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L'Histoire merveilleuse de Robert le Diable

CHAPITRE DIXIÈME LA COURONNE DE ROBERT

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JUSQU’À cet instant, les barons n’avaient eu d’yeux que pour regarder l’Empereur et le Sénéchal. Quand ils virent que l’Empereur menait vers sa fille le Sénéchal, ils regardèrent la princesse.

Immobile, mains jointes, elle semblait en oraison, non point en oraison de gratitude comme étaient la plupart des dames de l’assemblée, mais en prière douloureuse. Et elle pleurait silencieusement.

—«Damoiselle», lui dirent les comtes ses voisins, «pourquoi pleurez-vous donc? N’avez-vous pas honte? Vous n’êtes pas raisonnable. Vous devriez être bien heureuse qu’un chevalier d’un si grand mérite daignât vous offrir son amour et vous demander. Et vous devriez plutôt remercier Dieu, au lieu de pleurer comme vous faites.»

* * *

L’Empereur donc menait le Sénéchal à sa fille. Toute l’assemblée, longtemps contenue par l’émotion, manifestait en grand tumulte d’enthousiasme sa joie de voir enfin le sauveur de Rome reconnu et récompensé. De toutes parts, on criait, on se bousculait, on acclamait. Et le bruit y fut bientôt tel qu’on n’eût pas entendu un coup de tonnerre.

Or l’Empereur dit à sa fille:

—«Ma fille, soyez contente: je vous amène votre mari. Je mets sa main dans votre main, et je vous donne à lui. Recevez-le de cœur satisfait. C’est le Sénéchal de mon Empire, celui-là même qui m’avait déclaré la guerre pour vous avoir. C’est le bon chevalier, le vaillant, le hardi, le fort, le preux, le Chevalier Blanc à qui nous devons la vie. Il nous a secourus, il nous a sauvés, il a vaincu les Turcs. Recevez-le gentiment. Allons, n’attendez pas, et ne pleurez plus. Sachez, ma fille, que Dieu veut faire éclater sa grâce, et que ce chevalier est celui qui fut dans la bataille le preux des preux.»

Mais, soudain:

—«Sachez, mon père, qu’il ne le fut jamais.»

—«Quoi donc!» s’écria l’Empereur. «Qu’ai-je entendu? Est-ce vous, ma fille, qui avez parlé?»

L’Empereur est stupéfait. Tous les barons se sont dressés. Un long brouhaha roule à travers la foule.

—«La fille de l’Empereur a parlé! La fille de l’Empereur a parlé!»

—«Miracle! Miracle!»

Mais la princesse dit à l’Empereur:

—«Mon cher doux père, si je fus muette jusqu’à ce jour, jusqu’à cette heure où vous vouliez que je prisse le Sénéchal, et si je ne le suis plus tout à coup, c’est que Dieu ne veut pas ce que vous vouliez. Le Sénéchal n’a pas reçu sa blessure en revenant de la bataille. Quoi qu’il vous conte, c’est tout mensonge. Je le prouverai. Celui qui a vaincu les Turcs et qui a payé son dévouement d’une blessure griève, je le connais, il n’est pas loin d’ici. En sa faveur, Dieu fit ce miracle de me donner la parole, pour témoigner contre le Sénéchal et sa fourbe.»

Elle a parlé, l’admirable jeune fille, avec une assurance et une foi persuasives. Mais quoi qu’elle eût dit, son père était trop heureux du miracle pour ne pas la croire immédiatement.

A la vérité, jamais vous ne vîtes homme plus heureux que le bon Empereur. Sans s’occuper du Sénéchal, il prend sa fille dans ses bras et la baise plus de cent fois. Pour l’instant, il n’a pas d’autre souci.

Autour d’eux, la joie est générale; elle monte en clameurs d’allégresse vers la tribune. Barons, ducs, comtes, princes, abbés, moines, archevêques, clercs et laïcs, hommes et femmes, grands et petits, seigneurs et vilains, se pressent à qui mieux mieux vers la tribune.

Chacun veut voir le miracle, et regarder de près la Damoiselle et l’entendre parler.

* * *

Cependant, l’Empereur, tenant toujours sa fille embrassée, se remettait peu à peu de son ravissement.

