← Table of contents
Missions au Sahara, tome 2

CHAPITRE I

Reading edition

LA PÉNÉPLAINE CENTRALE DU SAHARA

I. Constitution géologique. — Archéen. — Silurien. — Dévonien. — Carbonifère. — Extension des terrains anciens vers le Sud. Rebroussement des plis.

II. Les Régions. — Les Tanezrouft. Leurs points d’eau. — L’Ahaggar : Orographie. Hydrographie. Les villages. Les nomades. — L’Adr’ar’ des Ifor’as : Orographie. Hydrographie. Les villages. Les Ifor’as. — Adr’ar’ Tiguirit. — L’Aïr : Orographie. Hydrographie. Les villages. Histoire. Les habitants.

I. — CONSTITUTION GÉOLOGIQUE

La majeure partie du Sahara central est formée de terrains anciens, le plus souvent cristallins. Ces terrains ont été énergiquement plissés avant le dépôt des grès dévoniens, qui constituent les Tassili du nord. A cette époque reculée, ils formaient un massif montagneux qui, par son âge, se rapproche de celui dont les débris se retrouvent en Scandinavie et en Écosse et que, pour cette raison, on a appelé la chaîne calédonienne. Il est intéressant de constater la symétrie avec laquelle se sont groupés les grands accidents tectoniques de part et d’autre de la Méditerranée. Au nord les Alpes avec leurs annexes, au sud les plissements de l’Afrique mineure, datant du Tertiaire, la bordent immédiatement. A une distance un peu plus grande, la Bretagne, le Plateau Central, le Plateau Rhénan, la Bohême jalonnent les traces de la chaîne hercynienne, qui date de la fin des temps primaires : Flamand avait signalé, et Gautier a décrit (t. I) les plissements du même âge que l’on peut suivre du Tidikelt jusqu’au Maroc et au Sud-Algérien. Plus extérieure encore et enveloppant la précédente, se retrouve en Europe comme en Afrique les traces d’une chaîne de montagnes, datant de la fin du Silurien.

Malgré cette symétrie, il y a peut-être quelqu’inconvénient à donner un même nom, d’origine géographique, à des plissements aussi éloignés les uns des autres que ceux de l’Écosse et du Sahara : rien ne prouve jusqu’à présent qu’ils se raccordent.

On peut même observer[2] que, tandis que, au nord de la Méditerranée, la chaîne hercynienne et la chaîne calédonienne accusent, au moins sur une partie de leurs parcours, un certain parallélisme, il y a, dans le Sahara central, croisement plutôt que juxtaposition des plis antédévoniens et des plis carbonifères.

La région où les deux systèmes de plissements se rencontrent, au sud du Tidikelt et à l’ouest de la Saoura [t. I, p. 241 et p. 232], paraît singulièrement compliquée. Si l’on ajoute que la stratigraphie du Sahara est encore trop mal connue pour que l’on puisse affirmer que les plis antédévoniens sont bien du même âge, au nord et au sud de la Méditerranée, on comprendra facilement que M. E. Suess (in litteris) soit d’avis d’employer, pour la région qui nous occupe, au lieu de système calédonien, le terme de plissements sahariens (ou saharides) qui a au moins l’avantage de ne rien préjuger.

Il est assez difficile de fixer l’âge de ces terrains cristallins d’une manière rigoureuse : de l’Ahnet au tassili des Azdjer, ils sont recouverts en discordance par les grès, restés horizontaux, du Dévonien inférieur. Plus au sud ils présentent les mêmes relations avec les plateaux gréseux, à peu près certainement dévoniens, qui s’étendent d’Achourat jusqu’au voisinage d’In Azaoua. Les seuls fossiles siluriens que l’on connaisse au Sahara sont des Graptolithes (Silurien supérieur) qui ont été trouvés en deux points[3], au Tindesset sur le versant S. du Tassili des Azdjer et à Hassi El Kheneg entre In Salah et le Mouidir. Malheureusement on ne sait rien de précis sur les conditions de gisement de ces fossiles ; leurs relations avec les terrains voisins sont inconnues.

Au point de vue géographique toutefois, le plus important dans l’espèce, on peut distinguer nettement deux termes dans les terrains antédévoniens du Sahara.

R. Chudeau. — Sahara Soudanais. Pl. I.

Cliché Laperrine 1. — CHAOS GRANITIQUE. ADR’AR’ DES IFOR’AS. A gauche, un dôme archéen. — L’homme en sentinelle indique l’échelle.

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

Cliché Posth 2. — GRANITE PORPHYROÏDE A IFÉROUANE (Aïr). A droite, auprès de la case du kébir, El Hadj Mohammed, des charges de chameau.

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

R. Chudeau. — Sahara Soudanais. Pl. II.

Cliché Pasquier 3. — ADR’AR’ DES IFOR’AS. TERRAIN ARCHÉEN. Méharistes soudanais et sahariens à Timiaouin (28-30 avril 1907).

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

Cliché Chudeau 4. — ADR’AR’ DES IFOR’AS. LE PLI COUCHÉ DE L’OUED TESAMAK. Au premier plan, quartzites cannelées.

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

Archéen. — Des massifs de granite et de gneiss granitoïde qui se présentent par grandes masses, couvrent des districts parfois accidentés de dômes hauts de 50 à 300 mètres. Ces dômes correspondent aux parties de la roche qui ont le mieux résisté aux agents d’érosion et ne présentent aucun alignement net ; il n’y a pas de directions privilégiées dans ces massifs. Ce n’est certainement pas le lieu de discuter ici la genèse de ces formations granitiques dont l’origine, dans les pays les mieux connus, est encore obscure ; on peut les désigner, provisoirement tout au moins, sous le nom d’Archéen[4], en restreignant ce terme aux seuls noyaux granitiques et en excluant formellement les micaschistes et les roches analogues.

Les terrains archéens forment quelques affleurements importants : El Eglab, à l’ouest du Touat, a été vu par Lenz et plus récemment par Mussel ; le volcan d’In Zize repose sur un socle de granite. L’Adr’ar’ des Ifor’as, les contreforts sud-ouest de la Coudia appartiennent en partie à la même formation. Vers l’est, du moins entre l’Ahaggar et l’Aïr, l’Archéen ne joue plus qu’un rôle subordonné et ne forme plus que des îlots peu étendus. Le sergent Lacombe a envoyé tout récemment au Muséum, des environs de Fachi (région de Bilma), des granites qui montrent que la pénéplaine ancienne, parfois recouverte par des sédiments récents, se continue vers le Tibesti. Dans la carte géologique, je n’ai pu marquer que peu d’Archéen en dehors de ma route : les descriptions d’itinéraire, quelque précises qu’elles soient à d’autres points de vue, ne permettent que bien rarement de pouvoir séparer l’Archéen du Silurien métamorphique.

Fig. 1. — Blocs de granite porphyroïde près du cimetière d’Iférouane (Aïr).

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

Fig. 2. — Archéen. Massif granitique sur la rive gauche de l’oued Tyout (nord de l’Aïr).

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

Quel que soit le pays où on les rencontre, les régions granitiques ont partout le même aspect (fig. 1 et 2) : elles sont semées d’énormes blocs arrondis, souvent entassés en grand nombre : c’est ce qu’on appelle en France des « Chaos » et au Sahara des « Erouakib » (Nieger). (Pl. I, phot. 1 et 2). La présence des dômes y est aussi fréquente (Pl. IV, phot. 8).

On a souvent observé, en Bretagne par exemple, que ces paysages granitiques font une impression de hautes montagnes, fût-ce au niveau de la mer ; l’illusion est peut-être encore plus forte au Sahara : en France il y a presque toujours un peu de terre entre les blocs et la végétation masque partiellement la roche ; au désert tout cela est à nu, les points de repère font défaut qui permettraient d’estimer les distances ; le mirage, presque journalier, surélève le moindre objet ; aussi, quoique partout les massifs archéens forment des mamelons bas et diffus dont les points culminants se dégagent à peine, la plupart sont appelés des Adr’ar’, comme s’ils étaient de véritables montagnes.

Silurien. — Entre ces massifs archéens, des terrains dont l’origine sédimentaire ne peut être contestée sont constitués par des strates le plus souvent verticales, bien parallèles, épaisses de quelques mètres, parfois de quelques décimètres.

On y trouve, en bandes alternantes et indéfiniment récurrentes, des gneiss, des micaschistes, des phyllades, plus rarement des quartzites, des cipolins et parfois des poudingues. J’ai observé à plusieurs reprises, dans les quartzites, des ripple-marks et des traces d’annélides (des tubes plus ou moins en U), notamment dans l’Adr’ar’ Ahnet et au sud de l’Aïr, près de Bidei. Toutes ces assises sont injectées de nombreuses roches éruptives.

Cet ensemble, qui joue un rôle très considérable au Sahara, m’a paru bien homogène ; tout au plus peut-on remarquer que, vers le nord, dans le Bled El Mass et l’Adr’ar’ Ahnet, le caractère cristallin est moins accentué que dans la majeure partie du désert ; autour des massifs archéens, les cipolins et les quartzites, rares ailleurs, deviennent abondants : les récifs à polypiers et les grès, forme première des cipolins et des quartzites, ne prennent naissance qu’à peu de distance des rivages et la distribution de ces sédiments est probablement une preuve que l’Archéen formait déjà un continent ou des îlots lors de leurs dépôts ; il y aurait discordance entre les deux terrains.

Malgré ces différences de détail, il est impossible, pour le moment, d’établir une coupure dans cet ensemble que l’on peut désigner provisoirement sous le nom de Silurien, tout en admettant qu’il y aura lieu sans doute, lorsqu’il sera mieux connu, de distinguer à la base un étage précambrien. Cette distinction serait actuellement prématurée.

Le fait que, en bien des points du tassili du nord, l’Éodévonien repose en discordance sur les strates siluriennes redressées et arasées, indique une lacune entre les deux formations ; au Bled El Mass notamment le Silurien formait une pénéplaine avant le dépôt du Dévonien ; dans l’oued Amdja, la table d’Adafar repose aussi sur des schistes cristallins complètement nivelés ; les relations stratigraphiques sont analogues (fig. 15) dans les tassili du sud (Timissao, oued Tagrira).

Il faut donc admettre que, pendant le Silurien supérieur, la mer où se sont déposées les couches à Graptolithes, n’existait qu’au nord du tassili, et que, dans la majeure partie du Sahara, le Silurien n’est représenté que par ses termes inférieurs.

Dans une note récente[5], à propos des terrains que Voinot a observés entre le Mouidir et l’Anahef, Flamand, qui a eu tous les échantillons entre les mains, rapporte tout ce massif au Cristallophyllien que, en aucun point, ne viendraient pas interrompre des dépôts paléozoïques. Les descriptions si claires de Voinot, celles un peu plus anciennes de Guilho Lohan, ne permettent pas de douter de l’identité des formations géologiques, à l’est et à l’ouest de la Coudia ; Foureau a signalé les mêmes terrains dans le sud-est de l’Anahef. Je ne crois pas que le mot Cristallophyllien puisse être conservé autrement que pour désigner des terrains sédimentaires, d’âge très variable, modifiés par métamorphisme. C’est un terme qui ne nous renseigne que sur l’aspect pétrographique d’un échantillon et qu’il n’y a avantage à conserver que lorsque l’âge est complètement indéterminé. Au Sahara il est possible de préciser davantage : le Cristallophyllien y est antérieur au Dévonien ; il est donc certainement d’âge paléozoïque.

Le Silurien, bien que formé de roches très métamorphiques et le plus souvent aussi cristallines que des granites, donne naissance à des régions qui se distinguent au premier coup d’œil des régions archéennes : formé de bandes de duretés différentes et naturellement parallèles comme il convient à des roches sédimentaires, il donne naissance à une série de crêtes et de collines dont la direction est celle même des assises, le plus souvent nord-sud ; cette direction subméridienne dont Flamand a signalé l’importance au Tidikelt, est de beaucoup la plus fréquente au Sahara et semble dominer dans toute l’Afrique. Les crêtes les plus élevées, qui dominent souvent de plus de cent mètres la pénéplaine voisine, sont formées habituellement de quartzites, la roche la plus dure et la moins altérable de la série (fig. 3).

La direction des affleurements et par suite celle des rangées de collines est en général déviée autour des noyaux archéens : au S. d’In Zize elle est est-ouest ; dans l’Adr’ar’ des Ifor’as, l’Adr’ar’ Tidjem dessine une cuvette synclinale très nette ; la même disposition se retrouve entre Tit et Abalessa. Cette allure particulière des plissements est peut-être encore une preuve d’une discordance entre les deux terrains, et, quoiqu’il soit possible de l’interpréter autrement, il convient de la rapprocher de l’abondance relative des cipolins et des quartzites autour des massifs granitiques.

Les plissements qui ont redressé les couches siluriennes ont été fort énergiques et reproduisent les traits que l’on est accoutumé à observer dans les régions montagneuses. Dans le nord de l’Adr’ar’ des Ifor’as, une colline qui domine la rive gauche de l’oued Tesamak montre sur son flanc oriental des bancs de quartzites presque verticaux, et dont la surface couverte de cannelures (Pl. II, phot. 4) porte des traces incontestables de charriage ; au sommet de la colline les mêmes quartzites sont horizontales et un peu plus à l’ouest on en trouve des lambeaux épars reposant sur l’Archéèn. Nous aurions donc la racine d’un pli couché et déversé vers l’ouest.

