SECONDE PARTIE (continued 2)
Berthe Delaunay translation
Et cependant, chose étrange, en vérité! il éprouva soudain une insurmontable timidité qui l’empêchait de parler... Et puis, n’était-il pas indigne de lui, de son rang social, de parler d’amour à cette fille des champs qu’il avait connue toute gamine et qui le vénérait comme s’il était son père?
—Margalida!... Margalida!
Après ces appels qui éveillaient la curiosité de la fillette, tandis qu’elle levait doucement sur Febrer ses beaux yeux interrogateurs, celui-ci se décida à parler. Il lui demanda tout d’abord des nouvelles de ses prétendants. S'était-elle décidée pour l’un d’eux? Quel serait l’heureux élu? Le Ferrer?... le Cantó?
Elle baissa de nouveau ses paupières aux longs cils et, dans son trouble, saisit une des pointes de son tablier qu’elle porta à sa poitrine. Confuse, toute bouleversée, elle répondit d’une voix chevrotante comme celle d’un enfant. Elle n’avait pas envie de se marier. Ni avec le Cantó, ni avec le Ferrer, ni avec aucun autre. Elle avait accepté les veillées d’amour parce que c’était l’usage; qu’il en était ainsi pour toutes les jeunes filles de son âge. Et puis (et en disant cela, elle rougit) cette cour lui causait la petite satisfaction de faire enrager ses amies, qui étaient jalouses en constatant le grand nombre de ses prétendants. Elle ne pouvait se défendre d’un mouvement de gratitude envers les atlóts qui venaient la voir, de si loin, à Can Mallorquí... Mais de là à les aimer, à les épouser...
Elle avait ralenti le pas, en parlant. Sa mère et son frère les rattrapèrent, puis les devancèrent bientôt et, quand ils se trouvèrent seuls, dans le sentier, ils s’arrêtèrent, inconsciemment.
—Margalida!... Fleur-d'Amandier!...
Au diable la timidité! Febrer retrouvait maintenant son audace d’homme à bonnes fortunes. Que signifiaient ses intempestifs scrupules devant une paysanne, presque une enfant!...
Il reprit son accent résolu et, mettant dans la fixité passionnée de ses regards une évidente intention de fascination, il approcha sa bouche tout près de l’oreille de la fillette, comme pour la caresser par le doux murmure de ses paroles.
Et lui? Que pensait de lui Margalida? S'il se présentait un jour à Pép, en lui disant qu’il voulait épouser sa fille?...
—Vous? s’exclama la jeune fille, vous, don Jaime? Sans timidité, cette fois, elle le fixa de ses sombres prunelles... et se mit à rire. Ah! le señor avait pris l’habitude de se moquer d’elle et de dire d’invraisemblables plaisanteries. Son père contait toujours que les Febrer étaient en apparence sérieux comme des juges, mais en réalité toujours d’humeur plaisante... Don Jaime voulait encore rire à ses dépens, comme naguère quand il lui parlait de la statue de terre cuite qu’il conservait là-haut, dans la tour, cette belle fiancée qui l’avait attendu pendant plus de mille ans.
Mais, en rencontrant le regard de Febrer, en voyant son visage pâli, crispé par l’émotion... elle pâlit, elle aussi... C'était un autre homme; elle découvrait en lui un don Jaime qu’elle ne soupçonnait pas.
Appuyée au tronc frêle d’un jeune eucalyptus qui bordait le sentier et dont les feuilles avaient pris les teintes rouillées de l’automne, Margalida se tenait sur la défensive. Elle eut assez d’empire sur elle-même pour sourire cependant d’un sourire un peu forcé, tout en feignant de croire encore à une plaisanterie.
—Non, Margalida, répliqua Febrer avec énergie. Je parle sérieusement. Dis-moi, Margalida, si j’étais un de tes prétendants, et si je me présentais au festeig, que répondrais-tu?
