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L'art de chevalerie selon Vegece

Front matter (continued 4)

Jean de Vignay translation

Helas helas dolente paye advient souvent/ car ung seul coup soudainement rué/ les peut envoyer a tousjours en enfer/ & avec ce est assavoir quoy qu’ilz en facent tous ou la plus grant partie petit compte que tous ceulx qui excedent et passent ce que dit est en l’excercite d’armes les drois et les termes de droit de guerre quelle que soit la querelle juste ou non/ si que les loix la limitent ilz se dampnent et perdent.

Cy devise de droit de pais de sauldees et de gaiges aux gens d’armes. viii. c.

Affin que les nobles hommes qui ce present livre pourront oyr tant pour le temps present comme celluy advenir/ puissent savoir de quelles choses faire en armes/ Le droit donne licence et desquelles non. Et pource chier amy que cy devant m’as ramentu gaiges et sauldees en fait de guerre/ te diray partie en quoy homme d’armes s’oblege en prendant gaiges & sauldees en fait de guerre/ et aussi en quelle maniere le seigneur est tenu de paier gaiges et en quelle non Car telles choses sont contenues es droitz escrips.

Premierement est assavoir que tous seigneurs villes ou communes seignouries qui prendent gens a sauldees sont tenus de les paier pour le pais qu’ilz sont prins soient mis en euvre ou non. Et mesmement supposé qu’ilz fussent a sejour et sans riens faire voire en cas que la faulte ne tenist en eulz & que tousjours fussent prestz Et se faulte de paiement y a selon la promesse/ je dy que selon droit & raison le pevent demander par belle justice.

Maistre puys que en ceste matiere sommez entrez et tu dis que le seigneur est entré en debte de les paier et y est tenu des gens d’armes contenter de leurs sauldees supposé qu’ilz fussent a sejour/ te vueil a se propos former aucunes demandes en telle maniere.

Premierement je suppose que ung capitaine atout une route de gens d’armes soit retenu es gaiges du roy. Et par son commandement s’en voit en gaigne contre les anglois. Advient que en chemin se logent en certain lieu auquel les gens dudit lieu aient malicieusement empoisonné le pain et le vin par quoy advient que aucuns d’iceulz meurent Autres demeurent malades par l’espace que servir doibvent ou plus/ par quoy n’est en leur puissance de servir le roy ainsy que promis l’avoient/ si te demande se les gaiges d’icelluy temps doibvent avoir perdus. A ceste question respons que non certainement/ veu encore que la maladie leur soit venue a cause dudit service/ car maladie en droit excuse l’omme/ ne a celle cause ne doibt perdre nulles distributions puys que venue est apres la retenue.

Autre question doncques faire te vueil. ung sauldoyer est retenu par une annee a gaiges. S’il advient en celluy temps que il a a faire en son hostel par quoy vient au capitaine et prent licence pour aller veoir sa femme et son mesnage pour l’espace de ung moys. Je te demande se par droit doibt avoir les gaiges de icelluy moys/ car il sembleroit que non/ veu que en celluy temps ne serviroit le seigneur/ ains est allé a ses besoingnes/ pour quoy doncques debveroit il avoir loyer de ce qu’il n’a pas fait.

Je te respons ad ce sache que telle est la maniere d’armes/ que sy grant puissance/ a le congé et licence du capitaine et tant est previlegié/ que puys que voulentiers a consenty le congé/ ledit homme d’armes doit estre reputé pour resident/ car tousjours est demouré serviteur du seigneur en sa guerre/ voire puys que retenu estoit pour l’annee. Mais bien est vray que se obligé estoit par division de temps/ c’est assavoir que sans plus fust retenu a certaine somme par chascun moys/ tant tenu tant payé la diroy je autrement.

Autre question te fais ung chevalier pour une annee est prins a gaiges pour servir le roy en ses guerres. Advient apres que troys moys a servy s’en veult partir et demande les gaiges du temps que servy a/ le capitaine contredit disant qu’il auroit prins pour une annee/ & que s’il ne l’eust promis il en eust bien eu ung autre et qui ne parfait son service pert.

Ad ce je te respons que bon droit a le capitaine/ car se l’omme d’armes fault premierement de sa promesse il n’y a aussy raison que convenance/ de gaiges luy soit tenue. Mesmement plus fort y a/ car je te dis et te certifie que se par sa deffaulte il avoit perdu ses chevaulz ou son habillement de guerre comme harnois et autre ne peust recouvrer/ pour laquelle chose fut non convenable a servir. Il doit perdre tout le temps qu’il a servy. car service ne fait a avoir gaiges/ jusques a la fin/ ou cas toutesfoys que autres convenances n’y seroient faictes. car marché fait & convenance passe toute loy/ & peus bien veoir que la mauvaise chose entremeslee avec la bonne retourne la bonne en mauvaise.

Maistre or me respons a ceste question. ung vaillant homme d’armes est prins pour servir toute une annee. Advient tantost que nouvelles luy viennent que grant affaire a en son hostel. par quoy aller s’en veult/ & au congé prendre dit au capitaine qu’il mettra ung autre en son lieu pour faire le service qu’il debvoit. Ad ce contredit le capitaine disant qu’il l’avoit prins pour sa vaillance preudommie & sagesse/ & que a peine trouveroit il homme qui souffisamment tenist son lieu. Le sauldoyer replicque disant que certains affaires luy sont survenus/ par quoy il perdroit sa terre et son heritage se en personne n’y estoit/ et que selon raison est plus tenu de son sens aider a luy mesmes que a nul autre Si ne le peut contraindre aucunement de demourer/ Le capitaine respont qu’il est obligé par serment sur sainctes evangilles/ Sy n’est pas l’omme en sa franche liberté qui a autruy se lye. Or determinés maistre ceste question Car veu les raisons dudit homme d’armes/ & que en son lieu veut mettre homme souffisant sembleroit que quicte s’en peust aller.

Je te respons que a bien ceste question determiner a grant regard Car il n’est pas doubte que de ung homme d’armes commun deveroit souffrir homme pour homme/ mais a dire que celuy fut tant solennel que a peine son pareil peust estre mis en son lieu/ de y mettre plusieurs autres assez moins vallables ne seroit pas raison. S’il advenoit que ainsy bon y meist je ne le dy pas que la chose ne fust fort raisonnable/ car si que devant t’ay dit/ l’omme d’armes n’est pas maistre de soy puys que par serment est obligé. Pour celle cause te dis que icelluy n’en seroit pas quitte quelque necessité ne quelque affaire qu’il peust avoir en ses besoingnes se de grace especiale le prince ou capitaine qui de ce a la charge de son bon vouloir et plaisir ne l’en quittoit. Et y a bonne raison Car se aucun obligé estoit de paier dix aulnes d’escarlate et il paioit en ce lieu gros burel quoy que tout fust drap ne deveroit pourtant estre quicte.

Cy devise se ung capitaine de certain nombre de gens d’armes les peut bien transmuer a sa voulenté puis qu’ilz sont retenuz a gens d’armes. ix. c.

Maistre autre question te fais assez deppendant de la dessusdite. Je suppose que receu soit a gaiges ung capitaine pour une annee/ ou qu’il soit venu avec luy Cent hommes d’armes lesquelz soient tous passez et escrips a la monstre Advient ung moys apres qu’il veult remuer ses gens tous ou partie et mettre autres en leur lieu/ Je te demande se par droit le peut bien faire. et sembleroit que sy/ car il doibt bien souffrir s’il a cent hommes convenables ainsy qu’il a promis. Et avecques ce s’il ne le peut ainsy faire et n’en avoit l’auctorité seroit grant prejudice/ car se entre les siens on veoit aucuns mauvais et de perverses meurs larrons ou de mauvaise vie & nuysant aux autres et dont honte peut venir a tous ne vauldroit il pas mieulz que changez feussent en autre lieu que laisser en leur lieu.

Ad ce respons que droit est si juste chose et si raisonnable que esten[dre] se veult a ung chascun sans faire nul tort. Et pour ce te dis que le simple capitaine qui est soubz le principal capitaine ne le peut bonnement faire sans la licence majeur/ car se ainsy estoit il seroit en luy de faire extorcions aux compaignons s’il luy plaisoit/ c’est assavoir prendre autre par aucune faveur ou par convoitise de prendre part a leurs gaiges ou par quelque fraude/ & de bouter ceulx qui paradventure meilleurs seroient/ sy doibt avant la main avoir bien advisé de prendre telz compaignons avec soy qu’il ne soit nul besoing de les changer.

Se changer les fault par aucune adversité qui en eulx soit c’est son deshonneur quant telz les a choisiz/ mais ce a toutes fins advient que change y conviengne en quelque façon ou maniere que ce soit/ et sans faulte ce ne se doibt faire aucunement sans le congé du souverain de l’ost. et encore que ce soit par tresgrande deliberation. Et s’il advient aucunement que de soy mesmes le face n’est pas doubte que celluy qui est cassé ne se puist plaindre au capitaine par especial s’il est homme ydoine et convenable et en doibt avoir droit.

A venir au propos des capitaines convoiteux qui tricheries et baratz pevent faire aux petis compaignons. Il en est assez. qui reçoivent leur paie et pour eulz la retiennent et leur suffist de les paier de petit de chose. et ceulz paradventure ne s’en osent plaindre pource que par ce couvent & en faisant tel marchié a eulz/ affin d’estre receu si y sont mis/ dont c’est moult grant pechié/ car par ce sont contrains a faire plus de maulz & de pillage que s’ilz fussent bien paiés. Si deveroit le capitaine a telz choses bien prendre garde/ car a moins ne pevent les povres soudaiers soient de pié ou de cheval gens de traict ou autres. que de la povre paye avoir/ qu’ilz gaignent au peril de leurs vies et a si grant traveil de leurs corps/ si fait fort grant pechié qui leur oste ne amoindrist. Et ce n’eussent jamais souffert les anciens. Ains estoient plus couvoiteux que la gaigne tournast au proffit des sauldoyers que a eulz mesmes/ car les preux vouloient que ceulz eussent le gaignage et a eulz suffisoit avoir l’onneur.

Cy devise se ung seigneur envoye ung homme d’armes pour garnison d’aucune sienne forteresse sans ce que aucuns gaiges luy soient promis/ et il advient que en chemin soit destroussé. Auquel des deux peut demander ces interestz/ ou au seigneur qui l’envoye ou a celluy qui destroussé l’a. Item se ung homme d’armes est venu servir ung seigneur en sa guerre sans convenance de gaiges/ se le seigneur est tenu de le paier. x. c.

Autre demande te fais. Je suppose seigneur envoye ung chevalier en aucune sienne forteresse pour la garder sans ce que a luy face aucune convenance de gaiges ne de sauldees. Advient en chemin que a icelluy sont ostez par force ses biens son harnois et ses chevaulz/ auquel peut le chevalier par droit demander sa perte/ ou a celluy qui l’envoye ou a celluy qui l’a destroussé.

Je te respons qu’il les peut demander a l’un & a l’autre/ c’est assavoir a celluy qui l’envoie peut faire demande par action de violence et de fait/ mais se le premier les luy restitue. Il est tenu de luy delaisser l’action & droit de la demande que a l’autre eust peu faire par vertu de quoy le peult faire convenir Or me dy derechief ung baron a certaine [guerre]/ a l’aide duquel ung chevalier par sa courtoisie sans ce que requis en soit vient en sa compaignie et aide. Je te demande se icelluy apres le service peut demander gaiges ne saudees s’il lui plaist Car il sembleroit que non/ car pour quoy il n’y estoit pas appellé/ & sembloit que son entente fust de servir par courtoisie.