Fig. 3. — Crêtes siluriennes (quartzites) à direction subméridienne. Rive droite de l’oued Takaraft (nord de l’Aïr).

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

La colline qui présente ce phénomène est l’extrémité nord d’une série de crêtes orientées suivant le méridien et dont la principale (Raz Taoundart) est un des points les plus élevés de l’Adr’ar’ ; toutes ces crêtes sont des quartzites et jalonnent un contact entre l’Archéen et le Silurien. Je n’ai malheureusement pu les voir de près que dans l’oued Tesamak.

Le contact du Silurien et du massif éruptif de l’Adr’ar’ Igherran, près de Timiaouin, est aussi anormal ; il y a des traces de charriage.

J’ai pu noter en outre dans la vallée de l’oued Aflisés, au voisinage de l’Adr’ar’ Denat, entre In Ouzel et Tin Zaouaten, un pli couché que j’ai pu suivre pendant six à sept kilomètres.

Il ne saurait être question, au cours d’une marche rapide comme celle que l’on est obligé de faire au Sahara, et surtout en l’absence de cartes topographiques détaillées, de chercher à débrouiller des accidents tectoniques aussi compliqués ; la chose serait sans intérêt pour le moment.

Il est bon toutefois de remarquer que le régime tabulaire qui, l’Atlas mis à part, semble être la règle en Afrique, n’y a pas toujours dominé, et que des plissements très nets ont autrefois donné naissance à une véritable chaîne de montagnes, en bordure du massif archéen africano-brésilien.

Ces schistes cristallins ont une grande extension dans le Sahara central et la carte (hors texte) montrera que, à part une courte interruption causée par les tassili du sud, le Silurien forme la majeure partie des terrains qui, depuis le Mouidir et l’Ahnet, s’étendent jusqu’à 17° de latitude.

Ils sont également bien développés dans le Rio de Oro, entre l’Atlantique et la sebkha d’Idjil (fig. 4).

Fig. 4. — Coupe géologique du Rio de Oro, de Villa Cisneros à la sebkha d’Idjil (370 km.). — D’après Quiroga, Revista de Geografia comercial, 15 déc. 1886, p. 77. 1, Granite formant des pénéplaines avec dômes de 40 m. à 50 m. ; 2, Gneiss, plaine à peine accidentée ; 3, Schistes cristallins (Micaschistes, amphibolites et granulites) ; 4, Paléozoïque (Quartzites, Schistes et Calcaires) ; 5, Tertiaire (en partie Miocène, d’après Font y Sagué) ; 6, Quaternaire (100 m.) (Calcaires argileux et grès à Hélix ; F, faille).

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

Dévonien. — On a décrit en détail, dans le Sahara Algérien, les plateaux de grès dévoniens qui constituent l’Ahnet et le Mouidir (I, p. 292-298). De nombreux fossiles y ont été rencontrés et leur âge est rigoureusement fixé.

Au sud de la Coudia, des plateaux très comparables, encore assez mal connus sauf en quelques points, commencent un peu à l’est d’In Azaoua et s’étendent vers l’ouest jusqu’au nord de Tombouctou.

Dans la région de Timissao (tassili Tan Adr’ar’), ils sont constitués par des grès de couleur claire à patine foncée, que l’érosion a souvent découpés en colonnes et en obélisques (Pl. III) ; leur puissance est d’une centaine de mètres, beaucoup moindre que dans l’Ahnet où l’Éodévonien a 300 mètres d’épaisseur. De plus le niveau argileux qui, intercalé au milieu des grès joue un rôle assez considérable dans le plateau du Nord, n’a ici aucun représentant, sauf peut-être à l’oued El R’essour. Quelques Bilobites à l’entrée de la gorge de Timissao et d’autres beaucoup plus à l’est, près d’Assiou (Foureau), sont des documents paléontologiques un peu maigres pour affirmer l’âge dévonien de toute cette formation ; ils confirment cependant l’impression que donne l’identité d’aspect avec les grès de l’Ahnet. De plus, au cours de la tournée à Taoudenni qui a suivi longtemps la bordure nord de ces plateaux, Mussel[6] a trouvé à Bekati El Bess, près de Sounfat, quelques fossiles (Productus, Rhynchonella, Spirifer) que Flamand considère comme dévoniens. L’âge de ces grès peut donc être considéré comme assez bien établi.

Fig. 5. — Gours dévoniens, dans le Tiniri, au sud d’In Azaoua.

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

Ces tassili forment une longue bande, limitée vers le nord par une falaise ; elle est interrompue et découpée en plusieurs plateaux (Timissao-Tirek-In Ameggui-Tin Ghaor) autour de l’Adr’ar’ des Ifor’as qui, grâce à son altitude élevée (1000 mètres) a été un centre hydrographique important : l’érosion fluviale explique la formation des témoins que nous venons d’indiquer.

La bordure méridionale de ce très long plateau est encore mal connue : dans la région d’In Azaoua, il n’y a pas de falaise continue, mais une série de gours isolés (fig. 5). Foureau [Doc. Sc., I, 191, et Cartes, Pl. III] a figuré des paysages identiques dans le Tagharba, au nord d’In Azaoua. De Timiaouin jusqu’au Timetrin, le capitaine Cauvin me signale une série de plateaux gréseux qui, vers le Nord, vont rejoindre ceux qu’a vus le colonel Laperrine.

Les grès dévoniens qui constituent ces plateaux sont horizontaux dans l’ensemble, avec quelques dérangements locaux, comme dans le tassili du nord dont ils reproduisent l’allure stratigraphique.

L’un des plus nets se trouve à une journée de marche au sud de Timissao : deux failles parallèles, orientées presque exactement est-ouest et distantes d’un kilomètre à peine, ont surélevé un lambeau de Silurien, dont le sommet a été porté à hauteur du tassili. Ce Silurien est surmonté de quelques aiguilles de grès bien visibles au sud des r’edir de Tin Azaoua, r’edir dont il est la condition.

C’est une dénivellation d’une cinquantaine de mètres au moins. L’oued Tichek a profité de ces failles pour creuser sa vallée et il a mis a nu de belles surfaces de grès dévoniens parfois polies comme un miroir, plus souvent cannelées ou striées. Sur le plateau, en amont de l’oued Tichek, la faille est bien jalonnée par une brèche de friction, large de quelques décimètres [Cf. Bull. S. Géol. de Fr., VII, 1907, p. 325].

Ces failles se prolongent à l’ouest de l’oued En Nefis où l’on voit une gara dévonienne portée par un socle silurien en saillie notable.

Le tassili de Timissao est limité presque partout par une falaise à pic formée de couches horizontales ; cependant au point où la piste de Tin Azaoua à Silet descend du plateau, pendant une centaine de mètres, le Dévonien plonge de 45° vers l’ouest : grâce à ce petit accident la descente de la falaise est singulièrement facilitée ; presque partout ailleurs elle forme une haute muraille infranchissable qu’il faut contourner ; les petits oueds qui en descendent l’ont à peine entaillée et leurs rives ne sont pas praticables ; le petit lac de Tamada, situé dans l’un d’eux, est d’un abord difficile pour les chameaux.

Dans le tassili de l’oued Tagrira, les failles et les diaclases sont particulièrement abondantes et ce plateau est une véritable chebka ; il y a eu aussi bossellement de la surface, et l’aguelman de l’oued El R’essour occupe le centre d’une cuvette synclinale ; les plongements ne dépassent pas d’ailleurs quelques degrés.

On retrouve les mêmes caractères tectoniques dans les tassili du nord.

Vers l’est, d’après les indications de Nachtigal [Sahara et Soudan, p. 283], le Dévonien du tassili des Azdjer se prolongerait jusqu’au Tibesti et au Kaouar.

Le commandant Gadel[7] donne quelques détails sur le plateau qui, à quelque distance à l’est, domine d’une centaine de mètres l’oasis de Bilma (Kaouar). La muraille qui la limite serait formée de grès et de schistes ; entre les blocs éboulés se trouvent de nombreuses cavernes qui, en cas d’alerte, servent de refuge aux habitants de l’oasis.

Ces renseignements ne permettent sûrement pas d’affirmer que l’on a bien affaire à du Dévonien ; j’ai cependant maintenu l’indication du Dévonien sur la carte auprès de Bilma, ne serait-ce que pour rappeler l’existence de ce plateau et les questions qu’il soulève. Parmi les échantillons que le sergent Lacombe a, tout récemment, envoyés au Muséum, quelques grès blancs à ciment siliceux, provenant des hauteurs voisines de Fachi, rappellent, par leur aspect, les roches éodévoniennes.

Beaucoup plus à l’ouest le Dévonien est connu. Dans son exploration en Mauritanie, Dereims, d’après les renseignements oraux qu’il a bien voulu me donner, l’a rencontré dans l’Adr’ar’ Tmar dont l’oasis d’Atar occupe le centre. Ce Dévonien est fossilifère : Dereims y avait recueilli des Spirifères, que la fin malheureuse de l’expédition l’a empêché de rapporter en Europe. Il est constitué comme celui de Timissao par des grès légèrement ferrugineux ; les sections fraîches sont de couleur claire, rougeâtre, mais la roche en place est couverte d’une patine noire. Lorsque l’on vient de l’Ouest, on quitte les terrains quaternaires vers Touizikt, à 150 kilomètres du littoral atlantique. La marche se poursuit pendant 200 kilomètres sur des gneiss, des micaschistes, des phyllades, des quartzites et de rares cipolins, d’affleurements nord-sud. Ces assises siluriennes, lardées de diabases, d’abord presque verticales, n’ont plus qu’un plongement assez faible vers l’est, au pied de la muraille d’Atar ; elles forment une pénéplaine qui ne diffère que par sa moindre altitude et son ensablement du tanezrouft d’In Zize et qui se prolonge vers le nord au moins jusqu’au Rio de Oro.

La muraille d’Atar est une falaise, haute d’au moins 120 mètres et qui, du nord au sud, se poursuit sur une très grande longueur ; on la retrouve peut-être plus au sud, dans le Tagant ; elle est constituée par les grès dévoniens. Dereims y signale quelques bancs plus schisteux et plusieurs niveaux calcaires.

Cette haute falaise franchie, on arrive sur un plateau formé de couches légèrement inclinées vers l’est, d’une quinzaine de degrés. Au point le plus bas se trouve l’oasis d’Atar. Un peu plus loin, une seconde falaise, due sans doute à une faille, délimite à l’ouest un second plateau sur lequel se dresse l’oasis de Chingueti.

Cette région d’Atar est bien encore une région tabulaire ; les plissements hercyniens ne s’y sont pas fait sentir.

R. Chudeau. — Sahara Soudanais. Pl. III.

Cliché Laperrine 5. — GRÈS DÉVONIENS A TIN GHAOR.

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

Cliché Laperrine 6. — GRÈS DÉVONIENS A TIN GHAOR. Tassili du Sud.

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

Dans la région du Cap Blanc et dans le Rio de Oro, le Dévonien est inconnu ; le grès fondamental que Gruvel a signalé près de Port-Étienne, est quaternaire ou pliocène ; d’autres grès sont miocènes (Font y Sagué). Il ne semble pas qu’il y en ait de plus anciens, près de l’Atlantique.

Carbonifère. — Entre l’Adr’ar’ Tmar et les tassili touaregs, il semble que le Dévonien fait défaut ; du moins entre Taoudenni et le Touat, le Carbonifère repose directement sur le Silurien.

Lenz avait signalé des calcaires paléozoïques dans la région de l’erg Chach. Au cours de la fructueuse tournée des méharistes à Taoudenni, Mussel a pu recueillir d’importants matériaux qui permettent de préciser les indications un peu trop vagues de Lenz.

Fig. 6. — Coupe schématique d’El Khenachiche à Taoudenni. — D’après Mussel, Renseignements coloniaux publiés par le Comité de l’Afrique Française, juin 1907, p. 151 et 152. Les altitudes sont mal connues. 1, Schistes cristallins et Quartzites ; 2, Calcaires gris fossilifères ; 3, Calcaires rosés non fossilifères (15 à 18 m.) ; 4, Calcaires bleuâtres ou violacés, fossilifères au sommet (13 m.) ; 5, Argiles gypsifères (Infracrétacé ?) ; 6, Grès rouges (Infracrétacé ?) ; 7, Conglomérats siliceux ; 8, Atterrissements quaternaires, sebkha.

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

D’El Eglab où elles s’appuient sur l’Archéen, jusqu’au voisinage de la falaise d’El Khenachiche, des couches très plissées, que Mussel rapproche des assises siluriennes du Bled El Mass (au nord de l’Ahnet), forment partout le sous-sol ; dans l’Aoukarr qui est une véritable chebka, ces schistes cristallins et ces quartzites ne sont guère recouverts que par des dunes ou des atterrissements récents. Mais plus au sud ils sont surmontés d’un plateau calcaire, de structure tabulaire, la hammada El Haricha (fig. 6). Ces couches presque horizontales débutent par des calcaires gris de puissance mal déterminée, parfois légèrement gréseux et contenant Productus semi-reticulatus Mart, Pr. aff. Flemingi Sow., Spirifer aff. cuspidatus Mart. Au-dessus, 15 à 18 mètres de calcaires, verts et 10 mètres de calcaires violets n’ont fourni aucun fossile. Ces couches stériles sont surmontées de 3 mètres de calcaires violacés que termine parfois un niveau siliceux (0,60). Flamand y signale les formes suivantes :

Productus aff. africanus Stoch.

Lithostrotion irregulare Ph.

