SAINT-JAMES
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«Quelle maladie est comparable à l'alcool!», c'est le cri d'Edgar Poë, mourant de génie et d'ivresse, dans une rue de Baltimore, devant le hideux et abject mercantilisme des Américains.
Or, Lautrec a fait la dure expérience de cette parole. Il a renouvelé ses excentricités. Il a tant usé de spiritueux; il a si peu préservé d'autre part son pauvre corps que des hallucinations l'assaillent. Il parle, entre autres choses, des rafles qu'il a faites en compagnie de sa chienne Paméla et du commissaire de police de son quartier, prenant un gardien qu'on lui a donné pour ce fonctionnaire. Alors, pour lui assurer un repos et un changement de milieu nécessaires, il est question de l'envoyer au Japon, son vif désir d'autrefois. Sur ces entrefaites, croyant qu'il a à se plaindre du marchand de tableaux Durand-Ruel, Lautrec se place rue Laffitte, devant la porte de cette galerie, et, déguisé en mendiant, il ameute la rue contre le marchand. Il faut agir. Deux personnes de la famille de Lautrec se décident à le placer dans une maison de santé. Le père aurait dû venir s'occuper du malade, mais il chassait; et il demanda, lui, qu'on envoyât simplement son fils en Angleterre, où l'ivrognerie passe inaperçue, et y est même fort honorée, puisque, là, ajoutait-t-il, tous les nobles s'alcoolisent.

PHOTO DRUET
AU MOULIN-ROUGE
Ce fut en l'hiver de 1899 que Lautrec entra dans la maison de santé du docteur Semelaigne, à Saint-James, près Neuilly.
Vrai séjour datant du xviiie siècle; mais séjour un peu vétuste. Petits temples à l'Amour. Canal à sec allant à la Seine, autrefois servant sans doute aux embarquements pour Cythère, plis Watteau et robes à paniers.
Tout de suite, Lautrec se rendit parfaitement compte du lieu où il se trouvait; et, devant ses amis Dethomas et Carabin, qui le visitèrent, il plaisanta, disant qu'il était à Saint-James plage; et même il ne cessa de leur réclamer de l'alcool dans une bouteille plate.
Son goût du travail ici accomplit un nouveau miracle. Avec une plume de bécasse, ramassée dans la cour, il se mit à dessiner un cheval; et, ayant obtenu un crayon et du papier, il composa de mémoire toute la suite de dessins aux crayons de couleur que Manzi éditera plus tard sous ce titre: Au cirque. Admirables dessins dont nous parlerons plus loin.
Durant deux mois, Lautrec resta à Saint-James. Il en sortit, apaisé, ardent à travailler. On le retrouva d'abord spirituel, dispos; mais, soudainement, avec l'alcool de nouveau ingéré à forte dose, de singuliers goûts de bohème éclatèrent et s'aggravèrent. Lautrec devint tout d'un coup plus libre en ses propos et plus dur; et quelques anciens familiers, niaisement déconcertés, alors, épouvantés, s'enfuirent.