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Le roman de la rose - Tome II

JEAN DE MEUNG (continued 3)

Reading edition

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Tout ce que Fortune te donne, 7169 Belle ou laide, mauvaise ou bonne. Je ne saurais en tous mes jours, L'inconstante, conter ses tours, Quand sur sa roue elle tournoie; C'est le jeu de boute en courroie. Ses dons Fortune ainsi départ Que nul, quand il attend sa part, Ne peut avoir science ouverte S'il y doit prendre gain ou perte. A présent, d'elle me tairai, Fors pourtant que j'y reviendrai Un petitet pour mes requêtes Dont te ferai trois moult honnêtes; Car on aime dire souvent Ce qui nous touche fortement, Et si ces requêtes refuses, A mes yeux tu n'auras d'excuses Et tu seras bien à blâmer: C'est que tu me veuilles aimer, Et que le Dieu d'Amours méprises, Et que Fortune rien ne prises; Et si trop faible tu te fais Pour soutenir ce triple faix, De l'alléger ferai-je en sorte, Pour que ton coeur mieux le supporte. Prends la première seulement, Et si tu m'entends sainement Des deux autres je te délivre. A moins d'être fol ou d'être ivre, Certes tu dois savoir tantôt Et te rappeler mot à mot Ce que te disais tout à l'heure: Quiconque avec Raison demeure

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Por ce fu Socrates itiex, 7171 Qui fu mes amis veritiex: Li Diex d'Amors onc ne cremut, Ne por Fortune ne se mut; Por ce voil que tu li resembles, Et que ton cuer au mien assembles: Car se tu l'as où mien planté, Il me soffist à grant planté. Or vois cum la chose s'apreste, Ge ne te fais c'une requeste; Pren la premiere que t'ai dite, Et ge te claim des autres quite. Or ne tiens plus ta bouche close, Respon: Feras-tu ceste chose? Nule autre chose ne demant, Ne me sers jamès autrement, Et lesse ta pensée fole, Et le fol Diex qui si t'afole; Amors qui te fait en li croire, Te tolt ton sens et ta mémoire, Et de ton cuer les iex avugle, Et tenir te fait por avugle. Cy respond l'Amant à Raison. Dame, fis-ge, ne puet autre estre, Il me convient servir mon mestre Qui moult plus riche me fera Cent mile tans quant li plaira: Car la Rose me doit baillier, Se ge m'i sai bien travaillier; Et se par li la puis avoir, Mestier n'auroie d'autre avoir.

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Jamais par Amour n'aimera 7203 Ni Fortune ne prisera. Tel fut Socrate ferme et stable Qui fut mon ami véritable, Le Dieu d'Amours jamais ne crut Et pour Fortune ne se mut. Or je veux que tu lui ressembles Et que ton coeur au mien assembles; Car si ton coeur mets avec moi, Je n'attends mieux ni plus de toi. Si tu le veux, c'est chose faite, Je ne te fais qu'une requête; Prends la première et bien feras, Et des autres quitte seras. Or ne tiens plus ta bouche close, Réponds, feras-tu cette chose? Rien plus ne veux pour le moment; Ne me sers jamais autrement, Et laisse la passion folle Et le fol Dieu qui tant t'affole. Amour qui te fait croire en lui, Sens et mémoire t'a ravi, Et de ton coeur les yeux aveugle Et te fait passer pour aveugle. Cy répond l'Amant à Raison. Dame, lui dis-je, je ne puis Faire autrement que j'ai promis. Non; autrement il ne peut être, Il faut que je serve mon maître Qui moult plus riche me fera Cent mille fois, quand il voudra; Car il me doit bailler la Rose Si je fais bien ce qu'il m'impose,

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Ge ne priseroie trois chiches 7201 Socrates combien qu'il fust riches, Ne plus n'en quier oïr parler. A mon mestre m'en vuel aler, Tenir li vuel ses convenans; Car il est drois et avenans, S'en enfer me devoit mener, N'en puis-ge mon cuer refrener; Mon cuer jà n'est-il mie à moi. Onc encores ne l'entamoi, Ne ne bé pas à entamer Mon testament por autre amer: A Bel-Acuel tout le lessai, Car tretout par cuer mon laiz sai, Et di par grant impacience Confession sans repentance: Si ne vodroie pas la Rose Changier à vous por nule chose: Là convient que mes pensers voise. Si ne vous tieng mie à cortoise, Quant ci m'avés coilles nomées, Qui ne sunt pas bien renomées En bouche à cortoise pucele. Vous qui tant estes saige et bele, Ne sai comment nomer l'osastes, Au mains quant le mot ne glosastes Par quelque cortoise parole, Si cum prode fame parole. Sovent voi néis ces norrices, Dont maintes sunt baudes et nices, Quant lor enfant lavent et baingnent, Qu'el les debaisent et aplaingnent, Si les nomment-el autrement: Vous savés or bien se ge ment.

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Et si par lui la puis avoir, 7235 Point n'ai besoin d'un autre avoir; Je ne priserais un pois chiche Socrate, combien qu'il fût riche, Et n'en veux plus ouir parler. Je m'en veux à mon maître aller. Je lui veux tenir ma promesse Pour sa droiture et sa tendresse; En enfer me dût-il mener, Mon coeur se laisserait damner. Il est à lui, point ne l'ignore, Ne l'entamai jamais encore, Ni pour un autre aimer, vraiment, N'entamerai mon testament. J'ai fait, en grande impatience, Confession sans repentance; A Bel-Accueil j'ai tout laissé, Mon legs est dans mon coeur tracé, Et ne voudrais à vous la Rose Oncques changer pour nulle chose, Car tous mes pensers je lui dois. Mais peu courtoise je vous vois Vous qui tant êtes sage et belle; Car bouche à courtoise pucelle N'a jamais couille prononcé; C'est un mot là fort déplacé. Je ne sais comment telle chose Vous avez pu nommer sans glose, Sans la voiler d'un mot courtois, En prude femme. Ainsi je vois, Par exemple, mainte nourrice, Naïve gent et sans malice; Quand lave et baigne son enfant Et le va baisant, caressant,

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Lors se prist Raison à sorrire, 7235 En sorriant me prist à dire: Raison. Biaus amis, ge puis bien nomer, Sans moi faire mal renomer, Apertement par propre non Chose qui n'est se bonne non. Voire du mal séurement Puis-ge bien parler proprement: Car de nule riens je n'ai honte, Se tele n'est qu'à pechié monte[54]; Mès chose où pechié se méist, N'est riens qui faire me féist. Onc en ma vie ne pechié, N'encor ne fais-ge pas pechié, Se ge nome sans metre gloses Par plain texte les nobles choses Que mes peres en paradis Fist de ses propres mains jadis; Et tous les autres estrumens Qui sunt piliers et argumens A soustenir nature humaine, Qui sans eus fust et casse et vaine. Car volentiers, non pas envis, Mist Diex en coilles et en vits Force de generacion, Par merveilleuse entencion, Por l'espece avoir tous jors vive Par renovelance naïve. C'est par naissance rechéable, C'est par chéance reversable,

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Autrement ne les nomme-t-elle? 7269 Dites-moi si je mens, ma belle. Raison à sourire se prit Alors, et souriant me dit: Raison. A bon droit, bel ami, j'appelle, Sans mériter nulle querelle, Franchement, de son propre nom, Chose où rien n'est qui ne soit bon. De nulle chose je n'ai honte Si telle n'est qu'à péché monte. Voire du mal assurément Puis-je bien parler proprement; Mais ne voudrais pour rien au monde Nul péché faire ou chose immonde. Jamais de mes jours ne péchai, Et céans ne fais point péché Quand je nomme sans mettre gloses, Et par leur nom, les nobles choses Que Dieu mon père en paradis, De ses propres mains, fit jadis Pour soutenir nature humaine, Qui deviendrait et faible et vaine Sans ces précieux instruments, Ses piliers et ses arguments. Car Dieu, qui certes rien ne souille, Mit volontiers en vit et couille Force de génération Par merveilleuse intention, Pour l'espèce avoir toujours vive Par rénovation native. Ainsi par mortel manquement Et naturel enfantement

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Par quoi Diex les fait tant durer, 7263 Qu'el ne puet la mort endurer. Ainsinc fist-il as bestes muës Qui par ce resont soustenuës: Car quant les unes bestes meurent, Les formes as autres demeurent. L'Amant. Or vaut pis, dis-ge, que devant, Car bien voi ore apertement Par votre parléure baude, Que vous estes fole ribaude: Car tout ait Diex les choses faites Que ci devant m'avés retraites, Les mos au mains ne fist-il mie Qui sunt tuit plain de vilonie. Raison. Biaus amis, dist Raison la sage, Folie n'est pas vasselage, N'onc ne fu, ne jà ne sera. Tu diras quanqu'il te plera, Car bien en as tens et espace De moi qui t'amor et ta grace Voil avoir, n'estuet-il douter, Car ge sui preste d'escouter Et de souffrir, et de moi taire, Mès que te gardes de pis faire, Combien qu'à ledengier m'acueilles. Si semble-il par fois que tu vueilles Que je te responde folie; Mais ce ne te ferai-ge mie,

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Dieu fait tout durer sur la terre 7301 Malgré la mort qui tout altère. Ainsi fit-il aux animaux Que nous voyons toujours égaux, Car si les uns tour à tour meurent, Aux autres les formes demeurent. L'Amant. Vous valez, dis-je, pis qu'avant; Car je vois bien apertement, A votre lascive parole, Que vous étes ribaude et folle. Car si Dieu toutes choses fit, Comme l'avez ci-devant dit, Au moins les mots ne fit-il mie Qui sont tout pleins de vilenie. Raison. Parle, ami, tant qu'il te plaira; Jamais ne fut ni ne sera Folie un acte de courage, Me répondit Raison la sage; Je t'en laisserai le loisir, Car je veux ta grâce acquérir Et ton amour, oncques n'en doute. Aussi je reste et je t'écoute, Prête à me taire, à tout souffrir, Afin de pis te garantir, Combien que durement m'accueilles. C'est à croire que tu me veuilles Faire répondre follement. Je ne le ferai pas vraiment,

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Ge qui por ton preu te chastoi, 7293 Ne sui mie de tant à toi Que tel vilonie encommence, Que ge mesdie, ne ne tence: Qu'il est voirs et ne te desplese, Tous jors est venjance mauvese; Et si dois savoir que mesdire Est encores venjance pire. Moult autrement me vengeroie, Se venjance avoir en voloie; Car se tu meffais ou mesdis, Ou par tes fais, ou par tes dis, Secréement t'en puis reprendre, Por toi chastoier et aprendre, Sans blasme et sans diffamement, Ou vengier néis autrement, Se tu ne me voloie croire De ma parole bonne et voire, Par plaindre, quant tens en seroit, A juge qui droit m'en feroit; Ou par quelque fait raisonnable Prendre autre venjance honorable. Je ne voil mie as gens tencier, Ne par mon dit desavancier, Ne diffamer nule personne, Quelqu'ele soit, mauvese ou bonne. Port chascuns endroit soi son fès, S'il vuet, si s'en face confès. S'il ne vuet, jà ne s'en confesse. Ge ne li en ferai jà presse. N'ai talent de folie faire Par quoi ge m'en puisse retraire, Ne jà néis n'iert par moi dite: Si rest taire vertu petite;

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Moi qui pour ton bien te châtie. 7329 Assez ne te suis ennemie Pour vilainement m'abaisser A médire ou me courroucer. Il est certain, ne t'en déplaise, Que toujours vengeance est mauvaise, Et sur ce nous serons d'accord Que médisance est pire encor. Pour me venger de ton offense Je chercherais autre vengeance; Car si tu méfais ou médis, Ou par tes faits ou par tes dits, Secrètement t'en puis reprendre Pour te corriger et t'apprendre, Sans blâme et sans diffamement; Ou me venger même autrement, Si tu ne voulais pas entendre Ma leçon si sage et si tendre, En me plaignant, quand temps serait, Au juge qui droit m'en ferait; Ou par quelque fait raisonnable Prendre autre vengeance honorable. Je ne veux pas les gens tancer Ni par ma langue rabaisser, Ni diffamer nulle personne, Qui que ce soit, mauvaise ou bonne. Que chacun porte son paquet, Ou s'en confesse, s'il lui plaît, S'il ne veut pas, ne s'en confesse; Ce n'est pas moi, vrai, qui l'en presse. Par tel chemin n'en sortirai; Non, folie oncques ne ferai, Oncques par moi ne sera dite, Si se taire est vertu petite,

