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La chair et le sang

XIII

Reading edition

Mme Gonzalès attendit que la femme de journée eût quitté la chambre. Circonspecte, elle poussa la porte brusquement afin de s'assurer qu'aucune oreille subalterne n'y demeurait aux écoutes; alors elle osa embrasser sa fille de qui elle n'était, aux yeux des fournisseurs, que la masseuse favorite. La jeune fille offrit un dos et des reins puissants aux mains savantes de la matrone qui poudra de talc la chair de sa chair. Cependant, elle se lamentait. Elle l'avait bien dit: Edward ne donnait point ce qu'on en avait attendu. Edith objecta qu'en revanche, il avait donné ce qu'elle n'espérait guère: une situation mondaine. Sans lui, elle ne fût arrivée à rien.

—C'est possible, ma chère. Mais au faîte où te voilà montée, il ne saurait plus que te nuire. On chuchote qu'il t'entretient. Cela éloigne des messieurs sérieux comme ce diplomate poivre et sel, ce Jacques Berbinot—en voilà un charmant homme!—celui-là t'épouserait. Il y a belle lurette que tu ne tiens plus à Edward qui ne fait même plus semblant de t'aimer.

—N'empêche que je lui suis nécessaire comme l'air qu'il respire. Sa neurasthénie fait des progrès incroyables. Il vit dans mes jupes, et si je m'aventure le soir rue de Bellechasse, il ne me laisse plus repartir.

—Mon chou, il faut lui mettre, comme on dit, le marché en main: qu'il épouse ou qu'il crève.

—Il aimera mieux mourir.

—Eh bien, tu t'appelleras Mme Jacques Berbinot; le statu quo n'est plus possible: j'écoute ce qui se dit à l'office, je fais bavarder mes clientes. Tu es à la mode, on ferme les yeux sur ce que la situation offre de douteux, d'inquiétant, mais il suffirait d'une brouille. Oh! je sais bien que tu es maligne! tout de même cela peut arriver en dépit de la plus savante stratégie, et alors, quel lâchage! Dans ce réseau de relations qui t'entoure, qu'une maille cède et tout suivra.

Edith se retourna, offrit au massage maternel une gorge fatiguée. Les yeux au plafond, elle méditait.

Sans doute elle avait bien mené sa barque. Réservée, évitant tout tapage, elle souffrait pourtant que chez elle Orphée retrouvât son Eurydice et Socrate Alcibiade. Les gens du monde, quelques artistes, y jouaient plusieurs sortes de jeux. Au reste, rien d'incorrect dans les propos et une dame Castagnède n'y eût pas trouvé matière à scandale. Peut-être ceux qui demeuraient les derniers étaient-ils touchés un peu—à peine—de porto. Edward nota un soir qu'Edith n'avait plus besoin de se mettre de rouge, colorée désormais par ses incursions dans le plus accessible des paradis artificiels: le Sandeman. A l'origine de sa fortune, Edith voyait un savant battage autour de ses poèmes, puis l'engouement d'une amie d'Edward, cette comtesse de Laborde qui, quoique fort riche, souffrait d'être entretenue par un Américain du Sud. Chez elle, Edith connut tout ce qui, dans le gratin, aspire à se libérer: ce miraculeux coup de filet la dispensa de toute pêche ultérieure: elle appelait le salon Laborde son «vivier à duchesses». Les gens du monde, qui n'ont pas le sens des valeurs, accordaient à Edith l'importance de Mme de Staël; le diapason éperdu de ses propos, ses façons de pythonisse impressionnaient. Comme elle couchait avec son téléphone, tous les potins de la ville, en l'étroit espace de sa chambre, ainsi qu'en un central téléphonique, affluaient. Elle était à même de confronter les versions diverses du dernier drame de l'adultère ou de l'homo-sexualité. Elle avait inventé l'exégèse du potin et appliquait à la médisance des procédés scientifiques. D'ailleurs, prudente, discrète même, détentrice de secrets graves, armée jusqu'aux dents, ne déchirant aucune lettre, paperassière, habile à classer des fiches, menaçante, elle se faisait craindre de ceux dont elle n'avait pu éviter la haine.

