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Jean de Vignay translation
Cy devisent les manieres qui affierent a capitaine d’ost a tenir au temps qu’il espoire avoir prochaine bataille. xviii. chapitre.
Apres les choses dictes est temps de venir a parler de certains pointz advis & rigles qui au capitaine sont bons a tenir au temps qu’il espoire avoir prouchaine bataille selon le livre d’armes/ et les autres acteurs qui de ceste matiere ont parlé/ Et est assavoir que quant on sent que ennemis veullent courir sus/ on ne doit pas attendre qu’ilz entrent en la contree ainçois leur doibt on aller audevant a grant ost. Car mieux vault fouller la terre d’aultruy que souffrir la sienne estre foullee Le capitaine doncques arrivé au lieu ou il se atent avoir en bref temps avoir jour de bataille sentant ses ennemis pres/ se tiendra sur sa garde/ mais il ne se hastera pas de les assaillir en plaine bataille se a son avantage n’est/ pource sera moult curieux d’enquerre que on dist de leur estre/ quel conseil il a/ quelz sont ses capitaines duitz de guerre ou non/ de laquelle foy et loyauté sont ses gens d’armes comment le cueur leur dit/ de laquelle et quelle voulenté ont de combatre et se ont vivres ou non/ car le fain se combat par dedens & peut vaincre sans fer Il aura advis et conseil avec les siens assavoir se le meilleur est de donner tost ou non la bataille ou la retarder ou attendre que assailly soit/ car se savoir peult que par fain soient mal menez ou que la paye leur faille/ par quoy s’en voisent petit a petit/ & tous malcontens laissent leur capitaine/ et que gens delicatifz nourriz a court et es aises et mignotises y ait/ quoy qu’ilz soient foison/ mais que plus ne puissent souffrir la dureté du champ et la merveilleuse et aspre vie d’ost Ains desirent le repos ne se hastera pas en quelque maniere de donner la bataille/ Ains se tiendra paisiblement comme se riens n’en sceust & le plus secretement qu’il pourra envoiera mettre embusches aux passages/ et par ce s’il peult il les surprendra.
Que grant proffit soit a capitaine d’ost savoir sagement mectre embuches et surprendre ses ennemys lors y parut lors que hesdrubal menoit au secours de hanibal prince de cartaige son frere/ a tout merveilleux ost contre les rommains/ lesquelz de ce advisez s’embuscherent au pié des montaignes/ et la luy coururent sus par telle vigueur que l. mil hommes et plus y occirent & prindrent a tout grans richesses Nonobstant la foison des elephans qu’ilz amenoient dont moult bien se savoient aider en bataille.
Vegece.
Et ceste voye tenir afferme vegece disant que on doibt espier son adversaire tant que son ost est divisé au passer grans fleuves/ ou que las soient de cheminer/ ou entreprins de palus/ ou d’aucuns estroiz passages/ si que eulx occupez d’empeschemens soient avant occis que ordonnez/ mais se le capitaine scet que ses ennemys soient fors et de grant couraige contre lui et desireux de combatre/ semblablement se doibt pener d’estre contre eulx.
S’il advient que jusques au logis viennent l’ost assaillir/ a l’eure qu’ilz ne cuident pas que on les doive assaillir : il se deffendra sans plus faisant semblant de non voulloir yssir/ mais quant iceulx auront les dos tournez/ s’il advise que aucunement soient defrontez ou amusez a prendre quelque proie adonc se son point voit/ sauldra hors en tresbel arroy et hardiement leur coura sus en portant leur dommaige a son povoir/ mais il doibt bien regarder de non faire saillir hors ses gens en tant qu’ilz soient lassés par erre de longue voye ou grant journee/ car gens lassez sont demy vaincus. Et par celle voie assaillirent les tressages rommains le trespuissant roy D’assirie D’aise/ et D’europe. Anthiocus c’est assavoir par nuyt que son ost estoit travaillé et avoit tresgrant besoing de reposer ne garde ne s’en prenoient ou les rommains estans en assez petite quantité occirent plusieurs des gens au roy Anthiocus plus de lx. mille si que l’istoire raconte.
Vegece.
Et dit vegece que comme bataille soit finee en deux ou en trois heures Apres laquelle toute esperance est cheue a la partie desconfite. Et pource que la victoire ne peult pas estre congneue avant le commencement Le saige capitaine ne se doibt pas voulentiers ne de legier mettre en bataille planiere se son grant avantage ne voit.
Que journee de bataille soit et face a redoubter comme chose trop adventureuse bien l’esprouverent les rommains lors que leur grant ost eurent envoyé en bataille que contre eulx s’estoit rebellee/ ou de la bataille qui trouverent tost preste ne demoura d’eulx personne qui a romme peust rapporter les nouvelles. Ains le sceurent apres longue espace par autres estrangiers. Pource le sage capitaine se doibt souvent pener de grever ses ennemys en belles escharmouches par agais et embusches/ et par ses voies les diminuer par chascun jour le plus qu’il peult.
Item dit aussi que quant il advient que on prent prisonniers durant la guerre soit en escarmouches ou autrement/ que on ne doit iceulx traicter si durement que on les rende desesperez de leur vie/ ou cas que on attende bataille Car de tant que moins auroient d’esperance de trouver pitié s’ilz estoient vaincus/ de tant se deffendroient ilz plus aigrement. Car maintesfois a esté veu que petite quantité de gens desesperez vainquoient grant et puissant ost/ par ce que mieulx aimoient a mourir que cheoir es cruelles mains de leurs ennemis/ si est grant peril de telz gens combatre/ car par leur grant ayr/ force leur croist a double/ si doibt il bien savoir congnoistre et juger/ si que le droicturier/ juge aussi bien la force de l’avantage de son adversaire et de quoy/ et comment il le peult grever comme son fait propre/ et par ce se peut saigement conseiller en fait d’agait Et par celle voye ont plusieurs fois petit nombre de gens conduitz par bon et sage capitaine vaincu grant multitude si que dit est.
Vegece.
Mais s’il advient ce dit vegece ennemy te presse de prendre jour de bataille et qu’il te haste de combatre/ prens garde ce c’est a ton avantage et a ton grief/ si n’en fais riens se ton meilleur n’y voys.
Cy devise les manieres que capitaine doibt tenir se il advient qu’il se vueille partir du champ sans attendre ne donner la bataille. xix. cha.
Mais posons que le cas advienne que le prince mande au capitaine qu’il s’en retourne sans livrer la bataille ne que plus en face/ ou que le capitaine voulsist pour certaines causes laisser le champ/ est a regarder quelle maniere il tiendra sans effraier ses gens nullement ne que ses ennemis l’apperçoivent Car dit vegece/ que il n’est plus grant villenye que soy partir du champ present ses ennemis ains que on assemble se ce n’est pour avoir accord prins entre eulx/ car en ce apperent deux choses malhonnorables/ l’une qu’il ait paour et que couardie le meut. l’autre que petite fiance a en ses gens/ et avec ce donne hardement aux ennemis. Et pour ce que le cas advient aucunesfois que les deux ostz s’entrevoient sans assembler est bon de toucher la meilleur voie puys que partir convient sicomme vegece l’enseigne qui dit ainsy.
Puys que partir te veux garde bien que les tiens ne sachent en quelque façon que ce soit pour eschever l’assemblee/ mais fais courir la voix entre eulx que c’est pour aucune cautelle trouvee pour grever en autre lieu et rataindre mieulx les ennemys qu’ilz ne s’en donnent garde/ et les autres par certains agaitz.
Vegece.
Car vegece dit se tes gens savoient que partir voulsissez sans en plus faire/ tantost petit a petit leveroient le champ/ pource qu’ilz penseroient que tu fussez espouenté de donner la bataille si pourroit estre a ton grant honte.
Apres dist il tu doibs garder que tes ennemis ne l’apperçoivent/ car tantost te pourroient courir sus. Et pource aucuns en tel cas aucunesfois ont fait assembler une flotte de gens a cheval & courir ça et la pour faire umbre a ceulx de pié qui endementiers passoient oultre.
Aultres se sont partis de nuyt qui est une maniere merveilleusement honteuse/ car ceste appert estre droicte fuite. Et autres en belle bataille arrengee s’en partent plainement/ mais ses manieres de partir ce dist il ne sont pas a louer se grant necessité pour l’ost sauver ne le fait faire/ Mais meilleur maniere est dist il que ceulx de pié legierement armez se partent tout coiement et voisent prendre ung certain champ dont le lieu soit a leur avantage et la se treuve tout l’ost. Et se les ennemys se mettent a chasser les premiers venus leur soient audevant tant que l’ost s’assemblera/ Adonc de l’avantaige de la place avec leur force se pourront aider a eulx contrester & vendre chier leur fuite/ car dist il nulle riens n’est plus perilleuse a ceulx qui follement chassent que eulx embatre sur agait ou en lieu qui au chois soit pourpris des adversaires.
Quant on se part de la place/ une partie de l’ost voise par le grant chemin bien ordonneement/ ou cas que les ennemys tendent a les suyvir/ et les autres soient envoiez secretement par autres costiant leurs compaignons. Sy advient communement que ceulx qui chassent par le grant chemin pource que entour eulx peust veoir se delaient ça et la & puys s’en partent/ mais quant cuident estre delivrez & que la chasse ont laissee et ne leur chault plus d’ordonnance comme ceulx qui cuident estre asseur. Adont les embusches lez quelque terre leur courent sus par grant vigueur/ et par celle voye moult adommaiger. Et comment qu’il soit celluy qui part de son ennemy doibt en toutes guises pourveoir s’il est chassé que les chasseurs aient aucun meschief au retourner ou par bastir agait ou par pas enforcer ou en quelque autre maniere. S’il advient que a iceulx chassans conviengne passer aucun fleuve ou rivieres fay ton agait pour courir sus aux premiers passez/ & ordonne autre partie de tes gens se tu peulx par derriere ceulx qui encores attendent a passer. Et s’il te convient mesmes passer par aucuns boys au destroitz envoye devant personnes feables et saiges qui te sachent rapporter le pas/ et se embusches y a/ car moins honteuse chose seroit a recevoir dommaige en combatant a son ennemy appertement que avoir encombrier par ung agait/ dont on ne seroit donner garde par grande negligence.
Cy devise se le capitaine d’ost chiet en traictié de paix ou de trieves avecque ses adversaires ou ennemys. Et comment il se peult preserver et garder des merveilleux et tresgrans perilz ausquelz il peut estre deceu. Chapitre xx.
Affin que riens qui convenable soit expedient a mettre en nostre livre ne soit oublyé des cas qui en armes souvent adviennent et advenir peust est bon de parler d’une chose qui trop durement peult grever l’ost/ et plus vaincre que fer ne quelconques autres choses/ et qui souverainement fait a eschever et s’en garder quoy que mout forte chose soit a destourner quant en ost c’est embatue si que declairé sera cy apres.
Devisé avons comment ung ost se peult partir le plus sceurement du champ en cas que meilleur conseil lui dist de non combatre. Or supposerons autrement. C’est assavoir que en champ soient les deux ostz a grant effort d’une part et d’autre appareillés de prendre journee de bataille/ mais par certains moiens entrent en tractié de paix/ si est assavoir que en ce cas est necessaire ce que devant avons tant dit : c’est que le capitaine soit sage. Affin que en toutes choses ce sache tenir au mieulx/ et pour ensuyvir la voye que sagesse peult enseigner premierement advisera/ a deux principalles choses.
La premiere est qu’il considerera qui sont les personnes qui traictent et de quel mouvement leur peut venir.
La seconde quel et sur quelz poins est fondé celluy traictié/ quelle est la demande que on luy fait ou quelle est l’offre.
