GÉRARD DE NERVAL (continued 12)
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Rien n'est plus engageant que les grandes affiches et les inscriptions peintes des bureaux de steamboat qui annoncent des départs continuels pour Leuwarden en Frise, pour Saardam, qu'ils appellent Zaadam, pour Groningne, pour Héligoland, pour le Texel ou pour Hambourg. Si nous ne voulons qu'admirer la magnifique perspective d'Amsterdam, mettons le pied sur le paquebot de Saardam, qui, trois fois par jour, transporte les promeneurs sur le rivage de la Nord-Hollande. Le bateau fume et se détache de l'estacade prodigieuse chargée d'un petit village de comptoirs et d'offices maritimes, de restaurants et de cafés.—Déjà toute la ligne du port nous apparaît dentelée au loin par les découpures des toits variés de dômes et de tours aux chaperons aigus au-dessus desquels se dressent, sur trois ou quatre points, de hauts clochers ouvragés comme les pions d'un échiquier chinois. Puis le panorama s'abaisse; chaque dôme, chaque flèche fait le plongeon à son tour. Seule, la vieille cathédrale, située à gauche, lève toujours son doigt de pierre dont on aperçoit la dernière aiguille de l'autre côté du golfe. L'étendue de la mer est vaste; cependant, une ligne verte égayée de moulins trace partout, comme un mince ourlet, les derniers contours de l'horizon. On finit par reconnaître l'autre rivage en voyant s'y multiplier les moulins, qui, autour de Saardam, sont au nombre de quatre cents. Une petite anse, ouverte au milieu des pâturages à fleur d'eau, vous mène au port de la charmante ville, que je me garderai bien d'appeler chinoise, parce que cela déplaît aux habitants. Voici le cadran d'une jolie église au toit pointu qui nous annonce que nous n'avons mis qu'une heure pour la traversée. Une nuée de cicerones en bas âge s'attache à nos vêtements avec l'âpreté des Frisonnes de la Haye, mais avec des moyens de séduction moins infaillibles.
J'ai été obligé de me réfugier dans un café pour n'être pas mis en lambeaux. Un homme très-poli est venu s'asseoir à ma table, et a demandé un verre de bière. En causant, il m'a parlé de la maison de Pierre le Grand, et a offert de m'y conduire. Les petits cicerones hurlaient tellement à la porte et faisaient de telles grimaces, que cet obligeant personnage crut devoir leur distribuer des coups de canne. «Monsieur, me dit-il, je me ferai un plaisir d'accompagner un voyageur qui paraît distingué, et de lui faire les honneurs de la ville. Ces drôles vous auraient volé votre argent; ils sont incapables d'apprécier les choses d'art. Je vous préviens qu'il ne faut donner que quatre sous à la maison du czar Pierre. On abuse ici de la facilité des étrangers. Maintenant, si vous voulez voir la maison, accompagnez-moi; je vais de ce côté. »
A cent pas du port, presque dans la campagne, on rencontre une petite porte verte sur le bord d'un ruisseau. Au fond d'une cour de ferme, est une maison qui a l'aspect d'une grange. C'est dans cette maison—qui recouvre l'ancienne comme un verre couvre une pendule—qu'existe encore la cabane parfaitement conservée du charpentier impérial. Dans la première pièce, on voit une haute cheminée dans l'ancien goût flamand, que surmonte une plaque gravée qu'a fait poser l'empereur Alexandre; de l'autre côté, un lit pareil à nos lits bretons; au milieu, la table de travail de Pierre, chargée d'une quantité d'albums qui reçoivent les autographes et les inspirations poétiques des visiteurs. La seconde pièce contient divers portraits et légendes. Les cloisons de sapin sont entièrement couvertes de signatures et de maximes, comme si les albums n'avaient pas suffit mais chacun veut prendre une part de l'immortalité du héros. J'ai remarqué cette citation de Gœthe: «Ici, je me sens homme! ici, j'ose l'être!» C'était un homme, en effet, que ce grand homme; mais abrégeons.—Mon obligeant inconnu s'était retiré par discrétion, car on permet aux curieux de méditer dans cette maison et de se supposer un instant à la place du czar Pierre. Ouvrier et empereur, les deux bouts de cette échelle se valent en solidité, et il est impossible de réunir plus de noblesse à plus de grandeur. Pierre le Grand, c'est l'Émile de Rousseau idéalisé d'avance.
