mois de l’année, et celle du Tasîli, où elles durent à peine quelques jours ; entre les plateaux élevés, où l’on retrouve la végétation de la côte européenne de la Méditerranée, et les basses dépressions des plaines, en contre-bas des montagnes, où la végétation désertique s’allie à celle des tropiques.
Extrêmes de température : Ils sont fournis par les deux chiffres suivants :
Maximum + 44°,6, à Mourzouk, les 5 et 26 juillet 1861 ;
Minimum − 2°,1, à Timelloûlen, le 18 décembre 1860.
La plus grande amplitude des oscillations thermométriques constatée dans mon voyage chez les Touâreg a donc été de 46°,7.
Maxima (saison d’été) : Les observations comprises entre les dates du 7 juin au 7 juillet et du 27 juillet au 11 août 1861 ont été faites à Mourzouk, les autres en route sur divers points. (Voir, pour les stations correspondantes, le tableau général qui précède.)
1860.
8 août 42°,2
9 » 40 ,6
10 » 40 ,7
11 » 40 ,8
12 » 41 ,6
13 » 42 ,3
14 » 41 ,8
15 » 40 ,1
16 » 40 ,2
4 septembre 40 ,4
1861.
24 mai 40 ,5
25 » 40 ,3
10 juin 41 ,0
19 » 37 ,8
20 » 38 ,2
21 » 37 ,8
22 » 37 ,6
23 » 36 ,1
25 » 38 ,1
26 » 38 ,8
28 » 42 ,5
29 » 39 ,4
30 » 39 ,0
1 juillet 40 ,0
2 » 41 ,3
3 » 42 ,4
4 » 44 ,3
5 » 44 ,6
16 » 40 ,6
17 » 40 ,5
18 » 41 ,7
26 » 44 ,6
27 » 42 ,6
28 » 42 ,6
Maxima (saison d’hiver) : Je regrette de ne pas avoir de série d’observations maxima pour la saison d’hiver. Il sera facile d’y suppléer approximativement par les indications du thermomètre fronde, dans les observations générales quotidiennes.
Minima (saison d’hiver) : Je n’ai que peu d’observations de minima de la température en hiver. Je donne ci-dessous le nombre des jours où j’ai observé la congélation de l’eau.
1860.
17 décembre − 2°,0
18 » − 2 ,1
28 » + 1 ,9
1861.
11 janvier Eau gelée.
12 » Id.
13 » Id.
14 » Id.
15 » Id.
16 » Id.
20 » Id.
22 » Id.
10 mars Id.
11 » Id.
12 » Id.
Minima (saison d’été) : Ces observations appartiennent toutes à l’année 1861, savoir :
20 juin 18°,6
21 » 19 ,7
22 » 20 ,9
23 » 19 ,2
24 » 17 ,5
26 » 16 ,6
27 » 17 ,6
30 » 22 ,4
2 juillet 23 ,6
3 » 28 ,6
4 » 23 ,4
5 » 24 ,4
25 » 21 ,6
26 » 25 ,2
30 » 23 ,1
7 août 20 ,6
8 » 22 ,4
9 » 20 ,6
10 » 21 ,2
Si, pour la saison d’été, je compare le chiffre le plus bas de la température de l’air, 16°,6, obtenu le 26 juin à Mourzouk, avec le chiffre le plus élevé, 44°,6, constaté dans la même localité et dans la même année, les 5 et 26 juillet, je trouve une différence de 28° à quelques jours d’intervalle.
Température du sol : Les observations relatives à la température du sol ont été prises à l’ombre et au soleil, en hiver et en été.
Maxima à l’ombre : Pendant le jour, pas d’observations faute de temps, mes instants étant pris par d’autres études.
Minima à l’ombre : Toutes les observations qui suivent ont été faites, le thermomètre étant recouvert d’une légère couche de sable ou de terre.
Saison d’hiver.
1860.
14 décembre − 3°,0
28 » − 1 ,4
1861.
10 janvier − 1 ,4
11 » − 0 ,4
12 » − 0 ,4
16 » − 2 ,4
19 » − 2 ,2
22 » − 4 ,7
25 » − 3 ,2
26 » − 3 ,2
27 » + 1 ,3
30 » + 1 ,1
Saison d’été. — 1861
12 août 20°,8
13 » 18 ,3
14 » 18 ,9
15 » 23 ,3
16 » 21 ,5
19 » 19 ,6
20 » 23 ,6
21 » 20 ,6
22 » 24 ,6
24 » 18 ,6
25 » 20 ,6
26 » 18 ,1
27 » 20 ,8
28 » 19 ,6
30 » 19 ,9
1 septembre 18 ,7
2 » 19 ,1
3 » 16 ,6
4 » 19 ,8
5 » 18 ,6
7 » 14 ,2
8 » 15 ,1
9 » 21 ,6
10 » 15 ,3
11 » 14 ,0
12 » 18 ,1
13 » 16 ,3
15 » 19 ,8
Maxima au soleil : L’ombre n’existant pas dans le Sahara, ni pour le sol ni pour les plantes qu’il nourrit, ni pour les hommes ni pour les animaux qui l’habitent, il était important de déterminer, dans les différentes saisons, la température du milieu au soleil.
C’est à ce besoin que correspondent les deux séries d’observations qui suivent :
Saison d’hiver. — 1861.
18 janvier. 29°,00, la température de l’air à l’ombre étant 17°,8
19 » 26 ,05 » » » 17 ,35
22 » 30 ,15 » » » 16 ,6
31 » 19 ,8 » » » 14 ,0
14 février. 39 ,65 » » » 29 ,35
Saison d’été. — 1860 et 1861.
13 avril. 42°,55, la température de l’air à l’ombre étant 31°,85
20 juin. 58 ,22 » » » 42 ,52
28 » 65 ,12 » » » 38 ,62
20 juillet. 65 ,12 » » » 37 ,50
» » 66 ,42 » » » 38 ,32
La moyenne de la différence des températures est de 9°,89 pour la saison d’hiver et de 23°,1 pour la saison d’été.
Si, à défaut d’observations quotidiennes de la température du sol au soleil, j’ajoute la moyenne différentielle de 23°,1 aux températures de l’air pendant les journées des 5 et 26 juillet 1861, soit 44°,6, = 67°,7 ; si j’augmente ce dernier chiffre de − 4°,7, minimum du sol le 22 janvier, j’obtiens un total de 72°,4 représentant l’écart annuel entre les extrêmes de la température du sol, et cet écart ne saurait être un maximum.
On s’étonne moins alors si la flore et la faune d’un pareil climat sont limitées à des espèces créées pour lui ; on comprend comment Hérodote a pu dire que la chaleur consume les hommes et le fonds même de la contrée. Il faut, en effet, des roches très-dures et très-compactes pour résister à des dilatations de − 5° à + 67°,7. Bien certainement, les extrêmes constatés dans une seule année ne représentent pas les extrêmes absolus d’une période centenaire. Probablement l’écart est souvent de 75° et peut-être de 80°.
Température des puits ordinaires : J’ai apporté le plus grand soin à la constatation de la température des puits et de leur profondeur, en vue d’aider à la détermination de la moyenne de la température annuelle de chaque contrée.
Voici, pour chaque région, les résultats constatés :
Dunes de l’’Erg.
Température. Profondeur.
El-Ouâd (16 juin) Bîr-es-Soûk 23°,5 12m,5
Bîr-el-Djâma’ 23 ,2 10 ,2
Bîr-Oulâd-Khalîfa 23 ,5 12 ,1
Bîr-el-Azâzla 23 ,4 14 ,6
Gomâr (19 juin) Bîr-djâma’-el-Gharbî 21 ,9 7 ,3
Bîr-djâma’-el-Akhouân 21 ,7 6 ,2
Bîr-sîdi-’Abd-er-Rahman 22 ,2 6 ,5
Bîr-tâbet-Cheria’a 21 ,6 6 ,6
Mouï-el-Ferdjân Premier puits (14 juillet) 22 ,7 3 ,9
Deuxième puits (id.) 22 ,6 3 ,4
Premier puits (21 juin) 21 ,7 3 ,9
Mouïet-el-Kâid (15 juillet) 22 ,3 6 ,5
Choûchet-el-Guedhâm (28 juillet) 23 ,1 13 ,7
Bîr-ez-Zouâit (29 juillet) 23 ,5 14 ,8
Mâleh-ben-’Aoûn (30 juillet) 22 ,7 13 ,3
Moûï-er-Rebah (31 juillet) 21 ,8 8 ,8
El-’Ogla (id.) 22 ,8 10 ,4
Ma’atîg (1er août) 23 ,7 20 ,6
Berreçof (2 août) 23 ,2 23 ,0
Plateau de Tînghert.
Timelloûlen Premier puits (16 décembre) 17 ,7 1 ,3
Deuxième puits (20 décembre) 17 ,3 3 ,3
Vallée des Igharghâren.
Asouîtar (26 janvier) 11 ,4 4 ,0
Vallée de l’Ouâdi-el-Gharbi.
