ANDRÉ LEMOYNE
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CHANSON MARINE
Nous revenions d'un long voyage, Las de la mer et las du ciel. Le banc d'azur du cap Fréhel Fut salué par l'équipage.
Bientôt nous vîmes s'élargir Les blanches courbes de nos grèves; Puis, au cher pays de nos rêves, L'aiguille des clochers surgir.
Le son d'or des cloches normandes Jusqu'à nous s'égrenait dans l'air; Nous arrivions par un temps clair, Marchant à voiles toutes grandes.
De loin nous fûmes reconnus Par un vol de mouettes blanches, Oiseaux de Granville et d'Avranches, Pour nous revoir exprès venus.
Ils nous disaient: "L'Orne et la Vire Savent déjà votre retour, Et c'est avant la fin du jour Que doit mouiller votre navire.
"Vous n'avez pas compté les pleurs Des vieux pères qui vous attendent. Les hirondelles vous demandent, Et tous vos pommiers sont en fleurs.
"Nous connaissons de belles filles, Aux coiffes en moulin à vent, Qui de vous ont parlé souvent, Au feu du soir dans vos familles.
"Et nous en avons pris congé Pour vous rejoindre à tire-d'ailes, Vous avez trop vécu loin d'elles, Mais pas un seul coeur n'a changé."
UN FLEUVE A LA MER
Quand un grand fleuve a fait trois ou quatre cents lieues Et longtemps promené ses eaux vertes ou bleues Sous le ciel refroidi de l'ancien continent, C'est un voyageur las, qui va d'un flot traînant.
Il n'a pas vu la mer, mais il l'a pressentie. Par de lointains reflux sa marche est ralentie.
Le désert, le silence accompagnent ses bords. Adieu les arbres verts.—Les tristes fleurs des landes, Bouquets de romarins et touffes de lavandes, Lui versent les parfums qu'on répand sur les morts.
Le seul oiseau qui plane au fond du paysage, C'est le goëland gris, c'est l'éternel présage Apparaissant le soir qu'un fleuve doit mourir, Quand le grand inconnu devant lui va s'ouvrir.