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L'art de chevalerie selon Vegece

Front matter (continued 5)

Jean de Vignay translation

Ceste marque contient que toute personne qui seroit trouvee au pays du prince qui l’a donnee/ qui de la ville/ du pays/ ou du lieu fust de celui qui auroit fait l’outraige/ fust prins & ses biens mis en la main du seigneur jusques ad ce que le marchant fust paié & a donc quant les marchans se voient ainsy mal menez es estranges pays ou marque est donnee contre eulx/ ilz font tant a la justice du lieu dont ilz sont/ que celluy par qui c’est contente l’autre et restitue/ et pour celle cause fut elle trouvee et mise sus/ si sert bien le comun proverbe ad ce propos qui dist que par ung inconvenient est aucunefois chassé ung aultre inconvenient/ car par cestuy est ung aultre grief reparé ne par aultre voye ne se pourroit nullement avoir droit de assez de tors qui sont faitz ou que on pourroit faire aux estranges allans et venans leurs chemins/ mais non obstant que celle chose puisse avoir aucune couleur pource te dy que ung roy ou prince auquel elle est requise ne le doit pas pourtant donner de legier/ car moult est chose griefve et pesant/ pourquoy doibt estre a peine deliberee pour deux principalles causes. l’une est que c’est chose qui moult peut grever conscience L’autre que ce peut estre commencement de guerre. Quelle chose doncques doibt faire le roy quant requise lui est/ a donner contre aucune cité pays ou seigneurie. Il doibt premierement interroguer ou faire interroguer par son president ou aultre sage legiste et justicier pour quelle raison il la requiert et quelle cause il a. Et celluy dist que quant il venoit de melan que en la ville d’ast/ on luy osta bien. x. mille francs ou chose qui le valloit/ et que de ceulx ne peut avoir droit/ ains soustiennent ceulx de la ville ceste chose/ quoy que de la demander par leur justice se soit bien mis a son debvoir. Adonc doit le roy escripre & mander par ces lettres a iceulx que amiablement vueillent faire faire restitution a son subgect du dommaige que ung ou plusieurs des leurs luy ont fait/ dont s’il advient que pour ce n’en soit riens fait & que des lettres du roy ne tienent compte/ & par conseil soit veu & deliberé que marque donner y appartienne/ Adont selon la coustume de ses seigneurs temporelz le peut donner.

Cy devise se tous seigneurs pevent donner marque Si le roy la peut donner pour ung estrangier qui son cytoien soit fait/ et apres se escoliers estudians pourroient estre a celle cause empeschez. vie. chapitre

Et doncques maistre s’il advenoit que le peuple de florence ou d’autre part en cas semblable eussent prins les biens de ung marchant de paris comment se donneroit marque contre cité/ car selon droit il convient aller demander justice au juge souverain du lieu lequel est l’empereur/ mais combien que par droit les florentins soient ses subgectz/ il n’est pas doubte que pour luy riens en feroient/ & a dire que le marchant allast pleder devant le potestat qui paraventure sera ceste annee ung chevalier ou ung cousturier ou savetier de celle ville/ et si portera or a sa çainture comme ung chevalier/ en recousant ses solers/ selon leur coustume qu’ilz ont d’eulz gouverner a peuple : se croy qu’il y auroit petit droit Je ne ditz neant plus de florence que de une autre cité qui a peuple se gouverne/ que fera on doncques.

Bel amy tout ainsi que devant t’ay dit le roy y escripra ses lettres et se compte n’en tiennent donnera sa marque franchement contre eux puys qu’ilz dient qu’ilz sont mesmes seigneurs de florence.

Maistre je te demande se tous seigneurs pevent donner marque.

Je te respons que non/ car sicomme toy mesmes as cy devant dit/ et assez est repliqué que nul seigneur ne peut juger guerre s’il n’est souverain en juridicion. et comme cestuy fait de donner marque selon sa nature & condicion soit semblable a guerre ne la peut nul donner s’il n’est pour seigneur sans moyen si que est le roy de france de son royaume.

Or me dy encore. Je suppose que ung marchant natif de la ville de melan soit de longue piece demourant a paris/ il y ait hostel sien/ terres et heritages pour laquelle cause sera reputé bourgois selon la coustume. Je te demande se le roy donnera marque pour cest homme se le cas comme dessus y eschiet veu qu’il n’est pas de paris ains est natif de l’empire.

Je te respons que selon la rigle de droit celluy qui est participant du mal et en la charge semblablement le doit estre au bien et au reconfort. Par quoy s’il est ainsy que cestuy marchant ait acoustumé de paier aucuns subsides ou aucunes impositions au roy de sa marchandise/ et de ses biens/ veu qu’il est bourgois sans faulte le roy est tenu de le porter et soustenir en toutes choses comme son citoyen/ & semblablement ung autre gentil homme estrangier demourant par long temps en france qui eust servy le roy en ses guerres & y fust herité.

Et je te demande se pour cause de celle marque donnee du roy pourroit estre empesché ung clerc estudiant ou ses biens.

Je te respons comme dessus que non/ ne mesmement son pere qui le seroit venu veoir si que t’ay dit ne mesmement ne pourroit le roy se le cas y escheoit donner marque contre quelconques gens d’eglise/ comme il n’ait que congnoistre sur eulx/ ains est au pape se prelatz sont a congnoistre/ et des autres en est a leur prelat qui contraindre les doibt de faire raison/ & te dis encore que tous pelerins de quelque part ou nation qu’ilz soient sont en la sauvegarde de dieu et du saint ou ilz vont en pelerinage/ & par ce les prent le pape en l’especial sauvegarde de saincte eglise par quoy sont previlegiez sur toutes autres gens et sont reputez comme gens de saincte eglise. Et est excommunié de par nostre dit saint pere le pape qui mal leur fait & pourchasse.

Cy fait mencion ce c’est chose juste et selon droit que ung homme doive prouver par son corps/ contre une aultre chose qui soit incongneue et secrette. viie. chapitre.

Apres ces choses comme je soye trescontent des solucions precedentes/ treschier maistre te vueil en continuant nostre matiere de guerre faire aultres questions comme de mon temps en france ay de ce aucunesfoys veu user Et semblablement ains mon temps a esté icy et autre part assez en usage d’armes/ c’est assavoir une guerre qui ce fait seulement entre deux champions ou plusieurs aucunesfoys d’une mesme querelle ainsi en champ cloz. Laquelle guerre est appellee champ de bataille que ung gentil homme entreprent a faire contre ung aultre pour prouver par force son criesme occult & mussé. Si te demande se telle bataille est juste et permise de droit.

Treschier filz de ceste matiere entre eulz pour cause que les nobles qui ne sont pas clers sachent qui se present livre pourront ouyr/ sachent mieulx ce qui en est bon a faire me plaist a tant a respondre par quoy affin que iceulx qui armes chevalereuses aiment s’entendent en ceste matiere/ & que toy mesmes qui apres moy escripras en puisses au vray parler Te dis que en toutes les autres choses d’armes selon droit divin/ selon le droit des gens/ selon le droit civil/ selon droit de decret & canon/ donner gaige de bataille & le recepvoir pour soy combatre est chose condemnee et reprouvee & entre les autres droitz qui le deffendent est excommunié de droit canon aussy bien celluy qui le donne comme celluy qui le reçoit/ et qui plus est le sont ceulx qui le regardent.

Or peus tu veoir ce c’est chose a faire et qui le monstra/ pape urbain ve. de ce nom quant le champ de bataille deut estre fait a ville neufve lez avignon de deux champions qui s’estoient accordez de combatre devant le roy Johan de france/ lequel nostredit sainct pere comme chose deffendue commanda expressement soubz peine d’excommuniment que nul ne les allast veoir/ et se toy ou autre me vouliés dire que telle chose soit d’usage d’armes. Je respons que trop plusgrant est le droit dieu et plus y doibt on obeyr que a usage d’armes/ & que juste chose soit que on ne le doit souffrir ne faire y a assez de bonnes raisons/ & mesmes que droit divin y assigne/ lequel droit divin est droit de la saincte escripture ou obeyr debvons sur peine de grant peché mortel/ lequel droit condemne toute chose a faire par laquelle on veult tempter dieu/ car on veult savoir se dieu aidera au droit. Et est sicomme tenter que dieu face miracle : laquelle chose est non deue de experimenter la voulenté de dieu Et il appert car nous disons que demander chose contre nature ou par dessus nature est presumption & chose qui desplaist a dieu et cuider que feble vainque le fort/ & le ancien le jeune/ ou le malade le sain par force de bon droit/ ainsy cuider avoir telle chose est tenter dieu. et je te dy certainement que s’il advient qu’ilz gaignent c’est adventure et non pas le bon droit qu’ilz y aient/ & qu’il soit vray il appert par ceste raison. n’a pas nostre seigneur souffert occir plusieurs preudommes a tort et sans cause. dont les ames en sont glorieusement en paradis/ qu’il ne fist pas alors miracle pour eulx Et cuideriés vous dont que dieu fist plus pour ung povre pecheur que pour iceulx/ sy est vray que souvent a esté veu que celluy qui avoit bon droit le perdoit pourquoy une decretalle ramentoit une telle histoire.

