TROISIÈME PARTIE
Reading edition
Les Lettres à sa fiancée, publiées en 1922[8], fournissent un document des plus précieux pour la connaissance de cette âme mi-partie d’ombre et de lumière : Léon Bloy.
Tous les traits de caractère que nous avons notés au cours des études précédentes s’y retrouvent d’autant plus faciles à démêler qu’ils s’y dessinent sans surcharge ni apprêt littéraire. Ici Bloy s’abstient des attitudes romantiques que, trop souvent ailleurs, il aimait à se donner. Mû par un sentiment profond, il s’efforce de se montrer tel qu’il est à celle qu’il veut pour épouse. Point de fards et point de poses puériles. Un désir émouvant de sincérité l’oblige d’exposer au grand jour les parties les plus intimes de son être. Et il le fait d’une façon si ingénue qu’à le lire, on comprend mieux ses souffrances, l’origine de ses erreurs et la qualité si personnelle de son art.
Dans les lignes suivantes, on essaiera donc de délimiter l’homme qu’il fut par nature. On tentera ensuite d’expliquer pourquoi le combat permanent qui se livrait entre le Surnaturel divin et le Surnaturel démoniaque dans son âme — comme dans toutes les âmes — se développa plus âprement, plus tragiquement que chez quiconque. Puis on tâchera de mettre en évidence, pour tout lecteur impartial, les motifs d’apprécier à leur valeur les beaux côtés de Bloy et de le plaindre en ses écarts. Enfin, sans le diminuer, on se gardera de le surfaire.
I
Retenons d’abord que, dès sa première enfance, il se sentit enclin à la tristesse. Il écrit :
Je suis triste naturellement comme on est petit ou comme on est blond. Je suis né triste, profondément, horriblement triste, et si je suis possédé du désir le plus violent de la joie, c’est en vertu de la loi mystérieuse qui fait que les contraires s’attirent. Malgré l’attraction puissante exercée sur moi par l’idée vague du bonheur, ma nature plus puissante encore m’incline vers la douleur, vers la tristesse, peut-être vers le désespoir. Je me rappelle qu’étant un enfant, un tout petit garçon, j’ai souvent refusé, avec indignation, de prendre part à des jeux, à des plaisirs dont l’idée seule m’enivrait de joie parce que je trouvais plus noble de me faire souffrir moi-même en y renonçant. Cela se passait en dehors de tout calcul, de tout concept religieux. Ma nature seule agissait obscurément. J’aimais instinctivement le malheur ; je voulais être malheureux… Je pense que je tenais cela de ma mère dont l’âme espagnole était à la fois si ardente et si sombre. Et le principal attrait du christianisme a été pour moi l’immensité des douleurs du Christ, la transcendante horreur de sa Passion…
Quand je fus un homme, je tins cruellement les promesses de ma lamentable enfance, et la plupart des douleurs que j’ai endurées ont été certainement mon œuvre, ont été décrétées par moi-même, contre moi-même…
Rien de plus significatif que cette analyse. La complaisance et la précision avec lesquelles Bloy y procède, le soin qu’il prend de signaler la part de l’hérédité dans son cas psychologique, tout démontre qu’il s’est parfaitement rendu compte que son penchant à la tristesse le dominait d’une façon si essentielle qu’il ne lui était guère possible de goûter d’autres voluptés d’esprit que « les sombres plaisirs d’un cœur mélancolique ».
C’est ce qui explique aussi, et avec surabondance, les teintes funèbres qui s’étalent sur la plus grande partie de son œuvre… Cela fait comprendre également qu’en ses rares et brefs moments de gaieté, il garda, presque toujours, un accent d’ironie amère. La détente spontanée des âmes lumineuses en qui la paix de Jésus fait éclore d’allègres carillons, le rire de sainte Térèse ou de saint François d’Assise lui demeurent inconnus. D’ailleurs, toute liesse l’offusque. Il s’en détourne avec crainte pour s’envelopper plus strictement dans les crêpes de sa songerie morose. On pourrait citer à cet égard maints passages de ses livres, entre autres celui-ci :
J’avais proposé fort étourdiment un voyage au lac d’Enghien en un tramway électrique passant au pied de la Butte. On est parti vers deux heures. Aussitôt arrivé en ce lieu que je ne connaissais pas, mais dont j’aurais dû deviner la démoniaque banalité, un ennui mortel tombe sur moi, un ennui pouvant aller jusqu’au désespoir. Jeanne, me voyant souffrir, me conseille de fuir par la plus prochaine voiture et je suis forcé d’obéir, la laissant seule avec les enfants. Retour plus que mélancolique et résolution bien arrêtée de ne plus risquer cela. Il est prouvé que je ne peux pas voir des lieux de plaisir et que l’aspect de toute joie procurée par la richesse me comble de désolation et d’horreur. (L’Invendable, p. 35.)