In-Tafarat (15 mai) 22 ,7 4 ,2
Oubâri (18 mai) 20 ,3 2 ,5
Brêg (20 mai) 24 ,2 1 ,2
Takertîba 21 mai 23 ,4 10 ,0
22 mai 25 ,7
27 mai 23 ,8
Dunes d’Edeyen.
Mandara (28 mai) 23 ,5 ?
Gabr’aoûn 29 mai 22 ,4 4 ,0
30 mai 22 ,5 1 ,8
Bîr-en-Nechoûa’ 22 ,4 2 ,4
Bîr-el-Wouchka 23 ,7 2 ,5
Bîr-Sâlah-ber-Rekheyyis (16 août) 25 ,5 2 ,9
Gourmêda (19 août) 22 ,0 2 ,8
Oumm-el-’Abîd (21 août) 24 ,9 1 ,2
Gottefa (26 août) 24 ,7 3 ,7
’Aïn-el-Hamâm (2 septembre) 24 ,2 1 ,5
Température des sources : Je donne comparativement la température de l’air au moment de l’observation.
Ghadâmès (9 décembre) 30°,15, la température de l’air étant 17°,7
Tâdjenoût (29 janvier) 11 ,95 » » » 13 ,1
Ahêr (23 février) 20 ,35 » » » 26 ,6
Serdélès (4 mai) 25 ,55 » » » 21 ,4
Ganderma (11 juillet) 22 ,55 » » » 24 ,4
Ayâl-Slîmân (id.) 25 ,05 » » » 24 ,4
Bel-Hasan (13 juillet) 23 ,95 » » » 37 ,0
M. Isma’yl-Boû-Derba avait antérieurement constaté les températures de trois autres sources, au pied N. du Tasîli, que je n’ai pas visitées, savoir :
’Aïn-Tabelbâlet (10 septembre) 23°,0, l’air étant 30°,0
’Aïn-el-Hadjâdj (12 id. ) 24 ,0 » 35 ,0
Tihoûbar (24 id. ) 26 ,0 » 35 ,0
La source de Ghadâmès est thermale ; il y en a d’autres d’ailleurs dans le pays.
Température des puits artésiens : Dans le voisinage des dunes les puits artésiens sont très-nombreux, car dans le seul district de l’Ouâd-Rîgh, il y en a 335 qui arrosent 600,000 palmiers ; dans l’oasis d’Ouarglâ, il y en a aussi en quantité. Pour le groupe de l’Ouâd-Rîgh, je me bornerai à donner la température de quelques puits seulement.
Température. Profondeur.
Tougourt ’Aïn-Bâ-Mendîl Premier puits 24°,71 57m,0
Deuxième puits 24 ,75 58 ,10
’Aïn-el-Amîra 24 ,83 57 ,95
’Aïn-Boû-’Alem Premier Puits 24 ,40 54 ,0
Deuxième puits 24 ,82 52 ,0
’Aïn-Azaz 24 ,75 53 ,0
’Aïn-el-Bîr 23 ,85 64 ,0
’Aîn-es-Soûk 24 ,65 55 ,0
Merhayyer ’Aïn-Mellâha 24 ,85 39 ,0
’Aïn-Battâh 24 ,91 39 ,0
Ouarglâ (nombreux puits, pas d’observations).
Ihanâren (l’un des puits) 24 ,95 1 ,25
Serdélès Un puits 26 ,42 5 ,50
Un autre puits 26 ,52 5 ,50
M. Isma’yl-Boû-Derba a trouvé, le 25 septembre, une température de 26° pour le puits d’Ihanâren et le même chiffre pour le puits artésien de Timâssanîn (6 septembre) ; mais j’ignore s’il a tenu compte des corrections à faire à son thermomètre.
Température des eaux pluviales : Le 25 août 1861, à Gottefa, la pluie qui tombait me paraissant aussi chaude que celle des bains ordinaires, j’en déterminai la température, qui se trouva être à 29°,4, celle de l’air étant seulement de 25°,52.
Température des rhedîr ou flaques d’eau : Le 3 juin, la température de l’air étant 29°,95, le thermomètre plongé dans l’eau du Rhedîr de Setîl marqua 21°,8.
Température moyenne mensuelle de l’air a Tougourt. — M. le lieutenant J. Auer, commandant supérieur de la garnison indigène de Tougourt, fait des observations thermométriques depuis son installation dans la capitale de l’Ouâd-Rîgh. A mon arrivée dans le Sahara, j’ai calculé les moyennes de 42 mois de ses observations, et je crois utile de les publier pour permettre la comparaison entre un climat encore sous l’influence maritime de la Méditerranée et celui tout continental des hauts plateaux qu’habitent les Touâreg.
Le thermomètre à alcool de M. Auer était exposé au Nord, à l’ombre, dans un courant d’air. M. Renou, secrétaire de la Société météorologique, craint qu’un thermomètre à alcool, exposé dans une embrasure de fenêtre, ne donne des chiffres trop élevés de plusieurs degrés.
ANNÉES. MOIS. Un quart d’heure avant le lever du soleil. 2 heures 30 m. de l’après-midi. COUCHER du SOLEIL. PRINCIPAUX PHÉNOMÈNES ATMOSPHÉRIQUES.
1855. Septembre 26,7 41,6 35,8 4 siroccos, 2 petites pluies.
Octobre 20,1 32,7 28,8 4 siroccos.
Novembre 10,3 20,2 17,7 3 pluies.
Décembre 7,8 15,6 12,5 5 pluies, 1 tonnerre.
1856. Janvier 9,3 18,8 15,9 1 pluie.
Février 10,1 19,4 16,5 3 pluies.
Mars 11,8 23,3 18,9 7 pluies, 1 orage, 1 sirocco.
Avril 16,3 29,6 25,4 1 petite pluie, 6 siroccos.
Mai 21,7 36,7 31,9 2 orages, 1 pluie, 8 siroccos.
Juin 25,8 39,3 33,7 1 petite pluie, 7 siroccos.
Juillet 27,3 46,6 27,9 1 tempête avec pluie, 10 sir.
Août 23,3 41,3 35,5 1 tempête, 2 orages, 2 petites pluies, 7 siroccos.
Septembre 24,8 38,2 34,1 1 orage avec petite pluie, 7 sir.
Octobre 16,7 27,1 23,1 6 siroccos.
1857. Janvier 8,6 18,2 13,8 2 petites pluies, 1 avec orage.
Février 8,6 18,2 13,7 1 orage.
Mars 12,5 21,4 16,0 1 orage.
Avril 17,8 28,4 23,2
Mai 19,0 38,2 25,7 3 orages, 1 tempête, 1 sirocco.
Juin 24,0 41,3 36,3
Juillet 27,8 45,2 39,2 2 pluies, 1 orage, 10 siroccos.
Août 28,8 45,9 40,6 18 siroccos.
Septembre 24,2 40,0 36,0 1 petite pluie, 3 siroccos.
Octobre 18,5 32,5 26,1 3 pluies.
Novembre 13,3 24,9 21,4 4 pluies.
Décembre 7,4 14,6 11,6 4 petites pluies.
1858. Janvier 4,3 12,3 9,2 9 pluies.
Février 8,7 19,6 14,7 4 pluies.
Mars 11,0 24,4 19,8 1 pluie, 1 orage.
Avril 17,7 32,1 23,7 3 pluies, 1 orage.
Mai 22,4 29,8 27,7 1 sirocco.
Juin 26,6 34,8 32,7 1 pluie avec tempête, 3 orages, 5 siroccos.
Juillet 29,1 39,1 35,4 1 pluie, 2 orages, 4 siroccos.
Août 29,2 38,2 35,0 5 siroccos avec 4 orages.
Septembre 23,5 32,8 29,6 1 petite pluie.
Octobre 20,2 29,4 26,5 1 pluie.
Novembre 14,1 21,9 18,7 2 pluies.
Décembre 8,9 14,7 12,0 4 pluies.
1859. Janvier 5,9 12,2 8,8 6 pluies.
Février 8,0 14,5 14,6 9 pluies.
Mars 12,3 20,8 16,1 3 pluies.
Avril 18,3 28,3 23,7 3 pluies, 6 siroccos.
Les deux extrêmes constatés ont été : minimum + 2, maximum + 51 = 49, chiffre supérieur de 2° 3 à celui que j’ai trouvé sur le plateau central du Sahara.
Les variations, suivant les saisons, diffèrent peu : les plus basses températures, sur le plateau central, ont lieu de décembre à mars ; la même période, dans les bas fonds de l’Ouâd-Rîgh, est limitée à décembre, janvier et février. Les hautes températures, sur le plateau central, se répartissent sur quatre mois : juin, juillet, août et septembre ; dans l’Ouâd-Rîgh, juin et juillet sont les deux mois les plus chauds.
Mais quelles différences dans les extrêmes : ici + 2° 3, là − 2° pour minimum ; ici 51° 9, là 44° 6 pour maximum.
Ajoutons l’influence d’une quantité de journées de pluies, dans toutes les saisons, sur un sol alluvionnaire empreigné de divers sels, pendant que la même période ne compte pas une seule pluie sur le plateau central, et on comprendra comment les hommes de race noire peuvent seuls supporter le climat de l’Ouâd-Rîgh, pendant que les blancs jouissent d’une santé florissante dans le Sud.
