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Lautrec

MALROMÉ

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Lautrec se trouvait au mois d'août de l'année 1901 à Taussat, quand il fut frappé de paralysie, au moment où il se préparait à partir pour Arcachon.

Sa mère accourut, et l'emmena au château de Malromé.

Dès lors, il ne sortit plus qu'en voiture, et avec la plus extrême fatigue.

Il se plaisait à Malromé. C'est un château important et de caractère. Gentilhommière avec tours et tourelles, entourée d'une cinquantaine d'hectares environ. Madame la Comtesse Alphonse de Toulouse-Lautrec l'avait achetée naguère à la famille de Forcade.

Les derniers jours, Lautrec ne mangea plus. Il voulait s'abuser: «J'ai mangé, hein?» répétait-il. On le portait à table dans un fauteuil.

Il mourut, religieusement, le 9 septembre 1901, en pleine connaissance, entouré de sa mère, de son père, de son cousin germain M. Louis Pascal, de la mère de celui-ci, de son autre cousin germain M. Gabriel Tapié de Celeyran et de son inséparable ami Viaud.

Avant la mort de Lautrec, son père n'était venu qu'une seule fois à Malromé.

Pendant les derniers moments de son fils, il se signala encore par quelques excentricités.

Il voulut d'abord lui couper la barbe, sous prétexte que les Arabes opèrent ainsi. On put à grand'peine l'en empêcher.

Armé d'un élastique arraché à sa chaussure, il se mit alors à courir après les mouches qui piquaient, affirmait-il, le moribond.

La veille de l'enterrement, craignant pour les porteurs (on peut, en s'y prenant mal, attraper une hernie!) ne voulut-il pas aussi que, sur ses indications, on préparât un dessin explicatif destiné à montrer comment on doit enlever un cercueil? mais cette sorte de macabre répétition générale fut refusée.

Il déclara ensuite qu'il suivrait à cheval le corbillard, car il souffrait de cors aux pieds. Et comme on refusait encore, il dit: «Soit! je suivrai pieds nus!» Mais on lui opposa un nouveau refus. Enfin, le matin même de la cérémonie, tandis que tout le monde n'attendait plus que M. le comte pour partir, on monta dans sa chambre; et que vit-on? M. de Toulouse-Lautrec tout nu et en train de se tailler lui-même les cheveux!

On enterra d'abord Lautrec à Saint-André du Bois; mais sa mère, craignant que le cimetière de cette commune, dont dépend le château de Malromé, ne fût déplacé pour des raisons de voirie, fit enlever peu après le corps de son fils pour l'inhumer définitivement à Verdelais, lieu de pélerinage célèbre dans toute la Gironde.

Quand il apprit la mort de Lautrec, Tristan-Bernard dit ce mot si exact: «Voilà Lautrec rendu au monde surnaturel; c'était un être si en dehors de ce monde!»

Le comte ne voulut pas de vente de tableaux. On les distribua en partie.

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