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Mès dire les choses à taire, 7327 C'est trop grant déablie à faire. Langue doit estre refrenée: Car nous lisons de Tholomée[55] Une parole moult honeste Au commencier de s'Almageste, Que sages est cis qui met paine A ce que sa langue refraine, Fors sans plus quant de Diex parole; Là n'a-l'en pas trop de parole, Car nus ne puet Diex trop loer, Ne trop por seignor avoer, Trop criendre, ne trop obéir, Trop amer, ne trop benéir, Crier merci, ne graces rendre: A ce ne puet nus trop entendre, Car tous jors reclamer le doivent Tuit cil qui biens de li reçoivent. Caton méisme s'i acorde, S'il est qui son livre recorde: Là pués en escript trover tu Que la premeraine vertu C'est de metre en sa langue frain[56] Donte donc la toie et refrain De folie dire et d'outrages, Si feras que preus et que sages: Qu'il fait bon croire les paiens, Cum de lor dit grans biens aiens. Mès une chose te puis dire Sans point de haïne ne d'ire, Et sans blasme et sans ataïne, Car fox est qui gens ataïne, Que, sauve ta grace et ta pez, Tu vers moi, qui t'aim et t'apez,

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Dire chose qu'on doit cacher 7363 Est par trop vilement pécher. Langue doit être refrénée, Car nous lisons dans Ptolémée[55b] Un mot honnête et moult décent Son Almageste en commençant. Il dit: Sage est qui met sa peine A ce que sa langue refrène, Fors lorsqu'il va de Dieu parlant, Là n'est jamais trop abondant. Car nul jamais Dieu trop ne loue, Pour son seigneur trop ne l'avoue, Ne le peut trop craindre et servir, Ni trop aimer, ni trop bénir, Crier merci, ni grâces rendre; A ce nul ne peut trop entendre. Car toujours doivent l'invoquer Ceux qu'il lui plaît de biens combler. Caton pense la même chose Et dans son livre nous l'expose. En cet écrit trouver peux-tu Que la souveraine vertu Est à qui sa langue refrène[56b]; Dompte donc, refrène la tienne. Il fait bon croire les païens, En leurs préceptes sont grands biens; Or comme un fol plus ne m'outrage, Tu feras comme preux et sage. Une chose dirai pourtant Sans haine et sans emportement, Sans amertume et sans querelle, Car fol est qui les gens querelle. Envers moi qui t'aime et te fais Du bien, qui ne veux que ta paix,

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Trop mesprens qui si te reveles, 7361 Qui fole ribaude m'apeles, Et sans deserte me ledenges, Quant mes peres li Rois des anges, Diex li cortois sans vilonie, De qui muet toute cortoisie, Et m'a norrie et enseignie, Ne m'en tiens à mal enseignie, Ainçois m'aprist ceste maniere: Par son gré sui-ge coustumiere De parler proprement des choses Quant il me plest, sans metre gloses. Et quant me reveus oposer, Tu qui me requiers de gloser, Veus oposer, ainçois m'oposes, Que tout ait Diex faites les choses, Au mains ne fist-il pas le non; Ge te respon, espoir que non; Au mains celi qu'eles ont ores, Si les pot-il bien nomer lores Quant il premierement cria Tout le monde et quanqu'il i a; Mais il volt que non lor trovasse A mon plesir, et les nomasse Proprement et communément, Por croistre nostre entendement: Et la parole me donna Où moult très-précieux don a; Et ce que si t'ai récité Pués trover en auctorité: Car Platon disoit en s'escole Que donnée nous fu parole Por faire nos voloirs entendre, Por enseignier et por aprendre.

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Tu montres trop d'ingratitude 7397 En m'accusant de turpitude, En m'insultant, ami, pourquoi? Car mon père, des anges roi, Dieu le courtois sans vilenie, De qui vient toute courtoisie, Qui m'enseigna, qui me nourrit, Et qui rien de mal ne m'apprit, M'instruisit de telle manière: Par son gré suis-je coutumière De parler de tout à souhait Sans mettre gloses, s'il me plaît. Et quand, pour que j'y mette gloses, Tu dis que Dieu fit toutes choses, Mais pourtant ne fit point le nom, Je te réponds: c'est vrai que non, Au moins du nom dont on les nomme. Bien eût-il pu le faire, en somme, Quand premièrement il créa Le monde et tout ce qu'il y a. Il voulut que nom leur trouvasse A mon plaisir et les nommasse Proprement et communément, Pour croître notre entendement, Et, don précieux, la parole A moi donna que tu dis folle. Mais tu peux en autorité Trouver ce que t'ai récité; Car Platon dit en son école Que Dieu nous donna la parole Pour nos volontés désigner, Pour apprendre et pour enseigner.

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Ceste sentence ci rimée7395 Troveras escripte en Thimée De Platon qui ne fu pas nices; Et quant tu d'autre part obices Que lait et vilain sunt li mot, Ge te di devant Diex qui m'ot, Se ge, quant mis les noms as choses, Que ci reprendre et blasmer oses, Coilles reliques apelasse, Et reliques coilles clamasse, Tu qui si m'en mors et depiques, Me redéisses de reliques Que ce fust lais mos et vilains. Coilles est biaus mos, et si l'ains; Si sunt par foi coillon et vit, Onc nus plus biaus gaires ne vit. Ge fis les mos, et sui certaine Qu'onques ne fis chose vilaine; Et quant por reliques m'oïsses Coilles nomer, le mot préisses Por si bel; et tant le prisasses, Que par tout coilles aorasses, Et les baisasses en eglises, En or et en argent assises; Et Diex qui sages est et fis, Tient à bien fait quanque je fis. Comment, par le cors Saint Omer, N'oseroi-ge mie nomer Proprement les ovres mon pere? Convient-il que ge le compere? Noms convenoit-il qu'il éussent, Ou gens nomer ne les séussent, Et por ce tex nons lor méismes, Qu'en les nomast par ceus méismes.

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Cette sentence ici rimée7429 Tu trouveras dans le Thimée De Platon qui n'était pas sot; Et quand tu m'objectais tantôt Qu'il est des mots vilains sans doute, Je dis devant Dieu qui m'écoute: Toi qui les noms céans blâmais Qu'aux choses donnai, si j'avais Couilles reliques appelées Et reliques couilles nommées, Toi qui telle noise m'en fais, Alors reliques trouverais Un mot vilain et laid de même; Couille est un beau mot et je l'aime, Comme, ma foi, couillon et vit; De plus beaux oncques nul ne vit. Je fis les mots et suis certaine De n'avoir fait chose vilaine, Et si les reliques j'avais Couilles nommé, tu trouverais Ce mot si beau, qu'en nos églises, Dans l'or et dans l'argent assises, T'en irais couilles admirer, Baiser et pieux adorer. Or Dieu, la sagesse suprême, Trouva bien ce que fis moi-même. Par le corps du grand saint Omer, Comment, je n'oserais nommer, Ami, les oeuvres de mon père? Me convient-il noise lui faire? Bien fallait-il nom leur donner Pour que l'on pût les désigner. C'est pourquoi de tels noms ces choses Avons nommé sans mettre gloses,

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Se fames nes noment en France, 7429 Ce n'est fors desacoustumance: Car le propre non lor pléust, Qui acoustumé lor éust: Et se proprement les nomassent, Jà certes de riens n'i pechassent. Acoustumance est trop poissans[57], Et se bien la sui congnoissans, Mainte chose desplest novele, Qui par acoustumance est bele: Chascune qui les va nomant, Les apele ne sai comment, Borces, hernois, riens, piches, pines, Ausinc cum se fussent espines; Mès quant les sentent bien joignans, Ne les tiennent pas à poignans. Or les noment si cum el suelent, Quant proprement nomer nes vuelent. Ge ne lor en ferai jà force; Mès à riens nule ne m'efforce, Quant riens voil dire apertement, Tant cum à parler proprement. Si dist-l'en bien en nos escoles Maintes choses par paraboles, Qui moult sunt beles à entendre; Si ne doit l'en mie tout prendre A la letre quanque l'en ot. En ma parole autre sens ot, Dont si briément parler voloie, Au mains quant des coilles parloie, Que celi que tu i vués metre: Et qui bien entendroit la letre,

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Pour que de ces noms seulement 7463 On les nommât, pas autrement. Si point ne les nomment en France Les dames, c'est faute d'usance, Et le propre nom leur plairait Si telle la coutume était, Car nommer par son nom la chose Ne serait lors de péché cause. Coutume est un lien puissant[57b], Et si la suis bien connoissant, Mainte chose déplaît nouvelle Qui par accoutumance est belle. Chacune qui les va nommant Les appelle ne sais comment, Bourses, harnais, pieux, choses, pines, Comme si c'était des épines; Mais quand elle les sent tout près Du piquant ne se plaint jamais. Suivant son habitude, en somme, Chacune par un nom les nomme. Je ne veux pas leur reprocher; Mais moi, quand je veux m'attacher A clairement dire une chose, Je ne saurais y mettre glose. En nos écoles maint savant Dit en paraboles souvent Vérités belles à entendre; Mais il ne faudrait pas tout prendre A la lettre ce qu'on ouït. En mon discours autre sens gît Que celui que tu veux y mettre. C'était pour mon penser émettre Plus bref, quand des couilles parlais; Mais si bien la lettre entendais,

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Le sens verroit en l'escripture 7461 Qui esclarcist la chose oscure. La vérité dedens reposte Seroit clere, s'ele iert esposte: Bien l'entendras, se bien répetes Les argumens as grans poëtes; Là verras une grant partie Des secrés de philosophie, Où moult te voldras déliter, Et si porras moult profiter. En délitant profiteras, En profitant déliteras: Car en lor gieus et en lor fables Gisent profit moult delitables, Sous qui lor pensées covrirent, Quant le voir des fables ovrirent: Si te convendroit à ce tendre, Se bien vués la parole entendre. Mès puis t'ai tiex deus mos rendus, Se tu les as bien entendus, Qui pris doivent estre à la letre Tout proprement, sans glose metre. L'Amant. Dame, bien les i puis entendre, Qu'il i sunt si légiers à prendre, Qu'il n'est nus qui françois séust, Qui prendre ne les i déust. N'ont mestier d'autres déclarences, Mais des poëtes les sentences, Les fables et les métafores Ne bé-ge pas à gloser ores; Mès se ge puis estre garis, Et li servises m'iert meris,

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Le sens verrais en l'écriture 7497 Qui éclaircit la chose obscure. Lève le voile où vérité Se cache et verras sa clarté; Bien l'entendras si tu répètes Les arguments des grands poètes, Et tu pourras en profiter, Tout en sachant te délecter. Car là verras en grand' partie Les secrets de philosophie; En profitant t'amuseras, En t'amusant profiteras. Car en leurs jeux comme en leurs fables Gisent profits moult délectables, Quand ils vont leurs pensers couvrant Dessous un voile transparent, Et c'est ce que tu peux apprendre Si bien veux la parole entendre. Mais depuis t'ai deux mots rendus Si tu les as bien entendus, Qui doivent pris être à la lettre, Tout proprement sans glose y mettre. L'Amant. Dame, qui sait bien son français Les doit comprendre ou bien jamais; Aussi je crois bien les entendre, Car ils sont aisés à comprendre. Pas n'ai besoin d'autres raisons; Des poètes les fictions, Fables, sentences, paraboles, Ne veux point gloser en écoles. Je gloserai tout à loisir (Si Dieu mon coeur daigne guérir

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Dont si haut guerredon atens, 7493 Bien les gloserai tout à tens, Au mains ce qui m'en afferra, Si que chascuns cler i verra. Si vous tieng por bien escusée De la parole ainsinc usée, Et des deus mos dessus només, Quant si proprement les només, Qu'il ne m'i convient plus muser, Ne mon tens en gloses user. Mès ge vous cri por Dieu merci, Ne me blasmez plus d'amer ci: Se ge sui fox, c'est mon damage; Mès au mains fis-ge lors que sage, De ce cuit-ge bien estre fis, Quant hommage à mon mestre fis; Et se ge sui fox, ne vous chaille. Je voil amer, comment qu'il aille, La Rose où ge me sui voés. Jà n'iert mes cuers d'autre doés; Et se m'amor vous prometoie, Jà voir promesse n'en tendroie. Lors si seroie décevierre Vers vous, ou vers mon mestre lierre, Se je vous tenoie convent; Mès ge vous ai bien dit souvent Que ge ne voil aillors penser Qu'à la Rose où sunt mi penser[58]: Et quant aillors penser me faites Par vos paroles ci retraites Que ge sui jà tous las d'oïr, Jà m'en verrez de ci foïr, Se ne vous en taisiez atant, Puis que mes cuers aillors ne tent.

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Et si de ma longue constance 7529 Il me donne la récompense), Au moins sur ce qui m'adviendra, Tant que chacun clair y verra. Je vous tiens pour bien excusée D'avoir tant votre langue usée Et des deux mots ci-haut nommés Et si proprement exprimés. Aussi dès lors plus je ne muse, Ni mon temps à gloser je n'use. Pour Dieu, je demande merci, Cessez de me blâmer ainsi. Si je suis fol, c'est mon affaire; Mais du moins je croyais bien faire, De ceci je suis sûr, le jour Où fis hommage au Dieu d'Amour. Si je suis fol, n'en prenez peine, Je veux aimer, quoi qu'il advienne, La Rose à qui me suis donné, Mon coeur par elle est dominé. Si je vous donnais ma tendresse, J'enfreindrais alors ma promesse; Je serais envers vous trompeur, Ou bien vers mon maître voleur, Si j'acceptais telles avances. J'ai dit en maintes circonstances Que ne voulais ailleurs penser, Qu'à la Rose est tout mon penser[58b], Et si penser ailleurs me faites Par vos paroles indiscrètes Que je suis ennuyé d'ouïr, Vous me verrez d'ici m'enfuir Si ne voulez faire silence, Puisqu'elle est ma seule espérance.