Elle se blottissait contre l’arbuste comme pour échapper aux yeux ardents qui l’enveloppaient toute. Son instinctif mouvement de recul fit se courber le tronc flexible, et une pluie de feuilles dorées, pareilles à des fragments d’ambre, tomba sur elle, s’emmêla à sa tresse, s’éparpilla sur ses vêtements. Exsangue, les dents serrées, les lèvres pâles, elle murmurait d’une voix éteinte des mots inarticulés que l’on entendait à peine, tel un léger soupir.
Ses yeux agrandis, humides, avaient cette expression angoissée des humbles d’esprit qui pensent beaucoup de choses, mais se sentent incapables de les exprimer.
Lui!... l’héritier des Febrer!... un grand seigneur... il épouserait une paysanne?... Était-il fou?
—Non, Margalida, je ne suis point un grand seigneur; je ne suis qu’un malheureux. Tu es plus riche que moi. Je ne vis que de la générosité de ton père... Pép désire pour toi un mari qui fasse valoir ses terres... Veux-tu que ce soit moi, Margalida? Veux-tu m’aimer, Fleur-d'Amandier?
Elle baissait la tête, cherchant à fuir le regard brûlant qui pesait sur elle. Puis elle essaya de traduire sa pensée en phrases hachées, incohérentes... Voyons, c’était une folie; cela ne pouvait être. Comment le señor pouvait-il prononcer de telles paroles?... Il rêvait, certainement.
Mais elle sentit tout à coup sa main frôlée par une légère caresse. C'était la main de Febrer qui saisissait doucement la sienne. Elle osa le regarder une fois encore et tressaillit en lui voyant une physionomie qu’elle ne lui connaissait pas. Elle eut alors la sensation d’un grand danger, avec le frisson nerveux qui le signale.
—Est-ce que tu me trouves trop vieux pour toi? murmurait à son oreille une voix suppliante. Crois-tu ne pouvoir jamais m’aimer?...
La voix se faisait de plus en plus douce et tendre... mais, dans ce visage pâle, ces yeux qui semblaient la pénétrer, l’effrayaient. Ils étaient pareils au regard des hommes qui vont commettre un meurtre. Elle voulut parler, protester contre les dernières paroles qu’il avait prononcées. D'un mouvement tendre et craintif de ses sombres prunelles, elle fit comprendre à Jaime qu’il se méprenait. Il lui apparaissait comme un être d’essence supérieure pareil aux saints dont la beauté s’accroît avec les années. Voilà ce qu’elle eût voulu dire, mais la crainte, le trouble l’empêchaient de parler... Violemment émue, elle arracha sa main à l’étreinte caressante, et poussée par cette force nerveuse qui tient du prodige, s’enfuit, comme si sa vie était en danger:
—Jésus!... Jésus!...
Puis elle se mit à courir et disparut à un détour du sentier. Jaime ne la suivit pas. Il demeura immobile dans le bois solitaire, insensible à tout ce qui l’entourait, pareil à ces héros de légende qui sont enchaînés par un charme. Bientôt, comme s’il s’éveillait, il passa la main sur son front, essayant de coordonner ses idées. Il était pris d’une sorte de remords, quand il songeait à l’audace de son langage, à l’effroi de Margalida, à la fuite affolée qui avait terminé leur entretien. Quelle conduite absurde que la sienne! C'était le résultat de sa visite à la ville. Ce retour à la vie civilisée, cette conversation des jeunes officiers, qui ne pensaient qu’à la femme, avaient bouleversé son calme de solitaire, en réveillant ses passions d’autrefois... Mais non! il ne se repentait pas de ce qu’il avait fait. Ce qui importait, c’était que Margalida connût ce qu’il avait vaguement pensé dans l’isolement de sa tour, sans pouvoir jusqu’ici donner à ses désirs une forme précise.
Il continua sa route à pas lents, pour ne pas rejoindre la famille de Can Mallorquí. Margalida était allée retrouver les siens. Du haut d’une colline, Febrer les vit qui suivaient déjà la vallée dans la direction de la métairie.
