SCENE V.
Reading edition
Diocletian. Pamphilie. Luciane. Anthenor. Aristide. Aquillin.
PAMPHILIE.
Quoy donc, on nous separe?
DIOCLETIAN.
Non, non, vous le suivrez.
PAMPHILIE.
Pourquoy donc, ô Barbare! Ne me permets-tu point d'accompagner ses pas? Croy-tu que tes grandeurs ayent pour moy des appas. Non, non, ce faux bonheur flatte peu mon envie, Il va finir ses jours, finis aussi ma vie, Aussi bien verras-tu, quoy qu'il faille endurer, Que ce qu'amour a joint ne se peut separer.
DIOCLETIAN.
Tu ferois beaucoup mieux d'implorer ma clemence.
PAMPHILIE.
Ta fureur a pour moy trop peu de violence: Quelle raison, Tyran, en retarde l'effet?
DIOCLETIAN.
C'est donc là ton desir? il sera satisfait, Mais apres ce refus n'espere plus de grace, Un mesme sort suivra vostre commune audace, Et puis qu'un mesme crime a bien pû vous unir, Un mesme chastiment vous peut aussi punir.
PAMPHILIE.
Comme mesmes tourmens, nous aurons mesme gloire.
AQUILLIN.
Mais avant le combat tu chantes la victoire, La mort aux plus hardis donne de la terreur.
PAMPHILIE.
Les lasches comme toy l'ont tousjours en horreur, Son seul nom te fait peur, mais un noble courage En affronte les traicts sans changer de visage.
DIOCLETIAN.
Tu te fies peut estre au secours de ce Dieu Qu'un fourbe comme luy t'a promis en ce lieu: Mais ton espoir est vain en ce peril extreme, Il feroit plus pour toy qu'il ne fit pour luy-mesme, S'il t'ostoit d'un trespas qu'il ne pût eviter Et que de mon pouvoir tu devrois redouter.
PAMPHILIE.
Collosse de boue & d'argile, Qu'idolatre un peuple fragile, Ozes-tu bien tenir ce propos criminel? Ozes-tu mesurer ta grandeur à la sienne, Et ne connois-tu pas, miserable mortel, Qu'il faut que sa bonté soustienne Que ce Dieu te peut mettre en poudre dés demain En retirant sa main?
Vous qu'il a faits à son image, Roys qui luy ravissez l'hommage Qu'on rend à ses Autels par un juste devoir, Pour un petit bandeau qui couronne vos testes Osez-vous, orgueilleux, oublier son pouvoir, Et sans connoistre qui vous estes Faire comparaison de vostre qualité Avec sa Majesté?
Est-ce à vous petits Salmonées À gouverner les destinées? Est-ce à vous à regir les hommes & leur sort? Avez-vous le pouvoir de leur rendre la vie Vous qui prenez celuy de leur donner la mort Pour satisfaire à vostre envie, Et quel droit vous permet d'affermir vos projets Du sang de ses subjets?
La terre qu'il a suspendue, A-t-elle dans son estendue, Des corps que vostre voix puisse faire mouvoir? Et vous qui ne sçauriez en toute la nature, Produire un seul atosme avec vostre pouvoir, Vous deffaites sa creature, Tous les jours à ses yeux vous brisez inhumains L'ouvrage de ses mains.
Mais le sang qui se mesle aux larmes De ceux qui tombent soubs tes armes Pousse leurs justes cris jusqu'à son tribunal, Ses sujets oppressez reclament sa justice, Et leur plainte va faire ouvrir son arsenal Pour en tirer un tel supplice, Que tu seras contraint d'advouer en ce lieu Que luy seul est ton Dieu.
DIOCLETIAN.
Et mon juste couroux te fera reconnoistre Que je suis malgré luy ton Seigneur, & ton Maistre: Despeschez, Aquillin, qu'on l'oste promptement, Et qu'on l'aille esgorger aux yeux de son Amant.
Fin du quatriesme Acte.