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XLIII Comment Raison laisse l'Amant 7527 Mélancolieux et dolant, Puis s'est tourné devers Amis Qui en son cas confort a mis. Quant Raison m'ot, si s'en retorne, Voir image Si me relest pensant et morne. Adonc d'Amis me resovint, Esvertuer lors me convint. Aler y voil à quelque paine, Es-vos Amis que Diex m'amaine; Et quant il me vit en ce point, Que tel dolor au cuer me point: Amis. Qu'est-ce, dist-il, biaus dous Amis, Qui vous a en tel torment mis? Voir image Bien voi qu'il vous est meschéu, Dès que vous voi si esméu; Mès or me dites quex noveles. L'Amant. M'aït Diex, ne bonnes, ne beles. Amis. Contés moi tost. L'Amant. Et ge li conte, Si cum avés oï où conte: Jà plus ne vous iert recordé.

Illustration: Quant Raison m'ot, si s'en retorne...
Illustration: Quant Raison m'ot, si s'en retorne...
Illustration: Qu'est-ce, dist-il, biaus dous Amis ...
Illustration: Qu'est-ce, dist-il, biaus dous Amis ...

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XLIII Comment Raison lors sans réplique7563 Laisse l'Amant mélancolique; Il s'en retourne vers Ami Qui son courage a raffermi. A ces mots Raison interdite Pensif et morne là me quitte, Soudain d'Ami me ressouvient Et d'aller à lui me convient. Je m'y décide non sans peine; Mais le voici, Dieu me l'amène, Et quand il voit quelle douleur Tourmente et déchire mon coeur: Ami. Doux Ami, dit-il, quelle peine Derechef ainsi vous malmène? Car bien vois à votre pâleur Qu'il vous est arrivé malheur; Voyons, dites, quelles nouvelles? L'Amant. Dieu m'assiste, bonnes ni belles! Ami. Parlez donc. L'Amant. Lors je lui contai Ce que j'ai plus haut raconté, Pas n'est besoin que je le die.

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Ami. Avoi, dist-il, por le cors Dé, 7548 Dangier aviés apaisié, S'aviés le bouton baisié; De noiant estes entrepris, Se Bel-Acuel à esté pris; Puis que tant s'est abandonnés Que le baisier vous fu donnés, Jamès prison ne le tendra; Mais sans faille il vous convendra Plus sagement à maintenir, S'à bon chief en volés venir. Confortés-vous: car bien sachiés Qu'il iert de la prison sachiés, Où il a por vous esté mis. L'Amant. Ha! trop i a fors anemis. S'il n'i avoit que Male-Bouche; C'est cis qui plus au cuer me touche: Cis a les autres esméus; Jà n'i éusse esté séus, Se li glous ne chalemelast, Paor et Honte me celast Moult volentiers; néis Dangier M'avoit lessié à ledengier. Tuit trois s'estoient coi tenu, Quant li déable i sunt venu Que li glous i fist assembler. Qui véist Bel-Acuel trembler, Quant Jalousie l'escria, (Car la vielle trop mal cria:)

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Ami. Mais, dit-il, par la sainte hostie! 7584 Danger vous aviez apaisé, Le bouton vous aviez baisé, Et de Bel-Accueil la capture A ce point, ami, vous torture! S'il s'est à vous abandonné Tant qu'un baiser vous fut donné, Il n'est prison qui le retienne. Or donc, que votre coeur comprenne, S'il veut à bonne fin venir, Que plus sage il se doit tenir. Consolez-vous, car sans nul doute Il sortira, coûte que coûte, Du fort où pour vous on l'a mis. L'Amant. Ah! trop forts sont ses ennemis! Et sans ce maudit Malebouche (C'est lui qui plus au coeur me touche, Lui qui tous les autres émut), Personne soupçonné ne m'eût. Si n'eût tant bavardé ce traître, Honte et Peur volontiers peut-être M'eussent caché; voire Danger S'était, ma foi, laissé toucher, Tous trois s'étaient tenus tranquilles, Lorsque surgirent ces reptiles Que le coquin fit assembler. Qui Bel-Accueil eût vu trembler Lorsque s'écria Jalousie (Car la vieille horriblement crie),

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Grant pitié li en péust prendre; 7577 Je m'en foï sans plus atendre. Lors fu le chastel maçoné Où li dous est emprisoné. Por ce, Amis, à vous me conseil, Mort sui se n'i metés conseil. Lors dist Amis cum bien apris, Car d'Amors ot assés apris: Amis. Compains, ne vous desconfortés, En bien amer vous desportés; Li Diex d'Amors, et nuit et jor Servés loiaument sans séjor: Vers li ne vous desloiautés, Trop seroit grant desloiautés S'il vous en trovoit recréu, Trop se tendroit à décéu De ce qu'à homme vous reçut: Onques cuers loiaus nel' déçut. Faites quanqu'il vous encharja, Tous ses commans gardés; car jà A son propos, combien qu'il tarde, Ne faudra hons qui bien les garde, S'il ne li meschiet d'autre part, Si cum Fortune se départ. Du Diex d'Amors servir pensés, En li soit tous vostres pensés. C'est douce pensée et jolie, Por ce seroit trop grant folie Du lessier, puisqu'il ne vous lesse; Neporquant il vous tient en lesse, Si vous convient vers li plessier, Quant vous ne le poés lessier.

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Eût été d'épouvante pris; 7613 Sans plus attendre je m'enfuis. Lors s'éleva la tour de pierre Où Bel-Accueil se désespère. Aussi vers vous, Ami, j'accours, Je suis mort sans votre secours. Lors dit Ami d'une voix tendre, Lui qui savait l'amour comprendre: Ami. Ami, loyalement Amour Servez sans cesse et nuit et jour; Que votre coeur mieux lutter sache, Et qu'à bien aimer il s'attache. Soyez vers lui franc et loyal; Car ce serait trop déloyal A vous d'être lâche et parjure, Ce serait peine à lui trop dure, Lui qui votre hommage a reçu; Oncques fin coeur ne l'a déçu. Suivez donc ses leçons sans crainte Et ses commandements sans feinte; Car celui qui fidèlement Le sert, jamais ne s'en repent, A moins que Fortune inconstante D'un autre côté le tourmente. A servir Dieu d'Amours pensez, En lui mettez tous vos pensers; C'est douce pensée et jolie, Et ce serait trop grand' folie De le laisser injustement. Il vous tient en laisse pourtant; Mais il faut à lui vous soumettre Et ne point en oubli le mettre.

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Or vous dirai que vous ferés:7609 Une pièce vous tarderés Du fort chastel aler véoir; N'alés ne joer, ne séoir, N'oïs n'i soiés ne véus, Tant que cis vens soit tous chéus, Au mains tant comme vous solés; Jà soit ce que pas ne volés, Près des murs, ne devant la porte; Et, s'aventure là vous porte, Faites semblant, comment qu'il aille, Que de Bel-Acuel ne vous chaille; Mès se de loing le véés estre Ou à crenel, ou à fenestre, Regardés-le piteusement, Mès trop soit fait couvertement. S'il vous revoit, liez en sera, Jà por gardes nel' lessera; Mès n'en fera chiere ne cin, Se n'est, espoir, en larrecin; Ou sa fenestre espoir clorra, Quant as gens parler vous orra; S'agueitera par la fendace Tant cum vous serés en la place, Jusques vous en serés tornés, Se par autre n'est destornés. Prenés-vous garde toutevoie Que Male-Bouche ne vous voie: S'il vous voit, si le salués, Mès gardés que vous ne mués, Ne ne faites chiere nesune De haïne ne de rancune; Et se vous aillors l'encontrés, Nul maltalent ne li monstrés:

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Or voici ce que vous ferez:7645 Un petitet vous attendrez Avant d'aller à la tour sombre Rêver et rôder comme une ombre, Et laissez le vent dévier. Pas plus que n'êtes coutumier, Avant tout, faites bien en sorte Que près des murs, devant la porte, Ne soyez vu ni jour ni nuit. Si le hasard vous y conduit, De Bel Accueil, quoi qu'il advienne, Semblez ne point vous mettre en peine; Mais toutefois discrètement Regardez-le piteusement, Si de loin le voyez paraître Sur les créneaux, à la fenêtre; Lui, s'il vous voit, content sera, Malgré les gardes restera Sans remuer ni main ni tête (Si ce n'est peut-être en cachette), Ou sa fenêtre fermera Quand aux gens parler vous verra, S'aguettera par la fendace Tant que resterez en la place Et ne serez en retourné, A moins qu'il n'en soit détourné. Surtout veillez bien qu'en la voie Ce Malebouche ne vous voie. Saluez-le s'il peut vous voir, Mais gardez de vous émouvoir; Qu'en vos traits n'apparaisse aucune Marque de haine ou de rancune. Ailleurs si vous le rencontrez, Nulle colère ne montrez;

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Sages hons son maltalent cuevre. 7643 Si sachiés que cis font bone uevre, Qui les décevéors déçoivent. Sachiés qu'ainsinc faire le doivent Chascun amant, au mains li sage. Male-Bouche et tout son linage, S'il vous devoient acorer, Vous lo servir et honorer. Offrés lor tout par grant faintise, Cuer et cors, avoir et servise: L'en seult dire, et voirs est, ce cuit, Encontre vezié recuit. De ceus bouler n'est pas pechiés Qui de bouler sunt entechiés: Male-Bouche si est boulierres, Ostés bou, si demorra lierres. Lierres est-il, sachiés de voir, Bien le poés aparcevoir; Nil ne doit avoir autre non, Qui emble as gens lor bon renon, N'il n'a jamès pooir du rendre; L'en le déust miex mener pendre Que tuit ces autres larronciaus Qui deniers emblent à monciaus. S'uns laronciaus emble deniers, Robe à perche, blé en greniers, Por quatre tans au mains iert quites, Selonc les lois qui sunt escrites[59], Et soit pris en present forfait. Mès Male-Bouche trop forfait Par s'orde vil langue despite Qui ne puet, dès que il l'a dite De sa goule mal renomée, Restorer bonne renomée,

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Le sage couvre sa colère. 7679 Sachez que c'est bonne oeuvre faire Que savoir tromper un trompeur. C'est ainsi qu'un bon serviteur Se doit conduire s'il est sage. Malebouche et tout son lignage, Dussent-ils tous vous éventrer, Il faut servir et honorer. Offrez-lui, par grand artifice, Coeur et corps, avoir et service. On dit, et c'est la vérité, Contre fin soyez raffiné. Bouler les gens n'est pas mal faire Quand eux ils ne s'en privent guère. Bouler, c'est tromper, ce dit-on, Comme lierre est un larron; Or Malebouche est boulierre, Otez bou, restera lierre. Il ne doit porter autre nom Volant aux gens leur bon renom, Mais sans pouvoir jamais le rendre. Mieux devrait-on le mener pendre Que tous ces autres larronneaux Qui deniers volent à monceaux; Car larron, quand deniers dérobe, Grains en greniers, sur perche robe, En flagrant délit s'il est pris, La loi par quatre fois le prix Lui fait payer le préjudice[59b]. Mais Malebouche et sa malice, Tant sa langue sale forfait, Ne peut, le mal une fois fait, Avec sa gueule mal famée Restaurer bonne renommée,

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N'estaindre une parole sangle, 7677 S'el l'a méue par sa jangle. Bon fait Male-Bouche apaisier: Aucunes fois seult-l'en baisier Tel main qu'en vodroit qu'el fust arse; Car fust ores li glous en Tarse[60]! Si janglast là quanqu'il vosist, Mès qu'as amans riens ne tosist. Bon fait estoper Male-Bouche, Qu'il ne die blasme ou reprouche: Male-Bouche et tous ses parens, A qui jà Diex ne soit garans, Par barat estuet barater, Servir, chuer, blandir, flater, Par hours, par adulacions, Par fauces simulacions, Et endiner et saluer: Il fait trop bon le chien chuer Tant qu'en ait la voie passée. Bien seroit sa jangle quassée, S'il li pooit sans plus sembler Que n'éussiés talent d'embler Le bouton qu'il vous a mis seure, Par ce porrez estre au desseure. La vielle qui Bel-Acuel garde, Serves ausinc: que Mal-Feu l'arde! Autel faites de Jalousie, Que nostre Sires la maudie, La dolereuse, la sauvage, Qui tous jors d'autrui joie enrage! Ele est si crueuse et si gloute, Que tel chose vuelt avoir toute. S'ele en lessoit à chascuns prendre, Qu'el ne la troveroit jà mendre.