Hygrométrie.
Au moment de mon arrivée chez les Touâreg, il y avait neuf années qu’aucune pluie sérieuse n’était tombée sur leur territoire ; mais à peine étais-je entré dans leur pays (décembre 1860), que les pluies commencèrent : conséquemment, la série de celles de mes observations destinées à faire apprécier la sécheresse ou l’humidité du climat peut être considérée comme représentant une période relativement humide.
Vapeur d’eau de l’atmosphère. — Les observations ont été faites au moyen de deux thermomètres stables : l’un mouillé, l’autre sec ; elles embrassent deux périodes : l’une du 16 août au 15 septembre 1860, l’autre du 26 juin au 5 juillet 1861. A mon grand regret, j’ai dû négliger ce genre d’observation en route, faute de temps suffisant.
A défaut de tables de réduction s’appliquant au climat saharien, je ne puis calculer ni la force élastique de la vapeur d’eau ni l’humidité relative pour quelques-unes de mes observations : je me borne donc à livrer les expériences elles-mêmes, en indiquant les différences entre les deux thermomètres.
PREMIÈRE PÉRIODE (GHADÂMÈS).
DATES. OBSERVATIONS DE 6 A 7 HEURES DU MATIN. OBSERVATIONS DE 2 A 3 HEURES DU SOIR.
Thermom. sec. Thermom. mouillé. Différence. Thermom. sec. Thermom. mouillé. Différence.
Août.
16 23°77 16°64 7°13 40°57 24°64 15°93
17 27.47 19.94 7.43 » » »
18 24.47 18.84 5.63 39.77 29.14 10.63
19 23.67 19.04 4.63 37.97 24.54 13.43
20 24.07 19.14 4.93 39.37 26.34 13.03
21 24.07 19.34 4.73 39.47 27.14 12.33
22 22.67 16.94 4.73 38.97 25.54 13.43
23 23.27 16.94 6.33 38.07 25.14 12.93
24 23.67 18.24 5.43 40.47 26.34 14.13
25 22.87 17.04 5.83 37.37 26.04 11.33
26 » » » 39.07 28.54 10.53
27 22.47 18.64 3.83 36.87 28.14 8.73
28 » » » 35.77 23.84 11.93
29 20.17 15.34 4.73 36.77 25.74 11.03
30 20.17 15.24 4.93 37.87 23.24 14.63
31 22.07 15.44 6.63 38.37 22.94 15.43
Septembre.
1 23.97 17.14 6.83 39.17 24.84 14.33
2 » » » 38.87 20.84 18.03
3 24.47 18.94 5.53 38.77 21.84 16.93
4 23.07 14.54 8.43 39.67 22.34 17.33
5 22.87 14.74 8.13 37.97 22.14 15.83
6 23.47 17.84 5.63 37.77 21.54 16.23
7 20.97 17.14 3.83 » » »
8 » » » 36.87 21.94 14.93
9 24.57 15.04 9.53 38.67 21.34 17.33
10 24.07 21.14 2.93 37.47 21.74 15.73
11 23.87 18.74 5.13 35.17 24.64 10.53
12 21.07 17.14 3.93 36.07 20.14 15.93
13 19.37 13.64 5.73 37.57 22.14 15.43
14 22.17 15.14 7.03 39.27 22.84 16.43
15 22.77 15.44 7.33 39.07 22.84 16.23
Je ne dois pas négliger de faire remarquer que l’oasis de Ghadâmès est une des plus riches en eaux de tout le Sahara, et qu’elles y circulent en ville et dans les jardins, la nuit et le jour, dans des conditions qui, sous une température élevée, permettent une grande évaporation.
DEUXIÈME PÉRIODE (MOURZOUK).
DATES. OBSERVATIONS DE 6 HEURES DU MATIN. OBSERVATIONS DE 2 A 3 HEURES DU SOIR.
Thermom. sec. Thermom. mouillé. Différence. Thermom. sec. Thermom. mouillé. Différence.
Juin.
26 36°32 16°02 20°30 » » »
27 37.32 17.22 20,10 20.22 9.22 11,00
29 38.32 17.52 20,80 » » »
30 36.22 17.22 19,00 » » »
Juillet.
1 37.72 16.82 20,90 » » »
2 39.92 18.52 21,40 » » »
3 40.77 18.82 21.95 30.12 14.57 15.55
4 40.62 17.92 22,70 28.47 14.52 13.95
5 41.72 18.52 23,20 » » »
L’altitude et la latitude de Mourzouk expliquent seules la différence hygrométrique des observations de cette dernière station comparées à celles de Ghadâmès, car Mourzouk comme Ghadâmès est assise au milieu de plantations de palmiers arrosées deux fois par mois, au moins. Il est vrai que l’eau est moins abondante à Mourzouk.
Par comparaison, je donne les différences constatées sur d’autres points du Sahara, mais plus au Nord.
A Mouï-el-Ferdjân, près de l’Ouâd-Rîgh, par un violent vent du Sud, j’ai constaté, les 20 et 21 juin 1860, des différences de 19° 4 et 21° 5.
A Tougourt, dans l’Ouâd-Rîgh, du 22 juin au 1er juillet inclus, même année, j’ai constaté les différences suivantes : 6° 7, 6° 9, 7° 5, 7° 7, 10° 8, 10° 9, 12° 5 et 13° 15.
Antérieurement, en juillet et août 1859, j’avais obtenu sur le plateau des Benî-Mezâb des différences de 16° 20, 16° 99, 17° 68, 18° 28, 19° 05, 19° 56 et 19° 71.
Malheureusement, mes observations n’embrassent que la saison d’été et ne comprennent pas les parties les plus arides du Sahara, celles où la sécheresse de l’atmosphère est la plus grande.
Rosée. — Dans la série de 310 jours d’observations applicables au pays des Touâreg, je n’ai constaté de rosée que les jours suivants : 22 et 23 décembre 1860, 23, 24, 26 août, et 1er, 3, 4, 7, 8, 9, 10, 11, 12 septembre 1861. En tout 14 rosées sur 310 jours. Les cinq premières suivaient des journées de pluie ; les autres coïncidaient avec un abaissement notable de la température du sol, sous l’influence des vents.
Gelée blanche. — Quoique la température de l’air ou du sol, du 14 décembre au 12 mars, soit descendue 26 fois au-dessous de zéro, je n’ai jamais constaté ni gelée blanche, ni rien qui pût y ressembler, et je m’autorise de cette observation négative pour conclure que l’air atmosphérique, sur les grands plateaux sahariens, ne contient pas plus d’humidité en hiver qu’en été.
Brouillard. — Deux fois seulement j’ai vu le brouillard se produire : d’abord le 30 août 1860, dans les jardins de Ghadâmès, mais limité aux jardins ; puis dans les sables d’Eguélé, après deux jours de pluie, le matin du 30 décembre de la même année. Cette fois le brouillard était épais et paraissait embrasser tout le pays. Une heure après le lever du soleil, il était dissipé.
Pluie. — Depuis longtemps, les pluies semblent être devenues plus rares dans la partie centrale du Sahara habitée par les Touâreg. La dernière période de sécheresse, qui a cessé vers le milieu de l’été 1860, avait duré neuf ans. Elle avait été précédée de plusieurs autres de dix à douze années. A In-Sâlah, au pied du Ahaggâr, on avait même, dit-on, traversé une série de vingt années sans qu’une seule pluie y eût été constatée.
Mon journal de voyage, d’El-Ouâd à Tripoli, signale comme journées dans lesquelles il est tombé plus ou moins de pluie celles des 31 juillet, 20 et 21 décembre 1860, 27 et 30 janvier, 28 et 29 avril, 6, 7, 9 et 25 mai, 21 et 25 août 1861.
Au dire des Touâreg, la quantité d’eau tombée dans les montagnes, en 1860 et 1861, avait été considérable et, depuis mon retour, j’ai appris que les pluies avaient continué jusqu’au printemps de 1862.
Je dois faire remarquer que l’ouverture de cette période de pluies a coïncidé avec une humidité excessive en France, et avec les crues extraordinaires du Nil en 1860 ; ce qui implique que le Sahara central n’est pas complétement en dehors de l’action des grands mouvements atmosphériques qui ont lieu dans les autres contrées et particulièrement dans les régions tropicales.
La coïncidence des pluies sur le plateau central du Sahara avec les grands débordements du Nil d’Égypte a été constatée par d’autres et ne paraît pas dater de nos jours seulement, car Pline, qui vivait au commencement de l’ère chrétienne, en fait mention dans deux passages de son Histoire naturelle.
« La crue du Nigris (l’Igharghar moderne) se fait aux mêmes époques que celles du Nil : iisdem temporibus augescit. » (L. V, 8.)
« En outre, on a observé que la crue du Nil correspond à l’abondance des neiges et des pluies en Mauritanie. Præterea observatum est, prout in Mauritania nives imbresve satiaverint, ita Nilum increscere. » (L. V, 10.)
