DEUXIÈME PARTIE (continued 3)
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Elle ne l’avait jamais vue sous cet aspect polaire, car, durant les hivers peu rigoureux où elle habitait Fontainebleau, la neige n’était jamais tombée que pour fondre presque aussitôt. Aujourd’hui, sa nappe étincelante, légère mais durcie par la gelée, recouvrait la terre. Son éclat éclipsait aisément celui du ciel terne et toute la clarté du jour semblait venir du sol, de ce blanc tapis scintillant qui s’étendait à l’infini.
Autrefois, quand elle avait vingt ans, Laurence se fût vite familiarisée avec le blanc désert où elle venait d’entrer. Elle eût partagé sans effort le recueillement ascétique des arbres, semblables à des moines sous leurs blancs capuchons. Désarmée par ses adorations ferventes, la grande magicienne, qui avait changé la forêt, eût, d’un coup de baguette, aboli dans sa mémoire le souvenir, endormi son âme jeune et libre encore, prompte à subir toute influence. Maintenant, nulle autre beauté que celle d’un visage ne devait plus la subjuguer. La douleur l’entourait comme une muraille. Les fantômes de ses amis perdus la gardaient, l’isolaient, la retranchaient du monde, lui voilaient la splendeur des choses extérieures. Nulle communion ne pouvait s’établir entre la nature, pétrifiée par l’hiver, et ce cœur fermé par le sceau de l’amour.
Sans comprendre les causes de cette mésintelligence, elle accusait les bois hostiles qui semblaient s’ouvrir à regret devant elle, tandis que, refaisant instinctivement sa dernière promenade, elle montait par la route du Bouquet-du-Roi vers la Cathédrale :
— Ne me reconnaissez-vous point, disait-elle, beaux arbres, mes confidents ? N’aurez-vous point pour moi un geste d’accueil ou de pitié, me refuserez-vous tout asile ? En si peu de temps, ingrats, m’avez-vous oubliée ? Ou bien, durs et bornés, n’avez-vous, ainsi que les hommes, qu’insultes et dédains pour les naufragés de la vie ? Vous les victorieux, vous les triomphateurs qui, toujours debout, résistez aux vents, aux orages, à l’hiver, ne cédant qu’à la foudre, chers arbres, n’ayez pas horreur de moi, à cause de mes larmes, car ce n’est pas une mince douleur qui a pu détruire mon courage, jadis formé par vous. J’ai été dépouillée de tout : rien ne m’a été laissé de tous les biens qui m’étaient nécessaires. Un moment je me suis trouvée riche, presque heureuse. Je m’appuyais sur des vivants tendres et forts. Je les retenais d’une étreinte puissante et que je croyais éternelle, mais ils m’ont été arrachés. Mon père, Ursule, Cyril ! Tous perdus ! Une amie cependant m’était restée, une seule ! C’était trop encore. Elle m’a abandonnée. O forêt ! selon mon serment, n’ayant plus rien, je viens à toi. Reçois-moi, berce-moi sur ton sein maternel. Donne-moi la force et la paix. Dis-moi pourquoi j’ai tant souffert.
Et une réponse lui parvint, précise et simple : « Parce que tu as donné tout ton cœur à la créature périssable, cherchant en elle tes seules délices, alors que l’amour humain n’aboutit qu’à la trahison. »
Dans le grand silence qui pesait sur la forêt, cette sentence retentit longtemps, comme si, successivement, chaque arbre, s’éveillant d’un profond sommeil, se plaisait à la répéter. Et Laurence méditait cette explication qui lui révélait enfin complètement l’horreur de la vie. Oui, c’était vrai, l’amour humain, maudit et condamné, se trouvait réduit à tromper sans cesse, à se briser contre l’infranchissable solitude où languit, malheureux et inaccessible, tout être mortel. Elle-même, si acharnée, si fidèle en ses affections, n’avait-elle pas dû, l’un après l’autre, abandonner ceux qu’elle aimait ? En dépit de ses efforts, elle n’avait pu sauver son père de la douleur, ni le défendre contre la folie. Ursule était morte loin d’elle et, peu à peu, reprise par la force de la jeunesse, elle les avait oubliés pour Cyril. A lui, du moins, elle s’était crue liée indissolublement. Elle défiait l’espace et le temps de les séparer jamais. Elle aurait juré que sa vie dépendait de la sienne, qu’aucune douleur ne pouvait le frapper sans retentir aussitôt dans son cœur. Pourtant, au moment où la mitraille le renversait mourant sur un champ de bataille, nul pressentiment ne l’avait avertie. Elle demeurait tranquille, tandis que, sur un lit d’hôpital, soldat inutile et brisé dont on se détournait déjà, il avait prononcé son nom avec des larmes. Cette heure, qui pour lui était la dernière, l’heure tragique, suprême, pleine de visions et de fantômes, pour elle avait été simple, douce, pareille aux autres. Peut-être regardait-elle en souriant la lumière d’un beau jour, à l’instant même où il sombrait dans la nuit éternelle. Sans qu’elle l’assistât d’une prière, d’un cri de pitié, il avait subi les grandes épouvantes de l’agonie. Lui, son idole et son amour, il était, comme tous les hommes avant lui, entré seul dans la mort.
