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Les dieux de la tribu

QUATRIÈME PARTIE POUR LA DERNIÈRE HEURE

Reading edition

Ne savez-vous pas reconnaître le cri de l’hirondelle de mer Ou la plainte de la mouette chassée par le vent ?

Rudyard Kipling.

I LES CONFIDENCES D’UN OFFICIER DE SERVICE

Les opinions des uns et des autres.

Je ne m’inclinerai donc pas devant Son Altesse Evgueny comme cela m’advint en présence d’autres Altesses, au cours de déplacements plus ou moins imprévus et que je n’ai pas à mentionner pour le quart d’heure. Du reste, c’est Ozilie qui me présente.

— Voici ce Monsieur.

Puis, se tournant de mon côté.

— Monsieur l’officier de service a désiré vous voir.

Je salue et j’attends. Certes, Ozilie n’a pas été fâchée tout à l’heure, à la pensée de m’humilier devant le Prince. Maintenant, elle redoute sa victoire et ses conséquences… En face de moi, un jeune homme blond. Est-ce cet uniforme de hussard corseté qui l’amincit et le rajeunit encore ? On croirait un collégien qui s’est déguisé en soldat pendant ses vacances. Mais ce que je regarde surtout, ce sont les yeux du Prince, des yeux gris-bleus, d’un gris insistant.

Evgueny s’exprime en allemand. Deux ou trois fois, il baisse les paupières. Quand il a terminé, alors seulement, je prends la parole :

— Je comprends assez mal l’allemand ; je puis cependant répondre à votre question : j’appartiens au service du Premier ministre.

Qu’est-ce que je risque ? Je l’ignore, mais maintenant, je dois jouer jusqu’au bout. C’est ma seule chance d’évasion. Les enveloppes de lettres recueillies chez Trophime sont bien cachées ; mes papiers — au cas où le Prince les exigerait ou même les ferait prendre de force — établiraient ma véritable identité. C’est une autre chance à tenter. Ils constituent une suprême sauvegarde.

— Que fais-tu là ?

Evgueny me tutoie sans hésitation ni raideur. Devant un subalterne, quelque chose comme un agent secret, peut-être se sent-il à l’aise ? Il s’arroge en outre les avantages d’une fonction d’emprunt. Il n’a pas à se tenir comme un prince. Il découvre dans sa personnalité une assurance inattendue et le plaisir mal défini que certains caractères — comme le sien — éprouvent dans une mystification bien composée.

Maintenant, Evgueny me demande mon nom. Je n’hésite pas ; je donne le mien, le vrai :

— Lonlay-Labbaye.

Le Prince consulte un petit agenda qu’il tire de sa poche. Il y trouve un petit papier plié qu’il examine consciencieusement :

— C’est exact, dit-il.

Je ne souris pas. L’« officier de service » continue à tenir son rôle. Il insiste même :

— Labbaye, avec un y ?… Il y a longtemps que tu es au service du Premier ?

— Deux jours, Monsieur le Lieutenant.

— Tu as beaucoup de travail ?

— Beaucoup.

Je n’ai pas envie de rire. Cependant le visage d’Ozilie où tant de sentiments sont lisibles : l’étonnement, une vague crainte, puis une sorte de fureur me fourniront, plus tard, des accès de joie. Elle doit se rappeler ce que je lui ai annoncé quand je l’ai rencontrée dans le parc : « Si le Prince m’aperçoit, il passera comme s’il ne me connaissait pas ! »

— De quel pays es-tu ?

— De France, Monsieur.

Et d’autres questions qui ne risquent pas de me compromettre, car si je ne sais rien, le Prince aussi ignore à peu près tout… Soudain, une attaque plus directe :

— C’est le « Premier » qui t’a ordonné de surveiller Mademoiselle ?

— Je pourrais vous répondre, Monsieur le lieutenant, que je n’ai rien à vous dire. J’aime mieux vous assurer que le « Premier » ne donne à personne des missions de ce genre.

Le Prince regarde Ozilie. Mais elle doit songer : « Quelle perfidie ! Ils s’imaginent que je ne vois rien ! Comme ils dissimulent mal l’un et l’autre ! Tout à l’heure, celui-là était Suisse, à présent, il est Français. »

— Alors que fais-tu ici ? reprend Son Altesse.

Dois-je inventer quelque chose ? Je risque de tomber du premier coup sur une bêtise.

— Je regrette, Monsieur, d’être obligé de me taire.

— Mais je suis officier de service. Je fais une ronde…

— Je ne le conteste pas.

— Ton insigne ?

— Voici.

Et je montre le triangle « I. S. 24 » que m’a remis Trophime un moment plus tôt. Le Prince le regarde. Il paraît surpris cette fois.

— Suivez-moi au poste de garde.

C’était bien ce que je craignais.

— Comme il vous plaira, Monsieur.