Probablement, nous ne tarderons pas à apprendre que les pluies tombées chez les Touâreg en 1860, en 1861, en 1862, se sont prolongées jusqu’en 1863 sous l’influence des pluies tropicales qui viennent de produire un nouveau grand débordement du Nil.
Les orages qui amènent les pluies, disent les indigènes, se produisent dans toutes les saisons et viennent indistinctement de tous les points de l’horizon ; mais, d’après eux, ceux qui donnent de l’eau en plus grande abondance sont toujours le résultat du choc de nuages de l’Est contre d’autres venant de l’Ouest.
D’après mes observations personnelles, la pluie du 31 juillet a été amenée par le vent du N., celles des 21 et 22 décembre par le vent d’E., celles des 27 et 30 janvier par le N.-E., celles des 28 et 29 avril, des 6, 7 et 9 mai, par une lutte entre les vents de l’E. et du N.-E. contre le S.-O., celle du 25 mai par le S.-E. et celle du 21 août par le N.-O.
Quand les pluies sont générales et abondantes, les rivières débordent, couvrant de leurs inondations les vallées dans lesquelles elles déposent leurs alluvions, seules terres de culture que les Touâreg connaissent.
Presque toutes les rivières des montagnes agissent à la façon des torrents, ravageant et dévastant tout sur leur passage. Malheur à ceux que ces avalanches liquides surprennent dans leur chute désordonnée !
Il ne m’a pas été permis d’apprécier les quantités variables d’eau que donne chaque pluie ; mais, d’après les indigènes, je dois croire que, dans certains cas, les pluies sahariennes sont de véritables déluges.
Neige. — Non-seulement il tombe de la neige chez les Touâreg, mais encore elle s’y conserve pendant trois mois de l’année, du mois de décembre au mois de mars. Les sommets du Ahaggâr, il est vrai, jouissent seuls de ce privilége. J’ignore si ce bienfait est annuel ou s’il est limité aux seules années de pluie.
J’ai estimé l’altitude de Ahaggâr à 2,000 mètres au-dessus du niveau de la mer, amené à cette détermination par la comparaison avec l’Adrâr du Tasîli et avec l’Anhef qui ne conservent pas les neiges, bien qu’atteignant des hauteurs de 1,500 et 1,800 mètres.
Pression atmosphérique.
Observations barométriques. — Pendant les 29 mois de mon exploration dans le Sahara, j’ai fait chaque jour plusieurs observations barométriques, principalement en vue de déterminer les altitudes des points visités.
Les baromètres dont je me suis servi successivement et quelquefois concurremment, pendant toute la durée de mon voyage chez les Touâreg, sont l’anéroïde et un baromètre Fortin, qui m’a été envoyé en route par M. O. Mac Carthy.
Ces deux instruments ont été contrôlés, à mon retour à Alger, par M. O. Mac Carthy, et les observations que je publie sont corrigées de toutes les erreurs constatées.
Quoique des marches et des déplacements journaliers soient peu favorables pour tirer quelques conclusions sur les variations diurnes, mensuelles ou annuelles du baromètre dans le Sahara, je trouve cependant dans mon journal météorologique quelques détails utiles à publier.
Oscillations diurnes. — A Ghardâya, le 22 août 1859, à la suite d’un violent orage qui avait duré une partie de la nuit, j’ai consacré toute la journée, du lever au coucher du soleil, à constater les oscillations barométriques de 15 en 15 minutes.
Pour cette observation spéciale, je me suis servi du baromètre Fortin no 892, construit par M. Tonnelot.
Les résultats de cette étude sont consignés dans le tableau qui suit.
HEURES. BAROMÈTRE FORTIN à zéro. THERMOMÈT. sec. THERMOMÈT. mouillé. THERMOMÈT. fronde. ÉTAT DU CIEL ET VENTS.
h. m.
6.40 719.38 26°,1 Cumulus pommelés au zénith N.-N.-E. et au N.-O. sur un quart du ciel.
7.30 719.43 29°,5 18°,9 28 ,5 Vent N. frais (force 1) ; cumulus pommelés au zénith ; bande de cumulus au S.-S.-E ; cumulus en bande du N. (du N.-O. au S.-E.).
7.45 719.60
8.» 719.62 30 ,2 18 ,8
8.15 719.69
8.30 719.65 31 ,0 18 ,2 31 ,8
8.45 719.66
9.» 719.76 31 ,6 18 ,1
9.15 719.69
9.30 719.68 32 ,7 18 ,4 32 ,8
9.45 719.90
10.» 719.77 33 ,1 18 ,4
10.15 719.65
10.45 719.46
11.» 719.31 34 ,0 18 ,6 34 ,3
11.15 719.49
11.30 719.36 34 ,5 19 ,4
11.45 719.13
12.» 718.84 35 ,1 19 ,2 35 ,3 Vent N. faible ; cumulus légers sur la moitié du ciel.
12.15 718.92
12.30 718.93 35 ,9 19 ,8
12.45 718.91
1. s. 718.77 35 ,5 19 ,0 34 ,9
1.15 718.71
1.30 718.62
1.45 718.52
2.» 718.08
2.30 717.73 35 ,3 18 ,9 34 ,9 Cumulus couvrant les 2/3 du ciel. Vent N. toujours très-faible.
2.45 717.72
3.» 717.69 35 ,8 18 ,9 35 ,0
3.15 717.50
3.30 717.47 36 ,0 18 ,7
3.45 717.31
4.» 717.18 36 ,7 19 ,8 36 ,3
4.15 716.92
4.30 717.03 36 ,2 18 ,5
4.45 716.89
5.» 716.87 36 ,3 18 ,7 36 ,0
5.15 716.50
5.30 716.75 36 ,0 19 ,1
5.45 716.46
6.» 716.51 35 ,5 19 ,0 35 ,0 Vent très-faible, toujours N. ; horizon S. nuageux ; petits cumulus au N. et au N.-E.
6.15 716.60
Dans cette journée, le baromètre atteint son maximum d’amplitude 719,90 à 9 heures 45 minutes du matin, et son minimum 716,46 à 5 heures 45 minutes du soir.
L’oscillation diurne du 22 août 1859 a donc été, à Ghardâya, de 3mm 44.
A Tougourt, une période de 21 jours d’observation, du 23 juin au 13 juillet 1860, donne pour maximum des oscillations diurnes 12mm 22, le 27 juin, et une moyenne de 2mm 78.
A Ghadâmès, une seconde période de 33 jours d’observation, du 12 août au 15 septembre 1861, donne un maximum de 20mm 41, le 3 septembre, et une moyenne de 5mm 84.
Une troisième période de 16 jours, à Afara-n-Wechcheran, du 6 au 21 janvier 1861, donne un maximum d’oscillation de 12mm 19 pour la journée du 9 janvier, et une moyenne de 5mm 26.
Une quatrième période de 15 jours, à Toûnîn, faubourg de Rhât, du 14 au 28 mars, donne un maximum de 10mm 78, le 28 mars, et une moyenne de 7mm 04.
Une cinquième période de 31 jours, à Tarz-Oûlli, du 8 mars au 29 avril 1861, donne un maximum de 9mm 75, le 25 avril, et une moyenne de 4mm 87.
Enfin, une sixième période de 34 jours, à Mourzouk, du 7 juin au 11 juillet 1861, donne un maximum de 3mm 77 et une moyenne de 1mm 73.
La moyenne de ces six séries d’observations est de 4mm 59 ; mais, si on défalque de chaque série les chiffres accidentels et exceptionnels donnés par les maxima, on arrive à une moyenne d’oscillations diurnes qui se rapproche beaucoup de celle de la journée du 26 août 1859 à Ghardâya.
Extrêmes pour chaque période d’observation. — Je prends pour termes de comparaison les observations du matin, au lever du soleil ; celles du milieu de la journée, à l’heure où le thermomètre est le plus haut ; et celles du soir, au coucher du soleil.
Les plus grands abaissements de la colonne mercurielle sont indiqués, dans le tableau qui suit, pour chaque heure d’observation en regard des plus hautes élévations : la colonne de gauche représentant les minima, celle de droite les maxima.
STATIONS. MATIN. 2h. 1/2 SOIR. SOIR.
Période de Tougourt 753,63 761,66 749,22 765,82 750,82 761,35
— de Ghadâmès 730,08 737,92 731,29 748,55 728,14 738,85
— d’Afara 710,71 716,93 698,61 715,32 705,10 716,25
— de Toûnîn 698,36 706,90 692,05 706,37 695,91 706,67
— de Tarz-Oûlli 696,69 709,37 691,72 707,11 693,77 707,68
— de Mourzouk 711,67 721,97 701,21 725,39 718,96 720,19
Moyennes pour chaque période. — A défaut d’autres observations barométriques connues pour la région saharienne, j’ai pensé qu’il n’était peut-être pas sans intérêt d’établir la moyenne, à diverses altitudes, des 150 jours de stations que comprennent les six périodes. Voici ces moyennes :
STATIONS. ALTITUDE. MATIN. 2h. 1/2 SOIR. SOIR.