Qu’on retienne surtout cette phrase transcrite plus haut : Né triste, je suis possédé du désir le plus violent de la joie. Or, comme toute recherche des joies humaines se résolvait pour lui en déceptions et en tristesse, on saisira combien cette âme, travaillée, en outre, du besoin de se faire souffrir, ne pouvait être qu’infiniment malheureuse.
Mais cela, c’est l’explication naturelle de son tourment. Il en existe une autre beaucoup plus élevée et que voici. Bien que Bloy déclare qu’il n’y avait nulle préoccupation religieuse dans sa tendance native à se mortifier, on peut supposer que, dès lors, se manifestait en lui une prédestination à la douleur. Son existence entière semble bien l’indiquer et surtout ce fait que, souvent, avec un courage vraiment admirable, il demanda de souffrir pour autrui. Appliquant ainsi cette loi de substitution qui constitue un des éléments capitaux de la Mystique, non seulement il souffrait avec Jésus en l’aidant à porter sa croix dans la voie douloureuse, mais encore il soulageait tel de ses frères défaillant sous le fardeau de ses péchés ou de ses peines physiques et morales. Toute son œuvre porte la marque profonde de cette destinée. Lui-même la sentait d’une façon si intense qu’à certaines heures d’oraison clairvoyante, il l’acceptait avec toutes ses conséquences, si redoutables fussent-elles. C’est ce que démontrent plusieurs passages des Lettres, celui-ci par exemple :
Pour ce qui est de mes souffrances, accepte-les généreusement comme étant voulues de Dieu et, je t’en prie, ne fais pas trop attention à mes plaintes. Si je dois être très malheureux, longtemps encore, tant mieux pour toi. C’est qu’il le faut pour payer ta dette. Quand nous recevons une grâce divine, nous devons être persuadés que quelqu’un l’a payée pour nous. Telle est la loi. Dieu est infiniment bon, mais il est infiniment juste et, comme tel, il se montre un créancier infiniment rigoureux. Il y a environ quinze ans, j’ai passé des mois à demander à Dieu dans des prières qui ressemblaient à la tempête qu’il me fît souffrir tout ce qu’un homme peut souffrir pour que mes amis, mes frères, et les âmes, inconnues de moi, qui vivaient dans les ténèbres fussent secourus, et je t’assure que j’ai été exaucé d’une manière terrible !…
Mais, diront peut-être quelques-uns, pourquoi s’étant voué à l’esprit de sacrifice, Bloy montre-t-il si souvent peu de patience et de résignation ? Pourquoi récrimine-t-il à cause de sa misère et des humiliations qu’elle lui attire, à cause de la sottise ou de la malveillance de ceux qui l’approchent ? Puisqu’il voulait souffrir, il aurait dû se tenir pour satisfait d’accumuler toutes les avanies.
La réponse n’est pas très malaisée. — Dieu n’exige pas des âmes qu’il prédestine à la souffrance rédemptrice qu’elles ne gémissent jamais. Que, par suite d’un de ces réflexes tout instinctifs qui avèrent la faiblesse humaine, ces victimes volontaires laissent parfois échapper une plainte ou une clameur de détresse, cela ne signifie nullement qu’elles sont indignes de la tâche qui leur fut départie.
En tant que Fils de l’Homme, Jésus, à Gethsémani, n’a-t-il pas voulu nous donner l’exemple d’un grand soupir d’angoisse lorsqu’en cette nuit d’agonie, le poids des péchés du monde se fit presque intolérable ? Qu’on se rappelle son cri : Seigneur, s’il est possible, éloignez de moi ce calice !…
Et l’on prétendrait imposer à un pauvre être imparfait, tel que Bloy ou tout autre Souffrant par substitution, le devoir de se montrer plus impassible que le Verbe incarné ?
Les personnes qui manifestent tant de rigueur intransigeante se traitent, en général, elles-mêmes, avec beaucoup d’indulgence. Trop superficielles pour éprouver les vicissitudes de la vie d’oraison elles manquent d’expérience pour en comprendre les élévations et les déclins. Elles sont « du monde ». Et le monde méconnaît les contemplatifs.
Cependant l’on reconnaît volontiers que Bloy met parfois une acrimonie excessive dans ses plaintes. On doit admettre également qu’il y a une disproportion assez comique entre certaines tribulations de ménage auxquelles il fut exposé, comme nous tous, et l’importance qu’il leur attribue. Ainsi lorsqu’il envisage comme des catastrophes effroyables, faites spécialement pour lui seul, le mauvais caractère d’une servante ou l’improbité d’un fournisseur.
Mais, avec Bloy, il faut s’habituer à des contrastes extrêmes et à des contradictions déconcertantes. Nous l’avons dit au commencement de ces études et nous ne saurions trop le répéter : ce n’est point une personnalité homogène, il s’en faut !