— Sortons…

Le Prince salue Mlle Ozilie et Mlle Trophime. Toutes deux se courbent dans une révérence. Je dis au revoir à Trophime et je m’incline légèrement, en souriant, devant Ozilie.

* * *

— Il fait froid, cette nuit.

C’est le Prince qui parle.

— Comment vous appelez-vous déjà ?

Il ne me tutoie plus. Pourquoi ?

— Je vais vous conduire au corps de garde ; vous y serez mieux pour dormir qu’aux environs du pavillon des femmes. Attention ! vous allez vous jeter sur le Palais de Justice.

— Le Palais de Justice ?

— Oui, cette tonnelle près de ce carré de choux…

Des officiers passent. Une ronde, sans doute. Un homme tient à bout de bras une lanterne qui éclaire tout d’un coup nos pieds et nos jambes. La lanterne s’élève, braquée sur nous. Les officiers s’arrêtent aussitôt et nous saluent en arrondissant leur main près de leur casquette. Lorsque la ronde s’est éloignée le Prince bougonne, comme pour lui-même.

— Ils m’embêtent, tous ces gens, avec leur simulacre de cérémonies et de patrouilles. Ils racontent qu’ils vont prendre la garde ! Je n’en suis pas dupe. Ils vont se coucher. Et ils savent qu’il y a des veilleurs de nuit qui dorment aussi bien qu’eux-mêmes. Sans compter les chiens qui sont plus sûrs.

Le Prince continue donc à tenir pour moi ses fonctions d’officier de service mécontent. J’écoute sans émettre de commentaires.

— Le château, poursuit Evgueny, est une auberge où ils dînent et où ils couchent. Prenez garde, voici le Sobranié. Oui, Monsieur, le Sobranié est figuré par cette remise à outils… Ainsi, ils jouent à la principauté. Toute cette propriété a été transformée par leurs soins. C’est à croire qu’il existe une dose de puérilité jamais morte et qui se maintient chez les hommes les plus graves en apparence.

« Saluez, Monsieur, la caserne des gardes sur votre gauche. C’est ce hangar. La chambre des représentants, c’est ce mur à droite. Quant au Palais Royal, c’est le bâtiment où réside Son Altesse.

— Et le corps de garde ?

C’est ma première question. Elle est partie, malgré moi, par habitude professionnelle certainement.

— Il n’existe pas. Il y a une sorte de soupente pour deux personnes. Vous n’y serez pas trop à l’aise.

Le prince ajoute :

— Il n’y a pas seulement le parc qui est falsifié ! Les habitants le sont aussi…

La raison de ces confidences ? Je l’ignore pour l’instant ; mais je ne les oublie pas.

— Tenez, ajoute Evgueny, il y a d’abord le Prince qui joue au Prince en exil.

Je crois être habile en remarquant :

— C’est son rôle, il me semble…

— Admettons, interrompt Evgueny. Il y a le Premier Ministre. Les conceptions politiques du Premier, ses idées sur l’autorité ! Il surveille le Prince, trop libéral à son gré, il le conseille, il le redoute. Et les projets stratégiques du ministre de la guerre, sa mobilisation des femmes ! Remarquez que ce maquillage est fragile : un appareil en carton. Le jour où les événements tourneront en faveur du Prince, — si ce jour arrive — il faudra tout reviser et compter avec les gens qui seront restés « là-bas », au péril de leur vie, sans honneurs ni profits. Mais vous, Monsieur, en attendant ce miraculeux renversement, pourquoi ne sollicitez-vous pas une place, un grade, un titre ? Il reste des postes sans titulaires et l’on peut toujours en créer de nouveaux.

— Que faut-il faire ?

— Verser une gratification au Premier, à l’huissier, au concierge, à je ne sais qui encore…

— Et au Prince ? dis-je hardiment.

— Rien, réplique Evgueny d’une voix rude. Voyons ! le Prince est tenu en dehors ; il ignore tout, bien entendu. On lui a fabriqué une cour de dignitaires et falsifié sa propriété, celle-ci, le plus certain de ses revenus.

— Tout de même, le Prince a bien quelqu’un dans son entourage qui peut lui parler.

— Non, Monsieur. Il en avait un, autrefois. C’était un homme étonnant, un de vos compatriotes : le colonel Chenoncay…

— Le père de Mlle Ozilie ?

Je ne compte plus mes questions ni mes interruptions.

— Oui, répond le Prince.

Je ne saisis pas très bien. C’est la seconde fois que ce nom de Chenoncay est prononcé devant moi. Caussanges le premier, me cita ce nom. Au fait, le Chenoncay de Chamarges est l’oncle de Mlle Isabelle. Mais alors ? Je demande :

— C’est ce colonel qui a un frère en France ?

— Précisément. Comment savez-vous ? Mais vous connaissez donc Mlle Isabelle ?

C’est au tour du Prince à m’interroger de nouveau. Je ne n’aventure qu’avec prudence :

— Moi ? Non. A peine.