A la premiere des deux fait a/ adviser se ceulx qui traictent sont ses amis ou s’il les repute/ ou s’ilz sont gens moyens non adherens d’un costé ne d’autre/ ou se simplement sont deceuz de l’autre partie/ s’il est ainsy qu’il viengne simplement de l’autre partie moult s’imposera de bon signe se fraude n’y a car ou dieu les a inspiré/ ou il appert qu’ilz doubtent [et] resoingnent la bataille. Neantmoins doit bien adviser la maniere de la demande & aussy l’offre Et pource que quant se vient grant poix porte/ la chose se conseillera avec les sages de son conseil et bien advisera sur tous les poins tant que au respondre ne se montre ignorant et qu’il n’y ait riens oublié. En laquelle responce gardent l’onneur et preu de leur prince et aussi le leur.
Il ne sera trouvé reffusant de la voye d’accord a ses bons poins raisonnablement Lequel accord ou appointement en quelque maniere ne doibt estre achevé sans la licence du prince Lequel est en escript tout par ordre la demande et l’offre demandee Car bien doit estre advisé de soy garder d’en agreer quelconques convenances aux ennemys sans licence et voulenté de luy de son conseil/ par l’exemple de ung tresbon conduiseur de l’ost rommain qui avoit esté envoyé devant la cité de magence dont il fut desconfit avec quarante mille de ses gens. Et pource que apres la desconfiture il agrea paix aux magenciens sans la licence de ceulx de romme/ ilz ne la tindrent pas Ains envoierent ledit conduiseur de l’ost rommain prins et lyé a magence et rompirent l’accord Et icy fait a regarder/ car se tu peux appercevoir que on te tiengne en parolles par loing traing trouvant aucunes choses sans necessité pour alonger temps/ saches de vray que tout est decepvance et cautelle/ en attendant aucun secours delayer sans plus la bataille/ ou affin que tes garnisons soient tandiz dissipees et que tes gens se ennuyent du long sejour et se partent pou ou pour quelque autre cause Item se ledit traictié vient de ung autre moyen si que se le pappe y avoit envoié ung legat pour mettre paix/ ou ung autre prince ou seigneur meu par bonne voulenté/ quoy que devers le prince deust estre allé premierement ou supposé que toy mesmes soyes le prince doibs a celluy moien bien declarer l’occasion/ la cause le bon droit et la juste querelle que as de mener guerre contre l’autre partie affin que ledit traicteur qui veult sans sang espandre mettre fin en ceste guerre soit advisé de ce faire telle admende et satisfacion qu’il appartient monstrant aux ennemys leur grant tort. et aussy se les ennemis dient avoir meilleur droit ne soies aveugle que voulenté te destourne a toy submettre a raison/ & se tu sens que en aucunes choses ayes droit et es autres non/ tu te doibs plus legierement condescendre a traictié et accorder partie du voulloir des autres sans ton deshonneur se mieulx ne peulx faire et que laisse aller aucune chose de ton droit. Posons encore que l’ost des ennemys fust amoindry en quantité & que la tienne fust multipliee de gens et puissance et le leur amoindry par aucune puissance autre ou quelque fortune par quoy redoubtant la bataille bien voulsissent traicter et faire paix toy faisant bonnes offres pour eulx mieulx mettre en son devoir/ et eschever effusion de sang/ ou qu’ilz fussent inspirés de vouloir faire paix et tresbon et loyal accord/ combien que leur puissance fut a la tienne assez egale/ que doibs tu faire/ te doibs tu enorgueillir/ pourtant les cuidant avoir si que d’avantage se a la bataille venoit/ par quoy nullement ne voulsisse venir/ a accord Ains plus te feroit on d’offres et plus seroies trouve rebelle et dur Certes nenny/ car a peine seroit trouvé que oncques advenist que les reffusans justes offres quelque droit qu’ilz eussent ne quelque grant quantité de gens qu’ilz fussent contre petite/ que mal ne leur en advenist au derrenier. Et semble que en tel fait dieu pugnisse iceulx reffusans/ mais vecy ou tu doibs regarder & la est le peril c’est que par traïson ne puisse estre deceu par desloyaulx moiens soubz umbre de traicter paix/ et a quoy le pourras tu congnoistre/ certainement par ses raisons pourras avoir couleur de toy douter & estre sur ta garde/ par quoy s’il est ainsi que le mouvement d’entrer en traicté/ soit venu d’aucuns des tiens par la condition de luy pourras penser quelles pourroient estre les causes qui l’ont meu a vouloir faire traicté/ car se sage est et preudomme et de juste conscience et que tu le saches bien/ tu ne te dois esmerveiller se tel homme vouldroit voulentiers trouver voye pour eschever effusion de sang par aucun bon et honnorable traicté et que paix fust/ mais s’il est homme non acoustumé de soy trouver en telz cas et lasche de courage quoy qu’il puist estre malicieux et bien parlant tu peus bien pencer que de laschetté et de couardise luy peult venir/ Mais non pourtant ne doibs tu du tout debouter ses raisons/ mais adviser se elles sont bonnes & a ton honneur et proffit.
Une aultre chose fait a considerer c’est que en bien escoutant celluy qui la voye d’accord & de traictié te conseille advise se la paix peut mieulx estre & venir a son proffit que la guerre & se en parlant il se efforce de toy mettre en couraige de faire paix Laquelle pour le grant desir qu’il a ne te soit pas bien honnorable. Ou se c’est homme couvoiteux auquel par dons ou promesses on luy eust par aventure fait dire/ a ceulx icy se savoir ne peulx tu ne dois adjouster en aucune maniere nulle foy/ mais les bouter arriere tant que tu pourras se souffisamment en es informé. Car le tresmauvais et desloyal conseilleur ne chasse tousjours fors a son proffit/ & le loyal vise plus au bien publicque que au sien propre.
Or est necessaire que durant le traictié que ainsy comme les ambassadeurs viennent vers toy de dela/ que tu y renvoies des tiens. Si doibs en ceste chose estre si bien advisé que n’en soyez deceu/ car moult y peult avoir grant peril se preudommes ne sont/ car par telz moyens et ambassadeurs plusieurs citez pays et royaumes sicomme Troyes jadiz et autres plusieurs ont esté deceuz par faulx et traytres ambassadeurs eulx monstrans estre loyaulx et bons Ne il n’est pas de pareil peril a cestuy pource que tant est couvert que a peine nul tant soit sage ne se peut de trayteur garder se par traïson a entreprins a le grever.
Contre ce peril y a meilleur remede que de y envoier des plus prochains de son sang se avec soy en a qui grant compte facent de sa mort et destruction et de tes meilleurs amis/ non pas par adventure de ceulx en qui plus te fies/ car par iceulx ont plusieurs esté deceuz/ mais de ceulx que tu auras mis en hault degré et qui perderoient se tu n’estoies & aultres de qui tu sentiras la vie et conscience bonne honnesté et loyale/ et de loyauté user en tours de guerres et batailles et que de traïson ne soient reprovez selon la sentence des bons/ bien le demonstra le tresvaillant fabricius dont tant avons parlé/ Lors qu’il estoit ost contre le roy pirus/ qui moult grevoit par ses batailles les rommains. Et le medicin d’icelluy roy pirus vint a Fabricius et luy offrit emprisonner son maistre mais que bien le voulsist guerdonner. Le vaillant homme luy respondit que ce n’estoit pas l’usage des rommains vaincre par traïson/ si le fist renvoier a son maistre lequel quant il sceut le cas dist a haulte voix. Or avant tourneroit le soleil de son cours que fabricius se partist de loyauté. Si s’en partit le roy pirrus sans donner ceste fois la bataille pour la cause de ceste grant bonté.
Cy devise les manieres que le capitaine d’ost doibt tenir le jour qu’il espoir pour certain avoir bataille. xxi. c.
Apres ces choses pour venir au point que fait de guerre conclud/ c’est assavoir assemblee de bataile comme ce soit le fait principal disons ainsi/ & s’il advient a toutes fins que necessité de combatre contraint l’ost de assembler a certain jour aux ennemis adonc ne doibt pas estre despourveu le sage capitaine de tout ce qu’il luy convient faire et adviser au mieulx & sont aucunes choses qui ne sont pas a oublier/ que fera il doncques il n’aura pas pou a penser/ car plus grant fait entre les hommes ne peut estre fait que cellui ou gist le plain fais de toute la contree l’estat du prince et la vie de infinies personnes/ l’onneur ou deshonneur du seigneur ou de la chevalerie et de tous nobles.
Adonc assemblera il tous les capitaines de l’ost devant soy et vouldra en audience parler a eulx presens tous ceulx qui estre y pourroient dire en telle ou semblable maniere. Treschiers freres compaignons et amis nous sommes icy assemblez si que vous savez par le commandement de nostre bon prince pour garder et tenir sa place ceste part comme ces lieutenans pour maintenir a l’espee la juste querelle de son bon droit que ses nobles predicesseurs ont par long temps soustenue/ ou qu’il a/ a bonne cause entreprise contre tel roy ou seigneur Duquel a receu plusieurs griefz/ c’est chose vraye sicomme nous en sommes bien informez Si sommez tenuz comme loyaulx subgetz ou ses advoez prenans de luy gaiges et souldees de garder & soustenir sa bonne cause en exposant corps et biens sicomme promis l’avons par nos sermens bien & loyaument sans deguerpir la place pour paour de mort. Or faisons donc tant et de ce vous supplie tous et requiers sicomme a chevaliers freres amys et compaignons que par nous et l’effort de noz corps & verde hardy couraige a nostre predit bon prince rapportons la victoire de ceste bataille si qu’il en ait l’onneur & preu et nous avec lui en soyons tousjours honnorez et prisez et que sa bonne grace nous puissons desservir. Si avons bonne cause beaulz seigneurs d’assaillir de fier couraige et envaÿr de grant voulenté ses ennemis/ bien le vous sçay a dire/ car ilz ont tort et nous droit. Si est dieu devers nous lequel sans faulte nous aidera a les vaincre se en nous ne tient. Or vueillés donc mes chiers amis chascun en droit soy si bien le faire que je aye cause de rapporter de vous telle relation que a tousjours mais il vous en soit mieulx. Et quant est de moy je vous jure sur ma foy que qui bien se portera a ceste besoigne je le pourverray a sa vie en honneur et grant proffit. Or allons hardiement mes enfans contre ces gens nos ennemis en nous commandant a dieu & lui priant qu’il nous en doint la victoire sicomme nous le desirons/ Telz manieres de parlers dira le saige capitaine aux siens & que ainsy doit estre fait se accordent tous acteurs qui en ce cas ont parlé/ & dient que ces manieres tenoient Scipion/ Julius cesar/ Pompee & les autres conquereurs Avec ce afferment que le capitaine doibt estre large et habandonné/ et est assavoir que les livres de chevalerie ne appreuvent quelconques couvoitises en capitaine avoir prins en honneur d’armes/ & certes ce demonstra bien le tresvaillant fabricius lequel pour l’exemple de sa bonté replicquons tant de fois en ce livre quant le roy pyrrus son ennemy qui moult le desiroit a traire de sa partie pour sa grant vaillance luy envoya grant quantité de vaisselle d’or et d’argent/ pource qu’il avoit entendu que si povre estoit que a sa taible n’estoit servy que en vaisselle de bois/ mais il la refusa en disant qu’il aimoit mieulx menger a honneur en vaisselle de boys que a honte et reproche en vaisselle d’argent. Il affiert aussi que le capitaine soit doulx & bening entre ses gens/ autrement n’est digne de tel office/ car ilz dient que par le moien de sa largesse & benignité il peut plus attraire les cueurs des siens que par nulle autre chose/ et sa benignité doibt donner hardiesse mesmes aux petis et de simple estat : de lui oser dire & signifier aucune chose se bonne leur semble ou fait des armes ainsi qu’il peut advenir que aucuns petis pevent avoir des bons amys Si que dieu donne ses graces aucunesfois qu’ilz ne doivent pas estre deboutez pour leur simple et povre estat. Et est escript que les vaillans conquereurs preteritz departoient les conquestes et proyes largement aux gens d’armes/ & pour eulx leur suffisoit seulement avoir l’onneur des batailles/ et pource faisoient leurs gens tout ce qu’ilz vouloient. Et que avec ce parolles attrayans soient bonnes ce dit vegece que le bon admonnestement du vaillant duc croist a ost hardement et courage/ et pource doibt souvent admonnester en demonstrant aux siens le droit qu’ilz ont/ & le tort des ennemys et comment sont tenus au prince et a la contree/ les admonnester de bien faire et promettre offices a ceulx [qui] bien feront Et de fait pour donner exemple aux autres doibt honnourer ceulx qui autresfois se seront bien portez et leur faire du bien/ affin que meilleur cueur en ayent. Et par telles parolles peult aussi croistre l’ire et maltalent des siens contre leurs ennemis et l’amour en bon vouloir devers le prince.