Ad ce je te respons que s’il n’est de son lignage ou que grandement tenu y soit ou que par charité venu y fust sans faulte il peut courtoisement faire demande pour son vivre et estat tenir s’il lui plaist/ car le droit dit que nul n’est tenu soy armer a ses propres despens/ sy doibt suffire au seigneur qu’il ait eu le secours de l’autre/ et de tant que plus franchement y est venu/ tant plus y est tenu. Si lui doibt satisfation de gaiges ou d’autres biens faitz.

Cy devise se ung roy envoie secours a ung autre roy sans l’en avoir requis se il seroit de le paier/ et semblablement de une dame vefve/ a laquelle par courtoisie aucun auroit aydé. xi. cha.

Maistre je suppose que le roy d’arragon envoiast demain au roy de france grant ost de ses gens a secours en sa guerre de sa pure courtoisie pour certain temps sans ce que nullement en eust esté requis/ mais l’eust fait simplement pour rendre la courtoisie semblable autrefois de luy receue/ je te demande se ces gens apres le service pourroient demander paiement de ce dont ils sont tenuz.

Je te respons amy que se le roy de france a autresfois servy le roy d’arragon ou autre en sa guerre de certains gens d’armes paiés pour aucun temps si que assez est de coustume entre princes bien amys faire l’un pour l’autre. Semblablement est tenu par droit de gentilesse le roy d’aragon faire au roy de france non pas que de droit le roy de france luy peust demander se autre convenance n’y avoit/ car qui franchement donne ne peut contraindre estre remuneré/ mais en quelconque maniere soit la venue le roy de france est tenu par droit de noblesse leur donner dons posé que tous paiez soient venuz non pas que par voye de droit escript eussent action de faire au roy demande de paiement puys qu’il ne les y avoit mandés.

Encore te demande/ je prens que une dame vefve tenant aucune seigneurie soit oppressé de guerre a grant tort et peché d’aucun seigneur ou chevalier/ a l’ayde de laquelle veit ung gentil chevalier meu de pitié & pour garder le droit des dames & croistre sa renommee en vaillance et chevalerie/ & a tout dire y fait tant de proesse que par sa proesse met ladicte dame a paix de sa guerre/ & luy face avoir plaine restitution/ pourroit icelluy apres ces choses demander sallaire de ses biens faitz comme celluy qui bien l’auroit desservy.

Je te respons que non/ car par mandement ne estre prins a gaiges ne la peut contraindre. Et se dire me veulz que grandement ait fait le proffit de la dame. Je te respons que plus grant a fait le sien propre en tant que en honneur et renommee il en est exaulcez. A laquelle cause il vient si est ja paié du sallaire qu’il queroit/ mais bien est vray que se la dame est puissante & ait de quoy elle doit tant faire pour luy/ que exemple luy donne/ & mesmement aux autres tel/ que se autrefoys en avoit a faire fust voulentiers secourue.

Cy devise se ung roy a guerre a ung autre et luy vueille aller courir sus a grant ost. se les seigneurs par ou il doibt passer luy pevent par droit calenger le passage. posé que mal n’y face ne vivres n’y prengne fors que pour l’argent. xii. c.

Des choses d’armes te vueil faire une autre question. Je suppose que le roy de france vueille pour aucune querelle faire guerre au roy de honguerie par quoy assemble son ost pour aller sur luy/ pour laquelle cause rescript au duc d’austriche qu’il prendra son chemin par son pays/ mais il l’asseure que mal ne grief par luy ne par ses gens n’aura sa terre ne ses hommes/ ains bien et proffit en tant que pour son argent prendra vivres par tout ou il passera. Le duc d’austriche qui de ce fait doubte. Respond au roy que de ce veult estre sceur par bons hostagiers avoir que restitué sera se dommaige luy est fait. Si te demande qu’en est de droit a faire. Car le duc dist qu’il est prince en son pays si ne passera nul par la en armes s’il ne luy plaist & d’autre part posé qu’il le consente si seroit ce fort que tel ost peust passer sans faire moult d’outraiges/ & pource veult avoir de la restitution bonne sceureté.

Amy je te respons que par droit escrit celluy pour son bon droit et juste querelle va en armes peut et doibt avoir son chemin et passage es voyes publicques par tous pays et royaumes par tel sy que nul grief ne soit par luy ne par ses gens fait au païs. & dont puis que ainsy est il n’est nul besoing ne il n’appartient pas qu’il donne hostagiers quant il y a raison qu’il soit fait. Et ce tesmoingne le decret la ou il recite l’istoire comment quant le peuple d’israel s’en alloit contre les ennemys Il les convint passer par le pays des amonees/ lesquelz voulurent contredire le passage/ mais quant ilz veirent que par amour n’en povoient finer Ilz gaignerent par force le passage que dieu leur ordonna Si dis que semblablement seroit de droit et de raison de ainsy faire en tous cas pareil.

Je te demande maistre/ je prens que ung baron de france ait meu guerre a tort et mauvaise cause a ung chevalier en laquelle mout luy fait de griefz et de dommaiges/ mais pour celle foys ne peut trouver droitement voye d’avoir droit par justice de luy. Neantmoins assemble ses amis avec grant route de gens d’armes pour courir sus audit baron lequel de sa part si bien se deffent que entrer ne peut sur son païs ne dommaiger sa terre. Et pource que fait/ il dommage les terres voisines et foule a icellui baron pource que adherens et favourables luy sont Sy prent ledit chevalier proye de toutes pars tant que moult en enrichist et qu’il peut bien valoir autant comme il avoit eu de dommaige.

Advient ung temps apres que a paris s’entretreuvent/ auquel lieu le chevalier fait convenir ledit baron a la court de parlement et la luy demande restitution des dommaiges que fait luy avoit a tort & sans cause en ladicte guerre. A laquelle chose l’autre respont que bien luy doibt suffire ce qu’il a gaigné a cause d’icelle/ car comme devant fust ung povre chevalier il estoit devenu riche et plain d’avoir par la proye qu’il avoit conquise & prinse. Le chevalier replicque que de ce n’a que faire/ car ce qu’il a gaigné en pou[r]suivant son droit n’estoit de riens du scien/ & que se pugny avoit les voisins du peché de ce qu’ilz le soustenoient a tort contre luy n’estoit raison que leurs biens prins et qui n’estoient pas siens lui deussent tourner au proffit de sa debte. Si te demande sur ce qu’il est de faire.

Ad ce je te respons que s’il estoit ainsy que le chevalier eust tant fait qu’il eust des biens du baron ou de ses hommes tant que restitué fust bien et suffisamment/ sans faulte par droit il luy deveroit suffrir/ mais se menant icelle guerre il ait gaigné ou prins sur les voisins par la maniere que tu l’as dit laquelle chose est droit de guerre/ ledit baron n’en est de riens deschargé/ ains est tenu aux dommaiges et interestz que fais luy avoit & bien argue le chevalier de ce qu’il dit. Car ce l’autre vouloit dire que il n’appartient pas que une debte soit payee deux fois/ & doncques puis que paié estoit il luy debvoit bien suffire tout ce ne vault neant pource qu’il n’est pas au regard du baron s’il a gaigné/ ains est en pugnition de ceulx qui aidoient au baron contre luy.

Cy devise se ung homme avoit esté navré de ung autre lequel apres le coup s’en fust fuy le poursuivist et le navrast se justice le vouldroit pugnir. xiii. chapitre.

Maistre il me souvient que avez dit cy devant que a l’omme en soy deffendant est permis de blescer ung autre/ & pource que toutes blesceurez par maltalent faictes l’un sur l’autre sont et pevent estre appellez des membres et deppendances de guerre te vueil faire telle question.

Ung homme a ung autre navré et sy tost qu’il a donné le coup s’en fuyt tant qu’il peut/ mais le navré tant le suyt qu’il l’ataint et semblablement le blesce/ sy demande se celluy qui poursuyt doibt estre pugny/ Car il sembleroit par les ditz que veu qu’il n’auroit pas passé les mettes de justice que premier blescé estoit/ s’il a apres blescé et mesmement s’il l’avoit occis/ par ce que j’entens de droit de deffence si en deveroit il estre excusé/ & avec cela fait sans actendre/ car s’il eust attendu jusques a autre jour/ je ne l’escuseroye pas pource que ce seroit vengance.

Je te respons ad ce que le cas que tu ditz est difference de juste deffence et privilegie/ c’est assavoir selon les droiz puis qu’il s’en fuyoit apres son coup/ la loy ne octroye pas que l’autre le deust poursuivir ne blescer/ & pour ce dessert pugnition/ mais vray est que trop plus grande l’a desservie cellui qui blesça/ & le second a desservye grande ou petite pugnition. Il y a entre les maistres plusieurs oppinions mais pourtant n’est pas doubte que le premier mouvement qui est de soy sentir feru justice n’y a que veoir puis que feru auroit esté de fer/ car pour garder sa vie les droiz seuffrent occir ung aultre/ & se tu me ditz peut estre que l’assaillant n’a pas voulenté d’occir. Je te respons que ce ne scet pas l’assailly/ aussy ne sont pas coups ferus a patron/ car tel cuide ferir qui occist. Et pour ce pourroit bien tant actendre le premier feru a occir/ que par l’assaillant se trouveroit occis.

Neantmoins doibt l’omme garder pour conscience et pour l’amour et tremeur de dieu qui ne occye autruy. car nulle chose ne desplaist plus a dieu que son semblable deffaire/ & celluy est le seul juge qui toutes choses a son droit pugnist ne riens ne luy peut estre celé.

Cy fait mention se ung homme d’armes emprunte harnoys et chevaulz et il les pert se rendre les doibt. xiiii. chapitre.

Maistre autre question te demande.

Ung chevalier d’allemaigne ou d’autre part vient a paris ou il treuve le roy prest pour aller en la bataille/ ledit chevalier qui de ce n’estoit adverti n’avoit pour lors harnoys qui fust propice pour soy/ mais comme desireux de servir le roy et son honneur accroistre fait tant que ung gentil homme qu’il le congnoist/ luy preste monture bonne et belle et le pourvoit de tresbon harnoys tel que a luy affiert/ advient que en la bataille celluy chevalier allemant pert chevaulz harnoys & tout ce qu’il a/ si que a peine tout nud peut il eschapper Apres laquelle chose le dessusdit gentil homme demande audit chevalier tout ce qu’il luy avoit presté/ sy est assavoir s’il est tenu selon droit d’armes de les restituer.

Je te respons que ceste question est assez clere en droit et es loix/ & pource te monstrer Je te dy au vray que puys que ledit chevalier a esté en la bataille pour laquelle avoit emprunté lesditz harnoys et chevaulz et que de riens n’en a fait fraulde n’est pas tenu de les rendre/ mais se aultre part estoit allé ou pour bareter les eust empruntez et que faintement monstrast les avoir perduz/ & que on peust savoir le contraire. Je diroye autrement.

Maistre s’il estoit ainsy que toutes lesdictes choses eust prinses a loyer de quelque marchant armurier les harnoys et les chevaulz de ung ou deux marchans et perduz les eust si que dit est/ seroit il pas tenu de paier & rendre le loyer.

Je te respons semblablement comme dessus que non/ en cas que autre convenance expresse de les rendre/ quoy que advenir deust ne luy auroit faicte.

Cy devise se cautelles & subtillités d’armes sont justes a faire. xve. chapitre.