L. » Martini. M. Edw. et Haime.

C’est donc incontestablement du Carbonifère ; mais le nombre des fossiles est trop restreint, leur état de conservation trop médiocre pour qu’il soit possible de préciser davantage le niveau.

En tout cas, il importe de bien mettre en évidence que la hammada El Haricha repose directement sur les schistes siluriens et que rien ne semble représenter le Dévonien ; cette transgression du Carbonifère, qui manque dans la majeure partie du Sahara soudanais, est un fait important.

Les calcaires d’El Biar et de Taoudenni supportent, en discordance, quelques zones gréseuses (Crétacé inférieur ?) ; ils forment un dôme anticlinal peu marqué : du côté de Taoudenni les couches plongent de 5° vers l’ouest ; le pendage ne dépasse pas 10° vers le sud-est, entre El Biar et El Khenachiche.

Extension des terrains anciens vers le sud. — A hauteur du 17° de latitude nord, ces formations primaires disparaissent sous des sédiments beaucoup plus récents, horizontaux, du Crétacé et du Tertiaire (fig. 68). Cette interruption est de courte durée.

Elles réapparaissent sur le Niger à Tosaye, d’où le capitaine Aymard, d’après les renseignements inédits qu’il a bien voulu me communiquer, a pu les suivre vers le Sud jusqu’à la mare de Doro ; Aymard mentionne, le long de l’itinéraire, des lignes de collines, de gneiss ou de schistes, émergeant du sable et note à chaque instant la présence de quartz ; les cipolins et les serpentines que l’on exploite près de Hombori, à Dakoa, pour la confection des bracelets, ne diffèrent pas des roches siluriennes qui, dans tout le Sahara, sont employées au même usage ; Desplagnes [Le Plateau Central Nigérien, Pl. XIV] figure une exploitation semblable à Belia.

La continuité de cette arête silurienne entre Tosaye et Hombori n’est donc pas douteuse.

On retrouve avec une grande netteté, entre Ansongo et Say, le Silurien dans le lit du Niger, où il est la cause de nombreux rapides. Comme partout ailleurs, ce Silurien est injecté de nombreuses roches éruptives.

Plus à l’ouest, Desplagnes a recueilli des quartzites auprès de Sumpi ; il a rapporté, de la région du Faguibine, des arkoses qui prouvent la proximité de roches feldspathiques et font pressentir que les roches cristallines sont à peu de distance. La carte de Lenz [Petermann’s Mitt., 1882, I] indique le Silurien à mi-chemin entre Taoudenni et le Niger.

A l’est enfin, le massif de Zinder est en partie constitué par des bancs verticaux de quartzites et de micaschistes, à affleurement subméridien, qui appartiennent au même ensemble.

Au sud de ces régions du nord du Soudan, où les roches anciennes ne se montrent que dans d’étroites boutonnières, l’Archéen et le Silurien reprennent un rôle considérable. Desplagnes[8] mentionne, au sud de Bammako, dans la région aurifère des sources du Bakoy, des micaschistes et des schistes cristallins ainsi que des diabases.

Fig. 7. — Profil de Tobré à Boubon. q, Quaternaire ; 3, Grès du Niger ; 2, Grès du Gourma ; 1, Quartzites siluriennes ; M, Micaschistes ; γ, Gneiss granitoïdes. (D’après Hubert, La Géographie, XVII, 1908, Pl. 4.)

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

Chautard[9] signale, sous des grès horizontaux, des terrains sédimentaires plissés, très métamorphiques (quartzites et schistes amphiboliques) en Guinée et dans le Fouta Djalon ; des roches éruptives, des diabases surtout, les accompagnent. Quelques régions, comme le massif de Dinguiraye, sont constituées par des granites qui se présentent le plus souvent sous forme de dômes ou d’affleurements lenticulaires au milieu des sables. Chevalier[10] indique des formations semblables à la Côte d’Ivoire. Dans le gros travail qu’il vient de consacrer au Dahomey, Hubert[11] a décrit des formations bien analogues : « le village de Tchetti (un peu au sud du 8° de latitude nord) est au milieu d’un groupe de dômes sans orientation générale précise et dont les cinq plus importants ont une hauteur de commandement variant de 40 à 100 mètres. Ils sont constitués par un granit à grain assez fin. De Tchetti à Bassila (vers le 9° de latitude) et même au delà, on trouve, abondamment répartis dans tout le pays, des dômes isolés, analogues comme aspect à ceux déjà signalés » (p. 308). Hubert rapporte provisoirement au Silurien un important massif de quartzites que, à travers le Togo, on peut suivre, sur 800 kilomètres, depuis Akkra (Gold Coast) jusqu’au Niger, où leur présence a conditionné la formation d’un double coude, le W, en aval de Say. Il me semble cependant difficile d’admettre la nomenclature de Hubert : la dépendance étroite de ces quartzites de l’Atacora, très métamorphisées et riches en minéraux de fumerolles, et des schistes cristallins en concordance avec eux, est signalée à plusieurs reprises : en l’absence de fossiles, rien ne justifie donc, au point de vue stratigraphique, la séparation de ces deux roches ; la réunion du granite et du gneiss fondamental, dont l’origine est douteuse, avec les gneiss et les micaschistes certainement sédimentaires est bien contestable. Malgré ces divergences dans la nomenclature, il est aisé de reconnaître les grandes analogies que présentent les terrains cristallins du Dahomey avec ceux du Sahara. On trouvera dans Hubert d’assez nombreux détails sur les régions voisines de celle qu’il a étudiée, et sur la bibliographie.

Fig. 8. — Coupe schématique N.-S. vers 16° 30′ de Long. E., de Fort de Possel à Boli. (Par Courtet.)

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

Fig. 9. — Les Grès du Gourma à Tambarga. (D’après Hubert, Thèse, Pl. VIII, p. 160.)

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

Au sud du Tchad, Courtet[12] mentionne dans le pays de N’dellé notamment, de rares micaschistes et des quartzites abondantes, en couches verticales ; ces quartzites contiennent souvent du disthène qui leur donne une coloration bleue ; un peu plus au nord, les affleurements granitiques sont fréquents. De la région de Fort Crampel, déjà vue par la mission Chevalier, Bruel[13] a rapporté avec des granites, des gneiss, des micaschistes et des quartzites. La coupe inédite ci-jointe (fig. 8) que je dois à l’obligeance de Courtet, donnera une idée de la constitution géologique des terrains qui s’étendent de l’Oubangui à l’Ouadai ainsi que du peu d’importance des reliefs. — Barrat [Sur la Géologie du Congo Français, Annales des Mines, VII, 1895] et Cornet [Les dislocations du bassin du Congo, Annales de la Soc. Géol. de Belgique, XXXII, 1904-1905] ont montré la grande extension de ces formations anciennes, vers le Sud.

Complétant l’analogie avec ce que l’on observe dans le Nord, des grès horizontaux, reposant en discordance sur les terrains cristallins, forment d’importantes séries de plateaux.

Fig. 10. — Grès de Hombori. Pic de Botha (20 km. N.-E. de Douentza). (D’après Desplagnes, Le Plateau Nigérien, p. 8.)

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

Un premier groupe, qui semble très homogène, s’étend du Gourma jusqu’à Hombori et Bandiagara, en passant par le nord de la Gold Coast. Les grès qui les forment sont à ciment siliceux, souvent recouverts d’une patine foncée ; leur puissance peut atteindre 500 à 600 mètres. Bien qu’horizontaux dans l’ensemble, ils ont subi quelques accidents tectoniques et sont parfois, localement, presque verticaux. L’érosion les a profondément découpés et Barth a dès longtemps figuré quelques-uns des aspects les plus pittoresques qu’ils présentent ; les croquis ci-joints (fig. 9, 10 et 11), empruntés à Desplagnes et à Hubert, donnent une idée de leur allure, en même temps qu’ils préciseront l’identité des paysages dans le Gourma et le Hombori.

Dans le bassin du Chari, Lœffler, Bruel et Courtet[14] ont rencontré des grès turriformes en général horizontaux, à peine métamorphiques et qui semblent bien analogues à ceux du Gourma et de Bandiagara.

La coupe ci-jointe (fig. 12) que Courtet a relevée aux environs de N’dellé, et qu’il a bien voulu me communiquer, précise assez bien leur allure. Les parties basses du pays forment une pénéplaine où l’on trouve des granites et des gneiss glanduleux, dessinant une chaîne de mamelons peu élevés, nord-ouest sud-est ; sur l’un d’entre eux est établi le fort français ; puis viennent des quartzites souvent micacées passant parfois aux micaschistes. Ces quartzites sont presque verticales ; elles semblent appartenir à un pli en éventail.

Fig. 11. — Mont Tombori, près Douentza. (D’après Desplagnes, p. 6.)

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

Elles supportent en discordance des grès horizontaux, puissants d’une soixantaine de mètres. Ces grès de couleur claire, jaunâtres, ou rougeâtres, sont à grain extrêmement variable ; ils sont d’ordinaire à grain fin, mais ils passent souvent à de véritables poudingues contenant des galets de quartzite de 20 centimètres de long. Vers la base de ces grès, Courtet a noté un banc d’argile puissant de 0 m. 15 ; les conditions qui ont présidé à la formation de ces assises ont donc été très variables. Le plateau auquel ils donnent naissance, et qui porte la ville de N’dellé, est fréquemment couvert de formations ferrugineuses d’origine continentale et qui sont si communes à cette latitude.

Ces grès s’étendent très loin vers le Sud et, le long de la rivière Kotto, on peut les suivre pendant 400 kilomètres du Nord au Sud jusqu’à l’Oubangui. Leur limite orientale est inconnue.

Fig. 12. — Coupe près de N’Dellé, vers 8° 30′ Lat, 18° 20′ Long., par Courtet. 5, Alluvions actuelles ; 4, Grès ferrugineux superficiels (latérite) ; 3, Grès horizontaux et Poudingues ; 2, Quartzites redressées, en éventail ; 1, Granite et Gneiss.

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

Bien que les détails précis fassent encore défaut, il est à peu près certain que des grès semblables se rencontrent en d’autres points du bassin du Chari ; le capitaine Lœffler décrit en particulier [l. c., p. 240] la région rocheuse de Bouar, dans la haute Sanga (vers 13° longitude est, 6° latitude nord), comme formée d’énormes amas de rochers qui forment de multiples cavernes, refuge à peu près inviolable des populations du pays. Des cavernes semblables existent dans tous les grès anciens du Soudan ; il y en a à N’dellé, à Bilma et dans le Hombori. Cette indication ne suffirait certainement pas à affirmer l’identité des deux formations, mais Courtet a pu causer avec le capitaine Lœffler, et les éclaircissements complémentaires qu’il a ainsi obtenus lui paraissent amplement justifier le rapprochement qu’il m’a indiqué.

Dans l’Ennedi, des grès, curieusement découpés, affectant aussi un faciès ruiniforme, ont été vus récemment par le Cte Bordeaux[15] ; leur coloration va du blanc au noir, en passant par toute la gamme des bleus, des rouges et des violets. Les détails donnés ne permettent cependant pas d’affirmer qu’ils appartiennent au même groupe.

Il est assez difficile pour le moment d’attribuer un âge à ces grès ; les plissements qu’ils ont subis par place, permettent de croire qu’ils sont anciens. On les a souvent classés dans le Trias par analogie avec une formation semblable, mais bien éloignée, celle du Karoo dans l’Afrique australe. Il vaudrait mieux, ce semble, les rapprocher des grès des tassili du Sahara dont ils reproduisent l’allure tectonique. La distance qui sépare, géographiquement, les grès dévoniens de Timissao et de l’oued Tagrira, des plateaux du Gourma et de Bandiagara, est encore bien considérable, même si l’on attribue au Dévonien la bande de grès, plongeant de 45° vers le sud, que Gautier a vue au sud de l’Adr’ar’ des Ifor’as entre les terrains cristallins et le Crétacé, les grès horizontaux injectés de filons de quartz qui reposent sur le Silurien à Tosaye, et les schistes, interstratifiés de grès, que j’ai signalés dans le lit du Niger, à Labezzanga, où ils dessinent un synclinal à axe est-ouest.

Les analogies d’aspect et cette demi-continuité géographique ne permettent guère, cependant, d’affirmer l’âge dévonien des grès horizontaux anciens du Soudan. Les indices paléontologiques, les seuls valables, sont encore bien rares : ils se réduisent, je crois, à une affirmation unique ; le Dr Boussenot[16] signale, dans la région de Dori, une empreinte de trilobite dans les strates gréseuses, et parle de Dévonien. Cette affirmation aurait besoin d’être précisée, mais en tout cas elle est précieuse parce qu’elle prouve que, au moins par place, les grès du Gourma sont fossilifères.

D’autres grès ont été signalés dans la région de Goundam ; ils semblent se relier à ceux de Bammako et de Guinée et sont probablement beaucoup plus jeunes que ceux dont il vient d’être question ; nous aurons à revenir plus tard (chap. II) sur ce point.

Rebroussement des plis. — Il a déjà été indiqué à propos du Silurien que, dans la majeure partie du Sahara, les affleurements étaient orientés nord-sud, et cette direction sub-méridienne paraît jouer en Afrique un rôle considérable : la mer Rouge et le long chapelet des lacs de l’Afrique orientale sont dus à des cassures de même orientation. Remarquons cependant que l’Atacora[17], la bande de Tosaye, et les schistes du Bakoy affleurent suivant des lignes dirigées à peu près nord-est, sud-ouest. Au nord de l’Atacora, Hubert fait observer que les axes des plis font un angle de plus en plus ouvert avec le méridien. Ceci est exact et dans certains cas même, comme à Labbezzanga, la direction est franchement est-ouest ; il y a donc trace d’un rebroussement des plis, qui coïncide justement avec la zone, parallèle à l’équateur, que devaient envahir beaucoup plus tard les mers du Crétacé supérieur et du Tertiaire. Encore une question que l’imperfection de nos connaissances ne permet pas d’approfondir (V. fig. 68, p. 225).

