IX
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SOMMAIRE
Malice du Jury.—Elle est noire, mais cousue de gros fil blanc.—«Mon impartialité bien connue....»—Prenons le chemin de fer de Castelnau.—Nous arrivons aux Tuileries.—Réhabilitation d'un condamné.—Encore une victime.—Une tragédie de MM. Ponsard et Latour de Saint-Ybars.—Ta vie, en cinq points secs!—Une fable vue au microscope.—Quelle tête!—On met à Shakespeare la perruque à marteau de Ducis ou celle des lions de l'Institut.—Henri IV est mort!—Hoche pacifie la Vendée.—Les comestibles vont dévorer le cuisinier.—Le duc d'Orléans au bal masqué.—Le petit dieu malin.—1852 et 1815.—Les suspects au bal des victimes.—De bien douces larmes.—Pauvre petite!—Elle aime Polichinelle.—Si jeune!...—Tableau selon saint Jean.—«J'ai, Jean-Marc Mathieu, huissier au tribunal, etc....»—Décidément, c'est une langue!... mais pas française.—Vente par autorité de justice.—Autre tableau religieux selon saint Marc.
Parmi les tableaux que le jury a été enchanté de voir exposés dans la salle des Refusés, parce que ces tableaux-là ressemblent aux primitifs joujoux en bois dont les enfants ne veulent plus, et qu'ils font éclater la raison du jury dans toute sa splendeur, parmi ces tableaux il faut citer un paysage de M. Castelnau, qui n'a pas eu, comme son maître M. Brivet, l'énergie de s'exposer en plein catalogue.
Moi, qui ai la résolution d'être d'une complète franchise, je cite également les choses marquantes en bien ou en mal. Je voudrais pouvoir parler de tout, mais j'ai des limites.[1]
D'ailleurs, il y a mauvais et mauvais: le mauvais amusant et le mauvais ennuyeux.
C'est à ce mauvais-là qu'appartiennent les imitateurs ou plutôt les victimes de MM. Brascassat, Flandrin, Gérôme, Muller, etc.
Mais c'est dans le mauvais amusant qu'il faut classer le paysage enfantin de M. Castelnau. Il y a un petit chemin de fer avec locomotive, un petit pont, des petites maisons en bois, des petits arbres en zinc et des petits chevaux-Brivet.
Cela fait doucement sourire; cela rappelle l'enfance; on croit qu'on vient soi-même de mettre en rang tous ces jouets.
Un autre paysage qui voulait être sérieux, mais qui a l'air d'un décor du théâtre des marionnettes aux Tuileries, c'est l'Entrée de Thérouanne, par M. Delalleau.
M. Désiré Philippe a été reçu pendant 15 ans. La commission d'examen a trouvé que c'était assez.—Cependant ce n'est pas assez.
Il fallait que les portraits envoyés par M. Philippe fussent en décadence; or, ils sont exactement ce qu'ils étaient,—d'une valeur qui n'a pas bougé.
Le premier portrait, celui de M. Charles Vincent, est très-ressemblant; le second, celui d'un collégien, doit-être encore plus ressemblant: cela se devine.
Dans son tableau, une, Famille de Tritons, M. Athon Donner est une victime de M. Millet.
M. Doneaud n'est pas dépourvu des qualités qui causent l'étonnement. Il a fait une véritable Jézabel morte qui indique qu'un membre de l'Institut avait d'abord dirigé ses études vers la tragédie, à la manière de MM. Ronsard et Latour.
Cette Jézabel est d'un mauvais—mais de ce mauvais déplaisant dont je parlais tout à l'heure.
Eh bien!—voilà d'où vient l'étonnement,—M. Doneaud a exposé un autre tableau qui est bien fait, c'est: Suite de jeu. L'intention philosophique y est peut-être trop indiquée: des cartes, de l'or, une dague et du sang!
Voilà le tableau!
La plus gigantesque des œuvres refusées c'est le Berger et la mer,—fable!—par M. Doyen.
Ce berger est plus grand que la mer qu'il contemple.
Son genou est un immense rocher.—Et M. Doyen appelle cela une fable!
M. Duckett, suspect, a fait un affreux portrait qui doit être celui de M. Brascassat.
M. Hippolyte Dubois à traduit Shakespeare à la façon de Ducis.
Figurez-vous une Titania, le Songe d'une nuit d'été, faits par un prix de Rome, sans doute, élève de M. Gleyre—Gleyre obscur,—dirait le Tintamarre.
Obéron ne s'y tromperait pas et n'irait certes pas verser le suc des fleurs sur les paupières de cette Titania-là.