Lui-même se rendait compte, par endroits, des contradictions qui bouleversaient tout son être. Lisez ce passage d’une de ses lettres :
Qui pourrait croire que le même homme qui voit si clairement la gloire de Dieu, qui dit des choses capables de relever le courage de ses frères désespérés et qui ne saurait parler de la Sainte Trinité sans pleurer d’amour — qui pourrait supposer que ce même homme est livré chaque jour aux plus violentes tentations et qu’il n’est pas un seul instant maître de son cœur ?…
Comme alors il se rendait compte de sa faiblesse ! Écoutez :
Je demandais à Dieu de me faire souffrir pour mes frères et pour Lui-même, dans mon corps et dans mon âme. Mais je pensais à des souffrances très nobles et très pures qui, je le vois bien aujourd’hui, eussent été encore de la joie. Je ne pensais pas à cette souffrance infernale qu’il m’a envoyée… Imagine un superbe oiseau, accoutumé à planer dans le bleu du ciel, à se baigner dans les rayons brûlants du soleil et à qui tout à coup l’on couperait les ailes pour l’enfermer dans une cage ténébreuse où il lui faudra ramper en compagnie des plus dégoûtants reptiles.
Qu’elle est émouvante cette confidence qui éveillera en beaucoup d’âmes chrétiennes un écho sympathique ! N’existe-t-il pas, en effet, des heures où nous brûlons de nous dévouer, plus même, de nous offrir en holocauste pour Jésus et pour nos frères dans la foi ? Et si Dieu nous donne alors « non pas ce que nous demandons mais ce qu’il nous faut », comme le dit encore Bloy, nous tombons dans le désarroi, nous nous récrions, nous ne sommes pas loin de perdre courage. Car notre amour-propre demeure tellement exigeant que nous voudrions choisir nos souffrances ! Ah ! misère humaine !… Qui n’aimerait Bloy pour avoir si bien exprimé l’inconstance de notre nature pécheresse ? Et si, après tout, il laissa quelquefois choir à ses pieds telle croix qu’il n’avait pas demandée et qui, pourtant, lui était indispensable pour son avancement spirituel, lequel de nous osera s’estimer assez sûr de soi pour lui jeter la pierre en s’écriant : — Cela ne m’arrivera jamais ?
N’oublions pas non plus qu’il avait l’âme d’un enfant ombrageux quant à la discipline, des plus impressionnables et imaginatif à l’excès. Il l’avoue quand il écrit : « Je suis un véritable enfant ? (p. 106). Et ailleurs, il insiste :
Je suis très enfant et ma faiblesse de cœur est si grande qu’on ne pourrait la deviner dans un homme dont les écrits et les paroles portent habituellement le caractère de la force. C’est là mon triste secret.
Et enfin ce qui achève de fournir un jour précis sur cette âme inquiète, c’est la déclaration suivante :
Dieu m’a donné de l’imagination et de la mémoire, rien de plus en vérité. Mais j’ai la raison fort pesante, et la faculté d’analyse, telle que les philosophes l’entendent, me manque d’une manière absolue… Mais je sais fort bien que la faculté d’aimer est développée chez moi d’une manière inouïe ; cela me suffit ; la philosophie m’ennuie et la théologie m’assomme ; les paroles sans amour me sont inintelligibles…
L’imagination, même très grossissante, c’est une faculté précieuse pour un écrivain. Le don d’amour, c’est une grande grâce pour un chrétien dès qu’il le porte vers Dieu. Mais que ces puissances de sentiment deviennent dangereuses, sujettes à l’orgueil le plus démesuré si, comme il arrive chez Bloy, on prétend les appliquer à l’interprétation des choses de l’ordre surnaturel en écartant à la fois la philosophie et la théologie, en diffamant sa raison et en se proclamant inapte à l’analyse[9] !
Il y eut et il y a certainement encore des âmes en qui le don d’amour de Dieu fut porté à un tel point qu’il leur valut, sans études, un développement extraordinaire des facultés intellectuelles et une compréhension merveilleuse des grâces d’oraison. Telle fut sainte Térèse dont l’Église a dit, comme de Catherine de Sienne : scientia ejus infusa non acquisita et qu’elle qualifie : « grand docteur en Mystique ». Mais si, dans le Château intérieur — et du reste dans tous ses écrits — sainte Térèse expose, avec une lucidité magistrale, les effets de l’opération divine dans les âmes contemplatives, ce n’est pas qu’elle rejette la philosophie analytique, la théologie et la raison. Au contraire, le Château intérieur comporte une série d’analyses aussi pleines de sagesse que de paisible assurance. La conformité respectueuse à la théologie traditionnelle de l’Église s’y avère d’un bout à l’autre. Enfin la plus haute raison, le plus ferme bon sens s’y allient à l’intuition illuminative… C’est pourquoi, jamais elle ne s’égara.
