VIII
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SOMMAIRE
Donnez-vous la peine de vous asseoir.—La ménagerie d'un suspect amusant.—Gare aux animaux!—Ils nous donnent un sauf-conduit.—Le Temps a fait son temps.—Un condamné par la raison qu'il est criminel. Ne pourrait-on pas le condamner pour autre chose?—On se jette les cartes et les verres à la tête.—A la tour de Nesle!—On parle encore de Béranger.—L'auteur des Étourdis, comédie en vers, fait la campagne d'Italie.—La gloire n'est que de la fumée.—Une boucherie au clair de là lune.-A nous, Français! etc.... (Varsovienne).—Celle fois, le général Hoche est bien tué.—Théorie du sous-lieutenant.
Nous allons, pour nous délasser, nous arrêter un peu devant deux peintures tout à fait amusantes; l'une est de M. Fitz-Barn, dont on ne trouve pas le nom dans le catalogue, mais ce ne peut être que par erreur, car le tableau de ce peintre fait un tel tapage qu'on ne peut soupçonner l'auteur d'avoir voulu se cacher. Tout d'un coup, nous nous trouvons dans une grande cage avec tous les animaux de pantomime. J'appelle ainsi les animaux fantastiques, domestiques et comiques, tels que chat, singe, rat, pie, grenouille, chien, poule, geai, hibou, etc., etc., dont les mouvements, les allures et les physionomies sont vraiment risibles ou étonnants.—Avec nous, dans la même cage, crient, gloussent, coassent, jappent, miaulent et grouillent les animaux que je viens de citer. A travers le treillage, des figures singulières nous examinent très-attentivement. Le singe épluche ou épile un rat, ce qui indigne une pie.—Deux petits chiens bleus se battent pour rire.—Une grenouille montre sa tête immobile à fleur d'eau.—Un chat-huant attend la nuit avec impatience, et de ses deux lueurs fixes, qu'il a pour yeux, regarde passer le temps.—Bref, tous les animaux sont dans leurs attributions respectives.—Quittons ce petit pandémonium. Les animaux ne s'opposent pas à notre sortie de la cage.
L'autre peinture représente un vieillard qui ressemble au Temps, assis sur un débris de colonne. Il a fait des progrès depuis la Mythologie; il a un chapeau, des lunettes, des bottes à revers et une lyre; il fait au jury, sans doute, une grimace des plus grotesques.
Il est impossible que M. Paul Claparède, auteur de cette petite grisaille, ne l'ait pas conçue et peinte à la suite d'une absorption exagérée d'un hatchi inconnu, mais dont les effets doivent être gais.
M. Viel-Cazal est encore un peintre hardi, un vigoureux réaliste qui n'a pas plus peur du sujet que de la couleur.
Il a exposé un étude de Tête de cheval et un très-grand tableau, la Dernière heure, dont voici la légende:
«Un cheval vicieux, condamné pour cette raison à être abattu, et ayant déjà les crins coupés, cherche à s'échapper des mains des équarrisseurs, après avoir rompu ses entraves.»
La description n'est pas très-exacte.—Le cheval s'est échappé, il a même renversé, en s'échappant, l'un des équarrisseurs, et il enlève l'autre à ses naseaux ensanglantés; un boule-dogue s'élance à fond de train sur le cheval.
Ce tableau est très-vivant, très-vrai, peint largement; il méritait enfin de s'échapper des mains des jurés et de s'installer dans le salon de la liberté et de l'audace.
Une Dispute de jeu, par M. Thiery, est un tableau romantique qui aurait eu du succès en 1833; mais le succès ne prouve rien, et M. Thiery a fait une jolie peinture de cape et d'épée.
Holà! tavernier du diable! il ne s'agit pas d'apporter à boire! sus aux querelleurs! enlevez les cartes si leurs épées vous laissent faire, ou, vive Dieu! votre tonnelle enragée sera fermée avant le couvre-feu!
M. Allard Cambray a fait un beau Louis XI, à l'eau-forte, dans la superbe collection de M. Cadart; mais, hélas! Agés... hélas! il en a peint un bien faible. On voit qu'il s'est plus inspiré de la pâle chanson de Béranger que de l'histoire:
Heureux villageois, dansons, Sautez, fillettes Et garçons! Unissez vos joyeux sons, Musettes Et chansons!
Ainsi, dans ce tableau, non moins décoloré que le refrain, sautent et dansent les heureux villageois devant le cadavre encore vivant du roi Louis XI.
M. Andrieux nous montre le général Bonaparte accompagné de non escorte, le matin du combat. (Campagne d'Italie, 1796.)
Bonaparte, entouré de quelques officiers, galope dans un champ en désignant du doigt classique des héros l'endroit où il y a le plus de fumée.
C'est une vignette coloriée assez habilement et dont le dessin dénote une main plus exercée à exécuter sur bois de petites manœuvres militaires qu'à les peindre.
M. Édouard-Alphonse Aufray a trois tableaux, dit le catalogue, mais je n'en ai trouvé qu'un, Choc de cavaliers. On dirait que c'est la Bataille des Cimbres, qui a donné aux Refusés son portrait en miniature (son portrait, pas tout à fait cependant); mais il y a tant d'enthousiasme pour cette Bataille, dans ce choc, qu'on voit bien que les cavaliers de M. Aufray se souviennent des Cimbres de Decamps. Ils se battent presque aussi furieusement.
Les deux autres tableaux de M. Aufray, désignés dans le livret: Crépuscule et Lever de lune, semblent être réunis dans le Choc des cavaliers pour ne former à eux trois qu'une trinité. En effet, c'est par un crépuscule et par un lever de lune que se choquent les cavaliers.
Le Cavalier polonais, de M. Guillaume Regamey, est plus triste et moins animé. Il songe à sa patrie et attend. Son cheval aussi est là qui attend. Malgré le soin et le patriotisme, ce tableau, qui a des qualités, n'est pas d'une belle couleur. On pourrait croire, du reste, qu'il a été exposé malgré son auteur, car il n'est pas indiqué dans le catalogue.
Les Dernières moments du général Hoche n'ont pas fait faire un bel ouvrage à M. E. Courtois; mais je crois que la médiocrité de ce tableau tient plus au genre,—genre ou art militaire,—qu'au talent modéré du peintre.
On peut s'affermir dans cette opinion, en examinant avec attention,—rude travail,—tous les tableaux de bataille, de revue ou de guerriers, qui sont aux deux Expositions; les uns sont plus médiocres, les autres plus mauvais.