Période de Tougourt 89[84] 757,15 756,06 755,49
— de Ghadâmès 351 733,13 737,43 733,53
— d’Afara 543 715,04 710,34 711,36
— de Toûnîn 726 702,55 697,70 702,22
— de Tarz-Oûlli 766 703,18 696,99 700,94
— de Mourzouk 559 720,11 719,36 719,47
Instruments. — Quoique je me sois servi le plus souvent du baromètre anéroïde exclusivement, on peut cependant avoir confiance aux chiffres qu’il a fournis, parce que j’ai pu en faire usage concurremment avec trois baromètres Fortin, et pendant assez de temps, avant que ces derniers aient été brisés, pour bien étudier les dilatations de l’anéroïde et le corriger de ses erreurs.
A dater de Serdélès jusqu’à Tripoli, je me suis servi du baromètre Fortin que j’ai reçu en route.
La marche de cet instrument avait été contrôlée avant son expédition par M. Mac Carthy, qui a eu la généreuse obligeance de me l’envoyer pour remplacer ceux que des accidents de voyage avaient mis hors de service.
Vents.
Le tableau suivant, résumé du tableau général placé en tête de ce chapitre, indique la direction principale des vents, suivant les saisons, et leur force moyenne. Quoique restreint aux observations qui ont servi à déterminer les altitudes, il n’en représente pas moins la moyenne de l’état de l’atmosphère.
DIRECTION MENSUELLE ET FORCE MOYENNE DES VENTS.
VENTS. Janv. Févr. Mars. Avr. Mai. Juin. Juill. Août. Sept. Oct. Nov. Déc. TOTAL par nature de vents. FORCE MOYENNE.
Calme 8 6 4 » 7 6 8 11 » » » 8 58 0,0
N. 2 4 » 3 5 1 1 5 1 » » » 22 1,8
N.-N.-E. 2 » 1 » 3 » 1 1 » » » » 8 3,0
N.-E. 5 » 5 3 3 1 4 4 7 » » 1 33 2,7
E.-N.-E. 2 1 1 1 1 4 4 » » » » 2 16 2,4
E. 2 4 4 4 3 13 9 8 7 » » 2 56 2,3
E.-S.-E. 1 3 1 1 1 » » 2 » » » 1 10 2,2
S.-E. 3 2 2 2 5 2 1 8 » » » » 25 2,7
S.-S.-E. 1 1 3 1 1 » 1 9 » » » 1 18 2,6
S. 1 3 3 4 » 2 » 4 » » » 1 18 1,7
S.-S.-O. 1 1 » 2 » » » 3 » » » 1 8 3,2
S.-O. » 3 1 2 » » 1 » 1 » » 3 11 2,5
O.-S.-O. » 1 » » » » » » 1 » » 2 4 1,5
O. 1 1 2 3 1 1 » » » » » » 9 2,4
O.-N.-O. 1 » » » » » 2 » » » » » 3 2,3
N.-O. 3 » 5 3 2 1 2 2 » » » » 18 2,2
N.-N.-O. » 2 1 1 » » » 2 » » » » 6 2,8
TOTAUX mensuels. 33 32 33 30 32 31 34 59 17 » » 22 323
La période de mes observations, modifiée par des pluies exceptionnelles, ne représente peut-être pas l’année moyenne, car, d’après les Touâreg, les vents de la partie E., en temps ordinaire, souffleraient, pendant la saison d’été, avec la constance de vents alisés.
Cependant, je remarque que les observations faites par M. Boû-Derba, du 1er août au 3 octobre 1858, c’est-à-dire au milieu de la dernière période de sécheresse, ne modifient pas sensiblement le résultat de mes observations personnelles, car sur 94 observations il constate :
Calme46 f. N8 f. NE8 f. E12 f. SE5 f. S13 f. O3 f. NO4 f..
Il est vrai que ces observations s’appliquent à l’automne, et non à l’été.
Variations suivant les saisons. — D’après les indigènes, le vent d’E. serait le vent dominant de l’année. Pendant la saison des chaleurs, il inclinerait au S. ; pendant la saison tempérée, au N. Les vents du N. et de l’O., ceux qui amènent le plus souvent la pluie, ne souffleraient guère, d’une manière un peu continue, que dans la saison froide.
Variations diurnes. — En général, dans tout le Sahara, le temps est calme le matin, dans la proportion de 12 à 15 jours sur 30, et dès que le soleil baisse, le soir, le vent mollit, s’il n’arrive au calme parfait.
Par exception, à Bondjêm, dans la Tripolitaine, une brise du N.-E., venant de la mer, s’élèverait tous les soirs. J’ai constaté cette brise à mon passage, les 7 et 8 septembre 1861, mais je n’oserais affirmer qu’elle est quotidienne, ainsi que le prétendent les indigènes.
Vitesse du vent. — L’échelle que j’ai adoptée pour mesurer la vitesse du vent est celle de 0 à 10, ce dernier chiffre correspondant aux vents qui renversent tout sur leur passage.
A défaut d’anémomètre, j’ai estimé toutes les vitesses au jugé.
Sur 310 jours, 8 fois seulement la force du vent a dépassé 5, que j’assimile à la brise fraîche des marins : 2 fois en août, 2 fois en janvier, 2 fois en mars, 2 fois en avril ; 3 fois par le S.-E., 1 fois par le S.-S.-E., 1 fois par le S.-O., 2 fois par le S.-S.-O., 1 fois par le vent d’O.
Nos tentes ont toujours été renversées par les vents arrivant à la puissance de 7. C’est probablement parce que les Touâreg ont constaté la difficulté de lutter contre pareille force, qu’ils ont généralement renoncé à avoir des tentes en voyage, préférant coucher à la belle étoile, sous l’abri des ballots qui composent le chargement de leurs chameaux. D’ailleurs, dans le Sahara, on ne trouve pas toujours un sol favorable à la tenue des piquets de tente.
Quoi qu’il en soit, à part ces exceptions généralement dues au sirocco, le pays des Touâreg du Nord peut être réputé tempéré, sous le rapport des vents.
Pluies et trombes de sable. — Les trombes de sable constituent un des phénomènes caractéristiques de la climatologie saharienne.
Ces trombes sont produites par des vents venant de toutes les directions, mais principalement par le sirocco.
Le sirocco est un phénomène atmosphérique complexe, qui toujours a pour origine un vent de la partie Sud, une température élevée et un soulèvement souvent considérable des parties les plus tenues des masses de sable.
Les siroccos directs venant du Sud sont les plus fréquents, mais il y a aussi des siroccos en retour, repoussés par les vents du Nord, de l’Est et de l’Ouest, quand la force de ces derniers domine la puissance des vents du Sud.
Pendant la durée du sirocco, l’atmosphère est comme embrasée, rougeâtre, desséchante, obscurcie partiellement par les matières terreuses ou siliceuses qu’elle tient en suspension.
Sous son influence, la respiration de l’homme est haletante, la peau, les muqueuses de la bouche et du nez sont sèches et arides, et, pour peu que pareil état dure, le cerveau ne tarde pas à manifester des symptômes de prostration.
Les animaux, même les mieux acclimatés, souffrent comme les hommes : quelquefois les chevaux refusent de marcher et tournent le dos au vent.
Les plantes herbacées, au lendemain d’un sirocco, sont flétries comme le sont dans nos climats des herbes coupées depuis quarante-huit heures. Beaucoup de feuilles et de jeunes tiges sont, pour jamais, privées de vie. Quant aux plantes ligneuses persistantes, organisées pour vivre sous une température élevée, elles résistent même aux siroccos les plus violents.
Les trombes de sables m’ont toujours apparu sous forme de gros nuages de couleur rouge, embrasés, d’une épaisseur de 50 à 60 mètres, marchant à la vitesse des grands coups de vent, tantôt à fleur de terre, tantôt à une certaine hauteur du sol, s’abaissant ici, s’élevant là, mais s’avançant dans l’atmosphère à la façon d’un corps étranger, entièrement isolé.
Du mois de février au mois de mai 1861, j’ai observé, à peu de distance, quatre de ces trombes, et une cinquième a enveloppé de toutes parts notre caravane sans que nous ayons pu l’éviter.
La première, celle du 19 février, chassée par un vent de S.-O., a passé à 2 kilomètres N.-E. de notre campement. Elle n’a pas même eu d’action sur la température de notre milieu, car le thermomètre est resté à 29° 95, température ordinaire à pareille heure.
La seconde, du jour suivant, 20 février, et de la même localité, s’est présentée dans la même direction, mais à 1 kilomètre 1/2 seulement et poussée par un vent du S.-E. Comme celle de la veille, elle n’a exercé aucune influence sur mes instruments.
La troisième, du 28 avril, passa à notre E. comme un immense nuage rougeâtre et tellement semblable au foyer d’un vaste incendie, qu’on aurait pu s’y tromper, s’il ne s’était successivement élevé et abaissé au-dessus de l’horizon, en suivant une marche du S.-O. au N.-O., avec la rapidité d’un ouragan.