Mais Bloy, écrivain splendide, peintre en noir et or, d’un talent hors ligne mais exégète téméraire, songeur dépourvu de philosophie et s’en faisant gloire, et surtout Bloy, enfant impulsif et imaginatif au suprême degré, comment pourrait-on admettre qu’il ait reçu la science infuse ? Pour lui concéder ce rare privilège, il faudrait ne pas l’avoir lu.
Notons aussi que sainte Térèse soumit humblement ses œuvres au jugement de théologiens experts et son oraison à la clairvoyance surnaturelle de saint Pierre d’Alcantara. Bloy, lui, prétend voler tout seul à travers cette nuit pleine d’étoiles : la Mystique, alors qu’il aurait eu tant besoin d’un guide autorisé qui, le cas échéant, lui eût crié : casse-cou !
Loin de là, tout avertissement le mettait en colère. On eût dit qu’il y voyait un parti pris de malveillance à son égard. Et sa confiance en ses propres lumières était tellement imperturbable qu’elle lui inspirait des affirmations renversantes du genre de celle-ci :
Je suis trop établi dans la vie surnaturelle pour que le démon de l’Illusion puisse avoir sur mon âme un pouvoir quelconque. (L’Invendable, p. 102.)
Il ajoute :
On me répondra, il est vrai, que cela encore est une illusion.
Mais il ne conclut pas, comme il eût été tout au moins prudent de le faire :
Qu’ils auraient donc raison ceux qui m’avertiraient ainsi que cette faculté, fruit de la Grâce, qu’on nomme le discernement des esprits, me manque d’une façon totale parce que je ne suis pas du tout établi dans le Surnaturel aussi solidement que je me le figure.
Or comment put-il se maintenir dans l’Illusion, à certains égards, presque jusqu’à la fin, au point d’ignorer cette lacune dans la connaissance de soi-même et d’autrui ? C’est ce que nous allons rechercher.
II
Dans la lettre qu’il écrivit à Mirbeau pour le remercier de son article sur la Femme pauvre, Bloy donne cette indication :
Je suis entré dans la vie littéraire à trente-huit ans, après une jeunesse effrayante et à la suite d’une catastrophe indicible qui m’avait précipité d’une existence exclusivement contemplative. J’y suis entré comme en un enfer de boue et de ténèbres, flagellé par le Chérubin d’une nécessité implacable… (Mon Journal, p. 61.)
Que fut cette vie de contemplation ? Il nous renseigne à ce sujet dans plusieurs de ses livres et surtout dans les Lettres, lorsqu’il nous apprend qu’elle dura environ trois ans auprès de la courtisane convertie qu’il appelle Véronique et dont il a fait l’héroïne du Désespéré. Et n’oublions pas qu’il répète avec insistance que, sauf quelques épisodes romanesques, le Désespéré constitue une autobiographie.
Or cette Véronique eut sur lui une influence énorme. Bonne, peut-être, dans une certaine mesure, par l’exemple de contrition qu’elle lui donnait. Fort dangereuse aussi parce que, dévorée de repentir mais en proie à une exaltation morbide, la pauvre créature ne pouvait que surexciter par ses propos l’imagination déjà débridée de celui qui l’avait si généreusement mais si imprudemment recueillie.
Le résultat de cette cohabitation le voici : Véronique devint folle et mourut enfermée. Auparavant, il semble bien qu’elle ait inculqué à Bloy la conviction qu’il avait une mission à remplir, celle d’Imprécateur à l’encontre de notre siècle tiède, indifférent ou hostile à Dieu et à son Église. Et cela au nom du Saint-Esprit.
La démence de Véronique aurait dû faire comprendre à Bloy l’inanité des prétendues révélations de cette malheureuse aberrante. S’il avait possédé pour deux liards d’esprit de réflexion et s’il avait eu davantage le sentiment de la hiérarchie, il aurait consulté quelque prêtre éclairé comme, grâce à Dieu, il n’en manque pas dans l’Église ! Celui-ci lui aurait certainement démontré la voie plus que périlleuse où il s’engageait en lui commentant, par exemple, ce passage si profondément vrai de l’Imitation où la Sagesse même de Notre-Seigneur s’exprime de la façon suivante :
Tous les désirs ne viennent pas du Saint-Esprit bien que les hommes les estiment justes bons. Il est difficile de discerner si c’est le bon ou le mauvais esprit qui excite en vous tel ou tel désir ou si vous y êtes porté par votre propre inclination. Beaucoup ont été le jouet d’illusions qui croyaient d’abord avoir pour guide l’esprit de vérité. Il faut donc que vos désirs soient réglés par la crainte de Dieu, par l’humilité et par une entière soumission à ma volonté. (Livre III, chapitre XV.)
Cette volonté divine, pour tout catholique pénétré de l’esprit de soumission à l’Église, elle s’exprime par la bouche d’un directeur soigneusement choisi et qui a grâce d’état pour nous la faire connaître. Ce mentor, Bloy ne l’a pas trouvé. Plus encore : si attentivement qu’on étudie son œuvre, on n’y découvre pas le moindre indice qu’il l’ait cherché[10].
