GUY DE MAUPASSANT
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DÉCOUVERTE
J'étais enfant. J'aimais les grands combats, Les chevaliers et leur pesante armure, Et tous les preux qui tombèrent là-bas Pour racheter la Sainte Sépulture.
L'Anglais Richard faisait battre mon coeur; Et je l'aimais, quand après ses conquêtes Il revenait, et que son bras vainqueur Avait coupé tout un collier de têtes.
D'une Beauté je prenais les couleurs. Une baguette était mon cimeterre; Puis je partais à la guerre des fleurs Et des bourgeons dont je jonchais la terre.
Je possédais au vent libre des cieux Un banc de mousse où s'élevait mon trône. Je méprisais les rois ambitieux, De rameaux verts j'avais fait ma couronne.
J'étais heureux et ravi. Mais un jour Je vis venir une jeune compagne. J'offris mon coeur, mon royaume et ma cour, Et les châteaux que j'avais en Espagne.
Elle s'assit sous les marronniers verts; Or, je crus voir, tant je la trouvais belle, Dans ses yeux bleus comme un autre univers, Et je restai tout songeur auprès d'elle.
Pourquoi laisser mon rêve et ma gaîté En regardant cette fillette blonde? Pourquoi Colomb fut-il si tourmenté Quand, dans la brume, il entrevit un monde?
L'OISELEUR
L'Oiseleur Amour se promène Lorsque les coteaux sont fleuris, Fouillant les buissons et la plaine, Et, chaque soir, sa cage est pleine Des petits oiseaux qu'il a pris.
Aussitôt que la nuit s'efface Il vient, tend avec soin son fil, Jette la glu de place en place, Puis sème, pour cacher la trace, Quelques grains d'avoine ou de mil.
Il s'embusque au coin d'une haie, Se couche aux berges des ruisseaux, Glisse en rampant sous la futaie, De crainte que son pied n'effraie Les rapides petits oiseaux.
Sous le muguet et la pervenche L'enfant rusé cache ses rets, Ou bien sous l'aubépine blanche Où tombent, comme une avalanche, Linots, pinsons, chardonnerets.
Parfois d'une souple baguette D'osier vert ou de romarin Il fait un piège, et puis il guette Les petits oiseaux en goguette Qui viennent becqueter son grain.
Étourdi, joyeux et rapide, Bientôt approche un oiselet: Il regarde d'un air candide, S'enhardit, goûte au grain perfide, Et se prend la patte au filet.
Et l'oiseleur Amour l'emmène Loin des coteaux frais et fleuris, Loin des buissons et de la plaine, Et, chaque soir, sa cage est pleine Des petits oiseaux qu'il a pris.