Et soudain une autre pensée l’accabla :
— Si moi, qui n’avais que Cyril au monde et qui toujours étais en peine de lui, je n’ai pu deviner ses souffrances, savoir qu’il me quittait, être avec lui toujours, au moins par la pensée, comment lui, du haut du ciel, pourrait-il encore me suivre, me rester fidèle ? N’est-il pas séparé de moi par des abîmes de joie ? Tandis que j’erre, perdue, dans ces déserts de neige, n’est-il pas au centre du feu, retranché dans la paix incommunicable ? Peut-il se souvenir de mon visage devant la face de Dieu ? Non, il m’oublie. Il m’a trahie avec les astres et les anges.
Alors, elle précipita sa marche. Elle allait, elle courait presque, portant en elle, ainsi qu’un aiguillon furieux, son amour indigné. Son cœur n’exhalait que reproches, blasphèmes, accusations. Séparée de tout et de Cyril même, elle songeait avec un indicible désespoir à cette âme exultante au ciel.
Elle parvint enfin au carrefour des Cépées. Là, quittant la grande route, elle s’enfonça sous les piliers de la Cathédrale. Ce lieu jadis si beau, si riant, quand le vent de septembre chantait sous ses hautes nefs, était maintenant méconnaissable. Le ciel bas, couleur d’encre, pesait sur les arbres qui, raidis dans un gigantesque effort, semblaient soutenir avec peine ses nuées croulantes. L’horizon menaçant fermait de draperies mortuaires ce temple sinistre où, sur la blancheur crue de la neige, ressortaient, avec un relief funèbre, les troncs humides et sombres des hêtres. Dans cet étrange paysage, tout était blanc ou noir et rien n’avait gardé les couleurs de la vie. Laurence se crut parvenue au dernier cercle de l’enfer. Elle avançait avec l’espoir de revoir enfin la terre brune et familière, une feuille, peut-être un pan de ciel bleu. Mais devant elle, à l’infini, s’entr’ouvraient les mêmes étendues glacées. Partout le ciel était fermé, la terre maudite. Partout elle se sentait poursuivie, cernée par la solitude.
Soudain, dans l’effort qu’elle fit pour franchir un talus glissant, quelque chose se déplaça sous son corsage avec le bruit léger d’un papier qu’on froisse. La lettre de Cyril reposait toujours sur sa poitrine. Elle n’avait pas tout perdu ! Ce dernier trésor lui restait encore.
— Vais-je l’ouvrir ? songeait-elle. Vais-je épuiser d’un seul coup ma dernière richesse ? Pourquoi différer plus longtemps ? N’ai-je pas atteint le point culminant du malheur ? Si rien ne me vient en aide, j’ai peur de ne pas pouvoir vivre, fût-ce une heure. Je ne puis tarder davantage.
Elle descendait à ce moment un sentier, étroit et raide, qui menait dans une partie de la forêt où les futaies étaient moins élevées. Dans un carrefour gisait le tronc d’un arbre abattu. Laurence balaya de la main la neige qui le couvrait et s’y assit. Ce repos lui fut doux. Elle tira de son corsage la lettre de Cyril, l’ouvrit et lut :
« Mon régiment est au repos pour quelques jours. Je profite d’un instant de calme pour vous écrire, car j’ai comme un pressentiment que ma vie me sera bientôt demandée et votre sort me cause la plus déchirante inquiétude. Laurence, pauvre enfant, que deviendrez-vous si je meurs ? Je sais que vous vivrez, — vous me l’avez promis, — mais probablement dans un absolu désespoir. Il faut qu’au moins quelques paroles de moi vous parviennent encore. Je suis extrêmement changé, et vous n’avez pas changé avec moi. Vous êtes toujours dans les tourments et l’ombre épaisse, moi je suis parvenu à la sérénité. Mon cœur, si longtemps inquiet, si longtemps déchiré, s’est enfin apaisé, parce que j’ai trouvé la vérité, l’ineffable amour, parce que Dieu est toujours avec moi. Dieu, Laurence ! Comme ce nom seul est doux, suffisant. Je voudrais qu’il vous ravisse, ainsi qu’il me ravit. Je voudrais vous léguer ma foi, partager avec vous le trésor de ma paix, car je me sens responsable de votre âme qui s’est si passionnément donnée à moi. Je tremble que la douleur de ma mort ne vous éloigne de Dieu au lieu de vous en rapprocher. Laissez-moi vous éclairer, vous guider, vous montrer une erreur dont vous ne soupçonnez aucunement la gravité : vous m’aimez d’un amour démesuré, infini, dont je ne suis pas digne. Tout ce qui en vous désire la beauté sans ombre, l’amour sans déclin, le parfait, l’éternel, se trompe en s’adressant à moi. Vous me prenez pour la lumière et je ne suis qu’un reflet de l’auguste soleil, une étincelle de l’incorruptible flamme. Je ne suis, comme tout être et toute chose, qu’un ouvrage et un signe de Dieu. Ne vous arrêtez pas à moi, Laurence, passez outre. Allez à Lui ; c’est Lui que vous aimez en moi sans le savoir.