En conséquence, il se persuada si fort qu’il avait découvert en Véronique une Voyante favorisée de lumières exceptionnelles qu’il ne voulut plus jamais en démordre. A l’époque où il écrivit les Lettres à sa fiancée, il était encore sous l’impression toute brûlante des soi-disant paroles d’En Haut dont elle l’avait fait le dépositaire. De là chez lui un accent de conviction qui prouve son entière bonne foi. Lisez ceci :
J’ai connu une très pauvre fille — Véronique — dénuée de science autant qu’on peut l’être, mais dont le cœur flambait comme toutes les étoiles des constellations… Elle fut élevée à la contemplation de la gloire de Dieu et reçut des lumières si grandes que je ne puis y penser sans mourir d’admiration et d’effroi ! (P. 47.)
Et plus loin :
Il n’y a pas d’homme vivant à qui de plus merveilleuses promesses aient été faites d’une façon plus claire, accompagnée de signes plus sensibles et plus certains… Oh ! non, je ne me suis pas trompé et je renoncerais plus facilement à ma vie qu’à cette certitude. (P. 100.)
Enfin :
Lorsque je reçus le dépôt de cet être prodigieux que j’ai nommé Véronique… j’avais des révélations, des joies célestes que les anges eussent enviées. (P. 129.)
Or voici donc un homme totalement convaincu qu’il détient une Vérité d’ordre surnaturel et qu’un devoir impérieux lui commande de la vociférer, à la face d’un univers plein de vilenies, en n’écoutant que ses seules « voix intérieures ». Cet homme se croit, en outre, assuré que le démon de l’Illusion n’a aucune prise sur son esprit. Comment voudriez-vous qu’il ne sombrât pas dans l’orgueil ?
Il est impossible, quand on étudie, sans l’ombre de prévention, toute son œuvre de ne pas apercevoir en lui cet orgueil démesuré qui s’y étale avec une sorte d’impudeur… enfantine. Mais — et c’est là le premier châtiment des orgueilleux — il s’était tellement aveuglé sur le péché capital où son âme ardente goûtait de perfides jouissances qu’il protestait, tantôt avec rage, tantôt plaintivement lorsqu’on lui démontrait l’évidence de sa superbe.
Ainsi, dans les Lettres, il déclare :
Parmi mes meilleurs amis, il n’y en a que deux qui m’aient un peu compris… Ces deux êtres exceptionnels ont en moi une confiance absolue et ils n’ont jamais songé à m’accuser d’orgueil. Certes il est un peu ridicule de se défendre d’être un orgueilleux et pourtant je ne crois pas, en conscience, que ce soit là mon grand vice. (P. 25.)
On comprend qu’il traite ces deux amis d’exceptionnels quoique l’un d’entre eux, ajoute-t-il, ait été « d’une grande faiblesse d’esprit », ce qui, on l’avouera, autorise un doute sur la sûreté de jugement de ce confiant.
Or ni l’un ni l’autre ne se permettant de critiquer « l’homme d’Absolu » que, dès lors, avec une naïve infatuation, Bloy se flatte d’incarner, il leur délivre un certificat de bonne conduite à son égard.
Quant à ses autres amis de ce temps-là, il les trouve : « trop enclins à le juger », c’est lui qui souligne — et il a dû « renoncer avec amertume à en être parfaitement compris » (p. 9). Et, plus loin (p. 36), s’étonnant de nouveau qu’on lui fasse une réputation d’orgueil, il pousse ce cri extraordinaire :
Il est pourtant singulier que je sois tant accusé de ce péché ayant passé ma vie au service de ceux qui ne pouvaient être ni mes supérieurs ni mes égaux. (P. 36.)
Ces phrases, qui n’ont pas besoin de commentaires, nous permettent à présent de répondre à la question que nous posions plus haut : Comment Bloy, inapte à se connaître lui-même, a-t-il réussi à nourrir presque jusqu’à la fin cette Illusion qu’il ne pouvait se tromper dans l’appréciation des choses de l’ordre surnaturel ?
C’est parce que, malgré toutes ses protestations d’humilité très sincères et souvent même suivies d’effets, l’orgueil que lui inspirait la mission dont il se crut investi lui fit trop fréquemment perdre le sens chrétien. Sa chimère le possédait si fort qu’il en arrivait presque à considérer certains des écrits sortis de sa plume, comme des encycliques dont nul n’avait le droit de contester la portée sous peine, fût-on son ami, d’être étiqueté par lui « intelligence inférieure ».
On ne saurait donc trop le répéter : il est tout à fait regrettable que son hypertrophie d’amour-propre l’ait empêché de choisir un directeur de conscience dont il eût écouté les avis avec le ferme propos de s’y conformer. Car c’est une règle qui ne connaît pas d’exception : tout Mystique — et Bloy est un Mystique — qui s’infatue de ses propres lumières à un degré tel qu’il ne conçoit plus la nécessité de les soumettre au contrôle d’un théologien éprouvé, mandaté par l’Église, court le risque de s’égarer hors de cette voie étroite dont Notre-Seigneur a dit que, pour l’y suivre, il faut « faire abnégation de soi-même ».