— Comment ? Vous la connaissez à peine et vous allez lui demander l’hospitalité ? s’étonne Evgueny.

— C’est-à-dire que je pouvais me permettre…

Mais un rapprochement dans mon esprit : Isabelle — Ozilie, puisque Mlle Ozilie est la fille du colonel Chenoncay et que le frère du colonel qui est à Chamarges a une nièce qui se nomme Isabelle…

— C’est-à-dire que c’est Mlle Trophime que je connais un peu.

— Ah ! bon ! s’écrie le prince en éclatant de rire.

Et cette gaîté c’est pour ne pas montrer combien ma réponse le satisfait. Ma parole, il est jaloux même des relations de Mlle Isabelle-Ozilie.

Sans insister pour savoir comment j’ai pu lier connaissance avec Trophime, Evgueny s’informe :

— Vous n’avez jamais vu le fiancé de Mlle Isabelle ?

Je rectifie, exprès :

— Le fiancé de Mlle Ozilie ?

— Si vous voulez, c’est la même chose.

Cette confirmation m’enchante. Toutefois, il faut répondre quelque chose :

— Je sais qu’il y a plusieurs fiancés sur les rangs, mais je ne suis pas sûr qu’il y ait un élu.

— Quels sont ces fiancés ?

— Leurs noms, je les ignore. Il y a un avocat, un magistrat… deux avocats même…

J’ai l’air de chercher, je ne puis retenir un sourire intérieur en constatant le tour qu’a pris cette conversation si étrangement commencée chez Ozilie et qui se poursuit, en pleine nuit, dans le parc endormi du Palais de Neu-Thorenberg.

— Il y a encore un médecin, déjà célèbre et un jeune ancien ministre.

— Français ?… Qui ça peut bien être ?

— Je ne sais pas encore.

— Enfin, y a-t-il un Élu ? reprend le Prince.

Décidément, il y tient. Je n’ai aucune raison de ne pas favoriser les combinaisons d’Isabelle-Ozilie que me confia Trophime. Après tout, elle m’a rendu service. Sans le prévoir, il est vrai…

— A vrai dire, je crois qu’il y a un Élu. Qu’est-ce qui me permet de le croire ? Des tas de petites choses insignifiantes, mais qui ont leur poids.

Nous sommes tout à fait en confiance, « l’officier de service » et moi. Il devine sans doute que je ne veux pas aller plus loin sur ce sujet ou bien que je ne sais plus rien. Il se décide :

— Tenez, le corps de garde est là. Vous pourrez y dormir. La clef est sur la porte. Au revoir, Monsieur. Bonne nuit.

Et Son Altesse Royale me tend la main.

* * *

Le corps de garde possède une paillasse et des couvertures. On peut y dormir. Ce n’est qu’une baraque, il est vrai, mais elle est éclairée par une ampoule électrique. On peut y méditer aussi.

Demain, je quitterai ce Palais, quand les portes s’ouvriront. Je rentrerai à Genève, avec les confidences de « l’officier de service ». Que valent-elles ? Pourquoi ce Prince m’a-t-il ainsi parlé, caché — comme Mlle Isabelle Chenoncay — sous un nom d’emprunt.

Ozilie, je le conçois bien, a changé de race — elle se dit autrichienne — comme d’autres émigrent d’un pays ou se réfugient dans un autre siècle. Mais Evgueny ? Je crois qu’il est autoritaire, toutefois la force lui manque. Il veut diriger et, peut-être, régner. Mais il n’a pas l’audace de conquérir le pouvoir. Et saurait-il le conserver ?

Par un revirement incompréhensible pour ceux qui l’entourent, Evgueny qui souhaite la couronne, n’entreprend rien pour se l’attribuer. Peur des coups ? Plus simplement : impuissance dans la décision et l’action. Des projets, des combinaisons, des velléités dont il aperçoit très vite les inconvénients. Il ferait sans doute un excellent « officier de service », non un capitaine. Aurait-il su succéder au roi, son père, honorablement ?

Connaissant sa carence de rêveur d’action, Son Altesse préfère laisser croire qu’il se désintéresse de tout ce que l’on trame en sa faveur et que le retour à la royauté n’est qu’un songe, imaginé par son Premier Ministre. Il pense qu’en répétant : « Je suis trop libéral, presque républicain, donc je ne puis régner », on ne découvrira pas son véritable caractère qu’il cache sous une armature d’indifférence, de mystification et de froideur.

II UN SUCCÈS DE FLORIOT

Pendant ce temps, un autre événement que je n’avais point prévu — c’est ma faute — se produisait au Palais de la Grande Marche. Je ne l’ai connu que plus tard, le lendemain ; toutefois, je dois le rapporter ici.