« Je vous connais, vous êtes si folle que vous m’accuserez peut-être d’insensibilité, disant : « Il a refusé mon âme ! » Comprenez-moi. Aller à Dieu, ce n’est pas rompre tous les liens qui nous attachent aux créatures, mais les renouer plutôt d’une manière plus forte, plus durable. Je ne vous demande pas de m’oublier, bien au contraire. Je pense que votre place doit être à mes côtés, toujours unie à moi, et, comme autrefois sur la terre dans des livres périssables, lisant avec moi dans le livre éternel. Je n’imagine pas qu’au ciel même nous puissions être pleinement heureux, si nous n’y devions retrouver, pour les mieux aimer, nos amis les plus chers. Je pars le premier. Pourtant, là où je vais, je vous aiderai encore. Quels que soient parfois votre abandon, votre détresse, même si je me tais quand vous m’appellerez, ne doutez pas de moi. Sachez que je suis avec vous, que je vous attends et que je désire ardemment votre âme. Le mal que je vous ai fait, je veux vous en demander pardon à jamais. La douleur que je vous ai apportée, je veux la consoler durant l’éternité. Il n’y aura pas de repos absolu pour moi ; tant que vous ne m’aurez pas rejoint, tant que je ne verrai pas sourire dans la lumière votre visage heureux. »
Le ciel s’était obscurci plus encore et la neige commençait à tomber abondamment. Laurence ne s’en apercevait pas. Courbée en deux, le front dans ses mains, elle relisait la précieuse lettre qui, comme par miracle, répondait à ses questions, dissipait ses doutes, rassurait pour toujours son amour anxieux. Quand elle la sut par cœur, elle se leva. Tout haut, lentement, distinctement, comme pour prendre à témoin le ciel et la terre de son triomphe, elle dit : « Il m’aime encore ! »
Ces simples mots, comme une formule magique, la réconcilièrent avec l’univers. La forêt, tout à l’heure hostile, lui apparut comme un lieu enchanté, Elle venait d’ailleurs de changer encore. La neige, qui tombait à flots, raccourcissait les perspectives, fondait et brouillait les lignes du sévère paysage. Ses flocons légers flottaient, erraient longuement dans l’air avant de toucher le sol ou de se poser sur un arbre. Ils couvraient les plus minces branches d’une frondaison étincelante et délicate. Laurence se crut dans un verger, au printemps, quand le vent d’orage arrache aux arbres et jette de tous côtés des tourbillons de pétales. A travers cette blancheur mouvante, elle avançait, non plus comme un être maudit qui cherche en tremblant un asile incertain, mais comme une enfant bien-aimée au milieu du jardin paternel où tout a fleuri pour elle.
— Il m’aime encore, songeait-elle, mieux qu’autrefois, pour toujours. Il m’aime. Oui ! je dois en croire sa parole et cette certitude en moi, plus douce qu’aucun serment. Pourquoi souffrir et regretter les jours passés ? La vie, médiocre et malfaisante, tissait autour de nous sa trame d’erreurs et de malentendus. Les mots humains sans cesse nous trahissaient, nous imposaient leurs réticences. A tous moments, il me quittait. Mais la mort, au lieu de séparer, rapproche. En le perdant, je l’ai trouvé.
Longtemps, elle marcha ainsi, exhalant vers Cyril ce cri passionné qui, sans cesse, retentissait en elle. Enfin, elle s’arrêta, comme pour attendre une réponse, et quelques termes de la lettre lui revinrent à la mémoire, pareils à un refus doux et inexorable : « Vous m’aimez d’un amour démesuré dont je ne suis pas digne. Ne vous arrêtez pas à moi, Laurence, passez outre. Allez à Dieu, c’est Lui que vous aimez en moi sans le savoir. »
Elle réfléchissait, étonnée, un peu triste.