Autre question differentiee du dessusdit propos te vueil faire/ dy moy je t’en prye est ce bonne raison et selon droit que ung roy ou prince par cautelle et subtilité face tant qu’il subjugue et ait son ennemy soit en bataille ou autre part/ car il sembleroit que non veu qu’il loist tenir droicture & raison sy ne pourroit estre dit qu’il deceust autruy. Et aussy toute personne qui a juste cause/ doit avoir bonne esperance en dieu que bien luy en prendra se par peine & diligence pou[r]suit/ doncques celluy qui a juste querelle doit aller ce semble le droit chemin de guerre sans y aller ne user de cautelle.

Chier amy tu dis moult bien/ mais neantmoins te certiffie que selon droit d’armes veoir plus fort selon dieu et l’escripture on peut vaincre son ennemy par cautelle engin ou barat sans tort d’armes/ puis que la guerre est jugee et notiffiee entre les parties/ & qu’il soit vray nostre seigneur en donna mesmes exemple quant il ordonna et enseigna a Josué comment par cautelle surprendroit ses ennemys/ et de telles choses user se peut on assez communement aider en armes/ mais je te confesse bien qu’ilz sont certaines manieres de barter/ lesquelles sont reprouvees et deffendues tant en fait d’armes comme en tous autres cas Sicomme je assuroye aucun de venir vers moy en certain lieu & je y seroye pour parler a luy/ & tant feisse par mon asseurement qu’il y venist/ & la je le feisse surprendre par aucun agait pour luy mal faire/ occir ou prendre/ telle chose seroit traÿson mauvaise. Ou se par fainte treve ou paix j’espioye mon point de grever autruy quant garde ne s’en donneroit ou que despourveu seroit et en tous cas semblablez. Je feroye mal mon grant deshonneur reproche & pechié Et pource dist la loy puis que la loy est donnee a son ennemy on luy doibt tenir et garder/ mais autre chose est se le vaillant capitaine ou homme d’armes scet ordonner embusches par ou son ennemy ou adversaire doit passer qui garde ne s’en donne ou aultres manieres de cautelles/ mais qu’elles ne soient contre foy promises ne l’asseurement que on auroit fait/ & a la raison que tu dis puys que on a bonne et juste cause que on s’en doit actendre a dieu/ quoy que en substance je le t’accorde Toutesfoys combien que bon droit ait le roy de france contre le roy d’angleterre en cas pareil/ si convient il aider a soustenir son bon droit le mieulz que on peut/ & adont quant par sens et tresbonne diligence on fait son devoir/ doibt on avoir tresgrande esperance en dieu le createur qu’il aidera la chose a conduire & en bien parfaire.

Cy devise se ung homme d’armes estant a gaiges estoit destroussé en quelque chemin s’il pourroit demander par droit au seigneur de par qui il a esté envoyé ses dommaiges. xvi. chapitre.

Maistre a nostre propos me semble par ce que m’avez cy devant conclud/ c’est assavoir que se ung chevalier ou aucun homme d’armes envoyé d’aucun seigneur pour garnison d’aucune forteresse/ sans que convenances de gaiges ne de sauldees luy soient faictes et il advient que en chemin soit destroussé/ se audit seigneur quil l’a envoyé peut par droit s’il luy plaist faire demande de restitution. Et certes je vueil faire encore autre question. Je suppose que ung capitaine de lombardie ou d’autrepart ainsy que autresfoys on a fait venir en france eust avecques soy amené cent ou deux cens bons brigans si fut luy & sa compaignee retenu chascun a cinq francs pour le moys/ & envoiez en certain lieu/ auquel chemin fut par ses ennemys assailly ou il perdit ses places son harnoys et ses choses/ & ses compaignons leurs cuirasses leurs pavaix & toutes leurs bagues Je te demande s’ilz pourroient demander au roy leur dommaige.

Ad ce je te respons que non au cas que autre convenance n’y auroit/ et ne pevent demander que ce qui leur fut promis/ & se tu me veulz demander pour quelle raison le capitaine n’a aussy grant accion de demander au maistre qu’il l’envoye comme dit est. Je te dis pour ce que la loy porte plus grant faveur a cellui qui pas n’est lyé & est mys en besoingne que a cellui qui se lye/ & par exemple le peus veoir de ung homme qui aura demouré avecques ung marchant ou autre homme an & jour sans ce que par marchié fait se soit loué. Il peut faire trop plus grant demande des biens de l’ostel et de la marchandise/ s’il n’y a aucune autre certaine cause/ que ledit maistre s’excuse que celluy homme qui loué seroit par marchié fait/ & pource te dis que l’omme n’est pas bien advisé qui prent aucun pour residamment demourer en sa maison/ s’il ne fait avecques luy aucun marché absolut/ car la loy presuppose l’omme ainsy demourant comme compaignon du maistre ainsy que a gaigne et a perte.

Cy devise se gens d’armes venans a l’aide d’aucun prince s’ilz pevent prendre vivres a eulz necessaires au moins de grief/ que faire se pourroit sur les laboureurs/ ainçoys qu’ilz peussent estre arrivez au païs dudit prince. xviie. chapitre

Autre question te vueil faire. Supposons que ung seigneur eust envoyé querre sauldoyers pour ung an en estrange pays pour le venir secourir en sa guerre/ laquelle il esperast durer longuement/ Advenist que avant icelle guerre et que icelles gens avecques leur capitaine puissent estre arrivez au pays dudit prince quoy que de tout leur povoir se fussent hastez/ s’ilz leur souffrent prendre tant seulement vivres necessaires en passant oultre pour necessité de vie tant seulement soustenir/ au moins de grief sur les povres laboureurs que faire se pourroit. Je te respons que ouy/ voire non pas qu’ilz feissent comme les loups/ ausquelz ne souffist pas quant au toit entrent d’une brebis Ains estranglent tout le troppeau/ comme semblablement le font plusieurs de nos gens d’armes/ lesquelz s’ilz ont besoing d’un poullet ou d’un pinion ilz en occient x. ou xii. Et tel oultraige font de biens comme s’ilz fussent loups ravissans sans riens de conscience et comme s’il ne fust pas de dieu ne que jamais deussent mourir. Helas bien sont aveuglez ceulz qui le font/ car plus en peril de mort vont que autre gens. et telz y ont moins de regard que autrez.

Cy devise sy loist aux gens d’armes quant ilz sont bien paiés de prendre vivres sur le païs. xviii. chapitre.

Maistre or m’escoute ung petit s’il te plaist. Je te demande quant gens d’armes sont prins a gaiges/ ausquelz il n’ait deffaulte de payer/ s’il leur loist avec leur gaiges prendre vivres sur le pays et pillier autres choses comme au jourd’uy on le fait communement.

Je te respons certainement que non & que telle chose n’est pas droit de guerre/ ains est extortion mauvaise et violente faicte sur le peuple a tort & a peché Car sicomme toy mesmes as cy devant dit a vouloir mener juste guerre/ le prince avant la main doibt bien adviser en quel lieu et comment pour ce faire finance sera prinse : & sur toutes choses doit donner ordre que ses gens d’armes soient bien paiez pour paier justement leurs vivres et ce qu’ilz prennent. & adonc seroit juste chose de bien pugnir ceulz qui prendroient riens sans paier/ mais arguer me povoies voir/ mais se par quelque adventure soubdain cas advenoit que les ennemys survenissent sur le pays/ par quoy conviendroit deffendre/ ains que le prince eust fait sy grant amas comme il appartiendroit a paier gens d’armes de moys en moys/ car en tresor pas n’en auroit : Je te respons que a toute chose necessaire se convient aider selon povoir/ car quant en ce cas seroit le prince assez excusé/ de propres ouvriers du roy mys en icelle besoingne pour lui & en son nom pource ne doibt estre leur avecques leurs gaiges/ mais ce que le prince leur veult donner de grace/ laquelle grace pour voir dire bien et largement leur affiert. Sicomme a ceulz qui mettent a escot si chier chastel comme le sang les membres et la vie/ et de leur bien remunerer est d’ancienneté noble coustume/ de plus en plus a ceulz qui l’ont desservye & de proyes gaigné et en guerre ne recepvoient quelque proffit les vaillans anciens/ Ains leur suffisoit seulement en avoir l’onneur et que leurs gens en eussent le preu. Et par ce tellement acqueroient l’amour des gens d’armes qu’ilz en achevoient les grandes et merveilleuses emprinses comme il apparut.

Cy devise que on doibt faire des proies et choses qui sont prinses en armes. xix. chapitre.

Autre maniere de question faire te vueil. Je te demande que on doibt faire des choses gaignees sur les ennemys & en bataille.

Amy a ceste question convient respondre par distinction de cas. Car premierement selon la loy civille est assy. de quel affaire est la personne qui a conquis en armes et y a maniere d’entendre en quel cas et en quelles guerres/ icelles loix pevent avoir lieu.

Premierement se une guerre se fait par mandement du roy ou prince qui ait povoir de ordonner et mettre sus juste guerre Aucuns droitz sont reservez a tel seigneur/ qui a autres gens ne sont pas/ c’est assavoir que toute gaigne doibt estre a la voulenté du prince ou du lieutenant capitaine/ car depuis que les gens d’armes sont aux gaiges du roy ou prince selon les loix tout doibt estre au seigneur soit prisonnier ou autre proye/ & ainsy anciennement le souloit on faire/ quoy que de grace au temps present au païs de france ou quelque autre part par longue coustume soit laissé es hommes d’armes ce qu’ilz conquierent se chose n’est de sy grant poix qu’elle passe le pris et somme de dix mille francs/ laquelle chose soit prisonnier ou autre meuble doit estre rendue au roy/ par tel si qu’il est tenu de donner audit homme d’armes la somme de x. mille francs/ & telle chose est de bonne coustume de pays/ mais la dessusdicte loy y afferme le decret qui dit plainement que toute la proye doibt estre a la voulenté du seigneur/ il la doibt justement partir a ceulz qui luy ont bien aidé a gaigner a chascun selon sa merite/ & que ceste chose soit vraye ne pourroit nul le contraire soustenir/ car prouvee est par droit escript qui mesmement y assigne telle raison/ c’est assavoir que se ainsy estoit que les prisonniers ou proye feussent aux gens d’armes/ tout ainsy et par ceste mesme raison deveroient estre des chasteaulz et villes qu’ilz prendroient a eulz Laquelle chose seroit injuste & de mauvaise raison qu’ilz gaignassent terre avec les sauldees du prince et a ses despens/ car ce qu’ilz font est fait comme haste/ il ne auroit plus que faire de gens.

Je te demande se iceulx pourroient faire demande de toute l’annee ou seulement du temps encouru puys la convenance Car il sembleroit que ouy/ car la loy dit que se ung advocat du roy ou de aucun seigneur prins a pencion a commencé a faire son office/ les gaiges de toute l’annee luy sont deuz posé qu’il mourust ses hoirs pourroient faire la demande/ pourquoy ne pourroient doncques ces gens joyr de ce mesme droit/ car peut estre qu’il en ont perdu d’estre retenuz autre part ou asseurez eussent esté pour toute l’annee. Et assez d’aultres raisons se pourroient encore dire lesquelles pour briefté je laisse/ et te respons en bref que en ceste raison et toutes aultres que dire y pourroyes sont de pou de valleur Car je te certifie qu’ilz se doivent tenir contens d’estre paiez seulement du temps qu’ilz ont servy/ & telle est la raison.