Les Funérailles du géneral Marceau. L'armée autrichienne lui rend les honneurs militaires de concert avec les Français.
Nous ne ferons pas pour ce tableau de M. Dupray comme les Autrichiens et les Français pour Marceau: nous ne lui rendrons pas même les honneurs militaires (Voir ce que nous avons dit du tableau, la Mort du général Hoche).
M. Delord a fait un joli Persan—en bois.
Des légumes et des comestibles énormes sur le premier plan.—Au fond, sur le cinquantième plan, à quelques lieues on aperçoit dans une cuisine un petit cuisinier lilliputien apprêtant ses fourneaux pour faire cuire ces gros légumes qui pourraient bien le manger ou l'engloutir lui-même.
Tel est le tableau assez plaisant de M. Fanchon.
On dirait en voyant le portrait de M. Horace Vernet par M. Ficatie, que ce peintre a voulu faire le portrait du duc d'Orléans.
Cette peinture est encore du genre primitif et amusant dans lequel se sont essayés avec tant de succès MM. Brivet, Castelnau, Delord, etc.
J'aurais voulu citer l'auteur d'un Franc-maçon éclatant et celui de la Naissance d'un Poulain-Brivet; mais je n'ai pu découvrir leurs noms.
C'est dans cette série de peintres qu'il faut classer M. Hudei, auteur d'un Mendiant suspect, allégorie fine: ce mendiant, c'est l'amour.... Ah!—que dirait M. Hamon?
M. Mallet, auteur du 24 septembre 1852 à Viviers d'Ardèche; M. Regnier, qui a fait le Retour aux Tuileries, 20 mars 1815, et M. Rocques, peintre sur faïence, doivent être nomenclatures dans cette même classe.
A ces diverses classifications de peintres, les Suspects, les Philosophes, les Victimes—victimes nombreuses, hélas! de MM. Signol, Pujol, Gleyre, Flandrin, Hamon, Brascassat, Yvon, etc.,—les Primitifs ou Antédiluviens, les Poltrons, les Montagnards, etc., etc., il faut ajouter les Tristes.
M. Guillaume Regamey, qui a fait le Cavalier polonais dont j'ai parlé, est de cette série.
Il faut y placer également un peintre modeste, caché comme une violette, qui a fait une petite pauvresse plantée devant une boutique pleine de polichinelles et de poupées. On devine dans la main qui se tortille une envie démesurée de posséder, de toucher les joujoux. C'est une de ces peintures attendrissantes qui réussissent toujours en public. Le peintre l'a prise sur nature et a eu le bon goût de ne donner à ce sujet que la proportion convenable.
M. Fourau, non moins élégiaque, a mis dans un cadre de chêne ou de sapin une petite fille encore vivante, mais qui a l'air de bien souffrir.
M. Claude Maugey a exposé deux tableaux: le Christ abandonné et un Coin d'atelier. Le cadavre du crucifié est bien abandonné en effet.—Il est étendu sur le sol dans un désert. M. Maugey a rendu hardiment et même originalement l'abandon immense, plus grand que la solitude.
Ce tableau, bien conçu et bien rendu, avait été commandé, m'a-t-on dit, par un célèbre et noble amateur qui n'en a pas voulu, le jury l'ayant refusé!
Il y a encore des gens qui croient au jury!
Dans tous les cas, ce n'était pas une raison.
Le noble amateur n'étant pas le jury, n'avait pas le droit de refuser.
Le Coin d'atelier est une simple petite toile qui montre des pinceaux, une palette, des couleurs et un protêt. Triste, triste,—comme dit Hamlet,—triste allusion à la vie des peintres qui ne vendent pas leurs tableaux vingt mille francs, car alors ils ne les vendent pas du tout. Il n'y a pas de milieu.
La peinture rapporte des millions ou rien. C'est affaire de chance comme en tout art.
Je ne sais si M. Maugey a voulu agiter ces hautes questions, et s'il croit, comme M. Millet, que la peinture est une langue, mais heureusement il n'en a pas l'air. Il conviendrait d'ailleurs avec moi que ces petites vessies et ce papier timbré n'ont pas une grande importance, ni une éloquence victorieuse et tranchant la discussion.
Pour couper court à toute réplique, au lieu de cette douce plainte, il aurait fallu, alors, représenter dans un grand tableau les huissiers noirs emportant tout et le peintre rouge pleurant aux pieds du jaune propriétaire impitoyable.
Voilà qui aurait corroboré l'apophthegme de M. Millet.
J'admets le tableau religieux de M. Maugey, le Christ abandonné, mais je n'admets pas le Christ mort, de M. Zipelius. Celui-là est déplorable; il a l'air d'avoir concouru pour le prix de Rome.