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Ni d'un mot arrêter l'effet 7713 De son pernicieux caquet. Bon fait apaiser Malebouche, Car souvent des lèvres on touche La main qu'on voudrait voir brûler. Que ne fait-on ce monstre aller A Tarse à son aise médire[60b]? Là ne saurait aux amants nuire. Bon fait bâillonner ce vilain Pour mettre à ses reproches fin. Oui, Malebouche et sa lignée, Du ciel haïe et dédaignée, Bon fait par mensonges tromper, Caresser, servir et duper Par adulations trompeuses, Simulations cauteleuses, Profonds saluts et compliments; Du chien calmons les grognements Tant que n'avons franchi la voie. Par dessus tout il faut qu'il croie, Pour sa médisance endormir, Que n'avez pouvoir de ravir La Rose qu'il tient enserrée, Et l'entreprise est assurée. La Vieille (l'enfer l'arde!) aussi Flattez qui garde votre ami; Flattez, de même Jalousie (Du Seigneur qu'elle soit honnie!), Douloureux et sauvage coeur Qu'enrage d'autrui le bonheur. Elle est si gourmande et si gloute Que telle chose avoir veut toute, Qui moindre ne lui resterait Pourtant, si chacun en prenait.

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Moult est fox qui tel chose esperne, 7711 C'est la chandele en la lanterne; Qui mil en i alumeroit, Jà mains de feu n'i troveroit[61]. Chascun set la similitude, Se moult n'a l'entendement rude. Se cestes ont de vous mestier, Servés les de vostre mestier: Faire lor devés cortoisie, C'est une chose moult proisie, Mès qu'il ne puissent aparçoivre Que vous les bées à deçoivre. Ainsinc vous estuet démener; Les bras au col doit-l'en mener Son anemi pendre ou noier, Par chuer, par aplanoier, S'autrement n'en puet l'en chevir. Mais bien puis jurer et plevir Qu'il n'a ci autre chevissance; Car il sunt de tele poissance, Qui en apert les assaudroit, A son propos, ce cuit, faudroit. Après ainsinc vous contendrés Quant as autres portiers vendrez, Se vous jà venir i poés, Tex dons cum ci dire m'oés, Chapiaus de flors en esclicetes[62], Aumosnieres ou crespinetes, Ou autres joélés petis, Cointes et biaus et bien fetis, Se vous en avés l'aisement, Sans vous metre à destruiement, Por apesier lor presentés: Des maux après vous dementés,

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Qui telle épargne fait se berne; 7747 C'est la chandelle en la lanterne; Mille autres y allumerez, Toujours même feu trouverez[61b]. Chacun voit la similitude S'il n'a l'entendement trop rude. Or donc, s'ils ont de vous besoin, Ami, servez-les avec soin, Faites-leur à tous courtoisie, Chose toujours bien accueillie; Mais surtout ne leur laissez voir Que vous voulez les décevoir; Ainsi vous les pourrez séduire. Les bras au col qui veut conduire Son ennemi pendre ou noyer, Le doit caresser ou choyer S'il ne peut autrement le vaincre. Besoin n'est de vous en convaincre, Trop forts sont-ils; les attaquer De front serait le but manquer. Ensuite il vous conviendra faire (Si vous pouvez, comme j'espère, Jusqu'aux autres geôliers venir) Tels dons que vous allez ouïr: Chapeau de fleurs à bandelettes[62b], Aumônières, simples voilettes, Ou maints autres petits cadeaux, Comme gents et coquets joyaux Et de bon goût plutôt que riches; Car si trop sont mal vus les chiches, Sottise est de se ruiner; Sachez donc à propos donner,

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Et du travail et de la paine 7745 Qu'Amors vous fait, qui là vous maine. Et se vous ne poés donner, Par promesse estuet sermonner: Prometés fort sans délaier, Comment qu'il aille du paier; Jurés fort et la foi bailliés, Ains que conclus vous en ailliés. Si lor priés qu'il vous secorent; Et se vos yex devant eux plorent, Ce vous iert moult grant avantage: Plorés, si ferés trop que sage[63]; Devant eus vous agenoilliés Jointes mains et vos yex moilliés De chaudes lermes en la place, Qui vous coulent aval la face[64], Si qu'il les voient bien chéoir, C'est moult grant pitié à véoir. Lermes ne sont pas despiteuses, Méismement as gens piteuses. Et se vous ne poés plorer, Covertement, sans demorer, De vostre salive prengniés, Ou jus d'oignons et les prengniés, Ou d'aus, ou d'autres liquors maintes Dont vos paupieres soient ointes: S'ainsinc le faites, vous plorrés Toutes les fois que vous vorrés. Ainsinc l'ont fait maint bouléor, Qui puis furent fin améor, Qui les dames soloient prendre As las que lor voloient tendre,

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Et vite s'éteindra leur haine. 7779 Après, plaignez-vous de la peine, Bien fort, et de l'affreux labeur Qu'impose Amour à votre coeur. Si ne pouvez telles largesses, Soyez prodigue de promesses; Promettre il faut sans hésiter Du paiement sans s'inquiéter; Allez, jurez avec audace, Tant que d'accord quittiez la place. Puis leur secours humble implorez, Et devant eux si vous pleurez, Ce vous sera grand avantage. Pleurez, c'est un moyen moult sage[63b]; Devant eux vous agenouillez, Jointes mains et les yeux mouillés De chaudes larmes en la place Coulant à flots de votre face[64b], Et qu'on les aperçoive choir, Moult grand' pitié font pleurs à voir; Larmes jamais ne sont nuisibles, Il n'est point de coeurs insensibles. Mais si vous ne pouvez pleurer, En tapinois, sans différer, Humectez d'un peu de salive Votre paupière trop rétive, Ou frottez-la de jus d'oignon Ou d'ail, ou d'autre mixtion; Par cette innocente feintise Vous pleurerez à votre guise. Ainsi l'ont fait maints intrigants Qui depuis furent fins amants Et qui savaient les dames prendre Aux filets qu'ils leur voulaient tendre,

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Tant que par lor miséricorde 7777 Lor ostassent du col la corde. Et maint par tel barat plorerent Qui onques par amors n'amerent; Ains decevoient les puceles Par tiex plors et par tiex faveles. Lermes les cuers de tiex gens sachent, Mès que sans plus barat n'i sachent; Mès se vostre barat savoient, Jamès de vous merci n'auroient. Crier merci seroit néans, Jamès n'entreriés léans; Et s'a eus ne poés aler, Faites i par aucun parler Qui soit messagiers convenables, Par vois, par letres, ou par tables, Mès jà n'i metés propre non; Jà cil n'i soit se cele non. Cele resoit cil apelée, La chose en iert trop miex celée. Cil soit dame, cele soit sires, Ainsinc escrivés vos martires; Car mains amans ont décéu Mains larrons[65] par l'escrit léu; Li amant en sunt encusé, Et li deduit d'amors rusé. Mès en enfans ne vous fiés, Car vous seriés conchiés: Il ne sunt pas bon messagier; Tous jors vuelent enfant ragier, Gengler, ou monstrer ce qu'il portent As traïtors qui les enortent; Ou font nicement lor message, Por ce qu'il ne sunt mie sage;

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Tant qu'elles, de compassion, 7813 Leur ôtaient du col le cordon; Mais maints roués ainsi pleurèrent Qui par amour oncques n'aimèrent, Et pucelles trompaient toujours Par tels pleurs et tels mauvais tours. Pleurs aussi geôliers apitoient, Pourvu que la feinte ils ne voient; Car si votre fourbe voyaient, Jamais de vous pitié n'auraient; En vain vous pourriez crier grâce, Jamais n'entreriez dans la place. Si vers eux ne pouvez aller, Faites-leur par quelqu'un parler Qui soit messager convenable, Ou leur porte un poulet aimable; Mais alors jamais n'y doit-on Mettre ni l'un ni l'autre nom. S'Elle y était Lui appelée, La chose en serait mieux celée; Lui dirait dame, Elle l'amant, Ainsi contez voire tourment. Car maint larron, livrant la lettre, Pourrait les amants compromettre; Les amants seraient accusés Et les plaisirs d'amour brisés. Aux enfants n'ayez confiance, Car ils trompent par ignorance; L'enfant est mauvais messager, Toujours jaseur, toujours léger Et joueur; ce qu'il porte il montre Au premier traître qu'il rencontre. Ou bien il remplit sottement Sa mission, c'est évident,

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Tout seroit tantost publié, 7811 Se moult n'estoient vezié. Cist portiers, c'est chose séure, Sunt de si piteuse nature, Que se vos dons daignent reçoivre, Il ne vous vodront pas deçoivre. Sachiés que recéus serés Après les dons que vous ferés. Puis qu'il prennent, c'est chose faite, Car si cum li loirres afaite Por venir au soir et au main Le gentil espervier à main, Ainsinc sunt afaitié par dons A donner graces et pardons Li portiers as fins amoreus: Tuit se rendent vaincus par eus. Et s'il avient que les truissiés Si orguilleux, que nes puissiés Flechir par dons ne par prieres, Par plors, ne par autres manieres, Ains vous regietent tuit arriere Par durs fais, par parole fiere, Et vous ledengent durement, Partés-vous en cortoisement, Et les lessiés en ce saïn. Onques fromage de gaain Miex ne se cuit qu'il se cuiront: Par vostre fuite se duiront Maintes fois à vous enchaucier; Ce vous porra moult avancier. Vilains cuers sunt de tel fierté: Ceus qui plus les ont en chierté,

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Puisqu'il est sans expérience. 7847 Choisissez donc avec prudence Vos messagers, si ne voulez Voir vos amours tôt dévoilés. Ces geôliers sont, c'est chose sûre, De si charitable nature, Que vos présents s'ils ont reçu Jamais vous n'en serez déçu. S'ils acceptent, c'est chose faite, Car leur complaisance s'achète, Sachez-le, beaux deniers comptant. Comme l'épervier défiant Sur la main, séduit par le leurre, Soir et matin vient à toute heure, Ainsi sont amenés par dons A donner grâces et pardons Geôliers aux amoureux habiles, Et vaincus deviennent serviles. Mais s'il advient que les trouviez Si hautains que ne les puissiez Fléchir par dons ni par prières, Par pleurs ni par autres manières, S'ils vous repoussent fièrement Et vous gourmandent durement, Vous insultent et cherchent noise, Parlez-leur de façon courtoise, Et laissez-les en ce filet. Oncques fromage ne se fait L'automne, croyez-moi, plus vite. Lors attendris par votre fuite, Souvent vous suivre ils essaieront, Et vos affaires mieux iront. Vilains coeurs sont fiers à l'extrême, Plus on les implore et les aime,

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Plus les prient et mains les prisent, 7843 Plus les servent, plus les desprisent; Mès quant il sunt de gens lessié, Tost ont lor orguel abessié. Ceus qu'il desprisoient, lor plesent, Lors se dontent, lors se rapesent, Qu'il ne lor est pas bel, mais lait Moult durement, quant on les lait. Li marinier qui par mer nage, Cerchant mainte terre sauvage, Tout regarde-il à une estoile, Ne queurt-il pas tous jors d'un voile; Ains le treschange moult souvent Por eschever tempeste et vent; Ausinc cuer qui d'amer ne cesse, Ne queurt pas tous jors d'une lesse. Or doit chacier, or doit foïr, Qui vuet de bonne amor joïr. D'autre part c'est bien plaine chose, Ge ne vous i metrai jà glose; Où texte vous poés fier. Bon fait ces trois portiers prier: Car nule riens cil n'i puet perdre Qui se vuet au prier aerdre, Combien qu'il soient bobancier, Et si se puet bien avancier; Prier les puet séurement, Car il sera certainement Ou refusé ou recéu, N'en puet gaire estre décéu. Riens n'i perdent li refusé, Fors tant cum il i ont musé; Ne jà cil maugré n'en sauront A ceus qui prié les auront,

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Et moins sont-ils reconnaissants, 7881 Plus on les sert, plus sont méchants. Mais par contre, quand on les laisse, Aussitôt leur orgueil s'abaisse, On les voit domptés s'apaiser Et ceux qu'ils maltraitaient priser, Car il n'est rien qui tant les blesse Que fièrement quand on les laisse. Le marin qui va naviguant Maint rivage inconnu cherchant, Ne regarde-t-il qu'une étoile Et ne cargue-t-il qu'une voile? Non; mais il en change souvent, Pour esquiver tempête et vent. Ainsi coeur qui d'aimer ne cesse Ne suit même chemin sans cesse; Tantôt chasse et tantôt doit fuir Qui veut de bonne amour jouir. Certaine est du reste la chose Et n'a besoin d'aucune glose, A la lettre on peut se fier. Bon fait ces trois geôliers prier, Car ne risque rien, somme toute, Celui qui choisit cette route, Fussent-ils des plus dédaigneux, Et le succès peut être heureux. Il peut prier sans crainte aucune, Car enfin, de deux choses l'une, Qu'il soit éconduit ou reçu, Il ne peut guère être déçu. Rien ne perd celui qu'on refuse, Fors peut-être le temps qu'il use; Et loin d'être mortifiés, Les geôliers qu'il aura priés

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Ains lor sauront bon gré naïs 7877 Quant les auront boutez laïs; Qu'il n'est nus tant fel qui les oie, Qui n'en ait à son cuer grant joie; Et se pensent tretuit taisant Qu'or sunt-il preus, bel et plesant, Et qu'il ont toutes teches bonnes, Quant requis sunt de tex personnes, Comment qu'il aille du noier, Ou d'escuser, ou d'otroier. S'il sunt recéu, bien le soient, Donques ont-il ce qu'il queroient; Et se tant lor meschiet qu'il faillent, Tuit franc et tuit quite s'en aillent; C'est li faillirs envis peisibles, Tant est noviaus délis possibles[66]. Mès ne soient pas coustumier De dire as portiers au premier Qu'il se vuelent d'eus acointer Por la flor du Rosier oster; Mès par amor loial et fine De nete pensée enterine; Sachiés qu'il sunt trestuit doutable; Ce poés-vous croire sans fable, Por qu'il soit qui bien les requiere, Jà n'en sera bouté arriere, Nus n'i doit estre refusés. Mès se de mon conseil usés, Jà d'eus prier ne vous penés, Se la chose à fin ne menés; Car espoir se vaincus n'estoient, D'estre prié se vanteroient; Mès jà puis ne s'en vanteront, Que du fait parçonnier seront.