Ilz furent sauldoyers pour garder le pays ains qu’il fust perdu/ mais puis qu’il est perdu ilz ne pevent plus nullement servir de ce pourquoy ilz ont esté prins Et pour celle cauce ilz ne doibvent en nulle façon ne maniere avoir ne recepvoir les gaiges du dessusdit service lesquelz ne le pevent faire aucunement C’est assavoir garder le pays qui est perdu/ & nulle loy n’oblige l’omme a chose impossible/ car se contraindre voulloient d’estre payez on leur pourroit respondre/ & on vous contraindra de garder le païs qui est ja perdu comment sera ce fait. Et par ce concludz ce que dit est.

Cy commence a parler de prisonniers de guerre. Et devise comment ung puissant homme prins en guerre doit estre rendu au prince/ et aussi comment non. xx. cha.

Et pource que cy devant t’ay dit que selon ladicte loy est assavoir de quel affaire est la personne qui en armes a acquis/ & de se t’ay declairé une partie. Or supposons autrement/ c’est assavoir que ung baron feist guerre contre ung autre fust juste ou non/ ou deffendist sa terre contre aucun aultre/ car pour soy deffendre et sa terre deffendre et garder quelque soit le cas. Il convient juger juste guerre comme soy deffendre soit doncques selon la loy et droit/ se celluy baron qui se deffent prent celluy qui l’a envaÿ/ cuideroies tu doncques qu’il fust sien.

Je te certiffie que non seroit ne autre droit selon la loy n’y auroit qu’il pourroit sans plus tenir et garder sa personne tant qu’il la pourroit presenter au seigneur souverain de qui il tiendroit sa baronnye/ lequel en feist le jugement/ mais autre regard y peut avoir/ c’est assavoir que celluy qui le prent est tel qu’il ait povoir de la souveraine justice justicer les hommes malfaiteurs et que de ce faire soit acoustumé comme droit seigneur. sicomme ilz sont assez de seigneuries de semblable auctorité. Je te dis que puis qu’il a trouvé courant le païs robant & occiant ses hommes qu’il le pourra pugnir par sa justice suppose encore que plus grant maistre fust que non obstant ce que arguer on pourroit sur ce pas/ que l’omme ne doibt estre jugé en sa propre cause. Je te respons qu’il le peut faire et par deux raisons. L’une par la vertu de sa jurisdiction qui est de pugnir et faire justice des malfaicteurs. L’autre qu’il pugnist le delict de celluy qui le fait sur le propre lieu & de ce faire a povoir de la loy car se ung homme assault ung autre & tout a l’offendre/ l’assailly peut faire a l’autre ce que de luy pensoit a faire/ et te dy que c’est attemprance de raisonnable deffence/ mais je te confesse bien que se ledit assailly que jurisdiction n’auroit de ce faire pugnissoit de lui mesmes soubz tiltre de justice son adversaire ou le tenoit en prison que feroit a son seigneur/ & se mettroit en peril de perdre ce qu’il tiendroit de luy/ si le doit tantost rendre audit seigneur car mesmement seroit il loisible en tel cas a ung homme d’eglise pour raver ses choses.

Cy devise se on doibt faire mourir ung capitaine d’ost ou autre grant homme d’armes en fait de guerre & s’il doit estre au prince/ et se c’est chose de droit de faire paier a ung homme raençon pour sa delivrance. xxi. chapitre.

Maistre puis que entrés sommes au propos des prisonniers en fait de guerre. Je te demande s’il advient que le capitaine soit prins ou aucun hault homme qui a la partie qui prins l’a/ ait esté fort nuysant et pourroit encore estre s’il eschappoit se selon droit on le peut ou doit faire mourir/ car par loy de nature sembleroit que ouy/ comme il soit vray que toute chose tente a destruire son contraire.

Chier amy je te respons que quoy mesme la loy civile die que celuy qui est prins en bataille est cerf et esclave de celluy qui le prent ne doibt pas estre occis/ car le decret afferme que depuis que ung homme est en prison misericorde lui est deue/ dont se deue lui est misericorde comment pourroit il estre occis sans ce que tort luy fust fait Et encore te diray plus fort.

Ung autre decret dit puis que ung homme a vaincu ung autre/ il est tenu de luy pardonner le mesfait et par especial de luy rendre la vie/ si te dy bien que c’est contre tout droit et toute gentillesse de occir celuy qui se rend/ & te dy que les parens en pourroient poursuivir comme de tort fait/ s’il n’estoit ainsi que le prince l’ostast des mains de celluy qui l’auroit prins & que par bonne et juste cause s’il l’avoit bien desservy et que conseil eust que grant mal pourroit venir a luy et a sa terre de le laisser aller/ le fist mourir en autre usage seroit chose tresmerveilleuse et moult inhumaine et trop grant cruaulté.

Et se tu me dis que les anciens avoient loy que s’il leur plaisoit de faire mourir leurs prisonniers ou les vendre a autres/ ou leur faire faire leur labour.

Je te respons que entre cristiens desquelz la loy est du tout fondee sur misericorde et pité ne loist pas user de tel tirannye. Car selon nostre loy ce sont choses excommuniees et reprouvees.

Or te forme autre question c’est assavoir a qui le prisonnier doibt estre ou au seigneur ou a celluy qui l’a prins/ car il m’est advis que cy devant as bien dit que une loy tesmoingne que le prisonnier est a la voulenté de cellui qui le prent/ & puis que a sa voulenté est dont sembleroit il qu’il fust sien.

Bel amy il semble que tu ayes oublyé ce que par cy devant t’ay dit. Si te dis derechief que quoy que voirement soient de divers maistres plusieurs oppinions pro et contra en ce cas Neantmoins est conclud que toutes proyes prinses si que ja pieça t’ay dit doibvent estre en la voulenté du prince/ auquel il appartient les distribuer selon discretion.

Bien t’entans maistre. Or me dy puys que ainsy est que nous cristiens avons laissé les loix anciennes de mettre en servitude ou occir les prisonniers. Je te demande se justement on peut demander finance d’or d’argent ou autre meuble selon ce que on use en fait de guerre communement/ car se bien m’en souvient tu as cy devant dit que au prisonnier est deue misericorde/ & on luy fait doncques tort de luy faire paier raençon comme on ne luy face nulle misericorde.

Je te respons derechief que voirement lui est deue misericorde en deux manieres/ c’est assavoir que la vie luy doibt estre respitee Et plusfort te dy que le maistre est tenu par droit et obligé de faire ayde et deffendre a son prisonnier contre ung autre qui le vouldroit offencer.

Item avec ce luy est deue misericorde en telle maniere que s’il estoit possible que ung homme d’armes eust tout son vaillant sur soy a l’eure que il est prins tout peut estre au maistre s’il ne luy fait aucune misericorde/ mais de droit escrit il luy doibt faire tellement que en prenant raençon de luy laquelle chose est previse en droit d’armes par especial une nation contre une autre nation quant ilz se combatent sicomme une nation de françoys & l’autre nation d’angloys. Et doibt estre regardé par raison que la raençon ne soit si cruelle que l’omme en soit desert/ femme et enfans mis en povreté/ car autrement ce seroit tirannie et contre tout droit d’armes/ car il n’appartient pas que le gentil homme soit mendiant apres sa raençon Ains luy doibt demourer de quoy vivre et son estat tenir Bien fait a priser l’usance d’italie esquelles guerres quant l’omme d’armes est prins ne pert de commun usage que son cheval & harnois/ sy ne luy fault vendre sa terre ne soy desherter pour sa raençon paier. Si peus veoir en quelle maniere raençon convenable est juste selon le droit d’armes/ laquelle est permise/ mais de mettre l’omme en mauvaise prison et le contraindre par tourmens a paier plus qu’il ne peult est erreur inhumaine et fait de mauvais tirant crestien pire que juif. Et si sachez de vray que ce qu’il en a par celle voye est tresmauvaisement acquis et est tenu de le rendre ou c’est a sa damnation si s’en garde ung chascun.

Cy devise se c’est chose de droit de prendre sur terre d’ennemis les simples laboureurs qui ne se meslent de la guerre. xxiie. chapitre.

Maistre je te demande quant ung roy ou prince a guerre a ung autre quelle qu’elle soit/ juste ou non/ s’il peut de droit courir la terre de son ennemy et prendre se il peut a prisonniers toutes manieres de gens/ c’est assavoir ceulz du menu peuple gens de labeur et telz gens/ il sembleroit que non Car pour quelle raison doivent ilz porter la penitance de ce qu’ilz ne se meslent comme ilz ne sachent mestier d’armes et ne soit leur office/ ne que a juger guerre ne soient appellez et que par eulz ne vient Ains leur en desplaist/ sicomme a ceulz qui tousjours vouldroient vivre en paix ne plus ne demandent si en doibvent estre francs sicomme il me semble ainsy que par droit font religieux prestres & toutes gens d’esglise. pource que leur estat n’est pas d’eulz entremettre aucunement de fait de guerre Et avec ce quel honneur peut ce estre ne quel pris d’armes de occir ceulz qui oncques harnois ne porterent ne ne s’en sauroient nullement aider ne les povres pastoureaulx & innocens qui ne font nulle autre office que garder les bestes.

Amy ad ce je te respons supposant en telle maniere/ posons que le peuple d’engleterre ne voulzist faire aucune ayde a leur roy pour grever au roy de france/ & les françoys allassent sur eulx sans faulte par droit et selon loy ne deveroient en riens meffaire ne a corps ne es biens du peuple ne de ceulx qu’ilz savoient qui en riens ne seroient en aide tant de chevance comme de conseil a leur roy.

S’il est ainsy que les subgectz d’icelluy roy ou d’autre en cas pareil soient ilz riches ou povres donnent aide confort et faveur de maintenir la guerre/ les françoys selon droit d’armes pevent courir le païs et prendre tout ce qu’ilz trouveront/ c’est assavoir prisonniers de tous estas mondains & toutes choses sans ce que par droit y soient tenuz de les rendre/ car je te dis que par droit determiné tel est droit de guerre/ que se une guerre est jugee par les conseulz des deux roys les gens d’armes pevent gaigner l’un sur l’autre/ & se aucunesfois les povres et simples/ posons qu’ilz ne s’arment le comperent ne peut estre autrement/ car les mauvaises herbes ne se pevent esracher des bonnes quant pres sont l’une de l’autre que les bonnes ne s’en sentent/ mais vray est a droit regarder que les vaillans hommes d’armes se doivent le plus qu’ilz pevent garder de destruire hommes povres ne souffrir que leurs gens les tirannisent car autrement ilz seroient sarrazins et non pas cristiens. Et se j’ay dit que misericorde soit deue aux ungs saiges que moins ne l’est pas aux autres/ sy doivent grever ceulx qui mainnent la guerre & de leur puissance espargner les simples et paisibles.

Cy devise se ung estudiant anglois estoit aux escolles a paris trouvé/ ou semblablement d’autre terre aux françoys ennemie s’il pourroit estre prins a raençon. xxiii. c.

Mais puis qu’en matiere de prisonniers en fait de guerre sommes entrés je vueil que toy mesmes juges selon ton advis de tel debat et par tel exemple le te proposeray. On scet assez car c’est chose notoire comment le roy de france et celluy d’angleterre ont communement guerre entre eulz. Je prens que ung estudiant licencié de la cité de lomdres soit venu a paris a l’estude pour estre gradué en la science de decret ou de theologie. Advient que ung françoys homme d’armes entent qu’il est anglois & a prisonnier le prent A laquelle chose l’autre forment s’oppose & tant que devant justice vient la question. Auquel debat l’engloys qui en droit fonde ses raisons/ dit qu’il a cas expres de la loy qui fait pour soy pour cause des grans previleges d’eulx aux escoliers et deffent que on ne leur face nul mal ne nul desplaisir/ mais honneur et reverence/ & vecy dist il la raison que la loy y assigne qui seroit celluy dist la loy qui n’auroit escoliers pour recommandez/ lesquelz pour savoir et science acquerir ont delaissé richesses delitz et toutes aises de corps/ leurs amis charnelz & leur pays ont prins estat de povreté/ & ainsy que banis de tous biens ont relenqui le monde et tous autres plaisirs pour l’amour de science/ si seroit bien plain de toute descongnoissance qui mal ne encombrier leur feroit.