Je compris, en retrouvant l'inconnu à la porte et lui voyant un air embarrassé, qu'il obligeait ses amis à la manière de M. Jourdain; mais il s'y était pris spirituellement. J'offris de lui prêter un florin, qu'il accepta sans difficulté.
«Maintenant, monsieur, voulez vous venir voir Broëk? Cela ne coûte que quatre florins.—C'est trop.—Deux florins, et j'y perds.—Je n'y tiens pas.—Alors, monsieur, ce sera un florin.... Je fais ce sacrifice à l'amitié.» En effet, ce n'était pas cher; il fallait une voiture pour franchir les deux lieues. On sait déjà par Gozlan que Broëk est un village dont tous les habitants sont immensément riches. Le plus pauvre, n'étant que millionnaire, a accepté les fonctions de gardien des portes et de garde champêtre à ses moments perdus. La vérité est que les paysans de ce village sont des commerçants et des armateurs retirés, chez lesquels sont venues s'amasser pendant plusieurs générations les richesses des Indes et de la Malaisie. Ces nababs vivent de morue et de pommes de terre au milieu du rire éternel des potiches et des magots. Chaque maison est un musée splendide de porcelaines, de bronzes et de tableaux. Il y a toujours une grande porte, qui ne s'ouvre que pour la naissance, le mariage ou la mort. On entre par une porte plus petite. L'aspect du village offre un carnaval de maisons peintes, de jardinets fleuris et d'arbustes taillés en forme d'animaux. C'est là que l'on rabote, par un sentiment exquis de propreté, les troncs des arbres, qui sont ensuite peints et vernis. Ces détails sont connus; mais il y a quelque exagération dans ce qu'ont dit certains touristes, que les rues sont frottées comme des parquets.—Le pavé se compose simplement de tuiles vernies, sur lesquelles on répand du sable blanc, dont la disposition forme des dessins. Les voitures n'y passent pas et doivent faire le tour du village. Ce n'est que dans le faubourg que l'on peut rencontrer des auberges, des marchands et des cafés. Les femmes ont conservé, comme à Saardam, les costumes pittoresques de la Nord-Hollande. Les couronnes d'orfèvrerie, souvent incrustées de pierres fines, les dentelles somptueuses et les robes mi-parties de rouge et de noir sont les mêmes qu'à l'époque où une reine d'Angleterre se plaignait d'être éclipsée par les splendeurs d'une cuisinière ou d'une fille de ferme. Il y a au fond beaucoup de clinquant dans tout cela; mais l'aspect n'en est pas moins éblouissant.
Il ne faut pas mépriser Saardam, où nous rentrons après cette excursion rapide.—J'ai demandé à voir le bourgmestre, et je m'attendais à voir surgir tout à coup l'ombre de Potier. Le bourgmestre était absent, heureusement pour lui et pour moi. —La mairie était située dans une grande rue où l'esprit français a encore pénétré: ce sont deux lignes de magasins splendides, qu'on ne s'attendrait pas à rencontrer auprès d'un vaste canal qui suit parallèlement les jardins situés derrière. Les plates-bandes de tulipes égayent toujours les carrés de verdure découpés par des ruisseaux d'eau verte qui s'argentent ou se dorent aux derniers reflets du soleil couchant. C'est le printemps encore, tandis que Paris doit être en proie à l'été. Les maisons, peintes de toutes les nuances possibles du vert, depuis le vert-pomme jusqu'au vert-bouteille, se doublent dans ces eaux paisibles, comme le château du Gascon, qui s'imagine alors qu'il en possède deux.
Le port de Saardam n'est pas non plus à dédaigner.... Déjà la cloche nous appelle, et nous n'avons que le temps d'admirer la sérénité de ces rivages et de ces eaux, où dorment les lourds bateaux à voiles qui, de temps en temps, se réveillent pour faire le grand voyage des Indes.