Cy devise la maniere de prendre l’avantage du champ selon vegece. xxii. cha.
Vegece dit que le capitaine doibt regarder au jour qu’il veult donner la bataille quelle voulenté ses gens ont/ car il peult appercevoir s’ilz ont paour/ par le viaire par les parolles et le mouvement du corps/ mais il dist que ce n’est pas a entendre de ceulx qui ne l’ont aprins/ car ce n’est pas merveilles s’ilz la ressoingnent/ mais se des exercitez d’armes font doubte/ doit delaier s’il peult a ung autre jour Et s’il a gens d’aucun païs jeunez et non usagés & qu’il doute de leur loyauté : commettre les doibt a bons et loyaulx capitaines & qui bien les sachent embesoigner & mettre en lieu ou fuir ne puissent Car par l’effroy de telz gens peut estre la bataille en peril/ & les bien introduire que obeissans soient/ Car nulle riens ne proffite plus en ost que obeyr aux capitaines/ et pource dist il que pour une seule voix ceulx qui seront loing de leur capitaine ne pevent savoir les soudaines necessitez qui pevent venir en bataille/ trouverent les anciens de user de certains signes par lesquelz hastivement faisoient savoir en l’ost ce que faire devoient/ ou par son de trompes par different chant ou par buisines ou autrement/ mais affin que par oyr plusieurs fois celle mesme maniere de son les ennemis ne s’i entendissent parfoys le differoient/ & se leur estoit avant le coup bien notiffié/ et des leur enfance on leur monstroit l’usage d’armes. Ces manieres leur estoient aprinses affin que par necessité des batailles en fussent duitz/ & pour celle cause furent trouees les trompettes qui diversifient leurs sons selon les cas qui adviennent. Or vient a point d’arrenger les batailles selon vegece. Si advisera le sage capitaine se que dit est de prendre premier l’avantage du champ en quoy troys principaulx poins sont a regarder. Le premier est de prendre le hault de la place.
Le second que a l’eure que la bataille durera les ennemys aient le soleil en l’oeil. Et le tiers que le vent leur soit contraire. Et se a ses trois choses peut advenir luy sera prouffit en tant qu’il n’est pas doubte que celluy qui est en la haulte place a avantage de force contre celluy qui est en bas.
Item le soleil en l’oeil fait grant encombrier et pareillement le vent qui les emplit de pouldre/ et aussi le trait porté par le vent en a plus grant force/ & aussi a l’oposite oste & destourne la force et la partie contraire/ et assavoir que par deux cautelles vainquirent les rommains en bataille ceulx de cycambre et les tyars/ ce fut par adviser de les envaÿr de tel costé que iceulx eussent le soleil au devant/ & l’autre fust par si fort les haster que loisir ne eurent de eulx mettre en ordonnance.
Cy devise en bref la maniere selon l’usaige du temps pour arrenger ost en champ pour combatre. xxiii. c.
Comme vegece mette plusieurs manieres d’arenger ost en bataille si que dit sera cy apres lesquelles pevent estre sont en aucunes choses differentes des ordonnances du temps present. la cause est par aventure pource que adonc se combatoient les gens plus a cheval que a pié/ et aussy comme il ne soit quelconque chose es ordres des humains qui par espace de champ de temps ne se mue et change me semble bon toucher en bref aucunement en termes plus entendibles des ordonnances communes du temps present/ sicomme assés est sceu de ceulx qui les armes exercent/ c’est assavoir faire son avant garde a longue estandue des gens d’armes arrengez ouniement serrez ensemble et que l’un ne passe l’autre/ les meilleurs & les plus esleuz au premier front/ les mareschaux empres eulx avec les estandars & banieres et fait on eles aux costés devant esquelles est le trait canonniers arbalestriers & archiers semblablement arengez.
Apres la premiere bataille que on dit avant garde vient la grosse bataille ou toute la flote des gens d’armes est mise arengez tous par ordonnance de leurs capitaines qui sont entre eulx/ leurs banieres et enseignes levees sont par plusieurs rengz les ungs apres les autres ouniement mis. Si fait le connestable crier sur la hart que nul ne se desroute. Et dient aucuns que se quantité de gens de commune y a on doibt de icelles gens efforcer les eles des costez par beaulx rengs par derriere le trait et que commis soient a bons capitaines et aussi les mettre au devant de la grosse bataille si que se fuyr vouloient que les gens d’armes d’appres les en gardassent. Au millieu de ceste grosse bataille est mis le prince de l’ost/ la principale baniere devant soy a laquelle est le regard de la bataille/ et a ceste cause est baillee a tenir a l’un des meilleurs et esprouvez hommes d’armes pour la sceureté tant du prince comme de la baniere devant soy a laquelle est le regard de bataille/ vient la tierce que on dit arriere garde. Laquelle est ordonnee pour aider a conforter ceulx de devant/ qui semblablement sont mis par belle ordre/ et par derriere icelle sont les valletz a cheval qui aident les autres se besoing est et y sont bons & les chevaulx de leurs maistres la tiennent et estachent que par derriere on ne vienne envaÿr la bataille/ de laquelle chose se assez y a de gens d’armes et on se doubte que par la venissent les ennemys/ ceulx qui sagement veullent combatre font une autre bataille qui tourne le dos vers la dicte bataille toute preste de recevoir ceulx qui viendront avant/ & avec toutes ces choses communement est ordonnee une quantité d’ommes duitz du mestier monstez sur bons destriers tous prestz a costez de venir rompre & desrenger la bataille des ennemis a course de chevaux quant assemblez seront/ et pource est souvent la bataille gaignee de la partie de ceulx qui mieulx s’en scevent aider/ et conseillent aucuns expers d’armes quoy que ceste maniere d’arrenger ost soit la plus commune/ que quant il advient que on n’a pas trop grant quantité de commune/ mais plus de bonnes gens d’armes que toute l’assemblee soit mise devant si que dit est. Et dient que plus sceurement on s’i combat Et ceste maniere de combatre fut bien tenue en la bataille de Rosbetre ou le roy de france charles sixiesme de ce nom eut victoire contre quarante mille flamans. Et semblablement fut fait n’a pas longtemps en la bataille du Liege ou Jehan duc de bourgongne qui fut filz de philippe filz du roy de france atout asés petite quantité de bonnes gens d’armes fut victorieux comme vaillant prince contre xxxv mille liegois.
Cy Devise selon vegece et les anciens l’ordre de arrenger bataille. xxiiii. chapitre.
Quoy qu’il soit cy devant dit et apres des manieres de combatre et arrenger ost Dient les anciens qui de ceste matiere/ ont parlé que la meilleur maniere de ordonner bataille est en rondeur et que on mette plusieurs batailles ou front devant et du costé ou les ennemys doibvent venir soient mys les meilleurs et les plus esprouvez/ et se serrez se tiennent ensemble a peine pourront estre desconfitz posé que les autres soient plus/ & s’il advient que les adversaires soient moins de gens/ la bataille doibt estre ordonnee en maniere d’un fer de cheval. Et par ceste maniere dist il les enclorras se tu y donnes bonne ordre. Et se les autres sont foison ordonne ta bataille sicomme ague devant pour partir/ mais bien enseigne vegece le capitaine que a l’eure que la bataille assemble ne se advise de changer autre ordre & mener ailleurs aucun nombre de gens qu’il face partir de l’ordonnance : car ce seroit pour tout honnir et mettre trouble en ses batailles/ ne riens dist il ne prouffite plus que garder l’ordre qui doibt estre tenue et l’espace qui entre les rens doibt estre. Car on doibt regarder par grant cure que trop ne s’empressent ne amoncellent/ ne aussi qu’ilz ne se laschent/ mais soient convenablement serrez/ car autrement perdroient la fiance de combatre et empescheroient l’un l’autre et trop cler entreluisant Et donneroient entree aux ennemis/ aussi en peril seroient d’estre rompus et esparpillez dont la paour de eulx mesmes les rendroit tous esperduz. Icelluy vegece dit que par belle ordre doivent yssir a champ auquel le capitaine ja par plusieurs foys les ait mis en ordonnance pour monstrer comment quant a la bataille viendra se deveront maintenir. La premiere bataille estandue ainsy qu’elle doibt/ et puis la seconde bataille et les autres. si que l’ordre soit gardee entre eulx si que dit est.
Aucuns capitaine dist il ont eu maniere de faire tourner leurs batailles en esquerre/ et puis en triangle que on appelloit lors bersueil Et ceste maniere d’ordonnance a/ a plusieurs proffité en bataille/ et quant force d’ennemys leur courroit sus se mettoient en rondeur les meilleurs au premier reng tout devant si gardoient les leurs d’eux tourner en fuite et que trop de dommaige ne leur survenist. Et avoient les anciens maniere que jamais tout leur ost ne mettoient en une assemblee/ ains faisoient plusieurs batailles affin que les nouveaux venissent secourir aux lassez. Et par celle voye a peine pevent estre desconfitz du tout/ car ce que l’une bataille perdoit l’autre recouvroit. Neantmoins sont faitz de batailles adventureux par quoy nul ne sy doibt fier/ car aucunesfois advient tout le contraire de ce que paravant on pensoit. Exemple qui eust pensé/ que des tresgrans ostz assemblez des cartaginois aux rommains deust estre l’ocasion si egale en la bataille que une fois en advient/ car il n’en demoura homme nul d’une part ne d’autre.
Il dist aussi que le jour que la bataille doibt estre est convenable de pou menger affin d’avoir plus longue alaine et estre plus mouvables et plus legiers/ mais bon vin doibt on boire qui peut pource que aux membres donne grant vigueur et esjoist l’esperit de celluy qui en prent convenablement et sans trop.
Il advient dist il que aucques tous les couraiges des hommes se troublent quant aller doibvent en la bataille/ mais a ceulx qui sont ayrez leur croist force et hardement et oublient tout peril/ et pource le sage capitaine pour donner cause a ses gens d’estre ayrez et plus fiers les doibt avoir/ ains la bataille fait plusieurs escharmoucher aux ennemis affin que par recevoir coups & blecheures d’eulx soient plus afelonnis contre eulx. Et dit que les moins sages et les moins hardiz seulent lever le cry ains que la bataille commence/ laquelle chose ne se doibt faire/ car les corps doibvent venir avec le cry.
Les anciens avoient regard en l’assemblee de leurs batailles que les hommes d’armes ne fussent pas espouentez pour le cry que font aucunesfois les gens de commune quant l’ost assemble/ ou que font ceulx qui ont paour/ & pource les advisoient par certain son de trompettes.
Aussy ceulx doubtent la bataille qui n’ont aprins l’exercite/ et pource dit le livre telz gens sont a occupper en autres chosez que en armes. Car ceulx qui ne veirent oncques occir homme ne espandre sang en ont frayeur/ et pource quant ilz y sont pensent plus de fuyr que de combatre/ sy pevent plus empescher que valoir a tout le moins s’ilz ne sont mys soubz bon capitaine. Aucuns dient qu’ilz doibvent estre mis tous ensemble et autres dient que non/ & qui doibvent estre meslez avec les bons.