En quittant Paris, j’avais, bien entendu, averti mon journal que je me rendais à Genève. Mais j’avais oublié de recommander le silence sur ce départ. Aussi, Floriant de Floriot, sans nouvelles de moi, apprit-il facilement en quel pays je voyageais. Il fit son possible pour partir aussitôt…

Comment a-t-il su que j’étais allé à la recherche du prince Evgueny ? Jacques Wisel qui m’a suivi — par distraction assure-t-il ; en vérité, à cause de l’intérêt qu’il porte à Mlle Ozilie — et qui s’est installé au même hôtel que moi, a renseigné Floriot. Wisel est excusable d’avoir commis cette indiscrétion ; j’aurais dû le prévenir, lui aussi, de garder secrète mon entreprise.

Floriant de Floriot seul, à Genève, a pris le temps de réfléchir : « Lonlay désire certainement obtenir une audience du Prince. Or, il y a un petit bureau politique du Prince, à Genève même. Allons-y solliciter l’entrevue indispensable. »

Là, on a déclaré à Floriant, selon la consigne ordonnée, que Son Altesse n’était plus en Suisse. Cependant, après cette démarche de Floriot, le premier ministre a été immédiatement avisé à la Grande Marche, que des « envoyés spéciaux (on exagère toujours) venus de Paris, voulaient enquêter sur le cas du Prince ».

La « Grande Marche » fut alertée. Le premier ministre a pensé : « On demande une audience, on la refuse. Fort bien. Mais d’autres essaieront d’arriver jusqu’à Evgueny. Et que racontera celui-ci en présence des journalistes ? » Toutefois, il fallait prévenir le Prince. On s’y décida.

C’est pourquoi lorsque Son Altesse toujours méfiante, costumée en « officier de service », me demandait mon identité chez Ozilie et qu’il consultait son agenda où l’on avait inscrit les noms des « envoyés spéciaux », ce n’était pas, comme je l’ai cru sur le moment, pour composer un peu mieux son personnage, mais pour savoir s’il se trouvait bien en présence d’un de ses dangereux reporters.

Conclusion : c’est en toute connaissance de cause qu’Evgueny m’a parlé du Prince, des ministres, de sa cour en miniature et de son royaume et qu’il m’a conté exactement ce qu’il voulait que je sache. La raison ? Faire ainsi échec aux projets et aux combinaisons de son premier ministre et empêcher le retour du prince Evgueny dans sa principauté.

* * *

Je me réveille assez tard. Il est bien huit heures. Dehors, froid. Tout de suite, je pense que j’ai manqué la sortie des dignitaires qui déposent leurs costumes au vestiaire, s’habillent selon leur profession avant de prendre les tramways qui les transporteront en ville. Mais aurais-je eu, sans attirer l’attention, la chance d’assister à cette opération ? C’est douteux.

Où se trouve la sortie ? Le bâtiment des femmes n’est pas loin de moi. Nous avons peu marché cette nuit, le Prince et moi, si nous avons beaucoup parlé. La demeure d’Ozilie, c’est une baraque de planches goudronnées, un véritable campement de réfugiées.

— Monsieur ! J’ai de la veine ! Mademoiselle m’avait ordonné de vous suivre hier, mais vous n’en finissiez pas avec le… avec l’« officier de service ».

C’est Trophime qui me cherchait.

— Venez avec moi. On veut vous voir encore. Et vous aurez droit à un café au lait.

— Dites-moi : où se tient la sortie ?

— Je vous y conduirai tout à l’heure.

— C’est que je suis pressé.

— Mademoiselle aussi est pressée. Elle ne vous gardera pas longtemps. Vous allez en ville ? Dites donc, quand vous reviendrez, voulez-vous me rapporter des cartes postales ?

— Lesquelles ?

— Une douzaine de chaque vue qui vous plaira. J’en envoie un jour douze, toutes les mêmes, à douze personnes différentes, le lendemain, douze autres, toutes pareilles. Comme ça, je ne risque pas d’expédier deux fois la même image à la même destinataire.

— C’est très ingénieux.

— Oui. Et puis, ça dispense de tenir un livre de comptes. Quand vous avez regardé douze fois une fontaine ou un château — je mets le timbre sur la gravure — vous commencez à l’avoir dans la mémoire. Mais vous êtes pressé, je le comprends…

J’écoute un peu distraitement le bavardage de Trophime. J’ai hâte d’arriver à Genève pour mettre au point mon article que je construis en ce moment. Je le vois très bien. D’abord en titre : « Un prince qui ne veut pas régner. » Au-dessous : « Les mystères d’une Cour en exil. » Puis, des alinéas : « Comment on garde le Prince », « Les policiers dans le jardin », « Le Prince s’habitue au commandement », « Ce qu’il confie en se disant un « officier de service », etc…

Ces sous-titres-là ou d’autres, que j’imaginerai à mesure.

Ce travail accompli, je monterai dans une automobile, je franchirai la frontière et je m’arrêterai pour télégraphier à Paris dans le premier bureau de poste français que je découvrirai…

Toutefois, Ozilie me demande. N’est-ce pas Son Altesse qui éprouve quelques remords de ses confidences et qui a changé d’avis. C’est bien regrettable, Monseigneur, mais votre confession est, autant dire, en route…

III A QUOI SONGE UNE « DAME D’HONNEUR » ?