V—HET REMBRANTS FEEST
O Érasme!—dont je porte humblement le nom traduit du grec,—inspire-moi les termes choisis et nécessaires pour rendre l'impression que m'a causée Amsterdam au retour. Les lumières étincelaient comme les étoiles dorées dont parlent les ballades allemandes. Toi qui as fait réloge de la folie, tu comprendras le ravissement que j'ai éprouvé en voyant toute la ville en fête à la veille de l'érection officielle de la statue de Rembrandt. Le gouvernement n'accordait qu'un jour, mais le peuple en voulait au moins trois. On se réjouissait d'avance dans les gastoffs et dans les musicos. J'ai trouvé à la porte d'un de ces derniers une femme qui représentait très-sincèrement l'image de la Folie dont Holbein a orné tes pages savantes. C'était encore, si l'on veut, «Calliope longue et pure,» charmant de ses accords la foule assemblée dans un carrefour. Son violon, poudré au milieu par la colophane, exécutait des airs anciens d'un mauvais goût sublime. En me voyant, cette femme eut l'intuition de ma nationalité, et joua aussitôt la Marseillaise. La foule sympathique répétait le chœur en langue flamande. Il est naturel, du reste, qu'on accueille bien les étrangers qui viennent assister à une fête artistique.
Le lendemain, toutes les maisons étaient pavoisées, ainsi que les vaisseaux du port; le canon retentissait pour marquer les pas du temps,—si précieux ce jour-là!—et les guirlandes de fleurs et de ramées s'étendaient le long de la grande rue jusqu'au Marktplein.
Il ne faut pas trop s'étonner de voir Rembrandt logé sur le Marché-au-Beurre, puisque nous n'avons pu obtenir pour Molière, à Paris, qu'une encoignure entre deux rues, servant de fontaine, et livrée aux porteurs d'eau de l'Auvergne, qui me rappellent cette belle phrase de M. Villemain dans Lascaris: «Les Arabes attachaient leurs chevaux à ces colonnes romaines, qu'ils ne regardaient pas! »
Toute la population d'Amsterdam était sur la place du Marché lorsque la statue apparut dépouillée des voiles qui la couvraient depuis le 17 mai, époque de son installation.—On entendit sur la place un huzza colossal, que couvrit bientôt l'exécution à grand orchestre du chant national: Wien Neerlands bloed in d'aderen Vloeit[1].... Il était midi et demi, le roi venait de paraître dans sa loge en costume d'officier de marine. Ce souverain a fort bonne mine sous l'uniforme, et se trouve parfaitement rendu dans un portrait de M. Pieneman, le célèbre peintre historique qui est à la tête aujourd'hui de l'école hollandaise.—Les honneurs de la fête étaient rendus au roi par les membres de la société Arti et Amicitiæ, qui avaient eu l'initiative de cette inauguration. Dans les Pays-Bas, où l'écorce monarchique couvre toujours un ancien fruit républicain, le gouvernement n'apparaît qu'à titre honoraire dans les fêtes de l'art, de la littérature ou de l'industrie. Le roi souscrit comme les autres, en raison de ses moyens.
La statue de Rembrandt n'a rien de la crânerie de celle de Rubens à Anvers. Je ne sais pourquoi les grands hommes de Hollande sont toujours représentés la tête penchée et méditant sur leurs ouvres. Érasme a le nez dans son livre; Laurent Coster, à Haarlem, songe à tailler des lettres de bois; Rembrandt médite un chef-d'œuvre en croisant sur son ventre ses mains, dont l'une ramène un des coins de son manteau. Son costume de troubadour est varié d'une trousse dans le goût du XVIIe siècle et de souliers à bouffettes qu'on a pu porter, en effet, vers ce temps-là.—Sur le piédestal, on remarque les lettres R. V. R., Rembrandt van Rhyn, et l'on peut lire encore cette devise: Hulde van het nageschlacht (hommage de la postérité). Le statuaire s'appelle Royer, le même qui a modelé la statue de Ruyter.