Derechief pour dire en bref et recapituler ce qui est convenable a garder en ordonnance de bataille enseigne sept choses ou le capitaine doit regarder. La premiere qu’il ait prins place a son advantage s’il peut si que dit est/ ou il ait mis les siens en bonne ordonnance. La seconde qu’ilz soient d’un costé targez de montaigne affin qu’on ne luy puisse nuyre & par devant eulx une belle riviere si que on ne puisse a eulx venir. La iii. qu’ilz n’aient pouldre ne soleil qui a l’oeil puissent nuyre. La iiii. qui mout leur peut valloir est s’ilz sont advisez de l’estat de leurs ennemis et bien informez quant ilz font leur ordonnance/ et par ou ilz viennent. Car selon ce se pevent ordonner et les attendre a leur advantage. La v. qu’ilz ne soient soulez ne affoiblis par fain. La vi. qu’ilz soient tous d’un couraige a tenir place & mieulx aimer mourir que fuyr/ sy ne seront pas telz gens legiers a desconfire. La vii. que leurs ennemis ne sachent pas leur intention ne se qu’ilz tendent a faire et de quelz tours sont advisez. Neantmoins si que dessus est dit merveilleuses sont les adventures des batailles. Il advient aucunesfois tellement qu’il semble que dieu vueille aider a l’une des parties et point a l’autre. Si qu’il advint lors que les rommains se combatoient aux deux roys d’orient de grant puissance jugurta/ et boctius. Adonc comme l’ardeur du soleil fust sy grande ou champ que a pou ilz n’y attaignoient/ souvent si se leva ung vent si grant que le traict des arcs dont iceulx roys avoient grant planté n’eut sicomme point de puissance. Et apres vint une grosse pluye qui tout rafreschit les rommains/ & fut aux autres choses merveilleusement contraires/ car les cordes de leurs arcs se laschoient. Et les oliphans dont foison y avoit/ qui sont grandes bestes qui ne pevent souffrir eaue ne se pondrent mouvoir et les chaingles qui soustenoient les chasteaulx chargés d’eaue. Si ne leur fut pas encombrier/ et par celle voye desja resvigourez pour la frescheur si asprement les envaÿrent que ja soit ce qu’ilz feussent plus petite quantité de gens si eurent ilz la victoire.
Cy devise selon vegece de vii. manieres d’arrenger ost et de combatre. xxv. c.
Derechief selon vegece sont vii. manieres de batailles ordonneez et de combatre a ost en champ en son iii. livre au xxi. chapitre/ lesquelles quoy qu’il les baille assez obscurement et qu’elles ne soient a entendre du tout fors a ceulx qui maistres sont en l’exercite et office des armes ay mises sy ensuivant.
La premiere maniere d’arenger ost en champ dit vegece est celle qui se fait au long front ainsy que on fait maintenant/ mais ceste maniere sy qu’il dist n’est pas tresbonne pource qu’il convient que l’espace soit longue et que l’ost soit tout estandu et qu’il ne chiet pas/ tousjours champ propice a ce faire. Et quant il y a fossez ou vallees ou mauvais pas/ par la est legierement la bataille rompue/ Avec ce se les adversaires sont grant multitude de gens/ il yra au costé dextre ou au senestre/ & ensçaindra la bataille ou grant peril y a. Si dist ainsy l’acteur ou cas dist il que tu n’ayes plus grant foison de gens qui soient ordonnez et mis contre les ennemys se ad ce tu es venu prens tes meilleurs hommes et enchain les ennemis se peux au chain de ton ost.
La seconde maniere est meilleure et se par icelle tu ordonnes ung pou de gens vaillans et bien esprouvez en lieu propre tu pourras avoir victoire posé que ton adversaire eust plus de gens/ & est de celle telle la maniere de combatre que quant les batailles viennent pour assembler. Lors changeras ta senestre ele/ de son lieu en autre affin que tu voyes loing au dextre cor de ton ennemy et que on n’y puisse traire ne lancer/ et ta dextre ele/ joings a la senestre. Et illec par les meilleurs de tes gens commence la bataille aspre et forte et par grant vigueur a cheval et a pié soit tellement envaÿe ladicte senestre ele ou tu es joint que tu voises en boutant & courant sus par telle maniere que tu viengnes au doz de tes ennemys/ et se tu en peux une fois partir les adversaires approchans tes gens sans doubte tu auras victore/ et ceste partie de ton ost que tu auras substraicte des autres demourra sceure. Ceste maniere de bataille est ordonnee en maniere de ung a de lettre. Et se tes adversaires l’ordonnent ainsy premier dont isse des tiens grant rengee de gens venans de front et les assemble a ton senestre cor et en telle maniere contresteras a ton ennemy par force qu’il ne te boutera arriere par art de combatre.
La iii. maniere de combatre est semblable a la seconde et ne differe fors en ce que ton senestre cor commence a combatre au dextre cor de ton adversaire/ & se tu as ta senestre ele meilleur que la dextre/ lors adjouste avec tresfors combateurs a cheval et a pié/ et a l’assembler joings premierement ta senestre ele a la dextre ele de ton ennemy/ & tant comme tu pourras bouter arriere la senestre ele de ton ennemy et te haste d’enchaindre. Et l’autre de ton ost ou tu scez qu’ilz ne sont pas si fors desqueuvre tant que tu pourras de l’ele senestre des autres/ si que glaves ne dars n’y puissent parvenir/ et icy tu doibs garder que tes ennemys ne facent ber[s]ueil de leurs gens pour rompre ta bataille au travers/ et en ceste maniere se combat on proffitablement/ & en especial se le cas advient que ton adversaire ait son senestre cor moins fort assez que ton cor senestre.
La iiii. maniere de combatre est telle que quant tu auras ordonné tes batailles avec iiii. ou v. cens combatans ainçois que tu approches tes ennemys qui de ce riens ne scevent/ tu esmouveras soudainement ambedeux tes eles si que de l’un & l’autre cor tes ennemys non pourveux seront contrains de trouver les doz/ et se isnellement peuz ce faire tu auras victoire/ mais ceste maniere ja soit ce que tu ayes tresfors et exercitez gens d’armes je le tiens a perilleuse/ car se la moictié de la bataille est contrainte a diviser et descourir ton cor en deux parties et ton ennemy n’est vaincu a la premiere emprainte/ ilz ont occasion d’envaÿr tes gens d’armez divisez & le milieu qui seroit departi de tes eles.
La v. maniere de combatre est semblable a la quarte/ mais s’il y a plus que les archiers et les legierement armez/ arrenge les devant la premiere bataille affin que ceulx ne puissent estre derompuz/ car aussy bien de ton dextre cor envaÿs et assaulx le senestre cor de ton ennemy et du senestre le dextre/ et se ainsy le peux chastoier tantost sera vaincu/ mais la bataille du milieu n’est pas en peril pource qu’elle est deffendue des legierement armez et des archiers.
La vi. maniere de combatre est tresbonne et quasi semblable a la seconde/ & de ceste se ont acoustumé aider les loings combateurs en esperance de victoire/ Posons que pou de gens soient/ par bien ordonner leurs batailles/ la bataille arrengee aux ennemys joings ton dextre cor/ a l’autre senestre/ et illec commence la bataille avecques les meilleurs que tu as a cheval & a pié. Et l’autre partie de ton ost suive de loings la bataille de ton ennemy et estende icelle pa[r]tie tout droit/ et se tu peus venir au costé de la senestre ele de tes ennemys il convient qu’ilz tournent le doz/ & ne peult l’adversaire estre secouru de sa dextre ele/ ne de son milieu ne ne peut aider aux autres. Car la queue de l’ost est estandue au semblant de la plus longue lettre que on appelle. l. et longue se depart de ton ennemy.
Cy parle encore de mesmes propos en poursuivant la matiere du precedent chapitre. xxvi. chapitre.
La vii. maniere de combatre est quant le lieu et la place sont propices a celluy qui prent premier champ C’est assavoir se tu as d’une part empeschement/ Par lequel tes ennemys ne puissent venir si que dit est/ comme maretz fleuve ou montaigne ou autre empeschement. Posons que pou de gens ayez/ lesquelz par tresbonne ordonnance soient arrengez en bataille/ et de la partie ou n’est ledit empeschement metteras tes gens a cheval et lors te combas sceurement se tu es envaÿ/ car d’une part l’empeschement te garde et de l’autre part la force de ceulx a cheval. Si est a regarder de quelque partie que tu vouldras combatre que tousjours tu mettes devant les plus vaillans et quelque pou de gens que tu ayes ne t’esbahis/ car victore a bien acoustumé d’estre eue par pou de combatans/ mais que le sage duc les ordonne la ou proffit et raison requiert. Et est assavoir que mesmes en icelluy temps se aidoient en leurs batailles de plusieurs manieres d’engins & cautelles pour rompre les batailles si que dit est parcidevant des beufz atout le feu soubz les queues chassez vers la partie adverse. Et mesmement usoient des adonc des auques semblables engins a ceulx que on appelle ribaudequins. Car tout ainsi et en telle maniere estoient assis sur roes ung homme dedens/ sicomme en ung petit chastel de fer et tiroit de canon ou d’arbalestre & y avoit a chascun costé ung Archier et fers argus/ par devant y avoit comme lances et a force de gens ou de chevaulx les faisoient plusieurs de ung front aller heurter ensemble par grant vigueur aux ennemys.
Cy devise l’ordre et la maniere que le capitaine doibt tenir quant bonnes fortunes sont pour luy de la bataille. xxvii. chapitre.
Aucuns qui ne congnoissent pas bien les tours des armes se cuident moult aider en bataille par enclorre en certain lieu leurs adversaires et ennemys ou par bien les enchaindre tellement que par multitude de gens ne puissent issir/ mais ce fait est moult a doubter/ car aux encloz croist le hardement pource que de tant qu’ilz se tiennent plus pour mors et qu’il leur semble qu’ilz n’ont povoir de issir ne d’eschapper/ de tant plus chier se vendent/ et pource fut loee la sentence de Scipion l’affrican qui dit que on doibt faire voye aux ennemis par ou ilz puissent fuir et mettre embusche par ou ilz doibvent passer/ car quant ilz sont fort oppressez et ilz voient l’issue par laquelle ilz se cuident sauver en fuyant. Adont pevent mieulx estre occis en fuyant que en eulx deffendant Car plusieurs gettent jus leurs armes pour plus legierement fuyr Si sont par les chassans occis comme bestes Et plus sont grant nombre et plus est leur confusion/ Car la ne doibt on regarder nul nombre ou les courages sont ja desconfitz par force de paour/ dont dient les sages d’armes que quant bonne fortune vient a l’une des parties si quelque vainque l’autre en bataille doibt poursuivir ce du tout jusques en fin de sa bonne fortune tant qu’elle dure/ jusques ad ce que tous soient destruis endementiers qu’ilz sont effrayez et non pas sy fort esjoyr ne enorguillir au commencement que on laisse tout pour y cuider recouvrer comme plusieurs qui en ont esté deceuz/ qui oncques puis advenir n’y peurent. Tesmoing par ung nommé hanibal lequel se apres la bataille de canes fust allé tout droit a romme il l’eust prinse de legier sans contredit/ car tant estoient les rommains plains de doulleur et d’effroy pour leur grant perte que a l’eure n’y eussent sceu contredire/ mais luy qui ad ce cuida retourner a son bon plaisir/ entendant tousjours a despouiller de ce ne fist compte A laquelle chose ilz oncques puys pour toute sa puissance tant s’en efforçast luy et tout son ost n’y peut advenir.