Une foys advint que en la cité de Poulent furent deux freres accusez de larrecin par quoy selon l’usage d’icelle cité les en convint deffendre en champ ou quel ilz furent vaincus donc tost apres advint que en la cité fut trouvé celluy qui le larrecin avoit fait & fut sceu appertement que les deux freres ja destruis n’y avoient coulpe. Et pour ce que semblablement a esté sceu par plusieurs autres foys & aussy que ce n’est chose raisonnable que faire se doye les drois canons ont reprouvé telle maniere de combatre Et aussi ce que dit le droit se par telle maniere on vouloit sa justice prouver les juges qui pour faire justice sont establis seroient en vain. Et est mauvaise raison de dire se je ne puis prouver ce que je dy je m’en combateray et le prouveray par mon corps. Car nul forz dieu et moy et cellui que j’en appelle ne le set Et se aucun vouloit dire voire mais les maulz qui par innocence du puple et secretement sont faiz ne se pevent par justice pugnir puis que prouvez ne sont. Mais cellui qui tient que par lui soit peché secret pugnis veult a dieu lequelle a congnoissance des pechés secrez usurper sa puissance et sa tresnoble sapience a qui seul en appartient faire la pugnition/ et se afferme ung decret qui dit que se tous pechez estoient en ce monde pugnis les jugemens de dieu n’auroient doncques lieu. Et autre raison y a qui ceste chose condemne/ c’est que droit civil a ordonné juges et jugement pour faire raison et plaider causes que nul ne soit creu pour tesmoing en sa mesme cause/ mais l’omme qui ainsi par son corps veult prouver s’efforce de corrumpre celle loy de droit civil.

Item de droit canon est encore plus reprouvé/ car il commande expressement que on obeisse au pape et a ses commandemens/ et il par bonne raison a commandé par mots expres que jamais par telle maniere on ne se combate/ sy peus veoir bel amy que telle bataille est reprouvee a laquelle chose dieu mercy le roy de france et son bon conseil a puis quatre ans en ça bien advisé par quoy plus telle maniere de combatre ne sera d’usage/ et son royaume l’en louoit/ dieu doint joye paix honneur et paradis a ceulx qui par la vertu de bon sens se sont penés que telle maniere de combatre soit mise jus/ de ce tresnoble royaume de france. Et toutes ses aultres folles armes qui se faisoient par jeunesse sans nulle cause si non par maniere d’orgueil et vaincre l’un l’autre sans nulle querelle qui chose estoit desplaisant a dieu sont delaissees. Et comme cestuy royaume lequel est le suppellatif sur tous crestiens ait commencé y prendront se dieu plaist les autres pays exemple de semblablement non souffrir leurs nobles desobeir a l’eglise en mettant en peril les corps d’estre mors a deshonneur et sans cause et les ames damnees a tousjours. Ha dieu nostre racheteur quelle folle entreprinse.

Cy devise se tout homme peut donner gaige de bataille. viii. c.

Mais pource que les deffaultes dessusdictes du droit ne ont pas tousjours esté tenues ne obeyes ne encores ne sont en tous royaumes si que dit est de combatre en champ de bataille/ te diray le cas en quoy l’ont jugé ceulx qui le misrent sus/ c’est assavoir l’empereur nommé Frederic qui tant fut contraire a saincte eglise qu’il chassa le pape hors de son lieu lors qui vint a refuge au roy de france/ & aussy autre escript que on appelle la loy lombarde en devise plusieurs cas/ lesquelz seront cy apres par moy declairez. Premierement dit la loy dudit empereur que se ung homme est accusé de traïson avoir faicte ou pourchassee contre son prinse ou sa cité ou au prejudice du bien publique quel que soit le cas/ de quoy la verité ne puisse par preuve estre sceue/ que ce celui qui est accusé offre soy deffendre en champ de bataille contre cellui qui le vouldra accuser ou desdire qu’il soit receu.

Item dit que se ung prisonnier de guerre est tenu en prison de l’adverse partie/ & il adviengne que durant celle prison la paix se face entre les deux parties s’il advient que le maistre occist son prisonnier pour lequel meffait de droit doit perdre le chef/ & de ce sont approchez en face de justice/ cellui mect avant qu’il a occis son prisonnier son corps deffendant & que premierement l’avoit traitreusement ou par autre voye assailly quant il n’y avoit que eux deux/ & se veult il prouver par son corps en champ de bataille s’il estoit nul qui au contraire voulzist dire il y doibt estre receu.

Item dit aussy que comme par semblable cas posons que le roy d’angleterre et le roy de france eussent treves ensemble/ & advenist que ung anglois navrast ung françoys de laquelle chose la loy dist que en tel cas luy affiert plusgrant pugnicion que se ung ytalien ung florentin ou quelque aultre personne l’eust blescé/ se celluy qui a fait le fait vouloit soustenir par la preuve de son corps que ce auroit esté en soy deffendant contre l’autre/ qu’il ait voulu occir le roy ou le prince par luy donner poisons ou autrement/ & l’autre dist qu’il n’en est riens/ & de ce l’appelle en champ de bataille/ l’autre qui l’accusoit est tenu de respondre & de luy tenir certaine journee.

Cy devise les cas par lesquelz on peut donner gaige de bataille. ix. c.

Encores y a autres loix qui s’appellent loix lombardes ou moult a de diverses choses Et celles par especial devisent les maistres qui sur ce ont escript plusieurs cas esquelz on peut bien donner & bailler gaige de bataille et combatre en champ de bataille. Et d’icelles loix sont auques venuz et sours tous les jugemens de donner gage de bataille.

Icy te diray aucuns des cas/ c’est assavoir se ung mary accuse sa femme qu’elle ait traicté de le faire mourir par poisons ou par autres choses/ dont ait aucune couleur d’en avoir suspicion/ mais ne peult estre le vray/ ou que le mary soit mort & que ses parens le mettent sus a la femme/ s’elle treuve aucun sien parent ou aultre qui pour elle se vueille combatre soustenant que du fait soit innocente/ la loy lombarde veult qu’il en soit ouy sur ce.

Item se ung homme estoit accusé qu’il en eust occis ung autre sans ce que on le peust contre luy prouver/ s’il jecte son gaige contre celluy qui l’a accusé la loy veut qu’il soit receu.

Item semblablement ung homme qui ait ung aultre batu sur ung asseurement.

Item se ung homme a occis ung autre seul a seul s’il veult prouver par son corps deffendant que l’autre l’eust assailly premier il doibt estre ouy.

Item se ung homme apres la mort de ung sien amy duquel deust avoir la succession/ estoit accusé de l’avoir occis pour avoir son heritage il s’en peut aussy deffendre par son corps.

Item se ung homme estoit accusé d’avoir couché avecques une femme mariee/ lequel cas selon celle loy se le mary ou ses parens s’en plainnent a justice est capital/ ladicte loy veult que l’omme s’en puisse deffendre par gaige de bataille.

Item semblablement est de une fille a marier estant en la gouvernance de son pere et de sa mere ou de ses parens s’ilz se plaignent de quelque homme qui ait esté en sa compaignie/ combien que ce fust de son bon gré/ ceste loy veult qu’il en jure s’il ne s’en deffend par bataille en cas que la chose fust si secrete qu’elle ne peust estre contre luy prouvé/ car se manifeste estoit/ se lesditz parens veullent il n’y a remede qu’il ne fault qu’il en muire ou qu’il s’en combate.