Il passa devant sa tour, sans s’arrêter, et marcha vers la mer. Il alla s’asseoir à l’extrémité d’une roche gigantesque, dont la base avait été minée par l’assaut incessant des vagues, et qui, presque détachée de la côte abrupte, surplombait, menaçante, la mer et les écueils. Le fatalisme qui faisait le fond de son caractère l’avait poussé à choisir cette place. Plût à Dieu que se produisit à cet instant la catastrophe attendue, et que son corps, entraîné dans l’effroyable chute, disparût au fond de la mer, enseveli sous cette masse aussi haute que la pyramide d’un Pharaon!...
Le soleil couchant, avant de se cacher, brilla tout à coup dans une déchirure des nuages. Son disque sanglant jeta sur la mer immense des lueurs d’incendie. Les vapeurs noires de l’horizon se bordèrent d’écarlate. L'écume des vagues rougit, et, pendant quelques instants, la côte sembla envahie d’un courant de lave en fusion.
Sous la splendeur de cette lumière, qui annonçait la tempête, Jaime contemplait à ses pieds le va-et-vient des flots, qui se précipitaient avec fracas dans les cavités de la roche, et mugissaient en se tordant furieusement dans les ruelles tortueuses creusées entre les écueils. Au fond de cette masse verdâtre que l’illumination du couchant semait d’irisations opalines, on distinguait, accrochée aux rochers, toute une flore étrange. Des forêts minuscules aux frondaisons visqueuses, où s’agitaient des bêtes aux formes fantastiques, les unes rampantes et agiles, les autres engourdies et sédentaires, recouvertes de dures carapaces, grises ou rougeâtres, hérissées d’armes défensives, de tenailles, de lances ou de cornes, toutes se pourchassant, les fortes s’acharnant sur les faibles qui passaient comme de blanches vapeurs, en faisant briller dans la rapidité de leur fuite, leur transparence de cristal.
Dans cette majestueuse solitude, Febrer se sentait bien petit. Il ne croyait plus à son importance d'être humain, et il ne se jugeait pas supérieur à ces petits monstres qui s’agitaient parmi les végétaux de l’abîme sous-marin...
Le spectacle imposant de la mer, cruelle et implacable dans ses colères, accablait Jaime, éveillant tout un monde d’idées, peut-être nouvelles pour lui, mais qu’il accueillait comme de vagues réminiscences d’une vie antérieure, comme des pensées qu’il aurait eues déjà, il ne savait où ni quand.
Un sentiment de respect pénétrait tout son être et lui faisait oublier tout ce qui venait de se passer, en le plongeant dans une religieuse admiration devant l’éternelle beauté de la mer. «La mer! Les organismes mystérieux qui la peuplent, se disait-il, vivent aussi, comme les habitants de la terre, soumis à la tyrannie de l’ambiance, se reproduisant à travers les siècles, comme s’ils étaient éternellement une même créature. Là aussi les morts commandent. Les forts poursuivent les faibles et sont, à leur tour, dévorés par d’autres, plus puissants encore, comme le furent leurs plus anciens prédécesseurs dans les eaux encore tièdes du globe en formation. Tout est semblable, tout se répète à travers les âges. L'animal de combat cuirassé de pourpre sombre, armé de griffes recourbées et de pinces de torture, implacable guerrier des vertes cavernes sous-marines, n’a jamais pu s’unir au poisson gracieux, faible et rapide, qui agite sa somptueuse tunique d’argent irisé, au milieu des ondes transparentes. Le destin du premier est de dévorer, d'être vainqueur; mais s’il est désarmé, si ses crocs formidables sont brisés, il doit s’abandonner à l’infortune sans protester, et mourir. Mieux vaut la mort que l’obligation de renier ses origines, de ne pas accepter la lourde fatalité de la naissance. Pour les êtres vraiment forts, il ne peut y avoir de satisfaction ni de vie hors de leur milieu, pas plus sur terre qu’au fond des eaux. Ils sont esclaves de leur propre grandeur. Et il en sera toujours ainsi. Les morts seuls gouvernent l’existence...»