II. — LES RÉGIONS

Si nous revenons maintenant au Sahara, les deux formations cristallines qui y dominent, Archéen et Silurien, ont un défaut grave, particulièrement au désert : elles sont imperméables ; l’eau des rares orages qui éclatent au Sahara ne peut que ruisseler à leur surface où le soleil a tôt fait de l’évaporer. Elles correspondent donc en général à des régions particulièrement désolées et stériles, les tiniri et les tanezrouft que les caravanes traversent à marche forcée ; l’eau y manque d’une façon absolue, et il est de toute nécessité de gagner rapidement les points où des roches perméables (grès dévonien des tassili, roches volcaniques d’In Zize) ont permis à l’eau de s’accumuler à l’abri de l’évaporation. Dans les tanezrouft ce n’est que de loin en loin et accidentellement, à la suite d’un orage, que l’on trouve de maigres pâturages ; il faut souvent, pour les traverser, emporter des fourrages pour les chameaux et le peu de bois que nécessite la cuisine sommaire du Sahara.

Heureusement que ce n’est pas impunément qu’un pays est aussi vieux ; la pénéplaine du Sahara central est antérieure au Dévonien ; elle a dû subir le contre-coup des mouvements hercyniens, bien qu’il soit difficile, dans l’état encore si lacunaire de nos connaissances, de dire ce qui, dans la structure actuelle, revient aux mouvements de la fin du Primaire.

Fig. 13. — Croquis hypsométrique de l’Afrique septentrionale et centrale.

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

A coup sûr l’important effort orogénique qui, en Europe, achevait la construction des Alpes, s’est fait sentir jusque dans l’Afrique centrale ; il en est résulté un rajeunissement du relief dont les effets sont encore bien visibles. Certains compartiments ont été surélevés et par les cassures qui résultaient de ces mouvements, pénétraient de nombreuses roches éruptives : ces volcans en même temps qu’ils augmentaient le relief, favorable à la pluie, accroissaient le manteau de roches perméables et permettaient la mise en réserve d’une plus grande quantité d’eau.

Trois importants massifs surtout, d’altitude élevée, forment ainsi au Sahara des districts moins stériles ; au centre, l’Ahaggar doit à ses montagnes, dont quelques-unes dépassent certainement 2000 mètres, de recevoir accidentellement des pluies en toutes saisons. L’Adr’ar’ des Ifor’as (1000 m.) et l’Aïr (1700 m.) sont aux confins de la zone des pluies tropicales ; leur relief est assez élevé pour que quelques tornades y éclatent régulièrement chaque année pendant l’hivernage.

Dans la pénéplaine cristalline, qui forme le Sahara central, les régions naturelles, dont la définition doit tenir grand compte des conditions d’habitabilité humaine, seront donc caractérisées par leur altitude, plutôt que par la nature lithologique ou géologique de leur sol.

Les Tanezrouft.

Les Tanezrouft. — Les hautes régions mises à part, tout le reste du Sahara Central est d’une sécheresse extrême et rentre dans cette catégorie de régions que les Touaregs appellent des Tanezrouft. Leur langue, le Tamahek, semble avoir une nomenclature géographique très riche, richesse nécessaire d’ailleurs puisque la connaissance exacte et précise de grandes étendues de pays est pour les nomades, quelle que soit leur langue, qui habitent ces régions déshéritées une question vitale ; cette nomenclature parait basée sur deux ordres de considérations ; les unes, topographiques, permettent de désigner clairement, par un seul mot, un accident de terrain ; aucun terme, par exemple, ne peut traduire montagne ou colline dans leur sens général ; le dictionnaire[18] de Motylinski énumère une quinzaine d’expressions, dont chacune s’applique à une sorte de hauteur caractérisée par sa forme, la nature de son sol, sa couleur, etc. ; en Mauritanie, il y a au moins une dizaine de mots pour désigner les différents aspects des dunes. Avec une nomenclature aussi étendue, il devient facile de décrire un itinéraire avec précision et de fournir tous les renseignements désirables.

Les autres expressions, plus utilitaires, se rapportent aux conditions de la vie habituelle aux nomades : toute une série de termes par exemple permettent de définir, d’un seul mot, la nature et la richesse d’un pâturage.

Tanez’rouft[19] rentre dans cette seconde catégorie ; c’est bien un nom commun ; Motylinski indique son pluriel, tinez’raft. Tanezrouft désigne, quelle que soit la structure de leur sol, les parties du Sahara vraiment stériles, celles où les caravanes ne rencontrent, pendant au moins trois ou quatre jours, ni eau ni pâturage ; c’est le désert au sens le plus rigoureux du mot : le fond de chott desséché, la sebkha de l’oued Botha, qui isole le Tidikelt du Mouidir et de l’Ahnet, est un tanezrouft, qui avec les mêmes caractères se continue vers l’ouest (Azzelmati), probablement jusqu’au voisinage de Taoudenni.

Tiniri n’est pas un synonyme ; ce mot veut dire la plaine ; le tanezrouft d’In Azaoua est un tiniri parce que la marche des caravanes y est facile ; il n’y a aucun ravin à franchir, aucune falaise à escalader.

Ces parties stériles du Sahara, ces tanezrouft commencent à être assez bien délimités ; ils jouent un rôle insignifiant dans le Sahara algérien où la prédominance des ergs assure presque partout quelques pâturages ; dans le Sahara soudanais, au contraire, ils forment une bande ininterrompue qui, de l’est à l’ouest, s’étend sur une grande longueur au nord de la zone sahélienne (cf. fig. 58), et que l’on pourra sans doute suivre du voisinage de l’Atlantique jusqu’aux confins de l’Égypte ; cette bande est singulièrement large au sud de l’Ahaggar ; seules les inflexions qu’imposent, vers le nord, à la limite des pluies tropicales, l’Adr’ar’ des Ifor’as et l’Aïr, en facilitent heureusement la traversée.

Fig. 14. — Zone inhabitée du Sahara central.

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

Cette bande aride, déserte et désolée n’est pas homogène et la structure de son sol paraît très variable ; le seul caractère constant des tanezrouft est un caractère climatique, l’absence ou, tout au moins, la très grande rareté et la très grande irrégularité des pluies, qui peuvent manquer complètement pendant de longues années.

Le tanezrouft de l’Ahnet est une pénéplaine silurienne, avec quelques massifs archéens ; on lui donne habituellement pour limite In Zize et Timissao (190 km.), mais en réalité, le parcours est très pénible, après quelques années de sécheresse, entre l’oued Amdja qui contient les derniers pâturages de l’Ahnet, et In Ouzel, le premier puits de l’Adr’ar’ des Ifor’as. C’est une traversée de 500 kilomètres, pendant laquelle on ne rencontre que quelques pâturages insignifiants. Le détachement du capitaine Dinaux a pu cependant effectuer ce voyage en onze étapes avec un convoi assez lourd, au milieu de juin 1905, pendant le mois le plus chaud[20], à une époque où les caravanes touaregs ne le tentent jamais ; les pertes furent insignifiantes : sur 170 chameaux que comportait le détachement, deux seulement, fatigués au départ, succombèrent.

Vers l’ouest, le tanezrouft s’élargit : d’Ouallen à Tombouctou (21 étapes) la route directe est très dure et les points d’eau douteux[21] : Hassi Azenazen (4e étape) cesse d’avoir de l’eau sept ans après la pluie ; on ne peut guère compter sur les puits de Tin Diodin et de Tin Daksen (7e et 8e étapes), qui sont à sec au bout de deux ou trois ans ; le dixième jour seulement, on arrive à un puits permanent (Hassi Achourat), situé à la limite nord des tassili méridionaux. Ce tanezrouft, à la limite méridionale duquel abondent des atterrissements quaternaires riches en Melanies (?), n’est probablement, d’après les renseignements indigènes, que la continuation d’Azz el matti. Ce serait une région sans relief où dominent les sebkhas quaternaires coupées de quelques bras d’ergs.

Ces renseignements sont assez vraisemblables : entre In Zize et Timissao, le reg qui correspond aux vallées des oueds Takouiat et Seheb El Arneb, a une cinquantaine de kilomètres de largeur ; un peu plus à l’ouest, ce reg s’élargit encore et s’étend presque d’In Zize jusqu’à hauteur de Timissao ; un pareil épanouissement des vallées, et la réunion de leurs alluvions en un tout continu, semble bien indiquer que l’on est tout à fait au voisinage des embouchures des fleuves qui descendaient naguère d’In Zize et de l’Ahaggar. Le tanezrouft d’Ouallen serait le fond du lac ou du marais où ils se déversaient autrefois.

De Taoudenni au Touat[22], le rapport du colonel Laperrine indique fort peu de pâturages malgré l’abondance des dunes ; il n’y a que trois puits sérieux pour 550 kilomètres. Encore l’eau de l’un d’eux, Tin Haïa, est-elle toxique.

Mais pour la partie nord de cette route tout au moins, celle qui traverse l’erg Chache, il semble que les difficultés rencontrées tiennent à des causes accidentelles. Il n’y a que dix-huit jours de marche de caravane entre le Touat et Taoudenni, et cette piste a été autrefois très fréquentée par des marchands ; l’erg Chache était habité par des nomades, les Ouled Moulat, qui leur servaient de guides. A la suite de difficultés avec les Kountah et les Berabiche de l’Azaouad, une harka, commandée par Abidin El Kounti, parvint à surprendre vers 1885, les campements de l’erg Chache. Les quelques survivants qui échappèrent à ce désastre se réfugièrent au Maroc ; depuis, il n’y a plus de guides connaissant le pays et c’est presque par hasard que le colonel Laperrine put en rencontrer un, assez sûr de la route pour le ramener directement à Adr’ar’ (Touat).

L’erg Chache doit encore contenir de beaux pâturages et les puits y sont probablement nombreux ; le pays est sillonné de pistes, mais en l’absence de guides, la reconnaissance du pays devient difficile et dangereuse ; elle nécessitera un grand effort.

La route que le capitaine Cauvin[23] a suivie entre Taoudenni et Tombouctou, est également des plus pénibles, au moins jusqu’à Araouan qui semble à la limite méridionale du tanezrouft : il y a 350 kilomètres entre Araouan et le puits d’Ounan, qui est parfois à sec ; il en reste 150 pour arriver aux salines, où l’on est certain de trouver de l’eau et des vivres. Pendant cette longue marche de 500 kilomètres, on ne trouve aucun bon pâturage.

A l’est de l’itinéraire Ahnet-In Ouzel, le tanezrouft, sur lequel empiètent les contreforts de l’Ahaggar, n’est pas trop large de Timissao à Silet ; les r’edir de Tin Azaoua, l’aguelman Tamada, récemment reconnu sur la lisière est du tassili de Timissao, rendent plus facile encore cette traversée ; le tassili de Tin Ghaor fournit aussi, par une route différente, assez d’eau pour une caravane peu nombreuse.

Au sud de l’Ahaggar, le tanezrouft s’élargit à nouveau et sa limite méridionale se place sur le 18° latitude, aux confins de l’Adr’ar’ Tiguerrit. Sa traversée de l’est à l’ouest est pénible : entre Tin Zaouaten (Adr’ar’ des Ifor’as) et Aguellal (Aïr) les renseignements indiquent une route de cinq étapes avec un seul point d’eau sérieux à In Guezza, que Duveyrier avait déjà signalé. D’après les indigènes qu’a pu interroger le capitaine Pasquier, « In Guezza est un puits, profond de 4 mètres, situé au pied d’une grande montagne ; la région où il se trouve est une région de montagnes élevées, isolées, rapprochées les unes des autres[24] ». Cette description, un peu vague, peut s’appliquer à une région de dômes volcaniques, comme l’Aïr, ou à une région de dômes archéens, comme il en existe tant au Sahara.

Adoptant l’opinion de Duveyrier, j’avais pensé que l’abondance de l’eau à In Guezza était une preuve que l’oued Taffassasset, le plus important de la région, y passait, d’où le tracé indiqué pour ce fleuve sur la carte hypsométrique (carte hors texte). Des renseignements plus récents, recueillis par les officiers du poste d’Agadez, indiquent que, en aval d’In Azaoua, le Taffassasset se dirige directement vers le sud et vient passer tout contre l’Aïr, à la plaine de Talak, renommée dans tout le Sahara pour sa richesse en pâturages. Ce tracé, probablement plus correct, est indiqué sur la carte géologique (Pl. II).

L’indication qu’avait recueillie Villate[25], que l’oued Tin Zaouaten aboutissait à la plaine de Talak, est peut-être exacte ; c’est à tort qu’elle m’avait paru impossible dans une note antérieure.

Dans toute sa partie ouest, au moins jusqu’à l’Adr’ar’ Tiguérit, ce tanezrouft est en majeure partie une pénéplaine cristalline ; sur sa partie orientale les renseignements font défaut ; il semble cependant que le long de l’Aïr, les terrains crétacés et tertiaires remontent assez haut vers le nord : la plaine de Talak correspondrait peut-être à une fosse d’effondrement subméridienne, aujourd’hui partiellement comblée.