Et pource que ceste loy sembleroit bien estrange en france et en aultres pays que ung homme deust mourir pour tel cas veu que la femme ou la fille fust contende se fonde celle loy sur telles raisons/ comme il soit vray dist elle que ung homme reçoive mort par sentence de loy et de justice pour avoir aucunement commis ung bien petit larcin d’or d’argent ou d’autre chose/ duquel cas ne le pourra excuser quelconque necessité qui a ce le eust meu/ que justice ne luy garde sa rigueur se grace par pitié d’aucun cas piteux ne luy est faicte. Pourquoy doncques sera espargné celluy qui tollu et despouillié de son honneur aura non pas seulement une femme : mais son mary & tout le lignaige. Et pource comme icelles gens qui ces loix establirent prisassent plus honneur que or ne argent conclurent que encore trop plus devoit avoir mort desservye celluy qui en descombroit ung autre ou ung linage metoit en reproche que se tollu leur eust quelconque autre avoir/ & pource dirent les aucuns que encores estoit la loy moult piteuse quant plus cruellement on ne pugnissoit telz gens/ que aultres dignes de mort/ c’est assavoir qu’on ne les faisoit mour de plus cruelle mort que en autre cas.

Item ung autre cas qui sembleroit contre raison dit icelle loy/ que se ung homme avoit tenu et possessé ung heritaige terre ou maison Et mesmement meubles l’espace de xxx. ans & plus & ung autre l’accusoit que faulcement l’auroit possidé/ se cestuy l’offre a prouver seulement par son corps en gaige de bataille qu’il y soit receu/ mais sans faulte nonobstant ceste loy te dis bien que fol est qui ainsy gage/ car celluy qui ja en est en possession pourroit dire et respondre a l’autre. Beaulz amys je n’ay que faire de ton gage comba toy tout seul se bon te semble/ car ja pour ceste cause ne me combatroy/ si n’est loy qui le puist contraindre/ car perscription est approuvee de tout droit.

Item dit que s’il advenoit que deux hommes eussent debat et proces l’un contre l’autre au jugement & que tous deux produisent tesmoings a leur intention que se l’un veult contredire les tesmoings de [l’autre] en prouvant par son corps son intention contre qu’il y soit receu.

Item se ung homme fait demande a ung autre de certaine somme d’argent ou de quelque autre chose lequel die qu’il le bailla ou presta a son pere ou a sa mere : & l’autre luy nye qu’il soit receu contre l’autre a gage de bataille se ce offre a prouver pour son intention.

Item se ung homme a eu quelque dommaige comme par feu prins en quelque lieu de son hostel s’il veult prouver par gaige de bataille a quelque aultre homme qu’il luy ait bouté il y doit estre ouy.

Item se ung mary se plaint de sa femme qu’elle ne soit preudefemme posons qu’il le face cauteleusement pour s’en delivrer ou banir de son douaire/ elle s’en peut deffendre par trouver champion contre luy/ en gaige de bataille/ & s’il le refuse il n’en sera pas creu.

Item se ung homme hante en l’ostel de ung homme marié/ se le mary veut soustenir qu’il y hante pour l’amour d’aucun mal avec sa femme se ledit compaignon s’en veult deffendre contre luy/ en gaige de quoy je me gabe de ceste follie pensant se le compaignon qui est accusé estoit grant et fort seroit bien employé s’il s’en sentoit innocent qu’il batist tresbien au champ le meschant mary jaloux.

Item se ung homme accuse ung aultre en jugement d’estre parjure celluy qui est accusé le peut contredire si que dit est.

Aultres plusieurs choses contient icelle loy en cas de gaige de bataille/ lesquelles je laisse pour cause de briefté comme non necessaire chose de plus en dire Neantmoins tant qu’il est a entendre que icelles batailles se font aucunesfois par les principalles personnes/ & aucunesfoys se font par autres personnes quant cas raisonnable d’aucun empeschement y chiet/ sicomme se ung homme trop jeune estoit accusé ou ung homme qui eust quelque maladie ou fust impotent/ et aucunesfois une femme et toutes telles personnes/ lesquelles choses sont assés nommees par expres esdictes loix lombardes/ & mesmement se ung serf disoit que son seigneur l’eust affranchy de servitude & le vouloit prouver par son corps/ le sire n’est pas tenu de la bataille/ mais il doibt livrer ung champion. Et plus dit car de deux clers de pareil degré donne licence que ensemble se combatent. De laquelle chose sauve sa grace je dy qu’elle a tort de soy entremettre en tel cas de personne ecclesiastique/ Car le canon qui plus fait a obeyr leur deffent expressement toute bataille & violente blesceure.

Je te demande se ung homme est impotent si que dit est pourroit mettre luy tel champion qu’il luy plairoit.

Je te respons que les champions commis par aultruy sont en ce fait de bataille en figure de procureurs et advocas/ de pledoians/ lequel office chascun peut faire s’il veult sinon que droit le contredie expressement tout ainsy est de champions car quiconques veult le peut estre sinon que droit le contredie pour aucune occasion/ car ung baron ou aultre qui par avant auroit commis aucun grant criesme n’y seroit pas receu ne nul homme quil fust infame/ & la raison y est bonne/ car se ung tel homme entroit en champ pour aultruy/ & il y fust vaincu on cuideroit que ce seroit par ses propres pechez/ & non pas pour la cause de l’imposition de celluy qui est accusé.

Cy devise comment champ de bataille monte et represente aucunement fait et proces de pledoierie/ et se c’est droit que a l’entree les champions facent serment. xe. cha.

Mais quoy que gaige de bataille si que t’ay dit cy devant soit de nos docteurs reprouvé. Neantmoins pource que c’est chose en usage es faitz de nobles et en chevalerie/ & que telz debatz ont esté sont et seront jugés par les princes et seigneurs selon tel droit que avoir y peut dont la coustume ne deffaudra pas en tous lieux est bon encore d’en parler a l’enseignement de ceulx qui les ont a juger/ & aussy de ceulx qui les entreprennent/ car je tiens que la moindre partie des nobles quoy que plusieurs en parlent/ sache bien ce qui en est contenu ou doibt estre contenu en tel debat juger entreprendre et faire sy t’en diray.

Tout premierement doibs savoir et il appert que icelles particulieres batailles monstrent en figure nature de jugement car ainsy que en ung jugement est le juge/ aussy celluy qui demande & le respondant les tesmoings/ et apres la sentence vient/ semblablement en champ cloz est le juge c’est le seigneur pardevant lequel se fait la bataille/ le appellant et le deffendant sont les deux parties contradictoires/ les tesmoings sont les coups qui s’entredonnent et les armes dont ilz sont saizis. Par lesquelz coups et armes chascun s’efforce de bien prouver son intention/ & apres vient la victoire qui est escheue a l’un des deux qui represente la sentence diffinitive.

Maistre or te pri que nul ne t’ennuye se ung petit rons ta parolle pour toy faire une petition. Pource que j’ay ouy dire que a entrer au champ les champions font serment se c’est chose juste que jurement y facent/ car il sembleroit que non/ et que ja n’en fust besoing pource que en bataille generalle en laquelle seroient deux roys et leurs gens n’y seroit fait nul serment. et pour quoy le feront deux personnes.