— Vous voilà enfin ! m’accueille Ozilie dès qu’elle m’aperçoit. Vous avez bien dormi ?

— Il dormait mieux ici, Mademoiselle, intervient Trophime.

— Assez, « Votre Noblesse »…

— En vérité, reprend Ozilie, vous avez l’aspect peu engageant d’un monsieur qui s’est mal reposé et qui n’a pas pu se laver.

C’est curieux comme elle s’exprime correctement. Je le constate une fois de plus ce matin, parce que je sais à présent que Mlle Ozilie de Wicheslaw n’est autre que Mlle Isabelle Chenoncay et lorsque Mlle Ozilie commet des fautes d’accent ou de français, c’est avec l’autorisation de Mlle Isabelle.

— Mademoiselle, recommence Trophime, pour le faire venir jusqu’ici, je lui ai promis que vous lui offririez une tasse de café au lait.

Je proteste aussitôt :

— Quelle plaisanterie !

Mais Ozilie rit sans retenue.

— Allez vous laver chez Trophime, dit-elle. Et prenez le café avec elle…

— Vous voyez !… triomphe Trophime. Suivez-moi. Je prendrai de nouveau le café avec vous, pour vous tenir compagnie.

Tandis que Trophime me verse de l’eau dans une cuvette et ne paraît pas du tout disposée à s’éloigner, je pense que le meilleur moyen de l’obliger à me laisser seul, c’est de lui poser une question très indiscrète :

— Pourriez-vous me dire pourquoi Mlle Isabelle qui est française se dit d’origine autrichienne et se fait appeler Ozilie de Wicheslaw ?

— C’est une devinette ?… Ce n’est pas mon côté fort. J’aime mieux les rébus…

— Mais non ! Je vous demande…

Je répète :

— Pourriez-vous m’expliquer pourquoi Mlle Isabelle qui est française…

— Vous feriez mieux de vous barbouiller la figure, le nez, les cheveux et l’estomac…

— Oui, tout de suite. Mais dites-moi…

— Est-ce que vous auriez peur de l’eau, par hasard ?…

— Pourquoi ? Mademoiselle…

— Parce que vous regardez l’eau sans vous laver.

— Vous ne voulez pas me répondre ?

— Ça vous intéresse beaucoup ? s’étonne Trophime.

— Un peu.

— Un peu, seulement ?

— Un peu plus qu’un peu.

— Eh bien, je vous le dirai un autre jour.

— Mais quand ? Moi, je retourne à Paris ce soir !

— Ne partez pas… D’ailleurs, je vous connais, vous reviendrez.

— Je ne vous trouverai plus.

— C’est bien possible. Et si moi je vous disais : je veux savoir ce que vous allez bricoler à Paris ?

— Je n’ai rien de caché pour vous : je vais diriger le bureau politique du Prince.

— Seigneur ! il n’y avait donc pas assez de gaffes auparavant !

Sa première surprise calmée, Trophime me rassure :

— Vous nous reverrez à Paris, vous nous reverrez…

Je suis entêté. D’ailleurs Trophime ne s’en va pas. J’insiste. Enfin, elle se décide :

— Lavez-vous. Je vais vous expliquer pendant ce temps. Mademoiselle qui a de la fortune avec un oncle qui possède en France et à Wien plusieurs domaines, des maisons à Paris, ne veut pas qu’on le sache, parce qu’elle ne rencontre autour d’elle que des épouseurs qui viennent pour son argent. Alors. Mademoiselle garde ce nom d’Ozilie et son titre qu’elle tient de la Cour, autrefois, du temps de la splendeur et elle se présente comme dame de compagnie de Mlle Isabelle ou institutrice de la famille Chenoncay, vous comprenez ?… Jurez-moi le secret, maintenant…

— Pour toujours ?

— Oui. Jusqu’au mariage de Mademoiselle…

Mais à présent qu’elle a commencé, Trophime ne s’arrête plus.

— Elle est très bonne, Mademoiselle, très douce, et très… réservée, c’est ça, réservée… Mais pleine de volonté. J’ai tort, moi, de la contrarier. Je sais qu’elle ne cède jamais. Mais quand même, je résiste…

J’écoute. J’ai pris le parti de faire ma toilette sans m’occuper de Trophime, pas du tout gênée, d’ailleurs. Elle coupe toutefois ses éloges sur Mademoiselle par quelques remarques de choix qui me concernent :

— Vous laissez du savon derrière les oreilles… Voulez-vous que je passe l’éponge sur votre rein ? Ici, nous n’avons pas de baignoire. C’est dommage, vous seriez plus vite nettoyé…

— Vous avez une grande force d’inertie…

— Qu’est-ce que c’est que ça ? s’inquiète « Trophimova ».