— Dieu, dites-vous, songeait-elle. Eh quoi ! Cyril, vous n’étiez pas l’amour ? Dieu, dites-vous ! C’est bien. Je sais qu’en dehors de Lui rien n’existe, qu’il est le but de tout désir, que sans lui le cœur le plus riche connaît la privation. Mais je l’ai appelé en vain, et j’ai eu peur de son silence, peur de son nom formidable. Hélas ! pour aller vers Lui, dites, quelle est la route ? Celle de la douleur sans doute, puisque tout s’obtient par la douleur et la patience, l’être infini comme l’être humain. O Cyril, je ne vous ai conquis que par un long martyre. Je vous ai tant attendu, tant cherché, ami cher ! Je ne refuserai pas de le chercher et de l’attendre, Lui, mon Dieu !
Maintenant, l’extase où elle avait été plongée se dissipait. Après avoir touché le ciel, elle se retrouvait sur la terre avec la certitude d’un long exil. De nouveau, le poids de la vie l’accablait. Elle comprenait que, pour gagner la récompense éternelle, il lui faudrait beaucoup souffrir encore. Son premier devoir était de retourner parmi les hommes, d’abord à Fontainebleau, puis à Paris pour y subir son destin, pour reprendre la croix qu’elle avait rejetée et qu’elle acceptait de nouveau humblement. Alors, ayant fini sa course errante, trouvé ce qu’elle cherchait : son courage et son âme, elle regarda autour d’elle, essaya de s’orienter.
Ce n’était pas une tâche aisée. Elle se trouvait dans cette partie de la forêt qui s’étend entre Barbison et Franchard et que sillonnent des sentiers pareils, réunis symétriquement, de place en place, par des carrefours semblables. Là, même en été, quand le soleil par sa position offre un point de repère, le promeneur doit consulter sa carte pour ne point s’égarer. Les écriteaux ne peuvent renseigner que ceux auxquels les moindres chemins sont depuis longtemps familiers. Mais Laurence qui, dans les environs directs de Fontainebleau, eût retrouvé sa route au milieu des ténèbres, connaissait moins bien cet endroit, déjà lointain, que l’absence et la neige achevaient de lui rendre étranger. Pourtant, gagnant le carrefour le plus proche, qui était celui de Bois d’Hyver, elle en fit le tour en consultant les écriteaux. Le premier, fendu par quelque bourrasque, n’était plus qu’un tronçon inutile. Elle déchiffra les autres un à un, lisant : « Route des Ventes Alexandre », « Carrefour du Chêne des Marais », « Route du Bois d’Hyver », « Carrefour des Monts Girard ». Ces noms ne lui rappelaient rien. Elle s’efforça de rassembler ses souvenirs ; mais son esprit, tourné passionnément vers les choses éternelles, éprouvait une extrême difficulté à s’intéresser aux réalités terrestres. A quoi bon, d’ailleurs, chercher un raccourci pour rentrer dans la ville ? N’était-il pas plus simple de reprendre les chemins qu’elle avait suivis ? Si capricieux qu’eût été son itinéraire, n’avait-elle pas, pour la guider, un signe sûr : la trace de ses pas que la neige, en tombant, n’avait pas encore effacée entièrement ?
Il était douteux cependant qu’elle pût refaire une marche de cinq à six kilomètres à travers la neige épaissie où elle n’avançait plus qu’avec de pénibles efforts. Après deux jours passés presque sans nourriture, cette longue course dans la forêt glaciale la laissait épuisée. Maintenant que ni le désespoir, ni l’indignation ne la soutenaient plus, elle éprouvait une immense fatigue et s’avouait qu’elle avait faim et froid. L’humidité de son manteau mouillé pénétrait ses vêtements, gagnait son corps transi. Ses chaussures trop légères, trempées, déformées et durcies par la neige, blessaient ses pieds douloureux. Elle n’avait pas fait cinquante pas dans la direction du retour, qu’elle s’arrêtait défaillante, s’appuyant à un jeune arbre comme à l’épaule d’un ami.
Sur les bois, pesait un silence ineffable. Sans aucun bruit, la neige continuait à tomber, si douce, si douce, et pourtant si dangereuse. Sur tout ce qui se trouvait soumis à son empire, elle opérait tranquillement ses maléfices ordinaires, étouffant dans la nature tout vestige de vie, dans l’âme humaine toute énergie, toute volonté. Comment songer encore à la nécessité de l’action ou de la lutte, dans ce paysage irréel où tout semblait mirage, ombre vaine, illusions, prestiges du sommeil ? Le ciel restait caché, la terre invisible. Les arbres, à travers le tourbillon blanc qui les environnait, étaient pareils à des colonnes de fumée. Fantôme parmi ces fantômes, Laurence s’attardait, pensant que ce repos lui serait salutaire, qu’il serait toujours temps de reprendre sa route. Elle ne songeait pas que l’heure s’avançait, que les journées de février sont courtes, que chaque minute, en s’écoulant, mettait en péril sa vie.