Amy je te respons que de faire serment est le droit de tel debat/ & n’est pas bonne la raison que tu dis que es grans batailles ne se fait nul serment/ scez tu la cause pource que les grandes et generalles batailles/ sont par deliberation de grant conseil jugees par les seigneurs/ sy n’y affiert point de jurement/ mais en tel debat particulier le prince ne peut pas la verité de la querelle bien savoir/ & pource veult avoir le serment de ce qu’ilz prennent a tesmoingner par leurs corps/ si l’appelle la loy lombarde le jurement de la teste/ & se jurement si est de nature calompnie lequel se doibt damner de tout le plait/ ou lors jure le demandant qu’il fait bonne et juste demande. Apres jure le deffendant qu’il a juste deffence/ & tout ainsy fait on en champ clos/ mais affin que tu l’entendes se il y a subtile maniere de donner serment/ car se l’appellant jure absolutement contre l’autre de la chose dont il n’est pas bien certain sicomme de dire sur sainctes evangilles que tu as meurdry mon pere ou mon frere/ & toutesvoies il n’en sera pas bien certain/ car il ne l’aura pas veu/ mais l’aura paraventure ouy dire ou pour quelque couleur le suspicionnera/ le serment est follement fait/ car nul ne doibt jurer absolutement chose que de veue ou par propre sceue n’en soit certain. Et par ce fait peut estre sa querelle mauvaise s’il n’est ainsy qu’il dit il se parjure/ mais du deffendeur est aultre chose/ car il ne peut estre ignorant de la querelle : car bien scet se du fait est coulpable ou non/ & pource est sa querelle meilleure au cas qu’il ne se sente estre coulpable/ mais se a son escient se parjure trop est pire sa cause que de l’appellant qui verité cuide dire. Pource en greigneur sceurté d’avoir juste querelle/ l’appellant doibt jurer sans plus qu’il tient fermement que l’autre luy ait occis son pere dont il l’appelle/ & par ainsy sera sa querelle meilleure/ si doibt dire devant le prince la cause pour quoy il est meu/ la maniere & le cas/ & le prince sur ce doibt estre saige et advisé par les circonstances se ce peut estre vray Car se ledit criesme eust esté fait le jour devant pres du boys/ & cellui qui en seroit accusé povoit prouver que ledit jour eust esté bien loingz de la ou toute la journee autrepart/ ne deveroit point donner de foy a tel appellant de la chose qui impossible seroit/ si doibt bien adviser que la querelle soit juste ains qu’il l’accepte/ et non pas ouyr tous appellans par frivoles folz mouvemens/ folles oppinions & cuidiers/ car moult en est de sy pou saiges qui se vouldroient ad ce follement exposer sans nulle cause ou a pou d’occasion et leur sembleroit fait tresglorieux/ parce que petit ont de consideration/ si n’est pitié quant a ceulx en prent mal mais a ceulx de leur partie est compassion qu’ilz convient qu’ilz se deffendent/ ou s’ilz ne se deffendoient l’usaige d’armes leur courroit sur et donneroit blasme et deshonneur voire selon l’oppinion des jeunes et non sages en ce cas.

Et je te demande se l’appellant et l’appellé voulzissent combatre es plains champs ou en l’absence du prince suffiroit il/ Je dy que non/ car c’est cas dont la congnoissance luy appartient et en doibt juger/ duquel leur vouloir ne peut faire providence/ ains fault que ledit seigneur ou celluy qui commis y est Aussy ceulx qui garder les doivent soient presens et que chascun d’eulx soit en sceureté de toute autre personne/ ne homme du monde n’y doibt parler sur peine d’en estre grandement pugni/ se ce n’est par le commandement du seigneur qui doit juger en la fin lequel des deux eust vaincu ou vainqueur.

Cy devise s’il advient que l’un des champions perde en soy combatant aucune de ses armes soit espee ou autre baston se par droit on luy deveroit rendre et lequel doibt envaÿr l’autre. Item se le roy pardonnoit au vaincu se l’autre luy pourroit demander ses despens. Et s’il est ainsy que ung homme soit trouvé a tort accusé & appellé de combatre que on doit faire de cellui qui l’accuse. xie. chapitre

Je demande maistre s’il escheoit entre deux combateurs en champ cloz que l’un rompist l’espee de l’autre ou la jecte hors de la closture/ car je tiens bien qu’ilz facent du pis qu’ilz pevent suppose que celluy n’ait hache dague maillet ne autre baston pour soy deffendre se par raison on luy donneroit nouvel baston de deffence Car puis qu’il est en la maniere que tu l’as dit/ c’est assavoir que les armes de deffence sont en figure de tesmoings dont on se aide en plaidoierie/ sembleroit que on leur deust rendre derechief ou livrer harnoys si qu’ilz le requierent/ car se pour prouver mon intention avoie produit aucuns tesmoings posons que ceulx la me faillissent par mort ou autrement/ si en puis je bien produire d’aultres assez s’ilz ne sont pour mauvais accusez. Pourquoy doncques se icelluy champion n’a peu par son baston ou autre harnoys son intention prouver n’en peut il ravoir ung autre.

Bel amy a dire voir selon raison de tel droit qu’il y compte/ y a regard au juge de telz chose juger/ car grant differences y a se l’espee cheoit legierement d’aventure hors de la main/ ou se l’autre la lui tolloit brisoit ou jectoit hors ou se par sa follie la perdoit/ mais se son espee rompoit d’aventure par les coups qu’il mesmes en donneroit et non pas par l’effort de son adversaire et plus n’eust harnois pour soy deffendre/ & que par celle maniere fust/ sans faulte/ aucuns maistres dient que on luy feroit tort/ qui autre ne luy bailleroit/ mais trop pou adviendroit que homme entrast en champ sans estre garny de plus de ung baston ou que tous les perdist/ si se peut ayder de l’autre quant l’un est sailly.

Or sire et s’il advient que le premier jour le juge ne puisse congnoistre lequel est vaincu/ sont ilz tenuz de retourner l’endemain Je te respons certainement que ouy s’il est en leur puissance/ & que a oultrage aient emprins a combatre/ au cas que autre condition n’y auroit esté mise/ si n’en pourroit estre absoubz ne quitte jusques a ce que l’un soit vaincu/ quoy qu’il demeure/ reservé que le prince commandast le contraire ou que eulx mesmes s’accordassent par le commandement du seigneur/ car aultrement ne le pourroient ilz faire puys que en champ sont entrés mais le prince en doibt estre piteux et avoir mercy de ses deux hommes qui en peril sont de perdre ame corps et honneur.

Dy moy encore maistre lequel des deux doit premierement ferir quant ilz sont en champ/ car je n’ay pas oublyé ce que cy dessus as dit que ceste bataille tient en partie/ nature de plaidoierie par quoy il semble que l’appellant doibt premier tenir son baston/ & ferir/ car en plaidoierie celluy qui est acteur donne premier sa demande & apres respond le deffendeur.

Amy combien que tes raisons soient consonantes. neantmoins en ce cas y convient faire par autre voye que plait ne se gouverne/ car la est exploicté par parolles/ & icy par voye de fait/ & pource/ la ou homme est en peril de mort ne doibt pas attendre le premier coup/ car tel pourroit il estre sy grant & si pesant que tart viendroit a soy deffendre/ comment n’a pas doncques assez encommencé l’appellant quant son gaige a donné et appellé l’autre de combatre/ et se en jugement l’acteur donne premier sa demande ce n’est que par parolles/ dont il est grant marche ou par ung pou d’escrit. Sy n’est ce pas si perilleux comme seroit ung coup de hache ou de lance Et puis qu’ilz sont enclos & on leur escrive faictes vos devoirs/ ne scet pas bien chascun ce qu’il a a faire/ & pource te dy que selon toute raison en tel cas/ soit par raison barat ou aultre subtil engin cautelle force appertise ou autrement puis que la sont/ celluy qui est appellé peut ferir premier s’il a loisir et en tous cas peut prendre l’avantaige s’il peut ou scet/ mais vray est qu’il doibt attendre premier que l’autre se parte de sa place ung pas ou deux ou face semblant de venir vers lui.

Item derechief te fais aultre demande. Je prens que le roy qui voit deux champions ainsy combatre ait pitié de celluy qui voit sur le point de desconfiture/ fait arrester par le cry de son connestable. Neantmoins le mieulx combatant requiert au roy qu’il luy face justice & juge le droit pour lui Le roy respond je te juge l’onneur de la bataille/ mais je pardonne a l’autre/ car c’est mon plaisir/ cestui requiert ses despens/ les doibt il avoir/ car il sembleroit que non/ pource que le roy ne luy a pas condemné et qu’il n’a pas aussy confessé le fait comme vaincu.

Je te respons que s’il estot convaincu du tout & le roy luy pardonnast le delict/ laquelle chose est en sa puissance/ sil ne peut il pourtant faire tort a partie/ laquelle a bon droit les requiert mais s’il est dit. Ho/ qui est a dire cessez ains qu’il en soit du tout attaint et vaincu/ il n’y est pas tenu/ car quoy que le roy me fait crier/ quant le pis a de la bataille sil n’a il pas encore confessé la chose en quoy gist la droicte victoire au vainqueur/ c’est assavoir quant a l’autre fera confesser le droit qu’il a/ & aussy y pourroit encore avoir esperance que aucun coup pourroit estre lancé qui occiroit celluy qui le meilleur cuide avoir/ sicomme on a veu aucunesfoys/ que celluy qui dessoubz attaindoit l’autre en lançant de dague ou d’espee qu’il l’occioit/ car de fait de bataille quoy qu’il en semble ne peut estre bonnement jugé jusques en la fin.