Le tanezrouft s’étend très loin vers l’est de l’Ahaggar ; la piste que nous avons suivie entre Tamanr’asset et Iférouane, piste sur laquelle Barth[26] avait déjà donné des renseignements très précis, contient des points d’eau nombreux et toujours sûrs (oued Zazir, oued Tagrira, In Azaoua[27], Zelim ou Tar’azi), mais le pays change complètement d’aspect à partir du tassili de l’oued El Guessour. Au lieu d’une pénéplaine moyennement accidentée, constituée par l’Archéen et le Silurien, tous deux imperméables, cette nouvelle partie du tanezrouft se montre formée de grès horizontaux d’âges divers, en majeure partie dévoniens autour d’In Azaoua, beaucoup plus jeunes probablement entre l’Aïr et Bilma.

La haute plaine que forment ces grès est très unie ; la marche y est facile et les Touaregs complètent la définition de cette partie du tanezrouft, en disant qu’elle est un Tiniri. Je n’en ai vu qu’un fragment restreint et les itinéraires de Barth, de von Bary et de Foureau sont, autour d’In Azaoua, trop voisins du mien pour permettre d’étendre sur des descriptions positives cette plaine jusqu’au Kaouar ; mais les itinéraires par renseignements, la continuité qu’ils accusent avec la haute plaine du Tegama, le nom d’une des rivières, qui de l’Aïr se dirige vers Bilma (Kori de Ténéré), ne laissent guère douter que cette région soit constituée par des grès horizontaux ; Barth et de Bary ont d’ailleurs mentionné expressément, à la lisière orientale de l’Aïr, des plateaux gréseux dont quelques-uns sont recouverts de coulées volcaniques. A l’est de Bilma, le pays devient plus accidenté et il semble qu’une série de plateaux et de hauteurs préparent le Tibesti. Même un mamelon granitique, le mont Fosso, est signalé entre Fachi et Bilma, tout contre la première oasis.

Malgré la perméabilité du sol, peut-être vaut-il mieux dire à cause d’elle, les points d’eau y sont plus rares encore que dans le tanezrouft de l’ouest : l’eau ne reste pas à la surface et forme probablement une nappe profonde que l’outillage rudimentaire du pays ne permet pas d’atteindre ; on ne peut songer à attaquer avec des pioches de fer (l’acier est inconnu des Sahariens) que des roches très tendres ou des nappes d’alluvion.

Nulle part, dans ce tiniri, des accidents de relief ne viennent faciliter la recherche de l’eau. C’est un des déserts les plus abominables que l’on puisse rencontrer, un de ceux où il est le plus nécessaire d’emporter du bois et des fourrages. De l’oued Tiser’irin, où il y a une douzaine de talah (Acacia), jusqu’à In Azaoua, pendant au moins une centaine de kilomètres, il n’y a absolument aucune végétation : le sol est partout rigoureusement dénudé ; on ne voit que du sable et des grès.

Les routes qui, de l’Aïr, conduisent vers Bilma, sont aussi mauvaises. Celle qui part d’Agadez comporte, de Beurkot à Fachi, quatre grands jours de marche, de dix-huit à vingt heures chacun, pendant lesquels on ne trouve rien ; les routes d’Affassez et de Tafidet ne sont pas meilleures. Aussi n’est-ce que pendant l’hiver, que les Kel Oui vont chercher le sel du Kaouar ; leurs caravanes sont organisées longtemps à l’avance et, dès le mois d’octobre, on peut voir dans toutes les vallées de l’Aïr les bottes de foin, soigneusement faites, qui sont nécessaires pour effectuer, sans trop de risques, cette dangereuse traversée au bout de laquelle les Touaregs ont souvent trouvé une bataille avec les Tebbous.

Malgré leur aridité, tanezrouft et tiniri n’opposent pas un obstacle bien sérieux aux relations entre humains ; les profondes encoches qu’y font l’Aïr et l’Adr’ar’ des Ifor’as en facilitent le passage, que les chameaux peuvent, à la rigueur, faire en toute saison ; le désert n’est une barrière ni pour les caravanes de marchands, ni pour les rezzou : presque chaque année, des pillards venus du sud marocain arrivent à Taoudenni.

Pendant l’hiver même, les moutons et les bœufs peuvent franchir ces mauvais pays : les caravanes d’Ifor’as qui affluent en février et en mars au Touat et au Tidikelt y amènent plusieurs milliers de chèvres et de moutons, qu’elles échangent contre des étoffes et des dattes. Chèvres et moutons qui, pendant l’automne, ont pu se bien nourrir dans les pâturages de l’Adr’ar’, sont à ce moment en belle forme et peuvent rester, pendant le voyage, cinq à six jours sans boire ni manger.

Les bœufs sont dans le même cas ; un troupeau de dix têtes, acheté dans l’Adr’ar’, est arrivé en mars 1905 à In Salah sans aucun déchet [Dinaux, l. c., p. 108]. Les Kel-Ahaggar renouvellent leurs troupeaux dans l’Aïr : les bœufs passent facilement de la plaine de Talak à Tarahaouthaout, au sud de la Coudia.

Points d’eau. — Ces traversées sont d’ailleurs facilitées par un certain nombre de points d’eau. Les plus nombreux se trouvent dans les grès dévoniens.

Le tassili du sud ou des Ahaggar « est un plateau rocheux, sans eau, sans végétation, presque inconnu des indigènes eux-mêmes tant il est inhospitalier ». Cette indication de Duveyrier [Les Touaregs du Nord, p. 17] a besoin d’être réformée.

Le tassili du sud est bien connu maintenant au nord de l’Adr’ar’ des Ifor’as, où il comprend plusieurs plateaux isolés. Une échancrure du plus grand contient le puits de Timissao, un des meilleurs du désert. Les environs de ce puits ont été autrefois habités comme en témoignent de nombreuses inscriptions, dont l’une, mentionnée par Duveyrier, serait bien écrite en caractères koufiques d’après M. Benhazera[28].

Sur le même plateau, à une journée au sud-est de Timissao, se trouvent les r’edir de Tin Azaoua, qui contiennent toujours assez d’eau pour une troupe de quelques chameaux et qui, après une tornade heureuse, suffisent à de fortes caravanes. Un peu plus au sud, le petit lac, l’aguelman de Tamada, d’accès assez difficile, est un point d’eau très sûr ; il est entouré d’un très beau pâturage, où l’on peut séjourner en toute saison. Ce n’est qu’en 1907 que ce point a été reconnu et son importance exceptionnelle explique que les Touaregs nous l’aient caché aussi longtemps qu’ils ont pu[29].

Les autres plateaux situés au nord ou à l’est de l’Adr’ar’ (Tirek, In Ameggui, Tin Ghaor[30]) sont de médiocre surface et ne contiennent que des points d’eau secondaires. On ne connaît, des plateaux qui s’étendent à l’ouest de l’Adr’ar’, presque jusqu’au méridien de Tombouctou, que des noms (Timetr’in, etc.) ; seuls quelques points d’eau à la périphérie (puits d’Achourat, Ksar Mabrouka) ont été vus par des Européens.

A l’extrémité orientale de la même bande dévonienne, le tassili de l’oued Tagrira est nettement limité vers le nord par une falaise haute d’une soixantaine de mètres ; vers le sud, sa limite est moins marquée. Le puits d’In Abeggui est, paraît-il, très sûr ; les r’edir, assez nombreux en septembre 1905, ne sont pas tout à fait permanents. Il y a quelques pâturages dans la gorge de l’oued el R’essour, à son entrée dans le plateau ; l’oued Tagrira, où se trouvent quelques dunes basses, est couvert de graminées (drinn) assez abondantes pour permettre aux caravanes qui vont à In Azaoua, d’emporter les fourrages nécessaires à cette mauvaise traversée. Un groupe de méharistes du Tidikelt a pu y séjourner en juillet 1908.

Fig. 15. — Coupe du tassili Tan Tagrira, suivant la vallée de l’oued El R’essour. Il y a une dizaine de km. de A à l’aguelman. A, Granite porphyroïde ; B, Granulite rose ; 1, Silurien métamorphique ; 2, Grès (40m) en partie masqués par les éboulis ; 3, Grès grossiers et Psammites à ciment ferrugineux, en bancs bien lités (20m) ; 4, Grès fins, blanchâtres, formant des aiguilles (15m).

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

Ce tassili, toujours étroit (20 à 25 km.), se prolonge vers l’ouest avec quelques aguelman, jusqu’à la région de Tin Ghaor et de Timissao. On ne sait pas encore si les oueds qui le traversent, Igharghar, Zazir, le franchissent tous par d’étroits cañons comme l’oued El R’essour qui, de loin, ne semble pas interrompre la continuité de la falaise, ou par des vallées plus larges, découpant le plateau en plusieurs tronçons, comme au nord de l’Adr’ar’.

En tous cas, quelques-uns de ces oueds sont alimentés, largement pour le Sahara, par les orages qui tombent sur les contreforts de l’Ahaggar ; il est possible, paraît-il, de suivre, à travers le tanezrouft, l’oued Zazir jusque chez les Oulimminden.

Le puits d’In Azaoua, un des nœuds de routes les plus importants du désert, se trouve à l’extrémité orientale de ce même plateau ; mais il est probable que l’eau que l’on y trouve en abondance vient de plus loin, du haut pays des Azdjer et de l’Anahef où prennent leur source le Taffassasset et ses principaux affluents.

De ces tassili dévoniens, dont les principaux fournissent des points d’eau au tanezrouft, on peut, au point de vue de la Géographie humaine, rapprocher le massif d’In Zize. Son sommet, élevé de 300 mètres au-dessus de la pénéplaine, son grand diamètre qui dépasse 30 kilomètres, le font reconnaître de très loin et il est difficile, même à un guide médiocre, de manquer l’aguelman qui a rendu In Zize célèbre au Sahara.

On comprend que sur ce massif élevé (800 m.) les orages soient moins rares que dans le tanezrouft voisin (500 m.).

Il y a plusieurs points d’eau dans ce massif montagneux ; nous en avons vu deux. Le premier est au pied d’une cascade : il est nettement une marmite de géants. Le second, l’aguelman permanent d’In Zize (Pl. XXXV, p. 258), à quelques kilomètres en amont du premier, a bien probablement la même origine ; en tout cas, s’il est une diatrème, un cratère d’explosion, il n’est qu’un appareil adventif de faible importance ; le cratère principal du volcan doit être cherché beaucoup plus à l’est, entre In Zize et Tihimati.

Cet aguelman est alimenté surtout par les eaux souterraines qui circulent à travers les laves ; Gautier a vu deux fois In Zize, en 1903 et en 1905 : à son premier voyage les acacias, dans l’oued, étaient desséchés et l’aguelman d’aval était vide. En 1905, l’oued avait reverdi, mais le niveau de l’eau dans l’aguelman principal avait baissé de deux mètres, preuve qu’il n’est pas alimenté directement par l’eau des orages ruisselant à la surface, eau qui avait revivifié les talah, mais par une nappe plus profonde.

Tout à côté, l’Adrar Nahlet possède aussi un aguelman, complété par une source à faible débit. Je n’ai vu ce massif que de nuit ; son relief est trop marqué pour qu’il soit bien vieux, et sa silhouette rappelle In Zize.

Dans toutes les parties où il est formé de roches cristallines imperméables, le tanezrouft paraît incurable : des travaux de sondage n’y donneraient rien. Tout au plus peut-on songer à améliorer les voies d’accès à certains points d’eau, et à mieux aménager quelques puits : ce travail a été commencé par la compagnie du Tidikelt.

Les tanezrouft formés de hautes plaines gréseuses, perméables, ceux que les Touaregs appellent des tiniri, semblent au contraire pouvoir être améliorés ; des forages y donneraient probablement des résultats ; mais l’entretien, en plein désert, d’un chantier suffisant pour creuser un puits profond, serait une très forte dépense, peu en rapport avec l’utilité de quelques points d’eau de plus, dont les caravanes n’ont nullement besoin.

L’Ahaggar.

Orographie. — La partie culminante de massif touareg (Atakor n’Ahaggar, Coudia) n’a été vue jusqu’à présent de près que par un petit nombre d’Européens. De Taourirt, de Tit ou de Tamanr’asset, elle se présente sous des aspects analogues (fig. 17) : un plateau en saillie de quelques cents mètres sur les régions voisines ; ce plateau est surmonté de quelques aiguilles granitiques dont la plus célèbre est l’Ilamane et de masses tabulaires comme le Tahat, dont le profil fait songer à un plateau basaltique. L’existence de roches volcaniques n’est d’ailleurs pas douteuse sur la Coudia ; Guilho-Lohan a ramassé au pied de l’Ilamane un basalte et Motylinski [Bull. du Com. de l’Af. Française, oct. 1907] a noté et figuré sur ses carnets, à maintes reprises, des colonnades basaltiques.

Vers l’est, l’aspect est le même : au sud de la Tifedest, d’après Voinot, la Coudia s’élève par gradins jusqu’à son sommet, en forme de plateau. Du sud, entre Aïtoklane et Tarahaouthaout, on la voit s’étager en replats successifs, entre lesquelles la transition se fait sans trop de brusquerie. Cette apparence est pleinement confirmée par les indications de Motylinski qui a traversé l’Atakor de l’ouest à l’est, à la hauteur de l’Ilamane ; pour arriver sur le plateau, en partant de Tamanr’asset, on fait une longue marche en montée pénible, à travers la montagne ; la descente, à la chaîne de Tanget, est donnée, elle aussi, comme difficile ; Voinot[31] note, qu’au sud d’Idelés, on s’élève rapidement, de 700 mètres, jusqu’au premier gradin.