A ces raisons l’omme d’armes replicque ainsy. frere je te dy que entre nous françoys ne faisons force des loix de l’empereur Auquel nous ne suymes pas subgectz/ si n’y a que veoir/ l’escolier respond. loix ne sont autre chose que droictes raisons ordonnees selon sagesse/ & se cure n’en avez ja pource ne demeure que le roy de france et les bons seigneurs ne usent de raison et de choses raisonnables/ & de ce que eulx mesmes ont ordonné/ car charlemaine termina l’estude generalle a paris par la voulenté du pape/ laquelle estude se tenoit pour lors a romme/ et y donnerent grans et notables previleges/ & pource envoya le roy de toutes pars querir escoliers & maistres de tous langaiges & les comprint esditz previleges & pourquoy doncques ne pourroient ilz de tous pays venir quant du roy ont licence/ comme tous roys jurent a leur advenement tenir lesditz previleges. A dist l’omme d’armes supposé ce que vous dictes vous devez savoir que puis que guerre fut entre nostre roy et le vostre nul angloys ne doibt en france venir pour telle occasion ne quelconque autre sans avoir bon saufconduit/ et bonne y est la raison/ car vous pourriés soubz l’ombre de l’estude escripre et faire savoir nostre estat en vostre terre/ & pourriez faire des secretz maulx se vous voulliés/ sy n’est raison que au roy ne a sa terre doive tourner a prejudice nul previlege. Ces raisons ouyes amy dy moy ce qu’il t’en semble.

Sans faulte maistre puys qu’il te plaist que mon petit advis en ceste partie serve. Je te dis puys que ainsy est et sans fraude que icelluy que tu dictz soit vray escolier/ c’est assavoir que fainctement ne fust venu/ a occasion d’estude par faulse couleur pour espier ou autre mal faire je tiens sa cause a bonne & que prisonnier estre ne debveroit reserve se ainsy n’estoit que le roy eust fait mandement especial que angloys quelconque ne venist estudier en son royaume et que suffisamment fust publié si que de tous peust estre sceu. Tu as moult bien jugé et sagement distincté/ car mesmement se l’eves[c]hié de paris vacquoit ou l’archeveschié de rouen de sens et d’autres vacquoient & ung angloys y avoit esté esleu/ le roy y pourroit par droit contredire/ La raison est qu’il n’est pas expedient au roy ne au royaume y avoir ses ennemys/ mais encore me respons a ce.

Suppose que l’estudiant ne doive estre emprisonné que me diras tu de ses serviteurs s’il en a amené deux ou troys ou plus d’angleterre/ car le previlege que les escoliers ont ne fust pas donné aux serviteurs. En bonne foy maistre soubz ta correction nonobstant celle raison il m’est avis & me semble que soubz le previlege du maistre lequel soit vray escolier si que dit est doibvent estre comprins ses serviteurs & toute sa famille/ mais a toy maistre vueil demander une chose dont on pourroit faire doubte.

Je suppose que ledit estudiant fut agrevé de maladie le pourroit par droit son pere venir veoir & visiter.

Ad ce je te respons que selon droit escript mais que cautement et falacieusement n’y venist y pourroit et deveroit seurement venir. La raison est pource que trop plusgrant est le droit de nature que celluy de guerre Aussy est tant previlegié amour de pere et de mere a enfant que nul droit d’armes ne pourroit celluy surmonter. Et encore plus fort je dy mesmement que se le pere alloit veoir et visiter son enfant estant en estude tout sain/ voire en estude generalle et previlegié ou que ce fust autant autrepart que a paris pour luy porter livres ou argent qu’il ne doit estre a celle occasion prins arresté ne emprisonné de quelconques contrees amyes ou ennemyes que fussent/ & ceste sentence est determinee en droit escript si que je le dis. Et semblablement ne doibt estre le frere parent ne serviteur qui argent ou livres luy apporteroit/ voire je presuppose les causes dessusdictes reservees/ et tout ce est par la vertu des previleges que ont estudians en toutes estudes generalles.

Cy devise se ung grant seigneur d’angleterre capitaine de guerre posé qu’il fust trouvé seul en une forest/ auquel lieu il tout hors du sens s’en fust fuy/ se on le pourroit prendre et mettre en prison et raençon luy estant hors du cens. xxiiii. chapitre.

Autre question te fais doulz maistre je supose que ung duc ou conte se parte d’angleterre viengne en france avec ses gens pour guerroier le roy. Advient qu’il pert le sens et enragé devient si que tout fol et forsenné s’en va fuyant par boys et par hayes/ la ou il est trouvé de nos françois qui bien l’ont congneu Je demande se prison doit tenir/ car sembleroit que ouy veu la faulce intention qui le menoit estoit pour grever et guerroier le roy et le royaume.

Ad ce je te respons que nous trouvons en droit escrit que ung homme forsené durant celle fureur ne peut estre reputé pour ennemy/ car il n’a arbitre de franche voulenté ou raison puisse ouvrer/ par quoy s’il occioit adonc cent hommes ne seroit pugny par justice ne reputé homicide si ne se peut tel homme rendre ne bailler foy de raençon paier/ comment donc sera prisonnier l’omme malade/ de laquelle maladie tout noble homme se deveroit pener de luy administrer santé de cens & advis/ quelle vaillance seroit Si te dis qu’il ne peut ou doit par droit tenir prison ne raençon paier/ ains doibt estre tenu et rendu aux amys/ et plus fort je te dis que posons que en la prison guerit si ne deveroit il estre retenu ne contraint a paier la cause est telle.

Quant il fut prins il n’avoit sens ne povoir de soy deffendre de laquelle chose a droit juger d’armes nul ne doibt estre prins s’il mesmes ne se rent de signe ou de parolle/ mais comment le feist/ car en religion ne peut entrer tel homme ne faire testament lesquelles choses requierent franche voulenté/ & mesmement ne pourroit recevoir batesme se batisé n’estoit/ lequel on ne donne a homme se de franche voulenté ne le requiert puys qu’il est en aage. Et pource n’y a nulle cause selon droit de le retenir.

Comment maistre tu me dis merveilles se je tenoie ung mien ennemy mortel en ma baillee/ qui peut estre luy de moy partis me occiroit ou durement greveroit s’il povoit/ a tout le moins bien sçay que a son povoir s’en efforceroit et que bonne voulenté en auroit seroit ce donc sens a moy l’en laisser aller ainsy franchement.

Bel amy ad ce je te respons que cest homme dont je dy posons qu’il soit ton ennemy au cas dessusdit tu ne pensases a le retenir si non pour en avoir deniers par raençon & quant les deniers en seroient paiés/ lesquelz sans raison auroies receuz de quoy seroies tu plus asseuré de luy que devant Certes de riens/ & ce ne requiert pas droit d’armes que on face tort l’une partie a l’autre/ ains doibvent tous nobles hommes y garder le droit a autruy/ s’ilz osoient demander et requerir que on leur gardast. Si te dis derechief que le mieulx que en ung tel homme on pourroit faire/ ce seroit que on feist tant qu’il promist de jamais soy armer contre le roy de france/ & au cas que ad ce mener on ne le pourroit ou que l’omme d’armes ville ou pays qui le tiendroit auroient paour d’estre reprins de l’en laisser aller pour la cause de sa puissance/ que encore pourroit grever le royaume/ le plus seur seroit pour en tous cas eulx en descharger qu’ilz le rendissent au prince/ lequel par l’advis de son bon conseil en fera ce que bon en seroit a faire. Et toutesfoys affin que bien l’entendés ce que je dis du françoys/ a l’angloys. J’entens semblablement de l’anglois au françoys/ et en cas pareil de tous autres.

Cy devise que s’il advenoit que sur les frontieres fust prins aucun homme anglois bourgois qui oncques en sa vie de la guerre ne se mesla/ se par droit tel homme doibt paier raençon/ et semblablement de ung petit enfant/ et aussy de ung aveugle. xxve. c.

Je te demande ung autre cas. Je prens que ung chevalier françoys soit en armes vers les frontieres de calays ou de bordeaux Advient d’aventure que ung bourgoys de la ville tresancien soit venu pour oyr messe ou pour quelque autre affaire sur la terre françoise ou tantost ledit chevalier le rencontre et le prent de fait/ & dit que son prisonnier sera/ mais l’autre respond que ce n’est droit/ car es guerres du roy d’angleterre oncques ne s’arma pour grever le roy de france ne conseil n’y donna/ ains a tousjours esté dolent et couroucé de la guerre/ lequel de son povoir a tousjours desconseillé/ & se luy prouvera il pour verité/ & avecques ce te dist il/ te dy comme homme ancien comme je suys qui n’est taillé de porter armes ne doit selon droit tenir prison/ si ne devez prendre/ les biens ne les personnes de ceulx qui de la guerre ne se meslent/ si non qu’ilz donnassent aide et faveur a faire et maintenir la guerre contre le roy de france/ de leur franche et bonne voulenté/ Car par force ne par amour n’ay je riens fait/ & tout ce pourroye bien prouver/ si te demande maistre se par droit l’omme d’armes le peut tenir prisonnier.

Je te dis comme dessus que non/ au cas que la verité de ladicte excusation fust suffisamment prouvee/ mais s’il estoit ainsy qu’il eust donné ou donnast conseil pertinent a la guerre en quelque usage/ sicomme assez de anciens hommes qui plus y font par leur conseil que plusieurs autres jeunes par leurs armes et toutes leur force je diroye autrement.

Or me dis doncques se ung françoys avoit prins le petit enfant de ung angloys en pourroit il aussy par droit demander raençon/ car il sembleroit que si veu que celluy qui peut bien faire la plus grant chose peut bien faire la moindre. sicomme quoy il pourroit bien emprisonner le pere se le cas y escheoit/ pourquoy doncques ne pourroit aussy estre le filz emprisonné.

Item et plus fort/ car il pourroit bien prendre les biens du pere/ si doibt estre le filz comprins esditz biens. Je te dis semblablement que par droit ne peut ne doit estre emprisonné le petit enfant/ car raison ne veut que innocence soit grevee. Il est assez notoire que innocent et non coupable est l’enfant de toute guerre et toutes choses/ si ne doibt porter la peine de ce dont il n’a coulpe de conseil ne de biens ne en riens n’a aydé/ car nulle ayde n’a voué.

Maistre suppose que ledit enfant fust demouré riche sans pere ne mere deveroit il doncques paier/ car peut estre que ses tuteurs paient ayde de ses biens pour aider a maintenir la guerre encore te dy je que non/ car quoy que ses tuteurs en paiassent ce ne seroit point de la voulenté de l’enfant qui encore n’auroit aage de discretion.