D'abord entourée de poètereaux qui traînent leur premier livre de vers comme les poussins la moitié de leur coquille, elle commençait d'exhiber quelques chers maîtres. Un auteur ne pouvait la saluer sans voir d'abord sur le piano le dernier livre qu'il avait écrit ou le fascicule de la revue où était son dernier article. Le livre s'ouvrait seul à l'endroit de la dédicace. Elle savait organiser le silence autour du bel esprit en mal d'une histoire à placer. Si le mot de la fin tombait à plat, elle le reprenait, le commentait, obtenait un succès de seconde main, donnait à chacun de ses auteurs le sentiment qu'il était le préféré. Auditrice infatigable, elle savait se pâmer, serrer les mains du poète, avec le silence d'une personne qui en aurait trop à dire, murmurait: «C'est le poème de l'époque.»

Edith ne donna pas à sa mère la joie d'une approbation; mais l'expérience de la vieille l'impressionnait; elle résolut de suivre son avis. A vau-l'eau, Edward peut-être se soumettrait au mariage. Vraiment, il s'agissait, pour le misérable garçon, d'être ou de n'être plus.

Un matin, le corps libre dans un vêtement ample, Edward alluma une cigarette, sonna pour que lui fussent portés les pinceaux nettoyés, commença de peindre le portrait de Mme de Laborde d'après l'esquisse qu'il en avait faite, un jour d'exaltation et de confiance en soi. A chaque touche, il reconnaît ses habiletés, ses ficelles. Il se sent à jamais le prisonnier de sa facilité, de ses dispositions, et ses effets dont les philistins s'ébahiraient, mais qui feraient hausser les épaules des habiles, le dégoûtent. A cette minute, il conçoit toutes les extravagances, ce désir désolé d'échapper aux redites, à l'ornière, de renoncer à copier la nature et même à l'interpréter. Les pinceaux lui tombèrent des mains. A ses meilleurs moments, s'était-il jamais évadé de lui-même? Il n'avait demandé à l'art que de moins mourir, d'être emporté moins vite par l'immense fleuve d'oubli, de lui attirer des sympathies, des admirations chaudes. Un artiste d'abord doit être désintéressé. «Comment font les autres? se demandait-il. La plupart de ceux qui entourent Edith, sous le prétexte de l'art, cachent une organisation pour la volupté: apôtres de l'assouvissement, ils ne demandent à l'art que de transposer une sensation unique.»

Les autres... Edward pense à Claude Favereau. Ah! celui-là... Un point fixe se détachait pour lui de la durée, un principe immuable, éternel, un arbre de salut au-dessus de l'étendue mouvante. «Certes, se disait Edward, je ne m'étonne pas de cette manie de retours à Dieu qui sévit aujourd'hui. C'est l'instinct de conservation qui fait que tant d'âmes appareillent vers la certitude. Mais quand on les interroge sur la foi, ils vous disent qu'il y faut d'abord la grâce. Mon éducation m'a d'ailleurs rendu pour toujours inadmissible la réalité historique du christianisme. Je me souviens d'avoir à quinze ans suivi un cours d'exégèse où chaque verset des synoptiques était épié, sapé, suspecté d'interpolation... La grâce est-elle gratuite? Ils disent qu'on peut la mériter par la prière, en inclinant l'automate, mais cela exige déjà une grâce préalable: cercle vicieux!»

Pourquoi possédait-il un cœur incapable d'ambitions mondaines, politiques? Petites choses qui se posent sur le cœur, l'alourdissent pour qu'il ne soit pas emporté. Edward est l'aéronaute qui se débarrasse follement de son lest; il se vide de ce qui retient un homme sur le monde; avec une fureur de néophyte contre les idoles, il a détruit ses appuis: ainsi Polyeucte renverse les faux dieux et, détaché des conditions païennes de sa vie, tout pont coupé d'avec les «sources délicieuses», n'a plus qu'un seul Dieu; mais Edward, à défaut d'un père céleste, ne possède même pas la certitude apaisante du néant, de l'éternelle immobilité; il se sent inséré dans la Durée, et le mouvement universel l'entraîne vers il ne sait quoi... Il imagine tour à tour mille existences possibles, sans découvrir en lui aucune velléité pour la réalisation d'aucune d'elles.