—«Ma fille», dit-il enfin, «je suis bien aise de vous entendre parler. Mais il faut que nous retrouvions le vrai Chevalier Blanc, puisque le Sénéchal nous a trompés si laidement. Par vous, le faux chevalier fut démasqué. Le vrai doit être couronné par vous.»

—«Mon père», dit la princesse, «je vous le ferai tôt couronner. Il est à Rome depuis dix ans. Vous ne savez pas son nom, et vous ne savez rien de lui, parce que vous n’avez jamais rien voulu savoir de lui. Mais à cette heure tout doit se dévoiler. Dieu le veut. Dieu veut par moi lui donner cet honneur, et il veut me donner cette gloire. Sachez donc de toute certitude, mon père, et n’en doutez plus, que le sauveur de Rome gît sous l’escalier de la chapelle. C’est celui que vous appelez le fol, qui mange avec le chien. Sachez qu’il n’est pas fou du tout, qu’il est plein de bon sens, et qu’il est chevalier parfait. Vous l’avez vu sur le champ de bataille. Moi, je vous dis qu’il est plus qu’il ne paraît, je vous dis qu’il est de haute naissance, et qu’il se cache à la cour, jouant le bouffon pour un motif que j’ignore. Vous m’avez déjà par trois fois outragée et honnie, mon père, parce que je vous annonçais par mes signes de muette que votre bouffon était digne des plus grands honneurs. Vous n’avez jamais voulu me croire. Qui plus est, vous m’appeliez folle aussi, et vous me chassiez de votre table, devant tous vos barons, à ma honte. Mon père, Dieu veut maintenant témoigner que je n’étais pas folle, et que j’avais raison contre tous, quand j’honorais le malheureux qui gît blessé sous l’escalier de la chapelle.»

Et, brusquement, changeant de ton, elle cria:

—«Où est donc le Sénéchal? Je ne l’entends pas. Est-il devenu muet?»

Mais le Sénéchal n’avait pas attendu qu’on l’appelât. Des gens avouèrent qu’il s’était échappé, sans se faire aider par personne.

—«Le faux larron!» s’écrièrent les comtes.

—«Pourquoi l’a-t-on laissé fuir?» demanda l’Empereur.

On avait déjà la preuve ainsi que la Damoiselle disait la vérité. Mais quelle stupeur dans la foule, quand on apprit que la Damoiselle pût dire aussi certainement la vérité, en désignant le bouffon à l’admiration et à la reconnaissance de tous!

* * *

La première surprise apaisée, la fille de l’Empereur demanda qu’on fit silence.

—«Seigneurs», dit-elle, «ce n’est pas tout. J’ai annoncé que je prouverais ce que je prétends. Je le prouverai. Mais, d’abord, laissez-moi dénoncer devant vous le chevalier qui reconnut pour sien le fer de lance que le Sénéchal vous montra. Celui-là vous a menti par la bouche. Et moi, je vais aller vous chercher le véritable fer, car je sais où le Chevalier Blanc le cacha. Il suffit. Sans plus tarder, je vais et vous le rapporte.»

Et la voilà qui s’en va, légère, prompte, vive, charmante. Elle s’est débarrassée de son manteau. En taille, simplement, elle fend la foule. Elle court au jardin, s’agenouille sur l’herbe près de la fontaine, trouve le fer, s’en empare, revient à la tribune, vive, prompte, charmante, et tend le fer à l’Empereur avec un sourire de triomphe.

L’Empereur appelle de nouveau le chevalier qui a menti. Le chevalier s’approche, reçoit en tremblant le fer que la Damoiselle a rapporté, le regarde à peine et se jette aussitôt aux pieds de l’Empereur.

—«Sire», dit-il, «ce fer vient de Pavie. Je l’avais acheté et fait tailler selon mon désir. Il n’y en a pas de meilleur jusqu’à Césarée. Je l’ai gardé pendant plus de sept ans, et c’est avec lui que j’ai frappé l’homme dont nous déplorons tous la blessure.»

—«Mais, chevalier,» objecte l’Empereur, «pourquoi nous avez-vous menti tout à l’heure, si vous dites maintenant la vérité?»