Cet excès d’individualisme eut le résultat fâcheux que l’action de Bloy dans l’Église fut beaucoup moins féconde qu’elle n’aurait pu l’être. Maintenant, ce qu’il importe de mentionner à sa décharge, c’est qu’au lieu d’un conseiller vigilant et perspicace, il rencontra trop d’admirateurs dépourvus de bon sens qui lui cassaient sur le nez de déplorables encensoirs. La niaiserie prétentieuse de quelques-uns des éloges que lui prodiguait son entourage immédiat passe tout ce qu’on pourrait s’imaginer.
Écoutez, par exemple, ceci :
« L’esprit de Léon Bloy est comme une cathédrale où le Saint Sacrement serait toujours exposé. »
Et ceci :
« L’âme de Léon Bloy est une âme d’enfant. » C’est exact, mais voyons la suite : « Elle peut pécher, succomber à des tentations et à des vertiges, elle restera blanche. »
Cette dernière phrase a pour auteur Mme Rachilde, écrivain de grand talent, mais qui ne prétend à aucune compétence en matière de morale catholique. Mais que dire de la chrétienne pratiquante qui, ayant déjà commis la phrase citée la première, approuve Mme Rachilde et conclut : « Chère amie, je croyais être la seule à le savoir » ?
Et que penser de l’humilité de Bloy ? Notons que, fier comme un gosse à qui l’on a donné un chapeau de général, content de se voir attribuer une âme impeccable à force de candeur et un esprit où Jésus réside d’une façon permanente, il enregistre avec sérénité ces folles louanges sans y trouver un mot à redire[11]…
Qu’on ne se figure pas qu’il soit agréable à un écrivain, qui aime Bloy et l’admire, de rappeler de pareilles balivernes. Il le fallait pourtant, afin de démontrer à quelques-uns qu’on peut juger Bloy à sa valeur, en faisant les restrictions indispensables et sans s’éperdre dans les outrances d’une adulation extravagante[12].
Et maintenant, pour ma conclusion, je n’ai plus que du bien à dire de Léon Bloy. On peut être assuré que je m’en félicite.
III
Dans la première partie de cet essai, j’ai parlé de Bloy écrivain. J’ai montré, je pense, combien il fut doué au point de vue de la langue, du style, du rythme et de la couleur. J’ai dit aussi ses dons oratoires et leur puissance d’évocation. Je voudrais y revenir puisque c’est, en somme, par la beauté de sa forme, par la qualité persuasive de son talent qu’il nous saisit et nous retient. Un de ses derniers livres, Dans les Ténèbres, nous en fournira de nouvelles preuves.
Ailleurs, souvent, les péripéties de son existence douloureuse l’enfièvrent ; sa phrase frissonne, sanglote ou hennit d’angoisse et de courroux. Elle est semblable à un cheval sauvage qui, percé de vingt flèches, mène son galop saccadé à travers une brousse dont les buissons épineux achèvent de le mettre en sang.
Ici, c’est l’apaisement, fruit de l’âge et de l’oraison persévérante. Ici, sa pensée, toujours haute, toujours profonde, mais plus calme, se déroule en larges périodes d’une éloquence entraînante. C’est comme un grand fleuve aux moires d’or fauve où se reflètent les suprêmes clartés d’un crépuscule mélancolique et sanctifiant.
Voici, pour exemple, le début de l’admirable méditation qu’il intitule les Apparences :
C’est la plus banale des illusions de croire qu’on est réellement ce qu’on paraît être, et cette illusion universelle est corroborée, tout le long de la vie, par l’imposture tenace de nos sens. Il ne faudra pas moins que la mort pour nous apprendre que nous nous sommes toujours trompés. En même temps que nous sera révélée notre identité si parfaitement inconnue de nous-mêmes, d’inconcevables abîmes se dévoileront à nos vrais yeux, abîmes en nous et hors de nous. Les hommes, les choses, les événements nous seront enfin divulgués et chacun pourra vérifier l’affirmation de ce Mystique disant qu’à partir de la Chute, le genre humain tout entier s’est endormi profondément. Sommeil prodigieux des générations, naturellement accompagné de l’incohérence et de la déformation infinies de tous les songes. Nous sommes des dormants pleins des images à demi effacées de l’Éden perdu, des mendiants aveugles au seuil d’un palais sublime dont la porte est close. Non seulement nous ne parvenons pas à nous voir les uns les autres, mais il nous est impossible de distinguer, au son de sa voix, notre voisin le plus proche. — Voici ton frère, nous est-il dit. Ah ! Seigneur, comment pourrais-je le reconnaître dans cette multitude indiscernable et comment saurais-je s’il me ressemble puisqu’il est fait à votre image autant que moi-même et que j’ignore ma propre figure ? En attendant qu’il vous plaise de me réveiller, je n’ai que des songes, et ils sont quelquefois épouvantables. Combien plus difficilement débrouillerais-je les choses ! Je crois à des réalités matérielles, concrètes, palpables, tangibles comme le fer, indiscutables comme l’eau, et une voix intérieure, venue des profondeurs, me certifie qu’il n’y a que des symboles, que mon corps lui-même n’est qu’une apparence et que tout ce qui m’environne est une apparence énigmatique.