Une fois arrivé sur le plateau, la marche entre les gours est en général facile ; les vallées y sont le plus souvent assez larges ; il y a cependant à noter quelques ravins étroits dont la traversée demande des précautions : il faut mettre pied à terre. D’après Voinot, entre Tazerouk et Aïtoklane, le dessus du plateau est extrêmement tourmenté ; c’est une véritable chebka où les sentiers, peu nombreux, sont d’un abord difficile.

Le plateau de la Coudia est assez dénudé ; en tous cas les arbres y sont très rares ; Motylinski mentionne près d’In Djeran le premier arbre, un djedari (Rhus oxyacanta ?), qu’il ait vu depuis l’Ilamane, situé à une trentaine de kilomètres à l’ouest.

Fig. 16. — Essai de schéma du Massif Central saharien.

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

Duveyrier avait déjà indiqué l’existence d’eau courante sur la Coudia ; Motylinski confirme cette indication, et mentionne une cascade ; la haute vallée de l’Igharghar contient également quelques ruisseaux et Voinot y signale même un marécage difficilement abordable à Inikeren [l. c., p. 112].

R. Chudeau. — Sahara Soudanais. Pl. IV.

Cliché Laperrine 7. — AHAGGAR. UN CONFLUENT PRÈS D’IN AMDJEL. Prairie de diss. Quelques arbres dans le lit des oueds.

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

Cliché Laperrine 8. — AHAGGAR, VILLAGE DE TIT. Au fond, le Tinesi, dôme granitique (60 mètres).

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

L’altitude du Plateau Central saharien est mal connue ; elle dépasse certainement 2000 mètres. Les observations barométriques sont encore rares, mais elles sont nettement confirmées par les indications du thermomètre ; sur la Coudia, Motylinski a noté les températures suivantes : le 20 août 1906, 5° à six heures du matin, 20° à six heures du soir, le 21, 8° au matin, 18° à six heures du soir ; le père de Foucauld notait les mêmes jours, à Tamanr’asset, le 20, minimum 15°, maximum 35°, à six heures du soir 29° ; le 21, minimum 15°, maximum 36°, et à six heures du soir 30°. Voinot, à l’abankor de Tazzeit, près d’Idelès, a noté le 15 mars 1906, minimum de la nuit 11°,8, à une heure de l’après-midi 23°,6 ; le 18 mars, à Tazerouk, le minimum était de 1°,6 ; à une heure, la température atteignait seulement 18°,2. Il y a donc une différence d’une dizaine de degrés entre les températures de la Coudia et celles de Tamanr’asset et d’Idelès qui sont, l’un et l’autre, au voisinage de 1300 mètres. On s’explique facilement que les Touaregs nobles aient choisi la région de Tazerouk comme station estivale. Le haut plateau est d’ailleurs peu étendu et atteint à peine 70 kilomètres dans ses plus grandes dimensions ; Tazerouk (2000 m.) n’est pas encore sur le gradin le plus élevé, que la route directe de Tazerouk à Tarahaouthaout laisse à une trentaine de kilomètres au nord. Il est vrai que les contreforts de la Coudia, vers l’est, sont bien plus élevés que ceux de l’ouest, quoique leur relief au-dessus des oueds soit assez faible.

Fig. 17. — Ahaggar. La Coudia, vue de l’oued Sirsouf, près Tamanr’asset. L’Eisekran et l’Ikaraguen sont des plateaux basaltiques.

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

Les contreforts de ce haut massif ont des limites assez indécises (Pl. III, profils III et IV) : du pied du plateau de Timissao (550 m.), à Tit (1120 m.), il y a un peu moins de 300 kilomètres ; la pente est d’environ 21000. Jusqu’aux environs de Silet surtout (760 m.), on monte très doucement : dans le tanezrouft, les pentes des oueds Tamanr’asset et Silet sont voisines de 11000. Entre Silet et Abalessa, les restes de volcan qui constituent l’Adr’ar’ Ouan R’elachem, obligent à passer par un col à l’altitude de 900 mètres ; les sommets voisins s’élèvent à 1000 mètres. A l’ouest d’Abalessa (880 m.) l’Adr’ar’ Aberaghetan, formé de quartzites siluriennes et non de roches volcaniques, comme il est indiqué sur un croquis publié dans La Géographie [XIII, 1906, p. 53], atteint une altitude supérieure (1700 m.) ; cette chaîne étroite se prolonge vers le nord jusqu’au massif de Taourirt. D’Abalessa à Tit (30 km.), on suit la lisière sud d’une cuvette silurienne ; l’oued Tit, avec une pente d’environ 81000, est nettement torrentiel. De Tit à Tamanr’asset (1300m.), on franchit plusieurs vallées ; la pente moyenne n’a pas de signification. Dans ces deux derniers tronçons, la piste traverse une région de basses montagnes ou plutôt une pénéplaine encore accidentée.

De Tamanr’asset vers In Azaoua, la descente est assez rapide jusqu’au tassili de l’oued Tagrira (41000). La route, coupant toutes les rivières sous un angle marqué, ne suit cependant pas la ligne de plus grande pente. Jusqu’à l’oued Igharghar tout au moins, le pays reste très accidenté : le paysage doit son aspect particulier à des plateaux basaltiques comme l’Adjellela (fig. 72) ou le Debenat, ou à des filons de roches éruptives formant muraille, comme l’Adr’ar’ Arigan (fig. 18).

Vers le nord, un contrefort important, la Tifedest, est un massif vraiment montagneux et d’un relief moyen de plus de 1000 mètres ; c’est une chaîne d’accès difficile, où les cols sont rares et que traversent fort peu de sentiers.

A l’extrémité septentrionale de la Tifedest, avec des contours plus flous et séparé de la chaîne principale par un col qu’utilise une piste, se dresse le massif d’Oudan[32] presque impraticable. Il se termine par un plateau célèbre au Sahara :

« A la pointe nord de l’Oudan, se dresse la célèbre Garet el Djenoun, royaume des génies, interdit aux humains. Il est certain que la table plate du sommet, d’un relief voisin de 1300 mètres et bordée de tous côtés par des parois à pic, n’est pas accessible avec les moyens dont on dispose au Sahara... L’Oudan ne paraît pas être un ancien volcan, ainsi que l’avaient fait supposer à Duveyrier des renseignements indigènes. » Cette description, due à Voinot, semble cependant indiquer un plateau basaltique, analogue à l’Adjellela.

La Tifedest se continue sur la rive gauche de l’Igharghar, jusqu’à hauteur du Mouidir, par une série de massifs isolés dont le plus important est l’Edjelé, qui se dresse à une altitude notable au milieu du reg.

Fig. 18. — L’Adr’ar’ Arigan, dyke éruptif dans les contreforts méridionaux de l’Ahaggar. Du point d’eau de l’oued Zazir.

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

Sur la rive droite de l’Igharghar, au nord de la Tifedest, l’Edjéré (ou Eguéré) arrive au voisinage du tassili des Azdjer ; c’est un massif de grande étendue qui, de loin, figure vaguement un cône très aplati. Son point culminant, le Toufriq, atteint 1560 mètres. Sa structure est analogue à celle de la Coudia ; comme elle, l’Edjéré est un plateau surmonté de formations volcaniques ; les cratères ébréchés y sont nombreux, et les bombes volcaniques y abondent.

Les vallées étroites de ce massif sont, certaines années, couvertes de beaux pâturages, où se réunissent parfois les Azdjer et les Ahaggar ; les points d’eau y sont assez espacés, mais de fort débit et peu profonds ; les puits ne dépassent pas 4 mètres.

Ce massif se prolonge vers le sud par la petite chaîne de Torha qui n’est séparée de la Tifedest que par la vallée de l’Ighargar ; vers l’est, le massif de Torha se termine brusquement au-dessus de la haute plaine d’Amadr’or.

L’Anahef est un plateau très semblable à la Coudia, qu’il prolonge vers l’est ; comme elle, il est surmonté de gours, derniers témoins d’un étage disparu et d’aiguilles granitiques dont la plus remarquable semble être le Tihi n’Kalan. L’Anahef, que traversent quelques pistes allant de l’Ahaggar à R’at, paraît d’un accès peu facile ; les points d’eau, situés au pied de la montagne, sont peu nombreux ; Voinot en mentionne seulement quatre, sur le versant Atlantique.

La partie sud de l’Anahef qu’a explorée Foureau [Doc. Sc., p. 345 et 614] lorsqu’il a été reconnaître le point où est mort Flatters, ne semble pas différente de celle qu’a vue Voinot.

A son extrémité orientale, l’Anahef se relie à une série de hauteurs qui, se dirigeant vers le nord, viennent à peu de distance de Tir’ammar et du tassili des Azdjer. Elles se terminent par les deux massifs importants d’Adr’ar’ (1700) et d’Admar (1400).

Le tassili des Azdjer est formé de grès horizontaux, d’âge dévonien, et reproduit exactement les formes de terrain de l’Ahnet ou du Mouidir, dont il est la suite.

Entre ce tassili et les massifs anciens qui dépendent de l’Ahaggar, il existe, au moins depuis l’Igharghar jusqu’à l’Admar, une zone en général assez déprimée, qui offre des communications faciles entre l’est et l’ouest ; la piste qui y passe est souvent suivie par les rezzou.

Au centre du paquet montagneux que forme la Coudia et ses annexes s’étend une immense plaine dont l’origine est assez ambiguë. La haute plaine d’Amadr’or n’est pas une sebkha, mais bien un immense reg, long d’environ 120 kilomètres du nord au sud et d’une largeur moyenne de 60 kilomètres. Cette plaine peut être considérée comme horizontale ; la différence d’altitude atteint à peine 100 mètres entre le nord et le sud ; quelques gours isolés et insignifiants de granite rose font seuls saillie sur le reg. La végétation y fait en général défaut et il n’y existe aucun point d’eau. Le cours de l’oued Amadr’or et de ses affluents n’est plus indiqué que par quelques cuvettes à peine perceptibles et qui, depuis longtemps, ont cessé de communiquer entre elles ; quelques-unes sont marquées par une très maigre végétation d’éthels et de guétaf. Au cours d’un orage qui a duré deux jours, Voinot a pu voir toute l’eau tombée se rassembler en flaques stagnantes dont chacune correspondait à l’un de ces bas-fonds ; ce n’est que plus au nord, grâce à l’Edjéré, que l’oued Amadr’or, sous le nom d’oued Tidjert, reprend un peu de vie et redevient continu.

Il existe bien du sel dans la plaine d’Amadr’or, mais il est localisé en un point unique : la sebkha d’Amadr’or se réduit à une petite dépression, située à 5 kilomètres au nord de Tissint.

Le sel, qui s’y présente en cristaux cubiques, est facile à extraire ; pour le purifier tout à fait, on souffle légèrement dessus et ce vannage rudimentaire suffit à obtenir un produit d’un beau blanc et d’excellente qualité, qui a grande réputation au Soudan : on l’exporte jusqu’à Zinder, où il a une haute valeur.

Cette petite sebkha d’Amadr’or n’est pas loin de l’extrémité méridionale de l’Edjéré ; près d’elle se dresse une gara basaltique et tout le reg qui l’avoisine est jonché de débris de laves. Le sel provient probablement du lavage des roches volcaniques.

A part le reg d’Amadr’or, toutes les parties du Massif Central saharien se ressemblent. On prendra une idée moins incomplète des aspects du pays en consultant, outre les photographies, et les croquis joints à ce volume, ceux qu’ont donné le commandant Dinaux, le capitaine Arnaud et le lieutenant Cortier[33]. Mais le soleil leur fait défaut : « Ces vues du massif de la Coudia, déchiqueté et fantastique, donnent l’impression d’un pays noir et lugubre.

« Au contraire, l’ensemble des paysages reste clair ; ce sont des pastels délicats, des jeux variés de lumière sur les blocs de granite rose, les plateaux de grès (?) pâles, les coulées grises des laves ; une richesse de tons, une délicatesse de nuances, exagérées encore par la limpidité et la profondeur de l’atmosphère.

« La Coudia est un massif informe, sans harmonie et sans ligne ; c’est un squelette décharné, mais les couleurs le transforment en décor féérique. » (Dinaux). C’est le soir et le matin surtout, que les couleurs sont merveilleuses ; dans l’après-midi, la lumière du soleil est trop écrasante, les nuances perdent toute délicatesse ; toutes les couleurs deviennent des gris.

Hydrographie. — Ce haut massif a été un centre hydrographique important. Naissant près d’Idélès, l’Igharghar, accru d’assez nombreux affluents, traversait le tassili des Azdjer près d’Amguid et allait aboutir au chott Melr’ir. Ce fleuve important et son affluent principal, l’oued Mia, descendu du Tadmaït, fertilisent encore les principales oasis du Sud constantinois. Duveyrier le premier avait pu mettre en évidence l’importance de ce bassin dont les recherches patientes de Foureau ont bien fait connaître les parties moyennes ; les officiers de Tidikelt nous en ont fait, plus récemment, connaître le bassin supérieur.

Vers l’ouest, un grand nombre de ruisseaux, descendus de la Coudia et de la Tifédest, se réunissent en deux troncs principaux, l’oued Takouiat et l’oued Tamanr’asset, que coupe le medjebed d’In Zize à Timissao. On sait que ces deux fleuves coulent encore parfois assez loin et que leurs crues se font sentir jusqu’au méridien de Timissao. Ces crues doivent être violentes, puisqu’elles suffisent à entraîner des scories basaltiques au nord du tassili Tan Adr’ar’.