La quatrième, du 3 mai, annoncée par des coups de tonnerre lointains dans le S. et par une baisse du baromètre, de 15mm 20 en 3 heures, passa à notre S.-E., embrassant comme la précédente un immense espace, rouge, enflammé comme elle, et se dirigeant vers l’E.
Le passage très-rapproché de cette masse de sables nous valut quelques gouttes de pluie et une élévation du thermomètre à 43°.
Le 30 avril, en route, nous avions fait connaissance plus intime avec pareille avalanche de sables arrivant du S., toujours sous la forme d’un nuage rouge, et qui se rua sur nous comme un torrent dévastateur accompagné de grosses gouttes de pluie froide que je trouvai semblables à de la neige fondue.
Le désordre qui s’était mis dans notre caravane m’empêcha de constater l’effet de cette trombe sur mes instruments qui n’étaient pas sous ma main.
Voilà ce fameux Notus d’Hérodote contre lequel marchèrent les Psylles et qui les ensevelit tous.
Inutile de dire, je crois, que, pendant la durée des grands vents, du sirocco particulièrement, la marche est très-pénible, surtout dans la région des dunes. On a parlé de caravanes englouties corps et biens sous des avalanches de sables ; je ne crois pas ce fait bien constaté. En traversant l’’Erg, dans la saison la plus chaude de l’année et pendant une période constante des vents du Sud, notre caravane, fatiguée par des tourbillons de sables qui obscurcissaient l’atmosphère et empêchaient les guides de diriger la marche, a dû s’arrêter plusieurs fois. Alors les hommes se couchaient pour dormir, tournant le dos au vent et offrant par conséquent un certain obstacle aux sables. Jamais aucun de nous, quoique enveloppé de toutes parts, n’a éprouvé, au réveil, aucune difficulté pour secouer son linceul.
Par les vents desséchants du Sud, les provisions d’eau diminuent rapidement, et quand elles sont épuisées sans pouvoir les renouveler, les caravanes périssent de soif. Les indigènes ont conservé le souvenir de pareilles catastrophes, même sur des parcours de peu d’étendue et loin des zones sablonneuses. A distance, on a imputé à l’ensevelissement des sables un sinistre qui ne devait être attribué qu’au manque d’eau.
Influence des vents sur le thermomètre et le baromètre. — Je n’ai jamais constaté, sous l’influence des vents du Sud, une élévation des thermomètres proportionnelle à l’action de la chaleur sur la peau ; de même, par les vents du Nord, l’abaissement de la température est peu sensible, parce que ces vents ont le temps de s’échauffer avant d’arriver sur le plateau central du Sahara.
Le baromètre subit davantage l’action des vents ; presque toujours il annonce l’approche du sirocco par une baisse remarquable.
Électricité.
Je n’étais muni d’aucun instrument pour mesurer l’électricité de l’atmosphère : conséquemment toutes mes observations reposent sur des faits appréciables à l’œil ou à l’oreille. Toutefois, je n’ai jamais négligé de consigner même les plus petits phénomènes que je pouvais attribuer au fluide électrique. Voici, à ce sujet, les notes que je trouve dans mon journal de voyage :
Étincelles électriques. — (13 janvier 1861. Vent violent du O.-S.-O. Température du sable — 1° le matin, celle de l’air = + 12°2 à 9 heures.) — Vers le milieu de la journée et dans la nuit, décharges d’étincelles électriques dans les vêtements de laine qu’on secoue.
(30 mars 1861. Vent nul. Température, 13°7 le matin.) — Le soir, ma jument fait jaillir des étincelles électriques de sa queue en fouettant les mouches.
(13 avril. Vent épouvantable de l’O. 1/8 S.) — Toute la journée et toute la nuit, ciel couvert, sables soulevés. Le soir, électricité dans les étoffes de soie et de coton.
Éclairs. — (31 juillet 1860. Températ. max. de la journée, 33° 8.) — Dans la nuit des nuages apportés par un vent violent du Nord lancent des éclairs non interrompus.
(7 mai 1861. Vent fort de S.-O. Pluie d’averse, ciel couvert ; température, 29°25.) — Au coucher du soleil, éclairs au S.-O. et à l’O.
(8 mai. Vent nul, ciel couvert.) — A 6 heures 10m du soir, éclairs à l’horizon S.-O., puis à l’E.
Tonnerre. — (25 avril 1861. Journée orageuse, vent fort du S.-S.-O. ; températ., 37°8.) — Vers 7 heures du soir, un coup de tonnerre très-lointain.
(2 mai. Vent O., ciel couvert ; températ., 34°.) — A 2 heures de l’après-midi, coups de tonnerre prolongés, mais lointains, au Sud magnétique.
(8 mai. Vent S.-O., orages la veille, petite pluie le soir.) — Tonnerre lointain avant le coucher du soleil.
Orages. — Si, par orage, on doit entendre un grand trouble atmosphérique, principalement dû à l’électricité et se manifestant par une grosse pluie, avec grand vent, éclairs, tonnerre, grêle, etc., je dois dire que je n’ai rien vu de semblable pendant les 230 jours consacrés à l’exploration des hauts plateaux habités par les Touâreg, et d’après mes conversations avec les indigènes, je dois croire que ces bouleversements de l’atmosphère, très-fréquents au delà du tropique, assez communs dans les parties septentrionales du Sahara encore soumises à l’action du climat de la Méditerranée, doivent être assez rares dans les parties élevées du Sahara central. Des orages secs, dus exclusivement à l’action des vents et sans le concours de l’électricité, me semblent plus caractéristiques du climat de ce pays.
Lumière.
Intensité, couleur, transparence. — La lumière, dans tout le Sahara, mais particulièrement dans les lieux élevés, est tellement intense, que son action, soit directe, soit réfléchie, ne peut être, ni pendant longtemps ni impunément, supportée par l’œil : aussi tous les habitants du plateau central, à peu près sans exception, sont obligés de porter le voile, s’ils veulent conserver la vue, et encore, malgré cette précaution, la plupart des hommes de 40 à 50 ans sont atteints d’opacité de la cornée transparente et d’une sorte de paralysie du cercle ciliaire ; beaucoup sont borgnes ou aveugles, et les vieillards atteignent difficilement le terme de leur existence sans que leur vue soit beaucoup affaiblie. Les appareils photographiques construits pour nos climats tempérés ne donnent que des épreuves brûlées.
La couleur bleue de l’air, mais d’un beau bleu indigo clair, est le fait qui frappe le plus l’Européen dans le Sahara. Cette splendide coloration s’alliant à une extrême transparence de l’atmosphère fait qu’on ne peut plus cesser de regretter le ciel du Sahara dès qu’on l’a connu.
On aura une idée de la transparence de l’air par le fait suivant : Le 28 décembre, sur le sommet du plateau de Timozzoudjên, j’ai pu distinguer nettement les découpures du Tasîli des Azdjer ; cependant le pied de ces montagnes est, en ligne droite, à 80 kilomètres de Timozzoudjên. Bien souvent, pour dresser la carte de mes itinéraires, j’ai déterminé, à la boussole et avec certitude, des points à des distances de 30 à 60 kilomètres.
Les indigènes, dont la vue a reçu l’éducation du milieu atmosphérique, distinguent les objets à de bien plus grandes distances encore, car souvent, à mon grand étonnement, ils m’ont annoncé la venue de voyageurs qu’ils avaient reconnus plusieurs heures avant leur arrivée.
Plus on s’élève dans les montagnes, plus le ciel devient bleu, plus l’atmosphère est transparente et l’air pur.
En parlant du Ahaggâr, point le plus élevé de leur pays, les Touâreg disent : « La quantité de nourriture nécessaire pour nourrir trois hommes dans la plaine suffit pour en rassasier cinq dans le Ahaggâr, tant l’air et l’eau y sont fortifiants. »
Mirage. — Le mirage est un phénomène si commun, sur les hamâd, dans les plaines et vallées, que nécessairement je ne l’ai pas mentionné dans mon journal de voyage. J’aurais dû écrire ce mot aussi souvent que le ciel était pur et la température un peu élevée. Comme tous les voyageurs en Orient, quoique prévenu, j’ai été victime de ses illusions. Comment ne pas l’être dans un pays où l’on désire toujours l’eau et où, chaque jour, une fée, fille de Tantale, vient mettre sous votre regard les lacs les plus merveilleux qu’on puisse imaginer ? Souvent le mirage ne se borne pas à tromper, il fatigue beaucoup la vue et l’esprit par l’oscillation continuelle et le changement de forme des objets bizarres qu’il représente.
Dans le Sahara, comme ailleurs, le mirage cesse dès que le sol devient accidenté ou dès que le vent entraîne l’atmosphère dans un courant continu.
Aurore et crépuscule. — Plus on avance dans le Sud et moins est grand l’intervalle qui sépare la nuit du lever et du coucher du soleil. Sous ce rapport, le Sahara obéit à la loi générale, car l’aurore et le crépuscule y ont si peu de durée qu’on n’en tient pas compte. Lever du jour et lever du soleil sont à peu près synonymes.
Au crépuscule, l’horizon O. prend une teinte rose ou rougeâtre, que l’horizon général a presque toute la journée, à un degré moindre.