— C’est une sorte de force modératrice que l’on emploie dans certains pays pour arrêter de trop brusques élans. Ainsi, certaines compagnies de chemins de fer orientales diminuent-elles le nombre des accidents.

— Je ne sais pas. J’ai quelques qualités. Celle-là aussi, peut-être, approuve Trophime avec bonne grâce.

« Mais vous êtes habillé… Voici Mademoiselle qui va vous parler… N’oubliez pas : vous m’avez juré le secret jusqu’à son mariage…

Ozilie de Wicheslaw apparaît, sans avoir frappé, à la porte de communication. Elle a quelques précisions à me demander. C’est elle qui paraît embarrassée et non pas moi. Elle m’aborde avec une brusquerie volontaire :

— Vous connaissez beaucoup de monde à Paris… Ne protestez pas… vous devez avoir ouï parler d’un délégué de Son Altesse, M. Jacques Wisel… Vous avez déjà entendu prononcer ce nom ?… Par hasard ?…

— Comment est-il ?

— Des cheveux gris… plus fort que vous, oui. Pas aussi grand. La ressemblance s’arrête-là. Il a l’air très bienveillant, intelligent, spirituel, aimable…

— Je vois, dis-je… Des yeux très doux… C’est bien celui que je connais, l’historien…

Et comme je n’ajoute rien, Ozilie se tait.

L’intérêt qu’elle témoigne à Wisel, qu’est-ce que cela signifie ? Suis-je le premier à m’apercevoir d’un événement dont Ozilie elle-même se rend actuellement mal compte. Je la remercie de son hospitalité, mais elle ne m’entend pas. Soudain :

— Vous allez à Genève ? Je suis indiscrète, mais pourquoi ? Oh ! quelqu’un vous attend à l’hôtel. C’est ça, une jeune personne.

— Pas du tout, Mademoiselle, un de mes amis.

— Je ne veux rien savoir. Et vous resterez longtemps ? Selon les désirs de cette personne ? C’est gentil de se conformer ainsi à ses volontés…

Je parviens à interrompre ce discours :

— Certes, c’est un ami d’importance, intelligent, dévoué, bienveillant, plein d’indulgence, moins grand que moi, plus fort…

— Que voulez-vous dire ? interroge Ozilie.

— Rien, si ce n’est que je vais, maintenant, rejoindre à l’hôtel où il m’attend, mon ami Jacques…

— Son nom ne m’intéresse pas… intervient encore Ozilie.

— Wisel.

— Comment ! Il est à Genève ! Et pour quoi faire ?

— Je l’ignore, Votre Noblesse.

Je salue sans plus attendre, pas du tout mécontent de ma petite mise en scène. Je suis déjà loin quand je me retrouve dans le parc, à la recherche de la sortie. Un officier que je rencontre m’indique la bonne voie :

— Suivez l’avenue du roi Conrad… Puis à gauche.

Oui, mais qui m’expliquera l’intérêt persistant de Mlle Ozilie pour Jacques Wisel ? Je ne le sais pas, je crois le deviner…

IV LONLAY A GENÈVE

A Genève, une bourrasque se prépare. Déjà la pluie glisse régulière, maîtresse des rues désertes.

Je fais arrêter ma voiture non devant l’hôtel où j’ai retenu ma chambre, mais quelques mètres plus loin, près d’un café. Personne sous la toile de la terrasse assombrie, si ce n’est, dans un coin, un homme en pardessus noir à qui un chapeau de paille enfoncé sur les yeux inflige un air de comique en détresse.

Et j’ai la surprise de reconnaître M. Floriant de Floriot.

— D’où venez-vous ? m’interroge-t-il comme s’il s’éveillait.

— D’une petite expédition.

— Vous n’avez rien découvert en dehors de l’orage ?

— Et vous, vous avez tout ce que vous désirez ?

— Tout, c’est beaucoup dire. Mais suffisamment.

Je me mets à l’abri sous la véranda. Toutefois, je ne m’assieds pas. Pourquoi diable M. Floriant est-il venu à Genève.

— J’ai d’abord demandé à voir le Prince. On m’a montré plusieurs huissiers, mais pas de Prince.

Je demande :

— Que vous ont raconté les huissiers ?

— Que la monnaie française n’est pas aussi dépréciée qu’on veut bien le colporter, à la condition d’en donner beaucoup à la fois comme pourboire.

— Vous n’avez pas d’autres précisions ?

— Si, répond M. Floriant. Des gens très courtois nous renseignent. Nous savons ainsi tout ce qui se passe à la Cour, et aussi là-bas, dans le petit pays en révolution.

— Comment ça ?

J’insiste, l’air indifférent si possible, troublé quand même par l’ironique tranquillité de M. Floriant.

— Nous avons en ville un bureau officiel et politique qui nous remet des notes, des télégrammes et tous les commentaires désirables.

— Vous me rassurez ! Et vous télégraphiez ces communiqués qui affirment que le Prince combat à la tête de ses partisans et se fera tuer plutôt que de céder le territoire conquis.