—«Sire», répond le chevalier penaud, «je vous l’avouerai sans détour. Quand le Sénéchal était devant vous, je crus comprendre qu’il avait déjà conquis votre cœur, et je voyais bien que toute l’assemblée voulait lui rendre hommage. Je réfléchis que, malgré mon désaveu, le mariage ne serait pas différé, et que je m’attirerais la haine de tous si je disais que son fer n’était pas le mien. Voilà, Sire, pourquoi je vous ai menti. Et je vous prie de me pardonner, vous assurant que jamais à l’avenir je ne mériterai de vous aucun reproche.»

Et, comme la princesse gentiment prie aussi son père de pardonner, l’Empereur acquitte le chevalier pour l’amour de sa fille, et parce qu’il a hâte de voir le vrai sauveur de Rome.

* * *

Restait la suprême épreuve.

L’Empereur choisit dix de ses meilleurs barons.

—«Barons», leur commanda-t-il, «allez de ce pas à la chapelle. Sous les degrés, vous trouverez le Chevalier Blanc. Amenez-le nous. Nous verrons ce qu’il nous dira.»

Les barons s’inclinèrent.

Sous la voûte, ils trouvèrent le bouffon, couché sur la paille, gémissant, le visage décoloré.

—«Levez-vous, Seigneur,» dirent-ils.

Robert ne protesta point. Non sans peine il essaya de se soulever. Il était maigre, hâve, pitoyable. Il se traîna hors de la voûte. Là, les barons émus le prirent sous les aisselles pour le mettre debout. Une plainte sourde lui échappa: il souffrait tellement de sa blessure qu’il ne put retenir cette plainte, lui, le chevalier si terrible. Mais les barons l’emportèrent avec d’infinies précautions. Il se laissait faire, ne sachant ce qu’on lui voulait.

Quand il arriva devant l’Empereur, toute l’assistance se dressa, respectueusement. Et, avant tout le monde, la Damoiselle s’était dressée, pour saluer le malheureux héros.

Alors il s’effraya: on l’installait sur un fauteuil d’or massif. Il soupçonna qu’il était découvert. Au reste, il ne pouvait plus avoir de doute. De quelque côté qu’il tournât ses regards, il ne voyait que des yeux pleins de larmes et des visages angoissés.

Et alors l’Empereur lui dit:

—«Mon frère, mon ami, qui êtes-vous? Et quel est votre nom? Ne me le cachez pas. Nous vous connaissons bien maintenant, et nous savons tout de vous, sauf votre nom et votre origine. Je vous prie de par Dieu de ne plus en faire mystère. Et contez-nous votre histoire.»

* * *

A l’Empereur, tout homme doit obéissance. Mais Robert ne répond rien. Des larmes lui viennent aux yeux. Du fond du cœur il soupire. Il comprend que toute la ville le connaît enfin pour ce qu’il est, et qu’il est trahi.

Il ne répond rien.

* * *

Alors la Damoiselle se tourne vers lui.

—«Chevalier», dit-elle, «jusqu’à ce jour j’étais muette. Par amour de vous, très charitablement, Dieu m’a fait don de la parole, aujourd’hui, car il voulait que votre gloire fût proclamée. Je vous en conjure donc, au nom du Roi céleste, contez-nous votre histoire, et dites-nous quel est votre nom, et d’où vous veniez quand vous vous arrêtâtes à la cour de mon père.»

A ces mots, Robert redouble de larmes. Il a le cœur débordant de compassion. Mentalement, il remercie Dieu d’avoir fait don de la parole à la si bonne petite princesse.

Mais il ne répond rien.

—«Seigneur!» dit la princesse en s’adressant au Pape, «pour l’amour de Dieu, créateur de ce monde, faites qu’il vous réponde, à vous, puisqu’il ne veut pas nous répondre, à nous qui n’avons pas encore obtenu son pardon.»

* * *

Alors le Pape dit à Robert:

—«Mon frère, ne nous gardez pas rancune. Je vous en conjure, au nom du Roi de gloire, contez-nous qui vous êtes.»

Mais Robert ne répond rien au Pape.

Le Pape perd contenance. Toutefois, subitement, il se rappelle qu’il avait mandé par bonheur à l’assemblée l’ermite de la forêt de Marabonde, le saint ermite qui a la réputation d’être écouté du ciel et souvent exaucé. Et il demande à l’ermite d’intervenir.