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Bon gré lui sauront au contraire, 7915 Une fois seuls, de sa prière; Le plus farouche avec bonheur Aime entendre un solliciteur; Satisfait, en lui-même il pense Qu'il est beau, preux, plein d'importance Et de mainte autre qualité, Pour être ainsi sollicité. Donc, ou celui-ci le refuse, Ou bien l'agrée, ou bien s'excuse. Si tout va bien, s'il réussit, L'autre atteint le but qu'il poursuit, Et si mal son affaire tourne Tout simplement il s'en retourne. On risque peu, pour en finir, Et grand' chance est de réussir. Surtout n'ayez pas l'imprudence De dire au geôlier par avance Que vous venez le cajoler Pour la fleur du rosier voler. Feignez amour fine au contraire, Ame loyale et coeur sincère; Car ils sont traîtres, méfiants (Vous pouvez me croire céans); Mais ceux qui bien font leur prière Oncques n'en sont boutés arrière, Jamais ne seront refusés. Donc, si de mon conseil usez, Ne vous perdez pas en prières . Si la chose n'avance guères; Car d'abord vaincus s'ils ne sont, D'être priés se vanteront; S'ils sont complices, au contraire, Prudemment sauront-ils se taire.

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Et si sunt tuit de tel maniere, 7911 Combien qu'il facent fiere chiere, Que, se requis avant n'estoient, Certainement il requerroient Et se donneroient por noiant, Qui si nes iroit asproiant. Mès li chétis sermonnéor, Et li fol large donnéor Si forment les enorguillissent, Que lor Roses lor enchiérissent: Si se cuident faire avantage, Mès il font lor cruel domage; Car tretout por noient éussent, Se jà requeste n'en méussent; Por quoi chascuns autel féist Que nus avant nes requéist; Et s'il se vosissent loier, Il en éussent bon loier, Se tretuit à ce se méissent Que tiex convenances féissent, Que jamès nus nes sermonast, Ne por noiant ne se donnast, Ains lessast, por eus miex mestir, As portiers lor Roses flestir. Mès por riens hons ne me pleroit Qui de son cors marchié feroit, N'il ne me devroit mie plaire, Au mains por tel besoingne faire; Mès onques por ce n'atendés, Requerés-les, et lor tendés Les las por vostre proie prendre; Car vous porriés tant atendre, Que tost s'i porroient embatre Ou un, ou deus, ou trois, ou quatre;

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Tous se ressemblent ces geôliers, 7949 Et les plus durs, les plus altiers, Si ne les courtisait personne, Viendraient s'offrir, ne vous étonne, Voire pour rien se donneraient, Si nuls ne les sollicitaient. Mais les sots, avec leurs caresses Souvent et leurs folles largesses, Font ces geôliers enorgueillir Et d'autant Roses renchérir. Ils pensent avoir avantage Et se font eux-mêmes dommage, Car pour rien auraient possédé Ce que si fort ont marchandé. Si chacun voulait ainsi faire Sans s'abaisser à la prière, Bon marché certes l'on paierait Geôlier qui se vendre voudrait. Il faudrait que tous s'entendissent Et telles conventions prissent, Que jamais nul ne les priât, Voire pour rien ne se donnât, Mais laissât, pour mieux les contraindre, Aux geôliers leurs Roses déteindre. Pourtant homme ne me plairait Qui de son corps marché ferait, Et certe il ne saurait me plaire, Au moins pour telle chose faire. Mais cependant point n'attendez, Et flattez-les, et leur tendez Filets pour votre gibier prendre, Car vous pourriez longtemps attendre Et voir passer maint concurrent, Un, deux, trois, quatre, voire un cent,

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Voire cinquante-deus douzaines, 7945 Dedans cinquante-deus semaines: Tost seraient aillors torné, Se trop aviés séjorné. Envis à tens i vendriés, Por ce que trop atendriés; Ne lo que nus hons tant atende Que fame s'amor li demande: Car trop en sa biauté se fie Qui atent que fame le prie; Et quiconques vuet commencier, Por tost sa besoigne avancier, N'ait jà paor qu'ele le fiere, Tant soit orguilleuse ne fiere, Et que sa nef à port ne vengne, Por que sagement se contengne. Ainsinc, compains, esploiterés Quant as portiés venus serés; Mès quant correciés les verrés, Jà de ce ne les requerrés. Espiés-les en lor léesce, Jà nes requerés en tristesce, Se la tristesce n'estoit née De Jalousie la desvée, Qui por vous les éust batus, Dont corrous s'i fust embatus. Et se poés à ce venir Qu'à privé les puissiés tenir, Que li leus soit si convenans Que n'i doutés les sorvenans, Et Bel-Acuel soit eschapés, Qui por vous est ore entrapés,

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Voire cinquante-deux douzaines 7983 Dedans cinquante-deux semaines, Et tout serait alors perdu Si vous aviez trop attendu. Trop tard arriveriez ensuite, Pour n'être pas venu plus vite. Jamais n'attend l'homme d'honneur Que femme demande son coeur, Car trop en sa valeur se fie, S'il attend que femme le prie; Et quiconque veut commencer Pour tôt sa besogne avancer, Tant soit-elle orgueilleuse et fière, Ne doit pas craindre sa colère, Ni voir échouer malement Sa nef, s'il agit sagement. Ainsi vous conviendra-t-il faire Quand aux geôliers aurez affaire. Mais quand irrités les verrez, Point ne les solliciterez. Épiez-les en leur liesse Et laissez-les en leur tristesse, A moins que ne vienne de vous Et leur tristesse et leur courroux, Si par exemple Jalousie Les a pour vous en sa folie Trop fort gourmandes et battus, D'où les voyez tant abattus. Et si pouvez avoir la chance De les tenir seuls en présence En un lieu sûr et bien reclus Où ne craigniez point les intrus, Et qu'alors Bel-Accueil survienne, Qui subit en la tour sa peine

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Quant Bel-Acuel fait vous aura 7977 Si biau semblant cum il saura, Car moult set gens bel acuellir, Lors devés la Rose cuellir. Tout véés-vous néis Dangier Qui vous acuelle à ledangier, Ou que Honte et Paor en groucent, Mès que faintement s'en corroucent, Et que laschement se deffendent, Qu'en deffendant vaincu se rendent, Si cum lors vous porra sembler; Tout véés-vous Paor trembler, Honte rougir, Dangier frémir, Ou tous ces trois plaindre et gemir: Ne prisiés tretout une escorce, Cueillés la Rose tout à force, Et monstrés que vous estes hon, Quant leus iert, et tens et seson; Car riens ne lor porroit tant plaire Cum tel force, qui la set faire. Car maintes fois sunt coustumieres D'avoir si diverses manieres, Qu'il vuelent par force donner Ce qu'il n'osent abandonner; Et faingnent que lor soit tolu Ce que souffert ont et voulu. Et sachiés que dolent seroient, Se par tel deffence eschapoient; Quelque léesce qu'en féissent, Si dout que ne vous en haïssent, Tant en seroient correcié, Combien qu'en éussent groucié. Mès se par paroles apertes Les véés correcier acertes[67],

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Pour vous, lorsqu'il vous aura fait 8017 Si Beau-Semblant, comme il le sait, Quand aux gens plaire il se dispose, Lors vous devez cueillir la Rose. Alors si vous voyez Danger Vous courir sus, vous outrager, Si Peur et Honte se trémoussent, Et par faintise se courroucent, Et se défendent lâchement Pour se rendre en se défendant, Ce que bien sentirez vous-même: Si vous voyez trembler Peur blême, Honte rougir, Danger frémir, Ou tous trois se plaindre et gémir, Ne les prisez tous une écorce, Et cueillez la Rose de force, Et montrez ce qu'un homme vaut, En temps et lieu, lorsqu'il le faut. Car rien ne leur saurait tant plaire Que succomber en telle guerre. De force ils aiment à donner Ce qu'ils n'osent abandonner, Et tellement leur caractère De cent façons change et diffère, Qu'ils feignent à regret subir Ce qui fait leur plus grand désir. Voire ils seraient dolents, je pense, S'ils échappaient par leur défense; Tout en témoignant leur plaisir, Ils ne feraient que vous haïr, Tant leur serait dure l'offense, Quelqu'eût été leur résistance. Mais si vous les voyez pourtant Courroucés sérieusement,

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Et viguereusement deffendre, 8011 Vous n'i devés jà la main tendre; Mès toutefois pris vous rendés, Merci criant, et atendés Jusques cil trois portiers s'en aillent, Qui si vous griévent et travaillent; Et Bel-Acuel tous seus remaingne, Qui tout abandonner vous daingne; Ainsinc vers eus vous contenés Cum preus et vaillans et senés. De Bel-Acuel vous prenés garde Par quel semblant il vous regarde, Comment que soit, ne de quel chiere; Conformés-vous à sa maniere: S'ele est ancienne et méure, Vous metrés toute vostre cure En vous tenir méurement; Et s'il se contient nicement, Nicement vous recontenés. De li ensivre vous penés[68]: S'il est liés, faites chiere lie, S'il est correciés, corrocie; S'il rit, riés; plorés s'il plore, Ainsinc vous tenés chacune hore. Ce qu'il amera, si amés, Ce qu'il blasmera, si blasmés, Et loés quanqu'il loera; Moult plus en vous s'en fiera. Cuidiés que dame à cuer vaillant Aint ung garçon fol et saillant Qui s'en ira par nuit resver, Ausinc cum s'il déust desver, Et chantera dès mienuit, Cui qu'il soit bel, ne cui qu'anuit?

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Et avec vigueur se défendre, 8051 Soyez prudent, sachez attendre, Ouvertement capitulez, Criez merci, dissimulez, Tant que ces trois geôliers s'en aillent Qui tant vous grèvent et travaillent, Et Bel-Accueil seul laissent là Qui tout à vous se donnera. Ainsi faites-leur bon visage, Comme prudent, vaillant et sage. Observez aussi Bel-Accueil, Quelle est sa mine et de quel oeil Il vous regarde, et, pour lui plaire, Conformez-vous à sa manière. S'il est et grave et sérieux, Il faut vous montrer à ses yeux De sérieuse contenance. Feignez la candeur, l'innocence, Si le trouvez simple, innocent; Imitez-le fidèlement[68b]; S'il rit, riez; pleurez s'il pleure, Ainsi tenez-vous à toute heure; S'il est gai, montrez-vous joyeux, Et s'il se fâche, coléreux; Avec soin aimez ce qu'il aime, Ce qu'il blâme blâmez de même Et louez tout ce qu'il louera, Et plus en vous il se fiera. Penséz-vous que dame vaillante Aime d'un sot l'humeur galante, Qui comme un fou toute la nuit S'en va rêver et, dès minuit, Chanter les amours de sa mie, Et qui pour lui plaire l'ennuie?

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Ele en craindroit estre blasmée, 8045 Et vil tenuê, et diffamée. Tex amors sunt tantost séuës, Qu'il les fléutent par les ruës; Ne lor chaut gaires qui le sache; Fox est qui son cuer i atache. Et s'uns sages d'amors parole A une damoisele fole, S'il li fait semblant d'estre sages, Jà là ne torra ses corages. Ne pensés jà qu'il i aviengne, Por quoi sagement se contiengne. Face ses meurs as siens onnis, Ou autrement il iert honnis; Qu'el cuide qu'il soit uns lobierres, Uns regnarz, uns enfantosmieres. Tantost la chetive le laisse, Et prent ung autre où moult s'abaisse; Le vaillant homme arriere boute, Et prent le pire de la route: Là norrit ses amors, et couve Tout autresinc cum fait la louve, Cui sa folie tant empire, Qu'el prent des lous tretout le pire. Se Bel-Acuel poés trover, Que vous puissiés o li joer[69] As eschiés, as dés, ou as tables, Ou à autres gieus délitables, Du gieu adès le pis aiés, Tous jors au dessous en soiés. Au gieu dont vous entremetrés Perdés quanque vous i metrés; Prengne des gieus la seignorie, De vos pertes se gabe et rie.