— Le représentant du chancelier est très aimable, réplique M. Floriant, abandonnant le ton de la plaisanterie. Nous avons appris…

— Qui ça, vous ?

— Nous sommes trois en me comptant, le gros Georges et le vieux Paul…

— Que font-ils ?

— Ils jouent aux cartes. Nous avons donc appris en temps utile le départ clandestin du Prince, son arrivée dans son royaume, l’enthousiasme, etc… Quant à la cour qui était près de Genève, nous savons qu’elle a suivi Son Altesse. Vous le saviez aussi ?

— Oui, on me l’a dit également.

— Vous ne l’avez pas cru, continue M. Floriant. Alors, vous avez voulu vous rendre compte vous-même. Vous revenez maintenant… A quoi bon courir les chemins quand on trouve tout à sa portée ? Que savez-vous de plus que moi ?

— Peu de choses, en vérité. Si ce n’est que j’ai obtenu une entrevue avec le Prince.

— Avant son départ ? s’étonne M. Floriant.

— Non, ce matin.

— Vous plaisantez ! Le Prince n’est plus en Suisse depuis huit jours au moins.

— Demain soir, peut-être, le Prince aura quitté la Suisse. Mais aujourd’hui, il n’a pas bougé.

— Enfin ! conclut M. Floriant résigné et peu soucieux de contredire un camarade, si vous en êtes persuadé ! Rien ne ressemble plus à un Prince en exil qu’un dignitaire proscrit. D’autre part, je ne peux pas me démentir, même si votre nouvelle est vraie. Nous sommes plusieurs ici, envoyés de Paris et nous donnons tous les mêmes nouvelles puisées aux mêmes sources. Nous faisons donc la vérité. »

Je connais cette antienne : pas de frais, pas de zèle superflu, pas de démarches compromettantes, pas d’enquêtes dangereuses. Il n’y a qu’à attendre la version officielle. C’est plus commode et l’on ne court ni risques, ni désagréments. Correspondant de guerre, on allonge les communiqués que l’État-Major — quel qu’il soit, — vous fournit avec de pittoresques impressions plus ou moins personnelles, envoyé auprès d’un ministre tout puissant ou d’une Altesse déchue, on reproduit sans abuser des commentaires les contre-vérités qui sont si aimablement fournies…

— Jacques Wisel est inquiet, ajoute M. Floriant.

— Il me cherche ?

— Il est étonné de ne plus vous voir revenir…

— Je vais le rassurer.

M. Floriant qui s’accommode de la solitude n’essaie pas de me retenir.

Je rentre à l’hôtel. Des femmes dans des manteaux garnissent le hall. Elles regardent la pluie qui s’attarde aux vitres sans rideaux. Des hommes fument. Les plus gros parlent allemand. La plupart s’expriment en anglais. Rendez-vous cosmopolite.

Jacques Wisel est sorti. Je me retire dans ma chambre et je commence à écrire. Je compose deux longs télégrammes que je me propose d’envoyer à quelques minutes d’intervalle, le premier relatif à mon « entrevue avec le Prince », le second aux confidences de la « dame d’honneur ». Je termine ces rapports écrits, lorsque Wisel se fait annoncer :

— Qu’il entre !

Et sitôt que l’historien apparaît, je lui déclare sans autre préambule :

— Voulez-vous me rendre le service de relire pour moi ces feuillets ? Vous serez au courant. Je vous fournirai ensuite les renseignements que vous désirerez, c’est-à-dire tout ce que l’on ne peut pas confier au télégraphe…

— Vous n’allez pas télégraphier d’ici, de Genève ? J’ai une voiture découverte. En moins d’une heure nous aurons franchi la frontière. A Bellegarde, vous n’avez à redouter ni le change ni la censure.

— C’est aussi mon avis. Vous m’accompagnez ?

— Avec plaisir. J’en ai assez de distribuer du pain aux mouettes du lac et de contempler les avenues et ces hôtels pour étrangers. Mais cette « Grande Marche » où est-ce ?

— Ce n’est qu’un nom que les partisans du Prince ont donné à la propriété de cet aimable exilé.

— Vous avez retrouvé Mlle Ozilie ?

Je songe, pour moi seul !

« Il ne l’a pas encore oubliée ».

— Sans la chercher. Elle m’a d’ailleurs demandé de vos nouvelles.

— Que lui avez-vous répondu ?

— Que vous étiez à Genève.

Wisel ne dissimule point un geste de surprise et d’embarras.

— Que fait-elle ?

— Elle demeure actuellement dans un pavillon du Palais réservé aux dames, avec sa camérière Trophime Trophimova.

Je me souviens à ce moment que j’ai promis à Trophime de ne pas révéler ce qui unit Ozilie à Isabelle. Je termine aussitôt pour ne plus toucher à ce sujet :

— Je vous avouerai que c’était surtout le Prince qui m’intriguait.