Sans faulte maistre doncques n’est pas au jourd’uy ceste loy bien gardee. Bel amy je le te confesse & que plus n’y sont gardés les droitz anciens que tenoient les vaillans combateurs/ si abusent de droit d’armes ceulx qui au temps present les excercent par la grant couvoitise qui les surmonte/ si leur doibt tourner a tresmerveilleuse honte et deshonneur d’emprisonner femmes ne enfans gens impotens ne vieillars. Et ceste coustume que ont mise sus par especial les angloys leur doibt estre reputee a grant reproche sicomme ilz l’ont maintenue au royaume de france/ la guerre durant/ tant que fortune leur a esté propice ou ilz ne depportoient dames ne damoiselles grandes moyennes ne petites quant la fortune leur estoit/ avecques a prendre forteresses que tout ne fust mis a raençon tous ceulx qui trouvés y estoient/ que grant honte leur est de prendre ce que revenger ne se peut et leur deust bien avoir suffis la saizine de la forteresse & que les dames quittes s’en allassent/ mais ce qu’il leur en est au derrenier prins peut assez et doibt estre exemple aux autres guerroieurs de autrement faire/ car dieu mercy il n’ont plus de puissance de planté y emprisonner/ car soiés certain que avoir mal acquis ne peut estre longuement possessé de la partie qui l’acquiert ou de ses hoirs.

Item nous fault veoir de ung adveugle s’il est prins de ung homme d’armes/ doibt il tenir prison. Je te dy que se ung aveugle vouloit par folie et oultrecuidance estre homme d’armes que s’il est prins il est digne de pis avoir que ung autre Et se puis je bien prouver par la sainte escripture ou elle parle comment Cayn occist son frere Abel. Et puis comment ung aveugle qui s’appelloit Lameth print ung arc et alloit bersant par bois et par hayes les bestes sauvaiges sy ferit d’aventure cayn et l’occist/ Dont dieu dist que le peché cayn seroit pugny sept foys/ mais le pechié de lameth le seroit lxxvi. fois Par ce appert que soy mettre en office auquel on ne soit suffisant est souveraine follie/ mais se ung aveugle estoit prins qui de la guerre ne se meslast pitié luy est deue/ & s’il estoit tel qu’il eust aucunefoys veu/ & eust esté homme d’armes & maintenant qu’il ne voit plus donnast conseil aux angloys de faire bataille ou d’essillier aucunement par aucunes cautelles d’armes le pays tel aveugle par juste raison peut bien estre mys a raençon.

Cy devise se le cas advenoit que aucuns ambassadeurs venissent vers le roy de france et en passant parmy bordeaux eussent prins aucuns fardages chevaux et charroy a loyer des anglois s’on pourroit icelles choses pardeça arrester et prendre/ et se ung homme d’eglise anglois pourroit en france estre mis a raençon. xxvi. chapitre.

Maistre autre question te vueil mettre en terme. Je prens que le roy d’escoce envoye ses ambassadeurs en france/ lesquelz s’en viennent descendre et prendre port a bordeaux ou a bayonne/ la ou ilz louent ou par adventure empruntent chevalx muletz chariotz charectes et aultres choses dont ilz avoient besoing/ & a tout ce vont a paris. Advient que en leur chemin encontrent ung capitaine de gens d’armes/ ou aucun saudoier françoys lequel comme il soit bien informé que lesditz chevaulz charroy et mulez soient des anglois et non pas ausditz ambassadeurs les arreste et dit que comme icelles choses aux ennemys du roy demourront siennes/ car par droit d’armes retenir les peut et siennes sont acquises/ or me dy maistre se par droit demourer luy doivent.

Je te dy que de droit escrit les ambassadeurs ont par tout previlege de aller seurement eulx et leurs choses Et puys que au roy vont/ n’ont nulz hommes d’armes aucun previlege de les empescher/ & que plusfort est tant est grant le previlege que a ambassadeurs appartient que s’ilz estoient obligés a aucuns marchans de france contraindre ne les pourroient d’estre payés durant leur ambassade/ car droit ne seuffre convenir ne contraindre ambassadeurs de prince se ce n’est de chose que prins auroient en chemin Et mesmement veu que besoing leur estoit de prendre chevaulx chariotz ou charettes pour eulx ou pour tous leurs fardages porter/ si que maladie ou aultre essoine pourroit en chemin venir/ ou peut estre pour porter certains presens au roy/ doibvent eulx & leurs choses avoir sauf aller et sauf venir/ mais il peut bien estre que aucune couleur du debat y pourroit avoir en cas que sans juste necessité auroient mené avecques eulx aucuns angloys & que des bagues d’iceulx chevaulx ou autres choses eust en la compaignie/ car de quelle auctorité pourroient ilz mener en france les ennemys du royaume/ si ne seroit sans cause debatu.

Pour plus savoir encore te requiers maistre que me dies se les françoys par droit pourroient emprisonner ung anglois homme d’eglise/ ou aussy bien les anglois les françoys lequel seroit evesque abbé ou prebstre religieux.

Bel amy parce que ja plusieurs foys as conclud peut estre ta demande solue/ c’est assavoir que nous disons que selon droit escrit l’office de clergé est separee de toute guerre Car le service de dieu auquel ilz sont ou doibvent estre les faitz inhabilles & rudes de porter armes ne quelconques harnois de bataille temporelle ne leur appartient/ car il ne leur affiert office fors d’assouldre les pechés & ramener a droite voye les desvoyez & administrer les sacremens/ ne mesmes pour eulx deffendre selon le decret ne leur loist fors benignité et doulceur. Si seroit doncques bien merveilleuse chose et dure que ilz portassent penitance de ce dont ilz sont ou doibvent estre innocens.

Car se tu me vouloyes dire voire ilz aydent de leurs rentes & de leurs revenues au roy d’angleterre a maintenir la guerre & mesmement de leur conseil. Je respons que ce ne doibvent ilz pas faire/ car ilz n’y sont pas tenuz comme il n’appartient a homme d’eglise donner conseil de guerre Ains est leur office de tousjours mettre paix entre les cristiens :

S’il advenoit que par violence leur roy feist prendre leurs biens par force pour alouer en ses guerres. Je te dis que de ce ne pevent mais/ sy ne seroient pourtant tenuz d’estre prins ne de paier raençon ne estre prins ne retenuz comme ennemys de nulle partie/ mais aultrement est. S’il advient que aucun prebstre voise en guerre ou se ingere de ce aucunement/ s’il estoit prins sans faulte il ne deveroit estre espargné/ que toute rigueur de rudesse ne luy fust faite/ fust prelat ou autre en fait de paier raençon et diroie que tel homme fust mené au pape qui bien le pugnist/ mais autrement d’emprisonner les hommes d’eglise est chose descouvenable.

Cy devise se ung gentil homme prisonnier de guerre doibt mieulz aimer a mourir que faulser son serment. xxviie. chapitre.

Or te vueil faire aucunes demandes qui en cas de prisonniers de guerre assés des precedens deppendent. Je prens que ung chevalier a prins en guerre son ennemy et en ung chastel ou aultre prison l’a mis. Je te demande se ledit prisonnier voit son lieu de s’en aller par cautelle ou subtilité s’il le peut faire justement selon droit de guerre/ car je fays doubte que non pour plusieurs raisons La premiere car il luy a baillé sa foy si n’en peut partir sans soy parjurer. La seconde que droit ne veult que on face a autruy ce que on ne vouldroit que on luy feist/ & icelluy prisonnier ne vouldroit pas que son prisonnier ainsy luy feist si trespasse ceste loy en ce faisant. La tierce qu’il est ainsy que son serf & en son mercy jusques a tant que quitte soit de sa raençon/ si me semble qu’il se meffait en tant qu’il mesmes luy oste/ sicomme le sien/ par propre qui est chose qui faire ne se peult sans mesprendre.

Or bel amy ad ce te respondray pour l’autre partie et bien y a/ a regarder/ Car il convient determiner selon les circonstances. Je te dy que on peut dire pour l’autre qu’il n’a riens mesprins/ car il l’a fait selon la loy de nature/ laquelle veut que toute personne soit en liberté.

Item quant il donna sa foy ce fut par force et par merveilleuse contraincte qui lui fist faire/ & promesse faicte par force la loy ne contraint pas a le tenir/ & autres raisons y pourroit dire/ mais au fort quant a droit d’armes/ lequel est permis par toute loy tout ce y fait petit/ car au droit aller Je te ditz que quant ung homme est prins & qu’il donne sa foy de tenir prison. Sans faulte il ne peut sans foy meffaire vers dieu & vers le monde/ s’en partir sans l’accord de son maistre voire aucuns cas reservez et que bien l’entendez/ c’est assavoir que ledit maistre ne luy face autre mal ne grief sinon le tenir en prison convenable ainsi que le droit l’a limitté/ mais je t’accorde bien que s’il estoit tenu si destroit & sy mal mené que en peril en fust de sa vie et que on luy fist chose cruelle et inhumaine. Je te afferme que se voye trouvoit de s’en aller Il feroit tresgrant sens Ne en riens ne deveroit estre reputé meffait Ou que le maistre ne voulsist prendre deue finance selon son povoir/ & il luy auroit offerte plusieurs foys et prié qu’il la voulsist prendre.

Item et au cas que ledit maistre fust tant cruel que acoustumé eust de faire mourir ou tourmenter ou languir en prison ses prisonniers et telles rudesses qui sont contre loy de gentillesse/ celluy qui de tel homme est tenu n’est pas contraint de luy tenir foy se par quelque voye peut eschapper/ car celle foy bailler est a entendre que ainsy que le maistre est sire du prisonnier par vertu de droit d’armes/ que aussy il le doibt tracter humainement si que ledit droit le donne et non pas le tenir comme beste ou pis que sarrazin ou juif/ lesquelz mesmement ne loist traicter si durement que on leur donne cause de desespoir. Et pource te dis que celluy qui premier brise a autruy et trespasse le droit dessert aussy que pareillement luy soit fait.

Voire maistre s’il advient que ung gentil homme prenne ung aultre en bonne guerre/ et nonobstant que le prisonnier ait juré au maistre de tenir prison ledit maistre le tiengne en bonne tour ou en forte prison encloz. Je te demande se tel homme voit son point s’en peut aller sans mesprendre/ car aucuns pourroient pencer que si/ veu que le maistre ne se fie pas au serment ne en la foy du prisonnier/ & puys que ainsi est qu’il ne s’i fie quelle foy doncques luy peul[t] il rompre ne briser/ car il ne se attent pas nullement au premier lier/ mais ainçoys luy baille autre plus fort/ & ou mieulx s’attend. Pource comme il sembleroit ne brise pas le prisonnier sa foy. veu que son maistre la repute pour nulle.

Je te respons derechief que le droit a distincte des choses d’armes/ se le gentil homme jure a tenir prison s’il est ainsy que son maistre luy donne a menger et a boire suffisamment et logis non trop destroit/ & vueil traicter de deue finance quant temps sera/ & que pour la prison qu’il luy donne ne puisse prendre mort ne declinement de son corps & de sa santé/ se tel prisonnier s’en va nonobstant que maistre le tiengne en bonne garde qu’il brise son serment & fait contre droit de guerre & de son deshonneur car s’il est gentil homme il doibt faire ce qu’il appartient/ c’est assavoir tenir son serment a son maistre/ lequel l’eut occis a l’eure qu’il le print s’il eust voulu/ et posons qu’il le tiengne enclos il ne luy fait nul tort/ car il promist tenir prison bien & loyaument sans la briser/ si ne se peut excuser tel fuitif qui n’ait fait mal Car puys qu’il se mist en peril de la bataille C’est assavoir d’estre mort ou prins Il debvoit savoir que prison n’est pas lieu d’esbatement ne de feste si doibt doncques puys qu’il est encheu au peril porter bien doulcement et patiamment la penitance en esperance de une autrefoys escheoir a meilleur fortune.

Cy devise se ung gentil homme prisonnier de guerre doit mieulx aimer a mourir que briser son serment. xxviiie. chapitre.