Tandis que Febrer songeait à ces idées troublantes, le soleil s’était couché. La mer était devenue presque noire, et le ciel prenait des teintes plombées. Sur l’horizon brumeux, les éclairs serpentaient en lignes de feu, telles des couleuvres géantes. Jaime sentit, sur son visage et sur ses mains, l’humide baiser des premières gouttes de pluie. Un orage, qui probablement durerait toute la nuit, allait éclater. Cependant le solitaire ne bougea pas. Il demeurait assis sur l’extrême pointe du rocher, pris d’une sourde colère contre la fatalité, et se révoltant, avec toute la violence de son caractère, contre la tyrannie du passé.
Et pourquoi serions-nous ainsi les sujets des ancêtres? Pourquoi les morts commanderaient-ils? Pourquoi s’obstineraient-ils à assombrir notre ciel?
Soudain l’orage se déchaîna. Un éclair teinta la mer d’une lueur livide, tandis que le tonnerre retentissait avec fracas, répercuté de grotte en grotte et de sommet en sommet. En même temps il sembla à Febrer qu’une lumière resplendissante, qu’il voyait pour la première fois, venait tout à coup de ses rayons éblouissants, dissiper les brouillards qui jusque-là lui avaient caché la vérité. Jaime, comme si un homme nouveau était en lui, se moqua des pensées où il se complaisait tout à l’heure. Sans doute ces bêtes d’une organisation rudimentaire qu’il voyait se mouvoir entre les rochers, étaient asservies à l’influence du milieu où elles s’agitaient, faisant exactement ce qu’avaient fait avant eux et ce que feraient à l’avenir les animaux de leur espèce. Mais l’homme, lui, n’était pas l’esclave de l’ambiant. Il pouvait le modifier à son gré. Il avait vaincu la nature, il l’avait soumise. Qu’importait à Jaime le milieu où il était né? Il s’en créerait un autre, s’il le voulait!
Febrer ne put poursuivre plus longtemps ses réflexions. La tempête faisait rage, maintenant, autour de lui. La pluie dégouttait à flots des bords de son chapeau et inondait son dos. La nuit s’était faite soudain. De toute la vitesse de ses jambes, il se dirigea vers la tour. Il courait maintenant avec la joie exubérante de celui qui, longtemps enfermé, sans pouvoir, faute d’espace, donner carrière à son activité, est enfin délivré! Il riait sans ralentir sa course, et, au milieu des éclairs, un doigt levé, il lançait son bras droit en avant et frappait de sa main gauche la partie saillante de son coude, geste de mépris, familier aux gens du peuple.
—Je ferai à ma tête! criait-il, se plaisant à entendre sa voix, bien qu’elle se perdit dans le fracas de la tempête. Ni les morts ni les vivants ne me commanderont à moi!... Voilà pour mes nobles ancêtres!... Voilà pour mes idées d’autrefois!... Voilà pour tous les Febrer!
Et il renouvelait son geste vulgaire, avec une gaieté de gavroche.
Tout à coup une lumière rouge l’enveloppa, tandis qu’au-dessus de sa tête le tonnerre éclatait. Ce fut comme un coup de canon; on eût dit que la côte rocheuse venait de se fendre du haut en bas dans un immense cataclysme. «La foudre doit être tombée tout près», dit Jaime. Sa pensée, absorbée par le souvenir des Febrer, se porta alors sur le fameux commandeur don Priamo. Cette explosion formidable le fit songer aux combats héroïques de ce mécréant, qui se moquait de Dieu comme du diable, et ne connaissait d’autre loi que sa volonté. Celui-là, Jaime ne le reniait pas. Il l’adorait. C'était le rebelle, son véritable aïeul, le meilleur des Febrer!
En entrant dans la tour, il alluma une bougie, puis il s’enveloppa dans le burnous de laine grossière qui lui servait pour ses excursions nocturnes, et il prit un livre, pour se distraire de ses pensées, jusqu’au moment où Pepét lui monterait son souper.