Il nous est enseigné que Dieu ne donne son Corps à manger et son Sang à boire que sous les apparences de l’Eucharistie. Pourquoi voudrait-on qu’il nous livrât d’une manière moins enveloppée ne fût-ce qu’une parcelle infime de sa création ? Pendant que les hommes s’agitent dans les visions du sommeil, Dieu, seul capable d’agir, fait réellement quelque chose. Il écrit sa propre Révélation dans l’apparence des événements de ce monde, et c’est pour cela que ce qu’on nomme l’histoire est si parfaitement incompréhensible…
Ce développement lucide d’une grande parole de saint Paul[13], Bloy l’illustre, plus loin, par l’exégèse mystique du miracle de l’Aveugle-né dans l’Évangile selon saint Jean.
On regrette de ne pouvoir reproduire intégralement cette glose pénétrante. On en donnera, du moins, l’essentiel :
Que penser de l’aveugle-né de l’Évangile, qui n’avait pu rien recevoir dans son caveau de la synagogue, appelé soudain à envisager le Fils de Dieu, sinon qu’il fut, par un miracle non moins grand que la création des soleils, institué, d’un moment à l’autre le Clairvoyant de la Divinité douloureuse ? Credo, Domine, je crois, Seigneur, dit-il, et, se prosternant, il l’adora. A cette minute, grande comme les siècles, que pouvait-il voir, n’ayant jamais eu le pressentiment ni peut-être même le désir d’une vision quelconque et la Face du Christ emplissant devant lui tout l’horizon ?
Rien d’autre sans doute que cette Face chargée de tous les crimes du monde, incomparablement plus suave et plus terrible à ses yeux purs qu’elle ne devait l’être dans l’avenir pour les plus saints visionnaires. La Face de Jésus menaçant le vent et se faisant obéir de la mer, pleurant au tombeau de Lazare et suant le sang à Gethsémani ; la Face livide et conspuée du Maître flagellé, crucifié, mourant, prononçant les Sept Paroles infinies qui correspondent aux sept jours de la Genèse ; devant être manifestée à la fin dans une gloire impossible à imaginer, infiniment au delà des collines d’or de la Résurrection, en un lointain mystérieux et formidable pour le Jugement de tous les hommes.
On remarquera certainement combien dans ces belles méditations il règne un accent de tranquille certitude et comme elles décèlent l’équilibre d’une âme assise dans la tradition et qui conforme l’enchaînement de ses idées aux leçons de l’Église. Il en va de même tout le long de ce volume Dans les Ténèbres qui est, à notre avis, l’un des meilleurs que Bloy ait publiés. Quel contraste entre ces pages pieusement pensives et d’autres écrits plus anciens où, inquiet, tourmenté, débordant de clameurs furieuses, il tâchait de persuader à lui-même et à autrui qu’il avait mission de proclamer comme venant du Saint-Esprit les prétendues révélations d’une infortunée qui sombra dans la folie ! Il trépidait alors comme une chaudière munie d’une soupape insuffisante et qui menace toujours d’éclater. Et l’Esprit qui l’agitait en ces moments n’a, certes, rien à voir avec le Paraclet.
Mais — et ceci peut se constater également dans toute son œuvre — lorsque, humble et docile aux enseignements de l’Église, il se contenta de tracer son sillon et de l’ensemencer dans le champ qu’elle offre aux âmes qui s’épanouissent par l’oraison contemplative sous toutes ses formes, il connut ce calme souverain de la vie intérieure que Jésus promit à ses disciples quand il leur dit au Cénacle : — Je vous laisse, je vous donne ma Paix.