Et maistre s’il advenoit que il fust trouvé que aucun en tel cas eust accusé a tort ung autre ou de murdre ou de crisme que deveroit il estre fait de l’accusant.

Sans faulte nos maistres determinent que on en deveroit faire pareille pugnition comme le cas en donnoit que on deust faire de l’autre s’il en eust esté attaint.

Cy demande se ung homme estoit pugni en champ de bataille d’aucun meffait se justice a plus que veoir sur luy d’icelle cause. xiie. cha.

Et derechief je te demande se ung homme qui appelle ung aultre en champ de bataille pour luy prouver par son corps qu’il est faulz parjure/ & la pugnition selon le cas advient que de ce mesmes fait il est appellé & poursuivy de justice/ doibt cest homme estre pugny plus de une foys de ung mesmes cas/ car il ne sembleroit pas que juste chose fust ne dieu ne le veult ne saincte escripture ne si accorde que pour ung peché on doive estre condemné deux foys.

Bel amy ad ce te respondray quoy que les excusations que tu dis fussent assez bonnes/ & mesmement assez d’autres pour l’omme accusé/ l’autre partie pourroit respondre nous sommes en court de droit escript/ par lequel doibt estre congneu et jugié des cas qui requierent pugnition/ mais comme gaige de bataille ne soit approuvé de nul droit escript/ par lequel supposé que par celle voye a esté corrigé n’est pas pourtant pugnition/ car justice n’y a pas veu et n’y eut autre chose au regard de droit que ainsy que se ung pere avoit batu son enfant pour cause d’aucun delict/ qu’il auroit fait/ ne suffiroit pourtant a justice ne a pugnir ne le lairoit. Si t’en diray selon le voir de ces deux altercations Sachez de vray que se la journee eust esté sy longuement differee de la bataille d’entre l’accusant & l’accusé/ que le cas fust venu en ces entrefaictes a congnoissance de justice. Je te dy bien que non obstant ce l’entreprinse de ladicte bataille juste l’en peut pugnir comme se ce fust chose prouvee/ mais se tu me demandoies se apres la pugnition seroit tenu de tenir la tournee du champ. Je te responderoye que non Car quel droit pourroit il avoir de soy deffendre de ce dont il est convaincu/ mais s’il estoit ainsy que le prince ou celluy qui estoit garde du champ l’eust pugny de ce meffait ou qu’il luy eust remys & pardonné ce meffait fust par jurement ou autre/ certes tant est grande l’auctorité des princes qui ceste coustume ont approuvee de prouver par bataille par pugnir les a tant par celle voye que pugni soit une foys sans plus ne les princes & seigneurs ne souffriroient pas aucunement requerir leurs sentences.

Maistre s’il ne t’ennuye que tant t’enquiers sur ceste matiere me dis encore ung mot a ce propos.

Ung chevalier accuse ung autre en l’appellant en champ de bataille et puis s’en repent. se peut il depporter de l’appellation a son voulloir : & que plus n’en soit de ce qu’il a dit/ car sembleroit que voirement s’en peust deporter de l’apporter : veu que se ung homme accuse ung autre ou en mesditz par couroux ou chaleur il s’en peut bien repentir et depporter s’il veult si qu’il me semble.

Amy a ce je te respons que se ung gentil homme appelle d’aucune adventure de gaige ung autre gentil homme pour quoy que ce soit en l’absence de son seigneur ou du connestable ou d’autre juge competent & apres s’en repent parce que par adventure estoit tresmal informé ou en tresgrant ire ou merancolie ou apres boire Ceste chose se doibt assez legierement remettre en maniere que a l’autre doit suffire sans le poursuivir de l’appellation Car nul ne doibt estre de ce trop malgratieux ne trop aigre comme ce soit chose merveilleusement dangereuse quelque bon droit que on ait veu aussy que l’autre soit assez tenté de soy repentir & refroider de la bataille/ de laquelle fol mouvement a bien monstré qu’il n’estoit pas saige/ car trop est grant honte de soy alleguer en parolle tellement que apres s’en conviengne desdire. Neantmoins il vault trop mieulx soy repentir de la folie ainçoys que on l’execute que d’entrer au champ/ a mauvaise querelle/ Ne se n’est pas vice de soy repentir du mal mais c’est pechié & folie de l’entreprendre et parfaire/ mais en cas que les parolles seroient tant avant allees que devant le prince ou connestable ou aultre propre a le recepvoir auroit jecté son gaige repentir ne s’en pourroit sans la voulenté du prince et l’assentement de partie laquelle pourroit par raison demander admende/ Car au propos que cy devant t’ay dit que champ de bataille retrait a plaidoierie sy est ce gage en figure d’une plainte que on donneroit en jugement. Apres laquelle icelluy qui la donne luy faut poursuivir la plaidoierie se les parties ne se accordent/ mais bien est vray que puys que ledit appellant s’en repent le prince doibt estre large de pardonner aux repentans/ car ainsy le veult dieu.

Cy devise les choses en quoy le roy ou prince doibt avoir regard/ ains qu’il juge champ de bataille Et comment on doibt donner conseil a ceulx qui combatre se doivent. xiiie. chapitre.

Des batailles en champ cloz dont tu m’as devisé te dyray qui a present sont en usage en plusieurs pays et ont par long temps esté par tout le monde tellement que par longue coustume de les avoir souffertes nonobstant la deffence du decret et du droit canon si que tu dis sont tournees sicomme en loy ce me semble que forte chose doit estre aux princes de bien determiner et juger le cas que telles batailles requierent/ car il n’est pas doubte que les seigneurs desirent et veullent que droit soit fait a ung chascun Et pour celle cause requierent et seuffrent telle bataille faire/ affin que les cas obscurs & mussez soient attains.

Amy chier vray est ta parolle sans faulte et pource en affermant ce que tu dis que telle bataille en soit le jugement moult perilleux me plaist la doctrine et enseignement des nobles/ a laquelle fin tu laboures en cestuy livre de mettre sans plus & desclairer aucunes rigles a tenir sur ceste matiere.

La premiere rigle soit que nul prince seculier affin qu’il ne faille tant soit prudent & sage quelque bon conseil de sages chevaliers qu’il ait ne doibt juger champ de bataille/ quelque bon conseil qu’il ait aussi de seculiers se ce n’est par le regard des saiges legistes pour ce que de tous cas qui advenir pevent mieulx en sauront determiner que autres gens/ car se leur enseigne leur science/ si est a eulx desclarer des cas se c’est bon ou mal a faire se c’est chose reprouvee ou permise/ ou se ung cas a previlege devant ung autre/ & qu’il soit vray que telz gens quant expers sont en sachent mieulx determiner que autres l’octroye la loy civille/ laquelle dit que les advocas sont protecteurs & gouverneurs d’humain lignage.

Encore y a autres raisons par quoy affiert a eulx en determiner devant tous aultres/ c’est pource que chevaliers et seculiers autres gentilz hommes sont plus legierement meuz a juger armez que autres gens qui ne sont que clercs/ & leur vient de ung estatut qu’ilz ont en eulx qui reputeront ung homme deshonnoré se tantost ne accepte le gaige de celluy qui le donne qui est une oppinion mute sans nul regard de raison quant a ce sauve leur reverence/ car moins deveroit estre honnoré celluy qui donneroit/ ou accepteroit le gaige pour pou d’occasion ou pour fol ou nice/ incontinent que celluy qui le refuseroit/ car sans faulte pas n’est deshonneur/ ains est le contraire de non consentir et reffuser folle entreprinse voire par especial de perdre si chier chastel comme est l’ame avecques le corps/ & pourroit dire l’assailly/ mon amy se tu as voulenté de combatre si te combas a par toy/ car quant est a moy je ne vueil pas estre a ta follie participant.

La seconde rigle que le prince garder y doit est de quoy ung gentil homme acceptast le gaige de ung aultre/ qui paradventure sera meu contre luy par aucun malice/ par chaleur par quelque faveur/ par oultrecuidance orgueilleuse pour l’autre cuider suppediter pour mieulx valoir ou par quelque aultre mouvement sans raison.

