LETTRE DE L’AUTEUR A L’ÉDITEUR.
Reading edition
Vous m’aviez désolée, Monsieur, en me disant l’autre jour que mes Dialogues n’étoient pas au point où je les croyois. Vous m’avez rassurée, en m’apprenant que vous n’y apperceviez ni un plan d’éducation, ni même beaucoup de liaison entre les idées. C’est que je ai pas eu la prétention de proposer un nouveau plan d’éducation, ni la hardiesse de n’écarter de celui que des parents sages suivent communément dans l’éducation des Filles. Je n’ai voulu faire qu’un Traité de remplissage, si vous me permettez de parler ainsi, & montrer comment les heures perdues, les moments de délassement peuvent être employés par une Mere vigilante à former l’esprit d’un Enfant & à lui inspirer des sentiments honnêtes & vertueux. Il ne s’agit donc ici ni de plan ni de systême.
Cependant, sous ce point de vue même, l’éducation doit être divisée, comme dans un systême bien conçu & bien lié, en plusieurs époques, & il faudroit faire un travail différent pour chacune. On peut en marquer trois principales. La premiere finit à l’âge de dix ans, la seconde à quatorze ou quinze ans ; la troisieme doit durer jusqu’à l’établissement de l’enfant.
Suivant ce plan, je n’aurois encore essayé à travailler que pour la premiere époque où il s’agit de présenter à l’esprit des idées simples, de lui enseigner & de l’aider à les déveloper, & de profiter souvent d’une niaiserie pour le conduire à des réflexions solides & sensées. Le travail pour les deux autres époques seroit infiniment plus sérieux, & je ne sçais si j’aurai la force de le tenter lorsque l’âge de ma Fille pourra l’exiger.
Cette confession faite, je vous abandonne, Monsieur, ces Dialogues. Faites-en l’usage qu’il vous plaira, puisque vous pensez qu’ils pourront être utiles à d’autres enfants. A Paris ce premier Janvier 1774.


CONVERSATIONS ENTRE UNE MERE ET SA FILLE.