Cy devise l’ordre et la maniere que le capitaine doibt tenir quant la fortune de la bataille luy vient contraire. xxviii. chapitre.
Or y a autre point c’est assavoir que ce partie de l’ost vainct et l’autre s’enfuit/ le bout qui demeure bien encores esperoir la victoire Et plusieurs fois est advenu/ que ceulx qu’on tenoit audessoubz ont gaigné la bataille/ si se doibvent iceulx eslever par cry et par sons de trompettes et par ce espouenter les adversaires et conforter les siens comme s’ilz feussent vainqueurs de toutes pars. Et s’il advient que le meschief adviengne en tout ton ost Neantmoins tu doibs querir le remede car fortune a aucunesfois des fuitifz plusieurs recouvrez/ & les sages d’armes dient que en fait de planiere bataille le bon capitaine doibt estre pourveu de rassembler les siens Comme le bon pasteur ses oailles/ posé qu’ilz s’en fuyent/ doibt de tout son povoir estre ententif a sauver les vaincus et les retraire ou aucun destour ou sur montaigne et ele en derriere luy ou en aultre sceure place/ & s’il peult rassembler aucun pou de ses gens vaillans & hardis et les mettre en bon conroy/ encores pourront grever leurs ennemys/ car communement advient que les desroutez ça et la comme ceulx qui chassent follement se les adversaires sont saiges/ sont remis en fuite et ainsy sont occis ceulx qui premierement estoient chasseurs Si ne leur peult advenir plus merveilleuse confusion que quant leur fierté leur change en paour.
Pource quelle que soit l’adventure on doibt radresser par convenables exortations les vaincus et rassembler et garnir son ost de hommes nouveaux lesquelz soient hardis et vaillans & fournis de harnois les peult trover/ et convient adonc pourpenser soubdain aide et la soubdaine adventure c’est assavoir adviser comment l’agait fait Si que les ennemys qui longuement les ont suivis soient rencontrés en quelque lieu de repos ou en plusieurs pars Et ainsy par le bon capitaine soit la paour des fuitifz convertie en hardement de attendre et poursuivir se besoing est. Et pourtant ne se doibt le bon capitaine desesperer quelque fortune qu’il ait contre luy s’il est sage/ Car souvent advient que par bonne escheance et propice fortune ceulx qui cuident tous avoir gaigné s’eslievent en arrogance et par ce moins sagement/ qu’ilz ne cuident s’embatent sur leurs ennemys. Lesquelz bien advisez les recueillent par grant accueillie & les ruent jus/ & pource doibt estre advisé le sage capitaine de ce que dit est que les vaincus estoient a leur retour vaincqueurs et chassoient les autres.
Et que ainsy soit le demonstre le cas des rommains de l’adventure qui leur advint apres la grant desconfiture de canes/ ou eulx tous desesperez de jamais povoir recouvrer nul bon eur ne nulle bonne prosperité voulurent deguerpir leur cité et autre part eslire habitation/ mais de ce les garda ung vaillant prince des leurs qui dist que a eulx se combatroit s’ilz s’en alloient Sil leur donna esperance de meilleur fortune et les remist ensemble/ et de gens concueillie fist chevaliers et a telle puissance que avoir peult/ alla assaillir ung nommé hanibal/ qui ad ce riens ne pensoit et le surprint comme tout despourveu. Si fut adonques a telle heure desconfit que oncques depuis n’eut victoire sur eulx et illec le destruirent les rommains.
Cy recapitule en bref aucunes choses des ordres devant dictes. xxix. chapitre.
Pour replicquer en bref toute la substance que vegece veult dire en son li[vre]. Il se epilogue en la fin ainsy que a manieres de proverbes disant.
Toy qui veux avoir honneur d’armes fay que la maniere de ta jeunesse et ton acoustumance te apprengne a estre maistre es tours de chevalerie en parfait aage/ car trop plus belle chose est que tu puisses dire je sçay que se que tu dis/ ha pour quoy n’ay je aprins.
Tousjours fay a ton povoir chose qui puisse nuyre a ton ennemy et a toy proffiter/ car de ce que tu le delaissez a grever tu te renoie mesmes/ fays que tu congnoisses le chevalier ains que tu le maines en bataille/ et s’il y est d’aventure ne t’y fie/ Car mieulx vault doubter son ennemy en soy tenant sur sa garde que en bataille soy fier en gens que on ne congnoist.
Grant sceureté est actraire son ennemy fuitif qui peut/ car plus pevent grever aux ennemis les fuitifz que les occis/ & cellui est a peine vaincu qui des siens & de son adversaire se peut aider.
Mieulx vault laisser apres arengie de bataille assez d’aides que trop ample bataille faire/ car aulx lassez les nouveaux venus aydent/ car plus aide vertu que multitude/ & souvent vault mieulx en bataille lieu que force : l’omme proffite par labour et aneantit pour estre oyseux.
Ne maine jamais chevalier en bataille s’il n’espoire la victoire/ car s’il a petite esperance il est demy vaincu/ les soudaines choses espouentent les ennemys. Qui son adversaire chasse follement la victoire qu’il avoit eue luy convoicte a donner. Qui n’appareille la bataille en l’ost il est vaincu sans fer. Tenir ordre de bataille selon le droit donne victoire aux febles & aux fors.
Quant tu scez que les espies de ton ennemy si vont tappissans environ ton ost/ fays tes gens retraire es logis. Se tu as soupeçon que ton conseil soit revelé aux ennemys change ton ordonnance. Nulz consaulz ne sont meilleurs que ceulx de quoy les ennemys n’ont congnoissance jusques ad ce qu’en oeuvre soient mys. Adventure donne souvent victoire plus que force impossible est juger au vray la fin de la bataille dont fortune dispose.
Tout le contraire de tes ennemys doibs traicter avec plusieurs/ mais ton propos doibs dire a pou de gens. Attrais les cueurs des estrangés par dons et par promesses/ & chastie les tiens par menasses. Pource que bons capitaines redoubtent la fortune de la bataille/ combatent envis a ost assemblé. Grant sens est son ennemy contraindre plus par fain/ que par fer.
A tant fine la premiere partie de ce livre Et en apres commence la seconde partie ou il parle de cautelles d’armes.

Cy commence le premier chapitre de la seconde partie de ce present livre Auquel il parle de Scipion l’affrican. i. cha.
En ceste seconde partie apres ce que avons divisé selon vegece principalement les manieres que jadiz tenoient les vaillans conquereurs du monde en fait d’armes en leurs conquestes. Pource que iceulx se seurent bien aider de plus d’une maniere de guerroier me semble affin de croistre nostre matiere tousjours au proffit des poursuivans chevalerie que adjoustons en ceste partie/ les manieres des cautelles et subtilités qu’ilz tenoient en leurs fais. Lesquelles cautelles et subtilitez de chevalerie appellerent les acteurs qui en ont parlé stratagenes d’armes Desquelz stratagenes fist ung propre livre ung vaillant homme que on nomma frontin/ ou il devise les propres faitz des dessusditz tresnobles et vaillans conquereurs Lesquelz a oyr pevent estre de bon exemple a semblablement ouvrer se bon semble a ceulx qui en telz cas se treuvent selon les adversitez des adventures d’armes/ duquel livre avons a nostre proffit extrait aucunes choses.
Ledit acteur dit ainsi au premier que le vaillant conquereur prince des rommains Scipion l’affrican qui toute espaigne/ auffricque/ et quartaige/ conquist a l’espee une fois entre les autres comme il fust a tout grant ost tenant les champs contre le roy Ciphas/ qui semblablement a tout moult grant nombre de gens estoit contre scipion/ envoya vers ledit roy sicomme pour certaine ambaxade faire ung de ses chevaliers nommé Lelius Avec lequel commist aller de ses plus sages capitaines en armes/ en maniere de valletz ou de petis serviteurs affin que bien en toutes guises advisassent l’ordre la maniere et la quantité dudit roy Ciphas Lesquelz la venus si tresbien en firent leur debvoir que riens n’y oublierent/ et pour mieulx choisir l’ost en long et en lé/ laisserent aller leurs chevaulx faintement comme s’ilz leurs fussent eschappez et eulx apres courans ça et la/ advindrent ad ce qu’ilz queroient/ c’est assavoir a tout/ en bref temps adviser comme tresexpers & aprins en tel mestier. Par quoy eulx retournez et leur rapport fait a leur duc Scipion/ comme il sceust par iceux que planté de ramilles y avoit en l’ost dudit roy ciphas/ trouva maniere de subtillement par nuyt y faire bouter le feu en plusieurs lieux Et ce fait ainsy comme ilz entendoient a secourir leurs chevaulx et leurs logis. Le vaillant duc Scipion leur courut sus en tresbonne ordonnance/ et par ce les desconfist du tout.
Cy parle du duc marius de Certorius de Duelius et de periclés. ii. chapitre.
Marius treschevalereux duc de l’ost des rommains : quant il se debvoit combatre. Contre fieres gens que on disoit les combres et les ceconicques avoit en son ost plusieurs chevaliers de gaule.
Adonc pour ensuivir l’enseignement du sage qui dist/ espreuve l’omme ains que moult t’y fyez/ voulut esprouver la loyauté et obeissance d’iceulx gaules si leur envoya lettres lesquelles entre les autres choses disoient qu’il leur deffendoit que bien se gardassent de ouvrir unes petites lettres/ lesquelles estoient encloses es grandes lettres qui leur envoioit jusques a certain jour qui nommé y estoit/ mais ainçoys que icelluy jour fust venu/ il les renvoya querir avec les ouvertes/ et comme iceulx eussent passé son commandement/ congneut bien qu’ilz ne leur estoient pas feaulx/ sy ne s’y fia plus en grant chose.
Item ung vaillant homme nommé Certorius conduiseur de grant ost vint en espaigne auquel lieu eut a passer une riviere/ et comme ses ennemys les suivissent de moult pres/ affin de leur courir sus au destroit du passage Se advisa adonc de une cautelle/ il s’arresta sur le rivaige et fist son logis en maniere de ung demy circle assez loing de la riviere qui tout estoit fait de ramille et de boys & y fist bouter le feu et endementiers qu’il ardoit passa son ost sceurement oultre le gré de ses ennemys qui ne le povoient approcher sans passer au travers du grant feu.
Item duelius duc de ung grant ost rommain une fois trop hardiement c’estoit embatu au port de la cité de ciracuse son ennemye/ auquel lieu pour l’enclorre fut levee la chayne/ & la poppe qui est la partie de derriere demoura devers terre/ et puys incontinent fist tirer toutes ses gens a la poppe/ et ainsy par le pesant de la poppe/ la proue qui estoit legiere s’esleva/ et ainsy par force de rimes passa la nef par dessus la chayne/ et par ce moyen eschappa de ce peril le bon homme duelius.
Item periclés qui fut duc de athenes fut une fois par tresgrant force de gens de la cité de polopenese qui le chassoient moult merveilleusement et de grant couraige tant qu’il se bouta en ung lieu cloz de tresmerveilleuses & haultes montaignes ou n’y avoit en tout le circuitu de l’encloz que deux yssues. Et quant il veit ce incontinent apres sans grant tardement il fist faire ung merveilleux grant et parfont fossé/ ainsy que s’il le feist/ affin que ses faulx et desloyaulx ennemys ne peussent par quelque façon ou maniere venir a lui par celluy lieu. Et de l’autre part mena ses gens ainsy que se par force voulsist tendre a yssir.
Dont quant les faulx ennemys veirent et apperceurent ce/ pource qu’ilz ne cuidoient pas que par le fossé s’en peust ou deust aller se misrent tous a regarder icelle issue comme a siege/ mais periclés qui malicieusement le faisoit fist tantost mettre bons pons de boys que il avoit commandé & fait faire par dessus la fosse/ et par ce moyen franchement s’en saillit sauf : sans le sceu de ses ennemys.