Le prince ou quelq’un son lieutenant doibt sur ce estre advisé meurement de bien entendre la matiere de l’appellant et le bien noter Car aucuns en y a qui veullent coulourer droit sur falace de parler & si folz sont qu’ilz cuident tromper dieu/ mais ce leur vient sur le chief Avec ce doibt bien considerer quelle est la cause qui le meut & quelle chose met sur a l’autre/ & s’il est ainsi que le prince ait entendu que ce soit pour cause de debte Il doibt demander a l’appellant pourquoy la debte luy est deue/ en quel païs & en quel lieu la debte fut faicte s’il a de ce lettre ne tesmoing & se fait fut sy secretement que ame n’y fust/ se point d’escrit y a ou aultre seelle/ & s’il advient que apperceu soit que aucun pou d’apparence de preuve y ait/ ou quelque couleur/ par quoy jurement de droit y puisse congnoistre/ la doibt la cause commettre Car en tel cas homme ne pourroit par droit soustenir que avoir y deust bataille.

La tierce rigle est que le prince doibt faire proposer l’appellant la cause et action qu’il a contre l’autre/ & aussy que le deffendeur soit ouy present son conseil ou soient si que dit est les clers legistes/ & la doibt estre bien veu lequel a juste cause/ & que chascun en die son oppinion. Apres laquelle chose s’il est ainsy que trouvé soit que la guerre soit esmute par orgueil follie ou presumption/ comme de dire Je vueil prouver mon corps contre le sien en champ jusques a oultrance/ pour honneur acquerre et pour l’amour de ma dame ou que plus belle est que la sienne/ et telles manieres de follie/ tantost doibt estre deboutee ceste chose et non ouye et deffendre que plus n’en soit parlé & encores te dy je/ que pour parolles quelconques tant soient injurieuses se dictes sont en fureur ou chaleur par suspicion ou merencolie/ si que celluy contre qui ont esté/ s’en vueille combatre/ n’y doibt pas avoir de bataille : si non que celluy qui dictes les a les voulzist tousjours maintenir et combatre en celle querelle qu’il fust ainsi comme il auroit dit : a laquelle chose se ainsy advenoit encores se deveroit on pener de amoderer l’un et l’autre que bataille ne se feist nullement si que dit est ne doibt estre emprinse faicte ne jugee se trop grant cause n’y a/ ains deffendue et destournee tout le plus tost que on peut.

Mais s’il est ainsy d’aucune adventure que le cas soit grant sicomme de traïson de meurdre d’efforcement d’avoir bouté feu ou d’autre grant chose/ que l’appellant ne puist prouver ne monstrer fors par la preuve de son corps et que le deffendant ne se puisse nullement excuser que coulpe n’y ait/ a dont sy que dit est par le regard et consentement de tout le conseil doibt le prince juger la bataille selon ce que la loy du cas le requiert/ lequel est tel que tantost jugié sera quoy que plusieurs soient orgueilleux qu’ilz ne se fient si non en la force de leurs corps/ & ne font compte de dieu ne de son aide/ y doibt avoir aucuns saiges preudommes ad ce commis qui monstrer leur doibt le grant peril d’ame et de corps ou ilz se sont mis/ et que bien se advisent et confessent a saiges confesseurs/ & en bon estat se mettent/ si appellent dieu/ car encore leur en sera besoing Et ainsy admonnestent chascun a par soy bien et saigement leur conseil a part/ leur dient comment telle chose est pesant : ou il convient mourir ou estre deshonnoré/ sy se advise que tart ne viengne au repentir/ & toutes telles choses banies/ a ame et corps sache chascun conseil dire au scien et loyaument admonnester ne point ne le laisse jusques a la fin de la chose ou il a mestier d’estre bien conseillé mesmement es tours d’armes qui en telz cas sont convenables tant a assaillir comme en deffence/ et pour ce faire se c’est assavoir pour y conseiller d’une partie/ et l’autre leur doibvent estre baillez chevaliers expers et sages en tel art et science.

Cy demande se bataille peut faire selon droit a jour de feste/ et se on tient en droit que homme en armes se puisse sauver/ et se clercs pevent ne doibvent de droit aller en bataille ne excerser armes. xiiiie. chapitre.

Maistre or me dy se aucune bataille soit generalle ou especiale se peut faire selon droit a jour de feste/ car il seroit advis que non veu que les festes sont faictes et ordonnees pour dieu servir Si n’est pas combatre l’un contre l’autre oeuvre ne service aplicqué a dieu.

Sans nulle faulte amy ad ce propos tu trouveras en l’ancien testament comment de dieu estoit permis aux enfans d’israel que a quelque heure de jour que on venist sur eulx qu’ilz se deffendissent et yssissent hors pour donner la bataille/ pource te dy/ que en cas de necessité on peut bien a jour de feste faire bataille/ c’est assavoir que au cas qu’il fust assailly/ mais sans faute de emprendre journee de bataille a jour de feste n’appartient pas quoy que au jourd’uy soient christiens de sy foyble foy et pou de reverence aient en dieu et aux saints que compte n’en font gens d’armes/ mais que leur advantaige voient de chevaucher escheller ou escarmoucher & piller aussy au vendredi benoist ou au jour de pasques que en autre temps laquelle chose ne se doit nullement faire se grant necessité n’en contraint ou que grant bien de la commune utilité soit.

Je te demande maistre se nous devons tenir que ung homme d’armes se puisse sauver en excersant office d’armes/ car tresgrant doubte y pourroit avoir veu les maulx que necessairement convient que on y face/ & aussy que qui meurt en voulenté de grever son voisin ne va pas en bonne voye si me semble que tel est le desir de gens d’armes qui vont en guerre contre les ennemys lesquelz dieu veut que on aime/ & dont qui y meurt comment pourroit il estre sauvé.

Amy sur ce en bref te respondray par troys conclusions.

La premiere que sans faire doute selon que declaire le decret/ le chevalier ou homme d’armes qui meurt en bataille contre les mescreans pour l’exsaucement de la foy de nostre seigneur jesucrist : mais que de ses pechez soit repentans/ il s’en va ainsy que martir tout droit en paradis.

La seconde que se ung homme d’armes meurt en juste bataille pour aider au droit ou que ce soit pour la juste deffence de la contree & pour le bien publicque ou que ce soit pour garder les franchises ou bonnes coustumes du lieu se autre pesché ne l’empesche/ son ame n’en est pas agrevee/ ains y a grant merite et peut estre tel le cas et la querelle qu’il s’en va droit en paradis/ et est determiné que cellui bien meurt qui expose sa vie pour deffendre justice le droit de son prince et la contree/ & le peuple/ qui est chose moult meritoire.

La iiie. est au contraire/ c’est assavoir que se ung homme meurt en bataille en laquelle fust contre sa conscience/ c’est assavoir qu’il pensast que la querelle fust mauvaise & pour tollir et usurper droit d’aultruy dont il ne lui en chaille/ mais que tollir peust piller ou gaigner ses sauldees/ sans faulte se tel homme n’a loisir de avoir grant repentance en la fin nous ne pourrions presumer qu’il fust en voye de sauvement/ sy se advisent bien tous ceulx qui s’i mettent/ car ame et corps exposent en grant peril se en faulses querelles soustenir se habandonnent. En ce doivent singulierement avoir regard sauldoiers estranges/ et est moult contre ceulx ausquelz il ne chault de la querelle/ mais que bien paiés soient de leurs gaiges/ & que bien puissent piller/ mais telz gens font trop pis et moins sont a excuser que ceulx a qui il convient estre soit droit ou tort soubz peine de perdre leurs fiefz et terres avec leur naturel ou souverain seigneur/ combien qu’ilz doivent se leur seigneur a tort mettre peine a destourner et eschever la guerre.

Je te prie dy moy se clercs pevent ne doivent sans mesprendre aller en bataille. Je te dy voirement que de ce font nos docteurs plusieurs questions et selon l’oppinion d’aucuns aller pevent en armes deffensives et non pas envaÿes/ c’est assavoir qu’ilz pevent deffendre/ et non pas envaÿr/ & aultres dient qu’il ne leur loist saillir hors de leur lieu pour quelconque cas mais seulement leur est permise la deffence de la cité ou forteresse ou ilz sont/ soit aux murs ou aux fenestres a pierres et telz bastons que avoir pevent sans traire de fer/ et autres dient que de toutes armes pevent user en cas de deffence sans attendre que envaÿs soient/ car aucunesfois pour sauver son corps fault offendre et non pas attendre que on soit offencé/ car telle pourroit estre l’actende que on viendroit a tart pour y remedier.