Oui, par une grâce que lui valut sa foi inébranlable, il l’obtint parfois cette Paix, et elle lui apporta des heures d’éclaircie même en ses jours les plus orageux — ceux où, comme on le voit dans les Lettres, la libido carnis et l’orgueil de l’esprit l’assaillaient avec une violence inouïe. Au plus fort de la crise, Notre-Seigneur lui vint en aide, en lui inspirant l’admirable prière suivante dont je ne retranche que quelques lignes qui n’ont point rapport à ses épreuves :
Mon adorable Sauveur Jésus, qui êtes crucifié par moi, pour moi, en moi, depuis deux mille ans et qui attendez vous-même votre délivrance en saignant sur nous du haut de votre Croix terrible — je vous supplie de regarder mon effroyable misère et d’avoir tout à fait pitié de moi. Considérez, mon Rédempteur, que j’ai eu pitié de vous, moi aussi, que vos souffrances m’ont bien souvent déchiré le cœur et que j’ai pleuré, nuit et jour, des larmes sans nombre en me souvenant de votre agonie… Vous ne pouvez pas oublier non plus que, par respect pour vos adorables plaies, j’ai rarement négligé de souffrir pour les malheureux, que j’en ai tiré quelques-uns du fond des gouffres pour les amener fraternellement en votre présence. Néanmoins vous avez beaucoup exigé de moi ; vous m’avez accablé d’un très lourd fardeau et vous avez voulu que j’endurasse des peines si grandes que vous seul, mon Dieu, pouvez les connaître… Mon divin Maître vous ne pouvez être le bourreau des âmes pour qui vous agonisez. Je vous en supplie, par le nom sacré de Joseph, par le cœur percé de votre Mère, par les ossements glorifiés de tous vos Saints, ayez pitié de moi !…
Et voici l’effet de cette prière ; peu après, il écrit à sa fiancée :
Ce matin je me suis levé avant quatre heures, éveillé par les rayons de la douce lune que j’aime. Le temps était presque tiède et dans le grand silence de mon quartier endormi, j’ai prié pour toi et pour moi-même, en regardant de ma fenêtre ce beau ciel si pur. Je sentais une grande paix descendre en moi, une profonde, une sainte paix qui renouvelait mon espérance…
En conclusion de cet essai, retenons que Bloy fut voué à la douleur et par sa nature qui fut ultra-sensible, et, plus encore par cette prédestination d’ordre surnaturel qui lui fit demander de souffrir en union avec la Passion du Christ pour le soulagement ou le salut d’âmes en détresse. Il y eut des époques dans sa vie où il porta d’un cœur allègre la croix qu’il avait ainsi sollicitée. Il y en eut d’autres où il plia sous ce fardeau terrible. Il y en eut d’autres enfin où une illusion, suscitée par la Malice « qui toujours veille », faillit le faire dévier de la voie douloureuse où Jésus lui avait proposé de le suivre.
Mais toujours il se ressaisit. Et presque toujours il garda la conscience de la tâche mystique qui lui était fixée. Cela, il l’a fort nettement indiqué dans cent passages de son œuvre et, entre autres, dans celui-ci :
Je remarque une fois de plus ma pente de prière. Il m’est impossible de demander quoi que ce soit sans faire de moi une cible, sans offrir de payer. Ainsi s’explique le bagne immense de ma vie. Pensée qui me console et qui me fait peur en même temps.
Elle le consolait parce qu’elle lui donnait l’assurance qu’en payant pour d’autres, il se conformait à son Rédempteur. Elle lui faisait peur parce qu’il lui semblait qu’il n’aurait pas la force de gravir le Calvaire jusqu’au sommet, à la suite du Bon Maître. Mais il n’y a qu’aux grandes âmes que Dieu inspire de ces craintes afin de leur apprendre à ne compter que sur Lui et non sur elles-mêmes.
Or, malgré ses travers, qu’il serait pharisaïque de lui reprocher avec trop d’insistance, Léon Bloy fut une grande âme qui, tout pesé, la part faite à la faiblesse humaine, accepta généreusement le rôle de victime à la suite de l’Agneau pour lequel la Providence l’avait désigné. En compensation il reçut le don des larmes et il en connut l’incomparable valeur puisqu’il écrivit ces lignes d’une si sincère humilité :
Voilà plus de trente ans que je désire le bonheur unique : la Sainteté. Le résultat me fait honte et peur. Il me reste d’avoir pleuré. Je n’ai pas d’autre trésor. Mais j’ai tant pleuré que je suis riche en cette manière. Quand on meurt, c’est cela qu’on emporte : les larmes qu’on a répandues et les larmes qu’on a fait répandre — capital de béatitude ou d’épouvante ! C’est sur ses larmes qu’on sera jugé car l’Esprit de Dieu est toujours « porté sur les eaux »… Quare tristis es, anima mea : pourquoi es-tu triste, mon âme, et pourquoi me troubles-tu ? Spera in Deo ! En récitant ce commencement sublime de la Messe, que de fois n’ai-je pas versé de ces larmes qui valent plus que les cantiques et qui mettent le cœur dans les prairies du paradis !…
Larmes fécondes, larmes sacrées qui, sans doute, rafraîchissent aujourd’hui l’âme de Bloy dans ce Purgatoire où il doit être si heureux de souffrir pour le rachat de ses défaillances et de ses égarements !
Nous, cependant, chrétiens de bonne volonté, nous prierons pour sa délivrance avec le ferme espoir qu’il lui sera beaucoup pardonné parce qu’il a beaucoup souffert et beaucoup pleuré pour l’amour de Jésus-Christ.
FIN