Alors l’ermite dit à Robert:

—«Ami, de par Dieu, je vous prie de nous dire qui vous êtes, pour peu que vous désiriez recevoir ma bénédiction.»

* * *

Or,—vous en souvient-il?—c’était ce saint ermite qui avait imposé à Robert sa triple pénitence, et c’était lui seul qui pouvait lever l’interdiction qui pesait sur Robert depuis dix ans.

Robert avait reconnu l’ermite. Il lui répondit donc:

—«Seigneur, vous m’ordonnez de parler, je parlerai, sans vous celer rien. Je vous dois la vérité, je vais vous la dire toute. Je suis né en Normandie. Celui qui en était duc fut mon père, et la duchesse fut ma mère. Le comte de Poitiers est mon aïeul, je peux le déclarer hautement. Mais je suis né, malheureux, voué au Méchant par l’imprudence de ma mère. Dans ma jeunesse, j’ai commis maintes actions infâmes et plus d’un crime, dont j’ai fait ici pénitence pendant dix ans, selon ce que vous-même, Seigneur, m’aviez enjoint. A présent, vous savez tout de moi. Il suffit que j’ajoute mon nom: je m’appelle Robert.

* * *

Or, écoutez bien.

A l’assemblée ouverte par l’Empereur pour couronner le sauveur de Rome, il y avait entre autres quatre seigneurs, assez vieux, qui semblaient étrangers. C’étaient quatre seigneurs normands qui, depuis longtemps déjà, cherchaient en tous lieux Robert, fils de leur duc.

Sitôt qu’ils eurent entendu Robert se nommer, ils écartèrent la foule, se glissèrent jusqu’au premier rang, et tombèrent à genoux devant Robert retrouvé.

—«Pitié, Seigneur!» s’écrièrent-ils.

Et le plus âgé lui dit:

—«Seigneur, tous vos gens vous crient: Pitié! Vos gens sont attaqués de toutes parts, et perdus si vous ne les secourez. Ne tardez pas davantage, par pitié, ni pour ami ni pour amie. Courez à leur aide. Il y a de vos parents qui ravagent vos terres et harcèlent vos gens. Car, si vous l’ignoriez, le duc votre père est mort; la duchesse votre mère est morte aussi; et mort aussi le comte votre aïeul, qui aimait tant les siens. Tout le fief vous est dévolu. Nul n’y a droit, hors vous. Cependant, vos parents vous en veulent frustrer, et déjà ils s’emparent de tout ce qu’ils peuvent prendre de force. Ne vous laissez pas dépouiller, Seigneur. Vous n’avez déjà que trop attendu.»

Et les quatre barons normands pleurent aux pieds de Robert.

* * *

Qui fut surpris de ces dernières nouvelles? Il faut bien le dire: ce fut l’Empereur. Quoi! Le bouffon muet n’était pas muet, le fou n’était pas fou, et le misérable qui disputait sa nourriture aux chiens était le fils du duc de Normandie et l’héritier d’un beau duché? Cela suffisait à déconcerter quiconque, et le bon Empereur aussi.

Tous les regards étaient tournés vers l’Empereur. On attendait avec impatience le dénouement de cette merveilleuse histoire.

L’Empereur dit:

—«Ami Robert, si le duc votre père est mort, quels que fussent ses mérites, ne vous en chagrinez pas outre mesure: je vous serai dorénavant un bon père. Je vous donnerai ma fille et ma couronne, et vous serez mon fils, et vous commanderez, ordonnerez, gouvernerez, jugerez et régnerez dans mon Empire avant moi-même.»

—«Sire!» répliquèrent les quatre barons normands, «il agirait mal, si, pour prendre votre fille, il laissait son peuple sans défense, et son duché à la merci de ceux qui le dévastent.»

Alors tous les regards se fixèrent sur Robert qui allait décider.

* * *

Robert dit aux barons normands:

—«Seigneurs, écoutez. Pour Dieu, soyez en paix. Retournez dans votre pays. Je ne vous suivrai ni là ni ailleurs. J’ai trop à faire de me défendre et de me garder de toute surprise. Vous savez assez quel je fus jadis. Je ne retournerai pas à la tentation. Cherchez dans ma famille un homme qui me puisse remplacer: il n’en manque ni de braves ni de sages. Celui-là sera votre duc. Je ne m’oppose à rien de ce qu’il fera. Allez. Je n’irai pas en Normandie avec vous.»