Si profonde était sa rêverie, si grande sa distraction, qu’elle ne s’étonna pas d’entendre, dans ce désert, s’élever une voix humaine, un chant qui tout d’abord lointain se rapprochait, se précisait, et par lequel elle se laissait bercer. Il lui fallut faire un effort de réflexion pour comprendre que c’était une chose étrange, inespérée, extraordinaire, réelle cependant, car ses sens ne l’abusaient pas. Il s’agissait bien d’une voix humaine, d’une voix masculine, jeune et retentissante, qui chantait une chanson de marche. Laurence aperçut bientôt, assez loin sur la gauche, à travers la neige, une silhouette encore indistincte que les arbres cachaient par moments, mais qui reparaissait bientôt et seule marchait, remuait, vivait dans la forêt morte. L’inconnu, un garde forestier, avançait rapidement, réglant ses pas sur le rythme de sa chanson. Il tenait à la main un gourdin qu’il faisait tournoyer autour de lui et dont il frappait parfois un arbre qui résonnait sourdement sous le coup.
Laurence se dit que la présence de cet homme était pour elle une grande chance. Il connaissait les bois. Il allait lui indiquer sa route. Il l’accompagnerait, l’aidant à marcher si sa faiblesse était trop grande. Franchard ne devait pas être très éloigné. Il la conduirait jusqu’à la maison forestière où elle trouverait un abri pour la nuit, un lit, un peu de nourriture, du feu. Malgré sa fatigue, elle ne désirait pas ces biens si enviables et elle regardait avec indifférence approcher son sauveur.
Bientôt, il parvint à un carrefour où le sentier qu’il suivait croisait celui où s’attardait Laurence. Il eût pu, en tournant la tête, l’apercevoir. L’abandonnée avait prévu ce geste qui lui semblait si naturel et que pourtant il ne fit pas. Rien, en effet, ne l’avertissait qu’une créature humaine souffrait si près de lui. Talonné par le froid, par l’heure tardive, il traversa le rond-point obliquement sans s’arrêter et s’engagea dans un chemin qui montait sur la droite. Pour attirer son attention, il eût fallu que Laurence courût vers lui sans attendre, l’appelât d’un cri assez fort pour dominer sa chanson. Mais elle était parvenue à cet état d’épuisement où l’être le plus énergique ne peut plus rien pour lui-même. Il faut alors, pour le sauver, qu’on le secoure de force. C’est l’état du soldat malade, blessé, fourbu par vingt combats et qui peut tout juste mourir à la place qui lui fut assignée, mais non point se porter en avant, ni même fuir. Laurence voulut appeler : ses lèvres n’émirent qu’un gémissement faible. Elle voulut marcher : il lui sembla qu’elle était prisonnière de l’arbre qui la soutenait. Elle demeurait captive, engourdie, retenue de tous côtés à son appui par les liens d’une enlaçante tristesse. Déjà le garde s’éloignait. Dominée par une invincible torpeur, elle vit sa silhouette diminuer, disparaître à travers les arbres. Sans faire aucun mouvement, aucune tentative pour la saisir, elle laissa passer la chance offerte, et cette chance était la dernière.
En effet, maints signes annonçaient la fin du jour. L’après-midi sans éclat, semblable à un long crépuscule, avait jusqu’au dernier moment dissimulé l’approche de la nuit. Maintenant, de minute en minute, l’horizon se rétrécissait. La neige, tout à l’heure si blanche, si éblouissante, prenait une pâleur terne et grise. Soudain Laurence comprit, qu’égarée ainsi dans la forêt où la nuit allait la surprendre, par ce froid implacable, elle était en danger de mort. La peur, comme un coup de fouet, ranima sa volonté défaillante, dissipa l’inconcevable enchantement qui la retenait captive. Elle bondit, s’élança sur les traces du garde, dont elle venait d’entendre encore, vaguement, très loin, la voix affaiblie. Elle gravit le sentier qu’il avait suivi, courant péniblement dans la neige qui lui montait presque jusqu’aux genoux. Elle appela. Son cri désespéré se perdit dans l’air sans écho, dans l’énorme silence. Elle parvint enfin en haut de la côte, espérant follement y découvrir une maison, une silhouette humaine et n’y trouva rien que des arbres, le sentier qui se continuait, barré par l’ombre. Elle appela une fois encore, de toutes ses forces, de toute sa vie. Rien ne lui répondit. Le garde était déjà très loin sans doute. Quelle folie d’avoir perdu à le poursuivre un temps précieux ! Dix minutes de marche encore dans cette direction, elle eût trouvé la grande route, un peu plus loin Franchard. Mais elle ne le savait pas. Craignant de s’égarer plus encore, elle redescendit le sentier, chercha de nouveau au carrefour les traces de ses pas. La neige les avait en partie recouvertes. L’ombre achevait de les rendre indistinctes. Ce signe ne pourrait la guider longtemps. Mais sans plus calculer, prenant un sentier au hasard, espérant quelque secours impossible, elle allait, elle courait, fuyant cette nuit envahissante qui, de toutes parts, l’enlaçait comme un filet qui se resserre. Ses pieds blessés saignaient ; chaque pas lui causait des douleurs inouïes. D’affreux vertiges, par moments, troublaient sa vue, la faisaient dévier du sentier parmi les arbres où s’embarrassait sa marche. La neige ne tombait plus, mais le froid, se faisant plus âpre, la mordait au visage comme une bête. Elle ne pensait plus à rien, elle marchait et fuyait. L’instinct de la jeunesse et de la vie, seul, agissait en elle, luttait furieusement contre sa propre chair, sa fatigue, sa faiblesse, contre la nature ennemie, la mort. Une première fois, ses forces la trahirent. Elle tomba. Le blanc tapis qui pliait mollement sous son corps lui parut doux ainsi qu’un lit de repos. Un sursaut de terreur la remit debout. Elle fit quelques pas encore. Tout à coup, il lui sembla que les arbres remuaient, se mettaient à tourner autour d’elle une sorte de ronde, d’abord lente, puis vertigineuse. Pour essayer de rompre ce cercle infernal, elle se jetait de côté et d’autre, à droite, à gauche, en avant, en arrière. Ce fut là son dernier effort. Et elle s’abattit sur la neige, pauvre proie longtemps traquée, qu’avaient enfin saisie, pour l’immoler, la forêt, l’hiver et la nuit.