Le Tamanr’asset et le Takouiat n’ont pas été suivis bien loin vers l’ouest ; on ne sait pas comment ils vont se perdre dans le tanezrouft qui relie Azzelmatti à Sounfat ; on ignore quelles relations exactes ils ont avec Taoudenni et les oueds qui descendent du nord de l’Adr’ar’ des Ifor’as ou du Timetr’in, et dont l’oued Ilok semble être le principal collecteur.

Au sud, l’oued Zazir, l’Igharghar[34], l’oued Tagrira, le Tin Tarabin vont se joindre presque certainement au Taffassasset, qui se rattache actuellement au bassin du Niger. Les cours supérieurs de ces rivières sont seuls connus ; il subsiste entre l’Adr’ar’ des Ifor’as et l’Aïr un blanc considérable ; mais elles ne peuvent aboutir qu’au Niger, ou à un bassin fermé inconnu, dont rien d’ailleurs ne permet de prévoir l’existence (V. carte géologique hors texte).

Les rivières qui descendent de l’est de la Coudia ou de ses contreforts ont une histoire plus obscure. Il n’y a pas de doute pour l’oued Tadent qui est sûrement un affluent du Tin Tarabin. Les origines du Taffassasset sont moins claires. L’oued Falezlez, ou Afahlehle, a été coupé par Barth et par von Bary vers le 7° longitude est ; en ce point il se dirige vers le sud-est et von Bary indique, d’après ses informateurs indigènes, qu’il aboutit à Bilma. Barth et plus tard Duveyrier ont cru au contraire que le Falezlez était la tête du Taffassasset ; une carte récente[35] du Sahara a adopté cette opinion. Il en résulte, pour le tracé du fleuve, un coude bizarre que rien jusqu’à présent ne vient justifier, sauf peut-être l’importance du Taffassasset à In Azaoua qui permet de supposer un vaste bassin. En tous cas, toutes les rivières qui, au sud de Tadent, se dirigent vers l’est et qui ont été reconnues par Barth, vont aboutir au Taffassasset. Foureau [Doc. Sc., p. 247] a donné un schéma de ce bassin hydrographique.

Les villages. — La pluie n’est pas très rare sur la Coudia, et les rivières qui en descendent présentent une structure qui permet à l’eau de se conserver assez longtemps dans certaines vallées.

Les rivières des contreforts de l’Ahaggar sont, en effet, d’ordinaire encaissées et assez indépendantes de la direction des affleurements de roches imperméables, au milieu desquels elles ont creusé leur lit ; la vallée, souvent assez large, se rétrécit toutes les fois qu’elle rencontre un seuil rocheux plus résistant, quartzite silurienne ou filon éruptif : si ces rivières coulaient, elles présenteraient des rapides. Cette structure en chapelet est très nette presque partout.

Entre deux barrages successifs, chaque bief présente une pente notable et l’eau tend à s’accumuler contre le seuil d’aval, de sorte que la nappe aquifère est d’autant moins profonde que l’on se rapproche de ce seuil ; aussi les pâturages, situés à l’amont des barrages, sont fréquents et permettent souvent l’élevage de troupeaux assez nombreux.

De plus, l’eau, arrêtée à chaque barrage, est à un niveau un peu plus élevé que le bief suivant de la vallée ; cette particularité des oueds a été le plus souvent utilisée pour la création des petits centres de culture qui caractérisent les contreforts de l’Ahaggar.

Dans certains cas, les plus fréquents, on va chercher, par des foggaras longues de 5 à 6 kilomètres, l’eau en amont d’un barrage ; des seguias surélevées permettent une irrigation facile dans les parties plus basses ; c’est ce procédé qui est employé à Tamanr’asset, à Tit et à Tin Amensar, toutes les fois que les alluvions humides, véritables mines d’eau, sont dans une vallée trop étroite pour permettre facilement l’établissement de jardins, toutes les fois surtout que des crues violentes sont à craindre, qui enlèveraient toutes les cultures.

Parfois, dans le haut pays, il y a des ruisseaux permanents ; les foggaras deviennent alors inutiles et de simples seguias suffisent à assurer l’irrigation.

Quant aux jardins, ils sont établis dans les vallées les plus larges, dans celles où le lit de l’oued est creusé au milieu d’une plaine d’alluvion : on les cultive sur le lit majeur de l’oued quaternaire ; en général, dans ces vallées élargies, la nappe aquifère est profonde et c’est pour cette cause que l’on va chercher l’eau dans un bief supérieur.

Plus rarement la vallée est large, l’eau abondante à fleur de sol ; c’est ce qui arrive à Abalessa. Tous les oueds qui descendent du versant occidental de la Coudia coulent d’abord dans une région déprimée, une cuvette synclinale, que limite à l’ouest la chaîne élevée de l’Adr’ar’ Aberaghettan. Cette haute sierra, formée de quartzites, a résisté à l’érosion qui n’a pu réussir à y creuser que quelques gorges resserrées, quelques brèches exiguës ; la plus importante livre un étroit passage à l’oued Endid, formé de la réunion d’une dizaine d’oueds ou de ruisseaux dont les plus notables, l’oued Outoul, l’oued Tit et l’oued Ir’eli, viennent tous converger à Abalessa.

La brèche qui donne passage à tous ces oueds arrête les eaux et, à ses abords immédiats, pendant quelques cents mètres, se trouve un véritable fourré où dominent les tamarix ; c’est, comme arbres, un des plus beaux coins de l’Ahaggar.

Lorsque, venant de Silet, on a traversé la région chauve et dénudée de l’Adr’ar’ Ouan R’elachem, au sommet du dernier col, la vue d’une telle profusion de ferzig et d’ethel est une joyeuse surprise. Les arbres sont accompagnés de nombreux arbustes et de nombreuses graminées ; il y a même quelques fleurs. Plusieurs hectares sont réellement couverts d’une véritable verdure : pareil spectacle est vraiment rare au Sahara.

L’Adr’ar’ Aberaghettan, barrant un ensemble de vallées, ne fait que reproduire en plus grand la disposition des seuils transversaux qui, dans chaque oued de l’Ahaggar, accroissent, vers l’aval du bief, l’humidité des alluvions, et dont l’effet se traduit habituellement par un accroissement des pâturages et l’apparition d’arbres plus serrés.

Rarement cette structure est autant marquée qu’à Abalessa, et peu de villages sont aussi riches.

A Abalessa, on a pu creuser, dans chaque jardin, des puits peu profonds (2 à 3 m.). Ce sont souvent des puits à bascule, type classique dans les oasis, comme aussi en Anjou ; parfois l’outre à manche et à double corde, tirée par un âne, comme dans le M’zab ou à Iférouane, vient simplifier le travail du haratin. Il y a de plus quelques foggaras et, en fait, dans la plupart des ar’érem, les deux systèmes, puits et foggaras, coexistent : tout l’effort des cultivateurs a porté sur l’exploitation de l’eau, et la meilleure façon de l’avoir en abondance.

Parfois d’autres causes sont intervenues, qui rendent possible l’établissement de jardins ; à Silet, par exemple, la vallée est largement ouverte : une coulée de basalte, descendue de l’Adr’ar’ Ouan R’elachem recouvre les alluvions de l’oued Ir’ir’i ; la vallée de l’oued Silet est, en amont du ksar, probablement elle aussi dans le même cas [Villatte, loc. cit., p. 221] ; l’eau, protégée contre l’évaporation, est très abondante et pendant plusieurs kilomètres, en aval du front de la coulée, il suffit de creuser légèrement (0 m. 20-0 m. 30) dans l’oued, pour trouver le niveau aquifère. La vallée est couverte d’une très belle végétation ; les Salvadora persica forment un véritable taillis qui s’étend à plusieurs kilomètres de Tibegehin.

Silet et Tibegehin sont les plus belles palmeraies de l’Ahaggar. Malheureusement, malgré leur richesse en eau et leur abondance en dattiers, les deux villages jumeaux ont du être abandonnés : on se contente de venir y cueillir les dattes, lorsqu’elles sont mûres, dans la première quinzaine du mois d’août. Le reste du temps tout est à l’abandon ; on ne coupe jamais les palmes desséchées et les hautes tiges des dattiers sont couvertes d’un manchon de djerids jaunes et desséchées qui pendent misérablement vers le sol ; ces palmes forment, il est vrai, avec leurs épines, un obstacle difficile à franchir et protègent les régimes contre le vol d’un passant.

Il ne reste à Silet que les ruines d’un ksar et des traces de seguia, longues de 300 mètres, qui partent de la coulée de basalte. Malgré les facilités de culture, Silet était mal placée. Située à la limite de l’Ahaggar, à la porte du tanezrouft, Silet ne pouvait savoir ce qui se passait dans l’ouest : les pâturages font défaut dans le tanezrouft, et nul berger ne pouvait assurer la couverture du village : les rezzou y tombaient à l’improviste ; l’insécurité trop grande a causé son abandon. On peut espérer que le calme relatif que nous imposons au Sahara permettra à ce petit centre de renaître et de se développer.

Les villages de culture de l’Ahaggar, assez nombreux, sont peu importants ; Motylinski en dénombre trente-cinq. L’expression d’oasis, qui évoque toujours l’idée d’une palmeraie, ne leur convient pas : la culture des dattiers manque dans la plupart d’entre eux ; elle est insignifiante dans les autres. La première place appartient aux céréales. Aussi vaut-il mieux conserver à ces centres de jardinage du pays Touareg, leur nom berbère de ar’érem ; l’orthographe en a été longtemps douteuse (arrem, agherim) ; on trouve même une variante qui a longtemps servi à désigner, à l’ouest de Bilma, les jardins de Fachi qui, depuis Barth, sont souvent appelés Oasis Agram, même sur des cartes récentes.

Ces villages se ressemblent tous : ils sont formés de quelques huttes rondes ou carrées, construites en terre ou en diss, mélangeant les formes soudanaises aux formes des ksour ; les plus peuplés ont à peine cent habitants. Le tableau suivant, emprunté surtout à Voinot, permettra de se rendre compte du peu d’importance de la plupart des ar’érem.

HECTARES NOMBRE DE JARDINS HOMMES FEMMES ENFANTS HABITANTS

In Amdjel 120

Idélés 6 à 8 45 112 palmiers. Quelques figuiers. 3 pieds de vigne.

Tazerouk 30 38 29 16 83 ⎧ ⎨ ⎩ 140 hectares d’anciennes cultures abandonnées entre Tazerouk et Tebirbirt.

Tebirbirt 3-4

Aïtoklane 3 1/2 ? abandonné depuis 1902.

Tin Tarabin 11 20 17 4 41

Tarahaouthaout 34 39 29 22 90 2 figuiers, 4 bœufs.

Tamanr’asset 15 24 24 15 3 42 5 foggaras, la nappe d’eau à 1m,50 ou 2 m. Motylinski indique 52 habitants.

Tin Ghellet 8 11 6 6 23

Outoul 2 3 3 3 2 8

Tahert 2 3 2 2 4 8

Saliski 3,5 5 5

Tarhananet 2 3 1 2 6

Tit 16 23 23 17 10 50 1 palmier, 13 figuiers. Raisin.

Tin Amensar 21 18 11

⎧ ⎨ ⎩ Amont 6 16

Centre 13 6 11

Aval 7 23

Endid 94 palmiers (abandonné).

Abalessa 18 26 25 29 10 64 40 palmiers, 12 figuiers, 8 bœufs, 1 pied de vigne.

Tefaghiz 6 17 8 6 31 4 bœufs.

Iguelen 7 10 9 ? 19 2 bœufs.

Tifert 5 1/2 5 5 2 12

Silet-Tibegehin 300 palmiers.

188 697

Toutes les tribus importantes possèdent quelques-uns de ces jardins ; le plus grand nombre semble appartenir aux Kel R’ela et aux Dag R’ali. On trouvera le détail dans Motylinski et surtout dans Benhazera.

Malgré leur état misérable, les ar’érem impriment cependant à l’Ahaggar un cachet particulier : la vie sédentaire est possible dans les hautes régions du Sahara.

Tout incomplet qu’il soit, ce tableau nous donne quelques renseignements intéressants ; il confirme l’état misérable des cultures ; il nous apprend que chaque jardin, cultivé par un chef de case, a une surface restreinte, variant d’un demi-hectare à un hectare ; il nous montre enfin combien la population en est anormale : les hommes sont de beaucoup les plus nombreux (46,2 p. 100) ; il y a peu de femmes (35,4 p. 100) et à peine d’enfants (17,5 p. 100).

Ces villages sont de création récente ; ils n’existaient pas, il y a un siècle, d’après les renseignements recueillis par le capitaine Dinaux [Bull. Com. Afr. fr., mars 1907, p. 65] ; ils ont été établis avec le concours, souvent involontaire, des haratins du Tidikelt et du Touat et la collaboration, toujours forcée, des esclaves achetés ou razziés au Soudan. Les cultivateurs n’ont aucune racine dans le pays ; ce sont des immigrés de date récente à peine installés dans l’Ahaggar.

Leur situation n’est cependant pas très mauvaise ; le terrain appartient aux Touaregs, qui assurent tant bien que mal la sécurité. En principe, chacun peut cultiver toute terre inoccupée en payant une légère redevance au maître du sol. Dans la pratique il n’y a que des fermiers : il faut un propriétaire pour conserver les provisions et faire des avances aux haratins, incapables par eux-mêmes de la moindre prévoyance.