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Elle craindrait se voir blâmer, 8085 Vile tenir et diffamer. Telles amours sont bientôt sues Quand ils les flûtent par les rues; Que leur chaut si quelqu'un le sait? Bien folle qui les aimerait. Si dans l'amoureuse querelle Avecque folle damoiselle Un sage parle sagement S'en ira son esprit au vent, Et près de sa folle maîtresse Il échouera pour sa sagesse. Il doit aux siennes conformer Ses moeurs, s'il veut se faire aimer; Car le suppose alors la belle Renard, enjôleur, infidèle, Et la chétive, le laissant, Prend un autre et va s'abaissant; Car, pour le vaillant éconduire, De la troupe elle prend le pire. Là couve et nourrit ses amours, Comme on voit la louve toujours, Dans sa folie et son délire, De tous les loups prendre le pire. Si Bel-Accueil pouvez trouver, Que puissiez avec lui jouer[69b] Aux échecs, aux dés, voire aux tables, Ou tous autres jeux délectables, Toujours du jeu le pis ayez, Toujours le plus faible soyez, Faites qu'il gagne la partie, De vos pertes se moque et rie, Et tout l'enjeu que vous mettez Avec bonne grâce perdez.

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Loés toutes ses contenances, 8079 Et ses ators et ses semblances, Et servés de vostre pooir; Néis quant se devra séoir, Aportés-li quarré ou sele, Miex en vaudra vostre querele. Se poutie poés véoir[70] Sor li de quelque part chéoir, Ostés-li tantost la poutie, Néis s'ele n'i estoit mie; Ou se sa robe trop s'empoudre, Soulevés-la li de la poudre; Briément faites en toute place Quanque vous pensés qui li place. S'ainsinc le faites, n'en doutés, Jà n'en serés arrier boutés, Ains vendrés à vostre propos, Tout ausinc cum ge le propos.

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Louez toutes ses contenances 8119 Et ses atours et ses semblances; Toujours de tout votre pouvoir Servez-le; s'il se veut asseoir, Apportez-lui carré ou selle; Mieux en ira votre querelle. Si sur elle venez à voir Quelque grain de poussière choir[70], Otez-le dessus votre amie, Quand même il n'y en aurait mie. Et si sa robe traîne trop, Soulevez-la vite aussitôt. Bref, autant que pourrez le faire, Faites tout ce qui peut lui plaire. Si vous suivez bien mes avis, Vous ne serez arrière mis, Mais viendrez où votre âme aspire, Comme je viens de vous le dire.

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XLIV Comment l'Amant monstre à Amis8097 Devant lui ses trois ennemis, Et dît que tost le temps viendra Qu'au juge d'eulx se complaindra. Dous amis, qu'est-ce que vous dites? Nus hons, s'il n'est faus ypocrites, Ne feroit ceste déablie: Onc ne fu greignor establie. Vous volés que j'oneure et serve Ceste gent qui est fauce et serve? Serf sunt-il et faus voirement, Fors Bel-Acuel tant solement. Vostre consel est-il or tiex? Traïstres seroie mortiex, Se servoie por decevoir: Car bien puis dire de ce voir, Quant ge voil les gens espier, Ge les suel avant deffier. Souffrés au mains que ge deffie Male-Bouche qui si m'espie, Ains qu'ainsinc l'aille décevant, Ou li prie que de ce vent Qu'il m'a levé, que il l'abate, Ou il convient que ge le bate; Ou, s'il li plaist, qu'il le m'amende, Ou g'en prendrai par moi l'amende; Ou, s'il ne vuet, que je m'en plaingne Au juge qui l'amende en preingne.

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XLIV Comment l'Amant à son ami,8137 Parlant de son triple ennemi, Dit qu'il attend l'heure propice Pour tes appeler en justice. C'est vous qui me parlez ainsi? Hypocrite et faux, doux ami, J'aurais cette idée infernale? Onc n'en fut de plus immorale. Fors Bel-Accueil tant seulement, Serfs sont-ils tous et faux vraiment, Et vous voulez qu'honore et serve Cette gent vile et fausse et serve! C'est vous qui donnez conseil tel! Je serais traître et criminel Si le servais par duperie. Toujours, et je m'en glorifie, Quand je veux les gens épier, Je vais d'abord les défier. Souffrez au moins que je défie Ce Malebouche qui m'épie, Avant d'aller le décevant, Ou que lui dise que ce vent Par lui soulevé, qu'il l'abatte, Ou qu'il convient que je le batte; Ou s'amende à moi, s'il lui plaît, Et l'amende pour moi serait, Ou s'il ne veut, que je m'en plaigne Au juge qui l'amende prenne.

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Amis. Compainz, compainz, ce doivent querre 8125 Cil qui sont en aperte guerre, Mès Male-Bouche est trop couvers, Il n'est mie anemis ouvers, Car quant il het ou homme ou fame, Par derrier le blasme et diffame. Traïstres est, Diex le honnisse! Si rest drois que l'en le traïsse. D'omme traïstre g'en di fi, Puis qu'il n'a foi, point ne m'i fi. Il het les gens où cuer dedens, Et lor rit de bouche et de dens. Onques tex homs ne m'abeli, De moi se gart, et ge de li. Drois est qui à traïr s'amort, Qu'il ait par traïson sa mort, Se l'en ne s'en puet autrement Vengier plus honorablement; Et se de li vous volés plaindre, Li cuidiés-vous sa gengle estaindre? Nel' porriés espoir prover, Ne soffisans garans trover, Et se provés l'aviés ores, Ne se teroit-il pas encores. Se plus provés, plus janglera, Plus i perdrés qu'il ne fera: S'en iert la chose plus séuë, Et vostre honte plus créuë; Car tex cuide abessier sa honte, Ou vengier, qui l'acroist et monte, De prier que soit abatus Cil blasmes, ou qu'il soit batus.

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Ami. Cela serait bon, compagnon, 8165 Contre ennemi loyal et bon; Mais ce Malebouche est trop lâche, C'est un ennemi qui se cache, Et quand un homme ou femme hait Par derrière les compromet. C'est un traître, Dieu le honnisse! Donc il est droit qu'on le trahisse; Il hait les hommes au dedans Et rit de la bouche et des dents. D'un traître point ne me soucie, Puisqu'il n'a foi, point ne m'y fie. Nul traître ne fut mon ami, De moi se garde et moi de lui. Ma foi, je trouve bon qu'un traître Par trahison trouve son maître, Si l'on ne s'en peut autrement Venger plus honorablement. Quand vous iriez de lui vous plaindre, Croyez-vous son caquet éteindre? D'ailleurs ne le sauriez prouver Ni témoins suffisants trouver, Et cent preuves pourriez-vous faire Qu'il ne saurait encore se taire; Plus prouverez, plus il dira, Plus y perdrez qu'il ne fera. Mieux serait la chose connue Et votre honte encore accrue; Car tel croit sa honte amoindrir Ou venger, qui la fait grandir, En voulant par justice abattre Le mensonge ou le menteur battre.

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Jà voir por ce ne l'abatroit, 8157 Non par Diex point, qui le batroit. Atendre qu'il le vous ament, Noient seroit, se Diex m'ament. Jà voir amende n'en prendroie, Bien l'offrist, ains li pardonroie; Et s'il i a deffiement, Sor sains vous jur que vraiement Bel-Acuel iert mis es aniaus, Ars en feu, ou noiés en iaus, Ou sera si fors enserrés, Qu'espoir jamès ne le verrés. Lors aurés le cuer plus dolant Qu'onques Karles n'ot por Rolant[71], Quant en Ronceval mort reçut Par Guenelon qui les déçut[72]. L'Amant. Ice ne vois-ge pas querant, Or voise au déable le rant; Ge le vodroie avoir pendu, Qui si m'a mon poivre espandu. Amis. Compains, ne vous chaille du pendre, Autre venjance en convient prendre: Ne vous affiert pas tex offices, Bien en conviengne à ces justices; Mès par traïson le boulés, Se mon consel croire voulés.

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Voire, pour Dieu, point n'abattrait 8197 Le mal, celui qui le battrait. Attendre qu'à vous il s'amende Serait sottise, Dieu m'entende! L'amende même n'en prendrais, Lui l'offrant, mais pardonnerais; Et si défi lui voulez faire, Grands saints! sera, c'est chose claire, Bel-Accueil de chaînes lié, Au feu brûlé, dans l'eau noyé, Ou mis en prison si profonde Que plus ne le verrez au monde. Lors aurez le coeur plus dolent Que Charlemagne quand Roland[71b] A Roncevaux perdit la vie De Gannelon par l'infamie[72b]. L'Amant. Ce n'est pas là ce que je veux. Or aille au diable le boiteux! Je voudrais ce fol mener pendre Qui fit mon poivre ainsi répandre. Ami. Pourquoi le pendre, compagnon? Autre vengeance cherchez donc. A vous ne convient tel office, C'est le lot des gens de justice; Mais trompez-le par trahison, Et rangez-vous à ma raison.

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L'Amant. Compains, à ce consel m'acort, 8183 Jà n'istrai mès de cest acort; Neporquant se vous séussiés Aucun art dont vous péussiés Controver aucune maniere Du chastel prendre plus legiere, Ge la vodroie bien entendre, Se la me voliés aprendre. Amis. Oïl, ung chemin bel et gent, Mès il n'est preus à povres gent. Compains, au chastel desconfire, Puet-l'en bien plus brief voie eslire Sans mon art et sans ma doctrine, Et rompre jusqu'en la racine La forteresse de venuë; Jà n'i aurait porte tenuë, Tretuit se lesseroient prendre, N'est riens qui les péust deffendre; Nus n'i oseroit mot sonner. Le chemin a non Trop-Donner; Fole-Largesce le fonda, Qui mains amans i afonda. Ge congnois trop bien le sentier, Car ge m'en issi avant ier, Et pelerins i ai esté Plus d'ung iver et d'ung esté. Largesce lesserés à destre, Et tornerez à main senestre; Vous n'aurés jà plus d'une archie La sente batuë et marchie,

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L'Amant. A vos conseils, Ami, me range, 8223 Ne craignez plus que mon coeur change. Mais cependant, si vous saviez Aucun art par quoi vous puissiez Imaginer quelque autre mode Du castel prendre plus commode, Je l'ouïrais bien volontiers Si me l'apprendre consentiez. Ami. Je sais route gente et joyeuse, Mais à pauvres gens dangereuse. Ami, pour le fort conquérir, Plus brève route on peut choisir, Sans mon art et sans ma doctrine, Et rompre jusqu'à la racine La forteresse en un moment Et les portes incontinent Forcer; tous se laisseraient prendre Et rien n'est qui les pût défendre. Nul n'oserait un mot sonner. Cette route a nom Trop-Donner; Jadis la fit Folle-Largesse Où maint amant en grand' détresse Sombra; je connais ce sentier, Car j'en sortis avant-hier, Et j'y fis maint pèlerinage, Hiver comme été, maint voyage. Largesse à droite laisserez, Puis à main gauche tournerez. Environ un jet d'arbalète Suivez la sente large et nette,

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Sans point user vostre soler, 8213 Que vous verrés les murs croler, Et chanceler tors et torneles, Jà tant ne seront fors ne beles, Et tout par eus ovrir les portes, Por noient fussent les gens mortes. De cele part est li chastiaus Si fiébles, qu'uns rostis gastiaus Est plus fors à partir en quatre, Que ne sunt li murs à abatre: Par-là seroit-il pris tantost. Il n'i conviendroit jà grant ost Comme il feroit à Charlemaigne, S'il voloit conquerre Alemaigne. En ce chemin, mien escientre, Povres hons nule fois n'i entre; Nus n'i puet povre homme mener, Nus par soi n'i puet assener; Mès qui dedens mené l'auroit, Maintenant le chemin sauroit Autresinc bien cum ge sauroie, Jà si bien apris ne l'auroie: Et s'il vous plest, vous le saurés, Car assés tost appris l'aurés, Se sans plus poés grant avoir Por despens outrageus avoir. Mès ge ne vous i menrai pas, Povreté m'a véé le pas, A l'issir le me deffendi. Quanque j'avoie i despendi, Et quanque de l'autrui reçui; Tous mes créanciers en déçui,

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Et, sans vos souliers écorcher, 8253 Vous verrez murailles pencher Et chanceler tours et tourelles, Tant hautes et fortes soient-elles, Et les portes soudain s'ouvrir. Pour néant vous verriez mourir Tous les défenseurs de la place; Car de ce côté, quoi qu'on fasse, Est si faible ce fort château, Que le moindre rôti gâteau Est plus dur à couper en quatre Que ne sont ces murs à abattre. Par là serait-il pris tantôt, Et n'y conviendrait si grand ost Qu'il n'en fallut à Charlemagne Allant conquérir l'Allemagne. En cette route, je le sais, Pauvre homme ne passe jamais, Seul ne s'y peut même introduire, Nul pauvre ne l'y peut conduire. Mais si quelqu'un mené l'avait, Aussi bien la route il saurait Que moi, qui par expérience Jadis l'appris dans mon enfance. Et s'il vous plaît, vous la saurez, Car apprise assez tôt l'aurez, Si possédez grandes richesses A faire excessives largesses. Mais je n'y puis guider vos pas Car Pauvreté ne le veut pas, Et m'a défendu le passage; J'ai gaspillé mon héritage, Ce que j'avais d'autrui reçu, Tous mes créanciers j'ai déçu,

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Si que ge n'en poi nus paier, 8245 S'en me devoit pendre ou noier. N'i venés, dist-ele, jamès, Puis qu'à despendre n'i a mès. Vous i enterrés à grant poine, Se Richesce ne vous y moine; Mès à tous ceus qu'ele i conduit Au retorner lor griève et nuit. A l'aler o vous se tenra, Mès jà ne vous en ramenra; Et de tant soiés asséur, Se ens entrés par nul éur, Jà n'en istrés ne soir ne main, Se Povreté n'i met la main, Par qui sunt en destresce maint. Dedens Fole-Largesce maint, Qui ne pense à riens fors à geus, Et à despens faire outrageus: El despent ausinc ses deniers Cum s'el les puisast en greniers, Sans conter et sans mesurer, Combien que ce doie durer.