Il en était au point de ne pouvoir plus souffrir la lecture d'un journal doctrinaire: tant s'agiter pour une race, pour une patrie, alors que quelques siècles suffisent à renouveler la face du monde! Les nationalistes de Ninive ou de Babylone le détournaient de ceux de Paris. Edward ne se savait aucun gré de son attitude, il en avait honte comme d'une tare, comme d'un vice. Il jugeait que l'expression en eût prêté à rire...

Ah! si l'approche de Lur ne lui avait pas été interdite, c'est vers Claude que se fût réfugié ce cœur en panne. Dans le vaste monde, rien ne l'appelle plus que cette terrasse telle qu'il l'imagine ce matin de printemps: les tilleuls nus mais les charmilles déjà feuillues, le soleil attirant hors des vieilles pierres les lézards gris aux flancs haletants, et les grillons commencent que la nuit même n'interrompra pas; notes d'oiseaux détachées et liquides, le poinçon au loin d'un chant de coq, la voix du bouvier excitant, du côté des vignes, Caubet et Laurel. C'est l'époque des premiers labours, quand on déchausse la vigne, que des boutons pointent aux vieux sarments, nuits de lune rousse où la gelée menace: les paysans promènent dans les vignes du goudron enflammé, une fumée lourde s'abat sur le vignoble, le défend contre le froid. Pas de roses encore ni de fruits. Les feuilles de figuier, pareilles à de petites mains, tournent leurs paumes vers le soleil. La rivière qui d'ordinaire est à peine visible, peut-être a-t-elle débordé: elle s'étend sur la plaine comme une flaque de mercure; ses contours ressemblent à ceux d'une vitre ébréchée. Les sommets des arbres submergés sont déposés sur elle doucement. Des nuages de soufre montent de l'occident; l'herbe encore ensoleillée est d'un vert intense et comme malade. La plaine aspire le fleuve ainsi qu'un papier buvard. La ligne sombre de l'horizon limite la course folle des nuées. De la terrasse, on peut suivre la ruée de trois orages différents: celui qui crèvera là-bas sur les Landes, celui qui menace Sauternes, celui qui monte vers nous. Les averses lointaines unissent le ciel et la terre, s'avancent comme un front d'armée et l'on entend le bruit croissant de leur chute bien avant qu'une seule goutte ait mouillé une feuille de Lur...

Pendant son insomnie de la nuit dernière, Edward a absorbé du chloral dont l'effet commence à se faire sentir, il s'étend sur son divan, ferme les yeux, s'endort.

Edith entra doucement dans l'atelier; elle regarda son amant dormir et connut qu'il avait vieilli: un jour cru révélait chaque ride sur le front, au coin des lèvres; les cheveux étaient éclaircis et comme elle se penchait vers lui, elle respira son haleine, y reconnut une secrète fétidité. Cette jeunesse qu'elle avait tant aimée se décomposait sous ses yeux. De ce beau fruit, la meurtrissure à peine était perceptible, mais comment eût-elle échappé à Edith, cette maniaque de l'adolescence et des jeunes corps intacts? Un tel déveloutement lui était le signe que rien de son amour ne survivait. Elle songea qu'aucun reste de tendresse ne la troublerait plus dans la manœuvre et, sans éveiller Edward, s'accouda au balcon. Le jeune homme ouvrit les yeux. Avant de l'avoir vue, il sut qu'Edith était là: son sac de paille noire pendait au dossier d'une chaise. De menus paquets, une paire de gants, un mouchoir étaient posés sur une lettre commencée. Edward, la bouche amère, se souleva, s'étira. Edith, dans l'encadrement de la porte-fenêtre, lui sourit. Paris l'avait rajeunie, ou plutôt avait fixé sa jeunesse, avait assuré à ses vingt-cinq ans une espèce d'éternité; comme tant de Parisiennes elle aurait le bénéfice de cette indétermination bienheureuse... Le blond de ses cheveux échapperait au temps; seuls le cou et la gorge témoignaient de la faillite de la science où Mme Gonzalès excellait. Cependant elle parlait comme à un enfant: cela n'allait pas? Il ne travaillait pas? Elle regarda l'esquisse, fit la moue:

—Tu vois, au peintre même la solitude ne vaut rien.

Elle s'assit près de lui, prit sa main, soupira:

—Tu es mon petit... Je m'inquiète de toi... Je sens qu'il ne faudrait jamais te quitter... Tu le sais aussi.

Il eut peur qu'elle lui proposât de vivre ensemble:

—Rappelle-toi, Edith, nos premiers jours de vie commune, comme nous nous sommes fait souffrir.

Elle répartit vivement qu'elle ne souhaitait pas de recommencer l'expérience. D'ailleurs, sa situation dans le monde ne le permettrait plus. Mais n'y avait-il une façon plus simple d'être ensemble, tout en sauvegardant l'indépendance de chacun?

Edward l'interrogea du regard. Elle cherchait ses mots: c'était si simple qu'il n'y pensait pas. Pourquoi ne pas s'associer pour la réussite? Elle le soutiendrait, le défendrait contre lui-même, le sauverait... Rien ne les empêcherait de faire chambre à part, de s'accorder l'un à l'autre une liberté absolue.

Elle le regardait dans les yeux, prête à la larme, attendant le moindre signe d'acquiescement. Mais lui, suffoqué, connaissant sa faiblesse et son état de moindre résistance, voulut détruire d'un coup l'espoir d'Edith. Il se dépêcha d'éclater de rire en criant: «Vous vous payez ma tête», inquiet de trouver une grossièreté définitive.

—Mais pourquoi me moquerais-je de vous, Edward?

Je vous arracherais à votre neurasthénie, j'aurais de la volonté pour deux, je conduirais votre barque et votre salon deviendrait l'un des plus fameux de Paris. Ce n'est pas vous qui feriez la mauvaise affaire; et d'ailleurs, mon pauvre ami, je me demande si tu as le choix entre la mort et moi.

Pris de panique, Edward cria qu'il préférait la mort:

—Ah! mille fois oui; la mort! la mort!

Elle se leva; sa lèvre inférieure tremblait un peu. Edward n'osa pas regarder ses yeux tout à coup jaunes, ce froncement de nez de chatte mauvaise. D'un faux air de nonchalance, elle masqua cette haine qui depuis des jours couvait en elle et qui, en une minute, s'épanouit.

—N'en parlons plus, enfant gâté! En tout ceci, je n'ai pensé qu'à vous; votre refus me délivre, mon cher. Seulement il faudra venir moins souvent chez moi. Votre assiduité me fait du tort. Adieu.

Elle lui tendit la main; il ne se fit aucune illusion; il savait que la férocité inconsciente d'Edith, durant ces quelques mois de Paris, subit une culture savante. L'instinct de défense et de conservation développe chez les femmes seules dans le monde une férocité politique, une méchanceté nuancée, graduée de la simple rosserie à l'assassinat moral. Edith ne connaissait, autour d'elle que des alliés, des neutres bienveillants, des neutres suspects, des ennemis.

Désormais, quand on lui demandait des nouvelles d'Edward, Edith soupirait, protestait qu'elle ne pouvait parler:

—Que vous dirai-je, ma chère? Il est devenu impossible, impossible. Ces gens-là, pour qu'on les supporte, il faut qu'ils donnent quelque agrément à la vie.

—Mais enfin, Edith, lui dit brutalement un jour Mme Tziegel, vous en contiez des merveilles. Disons tout: vous étiez ensemble.