Autres oppinions tiennent que en mandement de pape lequel est souverain sur tout le clergié ilz pevent faire l’un et l’autre/ & autres dient que les clers & les evesques qui juridictions de terre et de justice tiennent des princes sicomme du roy de france tiennent plusieurs prelatz leur temporel sont tenuz d’aller en guerre avecques leur seigneur s’il le veult/ & par especial les pers prelatz de france lesquelz pevent bien dire aux gens d’armes qu’ilz prengnent et emprisonnent/ mais qu’ilz tuent non/ car irreguliers seroient/ mais nullement ne leur appartient ferir homme ne a combatre si non qu’on voulzist ferir sur eulx/ car il n’est evesque ne prelat qui deffendre justement ne se peust en cas que premier envahy seroit sans ce que inregulier fust & mesmement s’il occioit/ mais a dire que armés soient gens d’eglise en bataille pour ferir mesmement en champ n’est point de droit.

Cy commence a parler de fait de armoierye se chascun peut prendre telz armes qu’il luy plaist. xv. c

Maistre sans faulte je voy & congnoys que ton savoir est en bien souldre proprement toutes questions que me pourroit estre l’importunité de mon ignorance/ & comme assez doibt suffire sans toy plus travailler ce que declaré m’as de droit d’armes s’il te plaist encore ung mot pour moy faire sage d’aucune chose assez deppendans des precedentes/ c’est assavoir de droit d’armes/ apres lesquelles demandes que trop ne t’ennuye je te prendray fin en con[cluant mon livre. C’est que tu me dies du fait des] devises d’armes banieres et penonceaux que seigneurs ont acoustumé de porter & faire paindre en leurs paremens se chascun les peut prendre & porter a son vouloir.

Amy chier de ses armes qui premierement furent trouvees par noblesse/ affin que en bataille chascun noble homme fust recongneu par ses armes troys differences y a/ dont les unes furent faictes et ordonnees des le temps ancien pour l’estat des dignités et non pas de leur personne ne de leur lignage/ sicomme est le signe de l’aigle/ lequel est deputé pour la dignité imperial Si ne le doibt nul porter s’il n’est empereur.

Item semblablement y a autres armes qui sont d’office/ sicomme nous dirons les capitoliers de thoulouse/ lesquelz durant leur office portent unes propres armes ad ce deputees es choses qui a office appartiennent. Semblablement les consulz de monpellier/ mesmement se assemblee on faisoit en la ville ces propres armes d’office porteroient/ & se autres prenoient/ on les reprendroit & ne leur seroit souffert Et semblablement en divers lieux sont propres armes.

Item la seconde difference d’armes est de celles qui purement viennent par succession de linage aux roys ducs contes et aultres seigneurs plus petis sicomme est l’ermine pour le duc de bretaigne/ la croix d’argent au duc de savoye et ainsy des aultres seigneurs Et de ceulx par especial ne deveroit nulz prendre les armes/ & encores peux tu veoir que on congnoist tousjours le chief de la seigneurie ad ce qu’il porte les plaines armes sans difference & que ceulx qui sont du lignaige tous aultres gentilz hommes/ sy te dy bien que de droit & raison nul ne se doibt embatre de riens prendre sur armes de gentilz hommez ne porter choses semblables ne mesmement gentil homme sur l’autre s’il n’est ainsy que de ancienneté puisse monstrer qu’elles aient esté a ses predecesseurs/ ou que aucun seigneur eust donne bende/ quartier ou aucune partie de ses armes a luy ou a ses bons predicesseurs/ car par ainsy les pourroit il bien porter sans ce que le linage y peust contredire/ car a aucuns barons chevaliers et gentilz hommes ont esté donnees les armes qu’ilz portent d’ancienneté ou les differences qui y sont par aucuns princes ou grans seigneurs/ si ne doibvent estre prinses par nul autre si que dit est/ mais bien est vray que s’ilz avoient ou veoient que ung homme estrange venist en place qui portast les mesmes armes & toutes pareilles d’aucun gentil homme de france ou d’autre part/ que d’ancienneté semblablement eussent porté ses predecesseurs/ il ne feroit tort a personne ne riens ne luy en pourroit estre demandé.

Item la iii.e difference est des armes que chascun jour sont trouvees a voulenté sicomme il advient aucunesfoys que fortune eslieve les hommes a son plaisir si que les bien petis montent en hault estat/ & aucunefoys advient par la suffisance des personnes ou en armes science sagesse ou conseil ou par autre vertu avoir en soy que hommes se font diversement/ si n’est pas mal employé a ceulx qui le vallent par noblesse de vertu/ & adonc quant ceulx se voient en estat monter prennent armes a leur voulenté & de tel devise qu’il leur plaist dont les aucuns se fondent sur leurs surnoms/ sicomme ung homme qui aura nom pierre maillart prendra les mailletz/ & ainsy diversement/ ou d’autre devise se mieux leur plaist/ & puis les hoirs qui de luy descendront porteront a tousjours icelles/ et par celle voye prennent premierement armes.

Cy devise en quelle maniere ung gentil homme peut calenger les armes de ung autre xvie. cha.

Or me dy que je l’entende je prens que mon pere ait prins son plaisir en ces armes/ une biche de gueulles a troys estoilles par dessus/ et ung autre homme qui riens n’appartient a mon pere eust prins les pareilles les peut il doncques par droit porter sans contredit.

Je te respons que sur ce debat font les maistres des loix celle question/ que se ung homme ou linage avoit prins unes nouvelles armes puys que plublicquement les auroit portees/ & il advenist que ung autre homme de la ville ou mesmement du païs dont il seroit les voulzist prendre ou que depuis les eust prinses n’est pas raison qu’il les porte/ ains doibvent demourer au premier ne le seigneur du lieu ne le doibt suffrir se complaincte en estoit faite/ car telles armez furent trouvés pour la difference ains seroit confusion/ & il appartient au premier et a sa justice de pas souffrir a ses subgetz que l’un face tort ne honte a l’autre et prendre armes que ung aultre auroit ja prinses sembleroit sicomme ung despris fait par despit ou despris pour commencer contencion & riote l’un sur l’autre.

Maistre or me respons de ung aultre debat qui assez pourroit advenir. Ung gentil homme allemant vient a paris pour servir le roy et estre de sa court Auquel lieu treuve ung autre gentil homme qui porte les propres armes de son lignage De laquelle chose l’allemant lui veut calenger/ mais le françoys respond qu’il ne les a pas trouvees/ ains les portoient anciennement ses predicesseurs/ l’allemant dit que plus est ancien son linage & pource luy doivent demourer & que plus est pourtant que le françoys le contredit & nye Il respond que en ceste querelle se combatra/ & de fait gecte son gaige devant le roy sy te demande s’il a bonne cause et se par droit d’armes le roy y doit juger bataille.

En bonne foy que bataille pour celle occasion y soit jugee ne accorderoit nul droit/ evidente en est la raison/ car quel dommaige ne deshonneur peut venir a L’alemant se ung françoys qui n’est pas du pays dont il est/ & ne sont soubz ung mesme seigneur ne de une terre porte armes aux siennes semblables. Puis que mesmement sont siennes d’ancienneté/ pour quoy les luy peut il calenger ne sa longue possession empescher/ certes de ce ne appartient juger bataille ne aultre droit fors que chascun se tiengne en son vouloir. Je ne dy pas que s’il advenoit que pour faulcement dissimuler ung chevalier ou ung homme d’armes de france ou d’aultre part/ que homme fust de tresmauvaise vie et prensist les armes de ung chevalier allemant avec lesquelles fist les mauvaistés Ledit allemant n’auroit pas mauvaise cause de les luy calenger ains seroit sa querelle juste et bonne/ mais autre bataille ne seroit a juger contre ce mauvais homme si non les fourches car il ne seroit pas droit que ung homme se meist en peril contre ung mauvais homme qui evidamment seroit de mauvaise vie/ & pour cestuy barat d’autruy armes prendre pourroit on estre pugny par droit en plusieurs manieres/ car se ung sauldoier de simple linage alemant ou d’autre part venoit en france es guerres du roy pour estre prins et retenu a gaiges & portast les armes d’aucun ancien linage de son païs duquel selon la renommee eussent acoustumé d’estre tresbonnes gens d’armes/ et pour plus estre honnoré et d’avoir meilleur gaige et greigneur estat les eust prinses/ n’est pas doubte que se telle chose venoit a congnoissance et le lignage s’en reclamast de tort il en seroit pugni par droit & aussy qui contreferoit la marque d’un autre/ car se telle chose estoit soufferte se pourroient faire infiniz debatz et baratz.