XLV Voir image Comment Povreté fait requestes A Richesce moult deshonnestes, Qui riens ne prise tous ses ditz, Mais de tout l'a fait esconditz. Povreté maint à l'autre chief, Plaine de honte et de meschief, Qui trop sueffre au cuer grant moleste. Et fait si honteuse requeste,

Illustration: Comment Povreté fait requestes...
Illustration: Comment Povreté fait requestes...

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Sans pouvoir un denier leur rendre, 8287 Me devrait-on noyer ou pendre. «De revenir gardez-vous bien, Dit-elle, si n'avez plus rien.» Là vous entrerez à grand' peine Si richesse ne vous y mène, Mais à tous ceux qu'elle y conduit Au retour fait grand mal et nuit; En allant, près de vous se peine, Mais jamais ne vous en ramène, Et si par bonheur vous entrez, Soir ni matin n'en sortirez, Ayez-en, Ami, l'assurance, Que Pauvreté ne vous relance Qui plonge en malheur maints amants. Folle-Largesse là-dedans Reste et mène joyeuse vie, Dépens outrés et chère lie, Et là prodigue ses deniers Comme puisant à pleins greniers, Sans calcul comme sans mesure, Pensant que l'argent toujours dure.

XLV Comment Pauvreté fait requête A Richesse moult déshonnête Qui rien ne prise tout son dit Et sans pitié vous reconduit. Pauvreté demeure à l'arrière Pleine de honte et de misère, Le coeur d'affliction broyé Et morne implorant la pitié;

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Et tant ot de durs escondis, 8275 Et n'a ne bons faits, ne bons dis, Ne delitables, ne plesans. Jà ne sera si bien fesans, Que chascuns ses ovres ne blasme; Chascun la viltoie et mesame. Mès de Povreté ne vous chaille, Fors de penser, comment qu'il aille, Comment la porrés eschever. Riens ne puet tant homme grever, Comme chéoir en povreté: Ce sevent bien li endeté Qui tout le lor ont despendu; Maint ont esté por li pendu. Bien le resevent cil et dient Qui contre lor voloir mendient; Moult lor convient soffrir dolor, Ains que gens lor doignent du lor. Ausinc le doivent cil savoir Qui d'amors vuelent joie avoir: Car povre n'a dont s'amor pesse, Si cum Ovide le confesse[73]. Povreté fait homme despire, Et haïr et vivre à martire, E tolt au sage neis le sen. Por Diex, compains, gardés-vous en, Et vous efforciez bien de croire Ma parole esprovée et voire; Que j'ai, ce sachiés, esprové Et par experiment trové, Néis en ma propre personne, Tretout quanque je vous sermonne. Si sai miex que povreté monte, Par ma mesese et par ma honte,

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Mais durement on la repousse. 8317 Jamais une parole douce, Un mot délectable et plaisant; Elle n'ira si bien faisant Que chacun ses oeuvres ne blâme, Ne la méprise et ne l'infâme. Or ne songez à Pauvreté Que pour telle calamité Éviter de toute manière; Car il n'est ici-bas misère Telle que choir en pauvreté. Ce n'ignore pas l'endetté Qui ses biens gaspilla d'enfance, Maints elle mène à la potence; Bien le savent, bien le diront Ceux qui mendiant leur pain vont, Ils endurent moult grand' souffrance Avant d'obtenir allégeance. L'Amant le doit aussi savoir Qui d'amour veut plaisir avoir. Le pauvre, Ovide le confesse[73b], N'a rien dont son amour repaisse. Pauvreté fait homme haïr, Mépriser, martyre souffrir, Lui prend jusqu'à l'intelligence. Croyez-en mon expérience, Ami, pour Dieu, gardez-vous-en; Je n'éprouvai que trop souvent, Hélas! sur ma propre personne Tout ce qu'ici je vous sermonne, Et je sais mieux, beau compagnon, Que vous, par mon abjection, Ce que Pauvreté nous réserve. Que Dieu longtemps nous en préserve!

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Biaus compains, que vous ne savés, 8309 Qui tant sofferte ne l'avés. Si vous devés en moi fier, Car gel' di por vous chastier: Moult a benéurée vie Cil qui par autri se chastie[74]. Vaillans hons suel estre clamés[75], Et de tous compaignons amés, Et despendoie liement En tous leus plus que largement, Tant cum fui riches hons tenus: Or sui si povres devenus Par les despens Fole-Largesce, Qui m'a mis en ceste destresce, Que ge n'ai fors à grant dangier, Ne que boivre, ne que mangier, Ne que chaucier, ne que vestir, Tant me set danter et mestir Povreté qui tout ami tolt. Et sachiés, compains, que sitost Comme Fortune m'ot ça mis, Je perdi trestous mes amis, Fors ung, ce croi ge vraiement, Qui m'est remès tant solement. Fortune ainsinc les me toli Par Povreté qui vint o li: Toli? par foi non fist, ge ment, Ains prist ses choses proprement: Car de voir sai que se miens fussent, Jà por li lessié ne m'éussent. De riens donc vers moi ne mesprist, Quant ses amis méismes prist: Siens, voire, mès riens n'en savoie, Car tant achatés les avoie

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Or, fiez-vous à mes avis, 8351 Pour vous instruire je le dis, Et moult a bienheureuse vie Qui par autrui se fortifie[74b]. J'étais pour vaillant renommé Et de cent compagnons aimé Tant que je fis large dépense, Gaîment coulant mon existence, Tant que je fus riche tenu; Or je suis pauvre devenu Des oeuvres de Folle-Largesse, Qui m'a mis en telle détresse Que je n'ai, fors à grand danger, Ni que boire, ni que manger, Humble vêtement ni chaussure, Tellement m'accable et torture Pauvreté qui prend nos amis. Car, sache-le, quand m'eut là mis, Compagnon, la male Fortune, Tous, sans exception aucune, Je les perdis, sauf un vraiment Qui m'est demeuré seulement. Ainsi tous les prit la cruelle, Pauvreté traînant après elle. Je mens; elle ne me prit rien; Ce qu'elle prit était son bien. Car si tous ces amis miens fussent, Jamais ainsi laissé ne m'eussent; Donc nul dommage ne me fit Lorsque ses amis me reprit. Oui, siens; et dans mon ignorance, Moi qui de coeur et de finance

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De cuer et de cors et d'avoir, 8343 Que les cuidoic tous avoir. Mès quant ce vint au derrenier, Je n'oi pas vaillant ung denier, Et quant en ce point me sentirent, Tuit cil amis si s'enfoïrent, Et me firent trestuit la moë Quant il me virent sous la roë De Fortune envers abatu, Tant m'a par Povreté batu. Si ne m'en doi-ge mie plaindre, Qu'el m'a fait cortoisie graindre Qu'onques n'oi vers li deservi: Car entor moi si très-cler vi, Tant m'oint les yex d'un fin colire, Qu'el m'ot fait bastir et confire, Si-tost comme Povreté vint, Qui d'amis m'osta plus de vingt; Voire certes, que ge ne mente, Plus de quatre cens et cinquente. Oncs linz, se ses iex i méist, Ce que ge vi pas ne véist: Car Fortune tantost en place La bonne amor à plaine face, De mon bon ami me monstra, Par Povreté qui m'encontra; Onc ne l'éusse congnéu, Se mon besoing n'éust véu. Mès quant le sot, il acorut, Et quanqu'il pot me secorut, Et tout m'offrit quanqu'il avoit, Por ce que mon besoing savoit.

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Si cher achetés les avais, 8383 Tous bien à moi je les croyais. Mais, à la fin, de moi s'enfuirent Tous ces amis, quand ils sentirent Que n'avais plus un seul denier; Tous ces ingrats, jusqu'au dernier, Tous me firent soudain la moue, Quand ils me virent sous la roue De Fortune à l'envers jeté, Tant me battit par Pauvreté. Mais j'ai tort de me plaindre d'elle, Qui m'octroya faveur plus belle Que jamais ne le méritai. Lors je vis clair, en vérité, Tant elle oignit d'un fin collyre Qu'elle avait pour moi fait confire, Mes yeux, dès que Pauvreté vint, Qui m'ôta d'amis plus de vingt, Voire certe, à moins que je mente, Plus de quatre cents et cinquante. Oncques lynx, à l'oeil si perçant, Ne fut plus que moi clairvoyant; Car Fortune dans ma disgrâce La bonne amour à pleine face De mon bon ami me montra Par Pauvreté qui me navra. Jamais n'aurais su sa tendresse S'il n'eût découvert ma détresse; Mais aussitôt il accourut, Tant qu'il pouvait me secourut Et m'offrit, pour calmer ma peine, Tretout son avoir à main pleine.

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XLVI Comment Amis recorde cy 8375 A l'Amant, qu'un seul vray Amy En sa povreté il avoit, Qui tout son avoir lui offroit. Amis, dist-il, fais vous savoir, Voir image Vez-ci mon cors, vez-ci l'avoir Où vous avés autant cum gié, Prenés-en sans prendre congié; Mès combien? se vous nel' savés, Tout, se de tout mestier avés; Car, amis, ne prise une prune Contre ami les biens de Fortune, Et les biens naturex méismes, Puis que si nous entrevéismes, Por quoi nos cuers conjoins éumes, Que bien nous entrecongnéumes; Car ainçois nous entr'esprovasmes, Si que bons amis nous trovasmes; Car nus ne set, sans esprover, S'il puet loial ami trover. Vous gard-ge tous jors obligiés, Tant sunt poissans d'amor li giés; Car moi por vostre garison Poés, dist-il, metre en prison, Por plevines ou por ostages, Et mes biens vendre et metre en gages. Ne s'en tint mie encor à tant, Por ce qu'il ne m'allast flatant, Ainçois m'en fist à force prendre, Car n'i osoie la main tendre,

Illustration: Amis, dist-il, fais vous savoir...
Illustration: Amis, dist-il, fais vous savoir...

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XLVI Comment Ami rappelle ici 8417 A l'Amant, que seul un ami Lui fut fidèle en sa misère, Lui offrant sa fortune entière. Ami, dit-il, je viens vous voir; Voici mon corps et mon avoir, Ils sont à vous comme à moi-même, Prenez sans crainte, je vous aime. —Mais combien?—Si ne le savez, Tout, si de tout besoin avez; Ami, je ne prise une prune, Contre ami, les biens de Fortune, Et même les biens naturels, Du jour où nous nous vîmes tels Que, sitôt que nous nous connûmes, Nos coeurs conjoints à jamais eûmes, Et qu'après nous être éprouvés, Bons amis nous sommes trouvés; Car nul ne sait, s'il ne l'éprouve, Quand un ami loyal il trouve. Eussiez-vous pris tout ce j'ai, Que je serais votre obligé, Tant sont puissants, lorsque l'on s'aime, Les liens du coeur. Car moi-même, Dit-il, pour votre guérison, Vous pouvez me mettre en prison Pour caution ou pour otage, Et mes biens vendre et mettre en gage. Là ne s'en tint pas cet ami Qui m'allait consolant ainsi;

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Tant iere maz et vergongneus, 8405 A loi de povre besongneus, Cui honte a si la bouche close, Que sa mesese dire n'ose, Mais sueffre, et s'enclost et se cache, Que nus sa povreté ne sache, Et monstre le plus bel dehors: Ainsinc ge le fesoie alors. Ce ne font pas, bien le recors, Li mendians poissans de cors, Qui se vont partout embatant, Plus qu'il puéent chacun flatant, Et le plus let dehors démonstrent A tretous ceus qui les encontrent, Et le plus bel dedens réponnent Por décevoir ceus qui lor donnent; Et vont disant que povres sont, Et les grasses pitances ont, Et les grans deniers en tresor. Mès atant me tairai dès or, Que g'en porroie bien tant dire, Qu'il m'en iroit de mal en pire; Car tous jors héent ypocryte Vérité qui contre eus est dite. Ainsinc es devant diz amis Mon fol cuer son travail a mis; Si sui par mon fol senz traïs, Despis, diffamé et haïs Sans ochoison d'autre deserte Que de la devant dite perte De toutes gens communément, Fors que de vous tant solement;

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Mais il m'en fit de force prendre, 8447 Car je n'osais la main y tendre, Tant j'étais triste et vergogneux, Ainsi qu'un pauvre besogneux Qui par la honte a bouche close Et sa détresse dire n'ose, Et montre le plus beau dehors, Ainsi que je faisais alors, Mais souffre et s'enferme et se cache, Sa pauvreté pour qu'on ne sache. Ce ne font pas les Mendiants, Je sais, ces moines florissants De corps, qui laids dehors se montrent A tous les passants qu'ils rencontrent, Et qui se vont partout glissant, Tant qu'ils peuvent chacun flattant, Pour décevoir ceux qui leur donnent, Mais de tout par dedans foisonnent, Qui vous disent que pauvres sont, Et les grasses pitances ont Et grands deniers cachés en terre. Mais maintenant il faut m'en taire; Tant du reste en dire pourrais, Que de mal en pire choirais, Car rien ne hait tant l'hypocrite Que vérité contre lui dite. Ainsi j'étais fol quand je mis Ma confiance en ces amis. Victime suis de ma folie, Haï, méprisé pour la vie, Et le seul prix de ma bonté Fut d'être soudain rejeté De toute la foule égoïste, Sauf un dont l'amitié subsiste.