Cy parle de la cité de voiaux/ de hanibal et de denis le tirant. iii. chapitre.
Au temps des conquestes de romme advint une foys que l’ost des rommains deut passer par la forest latine pour aller sur la cité de voyaulx. Et quant les habitans le sceurent ilz allerent en la forest et syerent tous les grans arbres par ou passer devoient tant qu’ilz ne tenoient que ung pou/ si s’embuscherent pres de illec en la fueillie de la forest. Et quant ledit ost fut dedens entré ceulx qui embuschez y estoient saillirent sus et bouterent tous ces arbres syez sur l’ost rommain. tant que la plus grant partie en agraventerent/ et par ce furent d’icelluy ost delivrez/ & pareillement a autresfois esté fait.
Item hanibal prince et empereur de cartage et auffricque avoit de coustume mener oliphans en bataille. Advint une fois que a passer eut une grande riviere sy n’y avoit voie pour faire entrer dedens esditz oliphans/ mais de telle cautelle se advisa. Il avoit en sa compaignie ung tressouverainement bon nageur qui de grant hardiesse estoit. par icelluy fist navrer blescher et mehaigner ung desditz oliphans qui tous les avoit faitz mener sur la rive. Et quant la beste eut bien arguee/ l’omme se ficha hastivement en l’eaue apres luy pour soy venger/ & pareillement si misrent tous les autres/ & ainsy passerent ilz oultre.
Item denis le tirant prince de ciracuse en secile sceut que ceulx de cartage devoient venir en cecile contre lui a tresgrant ost et multitude de gens. Si fist tresbien garnir les villes de gens et aussy les chasteaux et loings & pres/ par ou passer devoient et donna ordonnance que quant les ennemys pres seroient que iceulx laissassent les chasteaux comme se paour eussent et s’en venissent a luy a ciracuse/ Laquelle chose faite les cartaginois qui tout cuidoient avoir gaignié saisirent les places & tresbien les garnirent de leurs gens et d’autant fut amoindry leur ost et creut ceulx de den[i]s/ & cellui de denis multiplia tant qu’il se veit pareil aux ennemis. Si leur donna bataille ou ilz furent vaincus et ceulx des forteressez vaincus par fain.
Cy devise de amulcar de alixandre/ de leptenes et de hanibal. iiii. cha
Une fois les espagnolz se deurent combatre contre Amulcar/ ducteur d’un ost cartaginois ou moult avoit grans gens & bien ordonnez. se adviserent de telle cautelle pour rompre la bataille de leurs ennemys. Ilz prindrent plusieurs beufz tirans a la charue et oindirent de soulfre et de poy ung baston courve qu’ilz portoient soubz la queue et bien le couvrirent d’estouppes temprees en huyle/ & iceulx beufz misrent au front de la bataille quant assembler deurent et le feu bouté soubz la queue chasserent les beufs devers leurs ennemis/ si allerent fuiant tellement qu’ilz rompirent toutes les batailles/ pour laquelle chose amulcar fut desconfit.
Item alixandre prince de pirre avoit guerre contre une maniere de gens que on disoit yliriens qui portoient habitz differens des autres. Si print ledit alixandre de ses gens une grant quantité et leur bailla habis de hiliriens/ qu’il avoit euz de ceulx qui autresfoys avoient esté prins es batailles/ et ainsy vestus leur commanda quant les yliriens seroient pres si que veoir les peussent qu’ilz se meissent a bouter le feu en leurs mesmes bledz ainsi que s’ilz fussent bien embesoingnez de tout gastez De laquelle chose advint que ledit commandement acomply/ les ennemys qui veirent se cuiderent que ce fust de leurs gens et suivirent ceulx la qui alloient devant eulx tout gastant/ jusques a tant qu’ilz furent en ung destroit auquel alixandre avoit mys son embusche/ et la furent les yliriens tous mors et prins.
Item pareillement fist leptenes prince de siracuse/ a ceulx de cartaige qui sur luy venus estoient en bataille/ car il fist de ses gens mesmes en ses propres villes et chasteaux bouter le feu par quoy les cartaginois qui cuiderent que ce fussent leurs gens qui alloient gastant/ voulurent venir celle part pour eulx aider/ mais leptenes avoit fait embuscher par ou passer devoient qui tous les occirent.
Item hanibal de cartage dont parlé ay cy dessus/ le sage guerroieur se deult une foys combatre contre ceulx d’auffricque qui s’estoient rebellés si savoit bien que iceulx affricans estoient moult gloux apres le vin/ si en fist prendre grant cantité et mesler dedens de la mandegloire qui enyvre & endort et apres ce fist ordonner une petite bataille de laquelle commanda a ses gens qu’ilz s’en fuyssent ainsi que par paour de leurs ennemis et quant les autres vindrent pres d’eulz a la mynuit qui tout cuidoient avoir gaignié hanibal faindi que actrendre ne les osoit & qu’il s’en fuieroit & laissa son logis garny de tous biens et de ce bon vin qu’il avoit ainsi fait ordonner et mixctionner dont au matin tout pillerent a grant joye et comme gens qui la estoient affamez mengerent gloutement et burent de ces vins mixctionnez & mal appareilliez pour eulz. Car tous en furent apesantis endormis et enyvrez dont ilz gisoient comme mors sans nul sens ne entendement si retourna hanibal quant adverty en fut par les espies et tous les mist a l’espee. Item ceulz qui se combatoient contre une maniere de gens que on nommoit heritees prindrent les espies et leur firent recongnoistre leur convine si prindrent leurs robes et en vestirent de leur gens qui estoient quasi de leur grandeur et les firent aller sur une montaigne ou on lez povoit choisir de l’ost et pour ce que lesdiz ennemis avoient aux espies commandé que selon ce qu’ilz trouveroient leur feissent signes leur faisoient signe qu’ilz venissent plus avant et ainsi le firent pour ce qu’ilz cuidoient que ce fussent leurs espies tant que embatus se furent es embusches de leurs ennemis ou ilz furent tous mors et detrenchez a deul et a hasquie.
Cy devise de menole de stipion de certonis de hanibal. Et puis apres du fort lantalus. v. chapitre.
Menole roy des rodz estoit a ost contre ses ennemis si avoit plus de gens et de meilleurs a cheval que ses adversaires lesquelz se tenoient es montaignes affin que menole ne les peust combatre si s’advisa de telle cautelle pour les faire descendre. Il print ung de ses chevalliers preux & hardie & lui charga qu’il se maintenist comme fuitif de l’ost et comme mal content de lui et de sa paye se tournast de l’autre partie. Et il ainsi le fist et avec les autres maulz qu’il dist de menole leur fist acroire que par sa mauvaise ordonnence avoit moult grant discencion en l’ost et que pour celle cause s’en deppartoient plusieurs. Et affin qu’ilz creussent mieulx celle chose menole fist departir moult de ses gens/ si que ceulx des montaignes les veissent en aller/ mais mettre les faisoit ça & la en embusches. Par ceste decepvance descendirent ilz des montaignes quant l’ost veirent si petit que bien en cuiderent venir a chief/ mais tantost furent advironnez de toutes pars & enclos de ceulx de cheval qui tous les occirent.
Item quant scipion deut aller a grant armee sur les espagnotz et auffricquains/ le roy ciphas lui envoya messages disans grans menasses parolles de grant espouentement/ tant de la dureté du pays/ comme des gens & de leur force et quantité/ de laquelle ne s’esfraioit riens le vaillant scipion/ mais affin que entre ses gens les ambassadeurs n’estendissent celle chose si que espouentez en fussent les renvoya tantost & fist semer partout son ost que celluy roy comme a amy luy avoit mandé que tantost y allast sans longuement sejourner.
Item Certorius une fois se combatoit en une bataille en laquelle on luy vint dire que son connestable estoit mort/ mais pareillement affin que ses gens ne le sceussent et que de ce ne fussent espouentez. Il occist le message qui luy avoit dit/ de une lance qu’il tenoit.
Item au temps que hanibal descendit en ytalie pour combatre les rommains iii. mille charpentiers qu’il tenoit s’en fuirent en une nuyt/ et quant il le sceut/ adonc affin que ses gens n’en fussent esbahis Il fist courir une voix qu’ilz s’en estoient par son commandement allez/ & affin de mieulx trouver ceste parolle veritable Il en renvoia encore de ceulz taillez de pou faire et mal armez.
Item une fois que lentalus avoit assemblé grant ost pour combatre ses ennemys avoit prins et acompaigné une coherte de macedonnes pour luy aider. Une coherte sont vi. cens lxvi hommes/ mais quant il se cuida aider d’eulz/ ilz s’aviserent tout a cop et de l’ost se partirent pour eulx aller mettre a l’autre partie/ & quant lantalus qui assez de tours d’armes sçavoit veit ce il ne fut pas esbahy. Ains sceut bien prendre par leur mesme barat/ et aussy affin que son ost ne s’espouentast d’estre de tant de gens amoindry/ fist courir une voix qui les envoioit tout de fait apensé devant pour assembler premier aux ennemis/ & pour mieux donner foy a ceste chose partit tantost et les suivy par quoy advint en effect ce pour quoy il le faisoit/ car les ennemys qui veirent venir les macedonnois cuiderent veritablement qu’ilz venissent contre pour avoir la premiere bataille tournerent incontinent vers eulx & fort prindrent a lancer et a courir sus/ si fut force aux macedonnois voulsissent ou non. Et lantalus atout les sciens fut d’autre part qui envaÿt ses ennemys/ & par celle voie furent a luy les macedonois voulsissent ou non.
Cy devise des rommains de fulvius nobilius/ de pemmadas/ de fabius maximus Et de scipion le second affriquant de certorius et de pemmadas. vi. chapitre.
Au temps que les rommains estoient en discencion les ungs contre les autres. & que la guerre durant comme plusieurs nations depuis le temps de leur prosperité/ eurent grant envye contre eulx/ s’ilz veoient leur bel demonstrer. Sembla par especial a ceux de dace que temps estoit adonc de leur courir sus Et comme de ce ja par plusieurs foys eussent admonnesté leur duc Acariole qui pas n’en estoit d’accord/ a la parfin pource que trop l’empressoient pour leur donner congnoissance par cest exemple fist admener devant soy sur la place devant le palais plusieurs chiens et harer les ungs contre les autres tant que fort se prindrent a entrecombatre/ mais au plus fort de la bataille/ lors qu’il sembloit que tant fussent affelonnis que riens ne les peust departir. Il fist saillir empres eulx ung loup duquel il s’estoit pourveu/ et si tost que les chiens le veirent laisserent la bataille d’entre eulx/ et tous d’un accord coururent sus au loup/ & par cest exemple monstra le duc aux siens que quelque chose que ceulx d’une nation eussent entre eulx ne se laissent jamais fouler par nulz estrangiers qui se ambatent. Ains feroient adonc accord pour faire grief a leur ennemy.
Item fulvius nobilius duc et capitaine de ung ost rommain se trouva une fois si pres prins de ceulx de chamois/ que necessité et force lui estoit de attendre la bataille/ de laquelle chose pource qu’il savoit bien que ses gens s’en espouentoient moult pource que plus estoient ses gens en petite quantité que leurs ennemys/ se advisa pour leur oster celle paour de telle cautelle. Il dist a ses gens et par tout son ost le fist publier qu’il avoit corrumpu par argent une legion de samites/ laquelle se tourneroit devers luy quant la bataille seroit commencee. Et pour mieulx faire entendre celle chose. Il emprunta/ a ses gens tout l’or et tout l’argent qu’ilz povoient avoir ainsi que ce fust pour paier ladicte legion de samites. Une legion de gens est en nombre vi. mille. vi. cens et lxvi. hommes. Si advint que par la fiance de ce rommain eurent si grant hardement qu’ilz en envaÿrent baudement leurs ennemys/ qu’ilz trouverent assez despourveuz pource que si pou les cragnoient veu que si pou de gens estoient envers eulx/ si les vainquirent.