Des armes et penonceaux et des couleurs plus nobles d’armoyerie. xviie. cha.

Mais pource que en ceste matiere entrez sommes et que ramentu me as les banieres & armez des grans seigneurs/ te diray des couleurs que on y repute les plus haultes & les plus riches/ car difference y a de noblesse pour la representation qu’elles font selon nature. Les maistres de loy d’armes treuvent que couleur d’or est la plus riche/ & la raison est pource que l’or en sa nature est cler & luisant/ vertueux & confortant tellement que les maistres de phisique le donnent pour souverain confort a l’omme debilité pres de mort/ & avec ce represente le soleil qui est tresnoble lumiere/ car la loy dit qu’il n’est chose plus noble que clarté. Et pour ceste excellence disoit l’escripture que le juste et la saincte personne resemble l’or & le soleil & pource que l’or en sa proprieté est comparé au soleil en plusieurs choses ordonnerent les anciennes loix que homme ne portast or si non les princes si est doncques or la plus noble.

Item la seconde couleur est pourpre que nous disons vermeil ou rouge et represente le feu/ si est le feu plus luisant en son corps apres le soleil & le plus noble de tous les quatre elemens/ pour laquelle noblesse semblablement ordonnerent les loix que on ne portast vermeil si non les souverains seigneurs.

Item la tierce noble couleur est Azur/ laquelle pour sa figure represente l’air/ lequel apres le feu est le plus noble des elemens/ car il est en son corps subtil et penetratif et habille a recevoir les influences.

Item la iiiie. couleur est le blanc que on dit en armoyerie argent/ laquelle couleur de blanc est la plus noble de celles qui cy apres s’ensuivent/ car plus est prochain des corps luisans & avec ce signifie pureté & innocence/ & dit l’escripture que les vestemens de nostre seigneur apparoient aux appostres blancs comme noix. Et ceste couleur de blanc represente l’eaue/ laquelle apres luy est la plus noble.

Item l’autre couleur est noir que on dit en armoyerie sable qui represente la terre et signifie doleur/ car plus s’eslonge de clarté que ne font les autres/ & pource fut trouvé que en signe de douleur noirs habis appartenissent aux dolans si est la plus basse et la plus humble qui soit/ & pource fut ordonné que religieux s’en vestissent.

Item l’autre couleur d’armoierie est vert qu’on dit sinople qui signifie bois/ champs/ & prez. Et pource qu’elle n’est pas comptee des quatre ellemens est reputee la moindre/ & d’icelles six couleurs sont differencees toutes armes et banieres par diverses divises prinses par haultesse des le temps tresancien.

Explicit le livre de droit d’armes subtilité & cautelle ad ce servans selon Vegece de l’art de chevalerie. Imprimé le xxvie. jour de Juing Mil. CCCC. quatre vings & huit/ par Anthoine verard Libraire demourant a Paris sur le pont nostre dame a l’ymage sainct Jehan l’evangeliste ou au palaiz empres la chapelle ou on chante la messe de messeigneurs les presidens.

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JESUS Pour provocquier ta grant misericorde De tous pecheurs faire grace et pardon Anthoine Verard humblement te recorde Ce qu’il a il tient de toi par don.

Icy sont declairees les douze vertus que ung noble homme et de noble couraige doibt avoir en son cueur/ et en sa memoire et en user.

Vous yssus de noble maison Et de gentil sang successeurs Tant de vertus que de raison Devez estre vrays possesseurs De vos parfaitz predicesseurs Avez le nom et heritaige Mais douze vertus qui sont seurs Font seulement noble couraige. Ceulx qui gentilz nommer se veullent Et nobles dire et maintenir Et pour nobles tenir se veullent Douze vertus doivent tenir Cest abregé leur administre S’ilz les veullent entretenir Et de leur cueur faire registre. Noblesse. La vertu premiere est noblesse Car le noble doibt estre extrait De noble sang de gentillesse Dont son nom et ses armes trait Garde soy de faire faulz trait Mais ce monstre filz legitisme Et soit son cueur en vif pourtrait De nobles meurs et bon regime. Foy. Par cas pareil doibt avoir foy Tout noble homme premierement Envers dieu le souverain roy A l’eglise pareillement Et a son prince entierement. La doit garder sans quelque offence Qui sa foy faulce ou son serment Du tout pert honneur & credence. Leaulté. Tiercement ensuyt leaulté Que le noble doibt possesser Comme la leur de sa bonté En son cueur la doibt entasser Pour nul cas ne la doit faulser Soit vers son espouse ou sa dame Car mieux vaut leal trespasser Que desleal vivre en blasme. Honneur. Sur honneur doibt estre fondé Du noble le desir finable Qui veult estre recommandé En tous ses faitz soit honnorable Il ait la bouche veritable Et cueur assiz plus hault que roche Ainsy pourra estre semblable Aux parfais qui sont sans reproche. Droicture. Apres honneur ensuyt droicture Qui le noble fait obliger A garder toute creature En droit. et le mal corriger Ses armes ne doibt encharger S’il n’a bonne et juste querelle Et ne doibt croire de legier Mais partie ouye sans cautelle. Prouesse. Prouesse est la haulte vertu Qui en cueur de noble recline Son nom est mort et abatu Se prouesse en luy ne domine Preux et vaillans s’y determine Pour louenge & renom acquerre Ou aultrement il n’est pas digne De tenir seigneurie ne terre. Amour. Amour est la vertu feable Qui au noble fait dieu amer Reffuge doulz & amiable/ Se doibt le noble a tous clamer Faire se doibt aussy amer/ D’amour conduit et de franchise En gardant par terre & par mer Vesves orphenins et l’eglise. Courtoisie. Courtoisie est la vertu noble Qui le noble peut decorer C’est ung des beaulx fruitz du vignoble Que gentil cueur peut savourer Il doibt contendre & labourer D’estre doulz et d’umble vouloir Si se pourront en luy mirer Tous et toutes pour mieulx valoir. Diligence. Diligence acquiert par son gré Prouesse et honneur largement Et met le noble en hault degré S’il le veult croire seulement Attaindre ne peut franchement Les autres vertus l’exellence Qui premier n’a le fondement Et le moyen de diligence. Necteté. Cueur gentil qui a honneur chache Doibt avoir necteté entiere Car on veult que une seule tache Deffait la robe tant soit chiere En faitz en ditz et en maniere Necteté la doibt esclarchir C’est des haulx biens la tresoriere Qui les nobles peut enrichir. Largesse. En noble cueur et gratieux Doibt estre largesse comprinse Car ung cueur avaricieux Ne fera ja de haulte emprinse Qui est large chascun le prise Bien est servy et tant amé Que par sa largesse bien prise Il est haultement renommé. Sobresse. Sobresse fait l’arriere garde Dont le noble homme est capitaine Affin que ses vertus bien garde En bonté dont n’ait gloire vaine Ne dye parolle villaine Et de pres se garde en tout lieu Car ja n’aura vertu haultaine Qui de son ventre fait son dieu. Noble homme pas ne fourligne Aime mieux honneur que peccune Considere ta noble ligne De ces vertus aime chascune Et d’icelle n’oublie aucune Car d’une çainture sont çaintes Qui pert la lumiere de l’une Toutes les aultres sont estaintes. Estudie es nobles histoires Des preuz des loyaulz des parfaiz De leurs honnorables memoires Peuz valoir en ditz et en faiz Se tu portes le pareil faiz A tes successeurs pourra plaire Et leur seras se ainsi le faiz Droicturier patron d’exemplaire.

Cy sont les vii. vertus que en noblesse doibt avoir Et par especial es princes.

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