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Que vos amors pas ne perdés, 8437 Mès à mon cuer vous aerdés; Et tous jors, si cum ge le croi, Qui d'amer vous pas ne recroi, Se Diex plaist, vous i aerdrés; Mès por ce que vous me perdrés, Quant à corporel compaignie, En ceste terrienne vie, Quant li derreniers jors vendra, Que Mors son drois des cors prendra, Car icel jor, bien le recors, Ne nous toldra fors que le cors, Et toutes les apartenances De par les corporex sustances; Car ambedui, ce sai, morron Plus-tost, espoir, que ne vorron, Mès ce n'iert pas, espoir, ensemble, Car Mort tous compaignons dessemble. Si sai-ge bien certainement Que, se loial amor ne ment, Se vous vivez et ge moroie, Tous jors en vostre cuer vivroie; Et se devant moi moriés, Tous jors où mien revivriés Après vostre mort par mémoire, Si cum vesquist, ce dist l'istoire, Pyrithoüs après sa mort[76], Que Theseus tant ama mort. Tant le queroit, tant le si voit, (Car cil dedens son cuer vivoit) Que vis en enfer l'ala querre, Tant l'ot amé vivant sor terre. Et povreté fait pis que Mort: Car ame et cors tormente et mort,

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C'est vous qui point ne vous cachez, 8481 Mais à mon coeur vous attachez, Et toujours, comme je le pense, Puisqu'il vous aime avec constance, Plaise à Dieu! vous attacherez. Mais, hélas! un jour vous perdrez Ma corporelle compagnie En cette terrienne vie, Lorsque le dernier jour viendra Et lorsque la Mort reprendra Ses droits sur notre corps fragile; Mais en ce jour la Mort agile, Compagnon, ne nous prendra rien Hormis le corps, je le sais bien, Et toutes les appartenances De nos corporelles substances; Car tous deux, je le sais, mourrons, Certes, plus tôt que ne voudrons. Mais égal sort ne nous prépare La Mort qui les amis sépare, Et je ne doute nullement Que, si loyal amour ne ment, En votre coeur je ne demeure. S'il advient que premier je meure, Car avant moi si vous mouriez, Toujours au mien revivriez Après votre mort par mémoire; Comme vécut, nous dit l'histoire, Pirithoüs, après sa mort[76b], Que Thésée adorait encor. Tant le suivait l'image chère Qu'il aima tant sur cette terre Et qui vivait dedans son coeur, Qu'il l'alla chercher de douleur

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Tant cum l'ung o l'autre demore, 8471 Non pas sans plus une sole hore; Et lor ajoute à dampnement Larrecin et parjurement, Avec toutes autres durtés Dont chascuns est griément hurtés, Ce que mort ne vot mie faire, Mès ainçois les en fait retraire, Et si lor fait en son venir Tous temporiex tormens fenir; Et sans plus, comment que soit griéve, En une sole hore les griéve. Por ce, biaus compains, vous semon Qu'il vous membre de Salemon Qui fut roi de Gherusalen; Car de li moult de bien a-l'en. Il dit, et bien i prenés garde: Biau fils, de povreté te garde Tous les jors que tu as à vivre, Et la cause en rent en son livre; Car en ceste vie terrestre, Miex vaut morir que povres estre. Et cil qui povres apparront, Lor propres freres les harront. Et por la povreté douteuse, Il parle de la souffreteuse Que nous apelons indigence, Qui si ses hostes desavance. Onc si despite ne vi gens Cum ceus que l'en voit indigens. Por tesmoings néis les refuse[77] Chascuns qui de droit escript use, Por ce qu'il sunt en loi clamé Equipolens as diffamé.

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Aux enfers. Pauvreté fait pire 8515 Qui met âme et corps à martyre, Sans même une heure de répit, Tant que l'une avec l'autre vit, Les pousse à damnable aventure, Au vice, au larcin, au parjure Et toutes les calamités Dont les humains sont tourmentés; Ce que la mort ne saurait faire Puisque les en garde au contraire Et fait pour eux, en son venir, Tous temporels tourments finir, Et sans plus, combien que les grève, En une heure vous les enlève. Pour ce, vous prierai, compagnon, De vous rappeler Salomon, De Jérusalem ce roi sage, Dont nous avons maint bon adage. Il dit: «Beau fils, en vérité, Garde-toi bien de pauvreté Tous les jours qu'il te reste à vivre.» Et la cause en est en son livre: «Oui, sur cette terre il vaut mieux Mourir que vivre besogneux; Car tous ceux qui pauvres paraissent Leurs propres frères les délaissent.» Et puis, parlant des souffreteux, Il nous montre les pauvres honteux Qui croupissent dans l'indigence, Source d'éternelle souffrance. Oncques plus misérables gens Je ne vois que les indigents; Pour témoins même les refuse[77b] Chacun qui de droit écrit use,

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Trop est povreté lede chose; 8505 Mes toutevois bien dire l'ose, Que se vous aviés assés Deniers et joiaus amassés, Et tant donner en porriés, Comme prometre en vorriés, Lors coilleriés boutons et Roses, Jà si ne seraient encloses. Mès vous n'estes mie si riches, Et si n'estes avers ne chiches: Donnés donc amiablement[78] Biaus petis dons resnablement, Si que n'en cheiez en poverte, Damaige i auriés et perte: Li plusors vous en moqueroient, Qui de riens ne vous secorroient, Se vous aviés le chaté Oultre sa valeur achaté. Il affiert bien que l'en present De fruit novel un bel present En toailles, ou en paniers; De ce ne soiés jà laniers. Pommes, poires, noiz ou cerises, Cormes, prunes, freses, merises, Chastaignes, coinz, figues, vinetes, Pesches, parmains, ou alietes, Nefles entées, ou framboises, Beloces d'Avesnes, jorroises[79], Roisins noviaus lor envoiés, Et des meures fresches aiés, Et se les avés achetées, Dites que vous sunt présentées

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Car ils sont par la loi nommés 8549 L'équivalent des infamés. Trop est Pauvreté laide chose; Mais toutefois, bien dire l'ose, Ami, si vous aviez assez Deniers et joyaux amassés, Vous cueilleriez boutons et roses; Pour vous elles ne seraient closes, Si donner autant vous pouviez Comme promettre voudriez. Mais pourtant, sans être aussi riche, Si n'êtes avare ni chiche, Donnez-leur raisonnablement Beaux petits dons aimablement[78b], Mais sans épuiser votre bourse; Car si vous étiez sans ressource, Personne ne vous soutiendrait, Chacun de vous se moquerait D'avoir payé la marchandise Outre sa valeur, c'est sottise. A mon avis, rien n'est plaisant Comme de faire un beau présent, Tel que fruits nouveaux en corbeille, C'est un don que je vous conseille, Figues, vinettes et marrons, Pêches, alises, groseillons, Pommes, poires, noix ou cerises, Cormes, prunes, fraises, merises; Raisins nouveaux leur envoyez, Gents bouquets d'avoine liés[79b], Amandes, framboises mûres Ou bien encor nèfles et mûres; Et si les avez achetés, Dites qu'ils furent apportés

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D'ung vostre ami, de loing venues, 8537 Tout les achatiés-vous es rues; Ou donnés Roses vermeilletes, Primeroles, ou violetes, Ou biaus glaons en la seson; En tex dons n'a pas desreson. Sachiés que dons les gens afolent, As mesdisans les jangles tolent: Se mal ès donnéors savoient, Tous les biens du monde en diroient. Biaus dons soustiennent maint bailli Qui fussent ore mal bailli[80]; Biaus dons de vins et de viandes Ont fait donner maintes provendes; Biaus dons si font, n'en doutés mie, Porter tesmoing de bonne vie: Moult tiennent par tout biau leu dons, Qui biau don donne, il est prodons. Dons donnent loz as donnéors, Et empirent les prenéors[81], Quant il lor naturel franchise Obligent à autrui servise. Que vous diroie à la parsomme? Par don sunt pris et Diex et homme. Compains, entendés ceste note Que je vous amoneste et note. Sachiés, se vous volés ce faire Que ci m'avés oï retraire, Li Diex d'Amors jà n'i faudra Quant le fort chastel assaudra, Qu'il ne vous rende sa promesse; Car il et Venus la déesse Tant as portiers se combatront, Que la forterece abatront:

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A vous de lointaine venue, 8583 Les eussiez-vous pris dans la rue. Donnez encore avec raison De beaux glaïeuls en la saison, Bouquets de roses vermeillettes, Fleurs de printemps et violettes. Jolis dons changent bien les gens, Ferment la bouche aux médisants. L'obligé, loin d'être nuisible, De vous dit tout le bien possible. Beaux dons soutiennent maints baillis Qui sans eux seraient bien petits[80b]; De vins, de mets belles offrandes Ont fait donner maintes prébendes. On vante l'homme généreux, Qui donne est toujours vertueux; Les beaux dons font, n'en doutez mie, Trouver témoins de bonne vie; Beaux dons donnent los aux donneurs, Comme ils enchaînent les preneurs[81b], Et leur naturelle franchise Asservissent par convoitise. Que vous dirai-je encor? Beaux dons Dieu, comme l'homme, trouve bons. Ainsi, sachez me bien comprendre, Et si bien savez vous y prendre, Le Dieu d'Amour ne manquera, Quand le castel assaillira, D'accomplir toute sa promesse. Car, avec Vénus la déesse, Tant ces geôliers ils combattront Que la forteresse abattront, Et vous pourrez cueillir la Rose, Si durement qu'elle soit close.

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Si porrez lors coillir la Rose, 8571 Jà si fort ne sera enclose. Mès quant l'en a la chose aquise, Si reconvient-il grant mestrise En bien garder et sagement, Qui joïr en vuet longuement. Car la vertu n'est mie mendre De bien garder et de deffendre Les choses, quant el sunt aquises[82], Que del aquerre en quelques guises. S'est bien drois que chétis se claime Valez, quant il pert ce qu'il aime, Por quoi ce soit par sa defaute; Car moult est digne chose et haute De bien savoir garder s'amie, Si que l'en ne la perde mie, Méismement, quant Diex la donne Sage, cortoise, simple et bonne, Qui s'amor doint et point ne vende. Car onques amor marchéande Ne fu par fame controvée, Fors par ribaudie provée; N'il n'i a point d'amor, sans faille, En fame qui por don se baille. Tel amor fainte, Mal-Feu l'arde[83]! Là ne doit-l'en pas metre garde. Si sunt-eles voir presque toutes Convoiteuses de prendre, et gloutes De ravir et de devorer, Si qu'il n'i puist riens demorer, A ceus qui plus por lor se claiment, Et qui plus loiaument les aiment: Car Juvenaus si nous raconte, Qui de Berine tient son conte,

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Mais quand acquise vous sera, 8617 Par grande adresse il vous faudra La bien garder et grand' prudence, Pour avoir longue jouissance; Car souvent acquérir, ami, Combien qu'il nous cause d'ennui, Est plus facile, quoi qu'on dise, Que de garder la chose acquise[82b]. A bon droit plaint ses tristes jours Qui perd l'objet de ses amours, Quand même ce serait sa faute. Car c'est chose bien digne et haute Que savoir amante garder, Sans partage la posséder, Surtout lorsque Dieu nous la donne Sage et courtoise, et simple et bonne, Sans rien demander en retour. Car oncques mercenaire amour Ne vint que d'âme corrompue Et par la débauche perdue. Oncques la femme qui se vend D'un pur amour n'aima d'amant; A cet amour infâme et lâche Nul coeur honnête ne s'attache. Plus on se donne aveuglément, Plus on aime loyalement, Plus les femmes sont rigoureuses, Presque toutes, et convoiteuses De tout ravir et dévorer, Tant qu'il y peut rien demeurer. Car Juvénal ce nous raconte, Qui d'Ibérine fait son conte,

Notes in this chapter

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