Item paminades le vaillant duc de tebes se debvoit une fois combatre contre ceulx de lacedemonne/ si se advisa de telle cautelle pour croistre a ses gens leur force hardement et couraige. Tous les fist venir devant soy et leur dist haultement en audience/ qu’il les vouloit adviser de ce qui luy estoit venu pour verité a congnoissance/ c’estoit que les lacedemoniens avoient ordonné affermeement que s’il avoient la victoire ilz occiroient tous les hommes et femmes de tebes/ la cité destruiroient/ et les petis enfans mis en servage perpetuel. Pour ceste anonciation ceux de thebes meus de grant ire se combatirent comme forsenez et vainquirent les lacedemoniens qui trop plus estoient de gens que eulx.
Item fabius maximus se deut combatre contre ses ennemis si estoit son ost moult efforcé et fortiffié de palis et de fort logis pour ce doubta que ses gens se combatissent moins aigrement pour la fiance des lieux ou ilz avoient leur retraicte et reffuge/ et pour ce les fist ardoir ainçois qu’ilz se combatissent.
Item quant scipion le second affriquant mena son ost en auffrique. Advint que quant il deut issir de la nef il cheut a terre/ tantost il regarda ses gens et veit que a mauvais signe le prenoient. Et que ja en estoient ainsy que desconfortez. Adont le sage guerroieur se advisa de sage parolle pour rendre a ses gens sceureté de leur doubte. Il se print a rire en disant baudement. O loué en soit dieu c’est icy bon signe desja suis je saisi de la terre d’auffricque elle est nostre sans quelque faulte/ & ainsy par telle parolle tourna la malle esperance de ses gens en bonne/ laquelle exposition cauteleuse vint apres selon bon desir.
Item comme certorius se deult une fois combatre apparut en son ost ung merveilleux signe car les escus des gens de cheval & les poictrines des chevaulx devindrent soudainement tous ensanglantez. Laquelle chose leur fut grant espouentement/ mais de ceste chose les asseura leur vaillant duc/ disant a chiere joieuse que c’estoit tresbon signe et que par ce devoient entendre qu’ilz auroient la victoire/ car c’estoient les parties qui souvent sont ensanglantees du sang de leurs ennemis.
Item derechief se deult combatre peminades a ceulx de lacedemonne/ & sicomme le cas advenist d’aucune dilation on luy apporta sa chaiere pour soy seoir ung petit en actendant/ mais par cas d’aventure ceste chayere tomba soubz luy/ dont ses gens moult s’esbahirent et le prindrent a male signifiance. Adont le sage duc qui l’apperceut se leva vistement et dist a chiere hardie. Or sus sus tost mes chevaliers/ les dieux nous deffendent le seoir/ car par ce signe nous ont admonnesté de aller tost a la bataille Car nostre en sera la victoire.
La seconde partie du livre de frontin parle des lacedemoniens/ de julius cesar/ de papirius cursor et de pompee. vii. chapitre.
Au temps que les lacedemoniens avoient guerre contre ceulx de la cité de mezine. Ilz sceurent une foys que les meziniens estoient de si grant ire meuz contre eulx qu’ilz devoient mener a la bataille leurs femmes contre eux et leurs enfans pour avoir meilleur couraige de vaincre/ ou pour tous ensemble mourir/ pour laquelle chose se retrairent & differerent la bataille.
Item julius cesar avoit une fois mené ses ennemys que eulx partant mouroient de soif par quoy estoient en desesperance de leur vie/ & comme tous forsenez yssirent pour eulx combatre a luy/ mais il ne voulut a celle heure et retint ses gens/ car il ne luy sembla pas bon de combatre au temps que ire et desesperance gouvernoient ses ennemys.
Item comme papirius cursor se deut combatre contre les samites/ et il sceut par ses espies que plus de gens estoient par quoy les siens doubtoient l’assembler/ tantost il print de ses gens en qui plus se fioit/ & celeement leur commanda a prendre grant quantité de ramille des boys & la trainnassent apres eux pour esmouvoir la pouldre/ & venissent le pendant d’une montaigne en faisant le plusgrant tumulte qu’ilz pourroient/ laquelle chose faite si tost que papirius les veit il s’escria hault avecques plusieurs tant que ses gens et ses ennemys l’oyrent que c’estoit son compaignon d’armes qu’il avoit laissé en ambusche qui avoit desconfit une partie de ses ennemys & qu’ilz feissent tant que son compaignon n’eust pas la gloire de la victoire sans eulx. Si advint de ce comme il pensoit/ car les siens en furent enhardis/ et perdirent paour/ et les samites qui pour la grant pouldriere cuiderent que ce fust plus favourable a ses ennemys que a luy et que moult grant secours et aide leur fist.
Item advint une foys que pompee requist aux habitans d’une cité/ ainçois que oncques signe feist de les vouloir prendre qu’ilz voulzissent garder plusieurs malades/ qui ne povoient suivir son ost jusques a son retour pour eulx aiser et guerir/ et que or argent et biens assez porteroient avec eulx pour guerdonner les biens qui a eulx seroient faitz. Et quant pompee eut ceste chose octroyee a sa voulenté/ il fist mettre en littieres de ses meilleurs et plus hardis lyez & bendez ainsy se griefment fussent malades/ & en males et fardeaux firent porter leurs harnoys comme se robes ou grant avoir fust. Pour laquelle chose quant iceulx veirent leur plus bel s’armerent en leurs hostelz coiement/ & puis a certaine heure determinee saillirent sus/ et firent tant qu’ilz subjuguerent tous les cytoiens.
Cy parle de alixandre le grant/ de cesar augustus et de crates duc d’athenes. viii. c.
Quant alixandre le grant eut subjugé la tierce partie d’aise pource qu’il doubta que apres son departement ilz ne rebellassent il mena avec lui/ ainsi que s’il le fist pour les honnorer tous les roys & princes du pays & ceulx qui luy sembloient estre plus dolens d’estre vaincus et subjuguez/ & au peuple qui demoura ordonna capitaines populaires et leurs mesmes gens/ & par ainsy gaigna l’amour du peuple & des princes pour l’onneur qu’il leur faisoit/ aussi pource qu’il leur laissa le gouvernement d’entre eux Et ainsy se rebeller voulzissent/ n’eussent peu/ pour ce que pas de chief n’avoient/ car peuple qui a aprins a estre gouverné de souverain seigneur ou capitaine ne vault riens tout seul.
Item quant cesar augustus eut subjugué germanie et les allemans se furent renduz a luy Adonc pour les mieulx seignourier fist faire plusieurs chasteaulx pres de leurs villes mais pour les appaiser de ceste chose/ acheta d’eulx les terres ou il les assist. Pour laquelle chose se tindrent contens de luy/ tellement qu’ilz eurent agreable sa seignourie.
Item Crates duc d’athenes estoit logé aux champs et pou de gens avoit : mais il attendoit grant secours/ si se doubtoit que ses ennemys qui grant quantité estoient luy venissent courir sus/ pource qu’ilz savoient sa feblesse/ mais affin de pourveoir a tel inconvenient il fist de nuyt issir la plusgrant partie de son ost/ et leur commanda que lendemain au matin revenissent par dessus le pendant d’une montaigne faisant tresgrant noise si que les ennemys les peussent veoir et oyr/ affin qu’ilz cuidassent que ce fust nouvel secours/ et ainsi en advint. Pour laquelle chose demoura sceur jusques ad ce que secours luy vint.
Au iiie. livre de frontin est contenu de lismacus roy de macedonne/ de fabius maximus/ de denis le tirant/ de alixandre/ et de ypigates. ixe. chappitre.
Lismacus roy de macedonne estoit assiegé/ et tenoit son ost devant la cité de euphese/ laquelle avoit en son aide ung archepirate/ c’est a dire ung tresgrant larron de mer/ qui moult de dommaiges faisoit audit roy et de ses nefz souvent luy ostoit avecques grant quantité de prisonniers. Mais ad ce pourveit par estrange cautelle/ car il fist tant qu’il le corrumpit par argent en telle maniere que il emplit ses nefz & navires des gens du roy bien garnix et appointez de leurs harnois et habillemens de guerre et les mena comme s’ilz fussent prisonniers et les mist en la maistresse tour comme en prison/ par quoy quant ilz veirent leur advantaige a la mynuit/ lors que ceulx de la cité ne s’en donnoient garde coururent sus aux gaitz et les occirent/ & ainsy fut la ville prinse et rendue a lismacus roy de macedonne.
Item fabius maximus quant il voulut assieger la forte cité de capire Il gasta tout premierement en tout les gaignages semez par quoy il semblast que ce ne fust pas son entente de les assieger. Puis s’en partit bien arriere/ et attendit a revenir jusques ad ce qu’ilz eurent toutes leurs terres semees ou ilz avoient pres mis tous leurs bledz/ pour ce que pou en avoient. Si retourna adonc fabius/ & ainsy par famine print la forte cité.
Item denis le tirant apres que plusieurs forteresses eut prinses en cecille vint devant roges/ laquelle savoit fort bien garnie de vivres/ pour laquelle chose se tenoient fors. Si faignit denis faire paix a eulx comme se autre part voulzist aller/ Et es convenances fut comprins qu’ilz luy livreroient vivres pour l’argent jusques a ung certain temps/ & quant il veit que tous leurs vivres povoient estre sicomme pres de finer/ car largesse en faisoient/ pource que paix cuidoient avoir/ pour la cause que leurs terres estoient ainsy que prestes a ouster. Adoncques les assiega denis et par famine les print.
Item quant ung nommé Alixandre voulut prendre la cité de lenchadie laquelle savoit moult estre bien garnie de vivres/ print plusieurs villes et chasteaux/ et en laissoit de fait apensé fuyr a lenchadie ceulz de dedens sans leur mal faire Affin que les vivres feussent plus tost consummez. Et bien prenoit garde et faisoit prendre garde en toutes les façons et manieres qu’il estoit possible que vivres de quelque part ne leur pussent venir : Et par ceste maniere les affama Si se rendirent.
Item ung tresvaillant homme nommé ypicrates du temps qu’il gardoit tarente il trouva une gaicte endormie lequel incontinent il frappa et occist/ & quant on l’en blasma/ Il se print a respondre et dist qu’il l’avoit laissié ainsy que trouvé l’avoit C’estoit a dire et a entendre qu’il reputoit l’omme endormy sicomme mort.
Cy devise de amulcar duc de cartage de haymo l’empereur d’auffricque/ de hanibal et de valerius. xe. cha.
Amulcar duc de cartage savoit bien que les rommains avoient acoustumé de recevoir benignement leurs ennemis quant ilz se tournoient de leur partie/ et que en grant honneur les tenoient & par especial les sauldoiers de gaule. Et pource affin de les prendre par telle cautelle ordonna une grant quantité de ceulx qu’il avoit en son ost plus feaulx a luy/ & les fist aller vers l’ost des rommains ainsi que se rebelles fussent contre luy et tournez vers les rommains. Si s’en ensuivyt que quant iceux veirent leur bel occirent les rommains si valut au duc doublement ceste cautelle. c’est assavoir en tant que ses ennemys occis en furent & que plus n’oserent recevoir ceulx qui de luy se vouloient partir.