Je supose maistre que ung chevalier ou homme d’armes soit en la prison d’un autre ou de ung seigneur ou de une ville mais sy grant rigueur luy soit faicte que on luy afferme que ce dedens certain temps n’a fait sa finance Il sera occis/ pour quoy il quiert pour dieu et en pitié que l’en le laisse aller en son pays faire finance et que sans faulte retournera a tout dedens le jour promis. A bref dire on le laisse aller sur son serment fait sur les sainctes evangiles. Par lequel serment il jeure que pour encourir la mort ne fauldra qu’il ne retourne dedens le jour promis. Or advient que impossible luy est de finer sa raençon si est assavoir s’il doibt retourner pour soy retourner mettre a la mort/ laquelle par ses adversaires luy est promise/ car mesmement il est escript es hystoires de romme/ que ainsy le firent jadiz les nobles conquereurs rommains/ qui ains s’exposoient a la mort que enfraindre le jurement de prison. Et ce iceulx qui paiens et mescreans estoient juroient leurs faulx dieux/ ilz le tenoient toutesvoyes mieulx le doivent tenir les christiens quant ilz jurent sur la saincte foy catholicque.

Bel amy tu dis bien. et encore plus de raisons y pourras a ton propos alleguer/ mais a la verité du fait en y a trop/ qui pourroient excuser l’omme en tel cas/ quoy que aucuns docteurs veullent maintenir que mieulx deveroit l’omme vouloir mourir que parjurer le nom de dieu Laquelle chose est vraye en aucun cas/ mais quant a cestuy qui est chose violente et fait ainsy que par force pour sauver sa vie/ n’est pas determiné qu’il vaulsist mieulx a mourir/ & qu’il n’y soit tenu te diray les raisons. Je te dy que selon droit escript/ serment contre bien et utilité et mesmement contre bonnes meurs ne fait pas a tenir/ et quoy que mal soit de soy parjurer est encore trop pis fait de tel serment tenir si doibt estre esleu de deux maulx celluy qui est le moindre criminel. sicomme ung homme aura juré sur les sainctes evangilles ou sur le corps jesucrist sacré/ qu’il occira ung homme ou fera quelque grant malfait/ si n’est pas doubte que pis seroit d’occir ung homme ou bouter feu en une maison/ ou aultre grant mal que de soy parjurer/ quoy que pesché mortel feist des qu’il jura/ car choses desraisonnables a faire ne se doibvent pas jurer.

Or est il ainsy et nul ne doibt le contraire pencer que nul homme n’est maistre de son corps mettre en prison pour occir ne ses membres trencher ne qu’il seroit de ung autre Et il appert qu’il n’en soit en luy Car s’il se occioit luy mesmes/ justice pugniroit le corps honteusement au gibet/ aussy s’il trenchoit ses membres ainsy seroit il pugni par justice que se a ung autre l’avoit fait.

Pource derechief te dis qu’il n’est pas en luy ne en son povoir de soy obliger par celle voye ne point le lie le serment ains est nul. Et plus te dy nous disons de droit escrit/ que se ung homme peut ung autre garder & preserver de mort/ et il ne l’en garde a son povoir qu’il l’occist doncques ne mesprent pas s’il garde a soy mesmes le droit que a nature est tenu a garder/ c’est assavoir s’il eschieve la mort/ & cecy est quant a excuser l’extremité de la chose et supplier ce qu’il n’a peu admender de la raençon paier/ mais pourtant ne te dis je pas qu’il ne soit tenu de faire finance tout le plus tost qu’il pourra et y mettre toute peine de soy en acquiter.

Cy fine la tierce partie de ce livre. Et commence la quarte et derniere partie laquelle parle de droit d’armes en fait de saufconduit/ de treve/ de marque et de champ de bataille.

Illustration from L'art de chevalerie selon Vegece

Au premier chapitre demande le disciple au maistre se ung seigneur envoye saufconduit a ung aultre son ennemy chevalier baron ou qui qu’il soit/ et que audit saufconduit ne ait si non contenu de sauf venir/ s’il peut bien par celle cautelle l’arrester selon droit au partir. Premier cha.

Au commencement de ceste quarte partie treschier maistre vueillez saillir en ung autre different propos de guerre/ combien qu’il soit tout dependant du fait dessusdit c’est assavoir en une maniere d’asseurement qui se donne aux allans et venans entre les parties par lettres qu’on dit saufconduit. De laquelle chose premierement te vueil faire demande.

Je suppose que ung baron ait guerre a ung chevalier de laquelle guerre les amys d’une part et d’autre se mettent merveilleusement en tresgrant peine de y trouver paix par quoy ledit baron envoye saufconduit au chevalier de venir vers soy et luy demande que sur icelluy viengne sceurement. Le chevalier s’i fie et y vient/ mais quant ensemble ont parlé et que partir s’en veult le baron le fait arrester et dit que son prisonnier est Car dist il vous estes de guerre contre moy ce scet chascun/ si vous puis prendre a mon advantaige se je vous y treuve. L’autre respont qu’il ne peut par la vertu de son mesmes saufconduit/ Le baron replicque en disant. mon saufconduit que baillé vous avoye parloit de sauf venir/ mais du partir neant pource ne luy fay nul tort s’il le retient. Si te demande se le baron a bonne cause. Et sembleroit que ouy veu & consideré qu’il suffist entre ennemys tenir le contenu des lettres. Et puys que sy fol a esté le chevalier qu’il n’a sagement entendu s’il en porte la penitance/ ce n’est pas mal employé/ car il loist en fait de guerre si que toy mesmes l’a cy dessus tesmoingné en usant de cautelles pour decepvoir l’un l’autre/ si s’en garde qui pourra.

Je te respons bel amy que tu t’abuses en cest endroit/ car s’il estoit ainsy que tu dis trop d’inconveniens s’en pourroient ensuyvir. Et pource y a la loy pourveu/ qui deffent expressement que nul ne deçoive par parolles cauteleuses/ car cuideroies tu doncques que ung homme fust ouy en jugement pour dire j’ay vendu cent livres de terre pesant et semblablement d’autres telles choses te dis bien qu’elles ne seroient pas reputees en jugement fors trufferies/ & l’omme trompeur qui user en vouldroit en seroit pugni. Et pour ce a nostre propos l’omme ne se doit fier en telle lettre se elle n’est bien expresse de sauf venir/ sauf demourer et sauf en retourner et les autres circunstances/ et ne veult la loy que le malice du frauduleux deceveur prengne si estroictement la simplesse de l’omme qui y va de bonne foy. Si doibt estre entendu que le saufconduit est selon l’intention de celluy auquel on le donne/ par lequel se tient asseuré/ de sauf aller sauf demourer et sauf retourner/ ou autrement se ne seroit pas saufconduit Ains seroit une traïson couverte qui trop seroit a blasmer/ et telle en est la verité. Neantmoins peut estre que aucuns de fait sans nul droit ne sans quelcune raison en aient usé qui a leur tresgrant deshonneur et villennie debveroit tourner/ mais chascun n’a pas povoir de faire tout le mal qu’il feroit voulentiers.

Cy devise se ung chevalier ou autre gentil homme avoit saufconduit luy xe. S’il pourroit par droit mener avec lui ung seigneur au lieu de l’ung des x. sur la terre des ennemis et se ung capitaine de petite quantité de gens d’armes peut donner saufconduit a plusgrant et plus puissant que soy. iie. chapitre.

Puys que entrez sommez en matiere de saufconduit/ respons moy d’une question. ung chevallier angloiz a saufconduit du roy de france pour luy xe. a cheval venir en france/ pour cause d’aucun affaire/ advient que ung grant baron ou seigneur d’angleterre luy prie qu’il soit l’un des x. compaignons. car grant voulenté a de veoir france et soy y venir esbatre. laquelle chose ledit chevalier octroie/ & avec luy s’en vient. dont il advient que quant ilz sont pres de paris en l’ostellerie logez ledit baron est congneu de ung chevalier de la court du roy lequel tantost bien acompaigné vient a luy en luy disant qu’il se rende/ car son prisonnier est. A laquelle chose le chevalier qui le conduit soy opposant a l’encontre dist que ce ne peut il pas faire/ car par le saufconduit qu’il a peut aller luy xe. si est celluy l’un des x. Car telz les povoit prendre qu’il luy plaisoit. Le chevalier replicque. vous n’estes que ung simple chevalier/ si ne povés plus grant de vous mener sur vostre saufconduit/ car se ainsy estoit/ donc pourriés pareillement avoir admené vostre roy ou ung de ses enfans/ laquelle chose n’est pas raisonnable/ & mesmement celluy que vous menés/ vous deveroit selon raison mesmes mener/ car trop est plusgrant que vous dist l’anglois. Je ne le maine pas a mon saufconduit/ mais a celluy du roy de france Si demande & requiers que tenu me soit en terme selon ce qu’il se contient. Ceste question venue en jugement Je demande lequel a droit.

Je te respons que c’est le françoys/ car selon droit escript en telle generalité ne doibt estre entendu plusgrant homme de soy/ car se ung homme donne a ung autre procuration de certaines choses faire/ n’est pas pourtant a entendre qu’il lui donne generalle procuration ne qu’il en doibve personne abuser/ & par especial en fait d’armes. Jamais telle chose ne seroit soufferte a passer/ car tourner pourroit a prejudice a la personne qui le donneroit.

Item je suppose que ung capitaine d’ost françoys qui de par le roy soit envoyé sur les frontieres die et afferme qu’il ait puissance de donner saufconduit par toute guyenne/ & pource y mande au senechal qui vienne sur la terre de france/ car moult desire a parler a luy/ sy luy envoye pour ce faire saufconduit par quoy ledit seneschal de bordeaux se part sur celle sceurté pour venir en lieu determiné/ mais il advient que en chemin il est rencontré de françoys/ lesquelz le prennent et mettent prisonnier. Si te demande se ledit capitaine est tenu de l’en jecter hors a ses propres despens/ car sembleroit que ouy veu que par son asseurement est echeu en ce dommage.

Je te respons que non/ scez tu pour quoy/ pource que on dit communement que sans cause seroit tenu ung homme pour fol se de sa folie n’a nul dommaige/ & il est tout cler que le seneschal ne devoit pas croire ung capitaine si non que certiffié fust que les françoys gardassent son saufconduit/ se simple a esté/ le mal luy en demeure/ car avecques ce deust bien savoir que ung capitaine n’a povoir de soy tenir sur ce non de ses gens/ dont puis que ce n’ont il pas fait/ de quoy luy est il tenu/ & avecques ce n’est pas de droit que ung homme donne previlege d’aller sur le royaume a plus grant de soy/ ne mesmement s’il estoit obligé de le garder si ne luy vaudroit tout riens/ si te concludz que quoy que le capitaine eust donné ledit saufconduit de bonne foy que tout ce n’eut riens valu/ s’il est gentil homme il est tenu de pourchasser de sa puissance sa delivrance devers le roy/ pource que par sa coulpe est encheu en tel inconvenient.

Comment l’acteur s’esmerveille veu la petite foy qui au monde court/ comment personne se ose fier en ses saufconduitz Et puis demande s’il advient que aucun roy ou prince crestien donne saufconduit a ung sarrazin se les aultres cristiens par ou il passe le doivent tenir. iiie. cha.

Maistre sans faulte/ ce me semble a mon advis tresgrant merveille veu la petite loyauté qui au jourd’uy court au monde comment ung prince ou seigneur ou gentil homme/ et mesmement quelque homme que ce soit se ose fier par saufconduit de aller en lieu ou ses ennemys soient plus puissans et fors de soy.

