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Lautrec

ILLUSTRATIONS DE LIVRES

Reading edition

Ce Lautrec, si chercheur, une fois devenu lithographe, fut amené, sans y trop penser, à illustrer, par la lithographie, des livres. J'entends les livres qu'il pouvait aimer.

On l'a vu illustrant des articles ou des contes de ses amis Tristan-Bernard et Romain Coolus; on l'a vu illustrant deux albums consacrés à Yvette Guilbert; il s'éprit de la même ardeur pour quelques livres, dont il orna les couvertures ou les pages de texte.

C'est ainsi qu'il illustra les Histoires naturelles de Jules Renard, éditées par Floury. Il dessina la couverture, 22 planches et 6 culs-de-lampe. Il représenta les coqs, la pintade, la dinde, le paon, le cygne, les canards, les pigeons, l'épervier, la souris, l'escargot, l'araignée, le crapaud, le chien, les lapins, le bœuf, l'âne, le cerf, le bouc, les moutons, le taureau, le cochon et le cheval.

Toutefois, et c'est bien la première fois, ces lithographies-là ne sont point d'une entière réussite. Leur attrait n'est pas renouvelé. Sans doute, dans ces dessins se creuse encore la griffe de Lautrec; mais tous ces animaux n'ont pas un caractère inattendu. Lautrec les a dessinés avec adresse, avec virtuosité, parce qu'il pouvait tout dessiner; mais il n'est pas allé au delà d'un honnête succès. Les animaux, en général si niaisement dédaignés par les peintres, ont des attitudes et des visages autrement étonnants, autrement insoupçonnés, autrement éloquents. Lautrec, comme presque tous les autres dessinateurs, a vu ces animaux-là en passant, il les a dessinés, mais il n'a rien fait de plus. C'est souvent un peu japonais d'aspect; et cela ne va pas plus loin que tant d'estampes trop vantées d'animaliers du Nippon.

Assurément, il convient de préférer cet autre livre, intitulé: Au pied du Sinaï, que Lautrec illustra, d'après un texte de M. Georges Clémenceau, le vieux «cœur-léger». Ce livre, c'est une histoire de juifs à Carlsbad et à Busk. L'illustration, cette fois, est très pittoresque et très colorée. Elle met en scène de bizarres types, crochus et aux cheveux cotonneux, des types de ces juifs polonais qui vieillissent si mal! Et, M. Georges Clémenceau, lui-même dessiné, a une ronde tête de notaire finaud et un peu maquignon. Aujourd'hui, c'est-à-dire vingt ans plus tard, nous le voyons avec une parfaite tête de Chinois.

Illustration from Lautrec; ou, Quinze ans de mœurs Parisiennes, 1885-1900

PHOTO DRUET

PROJET D'AFFICHE POUR LE «DIVAN JAPONAIS»

Lautrec dessina aussi maintes couvertures de livres. Voici les plus connus de ces livres: L'étoile rouge, par Paul Leclerq; L'exemple de Ninon de Lenclos, amoureuse, par Jean de Tinan; Les courtes joies, poésies de Julien Sermet; La Tribu d'Isidore, roman de mœurs juives, par Victor Joze; Le fardeau de la Liberté, par Tristan-Bernard; Le chariot de terre-cuite, par Victor Barrucand; Les jouets de Paris, par Paul Leclerq; Babylone d'Allemagne, roman de mœurs berlinoises, par Victor Joze, etc., etc.

Ces couvertures sont toutes légèrement traitées, à peine effleurées souvent; et certaines de ces lithographies rappellent encore, par leur sobriété, les délicates lithographies que crayonna Whistler. Mais, bien entendu, nous ne visons une fois de plus que la finesse du trait, que le peu de surcharge de l'arabesque.

Notons ici que ces rares lithographies ont fait un heureux sort aux livres qu'elles illustrent. Le texte importe peu, quand on a le plaisir d'avoir un si personnel dessin sur la couverture; et l'on trouve, du reste, toutes les bonnes raisons de ne pas lire le livre, pour ne pas salir, pour ne pas défraîchir le beau dessin qui le garde.

Éditeurs, croyez-nous, ayez toujours de beaux dessins sur les couvertures de vos livres!

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