Les conditions faites au fermier sont habituellement les suivantes : pour sa nourriture, il touche annuellement une charge en hiver (180 litres) et une demi-charge en été moitié en dattes, moitié en grains (bechna de l’Aïr) et dix taz’ioua (environ trente litres) des mêmes denrées à chaque labour. L’établissement d’un nouveau puits, les grosses réparations aux foggaras donnent lieu aussi à une rétribution. Le maître fournit de plus aux haratins les outils de jardinage et le bétail (âne ou bœuf) nécessaires pour tirer l’eau des puits ; il donne tous les ans la semence. Le haratin a encore pour lui tout ce qu’il peut planter dans les séguias, autour du bassin d’arrosage et dans neuf plate-bandes qui lui sont réservées ; ces plate-bandes (agemoun) ont chacune la dimension d’une planche moyenne d’un potager français.

Le reste du jardin est planté en blé et en petit mil (bechna) ; on sème habituellement dans chaque jardin (70 ares en moyenne d’après Voinot), 12 mesures de blé (36 litres) et 2 de bechna (6 litres). Si l’arrosage est suffisant, le blé rapporte au moins 20 fois et le bechna 60 fois ou même 80 fois la semence. Dans les oasis, le blé rapporte beaucoup moins : 4 à 5 fois la semence à Sali ; 8 à 9, à Tit (Tidikelt) ; aussi y est-il peu cultivé et la première place revient-elle à l’orge qui ne joue qu’un rôle insignifiant dans les ar’érem de l’Ahaggar. Quant au bechna, son rendement est médiocre sur la Coudia ; au Soudan, il rapporte jusqu’à 400 fois la semence ; il est vrai que le bechna de l’Ahaggar est de qualité supérieure et s’échange à volume égal contre le blé ; le mil est ici à la limite altitudinale extrême de son habitat et dans les villages élevés de l’Ahaggar, à Taz’erouk par exemple (2000 m.), on fait deux récoltes successives de blé, sans alternance de mil. Le blé est semé fin novembre à Tamanr’asset (1300 m.) et récolté en mai ; en juin, on sème le bechna qui est mûr en octobre.

Les principaux légumes cultivés sont des courges (pastèques et plusieurs variétés à cuire), les tomates, oignons, carottes, choux, lentilles, fèves et quelques autres légumineuses, enfin la menthe, qui sert à préparer des infusions ; elle remplace ou complète le thé. — Tous ces légumes reviennent aux haratins.

Les arbres fruitiers sont quelques dattiers, les figuiers et la vigne, cette dernière surtout à Tit. Le raisin mûrit au commencement d’août ; c’est une petite clairette ronde à peau fine, plus proche des raisins de France que de ceux d’Algérie ; cette vigne pousse à l’état sauvage dans les fourrés de roseaux et de tamarix qui couvrent l’oued Tit et l’on ne s’en occupe qu’au moment de la récolte. Les Touaregs n’ont pas le souvenir qu’elle ait été plantée. La vigne est un vieil habitant du bassin de la Méditerranée, où on la connaît dans les tufs quaternaires et pliocènes ; elle pourrait être spontanée dans l’Ahaggar, comme elle semble l’être au sud du Caucase.

Les procédés de culture sont les mêmes qu’aux oasis : la houe et un panier suffisent à tous les travaux. Le plus souvent, dans les ar’érem importants, un champ est partagé entre six haratins ; ce nombre est imposé par le mode de distribution de l’eau : chaque chef de case a droit, pour la portion qu’il cultive, à l’eau pendant un jour et une nuit par semaine ; ce groupement par six existe certainement à Tamanr’asset où les foggaras sont très développées ; à Abalessa, où les puits sont abondants, les jardins sont plus isolés et le partage de l’eau est peut-être différent.

Il est visible, pour qui connaît le pays, que les cultures de l’Ahaggar pourraient être beaucoup plus étendues qu’elles ne le sont, malgré les périodes de sécheresse qui ne deviennent dangereuses que lorsqu’elles dépassent trois années ; de nombreux symptômes font espérer un accroissement rapide. Les haratins semblent s’intéresser aux plantes que nous cherchons à introduire ; lors de la tournée Laperrine en 1904, des graines leur avaient été distribuées ; la betterave surtout les avait enchantés, et, en 1905, ils en redemandaient des graines dont le P. de Foucauld avait une bonne provision.

Les Touaregs, qui, comme tous les pasteurs, voyaient dans les jardins, placés toujours dans les oueds les plus fertiles, un obstacle, une entrave au libre parcours de leurs troupeaux, se rendent compte que l’ère des rezzou sera bientôt close complètement ; les bénéfices qu’assuraient les expéditions au Soudan et dans l’Aïr font dès maintenant défaut. Aussi songent-ils à reprendre les jardins abandonnés et à étendre les cultures.

L’aménokal Moussa a déjà fait creuser quelques foggaras nouvelles et commence d’importantes constructions à Tamanr’asset.

En particulier le dattier semble ne pas occuper, dans les ar’érem de l’Ahaggar, une place suffisante. Les quelques palmiers qui y existent déjà, malgré l’absence d’entretien, donnent un produit de qualité acceptable ; il y a, au peu de développement de cette culture si importante pour les nomades, une double cause. Lorsque des dattiers existent dans un jardin, tous leurs produits reviennent entièrement aux propriétaires du sol ; les fermiers n’ont aucun intérêt à planter de nouveaux arbres ni à soigner les anciens ; il est facile de modifier cette fâcheuse coutume. La datte est au Tidikelt un des principaux articles d’exportation et donne lieu chaque année à des échanges importants avec le bétail touareg ; les Ahl Azzi et tous les Ksouriens des oasis ont toujours cherché à persuader aux Kel Ahaggar que le climat de leurs montagnes ne convenait pas au développement du palmier. L’expérience montre cependant qu’il n’en est rien.

Fig. 19. — Ahaggar. Le volcan démantelé de l’Haggar’en avec son point culminant, le Tin Hamor. — Le plateau basaltique (rhyolithe œgyrinique) d’Hadrian, entaillé par la brèche d’Élias. — De Tamanr’asset.

Illustration from Missions au Sahara, tome 2: Sahara soudanais

Quoiqu’il en soit des accroissements possibles, les bénéfices actuels paraissent suffire aux jardiniers, qui y ajoutent la récolte de quelques plantes sauvages. La plupart semblent satisfaits de leur sort ; fort peu ont demandé, depuis l’occupation française, à retourner au Tidikelt. On ne voit pas d’ailleurs chez eux ces poitrines décharnées, ces exemples de maigreur excessive et de profonde misère physiologique, qui sont si fréquents au Touat et au Gourara.

L’industrie de l’Ahaggar est encore plus misérable que la culture ; partout on travaille le bois pour faire des écuelles et quelques ustensiles aussi simples ; le bois de tamarix, peu dur, paraît le plus employé ; la confection des nattes et des paniers en tiges de graminées ou en feuilles de palmier, la préparation du cuir sont familières à tous, sédentaires ou nomades. On fait un peu de poterie à Abalessa. Des forgerons vivent au milieu des principaux groupements touaregs ; ils forment une caste à part ; ce sont des noirs qui ne comptent dans aucun tribu ; ils se marient entre eux et dédaignent les esclaves et les haratins. Ces forgerons ne font guère que de menues réparations et, parfois, un peu de bijouterie.

Les objets un peu compliqués (selles de méhari, sabres, lances) viennent du Soudan par l’intermédiaire de l’Aïr ; les instruments de culture dont se servent les haratins sont achetés aux oasis.

Les Nomades. — Les maîtres du pays, les Touaregs, sont exclusivement des éleveurs ; leur nombre est peu considérable.

Les Kel Ahaggar se partagent en trois groupes, placés chacun sous l’autorité d’une tribu noble, dont le chef a pour insigne de commandement un tambour, un « tobol » qui sert, en théorie du moins, à donner le signal d’alarme.

La tribu des Taïtok habite l’Ahnet et a été étudiée par Gautier [V. t. I, p. 330] ; des descendants de Tin Hinan, l’ancêtre marocaine ; des Kel Ahaggar, il ne reste dans l’Ahaggar que les Kel R’ela et les Tedjéhé Mellet. Les indications de Benhazera permettent d’établir les statistiques suivantes :

Tobol des Kel R’ela.

TENTES GUERRIERS CHAMEAUX MOUTONS ET CHÈVRES BŒUFS[36]

Kel R’ela 55 à 60 50 1000-1200 2500 30

Dag R’ali 40-50 60 1000 2000

Adjouh n’Taheli 40-50 60 800 1800

Aït Loaïn 25 50 400 1200

R’elaïddine 25 30 400 1500

Kel In R’ar 30 50 800 1500

Kel Amdjid 20 30 250 1000

Kel Tifedest 15 20 200 600

Kel Tazoulet 35 50 600 1500

Yheaouen Hadn 20 30 400 600

335 430 5050 14200 30

Quelques tribus, appartenant au même tobol, nomadisent dans le Mouidir ; ce sont les suivantes :

Notes in this chapter

Note 1 · Haug, C. R. Ac. Sciences, 7 août 1905.Note 2 · Haug, in Foureau, Documents scientifiques, 1905, p. 753 ; Flamand, C. R. Ac. Sc., 3 avril 1905.Note 3 · Ce terme d’Archéen ne serait tout à fait correct que s’il était établi que les noyaux granitiques sont antérieurs au Silurien. Quelques faitNote 4 · Voinot, Bull. Comité Afr. fr., mars, avril, août, sept., oct., 1908, p. 218.Note 5 · Rens. col. Comité Afr. fr., juin 1907, p. 142-155.Note 6 · Revue coloniale, 1907, p. 361-386.Note 7 · La Géographie, XVI, 1907, p. 225.Note 8 · Études sur la Géographie physique et la Géologie de Fouta Djalon. — Thèse, 1905.Note 9 · La Géographie, XVII, 1908, p. 201.Note 10 · Contribution à l’étude de la Géographie physique du Dahomey, thèse, 1908.Note 11 · In Chevalier, L’Afrique centrale française, 1908, p. 646.Note 12 · Gentil et Lemoine, Bull. du Comité de l’Afr. française, Rens. col., avril 1908, p. 98-100.Note 13 · Bruel, Renseignements coloniaux du Comité de l’Afrique française, avril 1908, p. 98, — Lœffler, ibid., sept. 1907, p. 224. — Lancrenon, BullNote 14 · La Géographie, XVIII, 1908, p. 219.Note 15 · Notice géologique sur la région de Dori, Rev. des troupes coloniales, 1904, p. 228.Note 16 · Quelques-uns des détails donnés par Hubert sur les quartzites de l’Atacora, semblent indiquer des surfaces de charriage et des plis couchés.Note 17 · Motylinski et Basset, Grammaire, Dialogues et Dictionnaire Touaregs, Alger, 1908.Note 18 · L’alphabet tifinar’ a deux z ; j’indique ici, d’après Motylinski, l’orthographe exacte de Tanez’rouft, quitte à la négliger dans le reste deNote 19 · Tous les après-midis, le thermomètre a dépassé 45° ; ces hautes températures n’interrompaient pas la marche.Note 20 · Mussel, Rens. col. Comité de l’Afr. fr., mars 1907, p. 57.Note 21 · Rens. col. Comité de l’Afr. fr., avril 1907, p. 90. — Nieger, La Géographie, XVI, déc. 1907.Note 22 · Cortier, De Tombouctou à Taoudenni, La Géographie, XIX, 1906, p. 317. — Cauvin, Société de Géographie commerciale de Paris, XXX, août-sept. Note 23 · R. Arnaud, Rens. col. Comité de l’Afr. fr., XVII, mai 1907, p. 123.Note 24 · La Géographie, XII, octobre 1905, p. 218.Note 25 · Barth, Reisen, I, p. 333. Les noms sont bien reconnaissables : Tarhadjit : Tar’azi ; Ne-ssua : In Azaoua ; Tagerèra : Tagrira ; El Arh-ssul Note 26 · Le lieutenant Halphen a récemment reconnu le point d’eau d’Ilifek, au S.W. d’In Azaoua. Les renseignements détaillés font encore défaut.Note 27 · Six mois chez les Touaregs du Ahaggar, Alger, 1908, p. 205-208.Note 28 · Dinaux, Rens. col. Comité de l’Afr. fr., mars 1908, p. 80. — Cortier, D’une rive à l’autre du Sahara, Paris, 1908, p. 129.Note 29 · Laperrine, Nieger, Rens. col. Comité de l’Afr. fr., février 1905. — Villate, La Géographie, XII, octobre 1905.Note 30 · Voinot, Bull. du Com. de l’Afr. fr., mars, avril, août, sept., oct. 1908.Note 31 · Sur la carte hypsométrique (Pl. I), l’Oudan a été marqué par inadvertance à l’est de l’Igharghar.Note 32 · Dinaux, Rens. col. Comité de l’Afr. fr., 1908, p. 76-85. — Arnaud et Cortier, Nos confins Sahariens, Paris, 1908.Note 33 · Ce nom d’Igharghar se trouve ainsi deux fois, au nord et au sud de la Coudia. Il est sans doute une simple variante du nom commun ir’azar, sNote 34 · Esquisse du Sahara Algérien, à 1/2500000 (Gouvernement général. Alger, 1907).Note 35 · Les bœufs sont certainement un peu plus nombreux que ne l’indique ce tableau : Motylinski en a compté 37 dans un seul troupeau. Il y a une d
Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings