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Argenterie.—L’entretien de l’argenterie doit être le premier souci du valet de chambre; c’est sa gloire de l’étaler resplendissante sur la table; il doit donc en prendre un soin tout particulier et ne jamais en laisser aller une seule pièce à la cuisine, où elle pourrait être maltraitée.
Pour les couverts, avoir dans la salle à manger, sur la table de service, un vieux plateau et au fur et à mesure que l’on dessert, poser dessus les cuillères et les fourchettes, auprès les unes des autres en ayant soin qu’elles ne se cognent pas. Le service fini, porter ce plateau dans l’office.
Mettre de l’eau très chaude dans une terrine, y battre du savon noir de façon que l’eau soit mousseuse; laver les couverts dans cette eau, pièce par pièce avec une brosse douce.—Les œufs et le vinaigre noircissent le bout des fourchettes et cuillères, avoir à portée de la main, du blanc d’Espagne, en prendre une pincée entre les doigts, en frotter l’endroit noirci et continuer ensuite le lavage.—Déposer à mesure sur un torchon en évitant toujours de les cogner les unes contre les autres; essuyer avant que ce soit complètement sec; remettre sur le plateau qui aura été nettoyé et reporter dans la salle à manger; donner encore un coup de peau propre avant de les replacer dans le tiroir.
Dans le tiroir, cuillères et fourchettes doivent être rangées par catégories et pas trop serrées.—Compter chaque jour, afin de s’assurer que rien n’a été égaré.
Quand l’argenterie a manqué de soin, voici un moyen de la remettre à neuf.
Prendre avec un linge fin, un peu de pâte magique; frotter sur toutes les parties jusqu’à disparition complète des rayures; ce travail demande quelquefois plus d’un quart d’heure par pièce, mais une fois fait, c’est pour longtemps; essuyer avec un chiffon sec, puis frotter avec un peu de poudre Touron, en se servant d’une peau; on obtient alors un beau brillant. On enlève la poudre des chiffres et des rainures, avec une brosse douce.
Pour l’entretien journalier, la poudre Touron suffit, on ne doit se servir de la pâte magique que lorsque l’argenterie commence à se rayer, ce qu’on évite en la manipulant avec soin.—La pâte magique peut tacher l’argenterie, on empêche cela en versant dans la boîte, avant de s’en servir, quelques gouttes d’esprit de vin ou d’alcool à brûler.
Les pièces: plats, légumiers, saucières, cafetières, sucriers, salières, etc., seront entretenues de la même façon; on aura soin de ne pas fausser les pieds et les anses en pressant trop fortement pendant le nettoyage; toutes ces choses exigent énormément de précaution.—Le vermeil s’entretient comme l’argent; de même le ruolz, le métal anglais et le métal argenté.
Couteaux.—Les couteaux seront placés, en desservant, sur le même plateau que les couverts; on lavera les lames avec un chiffon, dans l’eau qui aura servi à l’argenterie, on les tiendra par le manche en évitant de les laisser tremper dans l’eau, ce qui finirait par décoller la virole; essuyer avec un linge sec, frotter ensuite jusqu’à disparition complète des taches, sur la planche couverte de peau, qu’on aura saupoudrée d’un peu de poudre, Knife polish Wallington; essuyer avec la peau en faisant briller la virole d’argent et ranger dans les boîtes, sans toucher les lames avec les doigts, ce qui pourrait les faire rouiller.
Les couteaux à lame d’argent seront lavés comme les autres, mais non passés sur la planche, ils seront traités de la même façon que les couverts, avec la pâte magique et la poudre Touron; les manches aussi bien entendu, quand ceux-ci sont en argent.
Cristaux.—Pour plus de commodité il faut avoir deux terrines dans l’office; une pour l’argenterie et une spéciale pour les verres, tasses, etc...—Remplir la terrine d’eau froide (l’eau chaude pourrait casser les verres), laver dedans les verres, un à un, les renverser pour les égoutter et essuyer pendant qu’ils sont encore humides, avec une serviette bien sèche; éviter de laisser des peluches du linge après les verres. Ranger dans l’armoire en les retournant.—Les bols seront lavés ensuite; pour les tasses on pourra se servir d’eau chaude.
Les carafes et les carafons devront toujours être clairs et brillants; secouer de l’eau dedans, avant de les remplir pour les repas; quand ils paraissent ternes, mettre dans l’eau des coquilles d’œuf ou de la pomme de terre coupée en petits morceaux; secouer vigoureusement, vider et passer de l’eau claire; toujours bien essuyer après qu’on les aura remplis.
Salières.—Nous avons dit que les salières devaient être toujours pleines, il faut donc les refaire après chaque repas.—On a dans l’office un pot de sel fin et un pot de poivre, de façon à pouvoir ajouter ce qui manque dans les salières; pour le sel il faut avoir soin de ne pas le laisser en grumeaux; on renversera le contenu de la salière dans une assiette et avec une cuillère de bois, on l’écrasera bien; on remplira la salière en pressant et on unira bien le dessus; essuyer le tour, de même pour le poivre; passer le support à la peau s’il est en argent et aussi les petites cuillères qui seront placées dessus, sans enfoncer.
Dessert.—Il est difficile d’indiquer, d’une manière précise, le dressage des fruits; nous essaierons cependant d’en donner quelques notions.
Pour faire les compotiers on se sert de mousse ou de feuilles; bien essuyer celles-ci, en faire un lit les pointes vers les bords du compotier.—Grosses poires: en placer en couronne cinq ou six, selon la taille; la queue en l’air; mettre dans l’intérieur de la couronne un petit tampon fait avec des feuilles, dessus une ou deux feuilles, et poser une dernière poire que l’on aura choisie la plus belle.—Petites poires: on fait de même une première couronne, le nombre des poires varie selon la grosseur, on remplit le vide intérieur avec le tampon de feuilles, on place dessus quelques feuilles à plat, on refait une deuxième couronne de trois ou quatre poires, encore une feuille et une poire au sommet; toutes les queues droites.—On dresse de même les oranges, les mandarines et les pommes; mais on les pose du côté de la queue, le nœud en dessus. Les pêches, les abricots sont posés aussi du côté de la queue.—Il faut avoir soin de présenter extérieurement le plus joli côté des fruits, de ne les toucher qu’avec délicatesse pour ne pas les meurtrir ni leur enlever la fleur.—Les prunes sont très délicates, les dresser aussi en pyramide, par plusieurs couronnes, trois ou quatre, mais on ne mettra pas de tampon de feuilles, on les arrangera par couches successives.—Les figues sont encore plus fragiles, les dresser comme les petites poires, les queues droites.—On laisse la queue aux grosses fraises; quand on doit les dresser, on met les queues en dedans, les cerises sont arrangées de même en pyramide, les queues en dedans; ce dressage exige une certaine habileté et dans beaucoup de maisons, dans l’intimité de tous les jours, on les dresse naturellement.—Le raisin devra être débarrassé des mauvais grains et de tout ce qui pourrait le déparer; on tiendra les grappes par la queue et avec des ciseaux on procédera délicatement au nettoyage.
Est-il besoin de recommander d’avoir les mains rigoureusement propres, pour toucher ainsi les fruits?
Le fromage sera tenu couvert dans l’office, s’il n’y a pas de cloche, mettre dessus une assiette creuse renversée.—Tous les fromages mous seront grattés à la surface, pour les débarrasser de leur croûte; faire attention de ne pas les écorcher en faisant ce travail.
Cuivres.—Les cuivres où qu’ils soient placés, doivent être toujours très brillants, quand ils auront été négligés, on les fera revenir en se servant de la pâte magique, comme pour l’argenterie; frotter fort et longtemps, essuyer et passer ensuite un peu de tripoli pour faire briller.—Pour l’entretien, le brillant belge est d’un bon usage; en mettre très peu sur un linge, en frotter l’objet et faire briller avec un chiffon de laine.
Lampes.—Il y a plusieurs modes d’éclairage: électricité, gaz, alcool, pétrole; c’est encore ce dernier qui est le plus usité et qui demande le plus de soin.—Les lampes devront être tenues avec beaucoup de propreté, ne pas trop remplir la toupie qui suinte facilement; bien essuyer partout le pétrole qui aurait pu être répandu; couper la mèche bien régulièrement, essuyer le bec et quand celui-ci est noirci par l’usage, le frotter avec du papier de verre; la lumière est d’autant plus vive que l’appareil est plus propre; passer un chiffon avec du brillant belge sur toutes les parties de cuivre.—Le pétrole devra être toujours limpide dans la toupie; si étant resté quelque temps dans la lampe, il était trouble, il faudrait le vider tout à fait et on l’utiliserait dans une lampe non transparente. Pour le verre, passer plusieurs fois la brosse, puis un chiffon très sec et très propre; reposer le verre sur la lampe en le tenant avec le chiffon pour ne pas y laisser l’empreinte des doigts.
Après que les lampes auront été allumées, il faudra les surveiller pendant quelques moments; ou la mèche n’est pas assez montée, alors cela sent mauvais, ou elle l’est trop et la lampe file; ce n’est qu’après quelques instants qu’on peut s’en apercevoir et régler la lumière.
La lampe à alcool est d’un entretien plus facile, il n’y a pas l’inconvénient du suintement que produit le pétrole.—Pour ces deux genres d’éclairage, il faut avoir soin de faire les lampes au jour, près d’une lumière il pourrait se produire des accidents.
L’abat-jour devra rester dans la pièce où se trouve la lampe; pour l’ôter et le remettre, le prendre par la monture sans toucher au papier ou à l’étoffe dont il se compose.
Encaustique.—Voici une manière très simple de faire l’encaustique. Dans un vase quelconque, faire fondre au bain-marie où très doucement sur le bord du fourneau, 160 grammes de cire jaune, coupée en morceaux; quand la cire est fondue, verser peu à peu en remuant avec une spatule, un demi-litre d’essence de térébenthine; laissez refroidir et couvrez d’un papier comme un pot de confiture. Pour l’usage journalier, avoir une boîte en fer battu que l’on remplit au fur et à mesure des besoins.
Manière de s’en servir.—Débarrasser le parquet de la poussière et des taches en balayant et brossant, prendre avec un chiffon de laine mis en petit tampon, un peu d’encaustique, en frotter le parquet partout bien également, laisser sécher un moment, étaler en frottant avec la brosse et finir avec le chiffon de laine ou le patin, bien suivre le fil des planches. Pour les meubles on a des brosses exprès. L’encaustique passé sur le linoléum et sur le marbre produit un très joli effet.
Quand sur le parquet il y a des taches de graisse qui résistent à la brosse, ou que la cire s’est encrassée comme sous les tapis, frotter avec de la paille de fer; si on le fait avec la main, mettre un gant, la paille de fer coupe, avec le pied il n’y a aucun risque.
Carreaux et glaces.—Les carreaux quoique essuyés tous les jours, ont besoin d’être lavés de temps en temps, de même les glaces dans les appartements. Prendre une petite terrine avec de l’eau additionnée de vinaigre, en frotter les carreaux et les glaces et essuyer avec un chiffon bien sec. Le vieux calicot est très bon pour cet usage, il sèche bien sans laisser de peluches.
Boiseries.—Les boiseries blanches se salissent facilement, surtout les portes, fenêtres et persiennes où le frottement des mains laisse des traces. Pour les nettoyer on prend de l’eau de savon dans laquelle on a fait fondre un peu de potasse, on frotte, avec une éponge douce, la partie salie et on essuie aussitôt, car si l’humidité séjournait cela pourrait faire partir la peinture. Les boiseries de couleur se nettoient de même.
Cheminées.—Le feu dressé, la cheminée doit être nettoyée avec soin; l’entourage de cuivre passé au brillant belge, la porcelaine lavée ainsi que le marbre du foyer; si les chenets sont en cuivre, les frotter avec le brilliant belge; s’ils sont en fonte on les brossera et on les fera reluire avec la pâte splendide, on en frottera aussi le tablier ainsi que l’entourage s’il est en fonte au lieu d’être en porcelaine.—A l’entrée de l’été, les cheminées sont vidées complètement et on fait un grand nettoyage de tout l’intérieur.
Quand les pelles et pincettes sont rouillées par le manque d’usage, on les nettoie en les frottant avec du papier de verre.
Ecueils à éviter.—Il faut prendre garde en nettoyant d’un côté de ne pas salir ni abîmer d’un autre. Les ingrédients nécessaires au nettoyage de certaines choses, doivent être employés avec précaution. L’eau de cuivre, le brillant belge, la pâte magique brûlent ou font des taches; on aura soin de ne pas poser la bouteille ou le pot directement sur le parquet ou sur les tapis, on mettra en dessous une assiette ou un papier et on fera attention de ne toucher avec le chiffon que le cuivre qu’on veut nettoyer.—La poudre Touron est d’un maniement très subtil, tout ce qu’on touche avec devient rouge; quand on doit s’en servir, bien s’installer, mettre un journal sur la table où l’on veut faire le travail et prendre un tablier déjà défraîchi; ensuite bien se laver les mains avec du savon, ayant de toucher à autre chose.—La potasse, efficace pour nettoyer la porcelaine et lui redonner le brillant du neuf, rend les objets très glissants pendant le nettoyage, ils échappent des mains; agir avec prudence pour ne rien casser; il faut aussi éviter d’en laisser séjourner sur les toiles cirées ou sur le bois peint, mais en essuyant de suite elle ne produit aucun mauvais effet, au contraire elle nettoie.
En dressant les feux, on fera attention de ne pas toucher avec la tête le lambrequin de la cheminée, le frottement répété des cheveux l’encrasserait très vite.
En balayant ou en frottant, ne pas s’appuyer sur les murs ni sur les meubles; les mains chaudes ou sales laisseraient leur empreinte.
Sur la table à manger en bois ciré, ne rien poser de chaud sans mettre quelque chose en dessous, éviter aussi d’y répandre de l’eau, les taches blanches qui en résultent, sont très longues à s’effacer.
Ne jamais rien poser sur les tapis ou les étoffes qui couvrent meubles et pianos.
S’habituer à fermer les portes en les tirant par le bouton, afin de ne pas salir la peinture par le frottement de la main.
Du soin et de l’attention, en tout et toujours.
N. B.—Les ingrédients conseillés dans ce manuel ont été expérimentés et jugés efficaces; néanmoins il en existe d’autres similaires, qui peuvent être tout aussi bons et auxquels on pourra donner la préférence si on les croit meilleurs.