Lueur crépusculaire. — Au campement de Sâghen, le 3 janvier, à 7 h. 30 m. du soir, je remarquai à gauche de la voie lactée, dans l’Ouest, environ au point où le soleil s’était couché, une lueur blanche, partant de l’horizon, et se répandant comme une colonne de fumée.
A Tarz-Oûlli, le 8 mars, à 7 h. 21 m. du soir, j’ai encore observé dans l’Ouest la même colonne de lumière, mais, cette fois, elle était séparée de l’horizon par une bande obscure.
Serait-ce la lueur crépusculaire de Humboldt ?
Arc-en-ciel. — Les arcs-en-ciel sont aussi rares que les pluies dans le Sahara ; cependant, j’ai pu en observer deux : l’un le 8 mai 1861, consécutif à deux jours de pluie ; l’autre le 20 août, précédant la pluie du lendemain. Le premier se montra vers 5 heures du soir ; ses deux bases seules furent visibles. Le second parut à 4 h. 50 m. du soir.
Halo lunaire. — Le 19 août 1859, à Ghardâya, par un ciel couvert de stratus, la lune, au moment où elle approchait du méridien, était entourée d’un superbe halo.
Le 19 février 1861, à Azhel-n-Bangou, à 8 h. 45 m. du soir, le ciel étant couvert de cirrho-stratus, je constatai un halo autour de la lune. Sa distance du bord de la lune, mesurée au sextant, s’est trouvée être de 20° 30′.
Lune rouge sang. — Le 21 août 1861, à Oumm-el-’Abîd, vers 8 h. 15 m. du soir, la lune, à son lever, se présenta avec une couleur rouge sang, tirant un peu sur le brun. Les indigènes prétendent que cet aspect de la lune présage le sirocco. En effet, le lendemain 22, le vent souffla d’abord E.-S.-E., puis S.-E.
Étoiles filantes. — On signale la nuit du 10 au 11 août comme l’une de celles dans lesquelles on observe le plus d’étoiles filantes, et parmi elles on a cru en reconnaître de périodiques.
Me trouvant le 10 août 1859 à Ghardâya, par une belle nuit, je la consacrai à observer ces météores ignés. Voici les résultats constatés dans mon journal :
Vers 8 h. 30 m., à une demi-minute d’intervalle, deux belles étoiles filantes tombent vers 10° du méridien, au-dessous de la lune, à une dizaine de degrés au-dessus de l’horizon.
A 10 h. 25 m., une grosse étoile rouge tombe de haut en bas, à l’Ouest, à peu d’élévation au-dessus de l’horizon ;
A 12 h. 22 m., une belle étoile bleue se montre dans l’Est, allant du Sud au Nord.
Je dors de minuit 30 m. à 2 h. 30 m., après quoi, jusqu’au matin, je compte de nombreuses étoiles filantes, se dirigeant pour la plupart de haut en bas dans la direction de Methlîli, c’est-à-dire au Sud.
Antérieurement, dans la nuit du 23 au 24 juillet, à Methlîli, j’avais constaté de nombreuses étoiles filantes, entre autres une superbe.
Ces météores apparaissent en si grande quantité dans les belles nuits du Sahara, qu’un voyageur ne peut les noter toutes.
Globe lumineux. — Dans le grand nombre de mes observations nocturnes, je dois une mention spéciale à un globe enflammé observé le 21 juillet 1859, vers 9 heures du soir. Ce globe, dès qu’il m’apparut, s’éleva à quelques degrés au-dessus de l’horizon et retomba en augmentant d’éclat. Je ne puis mieux comparer ce phénomène qu’à une bombe d’artifice très-brillante et très-forte.
CONCLUSION.
Le climat du pays des Touâreg du Nord est essentiellement continental et parfaitement distinct de celui du bassin de la Méditerranée, ainsi que de celui du bassin du Niger. Au Nord comme au Sud, des pluies périodiques divisent l’année en deux saisons : l’une sèche, l’autre humide. Chez les Touâreg, il y a des périodes d’années, de 6 à 12, sans aucunes pluies, et des périodes d’années, de 1 à 3, dans lesquelles il pleut en toutes saisons : conséquemment, il n’y a chez les Touâreg que des saisons chaudes et des saisons froides.
Dans les unes, comme dans les autres, mêmes vents, même sécheresse de l’air, même électricité, mêmes effets de la lumière.
En somme, le climat du Sahara est très-exceptionnel sur la surface du globe, et c’est à ce climat que le Sahara doit d’être le Sahara.
CHAPITRE VI.
OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES.
Le but de ce chapitre est de faire connaître les principaux éléments d’observations astronomiques d’après lesquels a été dressée la carte qui accompagne ce volume.
Je ne publie pas les observations elles-mêmes. Je me borne à les tenir à la disposition des personnes qui auraient besoin de les contrôler.
Le matériel de mon observatoire ambulant se composait de chronomètres, d’un sextant, d’une lunette astronomique, d’une boussole avec lunette, c’est-à-dire des instruments les plus simples et les plus facilement portatifs à dos de chameau.
Le plus grand nombre de mes observations a été calculé, par moi, pendant mon voyage et depuis mon retour ; d’autres, les plus compliquées, l’ont été par MM. Yvon-Villarceau, Bruhns et Radau, qui ont bien voulu me prêter le concours de leur longue pratique.
Aucune de ces observations ne donne lieu à des remarques particulières qui méritent d’être consignées ici. Le seul côté par lequel le Sahara diffère des autres points du globe pour l’étude des phénomènes célestes, est que le ciel y est presque toujours pur, d’une transparence exceptionnelle, et qu’on y peut presque continuellement suivre la marche des astres dès que l’obscurité se fait : aussi est-il à regretter qu’aucun observatoire sédentaire ne soit pas établi dans cette région.
Voici, par ordre de dates, le relevé des observations faites pendant mon voyage qui ont servi à établir la latitude et la longitude des principaux points de la carte :
LOCALITÉS. DATES. LATITUDE. LONGITUDE ORIENTALE. OBSERVATIONS.
Ghardâya du 8 août au 7 octobre 1859. 32° 28′ 36″ 1° 33′ 54″ Hauteurs du Soleil, de la Lune et de la Polaire au méridien. Hauteurs du Soleil et de la Lune, d’Arcturus, de Véga et d’α d’Ophiucus à l’Est ou à l’Ouest. Distances de la Lune au Soleil. Visées de boussole sur le Soleil et sur la Lune.
Methlîli du 28 août au 13 septembre. 32° 14′ 30″ Hauteurs du Soleil, de la Lune et de la Polaire au méridien ; d’Arcturus et de Véga à l’Est ou à l’Ouest. Distances d’Antarès à la Lune. Apozénithes lunaires. Visées de boussole sur le Soleil.
El-Golêa’a 4 septembre. 30° 32′ 12″ 0° 47′ 31″ Hauteur du Soleil au méridien, du Soleil à l’Ouest. Distances de la Lune au Soleil. Visées de boussole sur la Lune.
Tougourt[85] 29 novemb. 1859, 7 juin 1869. 33° 6′ 35″ Hauteur du Soleil au méridien.
Ouarglâ 18 février. 31° 57′ 20″ Hauteur du Soleil au méridien.
Nafta 9 mars. 33° 52′ 21″ Hauteur du Soleil au méridien.
Tôzer du 11 au 31 mars. 33° 54′ 48″ Hauteurs du Soleil et de la Polaire au méridien ; du Soleil, d’Arcturus et de Sirius à l’Est ou à l’Ouest. Distances de la Lune au Soleil et à Régulus. Visées de boussole.
El-Bordj (Nefzâoua) 15 mars. Hauteurs de Régulus et hauteurs circumméridiennes de Sirius.
Gâbès[86] 18 et 19 mars. Hauteurs de Régulus et de Procyon à l’Est ou à l’Ouest ; du Soleil au méridien.
El-Ouâd[87] du 10 février au 24 juillet. 33° 21′ 40″ 4° 57′ 20″ Hauteurs du Soleil et de la Polaire au méridien ; du Soleil et de Véga à l’Est et à l’Ouest. Observation du dernier contact de l’éclipse du Soleil.
Berreçof du 3 au 5 août. 32° 31′ 51″ Hauteurs de la Polaire et de Mars au méridien ; du Soleil et d’Arcturus à l’Est et à l’Ouest. Distances de Mars, du Soleil et d’Antarès à la Lune. Visées de boussole sur Mars.
Ghadâmès du 15 août au 8 décembre. 30° 7′ 48″ 6° 43′ 15″ Hauteurs de Mars, de la Polaire et du Soleil au méridien. Hauteurs du Soleil, d’α de Persée et d’α du Cygne à l’Est et à l’Ouest. Occultations des étoiles 7202 (B. astr. Cat.) et 1165 (B. astr. Cat.). Visées de boussole sur la Polaire, Fomalhaut, Véga et Rigel.
Tagotta 18 septembre. 30° 12′ 11″ Hauteur de Mars au méridien.