L'orage semblait s'être concentré sur l'île. La pluie s’abattait sur les champs, qu’elle transformait en bourbiers. L'eau se précipitait le long des sentiers en pente, devenus des ravins d’où elle débordait. A la lueur rapide des éclairs, on voyait, comme dans un rêve, la mer noirâtre où bouillonnait l’écume, la campagne submergée, que des poissons de feu semblaient sillonner de toutes parts, et les arbres, brillant sous le ruissellement de leur feuillage...
Ce soir-là, dans la cuisine de Can Mallorquí, une foule d’espadrilles boueuses et de vêtements fumants montraient que, malgré l’orage, les prétendants étaient à leur poste. La veillée d’amour se prolongeait. Pép, d’un air paternel, avait permis aux atlóts d’attendre la fin de l’orage, une fois la séance galante terminée. Il avait pitié de ces jeunes gens forcés de cheminer sous la pluie. Lui aussi, il avait été prétendant comme eux. Ils pouvaient attendre; peut-être l’orage finirait-il vite; sinon, ils resteraient à la métairie; ils coucheraient où ils pourraient, dans la cuisine, sous le porche... Une nuit était bien vite passée!
Les jeunes gens, enchantés de cette aubaine, contemplaient Margalida, parée de son costume de fête, assise au centre de la pièce, à côté d’une chaise vide. Tous y avaient pris place déjà, à tour de rôle. Quelques-uns, les yeux enflammés de désir, auraient bien voulu récidiver, mais ils n’osaient.
Le Ferrer, désireux d’éclipser ses rivaux, pinçait de la guitare et chantait à mi-voix, accompagné par le roulement du tonnerre. Le Cantó, blotti dans un coin, méditait un nouveau poème. Quelques jeunes gens saluaient de plaisanteries la lueur des éclairs, filtrant par les fentes de la porte. Le Capellanét souriait, assis par terre, appuyant son menton sur ses deux mains.
Pép somnolait sur sa chaise basse, vaincu par la fatigue du jour. Sa femme poussait des soupirs et des exclamations de terreur chaque fois qu’un coup de tonnerre plus violent ébranlait la maison. Elle mêlait à ses gémissements des fragments d’oraisons murmurées en castillan, pour qu’elles fussent plus efficaces. «Santa Barbera bendita, que en el cielo estás escrita...»
Margalida, insensible aux regards de ses prétendants, semblait près de s’endormir sur son siège.
Soudain, deux coups furent frappés à la porte. Le chien qui, peu d’instants auparavant, s’était dressé, comme s’il avait deviné la présence d’un étranger dans la cour, s’étira, mais sans aboyer et sa queue s’agita joyeusement.
Margalida et sa mère se tournèrent vers le seuil avec quelque inquiétude. Qui était-ce? A pareille heure, par un tel temps, qui pouvait venir troubler la solitude de Can Mallorquí? Pourvu que rien ne fût arrivé au señor!
Pép, réveillé par l’appel, se leva: «Avant qui siga!» dit-il. Il invitait ainsi l’étranger à pénétrer sous son toit, avec la majesté antique du pater familias, selon l’usage latin, maître absolu dans sa maison. La porte n’était que poussée. Elle s’ouvrit, laissant passer une rafale de vent et de pluie qui fit vaciller la flamme de la lampe. A la lueur d’un éclair, se détacha sur le ciel livide une silhouette encapuchonnée, une espèce de pénitent tout ruisselant, dont le visage était presque entièrement caché.
D'un pas décidé, le nouveau venu entra sans saluer personne, et suivi du chien qui flairait ses jambes avec un grognement affectueux, alla s’asseoir à côté de Margalida, sur la chaise réservée aux prétendants et, rejetant son capuchon sur ses épaules, fixa ses yeux sur la jeune fille.
—Ah! gémit-elle en pâlissant, les yeux agrandis par la surprise.
Et son émotion fut telle, son mouvement de recul si brusque, qu’elle faillit tomber.