XIII
Lors aussi s’évanouira la peur démesurée, et l’amour désordonné mourra.
Imitation, 3, XXXVII.
L’ombre était maintenant complètement tombée. Nulle étoile, ni le plus mince rayon de lune ne perçaient les épais nuages. Seule, la persistante blancheur de la neige luisait faiblement dans l’obscurité morne. Le vent commençait à s’élever, avec une rumeur pareille à celle de la mer montante. Les ténèbres qui délivrent la nature comme l’être humain des contraintes imposées par le jour, invitaient toute douleur à délirer, et la forêt, sortant de sa stupeur, ouvrant enfin ses mille bouches, se plaignait longuement sur le cœur de la nuit.
La tête appuyée à son bras, comme un enfant qui dort, Laurence gisait sur le sentier, entre deux rangées d’arbres noirs, gardiens inexorables auxquels elle n’échapperait plus qu’en échappant à la vie. Par moments, elle regardait, au-dessus de leurs cimes mouvantes, le vide du ciel sans étoiles, cet espace inconnu, où bientôt s’allumeraient pour elle les lumières éclatantes, invisibles encore à son œil de chair. Mais, le plus souvent, sa paupière restait close. Elle ne souffrait pas. Le froid l’engourdissait lentement, d’une manière presque insensible. Son corps, épuisé par la marche et la faim, cédait à la mort sans révolte, avec une sorte de volupté. Pourtant, elle demeurait absolument lucide. Comme un voyageur, prêt à partir, loin, par delà les mers, fait une dernière fois le tour de sa maison, saluant ses souvenirs heureux ou tristes et rassemblant ce qu’il doit emporter, ainsi son âme parcourait le cercle de sa vie, cherchant parmi bien des ruines, une perle sans prix : cette vérité, cette sagesse qu’acquiert ici-bas, à force de peine, toute créature, la seule chose qui lui reste à son dernier jour et soit une richesse au seuil de la tombe.
En ce monde, où tout est mystère, l’homme n’a point d’autre guide que l’homme, son semblable, duquel lui vient toute douleur et toute science. Chaque être qu’il rencontre, noble ou abject, ami ou ennemi est un signe de Dieu, un point de repère, écueil ou phare, placé sur la route obscure qui va du provisoire à l’éternel. C’est pourquoi, à cette heure dernière, Laurence, les yeux fermés, s’efforçait d’évoquer, non point les circonstances de sa vie, mais, un à un, les personnages, héros ou comparses, qui, avec elle, en avaient joué le grand drame.
Lentement, des profondeurs de son passé, elle vit surgir une foule de figures familières qui s’avançaient, par groupes, et qu’elle examinait avec une attention extrême, comme les pages d’un livre obscur et sacré, cent fois relu, mais encore imparfaitement compris.
D’abord parurent des fantômes hostiles : Lucie Jaffin, Douran, Hecquin, Mme Heller, tous ceux qui l’avaient persécutée, déçue, trahie, lui révélant la laideur du monde.
Puis vinrent des figures falotes : Juliane, André, Gaston Noret, tous ces médiocres, sans vertu, ni méchanceté, sans grandeur, ni bassesse, pauvres êtres dont un grain de sable comblait le cœur étroit, dont le bonheur mesquin dégoûtait du bonheur.