Item haymo empereur de cartage avoit ung tresgrant ost en cecille contre les rommains. Si sceut certainement que entre les autres avoit en sa compaignie bien quatre mille gaulz qui determiné avoient d’eulx en aller vers les rommains pour estre de leur partie/ pource qu’ilz n’estoient pas bien paiés/ haymo qui ne les osoit pugnir pour paour de rebellion y pourveit par telle cautelle. Il appella a soy les capitaines d’iceulx gaulz & parla bel a eulx/ et promesse leur fist que dedens certain jour qu’il desclara leur feroit satiffacion. mais le jour devant la promesse eschevé laquelle ne vouloit ne povoit acomplir par quoy bien savoit qu’ilz s’en partiroient envoya devers le duc de l’ost des rommains ung feal chevalier comme fuitif de son ost et rebelle qui luy dist qu’il se gardast bien & que en la nuyt prochaine venante/ quatre mille gaulz se devoient ferir en son ost/ dont le duc rommain soy doubtant du peril qui en povoit advenir mist en agaict celle nuyt la plus grant partie ses gens lesquelz coururent sus aux gaux quant venir les veirent/ & ainsy en advint bien a haymo/ car les rommains y perdirent moult de leurs gens & si fut vengé des gaulz qui l’avoient relenqui/ car tous y furent a dueil piteusement mors et detrenchez.
Item par semblable maniere se venga hanibal de plusieurs sauldoiers qu’il sceut que par nuyt s’estoient emblez et departis de son ost pour aller aux rommains car il fist publier par tout son ost que nul ne tenist pour fuitifz ne mauvais les vaillans chevaliers qui s’estoient departis de son ost/ car c’estoit par son congié et ordonnance affin qu’ilz sceussent le conseil et convine de leurs ennemys et pour certaines choses qu’il leur avoit commis. Et se fist hanibal pource qu’il sçavoit bien qu’il y avoit en son ost des espies rommains qui tantost dire leur iroient. Et ce firent ilz par quoy les rommains prindrent les chevaliers fuitifz de l’ost de hanibal et leur copperent les mains et aussy les renvoierent.
Item valesius capitaine de gens rommains tenoit la cité de tarente envoya message a hisdrubal qui assegez les tenoit/ qu’il lui rendroit la cité/ mais que sain et sauf l’en laissast aller. Tandis que cestuy parlement duroit/ par lequel hisdrubal se tenoit aucques tout asseuré & mal se gaictoit Valesius qui son advantage veit saillit hors avec tout son effort si sagement que ses ennemys desconfist & occist hisdrubal. Quel chose vous diroye Je plus des astratagemes de frontin assez de beaulx en y a loings seroient a reciter/ mais a tant suffise excepté aucuns beaulx notables ad ce propos comprins en son iiii. livre cy apres comme vous orrez.
Frontin en son quart livre parle de cesar/ de domicius/ de emilius/ de scipion l’affricquant/ de vaius et de scipion. xi. chapitre.
Cesar disoit que on debvoit contre son ennemy user de conseil que les medicins donnent contre maladie/ c’est assavoir user de sobrieté et de fain avant que de fer.
Item domicius corbulo/ disoit que on debvoit ainçois grever son ennemy de toutes manieres de cautelles d’armes que on y employast son corps.
Item emilius paulus dist qu’il appartenoit a tout bon capitaine d’ost estre vieil de bonnes meurs et de sens.
Item scipion l’affricquant respondit a ung qui lui reprochoit de ce qu’il faisoit pou de sa main en bataille. Ma mere dist il m’enfanta empereur et non pas combateur qui estoit a dire qu’il debvoit suffrir a prince ou capitaine d’ost bien ordonner les siens sans exposer en quelque façon ou maniere son corps a ferir.
Item gayus maximus respondit a ung allemant qui l’appelloit de combatre corps a corps. S’il m’ennoiast dist il de vivre pieça eusse trouvé maniere d’estre occis.
Item scipion disoit que on ne debvoit pas seulement donner voye a son ennemy de fuyr/ mais aider a la faire et trouver. Au propos de ses choses comme il me semble peut bien servir ce que disoit le sage roy de france Charles quint de ce nom/ quant on luy disoit que grant estoit la honte de recouvrer ses forteresses par peccune que les anglois a tort tenoient Comme il eust puissance assez pour les ravoir par force. Il me semble disoit il que ce que on peult avoir par deniers ne doit pas estre acheté ne vengé par sang d’ommes.
Au livre de valere est contenu de hanibal/ de ung roy de grece/ de ung autre en semblable cas/ des rommains qui eurent a faire de saudoyers. xii. chapitre.
Valere parle en son vii. livre ad ce propos et dit que hanibal dont parlé avons cy dessus hayoit moult le tresvaillant duc/ fabius maximus/ pource que moult vigoureusement lui contrestoit en bataille/ & assez de griefz luy avoit faitz/ mais hanibal ne luy savoit comme par force nuyre. Pour ce se voulut de telle cautelle adviser. Il gasta tous les manoirs et champs d’environ romme excepté ceulx du vaillant chevalier fabius maximus ou il ne toucha ne meffist/ affin qu’il donnast souspeçon entre eulz d’aucune aliance ou tractié/ par quoy comme il veit que pou lui vaulsist ceste cautele voulut plus fort faire/ car il escripvit lettres et secretement les envoya a romme adressantes audit fabius lesquelles parloient et divisoient comme s’il y eust entre eulz certaine convenance qu’il deust commettre traïson contre les rommains. Et tellement ordonna l’affaire que au senat de romme vindrent entremains Mais iceulx congnoissans la tresbonne loyauté de fabius et la malice de hanibal n’en firent force.
Item ung roy de grece portoit trop grande et merveilleuse envie contre ceulx du pays rommain.
Pour laquelle cause sans quelque autre occasion merveilleusement les heoit/ et se n’eust esté la doubte de leur grant puissance voulentiers les grevast/ si n’y sceut trouver autre voye que par cautelle et faulse simulation/ dont il faindit que moult chierement les aimoit et par plusieurs fois lettres de mout grant amistié leur escripvit/ en fin leur manda que fort desiroit a veoir la cité de romme et la noble ordonnance qui y estoit/ & lui venu a romme/ comme celluy que on reputoit pour amy y fut grandement receu mais tant plus y veoit de felicité et de tant plus croissoit la douceur de l’envieuse pointure qu’il tenoit en luy tappie et couverte/ dont il sourdit tel effect : ains qu’il partist de la cité et tant fist par son malice qu’il mist tresgrant discord entre les barons/ et par ce luy sembla que mieux ne povoit nuyre a la cité.
Item par semblable cas ung autre hayneux de romme quant il eut basti cedicion et contens entre les princes rommains tant que en bataille se misrent les ungs contre les autres. envoya secours de ses gens a la partie plus forte non pas pour aider a nul/ mais affin que tant plus y eust d’eulx grande destruction a leur dommaige.
Item les rommains aians affaire de secours prindrent sauldoiers estranges/ mais quant vint a l’assembler de la bataille sembla a iceulx sauldoiers que les rommains en devoient avoir du pire/ & pource se departirent de l’ost & allerent au costé d’une montagne pour eux mettre avec les plus fors quant la desconfiture verroient/ mais ad ce pourveit sagement le sage capitaine rommain qui veit que ses gens s’en espouentoient/ car il alla par tous les rencs/ disant que icelle partie estoit de son consentement pour courir sus aux ennemys par derriere quant assemblez seroient/ & par ce asseura toutes ses gens & si en eut la victoire.
Item s’en departirent une autre fois sauldoiers de l’ost des rommains pour eulx aller mettre avec l’adverse partie/ mais le sage capitaine y pourveit sagement Car il les suivit avecques tout son ost en belle ordonnance par quoy les ennemys quant ilz veirent les premiers cuiderent d’eux recevoir la premiere envaÿe/ si leur coururent sus et furent les premiers occis/ mais ainçoys en occirent affolerent et detrencherent plusieurs et par ce furent ilz en ayde des rommains quelques bons corps qu’ilz eussent malgré eulz.
Cy s’ensuit aucunes cautelles des rommains assegez de rommains en ost/ de quintus metellus/ de ung roy de cecille et de hanibal. xiii. c.
Au temps que romme fut prinse les gaux assiegerent le capitole qui estoit forteresse comme imprenable si non par famine/ & pource les cuidoient ilz affamer/ mais les rommains subtilz en tous faitz de guerre pour oster a leurs ennemis ceste esperance/ prindrent de telz vivres qu’ilz avoient & en firent reliefz des oz du menu pain & d’autres telles choses et les jectoient dehors aux indigens/ par quoy quant les gaux veirent ce moult sagement s’en esmerveillerent/ cuidans que de vivres fussent moult bien garniz/ & pource eurent voulenté de faire paix.
Item quant hanibal et hisdrubal princes cartaginois estoient en italie les rommains y envoierent deux ducz conduiseurs de deux grans ostz qui si sagement s’i maintindrent que les deux ostz cartaginois ne peurent assembler ensemble/ car s’ilz eussent assemblé tout eussent gasté/ mais ilz firent tant que les deux cartaginois furent du tout destruiz.
Item quintus metellus estant en ost en espagne ne povoit par force advenir a une cité ou il tendoit. Il se partit et commença a pourmener son ost par assez loing temps de lieu en autre tant que les siens mesmes s’en esmerveilloient et ses ennemis s’en truffoient et a fol le tenoient. Si alla tant ainsy faisant que en la fin veit son point/ lors que tous ennuyez estoient d’estre sur leur garde si les print despourveuz.
Item ung roy de cecile fut assailli par les cartaginois/ mais quant il veit que tout son pays lui avoient occuppé et que remede n’y povoit mettre/ il se partit a tant de gens comme il peut assembler et s’en alla en auffricque/ & pareillement commença a tout mettre en feu et en flambe Et pource furent iceulx tous joyeux de faire paix a lui & rendre les dommaiges.
Item quant hanibal se deut combatre contre les rommains en la bataille de canes qui tant leur fut dommageuse. Il se advisa de trois cautelles/ l’une qu’il print premier place/ l’autre qu’il advisa d’avoir le vent et le soleil au doz/ car la journee estoit chaulde & grande estoit la pouldriere. Apres ordonna que la bataille commencee une partie de gens qu’il avoit feissent comme s’ilz s’en fuyssent par ung destour ou il avoit commise une embusche pour courir sus aux rommains qui suivoient les fuitifz. Tiercement ordonna que iiii. cens hommes d’armes semblablement devers les rommains s’en fuyssent comme doubteux et paoureux de la bataille et a eulz se rendissent. Ceste ordonnence mise a effecte et la bataille commencee furent les rommains destourbez par le soleil et la pouldre qui leur tolloit la veue aussi par l’embusche qui leur courrut sus ou moult en y eut d’occis et mal menez et apres par ceulz qui a eulz s’estoient renduz lesquelz furent selon la coustume de adont tous desarmez et mis derriere la bataille mais ilz avoient couvertement sur leurs petis pourpoins comme rasoirs desquelz coppoient les guerrez aux rommains qui se combatoient et ainsi dit valere que par la malice d’auffricque plus que par bataille fut vaincue la force rommaine. Item une autre fois pour rompre une bataille furent prins beufz avec ce courves bastons mis soubz la queue envelopez d’estoupes mouilliés en huile et le feu bouté dedens chassez vers les ennemis tous les esparpillerent & rompirent par grant vigueur.
Cy commence a parler du fait de combatre villes et chasteaux mais premierement parle de les edifier. xiiii. cha.
Apres ce que devisé avons selon les livres d’armes et autres plus nouvelles coustumes les manieres bonnes a tenir en icelles en fait de batailles arrengees en/ champ et fais de chevalerie. Dirons ensuivant selon vegece et autres acteurs ainsi qu’ilz l’enseignent des manieres propices a tenir tant en fait de combatre villes chasteaulx et forteresses comme a les deffendre semblablement et puis parlerons des batailles qui se font en mer ou en fleuves diversement. Si devise l’acteur premierement la maniere comment pour plus grant sceureté les anciens batissoient en clostures de murs et de fossez leurs forteresses et par la forme que s’ensuit l’enseigne ainsi disant. cellui qui veut ediffier forte place et durable doit singulierement avoir regard a cinq choses.