—«Bel ami,» s’écria l’Empereur joyeusement, «le don que je vous promettais, acceptez-le. Il est à votre taille, et vous agirez bien.»

Sans délai, Robert répond:

—«Ah! Sire, loin de moi! loin de moi! Jamais, s’il plaît à Dieu, fils de Marie, je n’exposerai de nouveau dans le siècle ma pauvre âme que j’ai péniblement sauvée. Toutes vos possessions, je vous les abandonne, et votre fille. S’il plaît à Dieu, ce n’est pas moi qui tiendrai dans mes bras la gracieuse damoiselle. Tant que mon âme dans mon corps vivra, je n’aurai soin d’aucun plaisir. Si vous me voulez accorder quelque chose, je demande à me retirer dans la forêt avec le saint ermite qui me sauva. Avec lui je servirai le divin Martyr. J’en appelle à votre charité: faites-moi seulement transporter à l’ermitage, car je suis trop faible pour m’y rendre à pied. Là je mortifierai ma pauvre chair, là je panserai ma blessure. Telle est ma décision irrévocable. Vous savez tout. Je veux m’en aller à l’ermitage, je ne veux plus rester ici, et ce n’est point par mépris pour vous, Sire, qui me fûtes si bon, ni pour cette ville; mais, si l’on m’offrait même le monde entier, grand comme il est, avec ses peuples et ses richesses, je n’en resterais pas davantage un jour de plus dans le siècle. Sire! par grâce, faites-moi seulement emporter d’ici. Je souffre beaucoup de ma blessure. Je veux me retirer à l’ermitage.»

Toute l’assistance était consternée.

—«Ne le retenez point, Sire Empereur», dit alors le saint ermite. «A Jésus-Christ il s’est donné. Laissez-le suivre sa voie.»

—«Je n’insiste plus», répondit l’Empereur. «Je ferai ce qu’il désire.»

* * *

Qu’ajouterai-je, grands et petits qui m’écoutez?

Sur l’ordre de l’Empereur, on construisit une litière somptueuse. Et, Robert y ayant été placé, un long cortège d’enfants, de dames, de damoiselles, d’hommes, de seigneurs et de vilains, de riches et de pauvres, un long cortège, conduit par l’Empereur et sa cour, accompagna la litière de Robert jusqu’à une grande lieue de Rome. Au moment de la séparation, tous les yeux étaient pleins de larmes.

* * *

Dans la forêt de Marabonde, auprès du saint ermite, Robert peu à peu guérit et se rétablit. Il menait la vie de prières et d’abstinence de son compagnon.

* * *

Le saint ermite, qui était fort vieux, vint à mourir. Robert l’enterra dans la petite chapelle de l’ermitage, puis mena seul la vie qu’ils avaient menée ensemble jusqu’alors.

* * *

Robert survécut de nombreuses années à son compagnon. Il servait Dieu de tout son cœur, loin du siècle. On conte que pour lui Dieu fit maints miracles, et que tous ceux qui allaient l’implorer le tenaient un saint. Mais cela aussi serait une autre histoire.

* * *

Quand il mourut dans son ermitage, les Romains allèrent en magnifique procession chercher son corps. On l’enterra dans l’église de Saint-Jean-de-Latran, à main droite quand on y entre. C’est là que fut son tombeau. Et le corps y serait encore, si n’avait pas eu lieu par la suite ce que je vais vous dire pour terminer.

Un jour qu’il y avait à Rome un extraordinaire concours de gens de tous pays célébrant la fin de quelque horrible guerre, un riche personnage du Puy-en-Velay se fit conter la vie de Robert le Diable. Il en fut si touché, qu’il ravit à la tombe de Saint-Jean-de-Latran tout ce qu’il y trouva d’ossements et de cendre. Il les emporta. Près du Puy, au bord de la rivière, il fit construire une abbaye. L’abbaye devint célèbre, et elle le fut longtemps sous le nom de Saint Robert.

FIN

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