QUATRIÈME PARTIE (continued 2)
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Je l’interrompis d’un geste.
« Écoutez-moi, repris-je ; ce qui se passe ici est bien sérieux. Je me suis trompée une fois, une seconde erreur me tuerait. Je crois à la sincérité de vos sentiments, et je mentirais si j’affectais de m’offenser de votre amour ; mais me connaissez-vous bien, et saurez-vous m’aimer comme je veux qu’on m’aime ? Je suis malheureuse, on s’est chargé de vous l’apprendre ; la seule consolation que je rêve serait une amitié vraie, sûre, fidèle. Oui, je voudrais avoir un ami qui m’appartînt cœur et âme, qui conformât entièrement ses sentiments aux miens, qui fût capable de pousser l’oubli de soi jusqu’au sacrifice, qui ne demandât rien, n’espérât rien et sût souffrir sans se plaindre. Je voudrais que cet ami tour à tour se tînt dans l’ombre, à l’écart, ou accourût à mon appel, qu’il m’offrît son secours sans me l’imposer, qu’il unît la patience au courage, ne connût ni les inquiétudes de la vanité ni les angoisses de la jalousie, et que, sans jamais m’interroger, jamais il ne doutât de moi. C’est une chimère, n’est-ce pas, que ce rêve ?… Ah ! croyez-moi, avant de nous rien promettre, éprouvons nos cœurs. Bon Dieu ! je ne sais ce que me réserve l’avenir ; je marche à tâtons dans mon malheur ; j’ignore ce qui est possible, ce qui ne l’est pas. Incertaine de ce que je veux, incertaine de ce que je sens, j’exige de qui s’offre à m’aider à vivre un dévouement absolu, sans savoir si je lui puis rien donner en retour. Ne vous engagez pas, laissez-moi le temps de voir clair en moi-même ; je ne me pardonnerais jamais de vous avoir trompé, ni surtout de m’être trompée. » Il se releva.
« Ne me demandez pas d’attendre, dit-il d’un ton triste, mais résolu. Je jure d’être l’ami que vous dites, je saurai souffrir et me taire ; pourtant j’ai besoin de croire qu’un jour… »
Il n’acheva pas, mais ses yeux parlaient.
Je le regardais fixement, je m’efforçais de lire sur son front le secret de mon avenir. Tout à coup je tressaillis, je venais d’entendre un roulement de voiture dans la cour. Onze heures avaient sonné. Qui se présentait si tard ? Était-ce Mme d’Estrel qui essayait de me surprendre ?
« Partez, partez, dis-je, et ne cherchez pas à me revoir avant que je vous appelle ; songez que par-dessus tout je veux être obéie. »
Il me prit la main et se contenta de la serrer dans la sienne ; il s’essayait à son rôle d’ami.
« Que je suis ingrat ! murmura-t-il ; je devrais être heureux. »
Et à ces mots il s’élança sur la terrasse et disparut dans la nuit.
L’instant d’après, une porte s’ouvrit, et Max entra.