Trois noms, Ruyter, Vondel et Rembrandt, brillaient partout en or sur les bannières. On m'a traduit les discours prononcés par les autorités. M. Scheltema, savant archiviste, s'est occupé beaucoup de rassembler des documents sur la vie de Rembrandt. Il a rappelé avec bonheur le souvenir d'une fête où, il y a juste deux siècles, le vieux Vondel fut couronné de lauriers par les associations de peintres et de sculpteurs. L'orateur a cherché ensuite à venger le grand artiste de diverses inculpations, qui réellement font du tort à notre pays, dans je ne sais quel article de la biographie Michaud.—Le discours du savant semblait calqué, à l'inverse, sur les arguments de l'inconnu qui a écrit cet article, dont nous ne savons même si nous devons être responsables. «On a accusé Rembrandt, a dit M. Scheltema, d'être avare et crapuleux (schraapzugtig). » M. Scheltema a peut-être un peu trop vengé Rembrandt du reproche d'avoir fréquenté le bas peuple. Nous possédons à la Bibliothèque nationale une collection de gravures qu'il eût été difficile à l'artiste de réaliser sans se mêler un peu à la basse société. Le beau monde était très-beau sans doute du temps de Rembrandt, mais les gens en guenilles n'étaient pas à dédaigner pour un peintre. Ne cherchons pas à faire, des poëtes et des artistes, des gentlemen accomplis et méticuleux. La main qui tient la plume ou le pinceau ne s'accommode des gants paille que quand il le faut absolument, pour toucher parfois d'autres mains ornées de gants paille,—et des esprits de la force de Rembrandt sont ceux qui, comme les dieux, épurent l'air où ils ont passé.
On s'attendait à revoir le roi au grand bal que donnait la société Arti et Amicitiæ. Il avait fort bien répondu à une allusion imprudente d'un discours municipal touchant le monument de Waterloo. «Ceci, a-t-il répliqué, n'est pas un monument sanglant.» Mais le souverain, un peu fatigué de la journée, avait laissé pour le représenter au bal le prince Henri, qui a seul été salué du chant: Leve het Vaderland!... hoezee!
En consultant mes souvenirs de cette journée du 27 mai, je suis encore frappé de l'aspect de toute cette ville en fête, des maisons pavoisées et des fenêtres ornées de guirlandes, du sol jonché de fleurs, et de ces milliers de bannières flottant au vent ou portées en pompe par les sociétés et les corporations. Le soir, tout était illuminé, et les rues qui conduisent du marché au musée étaient particulièrement sablées et parées de verdure. Les tableaux du prince de la peinture hollandaise étaient éclairés a giorno, et la Ronde nocturne surtout était encore admirée avec délices: il aurait fallu peut-être faire venir de la Haye la Leçon d'anatomie. Mais le parc, véritable centre de cette solennité, nous gardait d'autres merveilles et d'autres hommages rendus à Rembrandt. Pourquoi faut-il que le grand artiste n'ait été si unanimement fêté qu'après deux cents ans dans la ville où il a passé presque toute sa vie? Ne pouvant attaquer son talent, on l'a traité d'avare: on a raconté que ses élèves peignaient, sur des fragments de cartes découpées, des ducats et des florins qu'ils semaient dans son atelier, afin qu'il les fît rire en les ramassant. Ce qui est vrai, c'est que Rembrandt le réaliste employait toutes ses économies à acquérir des armes, des costumes et des curiosités qui lui servaient pour ses tableaux. Ne lui a-t-on pas reproché d'avoir épousé une paysanne et d'avoir feint d'être mort pour profiter de la plus value d'une vente après décès? La biographie fondée sur des preuves nouvelles que va publier dans trois mois M. Scheltema rétablira sans doute la vérité des faits.—Il s'est rencontré même un critique qui appréciait le talent d'après une échelle arithmétique, et qui, supposant le nombre 20 comme étalon général, accordait à Rembrandt 15 comme composition, 6 comme dessin, 17 comme coloris et 12 comme expression? Ce mathématicien s'appelait de Piles.