Dans l’automobile, la conversation s’attarde sur les télégrammes que j’ai écrits. Jacques Wisel les commente :

— Intéressante votre rencontre, la nuit, avec cette Majesté que l’on croit, que Floriant de Floriot et quelques autres croient dans son petit royaume en révolution. Mais les confidences de la dame d’honneur, c’est Ozilie, n’est-ce pas ?

« Voilà où il voulait en arriver. »

J’explique à haute voix :

— Non. C’est un arrangement des papotages de Trophime.

— Mlle Ozilie, vous n’en parlez pas ?

— Pas du tout !

Mais pour moi, je me répète : « Décidément il y pense ! »

— Pourquoi ?

— Pourquoi ? Mais afin de ne pas la compromettre. Elle a été d’ailleurs à mon égard très cordiale, très obligeante. Elle m’a permis de dîner avec Trophime.

— Trophime ?…

— Sa dame de compagnie. Car Ozilie, dame de compagnie a droit, à la cour, à une dame de compagnie. Ozilie m’a donné l’occasion de rencontrer le Prince. Ce matin encore, elle m’a offert du café pour mon déjeuner.

Il faut bien noter que ce n’est pas tout à fait ainsi que les événements se produisirent. Mais on n’est pas contraint de se perdre dans les détails.

— L’étrange petite personne, constate Wisel.

Nous baissons la tête pour parler et aussi parce que le vent dans cette voiture, nous attaque en plein visage.

— Qui est-ce, en réalité ?

J’ai l’air de parler tout haut, pour moi-même. Je reprends :

— Je n’avais pas le loisir de m’en soucier. Mais j’y songe. Par instants, je crois que j’aurais dû la placer dans mon récit. Elle y avait sa part. Elle y aurait apporté tout un appareil romanesque. Toutefois, j’étais obligé de la montrer un peu différente. Pour qu’on ne la reconnaisse pas trop et aussi pour ne pas l’affliger. Il fallait la présenter plus jolie, d’abord. Est-elle même jolie ? Vous le savez ? On ne peut pas l’affirmer. Elle n’est indifférente à personne, voilà la vérité… Notre chauffeur se jette dans les tournants comme s’il voulait se suicider.

Nous sommes renvoyés l’un sur l’autre, suivant les coudes de la route ? Je continue cependant :

— Si elle est sympathique à certains, à d’autres elle est tout à fait antipathique. Et c’est ce qui lui octroie ce caractère abrupt et difficile. Même quand on la connaît un peu mieux, on reste longtemps sans savoir si l’on deviendra son ami ou son ennemi. Cependant, un jour vient où il faut prendre position de gré ou de force.

— Vous n’avez pas eu le temps de l’étudier, mais vous l’analysez assez bien, remarque Wisel.

— Je l’ai vue tout de même à l’œuvre, avec moi, avec Trophime, avec le Prince.

Ce que je crois encore, mais garde pour moi seul, c’est que tout d’abord Ozilie m’a déplu. Pourquoi ? Pour les mêmes raisons, sans doute, qui la rendent inoubliable à Jacques Wisel et à Pierre Caussanges. Les plus fortes passions ne sont pas inspirées aux hommes par les plus belles femmes ni par les plus triomphantes. Au contraire, il semble que les folies les mieux conduites ou les incartades les plus inattendues hors des routes tracées s’accomplissent souvent à cause de personnes que nos voisins et nos amis déclarent tout à fait sans danger. Ce qui permet au commun des spectateurs de s’embrouiller davantage dans les contremarches de ceux qu’ils observent et qu’ils jugent.

— Et les lettres du Prince ? demande Jacques Wisel.

— Nullement question.

— Et les délégués ?

— Histoire terminée. Voici un arrêt. La frontière. Nos papiers.

La voiture s’arrête quelques instants sur cette route où des courants d’air s’échangent près des poteaux indicateurs.

— De ces délégués, Ozilie en a parlé au Prince, dit-il, lorsque l’automobile fut repartie. Le Prince a répondu : « C’est encore une maladresse de mon premier ministre ». Je ne sais rien de plus.

— Ne pourrais-je pas voir un peu cette cour et ce Palais ?

— On tâchera… Voyons. Mes deux télégrammes en partant cet après-midi, 19 octobre, arriveront à Paris ce soir. Ils paraîtront, le premier demain samedi 20, et le second, dimanche… Nous rentrerons ce soir, si vous voulez, à Genève, pour attendre les événements.

— Vous tenez à revoir le Prince ? demande Wisel.

— Non. Je dois acheter des cartes postales pour Trophime et j’espère bien rencontrer de nouveau Mlle Ozilie.

— Pour quoi faire ?

— Simple curiosité. Du moins, jusqu’à présent. Aucune arrière-pensée. Et puis, quelque chose m’avertit que Mlle Ozilie ne sera pas mécontente de vous retrouver.

— Que voulez-vous que je lui dise ?

— Rassurez-vous : elle sait parler.

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