Amy se tu t’en esmerveilles ce n’est pas sans cause combien que saufconduit selon l’ancienne coustume de droit d’armes et aussy de toute la loy deue selon la nature eust esté sceure entre parties et ennemys mortelz que nous appellons en nos loiz capitaulx Lesquelles lettres de sceurté les bons et vaillans conquereurs du temps passé n’eussent enfraint pour mourir/ mais a present pour les baratz et subtilités trouvez/ par lesquelz on n’a honte de mentir ne rompre foy ne sermens entre cristiens trop moins que juifz ou mescreans n’auroient/ & conseille par aucuns de nos maistres que en saufconduit on ne se fie de legier/ comme le temps soit venu que ce que les droitz appellent fraude et barat est appellé subtilité & cautelle et ainsy y est le peril grant/ car se de fait ung homme de quelque estat ou condicion qu’il soit veult faire traïson/ puis qu’il a la personne en place ou en lieu ou plus fort se treuve/ il trouvera assez de couleurs d’avoir occasion de le faire occir/ ou par prisons ou comme se cas d’aventure fust/ ou par faire esmouvoir aucun ou bouter feu en la maison & aussy en diverses guises & puisque fait seroit il n’est droit qui y venist a temps/ & pour ces doubtes dit a bon droit la loy/ que pour sceurté de la personne quant il se met au povoir de son ennemy ne se pourroit donner previleges trop grans car apres le fait restitution seroit nulle/ sans faulte maistre c’est pure verité/ mais encore me ditz une question selon droit.

Je suppose que ung roy cristien eust donné saufconduit a aucun sarazin/ Je te demande quelz gens des crestiens luy doivent tenir celluy saufconduit/ car au propos de ce que cy devant as dit me peut sembler tout premierement que les gens du pape n’en ont que faire comme ilz soient a plusgrant seigneur que le roy n’est/ je sçay bien que tu veux dire voirement n’y sont ilz pas tenuz/ & mesmement ne sont les autres roys crestiens selon le tesmoing des loix/ lesquelles dient que hors de sa juridiction homme ne peut faire mandement ne ordonnance/ sy t’en diray/ car de ses subgectz mesmes aucuns pourroient doubter que pas n’y fussent tenuz La cause est pource que les sarrazins sont ennemis generaulx de toute la crestienté c’est chose vraye et aussy escrite/ par quoy nul crestien ne doit recevoir quelconque ennemy de la loy de dieu si est tout homme tenu de plus obeyr a dieu nostre pere que a son prince temporel/ en tesmoing de la loy qui dist/ que a toute personne est permis de contredire a son seigneur s’il est tel qu’il vueille porter garder soustenir ne donner faveu[r] aux ennemys de la foy de dieu dont par lequel droit seroit tenu le subgect dudit roy de garder cellui saufconduit/ & avec ce les sarrazins n’ont pas seulement guerre contre ung roy/ mais contre tous/ et droit dist que une chose qui touche a tous doibt estre esprouvee a tous/ car autrement riens ne vault. Mais or y a il aultre chose/ a entendre/ c’est assavoir que s’il est ainsy que pour raisonnable chose luy ait donné/ sicomme pour traicter ou pourchasser la finance d’aucun chevallier ou aultre crestien quel qui soit/ qui soit en leurs mains prisonnier ou pour autre chose juste et raisonnable/ n’en doutbtés pas que non pas seulement les subgectz dudit roy/ mais generalement tous crestiens par ou il a a passer le doivent laisser aller sceurement pour deux principalles raisons/ La premiere est que entre eulx ne puissent dire que entre nous crestiens eussons pou de foy et pou d’amour ensemble/ quant ne vouldrions pourchasser la delivrance des gens crestiens qui entre leurs mains seroient prins pour la foy de nostre seigneur. L’autre que se rudesse leur estoit faicte entre crestiens s’ilz y viennent posons que ce fust pour marchander ou pour ambaxade ou autre juste occasion/ ilz le pourroient chier vendre a nos crestiens qui pour semblables cas vont souvent entre eulx Ainsy leur doibt estre tel droit gardé que nous voulons qu’ilz gardent/ mais se ainsy advenoit que ung roy ou une ville eust guerre contre ung aultre & pour soy venger ou pour aultre chose non raisonnable faisoit venir a son ayde aucun puissant sarrazin a son saufconduit/ en telz cas nulz crestiens subgectz ne autres ne le doibvent souffrir ne ja pour ce les vassaux ne seroient reputez parjures ne moins loyaulx a leur seigneur/ car mesmement dit la loy que se on treuve ung homme qui porte lettres contre la publicque utilité on les peult oster et rompre. Et dit ung autre semblablement que tout homme doibt bouter hors d’environ soy contre la loy.

De treves et de marque. Cy devise se durant treves entre guerroyeurs on peut par droit prendre en aucune maniere chose qui soit l’une partie sur l’autre Et se l’une partie enfraint les treves/ se l’autre partie est tenue de les tenir. iiii. chapitre.

Maistre il me semble que ung autre asseurement de guerre est entre ennemys/ que on nomme treves qui est une maniere de paix faicte durant aucun certain terme de temps si te vueil ung pou faire de question pource que ay aucunesfois ouy dire que en aucun pays/ & mesmement les anglois en ont aucunefois usé contre les françoys/ quant treves estoient/ & mesmement durant les treves que ce n’estoit pas mal fait se on veoit son advantaige de prendre par aucune cautelle qui peut chastel/ ville ou quelque prisonnier/ & te demande s’il est vray que faire se puisse sans tort.

Ad ce je te respons que vrayement tous ceulx qui le font enfraindent le pur droit de treves/ & affin aussy que tu le puisses en ceste partie mieux tesmoingner te diray que nos maistres en dient/ tout premierement dient que c’est ung asseurement royal qui de ancien droit ne se doibt briser sur peine capital sicomme loy droicturiere de roy ou de prince ne doibt estre brisee.

Item dient qu’elle contient troys choses principalles/ c’est assavoir qu’elle donne sceurté aux biens meubles & autres choses. Secondement aux hommes Et tiercement qu’elle tire a traicté et esperance de paix Et doncques puis puys qu’en soy treves contienent tant en general comme en especial ces choses. par quel droit s’y pourroit prendre l’une partie sur l’autre prisonniers ne quelconque aultre chose/ si te prie maistre que tu le me dies.

Sans faulte amy ceulx qui le font ou qui maintiennent que sans tort se puist faire n’ont que faire de droit si treuvent assez de manieres de baretter/ & pis y a qu’ilz veullent couvrir leur faulceté de droit et de loy laquelle est appertement contre eux la ou elle dist que toute chose usurpee et prinse sur fiance de treves/ de droit doibt estre rendue et restituee et tous les faiz payez/ & scés tu que le roy ou prince selon la loy deveroit faire de ses gens qui telle villenie luy auroient faicte comme de mentir et non entretenir sa promesse leur faire trencher les testes sy y prendroient les autres exemple/ & se est la sentence de la loy & de ce acqueroit sy bon los comme d’estre appellé tresbon justicier prince cremu en seroit/ & par ce donneroit plus grant cause a ses ennemys d’eulz plus voulentiers rendre a luy/ lesquelz se les treves rompent/ & il puist tenir aucun d’iceulz a sa puissance/ pour nulle raençon ne les doibt espergner ne deporter que pugnis ne soient comme il appartient/ & je te demande maistre se le roy de france et celluy d’angleterre avoient juré treves ensemble durant certain temps/ & le roy d’angleterre les rompist seroit le roy de france tenu de les tenir : car il pourroit sembler que si par celle maniere/ posons que aucun face mal ung autre n’est pas tenu de le faire semblablement/ ains se doibt tout homme tenir en sa loyauté.

Amy je te dy puys que l’un des deux roys lequel que ce soit et de tous autres en semblable cas auroit rompu sa promesse et parjuré se seroit/ que l’autre n’est pas tenu de luy tenir serment ne ja pource n’en sera parjure/ car selon droit puis que premier on luy a brisé convenance n’est pas tenu de la tenir plus avant/ ains est de droit escript absoubz du jurement/ & qui plus est il pecheroit mortellement se ses gens laissoit occir et gaster le païs sans deffendre a sa puissance.

Cy parle d’une maniere de guerre laquelle s’apelle marque et se telle maniere de guerre est juste. ve. cha.

Maistre comme encore ne soie saoulé de tes sages et justes conclusions te vueil faire certaines demandes sur une aultre maniere de contens qui avecques trait a guerre/ laquelle ne sçay s’elle est de droit/ mais les princes et les seigneurs depuis les anciennes seigneuries de pieça/ car es anciennes gestes n’en est faicte nulle mencion en ont prins a user qu’on appelle marque/ qui est quant ung homme de ung pays sicomme de france ou d’autre part ne peut avoir droit d’aucun tort fait par aucun puissant homme d’estrange pays le roy luy donneroit une maniere de licence de prendre arrester et emprisonner par vertu de ses lettres obtenues de luy/ marchans et tous aultres & leurs biens venans du pays & du lieu d’icelluy qui auroit fait le tort & qu’ilz en fussent exemptz jusques ad ce que droit et restitution soit faicte au demandeur de sa demande/ si souroie tresvoulentiers se telle chose vient de droit/ car grant merveille est que ung homme du pays de celluy qui aura commis le fait/ & qui oncques riens n’en aura sceu ne n’en sera coupable/ & si sera pour celle cause emprisonné et ses biens empeschez s’il est trouvé en lieu ou l’autre ait puissance & conviendra qu’il paye et restitue se dont riens il ne doibt ne couppe n’y a.

Chier amy tu doibs savoir que a droit voir dire selon l’escrit de l’ancien droit ceste maniere de guerre que on appelle marque/ par laquelle ung homme prent dommaige pour autruy sans sa desserte n’est pas juste ne droit ne l’ottroye pas/ lequel droit a ordonné que se ung marchant de paris ou de quelque lieu qu’il soit est obligé a ung marchant de florence qui demande justice de luy devant son juge/ & que ce cellui ne lui fait justice qu’il l’appelle devant la justice du roy tant que il en ait droit/ mais de dire pource se ung marchant de paris luy est obligé que emprisonner puist ung autre marchant ou bourgoys de paris ou d’autre part du royaume ou ses biens prendre & arrester. vrayement en ce forvoye/ car ce n’est de raison ne de nul droit qui y peut estre pour les seigneurs qui l’ont trouvé en ceste cause et n’est pas sans occasion.

Je suppose que ung ytalien fust obligé de une grant somme a ung françoys/ de laquelle obligation vouldra fraulder celluy auquel il est debteur Il s’en ira demourer en angleterre pource que bien scet que le françoys n’yra pas la plaider a luy/ ou par aultre pourroit advenir/ ung genevoys sera de pieça obligé a ung françoys Or saura bien que pour la malvaillance qui est ore entre le roy de france et les genevoys/ le françoys n’yra pas a geneves pourchasser sa debte/ si sera de tant mauvaise conscience que cure n’aura de restituer/ que fera doncques le françois seurement il se traira devers le roy ainsy que subgect a son seigneur pour avoir semblablement aide du sien recouvrer. Adont le roy bien informé donnera semblablement marque/ & le donnera aussy s’il advient que ung chevalier ou autre ait esté destroussé injurié & villenié en quelque part ou le roy n’ait deffence de guerre/ jusques ad ce que amende et restitution luy soit faicte Sy trouverent ceste cautelle les consaulz des princes pour obvier a telz baratz.

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