Le parc, illuminé de deux mille becs de gaz, a bien vengé l'artiste de ces obscurs blasphémateurs. Au delà des allées d'arbres précieux et des parterres bariolés des dernières bandes de tulipes, on entrait dans une vaste salle dont les peintures latérales avaient été exécutées par les peintres actuels de l'école hollandaise; Gérard Dow, Flinck et Eeckout, les élèves de Rembrandt avaient leur part de cette glorification. J'ai remarqué les compositions de MM. Pieneman, van Hove père et fils, Rochussen, Peduzzi, Israëls, Bosboom, Schwartze, von de Laar, Calisch, etc. Chaque panneau offrait une scène de la vie artistique du maître, et j'ai trouvé très-ingénieuse l'idée de le représenter peignant ses principaux tableaux. Notamment pour la Ronde de nuit, on voyait le peintre dans son atelier, entouré de ses modèles en costume: les deux fiers compagnons vêtus à la mode espagnole, la jeune bohémienne en robe de soie jaune avec le gibier pendu à sa ceinture, et jusqu'au petit chien qui attend son tour pour poser.—Le Tobie de notre musée a aussi sa place dans ces décorations. Il serait trop long de tout décrire. Et, d'ailleurs, l'attente générale a été détournée bientôt par une ouverture à grand orchestre, suivie d'une représentation allégorique dans le goût flamand, qui avait lieu sur une sorte de théâtre dressé pour la circonstance. Les chambres de rhétorique et de poésie fleurissent toujours dans ce pays, et gardent éternellement les traditions du moyen âge. Nous avons donc vu une scène où les dieux sont mêlés, et qui symbolisait cette pensée que la poésie, la philosophie et les arts devaient s'unir pour fêter le grand homme. Dame Rhétorique, dame Philosophie et dame Sapience n'auraient pas mieux parlé au XIVe siècle que ne l'ont fait les acteurs de cette moralité déclamant les vers de M. van Lennep. Les dieux peints et sculptés de la salle accueillaient ainsi cette composition mythologique d'un sourire bienveillant.—Ensuite a commencé le bal, et une valse échevelée, où brillaient les blanches épaules et les diamants séculaires des dames de Hollande, a couronné la fête, qui avait commencé par la distribution des lots d'une tombola artistique à laquelle tous les peintres du pays s'étaient intéressés par des offrandes. Cette loterie a produit plus de vingt mille florins.
Le palais était magnifiquement pavoisé. On m'avait permis de le visiter avant l'arrivée du roi. Le palais d'Amsterdam est digne de remplacer une des sept merveilles du monde disparues. Il est bâti sur onze mille pilotis, formés des plus grands mâts de vaisseaux. La salle de bal est la plus grande et la plus belle de l'Europe, plus grande peut-être que la salle de la Bourse de Paris. Toute la partie supérieure est revêtue de sculptures admirables en marbre blanc. Huit salles également pleines de chefs-d'œuvre entourent cet immense local, et y correspondent de plain-pied. Tous les itinéraires donnent les dimensions et énumèrent les ornements de cette agrégation d'intérieurs superbes. On admire aussi au même étage les appartements royaux décorés encore comme au temps de Louis Bonaparte,—dans le style de l'Empire,—et que le roi Guillaume fait aujourd'hui restaurer. Du haut de cet édifice, on embrasse parfaitement la vue d'Amsterdam découpée en hémicycle, et l'on compte les bandes d'argent des canaux qui vont se rétrécissant jusqu'au bord. L'Amstel se perd au loin dans les campagnes. Le Rhin aboutit à la mer en traversant les dunes couvertes de moulins qui avoisinent Leyde aux tours rougeâtres. C'est là qu'est né Rembrandt van Rhyn,—Rembrandt du Rhin.
NOTE
Lorsqu'on recueille après tant d'autres quelques impressions éparses, le long de ce vieux Rhin, qui s'en va finir dans la patrie de Rembrandt, on ne peut avoir la prétention soit de dire quelque chose de nouveau, soit de donner un fidèle itinéraire; il y a des livres pour cela. Dans cette vue prise à vol d'oiseau des aspects et des mœurs, on risque aussi de choquer certaines susceptibilités locales. C'est ce qu'indiquent quelques lettres de personnes honorables d'Amsterdam, reçues à la Revue des Deux Mondes, où ont paru pour la première fois les Fêtes de Hollande, et qui reprochent à l'auteur de n'avoir pas écrit un article sérieux sur Rembrandt, d'avoir traité légèrement les chambres de rhétorique et les concours de poésie, et d'avoir parlé d'un Érasme mécanique qui existerait à Dordrecht. C'est, dit-on, «un cancan des gamins de Rotterdam.» Cela prouverait que la statue a pu exister autrefois. L'auteur n'a pis dit qu'il l'eût vue. Il a rapporté ce cancan, ainsi que celui du bois de la Haye planté sur pilotis, dont l'ancienne tradition n'a rien d'extraordinaire en raison du peu de stabilité des terrains.