Mais bientôt, parmi cette foule confuse qui passait et repassait dans sa mémoire, Laurence distingua des visages plus chers. Silencieusement, avec un geste de bénédiction, les ombres de ceux qu’elle avait aimés l’entourèrent. Ombres pathétiques, qui toutes avaient subi un cruel martyre : Ursule, pauvre âme, consumée de charité, immolée au bonheur d’un seul être qu’elle n’avait pu sauver ; Paul Dacellier, cœur sans repos, dévoré par le feu d’un inextinguible désir non réalisé ; les Arêle, si doux, si purs, et pourtant si durement éprouvés, vivants encore, mais déjà morts avec leurs fils perdus.
Pourquoi Laurence, à cette heure plus encore qu’autrefois, éprouvait-elle, pour ces infortunés, l’admiration fervente, complète, un peu jalouse qui, d’ordinaire, s’adresse aux seuls heureux ? D’où venait que leurs vies manquées lui paraissaient plus enviables qu’aucune autre, leur voie rude préférable aux plus faciles chemins ? Ces vaincus de la vie gardaient pour elle un aspect triomphant, l’assurance et le calme des victorieux. Manifestement, ils possédaient une sagesse supérieure à celle du monde. Une force était en eux, une lumière qu’elle avait devinée, reconnue toute jeune. Ils lui avaient appris que nul n’est grand ici-bas que par la foi, la douleur ou l’amour.
— Cela, je le savais, songeait-elle, évoquant une ombre plus chère encore, mais sans vous, Cyril, j’aurais pu l’oublier, m’égarer pour toujours. Vous avez été mon père et ma mère, mon guide, ma force, mon ami. Chacune de vos paroles illuminait pour moi le monde et les plus ténébreux mystères. Par vous, j’ai vécu votre vie et la mienne, vous ayant donné mon âme. Vous m’avez détachée de tout et de vous-même, cruellement parfois, pour me livrer à Dieu. Par vous, j’ai connu la privation suprême, le désir sans repos et la soif et la faim. A travers les affres, les miracles de l’amour humain, vous m’avez conduite à l’amour infini.
Elle atteignait le but de son voyage, l’instant où nul guide humain n’est plus nécessaire, où la créature expirante, soumise à l’action directe de la grâce, doit sans intermédiaire chercher son créateur. Laurence prit congé des figures qui l’avaient visitée, leur adressant à toutes, amies ou ennemies, un sourire de tendresse ou de pardon. Elles s’éteignirent une à une, la laissant seule dans l’ombre. Mais cette ombre était comme un voile épais posé sur un divin visage. Une approche invisible remplissait déjà cette solitude. Laurence était comme une femme dans les ténèbres, enfermée sans le savoir, avec son bien-aimé, et avant qu’il lui parle, avant qu’il la touche, elle a deviné sa présence, elle a crié son nom.
— Dieu, Dieu, mon Dieu ! gémit-elle.
En même temps, il lui sembla qu’un glaive fulgurant pénétrait en elle, venait frapper dans les dernières profondeurs de son cœur un point que la douleur humaine n’avait encore jamais blessé. Et les larmes qui lui échappèrent lui parurent les premières qu’elle eût jamais versées, tant leur saveur était à la fois âcre et douce. Elle voulut, dans un geste familier, porter la main à ses paupières humides. Mais déjà elle ne pouvait plus faire aucun mouvement. Le froid paralysait ses membres. La neige durcie enserrait étroitement son corps, le soudait à la terre maternelle. Dans cette chair anéantie que dévorait la mort, l’âme seule vivait d’une vie puissante. Comblée par une présence ineffable, elle chantait passionnément.
— Seigneur, c’est donc vous, disait-elle, qu’ai-je à présent besoin d’explications ? Puis-je nier l’existence du feu dont je sens sur moi la brûlure ? C’est vous, être infini, mystérieux, inexplicable, que rien en moi ne comprend, que tout en moi, au premier signe, salue et reconnaît, silence plus éloquent que toute parole, face cachée plus belle qu’aucune figure vivante. Les formes, les visages humains qui vous révélaient à moi vous cachaient en même temps. Maintenant qu’ils se sont évanouis, je vous vois, je vous trouve enfin ; amour sans déclin, amour éternel, vous que j’ai à la fois constamment fui et cherché.
Comme une jeune fille, amenée en présence du roi dont elle va devenir l’épouse, apercevant pour la première fois son auguste visage, frémit et se désespère parce qu’elle n’est point assez belle, ainsi Laurence, le cœur pénétré d’une humilité déchirante, repassant toute son existence, évoquant son reniement, sa longue révolte, sa résistance au seul amour, pleurait ses dernières larmes que le vent gelait sur sa face. Mais comme elle s’affligeait d’être pauvre de toute vertu, de tout mérite, soudain, avec une ineffable joie, elle se souvint d’avoir beaucoup souffert. Aussitôt l’énigme de sa vie lui fut expliquée. Sa destinée, pleine de tempêtes et de tragédies sombres, lui apparut comme une voie unie et droite qui conduisait à la lumière.