Djâdo du 24 octobre au 11 novembre. 31° 58′ 28″ Hauteurs du Soleil, de Mars et de la Polaire au méridien. Hauteurs du Soleil et de Véga à l’Est et à l’Ouest. Distances de la Lune au Soleil. Occultation de l’étoile q de la Vierge. Visées de boussole sur la Polaire, Mars, α de la Chèvre et Véga.
Nâloût 18 et 19 novembre. 31° 52′ 56″ 8° 45′ 10″ Hauteurs du Soleil et de Mars au méridien ; du Soleil, d’α de l’Aigle, d’α de Pégase et de la Lune à l’Est et à l’Ouest.
Sinâoun 22 novembre. 31° 1′ 40″ Hauteurs de Fomalhaut au méridien, de la Chèvre à l’Est. Visées de boussole sur la Polaire, Fomalhaut, Véga et la Chèvre.
Timelloûlen 16 et 19 décembre. Hauteurs de β de la Balance et du Soleil au méridien.
Sâghen 30 décembre. 26° 59′ 33″ Hauteur du Soleil au méridien.
Oursêl 30 janvier 1861. 26° 25′ 25″ Hauteur du Soleil au méridien.
Azhel-en-Bangou[88] 14 février au 10 mars. 26° 11′ 2″ Hauteurs du Soleil, de Sirius et de la Polaire au méridien ; du Soleil à l’Est et à l’Ouest. Éclipse du premier satellite de Jupiter.
Tinoûhaouen 14 et 28 mars. 24° 58′ 38″ 7° 53′ 40″ Hauteurs du Soleil et de la Polaire au méridien. Hauteurs d’Arcturus et de γ Geminorum à l’Est et à l’Ouest. Éclipse du premier satellite de Jupiter. Visées avec la boussole sur Sirius.
Toûnîn (Rhât) 27 et 28 mars. 24° 57′ 14” Hauteurs du Soleil au méridien, à l’Est et à l’Ouest.
Serdélès 4 et 10 mai. 25° 46′ 20″ Hauteurs du Soleil à l’Est, d’α de la grande Ourse au méridien.
Oubâri 17 mai. Hauteurs du Soleil à l’Ouest, de β du Corbeau au méridien.
Djerma[89] 18 et 19 mai. 26° 32′ 52″ Hauteurs de l’Épi de la Vierge au méridien ; du Soleil à l’est et à l’Ouest.
El-Fogâr 20 et 21 mai. Hauteurs de la Lune, d’ε et d’η de la grande Ourse au méridien ; d’Arcturus, de Jupiter et du Soleil à l’Est et à l’Ouest. Distances de la Lune à Antarès et à Jupiter.
Tekertîba du 22 au 27 mai. Hauteurs d’ε et d’η de la grande Ourse, de δ du Corbeau, de π de l’Hydre femelle au méridien. Hauteurs du Soleil et de la Lune à l’Est et à l’Ouest.
Lac Mandara 28 mai. 26° 40′ 57″ Hauteur d’ε de la grande Ourse au méridien.
Lac Gabr’aoûn 29 mai. Hauteurs d’ε de la grande Ourse et de l’Épi de la Vierge au méridien.
El-Fejîj 31 mai. Hauteur d’ε de la grande Ourse au méridien.
Tessâoua 4 juin. 20° 5′ 50″ Hauteurs de ζ de η de la grande Ourse et de β de la Balance au méridien.
Oumm-el-Arâneb 19 juillet. 26° 8′ 4″ Hauteur du Soleil au méridien.
Delêm 12 août. Hauteur de σ du Sagittaire au méridien.
Bîr-en-Nechoûa’ 13 août. Hauteur de λ du Scorpion au méridien.
Gourmêda 18 août. Hauteurs de la Polaire et de l’Épi de la Vierge.
Zîghen 19 août. Hauteur de μ du Sagittaire au méridien.
O. Tîn-Guezzîn 21 août. Hauteurs d’Arcturus et de la Polaire.
Ne sont pas comprises dans ce tableau toutes les observations faites sur les points intermédiaires. Le détail en eût été trop long. Je me borne à indiquer les latitudes que j’ai calculées en voyage pour un certain nombre de ces points secondaires.
LOCALITÉS. LATITUDES NORD.
Hâssi-Djedîd 32° 12′ 8″
Hâssi-Dhomrân 31° 51′ 48″
Hâssi-Berghâoui 31° 32′ 47″
Hâssi-Zirâra 31° 15′ 18″
El-Guerâra 32° 47′ 25″
Chegga (puits artésien) 34° 9′ 39″
Gomâr 33° 29′ 20″
Hâssi-Sîdi-el-Bâchîr 32° 45′ 36″
Hâssi-Oulâd-Miloûd 32° 29′ 56″
Sedâda (Djérîd tunisien) 34° 0′ 37″
Gafça (id.) 34° 26′ 32″
Nemlât (id.) 33° 58′ 33″
Sîdi-Râched (O. Rîgh) 33° 19′ 29″
Mouï-er-Roba’âya-el-Gueblâoui 33° 0′ 2″
Mâleh-ben-’Aoûn 32° 51′ 1″
Mâtrès 30° 11′ 53″
Bîr-’Allâg 31° 4′ 27″
Târedié 32° 8′ 27″
Kherbet-Dzîra 31° 59′ 0″
Kaçar-Yêfren 32° 3′ 43″
Bîr-Terrîn 32° 39′ 32″
Zâouiya-el-Gharbîya (le Bordj) 32° 46′ 35″
Tînzeght 31° 54′ 2″
Kâbâo 31° 51′ 39″
Ch’aouâ 30° 58′ 49″
Tarz-Oûlli 25° 32′ 53″
Les emprunts de positions astronomiques qui ont été faits, pour la construction de la carte, aux travaux des autres explorateurs, sont :
Le tracé de la côte, d’après le capitaine Smith, de la marine anglaise ;
Les positions du docteur Vogel entre Tripoli et le Bornou ;
Les latitudes de M. de Beurmann, d’après la carte de M. le docteur Petermann, entre Ben-Ghâzi et Zouîla ;
Quelques points du Sahara algérien, antérieurement déterminés astronomiquement par M. le capitaine Vuillemot, et adoptés par le Dépôt de la Guerre ;
Enfin la position d’In-Sâlah du major Laing.
Deux mots sur l’éclipse du 18 juillet 1860 et sur une comète du 1er juillet 1861. Je copie mon journal :
J’étais au lit, atteint d’une violente fièvre contractée dans l’Ouâd-Rîgh, quand je sortis pour aller observer l’éclipse. J’avais calculé l’heure à laquelle elle devait se produire, comme si elle devait être totale à El-Ouâd ; elle ne le fut pas complétement ; aussi, quand j’arrivai à ma lunette, comptant sur dix minutes d’avance, je trouvai le disque solaire entamé. Je ne puis donc indiquer le moment exact du premier contact.
Le ciel était pur.
A l’observation, je vis la lune couvrir successivement le soleil, comme le ferait une tache ; à un moment je crus voir certaines montagnes faire éclipse totale, mais à peine mon œil avait-il quitté la lunette pour prendre l’heure, que l’éclipse commença à diminuer lentement.
Le dernier contact eut lieu à 4 h. 55 m. 18 s. de mon chronomètre, qui marquait encore le temps de Paris.
La lumière la plus faible a été celle qui, dans cette saison, succède au coucher du soleil.
Les Arabes me dirent avoir vu des étoiles.
Mieux portant, j’aurais pu apporter une plus grande attention aux détails de cette éclipse ; mais la maladie paralyse les forces de l’esprit comme celles du corps. Quand je fus me remettre au lit, la fièvre s’était aggravée et je fus pris de vomissements très-pénibles.
A 2 h. 30 m., le baromètre marquait 749,05, le thermomètre 45° 5 ; le vent soufflait du Sud.
A 5 heures, le baromètre était à 740,95 et le thermomètre à 41° 8, le vent restant le même.
Je me portais heureusement mieux quand, à Mourzouk, le 1er juillet, à 7 h. 15 m. du soir, on vint m’annoncer un phénomène astronomique qui remplissait de terreur toute la population.
C’était une comète ; on ne l’avait pas vue la veille, elle devait disparaître le surlendemain.
D’après les habitants, elle avait apparu, à leurs yeux, rouge et très-belle, un peu après le coucher du soleil, vers le méridien Nord.
Quand je l’observai à la lunette, elle était à 5 degrés environ au-dessus de l’horizon, en ligne à peu près droite sous α de la grande Ourse ; sa queue, de lumière blanchâtre, se prolongeait jusqu’à β et γ de la petite Ourse ; continuée en arc de cercle, elle eût coupé la voie lactée par son milieu. Le noyau, très-distinct à la lunette, apparaissait comme une étoile de 3e ou de 4e grandeur.
Le lendemain, à la même heure, ou un peu avant, la comète était plus haut dans le ciel, mais, probablement à cause des nuages qui le voilaient en cet endroit, elle paraissait sans queue et sous la forme de deux disques lumineux juxtaposés. Du moins, c’est l’effet qu’elle produisait à l’œil.
Depuis je n’ai plus entendu parler de cet objet d’effroi et je ne l’ai plus vu.