Ensuite, il est impossible d'écrire un article sérieux sur Rembrandt, puisque l'on prétend, à Amsterdam, que les nouveaux documents recueillis, et non encore communiqués à l'Europe, démontreront les erreurs grossières contenues dans les biographies que nous possédons. Il faut attendre.
Le public sérieux du pays ne s'est certainement pas préoccupé de ces questions de détail, et reconnaîtra sans doute que la légèreté française, si inquiétante quelquefois pour les étrangers, se trouve tempérée ici par des éloges bien sincères, qui doivent être appréciés dans la patrie de Vondel, d'Érasme et de Jean Second.
FIN.
TABLE
LES NUITS DU RAMAZAN
I—STAMBOUL ET PÉRA
I—Balik-Bazar1
II—Le sultan5
III—Le grand champ des morts9
IV—San-Dimitri16
V—Une aventure de l'ancien sérail22
VI—Un village grec27
VII—Quatre portraits30
II—THÉATRES ET FÊTES
I—Ildiz-Khan37
II—Visite à Péra40
III—Caragueus44
IV—Les buveurs d'eau58
V—Le pacha de Scutari64
VI—Les derviches68
III—LES CONTEURS
Une légende dans un café75
Histoire de la reine du matin et de Soliman, prince des génies
I—Adoniram77
II—Balkis83
III—Le temple96
IV—Mello110
V—La mer d'airain121
VI—L'apparition127
VII—Le monde souterrain134
VIII—Le lavoir de Siloé145
IX—Les trois compagnons157
X—L'entrevue164
XI—Le souper du roi170
XII—Macbénach179
IV—LE KAIRAM
I—Les Eaux-Douces d'Asie193
II—La veille du grand Batram201
III—Fêtes du sérail205
IV—L'Atmeïdan208
APPENDICE
I—De la condition des femmes215
II —La vie intérieure au Caire, mœurs des harems224
III—Fêtes particulières244
IV—Les danseuses d'Égypte245
V—Les jongleurs249
VI—Les maisons du Caire255
VII—Cérémonies des funérailles263
VIII—Population de l'Égypte277
IX—La peinture chez les Turcs280
X—La vie domestique chez les Égyptiens288
XI—La fête de Mahomet294
XII—Les béguins301
XIII—Les arts à Constantinople et chez les Orientaux305
XIV—Lettre d'Amrou309
XV—Catéchisme des Druses313
XVI—Lettre à Théophile Gautier323
DE PARIS A CYTHÈRE (1840)
I—Route de Genève331
II—L'attaché d'ambassade338
III—Paysages suisses343
IV—Le lac de Constance — Augsbourg354
V—Un jour à Munich363
VI—Les amours de Vienne375
VII—Suite du journal384
VIII—Idem.389
IX—Idem.398
X—Idem.417
XI—L'Adriatique422
LORELY—SOUVENIRS D'ALLEMAGNE
À Jules Janin427
I—DU RHIN AU MEIN (1838-1840)
Introduction433
I—Strasbourg442
II—La forêt Noire451
III—Les voyages à pied455
IV—La maison de conversation459
V—Lichtenthal467
VI—Francfort472
VII—Mannheim et Heidelberg478
VIII—Une visite au bourreau de Mannheim485
IX—En descendant le Rhin483
II—SOUVENIRS DE THURINGE (1850)
I—L'opéra de Faust à Francfort492
II—La statue de Gœthe502
III—Eisenach505
IV—Les fêtes de Weimar.—Le Prométhée507
V—Lohengrin519
VI—La maison de Gœthe524
VII—Schiller, Wieland, le Palais527
III—LES FÊTES DE HOLLANDE (1852)
I—Bruxelles533
II—D'Anvers à Rotterdam538
III—La kermesse de la Haye544
IV—Amsterdam et Saardam549
V—Het Rembrants feest553