ACTE TROISIEME.
Reading edition
SCENE PREMIERE.
Diocletian. Aquillin. Rutile.
DIOCLETIAN.
Rutile, je l'advoue, ils sont incomparables, Et tous en leurs projets me semblent admirables; Que l'accord de leurs voix, & de leurs actions, Exprime adroittement toutes leurs passions! Qu'ils se sçavent bien plaindre, ou feindre une colere! Que l'amour en leur bouche est capable de plaire! Et que leur industrie a de grace & d'appas À dépeindre un tourment qu'ils ne ressentent pas! N'as tu point remarqué ce qu'a dit Luciane En faveur des Chrestiens & de leur loy prophane? Elle en a soustenu l'erreur avec tant d'art, Que j'ay creû quelque temps qu'elle parloit sans fard, Et que le trait dont lors elle sembloit atteinte, Estoit un pur effect, & non pas une feinte.
RUTILE.
Il est vrai, mais, Seigneur, n'as-tu pas entendu, Ce que Genest a dit quand il s'est deffendu? Avec combien d'esprit, d'adresse, & de courage, Il a de nos autels conservé l'advantage? Et par quel art enfin, & quelle invention, Il se porte au mespris de leur religion?
DIOCLETIAN.
Ouy, sa subtilité n'eût jamais de pareilles.
AQUILLIN.
Attends un peu, Seigneur, tu verras des merveilles Qui raviront tes sens avecque tant d'appas, Que mesme en les voyant tu ne le croiras pas.