Là-dessus, Edith éclatait d'un rire nerveux: Ah! non! pouvait-on être avec Edward Dupont-Gunther? Elle n'avait jamais cru qu'on pût jaser tant il était de tout repos. La main devant la bouche, elle insinuait sournoisement la calomnie. Mme Tziegel insista:

—Voyons, voyons, vous saviez bien ce qu'on disait de vous deux?

—Il se peut: par pitié, je ne démentais pas. Je suis ainsi faite, ma chère: je suis seule à connaître ma bonté; ces potins me portaient tort, mais ils lui étaient bienfaisants: ils égaraient, les soupçons, comprenez-vous? Seulement, j'en ai assez! j'en ai assez. Il est devenu impossible.

Un mois après, ce verdict avait force de loi pour tout le petit groupe: Edward Dupont-Gunther était devenu décidément impossible. Il ne donnait plus d'agrément. Il n'amusait plus. Il n'avait même plus la force d'offrir à goûter. Sa présence enténébrait le plus joyeux repas. Il ne savait plus laisser au vestiaire son masque fatal. Il fut généralement admis qu'il avait le mauvais œil. Et puis comment supporter plus longtemps ce garçon qui parlait toujours de se tuer et qui ne s'exécutait jamais?

Edward était comme un aveugle de qui les mains tâtonnantes ne rencontrent plus rien de solide. Des courriers se succédaient sans qu'il reçut une lettre. Des journées passaient sans qu'il ait prononcé une parole. Comme un condamné, à travers une grille, voit les autres hommes, de sa table de restaurant il regardait les gens qui déjeunaient ensemble, causaient, riaient. Il se souvint que lorsqu'il était, à cinq ans, dans un cours au milieu des leçons bourdonnantes, et lorsque ses mains moites salissaient l'histoire de France, il enviait les marchandes des quatre-saisons qu'il entendait dans la rue crier les petits pois verts; de même, le garçon de café et le chasseur lui paraissaient des êtres bienheureux.

Edward n'avait jamais cru possible de vivre sans Edith: il était le prisonnier de cette femme; tel qu'un homme qui se ronge dans une forteresse dont il sait que des précipices l'enserrent. Il tenait à elle comme au garde-fou, un malade sujet à des vertiges. Les heures de bavardages, les journées dispersées en mille menues occupations, en rendez-vous pour des courses futiles, autant de lièges qui le soutenaient sur la vie. Ce visage connu le rassurait la nuit. Il souhaitait la présence d'Edith, ainsi un enfant ne pourrait dormir s'il n'entend près de lui respirer la servante que pourtant il n'aime guère. Rejeté par Edith, il rêva de ce salon inaccessible; il évoquait aux murs plusieurs portraits de la jeune femme, signés des peintres de son intimité, les faux paravents de Coromandel, le divan ballet russe, le Banquet de Platon et l'Ethique de Spinoza ouverts en permanence sur la table... Des cigarettes partout, du Porto, ce qu'un homme, à toute heure du jour, est heureux de trouver et qui l'incite à monter tels étages plutôt que d'autres. Edward s'étonnait de pouvoir respirer hors cette atmosphère de tabac, de fleurs, du dernier parfum de Guerlain, aussi de cabinet de toilette et d'armoires à robes. Il demeura des journées entières étendu, s'abrutissant le soir de chloral. Il écrivit à Firmin Pacaud: «J'ai le sentiment de me survivre.» Son ami, qui était à Londres pour des affaires, ne lui répondit pas. Une lettre lui arriva, timbrée du Carlton de Biarritz, où May essayait d'être affectueuse: elle avait commencé d'écrire au bas de la première page et Edward y relevait toutes les ruses d'une femme pour remplir une feuille de papier avec rien. Il nota qu'elle avait changé d'écriture et adoptait la sage calligraphie de Marcel Castagnède: un homme la possédait, l'avait détruite pour la pétrir de nouveau à son image et à sa ressemblance.

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