— Bénie sois-tu, dit-elle, ô parfaite infortune, car je comprends enfin l’œuvre éclatante que tu accomplissais en moi. Tu me fus accordée par grâce, afin que je n’arrive pas les mains vides devant mon juge. Du moins, à défaut d’autres présents, je puis vous les offrir, Seigneur, toutes ces douleurs que j’ai parfois maudites, ne sachant pas qu’elles étaient ma richesse, ma sauvegarde, ma force ! Recevez-moi à cause d’elles, car elles m’ont préservée des souillures du bonheur et lentement purifiée pour vous. Acceptez donc, ainsi qu’un holocauste, non voulu, précieux pourtant, ma jeunesse désolée, ma constante solitude, la trahison de tous ceux en qui j’ai eu foi, la mort de ceux que j’ai aimés. Acceptez mon amour pour Cyril, le long désir toujours trompé, l’attente toujours vaine, la grande rupture de mon cœur au jour des adieux. Acceptez enfin, ô mon Dieu, avec tout le passé, le présent, ces quelques minutes qui me séparent encore de vous. Souvenez-vous, Bonté suprême, que j’ai cru en vous indomptablement à cette heure où vous m’aviez livrée à toutes les puissances des ténèbres. Je vous offre mon abandon, ma misère complète, cette épouvante où j’entre sans aucune assistance.
Cyril, cependant, ne l’avait pas quittée. Comme elle formulait cette plainte, elle le revit encore. Il semblait tendre les mains vers elle dans un geste de pitié secourable. Elle le contempla tendrement et lui dit adieu.
— Ecarte-toi, supplia-t-elle, afin que pendant cette minute, la dernière qui me soit accordée pour souffrir et pour mériter, j’endure toute la douleur possible. Ecarte-toi, laisse-moi mourir seule.
La chère ombre docilement s’évanouit. Laurence acheva sa prière :
— Mais ce dernier bien qui me restait encore, cette image trop adorée, Seigneur, je veux vous la sacrifier aussi, vous offrant jusqu’au souvenir de Cyril, car je sais que pour vous plaire, il faut être absolument nue et pauvre. O Dieu ! roi des déshérités, amant de ceux qui n’ont plus rien, vous qui pour me conquérir m’avez tout repris et tout arraché, vous, dont j’ai subi toute ma vie la jalousie et la violence, consumez en moi mon dernier amour, afin que je sois devant vous comme un gouffre vide, un abîme béant qui souffre et qui désire !
Quand elle se fut ainsi dépouillée de tout, reniant ses affections humaines afin de les retrouver purifiées, son cœur entra dans la paix. Autour d’elle, l’air retentissait de bruits confus, craquements, sifflements aigus, lugubres plaintes. Sur le fond immobile de l’ombre, les hêtres et les chênes, fantômes menaçants ou plaintifs, se tordaient furieusement sous l’effort des rafales. Plus abandonnée qu’une bête sauvage, Laurence gisait dans cette horreur, dans cet effroi, avec, pour dernier lit, la terre, pour témoins, les arbres délirants, pour prières, la grande lamentation du vent. Pourtant, ayant rouvert les yeux, elle regardait avec tendresse la neige qui devait être son linceul, la forêt qui, l’ayant perdue par ses ruses, assistait implacable à son agonie. Il n’était pas jusqu’à la bise glacée sous laquelle frémissait encore sa chair misérable qu’elle n’essayât de bénir. Elle à qui le plus beau soleil avait été amer et le printemps ennemi, elle pardonnait à cette nuit pleine de terreurs qui la tuait cruellement.
Mais adieu, toi que nous avons suivie jusqu’à cette heure où ta vie s’achève, où Dieu t’a saisie dans sa main, où tu reposes, assouvie et comblée, plus jeune qu’au jour de ta naissance, ta longue peine réparée par un instant d’amour. Déjà ton âme, dont la mort lentement rompt les liens, à demi sortie du monde, entrevoit la lumière, savoure la plénitude de la foi. Ton extase demeure pour nous impénétrable. La douleur seule nous a confié tous ses secrets. Nous pouvons chanter l’inquiétude humaine, l’espérance trompée, la passion vaine, les tourments de l’attente et du désir. La joie, qui est chose divine, dont parfois l’aile nous effleure, nous a toujours caché son visage exultant. Nous qui vivons, nous qui souffrons, nous qui luttons dans les ténèbres, nous qu’un souffle d’air trouble et change, que saurions-nous dire de l’esprit sauvé auquel nul ne ravira plus la vérité conquise, la victoire obtenue ? Nous ne comprenons point ce qu’est la délivrance, moins encore la certitude ou la stabilité ; et, pour la paix, nous avons entendu parler d’elle, mais nous ne connaissons que son nom.
Paris. — Imp. Paul Dupont (Cl.). — 6.4.24
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